Navigation – Plan du site

AccueilNuméros52Un patrimoine à considérerUne entreprise ordinaire de confe...

Un patrimoine à considérer

Une entreprise ordinaire de confection au temps de l’essor du prêt-à-porter

Un patrimoine à valoriser
An ordinary dressmaking firm in the age of ready-to-wear, a heritage to preserve
Céline Assegond et Christèle Assegond

Résumés

Restées dans l’ombre des grandes maisons de couture, les petites entreprises de confection ont fermé dans l’indifférence à la fin du xxe siècle. Elles ont pourtant contribué par leur activité et leur maillage du territoire à deux mouvements qui constituent des tournants dans l’histoire de la mode et qui continuent de marquer le secteur : l’essor d’un prêt-à-porter accessible au plus grand nombre et la vente par correspondance. Elles ont aussi accompagné et popularisé plusieurs innovations majeures tant dans l’usage de nouvelles matières textiles que dans les techniques de confection des modèles. À partir de l’exemple de l’une de ces entreprises de province, la société Robinet à Vierzon, nous montrons l’urgence qu’il y a à identifier, sauvegarder et partager ce patrimoine modeste dont une partie a déjà été détruite, ainsi que l’intérêt scientifique des matériaux collectés. Témoignages filmés et documents rassemblés constituent une archive qui contribue à documenter tant l’histoire des entreprises de mode que celle de la distribution du prêt-à-porter.

Haut de page

Texte intégral

1À côté des prestigieuses maisons de haute couture et des usines de prêt-à-porter, il existe une myriade de petites entreprises de confection qui, dans la seconde moitié du xxe siècle, émaillent le territoire français. Elles sont en lien avec d’autres entreprises, fournisseurs et clients, boutiques de mode, détaillants plus classiques, grands magasins et établissements de vente par correspondance, développant ainsi des réseaux denses sur tout le territoire national et parfois au-delà.

  • 1 Voir par exemple GUILLAUME Valérie, Courrèges, Paris, Assouline, 1998 ; KAMITSIS Lydia, Paco Raban (...)
  • 2 Les petites entreprises se contentaient de copier des modèles existants, auxquels elles apportaien (...)

2L’histoire et le patrimoine de ces petites entreprises de confection n’ont pas retenu l’attention au moment même où elles disparaissaient. Leur fermeture progressive à partir des années 1980-1990 s’est la plupart du temps soldée par la disparition pure et simple des archives qui ont été détruites ou dispersées, les acteurs eux-mêmes les considérant souvent peu dignes d’être conservées. Les compétences n’ont pas été transmises, la mémoire est restée, dans le meilleur des cas, au sein des familles. Cette relative indifférence s’explique en partie par la priorité donnée aux établissements qui, par leur créativité et l’excellence de leur savoir-faire, ont davantage marqué l’histoire de la mode1. Les entreprises tournées vers la copie ou l’adaptation de modèles existants2 et vers la production en série semblaient, de prime abord, moins intéressantes. Leur taille, ne dépassant pas le plus souvent quelques dizaines de salariés, et leur implantation dans des bassins généralement tournés vers la production industrielle les ont de fait partiellement laissées dans l’ombre.

3Si ce patrimoine peut être considéré comme modeste, il témoigne cependant d’un mouvement de fond qui marque encore aujourd’hui le secteur de la mode : l’essor des boutiques et de la vente par correspondance qui ont fait les belles heures du prêt-à-porter en France. Ainsi, s’intéresser aux archives et à la mémoire de ces petites entreprises de confection permet de mieux comprendre l’organisation d’un secteur qui a connu une croissance rapide dans la deuxième moitié du xxe siècle en diffusant au plus près des clients de nouvelles modalités d’achat et des innovations dans le domaine des textiles et des modèles. À travers l’exemple singulier de l’entreprise Robinet, petite entreprise de confection vierzonnaise née dans les années 1930 et fermée définitivement en 2003, nous souhaitons convaincre de la richesse des ensembles documentaires aujourd’hui dispersés ainsi que de l’intérêt d’un recueil de témoignages pour documenter et reconstituer des organisations aujourd’hui disparues. Cet exemple nous permet de nous interroger plus largement sur les méthodes de collecte les plus adaptées et sur les solutions les plus pragmatiques et pérennes pour sauvegarder, partager et valoriser ce patrimoine commun.

Collecter et valoriser les mémoires locales du travail

  • 3 Les projets de recherche, financés dans le cadre de l’appel à projet « Recherche d’intérêt régiona (...)
  • 4 Inspirée d’autres initiatives, en particulier CORNU Roger, « De la mise en mots à la mise en scène (...)
  • 5 Situés dans les départements du Cher (18) et de l’Indre (36).

4Le présent article s’appuie sur les matériaux issus de deux projets de recherche, Memoviv et Vivamemori, financés par la région Centre-Val de Loire et par des aides de la Drac Centre-Val de Loire. Ces recherches impliquant chercheurs et partenaires non académiques3, menées entre 2015 et 2022, visaient la création d’une archive audiovisuelle4 pour valoriser le patrimoine industriel des villes de Vierzon et d’Argenton-sur-Creuse, ainsi que du territoire du Val d’Aubois5. Il s’agissait d’articuler, dans un ensemble présentant une cohérence méthodologique, des traces matérielles (outils, documents d’entreprises, vestiges industriels, etc.), un recueil d’informations techniques ainsi que des témoignages. L’archive audiovisuelle présente la particularité de s’adresser aux chercheurs et à un public de curieux tout en étant facilement valorisable par les structures culturelles partenaires. Elle comprend, pour le territoire de Vierzon, plus de 80 entretiens filmés réalisés auprès d’anciens ouvriers, employés et patrons de différents secteurs d’activité dont 35 heures consacrées au secteur de la confection. Chaque vidéo est chapitrée, indexée thématiquement et est accompagnée d’un résumé afin d’en faciliter la consultation et d’en enrichir le contenu. Seule une petite partie a aujourd’hui été exploitée et analysée. Cette archive est accessible sur la plateforme audiovisuelle Canal U dans la collection « Mémoire vivante industrielle » de la chaîne de l’université de Tours.

Un patrimoine invisibilisé

  • 6 ASSEGOND Céline, « Memoviv, recueil filmé et partage de la mémoire du travail à Vierzon : l’exempl (...)

5L’histoire industrielle de Vierzon étant particulièrement dense, les recherches se sont concentrées, dans un premier temps, sur la collecte de témoignages portant sur les activités phares de la ville telles que l’industrie de la céramique ou encore celle du machinisme agricole. Les entretiens, d’abord menés sur la base du volontariat, se sont ensuite concentrés plus systématiquement sur certains secteurs d’activité, puis sur certaines entreprises comme la Société Case, établissement de production de matériel agricole emblématique de Vierzon6. Il s’agissait de recueillir différents points de vue complémentaires, la mémoire étant par nature sélective et faillible.

