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AccueilNuméros52Le patrimoine en scèneDes trésors personnels

Le patrimoine en scène

Des trésors personnels

Penser la valeur du costume en pays d’Arles
Personal treasures. Thinking about the value of costumes at Arles
Élise Marcia

Résumés

Le costume d’Arlésienne fait figure d’emblème régional en pays d’Arles. Les femmes qui le revêtent restaurent, conservent et portent des pièces parfois très anciennes, tout en faisant face à un terrible paradoxe : les choisir, c’est aussi en accélérer la destruction et rendre impossible leur transmission à des générations futures. En explorant les armoires des Arlésiennes, il est possible de recueillir le parcours de certains de ces « trésors », et d’entrevoir le lien qui les unit à leur propriétaire. Pour décrire leurs costumes, les Arlésiennes mobilisent sur un même plan leur valeur historique (la connaissance de la trajectoire de l’objet pris comme témoignage du passé), relationnelle (l’objet contenant les traces d’une relation avec les donataires ou les aïeules), ou personnelle (l’objet évoquant les goûts, le parcours et les qualités de l’Arlésienne qui le possède). S’intéresser aux récits qui entourent le costume du pays d’Arles permet alors d’entrevoir les tensions autour de la conservation et du port de ce vêtement singulier, qui, pour rester « vivant » et « authentique », doit pouvoir puiser dans les registres à la fois de l’histoire personnelle, familiale et régionale.

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Texte intégral

1La grande armoire qui accueille les petits trésors de Brigitte se trouve au fond d’une ancienne chambre d’enfant aujourd’hui entièrement consacrée à sa passion : le costume du pays d’Arles. Elle m’invite à découvrir « ses affaires », soigneusement rangées sur les étagères. Les pièces les plus fragiles sont enveloppées dans du papier de soie, et d’innombrables boîtes en carton s’alignent devant nous. Dans la penderie, les jupes, jupons et casaques de coton, de laine ou de soie se côtoient, certains enveloppés d’une protection en plastique. En face de l’armoire trône un mannequin, sur lequel un costume est déjà monté et attend sagement : celui-ci, elle le portera dimanche prochain. Une table à repasser, de grands miroirs, un nécessaire à coiffure, une table de couture et des coupons de tissus entreposés çà et là : ce « bazar », comme l’appelle Brigitte, occupe tous ses week-ends.

2Car Brigitte, institutrice d’une cinquantaine d’années, est pleinement engagée dans le monde de la culture provençale. Elle a participé à ses premiers défilés traditionnels dès la petite enfance, juchée sur un cheval de race Camargue. Épaulée par sa mère et sa grand-mère, elle s’est costumée durant toute son adolescence, pratiquant la danse folklorique en même temps que ses études. Mais elle a quitté le pays d’Arles pour poursuivre sa formation, et n’est revenue que bien des années plus tard, à l’âge de trente ans. Elle s’est alors replongée dans cet univers, malgré le décès de sa mère et de sa grand-mère, des alliées précieuses qui autrefois la préparaient pour chacune de ses sorties. Désormais seule, Brigitte a dû apprendre à confectionner des costumes, à les monter et à poser sa coiffe. Elle a également suivi des cours de provençal et s’implique aujourd’hui dans la vie associative locale. De plus, elle expose certains de ses costumes au cours d’événements qu’elle organise elle-même : il s’agit de biens hérités, offerts ou chinés, qui peuplent le reste du temps la petite chambre d’enfant de son domicile.

3Dans le cadre d’une enquête ethnographique menée depuis 2017 auprès de passionnées de tous âges du costume traditionnel féminin en pays d’Arles, j’ai constaté que le cas de Brigitte est loin de faire exception. Au contraire, son parcours est emblématique : une participation très jeune aux défilés folkloriques, sous la houlette de sa lignée féminine, puis un décrochage à l’adolescence, parfois amplifié par une mobilité géographique, avant un regain d’intérêt une fois la situation professionnelle stabilisée. Après des années d’apprentissage, de nombreuses femmes, comme Brigitte, deviennent à leur tour des expertes reconnues, s’engageant dans le cadre associatif pour transmettre leurs savoir-faire et prêter à l’occasion certains de leurs costumes à leurs protégées [fig. 1].

Figure 1

Figure 1

L’atelier de Jeanne dédié au costume d’Arles, Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône), 10 avril 2018.

© Élise Marcia.

4Car certaines Arlésiennes possèdent des pièces exceptionnelles : chargées d’histoire ou d’une qualité technique admirable, elles participent de la renommée de leur propriétaire. Elles peuvent être précieusement conservées, mais aussi être vendues, prêtées ou offertes. Elles font l’objet d’échanges entre les femmes de la région, circulant au sein d’une même famille ou par affinité. Ainsi, posséder des costumes remarquables et les donner à voir au cours de défilés manifeste l’ancrage local : la capacité à capter des biens particulièrement précieux témoigne d’un réseau riche et étendu, tandis que l’héritage dit la profondeur généalogique. Mais la valeur d’un costume n’est pas toujours visible à l’œil nu : c’est à l’Arlésienne de le mettre en récit pour en dévoiler le sens et la portée. Tel fichu peut être le cadeau d’une amie chère, qu’elle a réalisé elle-même ; ce ruban, le don d’une femme sans descendance. Les narrations qui accompagnent les costumes mettent en lumière leur statut ambivalent, à la frontière entre histoire individuelle, familiale et régionale. Cette tension entre possession personnelle et bien collectif est accentuée par le port de certains éléments, régulier ou ponctuel : les choisir pour composer sa tenue implique de les condamner à se dégrader plus vite et donc de limiter leur transmission future.

