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Comptes rendus

Fiona Lejosne, Écrire le monde depuis Venise au XVIe siècle. Giovanni Battista Ramusio et les “Navigationi et viaggi”

Genève, Droz, coll. « Cahiers d’Humanisme et Renaissance », no 174, 2021, 662 pages
Théa Picquet
p. 263-265
Bibliographical reference

Lejosne, Écrire le monde depuis Venise au XVIe siècle. Giovanni Battista Ramusio et les “Navigationi et viaggi”, Genève, Droz, coll. « Cahiers d’Humanisme et Renaissance », no 174, 2021, 662 pages.

Full text

1Le volume de 662 pages, qui s’inscrit dans la collection « Cahiers d’Humanisme et Renaissance », comporte un riche index des noms propres (p. 649-656), la table des matières (p. 657-661), un relevé des quarante-quatre fonds d’Archives classés par villes (p. 583-585). Une liste des figures (p. 573-577) se décline en quatre moments : un tableau des éditions et rééditions des Navigationi et viaggi présentées par ordre chronologique, la signature de Giovanni Battista Ramusio, une carte du pourtour méditerranéen ainsi qu’une carte de l’Asie et de l’Océan pacifique, provenant toutes les deux de la Sala dello Scudo du Palais des Doges de Venise, suivis des remerciements et de la liste des abréviations. Une bibliographie raisonnée se distribue en sources primaires, Navigationi et viaggi (16), autres sources primaires (106), en un nombre saisissant de sources secondaires. Les notes de bas de pages, particulièrement nourries, fournissent avec bonheur les références bibliographiques complémentaires et apportent d’utiles éclaircissements.

2Dès son introduction (p. 7-29), Fiona Lejosne souligne le caractère novateur de l’ouvrage qui rend un juste hommage à Ramusio, montrant le lien entre son activité d’écrivain et ses fonctions de Secrétaire de la Chancellerie de la République de Venise.

3Quant à la démarche de Fiona Lejosne, elle est celle d’un véritable chercheur : claire et progressive.

4Partant des quatre-vingt-huit ouvrages déjà publiés en 1560 dans la péninsule, l’introduction fait le point sur l’activité exploratoire européenne des XVe et XVIe siècles qui redessine la carte des échanges commerciaux. En rappelant la définition du terme « découverte », l’autrice distingue bien ceux qui voyagent et ceux qui exploitent les informations recueillies. Elle se propose de considérer en particulier la situation de Venise, haut lieu de l’édition, avant de présenter l’état de la critique avec l’objectif d’aller au-delà, grâce à une recherche d’archives qui a permis de relever les éléments de convergence entre les activités de géographe de Ramusio et ses fonctions au service de la Sérénissime.

5Cette publication de Fiona Lejosne apporte d’inestimables informations sur Giovanni Battista Ramusio et sur son intégration dans la vie de Venise.

6L’ouvrage se divise en trois parties. La première (p. 33-183) se consacre aux activités de Ramusio, secrétaire et géographe, à son apprentissage au sein de la Sérénissime, à ses relations avec les livres, les bibliothèques et les imprimeurs. Elle montre comment le choix des matériaux et leur organisation portent la trace de l’expertise acquise au contact du monde éditorial. La seconde (p. 187-364), s’attache à la connaissance et à la description du monde au XVIe siècle. Elle rappelle la genèse de la compilation, son projet éditorial et les publications posthumes, pour souligner qu’elle constitue un outil de renouvellement de la géographie. Elle met ainsi à disposition des lecteurs un « vaste panorama » qui leur permet de représenter le monde. La troisième partie (p. 365-548), met en lumière le projet de géographie politique contenu dans l’ouvrage. Elle part de la connaissance du monde au sommet de l’État dans l’Italie de la Renaissance pour faire le lien entre le géographe et le prince et souligner leurs divergences, étudier les éléments d’une géographie vénitienne en terminant par celle du Palais des Doges. Le recueil devient donc le vecteur d’une sorte d’autocélébration.

7Le contexte historique est toujours précisé et les propos bien argumentés.

8L’épilogue (p. 549-572) conclut avec bonheur ce travail de recherche. Il s’intéresse notamment à la fortune des Navigationi et viaggi. Fiona Lejosne rappelle en premier lieu que Giovanni Battista comme son père Paolo font partie du panthéon vénitien grâce aux portraits brossés par Véronèse pour le premier et par Tintoret pour le second ; témoignages probants de la reconnaissance de la République envers eux. Elle montre ensuite que l’œuvre du nôtre dépasse le cadre de la Sérénissime et donne plusieurs exemples significatifs, tout en relevant que le succès s’avérait inégal en fonction des volumes : le premier semble avoir été davantage réédité que les deux autres, sans doute parce qu’il traitait de questions d’actualité, alors que le deuxième rapportait des événements plus anciens et que le troisième n’offrait pas une histoire mise à jour. Quant à la dimension politique du recueil, il apparaît que les patriciens vénitiens ne suivirent pas les conseils de Ramusio et n’organisèrent pas de nouveaux voyages exploratoires. La portée de la compilation se limite ainsi à une recherche de reconstitution du passé. En outre, l’acquisition des Navigationi et viaggi semble moins motivée par la curiosité intellectuelle que par le prestige social. Le livre circule ainsi plutôt comme objet, dans la péninsule et en Europe. Cela dit, il apparaît également comme ressource dans les domaines de la littérature, de la science et de la politique. Et les arguments de Fiona Lejosne le prouvent bien.

9En conclusion, le caractère hautement scientifique de l’ouvrage, la mise en lumière d’une recherche novatrice confèrent à ce livre une valeur incontestable et en font une référence indispensable pour les chercheurs spécialistes de la Renaissance.

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References

Bibliographical reference

Théa Picquet, “Fiona Lejosne, Écrire le monde depuis Venise au XVIe siècle. Giovanni Battista Ramusio et les “Navigationi et viaggi”Italies, 26 | 2022, 263-265.

Electronic reference

Théa Picquet, “Fiona Lejosne, Écrire le monde depuis Venise au XVIe siècle. Giovanni Battista Ramusio et les “Navigationi et viaggi”Italies [Online], 26 | 2022, Online since 28 March 2023, connection on 16 June 2024. URL: http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/italies/10131; DOI: https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/italies.10131

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