6Au cours des premiers recueils, il est apparu que la mémoire collective de certaines activités industrielles était plus présente, au moins au niveau de leur relais institutionnel et associatif. Au moment où le travail de recueil a débuté, la confection faisait en effet figure de parent pauvre et apparaissait comme reléguée au second plan alors que sa présence continue est attestée depuis le milieu du xixe siècle. Les collections du musée de Vierzon étaient par ailleurs peu mises en valeur dans l’espace d’exposition.

  • 7 À ne pas confondre avec la marque Rodier, spécialiste de la maille qui existe encore.

7La collecte de mémoires du secteur de la confection vierzonnaise s’engage donc dans un contexte de relatif effacement face au poids de la mémoire industrielle et des luttes syndicales qui ont jalonné l’histoire de la ville. Pourtant, un premier repérage a rapidement convaincu l’équipe de chercheurs de son importance tant du point de vue de l’histoire du travail à Vierzon que de son rôle dans l’histoire de la mode française. L’enquête s’oriente alors vers plusieurs établissements de confection vierzonnais comme Julietta, Mme Ayoun, les établissements Rodier7 ou encore Les Tricotages du Verdin.

  • 8 Sur les sociabilités au travail, on peut se reporter au catalogue d’exposition suivant : LE ROC’H  (...)

8L’entreprise Robinet occupe une place particulière dans cette démarche de recherche. Une dynamique favorable s’est en effet engagée dès les premières rencontres avec une des anciennes contremaîtresses, laquelle a permis la mobilisation d’une partie du personnel. Grâce à la bonne ambiance qui semble avoir régné dans l’entreprise8, les ouvrières étaient restées en contact les unes avec les autres et se sont montrées très volontaires pour témoigner [fig. 1].

Figure 1

Figure 1

La fête de la Sainte-Catherine dans les établissements Robinet, photographies des années 1960-1970 issues des collections particulières d’anciennes salariées de l’entreprise.

Reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).

  • 9 Le recueil de témoignages sur la commune d’Argenton-sur-Creuse, en partenariat avec le musée de la (...)

9Cette situation, sans être exceptionnelle, doit être soulignée. Dans d’autres bassins d’activité, des recueils se sont révélés beaucoup plus difficiles et tendus, et montrent que la réactivation de la mémoire est un exercice qui impose méthodologie et prudence quant aux objectifs poursuivis9.

10Une vingtaine de personnes, dont le travail est représentatif des tâches exercées, se sont prêtées aux entretiens : la patronne, Monique Galland, âgée de 96 ans au moment de l’enquête, une contremaîtresse, plusieurs mécaniciennes en confection, traceuses, coupeuses, matelasseuses et repasseuses, une patronnière-gradeuse, une thermocolleuse ainsi que deux employées du service commercial et expédition, et enfin l’homme à tout faire.

11L’archive audiovisuelle est composée d’entretiens individuels et collectifs en petits groupes, pour certains réalisés dans les anciens locaux où le personnel a été réuni à deux reprises, mettant en évidence la pluralité des souvenirs, leur intérêt et leur richesse, mais aussi leur fragilité et leur caractère parfois lacunaire [fig. 2].

Figure 2

Figure 2

Les retraitées reviennent en 2018 sur leur ancien lieu de travail à Vierzon, où elles sont interrogées et filmées par les chercheurs. La mémoire se réactive autour de photographies, de documents et d’anciens modèles.

© Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).

12Les documents, photographies, modèles, travaux d’apprentissage, collectés auprès des témoins, contribuent à donner une image plus précise et émouvante de la vie de l’entreprise et de sa production. Des archives de l’année 1960 comprenant les dossiers clients et fournisseurs ainsi que des patrons de robes plus tardifs, stockés dans le grenier des anciens locaux puis oubliés, ont pu faire l’objet d’un travail de sauvetage.

Les petites entreprises, un maillon essentiel de la fabrication de la mode

  • 10 Voir ZALC Claire, « Les petits patrons en France au 20e siècle ou les atouts du flou », Vingtième (...)
  • 11 À noter cependant que les archives départementales du Cher conservent le fonds de l’entreprise de (...)

13L’histoire des petites entreprises françaises est en général peu documentée, en raison notamment de la rareté des archives, comme le souligne l’historienne Claire Zalc, qui a travaillé sur le sujet10. Les maisons de haute couture ayant focalisé l’attention, le domaine de la confection est aujourd’hui particulièrement lacunaire. Les documents qui permettraient de reconstituer au moins partiellement l’histoire des petites entreprises de province n’ont souvent tout simplement pas été conservés, ne présentant pas d’intérêt pour l’activité économique, et ceux qui l’ont été sont aujourd’hui dispersés11. Les connaissances scientifiques sont, par ailleurs, peu nombreuses et éparses. Dans un tel contexte, les témoignages et la collecte d’archives privées constituent une ressource précieuse et sans doute unique pour renseigner un pan de l’histoire de la mode du xxe siècle.

14À ce titre, l’entreprise Robinet représente un bon exemple pour illustrer l’intérêt d’une démarche de recueil des mémoires de ces petits établissements oubliés. Sans être totalement représentative au regard de la diversité observée dans le secteur, elle est caractéristique des entreprises familiales de confection installées en province et de leur rôle dans la diffusion du prêt-à-porter via un réseau de détaillants et la vente par correspondance. Les entretiens et les archives de l’entreprise pour l’année 1960 renseignent des thèmes aussi divers que les relations aux donneurs d’ordres et aux acheteurs ainsi que le rôle joué par les petites entreprises de confection dans la diffusion de nouveaux textiles et de modèles de prêt-à-porter plus accessibles. Ils donnent à voir les capacités d’adaptation d’entreprises proches des boutiques de détaillants avec lesquels les échanges sont denses. Ils éclairent les conditions de travail et les grandes évolutions des organisations : le déclin du travail à domicile, la rationalisation et la spécialisation des tâches qui s’imposent progressivement dans les ateliers. Ils disent aussi beaucoup des sociabilités et de la vie au travail dans le secteur de la confection des années 1960-1990.

15À travers un rapide historique et en nous appuyant sur quelques exemples, nous montrerons l’intérêt qu’il y a à se pencher sur un des maillons indispensables de la fabrication de la mode durant cette période.

L’entreprise Robinet dans la longue tradition de confection vierzonnaise

  • 12 PIGENET Michel, Les Ouvriers du Cher (fin xviiisiècle-1914). Travail, espace et conscience socia (...)
  • 13 FALLUEL Fabienne, « Les grands magasins et la confection féminine », in Femmes fin de siècle, 1885 (...)