5Prises dans ce dialogue constant entre le charme de l’ancien, la nécessité de préservation d’un patrimoine commun et l’attrait de productions nouvelles, les Arlésiennes organisent leurs armoires avec une grande application. Si certaines dévoilent à l’ethnologue de véritables petits musées dissimulés dans l’intimité du domicile, d’autres font le pari d’arborer leurs trésors, ou bien s’attachent à conférer des valeurs nouvelles à des pièces plus récentes, mais à leurs yeux tout aussi importantes. Visiter les armoires des Arlésiennes s’apparente alors, en un sens, à une chasse au trésor, où le plus précieux n’est pas toujours caractérisé par l’exception.

Un costume savant aux multiples facettes

  • 1 SAGNES Sylvie, « Au miroir du savoir : de l’Arlésienne en historienne à l’ethnologue en Arlésienne (...)

6Les Arlésiennes sont très fières de leur costume, considéré comme l’« emblème des emblèmes1 » : réputé d’une grande beauté, il occupe une place centrale dans les événements traditionnels et est largement représenté dans l’imagerie régionale [fig. 2].

Figure 2

Figure 2

Arlésiennes en costume de campagne, arènes d’Arles (Bouches-du-Rhône), 29 juin 2018.

© Élise Marcia.

  • 2 Sur la normalisation du costume d’Arles et son expansion territoriale, voir notamment DOSSETTO Dan (...)

7Le Félibrige, association de poètes née en 1854 sous l’impulsion de Frédéric Mistral (1830-1914), a particulièrement œuvré pour la promotion du costume2 : il assigne aux hommes le devoir de préserver la langue provençale, et aux femmes la responsabilité du costume. Et lorsque Mistral ouvre en 1899 le Museon Arlaten, musée arlésien entièrement consacré à la culture provençale, le vêtement local y figure en bonne place. D’abord quotidien, abandonné progressivement en faveur de la mode nationale, il devient en entrant dans le musée un élément patrimonial à part entière, pensé comme représentatif du mode de vie local qu’il s’agit de documenter. Cependant, le costume tombe en désuétude peu après la mort du poète et il traverse jusqu’aux années 1970 une période que les Arlésiennes d’aujourd’hui qualifient de « folklorique ». Le costume, d’après les expertes locales, aurait subi de nombreux outrages quant à sa forme : les Arlésiennes de cette époque sont réputées ne pas avoir fait grand cas des normes érigées par les félibres et n’auraient porté l’habit local que dans un but purement récréatif.

  • 3 MICHAEL Jennifer L., Costumed Beauties: the Image, Identity, and Expertise of the Arlésiennes, PhD (...)
  • 4 Je me réfère ici à l’authenticité comme catégorie émique. Voir FAURE Muriel, « Un produit agricole (...)

8Les années 1970 marquent un tournant dans l’approche du costume, qui se complexifie considérablement. L’anthropologue Jennifer L. Michael relève la nécessité ressentie par les Arlésiennes, mais aussi plus largement par les érudits de la région, de « purifier » le costume afin d’en rétablir la forme idoine3. Le renversement opéré ici se loge dans l’attribution au costume d’une caractéristique nouvelle : il doit être « authentique ». Avant cette période, il suffisait de simplement revêtir le costume pour être une Arlésienne : cela n’est plus vrai de nos jours et les costumes doivent désormais respecter des règles très précises. C’est le respect de ces normes, fixées en grande partie par les félibres puis par des érudites locales, qui fonde « l’authenticité » du costume. Cette « authenticité » résulte à la fois d’un rapport pensé comme privilégié avec son patrimoine, et d’une série de gestes techniques spécifiques4. À partir des années 1970, l’image et le rôle conférés à l’Arlésienne changent radicalement : elle n’est plus une simple « beauté décorative », pour reprendre les mots de Michael, mais s’apparente plutôt à une experte capable de magnifier son patrimoine grâce à ses compétences en couture et en s’adossant à des connaissances historiques fines, portant aussi bien sur l’esthétique des xixe et xxe siècles que sur les matières produites, leur circulation et leur conservation.

  • 5 Chaque génération d’Arlésiennes s’est approprié la mode locale et a modifié le costume, porté de f (...)

9Les Arlésiennes portent aujourd’hui majoritairement le costume dit « contemporain » ou « Léo Lelée5 » au cours de fêtes traditionnelles, de défilés folkloriques ou même de cérémonies privées (mariages, enterrements, baptêmes) [fig. 3]. La plupart d’entre elles le réalisent elles-mêmes, ou font appel à des couturières spécialisées : il doit être parfaitement adapté à leur morphologie.

Figure 3

Figure 3

Arlésiennes assistant à une démonstration de danse traditionnelle, Fourques (Gard), fête de la Maïo, 6 mai 2018.

© Élise Marcia.