16L’entreprise Robinet s’inscrit dans une histoire de la confection vierzonnaise qui s’établit dès le xixsiècle. Le recensement de 1896 estime à un peu plus de 10 500 le total des travailleurs de la confection dans le département du Cher, dont une très large majorité de femmes. Vierzon y œuvre principalement dans le domaine de la confection de beaux articles, délaissant les fabrications ordinaires12. Les ouvrières vierzonnaises forment alors une main-d’œuvre qualifiée dont la réputation est connue des grossistes et des grands magasins parisiens13.

  • 14 Enquête sur le travail à domicile dans l’industrie de la lingerie, Paris, Imprimerie nationale, 19 (...)
  • 15 Annonces parues dans le journal La Dépêche du Berry entre 1900 et 1907.
  • 16 Les chiffres cités doivent être pris avec précaution. Il n’existe pas de sources fiables concernan (...)

17Avec l’augmentation de sa population liée au développement des industries et à l’arrivée du chemin de fer en 1847, la ville dispose d’un vivier important de main-d’œuvre féminine qualifiée. Au début du xxe siècle, celle-ci peine cependant à répondre à la demande, tant « la renommée de Vierzon attire de nouveaux industriels » ; en effet, « on s’arrache les ouvrières, la main-d’œuvre manque. Quand on est en pleine saison, 50 maisons viennent vous offrir du travail, et l’on est obligé de refuser »14. Les annonces dans la presse témoignent de cette pénurie de main-d’œuvre avec des entreprises en quête d’ouvrières « pour la couture, le point, le plissé, les jours, coulissé et surjet », « en jours classiques et fantaisie, point lancé, rolé, etc. » ou encore pour « biais tout bâtis et jours de toutes sortes »15. Des ateliers « avec moteur » coexistent avec des ateliers où le travail se fait toujours à la main. Employant de quelques ouvrières à quelques dizaines de collaboratrices, ils garantissent une régularité dans la production et un volume constant de vêtements et seraient de l’ordre d’une dizaine à cette époque16. Le travail à domicile, géré par des entrepreneuses qui organisent et distribuent les pièces à réaliser, est alors très répandu sans qu’il soit possible d’en mesurer exactement l’ampleur.

18Pendant la guerre de 1914-1918, les ouvrières vierzonnaises sont mises à contribution pour réparer des vêtements militaires. Le changement est important pour ces femmes habituées à intervenir sur de la lingerie et des pièces de mode féminine, mais les compétences sont maintenues. C’est à cette époque qu’Élisabeth Robinet se forme sur le tas dans une entreprise de confection. Cela marque le début de « l’histoire Robinet » à Vierzon.

  • 17 Voir L’Habillement dans le Pays de Vierzon, Massay, Bulletin du Cercle cartophile, 1999.

19Au cours des années 1920, le secteur de la confection continue de se développer et compte plusieurs dizaines d’entreprises17 mais la crise des années 1930 conduit à la mise au chômage d’une partie des ouvrières.

  • 18 On peut se reporter à la récente thèse de BRACHET CHAMPSAUR Florence, Créer c’est avoir vu le prem (...)

20De petits ateliers familiaux s’établissent néanmoins. Élisabeth Robinet fait partie de celles qui tentent leur chance. Elle crée en 1935 à Lury-sur-Arnon, à la périphérie de Vierzon, un atelier spécialisé dans la production de lingerie, principalement destinée aux Galeries Lafayette18.

21La notoriété de Vierzon dans le secteur de la confection est alors grandissante, comme en atteste une publicité parue la même année dans Paris-Soir vantant les propriétés d’une boisson tonifiante : « À Vierzon, dans les importants ateliers de confection de Madame Beaufils, avenue Henri Brisson, on ne manque pas de faire périodiquement une cure de Quintonine » [fig. 3].

Figure 3

Figure 3

Les ouvrières de l’atelier de confection de Vierzon font la promotion de la Quintonine dans cet article publicitaire paru dans le journal Paris-Soir du 4 décembre 1935.

Collection et reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).

Après la guerre, un secteur qui se modernise pour répondre à la demande

22À la fin de la Seconde Guerre mondiale, les quelques établissements qui n’ont pas disparu du fait de la pénurie de matières premières reprennent leur production. La fille d’Élisabeth Robinet, Monique, et son mari André Galland relancent l’activité qui avait été partiellement mise en sommeil. La production de lingerie s’élargit désormais aux chemisiers en soie naturelle dont les broderies sont réalisées par des ouvrières à domicile.

23

[video:robinet]
Extraits d’entretiens portant sur la confection des chemisiers brodés avec Monique Galland, ancienne patronne de l’entreprise Robinet et de Madeleine Mabillat, ancienne brodeuse à fils tirés. Réalisation Céline Assegond et Alexandre Palezis.
Crédits : © CETU ETIcS – Université de Tours

24La plupart des entreprises de confection entretiennent alors un lien avec Paris, voire une forte dépendance avec la Capitale et ses donneurs d’ordres. Comme d’autres, l’entreprise Robinet travaille principalement pour les grands magasins parisiens, les Galeries Lafayette ou encore la Samaritaine.

  • 19 Sur la question de l’essor du prêt-à-porter, voir la deuxième partie de l’ouvrage de GRUMBACH Didi (...)

25En 1955, profitant de l’essor du prêt-à-porter19 et du volume grandissant des commandes, le couple reprend le personnel et les locaux d’une autre entreprise de confection vierzonnaise, puis fait l’acquisition, en 1958, d’une ancienne porcelainerie dans laquelle ils entreprennent de gros travaux pour réunir au cours de l’année suivante l’ensemble de leur production et de leur personnel sur un même site [fig. 4].

Figure 4

Figure 4

La confection Robinet située rue du Champanet à Vierzon, avec au premier plan la voiture du patron, M. Galland, années 1960. Photographie issue de la collection particulière d’une ancienne employée de l’établissement Robinet.

© Photographe inconnu / reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).

  • 20 Voir l’entretien avec quatre membres du personnel des établissements Robinet à Vierzon, en ligne h (...)

26Avec retard si l’on considère les entreprises de confection de plus grandes dimensions, l’organisation du travail y est rationalisée et passe d’un modèle artisanal à un modèle où la mécanisation et la parcellisation des tâches prennent une place croissante, surtout après 196820.

  • 21 Le chronométrage consistait à mesurer très précisément le temps nécessaire à la réalisation d’une (...)

27Le chronométrage21 est introduit et la chaîne opératoire est repensée pour optimiser le processus de fabrication et limiter les coûts de main-d’œuvre, même s’il subsiste des opérations artisanales comme la teinture des dentelles. Les spécialisations se renforcent, mais les mécaniciennes continuent de se former à différents postes pour s’adapter rapidement aux contraintes des commandes. Le personnel administratif se souvient même d’avoir participé à la production lors des périodes de forte demande. L’entreprise, toujours à la recherche de compétences, accueille de nombreuses apprenties formées sur le tas pendant trois ans. Les jeunes femmes sont orientées vers ces formations, mais souvent sans réelle vocation.

28Dans ces années 1960, l’entreprise diversifie sa production pour répondre à la demande. En plus des chemisiers pour lesquels elle bénéficie déjà d’une reconnaissance, elle confectionne des robes, des ensembles et des robes de cérémonie ainsi que des robes de chambre matelassées, alors très en vogue, savoir-faire auxquels les ouvrières vont devoir se former et pour lesquels l’entreprise noue de nouveaux partenariats, en particulier pour obtenir un matelassage de qualité [fig. 5].

Figure 5

Figure 5

Publicité éditée par l’entreprise présentant des robes confectionnées par l’entreprise Robinet, sans date, issue de la collection particulière d’une ancienne salariée de l’établissement.

Reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).

29Le travail de confection était très structuré par la saisonnalité. La production de ce type de robes de chambre se faisait au mois de septembre et jusqu’à mi-octobre environ, avant que les commandes de robes et de chemisiers n’arrivent, ce qui permettait de fournir du travail en période creuse [fig. 6].

Figure 6

Figure 6

Dépliant publicitaire édité par l’entreprise pour deux modèles de robes de chambre. Le mannequin avait été choisi parmi le personnel de l’entreprise Robinet, fin des années 1960. Publicité issue de la collection particulière d’une ancienne salariée de l’établissement Robinet. 

Reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).

  • 22 Voir DOUGUÉDROIT Annick, « L’industrie du vêtement dans le Berry », Annales de géographie, t. 69, (...)

30Avec une douzaine d’entreprises à la fin des années 1950,22 sans compter les ateliers des communes environnantes, la confection est un employeur non négligeable à Vierzon. Alors que la demande de vêtements de prêt-à-porter s’accroît, beaucoup de petits ateliers français travaillent comme fournisseurs ou sous-traitants pour le compte d’établissements parisiens ou pour des sociétés de vente par correspondance. En fonction des commandes, les ateliers ont encore recours au travail à domicile qui se maintiendra dans certaines entreprises vierzonnaises jusque dans les années 1970, comme le racontent des témoins, tels Nicole Moreau ou encore Michel Rousseau.

  • 23 BOSC Alexandra, « Les paradoxes de la mode des années 50, entre nostalgie et modernité », in Ead. (...)

31L’archive témoigne des profondes transformations du secteur. La société Robinet s’adapte aux changements rapides imposés par un marché de la confection en mutation23. Avec retard par rapport aux entreprises de confection industrielles, le modèle économique est repensé, les ateliers modernisés, les opérations techniques rationalisées. Il s’agit notamment de répondre aux attentes des sociétés de vente par correspondance qui s’imposent dans les années 1960 comme un des acteurs majeurs de la commercialisation d’un prêt-à-porter accessible.

Accompagner l’essor de la vente par correspondance dans les années 1960-1970

32Les années 1960 et 1970 représentent une période de croissance pour l’entreprise Robinet qui fait travailler, au plus fort de son activité, jusqu’à une centaine de personnes. La société réalise alors de grosses séries pour La Redoute et Les 3 Suisses qui lui passent régulièrement commande [fig. 7].

Figure 7

Figure 7

Modèle robe bleue confectionnée par l’entreprise Robinet, catalogue de La Redoute, printemps-été 1970.

Collection et reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).

33Le témoignage irremplaçable de Monique Galland ainsi que la correspondance avec Les 3 Suisses pour l’année 1960, retrouvée miraculeusement dans le grenier des anciens locaux de la société, nous apportent des informations précieuses sur les rapports que les petites entreprises entretenaient avec les donneurs d’ordres de la vente par correspondance. Ils nous permettent de reconstituer le processus de commande, de fabrication puis de livraison des articles, du point de vue d’une petite entreprise de province [fig. 8].

Figure 8

Figure 8

Dossier réunissant la correspondance entre la Filature des 3 Suisses et l’entreprise Robinet, 1960, conservé aux archives municipales de Vierzon.

Reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).

  • 24 Archives municipales, Vierzon, document non encore coté, Courrier du service division technique de (...)

34Mme Galland nous raconte par exemple ses fréquents déplacements à Roubaix pour présenter ses modèles aux acheteurs des 3 Suisses. Les prototypes étaient soumis à une première sélection, qui devait être ensuite confirmée par l’envoi d’un modèle prenant en compte les adaptations demandées. Les 3 Suisses pouvaient, en effet, suggérer des modifications notables. Ainsi, à propos d’un chemisier à carreaux, la maison de vente par correspondance écrivait-elle en juin 1960 : « […] nous visons la vente au prix de 9,95 NF, par conséquent, nous ne pouvons payer cet article plus de 6,40 NF. Pour réduire le prix, vous pouvez supprimer les pinces de taille, dos et devant, et nous faire un modèle droit qui peut se porter également au-dessus de la jupe, et ôter du col le croquet24. » S’agissant de propositions conçues par l’entreprise Robinet à partir d’originaux copiés et modifiés à la marge, le rôle des patronnières-gradeuses, chargées de la réalisation des patrons et de leur déclinaison dans toutes les tailles, était alors essentiel.

  • 25 « Nous attirons votre attention sur les difficultés que provoquent des variations sur les mesures (...)
  • 26 La norme est établie à partir d’une étude du Centre d’études techniques des industries de l’habill (...)

35Les commandes en grandes séries pouvaient aller jusqu’à plus de 1 000 exemplaires, sans compter le réassort. Elles étaient encore plus importantes lorsqu’un modèle faisait la couverture du catalogue. Certaines séries faciles d’exécution constituaient des occasions pour « apprendre les gamines à travailler » (comprendre : former les apprenties sur des modèles simples), compensant par là leur rentabilité limitée. Pour autant, les sociétés de vente par correspondance maintenaient une exigence sur la qualité et sur les normes imposées à leurs fournisseurs. Plusieurs courriers retrouvés dans la correspondance d’entreprise en attestent. Robinet est ainsi rappelée à l’ordre pour le non-respect de la longueur des robes, fixée à 107 cm pour toutes les tailles25, dimensions établies par la « normalisation 3 Suisses »26. Les marges de manœuvre se restreignent à mesure que les donneurs d’ordres exigent une production de plus en plus standardisée et des prix serrés.