10La « recherche » et l’implication personnelle sont largement valorisées dans les associations qui rassemblent des passionnées : les jeunes filles, guidées par leurs aînées, sont incitées à apprendre non seulement l’histoire de leur costume et ses évolutions pour en connaître la construction, mais elles sont également poussées à devenir autonomes pour pouvoir, à leur tour, transmettre la tradition. L’idée est de leur permettre de saisir « l’esprit du costume » et de savoir le manier. Cet esprit repose sur une mythologie arlésienne construite au fil des générations et se référant à une figure idéale, « l’Arlésienne », que les passionnées d’aujourd’hui tentent d’incarner le mieux possible. La figure de l’ancêtre tutélaire est celle d’une passionnée de mode, qui sait se démarquer grâce à son bon goût. Elle a compris les lignes de force du costume, les logiques de sa structure et de son évolution, pour être à même d’en manipuler les codes et y intégrer ses goûts personnels. Dès lors, pour avoir un bon costume, il faut toujours viser l’excellence : s’afficher avec une pièce exceptionnelle, avoir trouvé le petit détail faisant la différence, bref, ne pas faire comme tout le monde. Le costume idéal des Arlésiennes contemporaines ne repose donc pas sur un modèle figé et rigide, mais plutôt sur la capacité de chacune d’en interpréter la composition générale pour pouvoir le moduler à son goût, voire y imprimer des variations et lancer de nouvelles tendances. Refusant de caractériser leur patrimoine comme « figé », les passionnées s’attachent à identifier et exploiter les interstices laissés par les historiennes et les félibres, sous le contrôle étroit des connaisseuses qui jugent et commentent chaque innovation.

  • 6 MONJARET Anne, « Objets », in RENNES Juliette (dir.), Encyclopédie critique du genre. Corps, sexua (...)
  • 7 BLANC Odile, Vivre habillé, Paris, Klincksieck, coll. « 50 questions », 2009, p. 106.

11Ainsi, Violette, présidente d’un groupe folklorique, me confiait : « Moi, celles qui font tout au dernier moment, elles m’énervent. […] Tu vois, il n’y a rien qui fait que, quand tu passes – enfin, on ne se costume pas pour se montrer, hein, mais quand tu passes, personne ne va se dire “ça, c’est un beau costume.” Il n’y a pas de recherche, et ça c’est dommage. » L’Arlésienne doit apprendre à agencer les pièces de sa tenue pour composer son image. Il s’agit dans un premier temps de manipuler les normes du costume de façon appropriée : Anne Monjaret relève que le vêtement et les accessoires façonnent le corps « techniquement, socialement et rituellement6 » et le préparent à tenir un rôle. L’âge, la situation matrimoniale, la saison ou encore l’événement sont déterminants dans le choix des éléments qui seront portés. Mais les Arlésiennes vont plus loin et s’emparent de la « capacité narrative, romanesque7 » du vêtement en le chargeant de valeurs nouvelles. Les pièces anciennes, rares et précieuses, se révèlent être d’excellents supports à cette mise en discours.

À la recherche de l’authenticité

  • 8 SAGNES Sylvie, art. cit.

12Les Arlésiennes contemporaines sont donc prises entre l’obligation de respecter la forme du costume, largement documentée, et son « esprit », reposant sur leur capacité d’innovation. La référence à l’histoire permet de résoudre cette tension, en offrant une forme de légitimité aux Arlésiennes : il s’agit de parvenir à faire ce qui ne se fait plus de nos jours, mais qui a pourtant existé dans le passé8. Les éléments anciens du costume sont ainsi de précieuses ressources pour témoigner de son implication dans le costume, de ses compétences en histoire locale, et donc de sa légitimité à lancer de nouvelles tendances.

La valeur des temps passés

  • 9 Le ruban d’Arlésienne comprend un motif de velours sur fond satiné. L’opération de sabrage consist (...)
  • 10 Le ruban est aussi appelé le velout (velours) en provençal.
  • 11 Deux tisserands continuent à en produire dans la région du Forez, dans le bassin stéphanois, lieu (...)

13Le ruban de coiffe est sans nul doute la pièce maîtresse du costume. En soie tissée puis sabrée9 pour former le fameux velours qui lui donne son nom10, il mesure sept centimètres et demi de large pour une longueur allant de quatre-vingt-dix centimètres à un mètre et trône au sommet de la tête. Si des rubans neufs sont encore confectionnés11, les Arlésiennes affectionnent ceux produits du temps de leurs aïeules, d’une grande variété de motifs et de couleurs.

  • 12 La lune orne le « guidon » du ruban, c’est-à-dire l’extrémité flottant à l’arrière de la tête. Il (...)

14Les rubans dits « Louis-Philippe » sont les plus anciens rubans pouvant être portés en costume contemporain. Ils arrivent en Provence dans les années 1830 : produits à Saint-Étienne (Loire), ils transitent par la foire de Beaucaire. Ils sont plus longs que les rubans produits aujourd’hui (1,55 m pour 7,5 cm de largeur), arborent des motifs colorés et sont entièrement sabrés. Leur ancienneté et leur rareté en font des pièces remarquables, mobilisées pour les grandes occasions et associées à des costumes de soie. À l’instar des rubans dits « Napoléon III » de la seconde moitié du xixsiècle (fond satiné et motifs de velours sabrés), ils ne comportent pas de lune12 et sont plus longs que les rubans actuels [fig. 4].

Figure 4

Figure 4

Des rubans Louis-Philippe exposés à Beaucaire (Gard), 29 avril 2018.

© Élise Marcia.

  • 13 Les rubans bleu marine sont les plus simples et les plus courants pour le costume contemporain : i (...)
  • 14 La chapelle est composée d’un « devant d’estomac » et d’une « guimpe », positionnés à l’aide d’épi (...)