36Ce sont ces petites sociétés qui ont fourni une partie des modèles présents dans les catalogues, contribuant de cette façon à la diversification de l’offre commerciale qui a fait le succès de la vente par correspondance. L’entreprise Robinet participe par exemple aux premières collections de la Redoute après que cette dernière a cessé sa production textile industrielle pour se concentrer sur l’activité de distribution, au début des années 1960. Les petites entreprises de confection forment alors, par leur savoir-faire et leur proximité avec la clientèle provinciale, un maillon indispensable au développement du prêt-à-porter.

Populariser les nouveaux textiles

  • 27 GUILLAUME Valérie, « Industries, techniques et politiques industrielles en mutation » in Ead. (dir (...)

37À la même époque, les innovations textiles27 se généralisent et rencontrent un important succès auprès d’une clientèle en quête de confort et de simplicité d’entretien. Les robes de chambre, par exemple, sont confectionnées à partir de nouvelles matières synthétiques, avec du tissu polyamide Obtel de Rhodiacéta, du tissu ouatiné Crylor ou encore du tissu ouatiné Isothermyl de chez Rhovyl, particulièrement apprécié pour sa légèreté au regard du confort thermique [fig. 9].

Figure 9

Figure 9

Publicité vantant les vertus du tissu ouatiné Isothermyl de chez Rhovyl, 1958, conservée dans une collection particulière.

Reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).

  • 28 Archives municipales, Vierzon, document non encore coté, Courrier des 3 Suisses, 28 juillet 1960.

38Les témoignages et les archives de l’entreprise nous informent sur la relation entretenue par les ouvrières avec ces nouvelles matières, sur les adaptations techniques et les compétences nécessaires au travail de ces textiles, qu’ils soient synthétiques ou mélangés, ou bien naturels mais ayant subi un traitement. Coryl, Poly Prym, Plynon, Organdyl, No-iron, etc., appellations aujourd’hui oubliées, ont pourtant contraint entreprises et ouvrières de la confection à adapter leur manière de travailler. La firme Rhovyl établit par exemple des normes très précises : « Nous vous rappelons que : toutes les coutures doivent être faites en fil Tergal, la triplure utilisée en biais, les boutonnières faites en fil de coton et ouvertes à chaud » (courrier du 16 mai 1960). Faire homologuer par les industriels les articles confectionnés à partir de leurs nouveaux textiles peut s’avérer difficile. Ainsi, quand la société Robinet tente d’obtenir une homologation pour une série de chemisiers en polyester de la marque Tergal, développée par la société Rhodiacéta, elle n’obtient pas les 200 étiquettes « Tergal » réclamées, alors même que cette garantie est généralement exigée par les donneurs d’ordres qui y voient un argument commercial. Les 3 Suisses invitaient par exemple les entreprises à « développer au maximum la publicité portant sur les tissus, traitements, etc. Ceci afin de donner aux articles une présentation plus commerciale » [fig. 10]28.

Figure 10

Figure 10

Recto verso d’une étiquette Tergal, 1960, conservée aux archives municipales de Vierzon.

Reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).

39Les petites entreprises vont populariser ces nouvelles matières auprès d’une large clientèle en les utilisant dans des séries destinées à la vente par correspondance ou à leur réseau de détaillants couvrant l’ensemble du territoire français.

Les articles griffés, une certaine créativité

40Les commandes destinées à la vente par correspondance n’ont pas détourné l’entreprise Robinet de la production de vêtements griffés destinés aux grossistes du Sentier à Paris et à des détaillants. Le travail en grandes séries contribuait au modèle économique de l’entreprise, lui permettant de réaliser sous ses propres marques, comme « Robilyse », des vêtements de prêt-à-porter [fig. 11].

Figure 11

Figure 11

Carte de visite de la confection Robinet où la marque « Robilyse » est présente, sans date. Document conservé aux archives municipales de Vierzon.

Reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).

41Au sein de l’entreprise Robinet, les articles griffés sont considérés à la fois comme plus originaux et plus qualitatifs comparés à ceux destinés à la grande distribution puisque le choix des tissus et des finitions revenait entièrement à Mme Galland [fig. 12]. À partir de modèles sélectionnés, copiés et adaptés à son goût et à celui des clientes des boutiques distributrices, la patronne s’applique à créer des modèles « Robinet ». La réalisation, plus élaborée et en plus petite série, était ensuite confiée à des ouvrières expérimentées. La personne en charge des expéditions se souvient que dans les années 1970 les colis excédaient rarement les dix articles. La plupart des détaillants, régulièrement visités par des représentants employés par l’entreprise, exigeaient l’exclusivité des modèles, voire de certains tissus dans leur ville [fig. 13].

Figure 12

Figure 12

Correspondance émanant de la chemiserie Bonneterie Domino et s’adressant à la confection Robinet, mars 1960. Document conservé aux archives municipales de Vierzon.

Reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).

Figure 13

Figure 13

Modèles griffés Robilyse au Salon du prêt-à-porter, années 1970. Photographies issues de la collection particulière de l’ancienne dirigeante de l’établissement Robinet.

Reproduction Monique Galland. Photomontage réalisé par Xavier Bonnin (Pixador), 2023.

42Certaines de ces productions ont marqué la mémoire du personnel, comme les chemisiers brodés, les robes plissé soleil, les robes longues de soirée ou encore les robes de chambre en ouatine. Les employées pouvaient s’habiller « Robinet » en faisant l’acquisition d’articles ou de coupons de tissu lors des soldes d’entreprise ou encore faire produire un modèle à prix coûtant en réservant tissu et coupe, le montant étant directement prélevé sur leur salaire. Danièle Pique se marie ainsi vêtue d’un ensemble Robinet. Elles étaient également autorisées à utiliser les machines à coudre de l’entreprise pour confectionner des vêtements, à partir des modèles de Mme Galland, pendant la pause déjeuner.

43Ces modèles, sans être originaux, introduisent une certaine créativité auprès d’une clientèle de province qui fréquente les boutiques indépendantes. Les modèles inspirés des tendances parisiennes étaient adaptés aux goûts et aux attentes des clientes que les boutiques faisaient remonter par courrier ou à l’occasion des visites des représentants.

44La proximité avec un réseau de détaillants instaure une sorte de dialogue avec un large éventail de clientèle qui n’est sans doute pas sans influence sur la production des petites entreprises de confection qui, à cette époque, habillent encore une partie de la population française.

L’inéluctable déclin de la confection vierzonnaise

  • 29 Voir L’Habillement dans le Pays de Vierzon, op. cit.
  • 30 En 1983, 18 entreprises vierzonnaises étaient encore répertoriées comme sous-traitants, employant (...)
  • 31 Voir BEUZON François-Xavier, « Série noire en Berry dans le textile-confection », Les Échos, 15 ma (...)

45Le fils Galland rejoint l’entreprise familiale en 1971, au moment où le secteur de l’industrie de l’habillement est toujours florissant. Vierzon comptabilisait encore environ 1 100 ouvriers en 197529 mais, dès le début des années 1980, deux grandes entreprises, Julietta et la bonneterie Les Tricotages du Verdin, qui à elles deux employaient plus de 250 personnes, de même que la société Jacky Confection, qui en employait environ 80, ferment leurs portes. En 1983, le secteur a déjà perdu presque la moitié de ses effectifs30 et malgré une certaine stabilisation, le déclin est engagé à Vierzon comme dans l’ensemble du département du Cher31 et de la France. L’entreprise Robinet n’échappe pas à la crise qui frappe la confection avec l’arrivée sur le marché d’articles à bas coûts fabriqués à l’étranger. Elle est mise en liquidation judiciaire en 1985, pour renaître immédiatement sous la dénomination Robinet Confections avec des modèles griffés « François Galland » [fig. 14].

Figure 14

Figure 14

Patronnière, traceuse, coupeuse et thermocolleuse au travail dans l’entreprise Robinet, 1990. Collection particulière d’une ancienne salariée de l’établissement Robinet.

© Photographe inconnu / reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).

46En 1993, une nouvelle société voit le jour avec une équipe plus restreinte et la production se délocalise progressivement au Portugal, au Maghreb puis en Roumanie. Si jusque-là l’entreprise était arrivée à s’adapter aux évolutions d’un secteur de la mode très dynamique et à se maintenir malgré les crises successives, la concurrence internationale lui est fatale et elle ferme définitivement ses portes en 2003.

  • 32 MONJARET Anne, « Quand les lieux de travail ferment… », Ethnologie française, vol. 35, no 4 (« Fer (...)

47Aujourd’hui, il n’existe plus aucune entreprise de confection de vêtements à Vierzon ni de traces matérielles visibles dans la ville, contrairement aux autres activités industrielles, dont la présence est encore perceptible. Le traumatisme du déclin et des fermetures32, souvent sans lutte collective, a plongé dans le silence ce pan important de l’histoire ouvrière à Vierzon.

Un patrimoine matériel et immatériel à sauvegarder

  • 33 Aux archives municipales de Vierzon pour les archives de l’entreprise Robinet (1960) ; aux archive (...)

48En France, en dehors de quelques entreprises familiales qui ont surmonté la concurrence et conservé une partie de leurs archives, ce patrimoine est en train de disparaître, tout comme la mémoire de ses protagonistes. L’histoire de ces petites entreprises, de leur place et de leur rôle dans les mutations majeures du secteur de la confection au xxsiècle reste pourtant à faire. Les matériaux, documents et témoignages sensibles, du fait de leur valeur patrimoniale et scientifique indéniable, représentent une contribution irremplaçable. Dans le cadre des projets Memoviv et Vivamemori et grâce aux institutions partenaires, l’ensemble de ce qui a été collecté est aujourd’hui facilement accessible et exploitable par des tiers dans des fonds d’archives publiques33. Les entretiens sont pour leur part consultables dans leur intégralité sur la plateforme Canal U dans le dossier Robinet, de même que le reste des témoignages recueillis sur le secteur de l’industrie de l’habillement.

49Les matériaux sont par ailleurs valorisés sous diverses formes par le musée de Vierzon dans ses espaces d’exposition : présentation de modèles [fig. 15], courts extraits d’entretiens consultables sur tablette numérique, création sonore par la Compagnie Lela « Mémoires en voix » mobilisant des extraits d’entretiens de Mme Galland, disponible en écoute au musée.

Figure 15

Figure 15

Présentation de modèles confectionnés par l’entreprise Robinet dans les espaces d’exposition du musée de Vierzon, 2023.

© Fleurance Lachaud (Musée de Vierzon).

50La réalisation d’un film intitulé Mémoires de la confection Robinet, à partir d’extraits des témoignages, a donné lieu à un événement, en juillet 2018, autour d’une projection publique à Vierzon. Plus récemment, les artistes Louisa Babari (née en 1969) et Laure Tixier (née en 1972) ont exploité les archives dans le cadre de la Biennale d’art et d’architecture du Frac Orléans qui s’est déroulée à Vierzon en 2022-2023. Chacune de ces actions contribue à réinscrire les activités de confection ainsi que le travail féminin dans l’espace de la ville.

  • 34 BARTHÉLEMY Thiphaine & ISTASSE Manon, « Du patrimoine matériel au patrimoine culturel immatériel e (...)

51Ces initiatives ont permis de redonner une place et de faire vivre une mémoire de la confection à Vierzon, mais d’autres démarches combinant archives documentaires et témoignages34 ont montré la fragilité de telles initiatives, a fortiori lorsqu’elles ne disposent pas de moyens pour s’inscrire dans un temps long.

Haut de page

Notes

1 Voir par exemple GUILLAUME Valérie, Courrèges, Paris, Assouline, 1998 ; KAMITSIS Lydia, Paco Rabanne, les sens de la recherche, Paris, Michel Lafon, 1996.

2 Les petites entreprises se contentaient de copier des modèles existants, auxquels elles apportaient de légères modifications pour ne pas risquer d’être poursuivies. Cette pratique n’était d’ailleurs pas réservée à elles seules. Voir l’article de Florence Brachet Champsaur sur les relations entre maisons de couture et grands magasins dans les cas de contrefaçon : BRACHET CHAMPSAUR Florence, « Les Galeries Lafayette et le financement de la couture dans l’entre-deux-guerres : le cas Jean Patou », Entreprises et histoire, vol. 64, no 3, 2011, p. 183-185.

3 Les projets de recherche, financés dans le cadre de l’appel à projet « Recherche d’intérêt régional » de la région Centre-Val de Loire, ont été pilotés pour le premier par l’UMR CNRS Citères et le CETU ETIcS de l’université de Tours et pour le second par le Laboratoire CRJP (Centre de recherche juridique Pothier) de l’université d’Orléans. Ces recherches associent étroitement plusieurs partenaires, plus particulièrement le musée de Vierzon, le musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine d’Argenton-sur-Creuse, le CIAP (centre d’interprétation de l’architecture et du patrimoine) la Tuilerie ou encore Ciclic (Agence régionale du Centre-Val de Loire pour le livre, l’image et la culture numérique). Voir par exemple le dossier sur les chemiseries d’Argenton-sur-Creuse : https://memoire.ciclic.fr/magazine/autour-des-archives/les-chemiseries-d-argenton-sur-creuse [lien valide en mars 2024].