15Le ruban n’est pas facile à acquérir : il existe peu de boutiques dédiées aux Arlésiennes et les éléments les plus importants, lorsqu’ils sont vendus, s’arrachent à des prix très élevés [fig. 5]. Chose que Catherine, couturière de 62 ans, regrette amèrement : « Un jour, je suis allée à une vente aux enchères. Et puis il y avait un ruban qui me plaisait bien, tu vois. Alors bon, j’y vais, mais il est parti à 1 600 € ! C’est énorme ! » Si des résultats de ventes de cette ampleur restent exceptionnels, ils n’en sont pas moins symptomatiques de l’engouement actuel des Arlésiennes pour l’ancien : difficile de trouver un ruban bleu marine d’époque13 en dessous des 300 €. À l’heure actuelle, de nouveaux rubans sont produits pour des sommes parfois bien plus modiques, mais les Arlésiennes sont moins enthousiastes face aux nouvelles collections. Certaines se targuent même de ne s’habiller qu’avec des pièces anciennes : c’est le cas de Carole, 46 ans, qui, entreprenant de m’expliquer la provenance de son costume, s’exclame : « Moi, je n’ai que de l’authentique ! J’ai toute l’histoire du village sur le dos ! » De même, Garance, 40 ans, issue d’une vieille famille arlésienne et passionnée par le costume depuis son enfance, refuse de revêtir du neuf : parmi les pièces des nombreux costumes qui peuplent sa garde-robe spécialement dédiée, aucune n’est récente. Elle a même fait de la restauration son métier, se consacrant à restaurer des fichus et chapelles anciens [fig. 6]14.

Figure 5

Figure 5

Une boutique dédiée au costume arlésien traditionnel, Arles (Bouches-du-Rhône), 29 juin 2018.

© Élise Marcia.

Figure 6

Figure 6

Fichu et chapelle dédiés au costume et restaurés par une professionnelle, Mondragon (Vaucluse), 3 octobre 2019.

© Élise Marcia.

16Pourtant, malgré la forte demande, ou à cause d’elle, les pièces anciennes se raréfient. Les vide-greniers offrent encore la possibilité de découvertes miraculeuses et sont largement fréquentés par les Arlésiennes. Violette et son mari Victor sont retraités. Victor soutient Violette dans sa passion et l’accompagne aux défilés et ils sortent dès que possible chiner sur les étals des particuliers, n’hésitant pas à quitter la région le temps d’un dimanche : plus loin, les gens ne connaissent pas le costume et peuvent avoir des pièces exceptionnelles sans même s’en douter. Ainsi, un beau jour, Victor fouille dans une caisse remplie de vieux tissus, et trouve un ruban Charles X (pour des costumes « de reconstitution », datant des années 1820-1830), conservé dans son emballage d’origine. Très fier de sa trouvaille, il la signale à son épouse. C’est un vrai, elle en reste sous le choc : le couple achète sans négocier ce petit trésor, pour la modique somme de 5 €. Pas peu fiers, ils ramènent leur butin à leur domicile, sans se douter que leur joie sera de courte durée : « En rentrant à la maison, je le déroule encore, pour le regarder. Et pouf ! Il s’est tout défait, il m’est resté entre les doigts. Ça a fait des fils. » J’entendrai, tout au long de mon terrain, d’autres récits de découvertes de ce type : une malle oubliée, un brocanteur peu averti, d’immenses espoirs, pour finalement voir le tout s’étioler et tomber en poussière aussitôt sorti de son écrin. Soies, fichus, casaques, rubans, dentelles : les matières textiles, parfois oubliées de longues années et exposées aux aléas des changements de température, à la poussière et à l’humidité, ne se laissent alors admirer qu’une dernière fois avant de disparaître. Loin de décourager les Arlésiennes, ces récits donnent à leurs recherches un caractère d’autant plus fascinant : il ne s’agit pas simplement de trouver la pièce, encore faut-il que celle-ci accepte d’être portée à nouveau.

17Mais comment expliquer, dans un pareil contexte, cette valorisation de l’ancien ? Car les Arlésiennes consacrent beaucoup de ressources et d’énergie à leurs recherches pour pouvoir, comme Carole, avoir des costumes « authentiques ». Elles prennent alors le risque de les détériorer, voire, à terme, de les détruire complètement.

Conserver ou porter : du défilé aux musées

18Revêtir des pièces anciennes présente en effet un inconvénient : chaque sortie abîme l’objet, qui se fragilise chaque jour davantage. Et si le costume, « c’est fait pour être porté », certains trésors sont trop précieux pour risquer une sortie à l’extérieur : un des fichus de soie de Brigitte, par exemple, s’étiole à chaque nouveau défilé. Elle le conserve précieusement, trop abîmé par les épingles pour espérer une restauration quelconque : son destin s’accomplira dorénavant dans la transmission. Grâce à l’association qu’elle préside, Brigitte organise d’ailleurs des expositions de ses plus beaux éléments.

19Car pour nombre d’Arlésiennes, hors de question de conserver leurs pièces d’exception pour elles seules. C’est la position de Brigitte qui, lorsque je la rencontre pour la première fois, porte un ruban qu’elle décrit comme remarquable et particulièrement rare. Des badauds, entendant son histoire, s’empressent de tendre les mains pour le toucher. Elle se retourne, refuse le contact et leur tient tête, affirmant à nouveau la rareté de celui-ci : elle n’en connaît que deux de la sorte, et le second se trouverait d’après elle exposé dans un musée parisien. D’ailleurs, quand elle le pique – la majorité du costume est maintenu par des épingles, ruban compris – « il y a des morceaux qui tombent ». Brigitte prend bien garde à toujours placer ses épingles au même endroit, afin de limiter les dégâts. Mais ce n’est pas une règle fixe : Brigitte prend l’exemple d’une autre pièce exceptionnelle en sa possession, une crinoline des années 1850, qui a un tout autre traitement. « Celle-là, elle reste à la maison », me glisse-t-elle d’un air entendu. Même constat chez Garance : elle s’habille sans vergogne avec des pièces d’exception car « il faut bien faire vivre » le costume, tout en conservant « pour modèle » ce qui ne peut plus être porté [fig. 7].