Plusieurs chercheurs ont contribué au recueil de la mémoire du travail de l’entreprise Robinet : Céline Assegond, Christèle Assegond, Hélène Chazal et Alexandre Palezis.

4 Inspirée d’autres initiatives, en particulier CORNU Roger, « De la mise en mots à la mise en scène », in BOUFFARTIGUE Paul, CORNU Roger, DEGENNE Alain, et al., Du chantier naval à la ville : la mémoire ouvrière de Port-de-Bouc, étude financée avec une subvention du ministère de la Culture, Aix-en-Provence, LEST, 1984, p. 13-30, disponible en ligne, https://shs.hal.science/halshs-03757380/ [lien valide en mars 2024]. Cette étude apporte, entre autres, une réflexion sur le dispositif filmique et ses conséquences sur la relation d’enquête. Nadine Michau, anthropologue-cinéaste, investie dans la recherche Memoviv, a également apporté son expérience sur l’usage du film dans le recueil de la mémoire industrielle.

5 Situés dans les départements du Cher (18) et de l’Indre (36).

6 ASSEGOND Céline, « Memoviv, recueil filmé et partage de la mémoire du travail à Vierzon : l’exemple de l’entreprise Case, ex-Société française de matériel agricole et industriel », Patrimoine industriel, nos 74-75, 2020, p. 88-99.

7 À ne pas confondre avec la marque Rodier, spécialiste de la maille qui existe encore.

8 Sur les sociabilités au travail, on peut se reporter au catalogue d’exposition suivant : LE ROC’H MORGÈRE Martine (dir.), PLADŸS Deborah & TRIOT Marie, Bonjour collègues ! La convivialité au travail, de la fête des médaillés à la pause-café, cat. exp., Roubaix, Archives nationales du monde du travail, 2015.

9 Le recueil de témoignages sur la commune d’Argenton-sur-Creuse, en partenariat avec le musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, s’est révélé plus complexe tant du point de vue du recrutement des témoins que de l’accueil mitigé du film réalisé à partir des entretiens, en raison sans doute du processus de deuil lié à la fermeture des usines. Voir aussi LAFAYE Françoise, « Professionnels du textile : se construire une conscience fière », Ethnologie française, vol. 35, no 4, 2005, p. 703-713.

10 Voir ZALC Claire, « Les petits patrons en France au 20e siècle ou les atouts du flou », Vingtième siècle. Revue d’histoire, vol. 114, no 2, 2012, p. 53-66 ; BARROS Françoise de & ZALC Claire, « Faire parler des archives, historiciser un terrain : les salariés d’une entreprise familiale (Lens, 1945-1975) », in ARBORIO Anne-Marie (dir.), Observer le travail. Histoire, ethnographie, approches combinées, Paris, La Découverte, coll. « Recherches », 2008, p. 45-59.

11 À noter cependant que les archives départementales du Cher conservent le fonds de l’entreprise de confection Ginette Pauquet (Vierzon) (AD Cher, 77 J, fichiers clients, fiches fournisseurs, documents comptables, fiches descriptives de modèles, registre d’inscription des travailleurs étrangers, etc., 1938-1991). Nous n’avons pu l’exploiter faute d’avoir trouvé des témoins.

12 PIGENET Michel, Les Ouvriers du Cher (fin xviiisiècle-1914). Travail, espace et conscience sociale, Montreuil, Institut CGT d’histoire sociale, 1990.

13 FALLUEL Fabienne, « Les grands magasins et la confection féminine », in Femmes fin de siècle, 1885-1895, cat. exp., Paris, Palais Galliera – musée de la Mode de la Ville de Paris, Paris, Paris Musées, 1990, p. 74-91.

14 Enquête sur le travail à domicile dans l’industrie de la lingerie, Paris, Imprimerie nationale, 1907-1911, t. II : Cher, Allier, Loir-et-Cher, Indre, Maine-et-Loire, Sarthe, 1908, p. 19-28.

15 Annonces parues dans le journal La Dépêche du Berry entre 1900 et 1907.

16 Les chiffres cités doivent être pris avec précaution. Il n’existe pas de sources fiables concernant les activités de confection à Vierzon à cette époque, et ce d’autant plus qu’elles s’exercent sous des formes très diverses.

17 Voir L’Habillement dans le Pays de Vierzon, Massay, Bulletin du Cercle cartophile, 1999.

18 On peut se reporter à la récente thèse de BRACHET CHAMPSAUR Florence, Créer c’est avoir vu le premier. Les Galeries Lafayette et la mode (1893-1969), thèse de doctorat en histoire, Paris, EHESS, 2018, voir en ligne : https://www.theses.fr/2018PSLEH069 [lien valide en décembre 2023].

19 Sur la question de l’essor du prêt-à-porter, voir la deuxième partie de l’ouvrage de GRUMBACH Didier, Histoires de la mode, Paris, Seuil, 1993, p. 123-247.

20 Voir l’entretien avec quatre membres du personnel des établissements Robinet à Vierzon, en ligne https://www.canal-u.tv/chaines/univtours/industrie-de-l-habillement/quatre-membres-du-personnel-des-etablissements-robinet?t=3694 [lien valide en décembre 2023].

21 Le chronométrage consistait à mesurer très précisément le temps nécessaire à la réalisation d’une tâche définie ou d’une pièce. Ce temps était ensuite imposé aux ouvrières qui devaient s’y tenir au risque d’être réprimandées et pour celles qui étaient rémunérées « aux pièces », de perdre une partie de leur revenu. Cela permettait également de rationaliser l’enchaînement des opérations techniques successives lorsque la réalisation d’une pièce était confiée à plusieurs ouvrières.

22 Voir DOUGUÉDROIT Annick, « L’industrie du vêtement dans le Berry », Annales de géographie, t. 69, no 376, 1960, p. 584-593.

23 BOSC Alexandra, « Les paradoxes de la mode des années 50, entre nostalgie et modernité », in Ead. SAILLARD Olivier, WILDENBORG Ykje, Les Années 50. La mode en France, 1947-1957, cat. exp., Paris, Palais Galliera, 12 juillet-2 novembre 2014, Paris, Paris Musées, 2014, p. 232-239. L’auteur y décrit les années 1947-1957 comme « une période de transition ».

24 Archives municipales, Vierzon, document non encore coté, Courrier du service division technique des Filatures des 3 Suisses, 29 juin 1960.

25 « Nous attirons votre attention sur les difficultés que provoquent des variations sur les mesures prévues, si l’on considère notre système de distribution par catalogue » (archives municipales, Vierzon, document non encore coté, Courrier des 3 Suisses, 31 mars 1960).