Figure 7

Figure 7

Des accessoires anciens associés aux costumes pour un défilé à Eyguières (Bouches-du-Rhône), 12 août 2019.

© Élise Marcia.

  • 15 Voir à ce sujet SERENA-ALLIER Dominique, « Le Museon Arlaten face à l’Histoire », Le Monde alpin e (...)

20Les pièces anciennes ont donc trois destinées possibles, en pays d’Arles : être portées, exposées ou bien conservées au domicile de leur propriétaire. Le port est justifié par la nécessité de « faire vivre » le costume : pour les Arlésiennes, celui-ci ne peut être entièrement relégué au musée sans subir une perte certaine. Mais que perdrait-il exactement ? Car de nombreux lieux, le Museon Arlaten en tête, conservent et exposent des éléments du costume local, et sont régulièrement visités par les Arlésiennes, attirées par la promesse d’informations et d’inspirations nouvelles. Certaines pièces, elles le reconnaissent, sont trop exceptionnelles pour pouvoir être la propriété d’une seule, ou même risqueraient tout simplement de disparaître. Le costume semble tiraillé entre deux positions a priori antagonistes : porter pour soi, ou exposer et conserver pour toutes. Or, cette séparation n’en est pas vraiment une, au regard de la volonté de Frédéric Mistral de faire du Museon Arlaten un musée de la « vido vivanto » (« la vie vivante »)15, qui serait étroitement lié aux manifestations folkloriques mettant les Arlésiennes et leurs costumes sur le devant de la scène. La crainte de Mistral était d’acter la disparition du costume de la vie quotidienne locale en faisant de son musée l’unique référence en la matière. Il était donc nécessaire de démontrer que le costume d’Arles était toujours bel et bien vivant, et de le donner à voir hors les murs du Museon Arlaten.

21Aujourd’hui, il est bien difficile d’affirmer que le costume fait partie du quotidien. Pourtant, les Arlésiennes refusent de le considérer comme un simple objet de musée. Le costume est dit « toujours vivant » parce qu’il est porté, et c’est grâce à sa démarche de recherche minutieuse que l’Arlésienne peut être « authentique » : sans cela, elle risque de « se déguiser », de « faire du folklore » d’après les expressions locales. Le musée apparaît tout à la fois comme une menace, qui rendrait manifeste la fin de l’inscription du costume dans la vie locale, et comme une solution pour préserver un patrimoine menacé par la marche du temps.

22Les Arlésiennes doivent ainsi négocier avec de multiples contraintes : leur costume doit être « juste », c’est-à-dire coïncider avec les normes édictées, mais aussi « authentique ». Toutefois, la nature même de leur patrimoine – textile, donc extrêmement fragile – les pousse à ne plus porter certaines pièces pour en garantir la transmission. Exposé et mis en musée, le costume court alors le risque de se figer et de perdre son « esprit », en devenant un assemblage stéréotypé d’éléments sans profondeur historique. Néanmoins, malgré ces écueils, le costume d’Arles est toujours « vivant », d’après les Arlésiennes. Elles semblent en effet avoir déplacé certains critères d’évaluation de leur patrimoine, tout en élargissant leur perception de l’authenticité. Le caractère exceptionnel d’une pièce ne repose plus uniquement sur sa rareté et son ancienneté, et peut au contraire relever de considérations bien plus intimes et personnelles. Il s’agit à présent de nous intéresser à la façon dont les Arlésiennes évaluent des pièces à première vue très ordinaires, et qui pourtant peuvent se révéler inestimables.

Une circulation qui fait la valeur

Des musées très personnels

  • 16 DASSIÉ Véronique, Objets d’affection : une ethnologie de l’intime, Paris, Éditions du Comité des t (...)
  • 17 APPADURAI Arjun, « Marchandises et politique de la valeur », in APPADURAI Arjun (dir.), La Vie soc (...)

23Le grand soin porté aux soieries, aux velours et aux dentelles anciennes pourrait laisser penser que ces objets sont valorisés pour leur histoire, la finesse de leur réalisation ou encore pour leur rareté. Or, si ces aspects sont régulièrement convoqués pour apprécier la beauté de la tenue d’une autre Arlésienne, ils le sont rarement quand il s’agit de parler de soi-même. Les pièces de ce costume si personnel, au contraire, semblent renvoyer aux « objets d’affection » étudiés par Véronique Dassié16 : leur qualité s’exprime en termes de souvenir, de relation, si bien que les autres modes d’évaluation de l’objet semblent être mis de côté. Bien sûr, un ruban rare, un bijou ancien ou un sublime fichu brodé seront portés avec fierté en vertu, justement, de leur statut d’objets d’exception. Mais l’ethnologue sera surprise de découvrir nombre de petits artefacts soigneusement collectés, rangés et parfois portés dont le principal intérêt sera avant tout d’être un support d’émotion et de récit personnel. Dès lors, il s’agit de saisir les différentes façons de penser la valeur des choses en pays d’Arles en suivant les récits de leur fabrication et de leur circulation. Car, comme le souligne Arjun Appadurai, « la politique de la valeur est, dans de nombreux contextes, une politique de la connaissance17 » : c’est parce que l’Arlésienne peut produire un discours sur les pièces de son costume que ces dernières deviennent inestimables.

24Ainsi, Violette ouvre pour moi sa « boîte aux trésors », comme elle l’appelle : des fichus de tulle y sont soigneusement pliés et conservés à l’abri de la lumière dans une taie d’oreiller brodée par sa grand-mère. La plupart ont été brodés par elle (cinq sur sept) ou lui furent offerts (les deux derniers). Le premier vient d’un vieux monsieur, qui savait qu’elle « s’habillait ». Violette me raconte : « Un jour il m’a dit : “Venez, je vous montre quelque chose”, et il m’a sorti ça. Je lui ai dit “Combien je vous dois ?” et il m’a répondu qu’il n’avait pas d’enfants, que “ça me vient de ma mère, je sais que vous portez le costume, et que vous le portez très bien, même. Alors je vous le donne.” Tu penses bien que je l’ai pris, et que j’étais très contente. Regarde s’il est beau ! »

  • 18 CHEVALIER Sophie, « Destins de cadeaux », Ethnologie française, vol. 28, no 4 (« Les cadeaux, à qu (...)

25Arrêtons-nous un instant sur la nature des éléments qui sont mentionnés par Violette au cours de cette visite : il y a du neuf, sélectionné par ses soins, et parfois offert par des proches, un fichu sans qualité si ce n’est d’être un présent, des éléments hérités, un velours chiné d’époque et ses créations personnelles. Pourtant, lorsqu’elle me les présente, Violette ne hiérarchise pas ces objets en fonction de leur ancienneté. Ce sont leurs qualités d’ordre esthétique qui sont évoquées, et surtout leur histoire. En effet, pour Violette, ce n’est pas la valeur patrimoniale des objets qui prime : les objets offerts matérialisent et médiatisent les relations tissées avec les donatrices18, les circonstances du don, ou encore le travail accompli pour produire une pièce. D’ailleurs, il est significatif qu’elle ait choisi de protéger ses fichus dans une taie d’oreiller réalisée par sa grand-mère, brodeuse professionnelle : c’est une continuité familiale qui s’exprime ici, amplifiée par la mention du lien privilégié qu’elle partageait avec cette dernière. Les éléments du costume s’apparentent à des supports mémoriels de nature a priori hétéroclite, manifestant tour à tour descendance, amitié, mais aussi passion et savoir-faire.

  • 19 SAGNES Sylvie, « Aurore l’Arlésienne, reine des poupées », Clio. Femmes, Genre, Histoire, no 40 (« (...)

26Ainsi, des objets sont conservés comme traces d’une amitié, même s’ils ne sont pas forcément portés ; une taie d’oreiller sera associée à des fichus brodés à la main, car mettant directement en contact les réalisations de la lignée féminine. Nous retrouvons cet usage du costume comme support de la mémoire intime dans la pratique, étudiée par Sylvie Sagnes19, du don de poupées d’Arlésiennes miniatures. Celles-ci matérialisent par l’échange des liens forts entre donatrice et destinataire tout en s’attachant à reproduire des costumes portés pour une occasion spécifique, ou un style particulier (de celle à qui l’hommage est rendu par la réalisation d’une poupée à son effigie). L’Arlésienne ajoute un récit personnel à un récit régional déjà connu et partagé par la communauté. Ce jeu d’échelles est révélateur de la complexité de l’attachement des Arlésiennes à leur costume et participe directement à la fabrique de l’authenticité qu’elles revendiquent : la focale est resserrée autour de la personne, qui exprime par les vêtements qu’elle fabrique ou sélectionne sa propre personnalité, mais aussi sa place dans le réseau de relations que le costume engendre et met en lumière.

Jeux d’échelles

  • 20 DASSIÉ Véronique, « Les fils de l’intimité », Ethnologie française, vol. 39, no 1, 2009, p. 134.
  • 21 BOSC Alexandra, « Les vêtements, reliques de contact », in SAILLARD Olivier, LÉCAILLIER Sylvie, BO (...)

27Des pièces remarquables sont fréquemment portées par les Arlésiennes d’aujourd’hui. Elles ne tardent alors pas à mobiliser le souvenir de leurs anciennes propriétaires, et cela d’autant plus lorsqu’il s’agit de leurs propres ancêtres. Que la mémoire familiale transite par des jupes, casaques et jupons n’est guère étonnant : ils sont le siège de l’intimité, le réceptacle des humeurs corporelles et incarnent le souvenir de celles et ceux qui les ont manipulés. Habituellement conservés dans les armoires, les ouvrages faits main des aïeules « [donnent] à voir toute une lignée20 » où mères et filles apposent successivement leur marque. Un héritage parfois disparate, mais surtout inusité, dont la circulation et la transmission sont avant tout une préoccupation féminine. Mais cette transmission doit être doublée d’un discours, dont le textile est le support en même temps que la preuve : le vêtement se prête au témoignage du fait de sa proximité avec le corps, qui lui donne forme et l’habite. Un habit sans qualité peut ainsi devenir une « relique de contact21 » à la seule évocation de sa propriétaire initiale, capable d’en incorporer en partie la personnalité.