26 La norme est établie à partir d’une étude du Centre d’études techniques des industries de l’habillement. (archives municipales, Vierzon, document non encore coté, Courrier du service division technique des Filatures des 3 Suisses, 16 août 1960).

27 GUILLAUME Valérie, « Industries, techniques et politiques industrielles en mutation » in Ead. (dir.), Mutations-mode, 1960-2000, cat. exp., Paris, musée Galliera, musée de la Mode de la Ville de Paris, 1er avril 2000-30 juillet 2000, Paris, Paris Musées, 2000, p. 18-40.

28 Archives municipales, Vierzon, document non encore coté, Courrier des 3 Suisses, 28 juillet 1960.

29 Voir L’Habillement dans le Pays de Vierzon, op. cit.

30 En 1983, 18 entreprises vierzonnaises étaient encore répertoriées comme sous-traitants, employant 600 personnes, essentiellement dans le secteur du prêt-à-porter femme et enfant. Voir Plaquette pour la Région Centre : Façonniers des industries de l’habillement, Centre de sous-traitance, 1983.

31 Voir BEUZON François-Xavier, « Série noire en Berry dans le textile-confection », Les Échos, 15 mars 1999, disponible en ligne, https://www.lesechos.fr/1999/03/serie-noire-en-berry-dans-le-textile-confection-765158 [lien valide en décembre 2023].

32 MONJARET Anne, « Quand les lieux de travail ferment… », Ethnologie française, vol. 35, no 4 (« Fermetures : crises et reprises »), 2005, p. 581-592.

33 Aux archives municipales de Vierzon pour les archives de l’entreprise Robinet (1960) ; aux archives départementales du Cher pour les archives recueillies auprès des témoins sous forme numérique et matérielle. L’ensemble des films a été déposé à des fins d’archivage au pôle mémoire de Ciclic. Voir en ligne, https://ciclic.fr/patrimoine/les-missions-patrimoine [lien valide en décembre 2023].

34 BARTHÉLEMY Thiphaine & ISTASSE Manon, « Du patrimoine matériel au patrimoine culturel immatériel en Picardie : les ratés d’un “bottom up” ? », Ethnologie française, vol. 52, no 3, 2022, p. 525-541.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Figure 1
Légende La fête de la Sainte-Catherine dans les établissements Robinet, photographies des années 1960-1970 issues des collections particulières d’anciennes salariées de l’entreprise.
Crédits Reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/41208/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 228k
Titre Figure 2
Légende Les retraitées reviennent en 2018 sur leur ancien lieu de travail à Vierzon, où elles sont interrogées et filmées par les chercheurs. La mémoire se réactive autour de photographies, de documents et d’anciens modèles.
Crédits © Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/41208/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 301k
Titre Figure 3
Légende Les ouvrières de l’atelier de confection de Vierzon font la promotion de la Quintonine dans cet article publicitaire paru dans le journal Paris-Soir du 4 décembre 1935.
Crédits Collection et reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/41208/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 600k
Titre Figure 4
Légende La confection Robinet située rue du Champanet à Vierzon, avec au premier plan la voiture du patron, M. Galland, années 1960. Photographie issue de la collection particulière d’une ancienne employée de l’établissement Robinet.
Crédits © Photographe inconnu / reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/41208/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 185k
Titre Figure 5
Légende Publicité éditée par l’entreprise présentant des robes confectionnées par l’entreprise Robinet, sans date, issue de la collection particulière d’une ancienne salariée de l’établissement.
Crédits Reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/41208/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 384k
Titre Figure 6
Légende Dépliant publicitaire édité par l’entreprise pour deux modèles de robes de chambre. Le mannequin avait été choisi parmi le personnel de l’entreprise Robinet, fin des années 1960. Publicité issue de la collection particulière d’une ancienne salariée de l’établissement Robinet. 
Crédits Reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/41208/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 323k
Titre Figure 7
Légende Modèle robe bleue confectionnée par l’entreprise Robinet, catalogue de La Redoute, printemps-été 1970.
Crédits Collection et reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/41208/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 265k
Titre Figure 8
Légende Dossier réunissant la correspondance entre la Filature des 3 Suisses et l’entreprise Robinet, 1960, conservé aux archives municipales de Vierzon.
Crédits Reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/41208/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 160k
Titre Figure 9
Légende Publicité vantant les vertus du tissu ouatiné Isothermyl de chez Rhovyl, 1958, conservée dans une collection particulière.
Crédits Reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/41208/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 266k
Titre Figure 10
Légende Recto verso d’une étiquette Tergal, 1960, conservée aux archives municipales de Vierzon.
Crédits Reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/41208/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 203k
Titre Figure 11
Légende Carte de visite de la confection Robinet où la marque « Robilyse » est présente, sans date. Document conservé aux archives municipales de Vierzon.
Crédits Reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/41208/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 211k
Titre Figure 12
Légende Correspondance émanant de la chemiserie Bonneterie Domino et s’adressant à la confection Robinet, mars 1960. Document conservé aux archives municipales de Vierzon.
Crédits Reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/41208/img-12.jpg
Fichier image/jpeg, 163k
Titre Figure 13
Légende Modèles griffés Robilyse au Salon du prêt-à-porter, années 1970. Photographies issues de la collection particulière de l’ancienne dirigeante de l’établissement Robinet.
Crédits Reproduction Monique Galland. Photomontage réalisé par Xavier Bonnin (Pixador), 2023.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/41208/img-13.jpg
Fichier image/jpeg, 262k
Titre Figure 14
Légende Patronnière, traceuse, coupeuse et thermocolleuse au travail dans l’entreprise Robinet, 1990. Collection particulière d’une ancienne salariée de l’établissement Robinet.
Crédits © Photographe inconnu / reproduction Céline Assegond (CETU ETIcS – Université de Tours).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/41208/img-14.jpg
Fichier image/jpeg, 196k
Titre Figure 15
Légende Présentation de modèles confectionnés par l’entreprise Robinet dans les espaces d’exposition du musée de Vierzon, 2023.
Crédits © Fleurance Lachaud (Musée de Vierzon).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/41208/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 267k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Céline Assegond et Christèle Assegond, « Une entreprise ordinaire de confection au temps de l’essor du prêt-à-porter »In Situ [En ligne], 52 | 2024, mis en ligne le 22 avril 2024, consulté le 15 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/41208 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/insitu.41208

Haut de page

Auteurs

Céline Assegond

Ingénieure de recherche, université d’Orléans
celine.assegond@univ-orleans.fr

Christèle Assegond

Sociologue, responsable du CETU ETIcS, université de Tours
christele.assegond@univ-tours.fr

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search