28Aussi les Arlésiennes qui portent les vêtements de leurs aïeules les mobilisent-elles régulièrement pour évoquer leur attachement au costume et plus encore à des éléments en particulier dont la valeur devient alors inestimable. Mais certaines vont encore plus loin : la circulation de pièces anciennes permet également de rendre manifestes des relations nouvelles, ou de réparer des accidents généalogiques : il n’est pas rare qu’une Arlésienne sans descendance, s’étant prise d’affection pour une jeune fille, lui fasse don de ses précieuses tenues. Enfin, il n’est parfois nul besoin de connaître les détentrices initiales des objets : à l’instar de Carole qui a « toute l’histoire du village sur le dos », Garance dit pouvoir entrer en communication avec les Arlésiennes des temps passés par l’entremise des vêtements portés. Celles-ci, en bonnes gardiennes, sont même réputées pouvoir l’inspirer pour ses propres créations [fig. 8].

Figure 8

Figure 8

Faire du neuf avec du vieux  : réserves dédiées au costume, Mondragon (Vaucluse), 3 octobre 2019.

© Élise Marcia.

Conclusion

29Le costume d’Arles joue avec les échelles : objet patrimonial à part entière, il fait la part belle au récit personnel de sa propriétaire. Cela s’explique, en premier lieu, par ses modes de circulation : se vêtir de pièces anciennes témoigne de l’existence d’un réseau relationnel dense dans le monde de la tradition provençale, rendant l’objet d’autant plus précieux. Mais la circulation n’est pas la seule dimension qui intervient pour évaluer les qualités d’un élément : ainsi, les Arlésiennes mêlent la valeur historique (la connaissance de la trajectoire de l’objet pris comme témoignage du passé), relationnelle (l’objet contenant les traces d’une relation avec les donatrices ou les aïeules), et personnelle (l’objet évoquant les goûts, le parcours et les qualités de celle qui le porte).

30Le costume doit donc être porté pour être conservé, y compris pour les pièces les plus anciennes et fragiles. Car reléguer ces éléments dans des vitrines, c’est finalement les priver de leur destinée première : tisser des liens entre les Arlésiennes d’hier et d’aujourd’hui, permettre le récit de soi, et dire sa place dans la communauté locale. Naviguant entre échelles personnelle, familiale et régionale, le patrimoine textile devient d’autant plus précieux qu’il s’attache aux corps et les lie entre eux. La fragilité du vêtement, usé par les épingles et les sorties, apparaît comme une fatalité : la priorité est de donner du sens à son costume, qui devient une création d’autant plus unique qu’elle est éphémère. Il semble que ce soit là, pour les Arlésiennes, le prix de l’authenticité [fig. 9].

Figure 9

Figure 9

Arlésiennes en tenue de campagne en marge du défilé traditionnel de la Pégoulado, Arles (Bouches-du-Rhône), 29 juin 2018.

© Élise Marcia.

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Notes

1 SAGNES Sylvie, « Au miroir du savoir : de l’Arlésienne en historienne à l’ethnologue en Arlésienne », in CIARCIA Gaetano (dir.), Ethnologues et passeurs de mémoires, Paris, Montpellier, Karthala, MSH-M, 2011, p. 239.

2 Sur la normalisation du costume d’Arles et son expansion territoriale, voir notamment DOSSETTO Danièle, « Des mots qui habillent de neuf : lexique vestimentaire et volontarisme culturel », in LETHUILLIER Jean-Pierre (dir.), Les Costumes régionaux. Entre mémoire et histoire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009, p. 261–277 ; MARTEL Philippe, « Le Félibrige », in NORA Pierre (dir.), Les Lieux de mémoire, t. III, Les France [1992], Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque illustrée des histoires », 1997, p. 3515-3553. Plus largement, sur l’histoire du Félibrige, se référer à MARTEL Pierre, Les Félibres et leur temps. Renaissance d’oc et opinion (1850-1914), Pessac, Presses universitaires de Bordeaux, 2010.

3 MICHAEL Jennifer L., Costumed Beauties: the Image, Identity, and Expertise of the Arlésiennes, PhD Dissertation in Folklore and Folklife, Philadelphie, University of Pennsylvania, 1995.

4 Je me réfère ici à l’authenticité comme catégorie émique. Voir FAURE Muriel, « Un produit agricole “affiné” en objet culturel », Terrain. Anthropologie & sciences humaines, no 33, 1999, p. 81‑92.

5 Chaque génération d’Arlésiennes s’est approprié la mode locale et a modifié le costume, porté de façon quotidienne jusqu’au début du xxsiècle. Les historiennes locales distinguent une dizaine de variations depuis l’Ancien Régime jusqu’à sa dernière forme, dite « costume contemporain » ou « Léo Lelée » (du nom de l’illustrateur qui s’est attaché à représenter les Arlésiennes et documenter leur costume). Porter des formes plus anciennes du costume est considéré comme de la « reconstitution » et implique une recherche historique très poussée, tandis que le costume contemporain est décrit par les Arlésiennes comme plus facilement personnalisable.

6 MONJARET Anne, « Objets », in RENNES Juliette (dir.), Encyclopédie critique du genre. Corps, sexualité, rapports sociaux, Paris, La Découverte, 2016, p. 500-501.

7 BLANC Odile, Vivre habillé, Paris, Klincksieck, coll. « 50 questions », 2009, p. 106.

8 SAGNES Sylvie, art. cit.

9 Le ruban d’Arlésienne comprend un motif de velours sur fond satiné. L’opération de sabrage consiste à couper une à une les boucles composant le motif pour former le velours de soie.

10 Le ruban est aussi appelé le velout (velours) en provençal.

11 Deux tisserands continuent à en produire dans la région du Forez, dans le bassin stéphanois, lieu historique de la production de passementerie en France. Les rubans utilisés par les Arlésiennes ont été, dans leur majorité, issus des productions de Krefeld (Rhénanie) et du Forez.

12 La lune orne le « guidon » du ruban, c’est-à-dire l’extrémité flottant à l’arrière de la tête. Il s’agit du dernier motif de la composition, un croissant orienté vers l’avant.

13 Les rubans bleu marine sont les plus simples et les plus courants pour le costume contemporain : ils se portent avec des costumes de coton. Les plus beaux costumes de soie, réservés aux grandes occasions, se portent plutôt avec des rubans dits « de couleur » (à motifs noirs en velours de soie sur fond tissé coloré), ou encore « en gansé », avec une coiffe de cérémonie en dentelle.

14 La chapelle est composée d’un « devant d’estomac » et d’une « guimpe », positionnés à l’aide d’épingles sur la poitrine et derrière la nuque. Assorties, ces deux pièces sont composées d’une base en gaze, toujours blanche ou écrue, parfois doublée, ornée de dentelles, de tulle, ou bien brodée.

15 Voir à ce sujet SERENA-ALLIER Dominique, « Le Museon Arlaten face à l’Histoire », Le Monde alpin et rhodanien. Revue régionale d’ethnologie, vol. 29, no 1, 2001, p. 154, disponible en ligne, https://www.persee.fr/doc/mar_0758-4431_2001_num_29_1_1737 [lien valide en mars 2024].

16 DASSIÉ Véronique, Objets d’affection : une ethnologie de l’intime, Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2010.

17 APPADURAI Arjun, « Marchandises et politique de la valeur », in APPADURAI Arjun (dir.), La Vie sociale des choses. Les marchandises dans une perspective culturelle [1986], Dijon, Les Presses du réel, coll. « Œuvres en sociétés », 2020, p. 19.

18 CHEVALIER Sophie, « Destins de cadeaux », Ethnologie française, vol. 28, no 4 (« Les cadeaux, à quel prix ? »), 1998, p. 506-514.

19 SAGNES Sylvie, « Aurore l’Arlésienne, reine des poupées », Clio. Femmes, Genre, Histoire, no 40 (« Objets et fabrications du genre »), 2014, p. 197-207.

20 DASSIÉ Véronique, « Les fils de l’intimité », Ethnologie française, vol. 39, no 1, 2009, p. 134.

21 BOSC Alexandra, « Les vêtements, reliques de contact », in SAILLARD Olivier, LÉCAILLIER Sylvie, BOSC Alexandra et al., Anatomie d’une collection, cat. exp., Paris, Palais Galliera, 14 mai-23 octobre 2016, Paris, Paris-Musées, 2016, p. 40-65.

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Table des illustrations

Titre Figure 1
Légende L’atelier de Jeanne dédié au costume d’Arles, Saint-Rémy-de-Provence (Bouches-du-Rhône), 10 avril 2018.
Crédits © Élise Marcia.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/40909/img-1.JPG
Fichier image/jpeg, 224k
Titre Figure 2
Légende Arlésiennes en costume de campagne, arènes d’Arles (Bouches-du-Rhône), 29 juin 2018.
Crédits © Élise Marcia.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/40909/img-2.JPG
Fichier image/jpeg, 249k
Titre Figure 3
Légende Arlésiennes assistant à une démonstration de danse traditionnelle, Fourques (Gard), fête de la Maïo, 6 mai 2018.
Crédits © Élise Marcia.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/40909/img-3.JPG
Fichier image/jpeg, 284k
Titre Figure 4
Légende Des rubans Louis-Philippe exposés à Beaucaire (Gard), 29 avril 2018.
Crédits © Élise Marcia.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/40909/img-4.JPG
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Titre Figure 5
Légende Une boutique dédiée au costume arlésien traditionnel, Arles (Bouches-du-Rhône), 29 juin 2018.
Crédits © Élise Marcia.
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Titre Figure 6
Légende Fichu et chapelle dédiés au costume et restaurés par une professionnelle, Mondragon (Vaucluse), 3 octobre 2019.
Crédits © Élise Marcia.
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Fichier image/jpeg, 452k
Titre Figure 7
Légende Des accessoires anciens associés aux costumes pour un défilé à Eyguières (Bouches-du-Rhône), 12 août 2019.
Crédits © Élise Marcia.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/40909/img-7.JPG
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Titre Figure 8
Légende Faire du neuf avec du vieux  : réserves dédiées au costume, Mondragon (Vaucluse), 3 octobre 2019.
Crédits © Élise Marcia.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/40909/img-8.JPG
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Titre Figure 9
Légende Arlésiennes en tenue de campagne en marge du défilé traditionnel de la Pégoulado, Arles (Bouches-du-Rhône), 29 juin 2018.
Crédits © Élise Marcia.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/40909/img-9.JPG
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Pour citer cet article

Référence électronique

Élise Marcia, « Des trésors personnels »In Situ [En ligne], 52 | 2024, mis en ligne le 02 avril 2024, consulté le 17 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/40909 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/insitu.40909

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Auteur

Élise Marcia

ATER, Université Toulouse Jean-Jaurès, doctorante en anthropologie, LISST-CAS (UMR 5193)
elise.marcia@univ-tlse2.fr

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Droits d’auteur

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