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Un patrimoine à considérer

De l’industrie de la confection au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine d’Argenton-sur-Creuse (Indre)

From the shirt-making industry to the museum of the shirt and masculine elegance at Argenton-sur-Creuse (Indre)
Nathalie Gaillard

Résumés

Né de la volonté d’un ancien industriel, Jean-René Gravereaux, le musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine sauvegarde et transmet un patrimoine représentatif d’une activité industrielle créée au xixe siècle : la confection de chemises pour hommes. Ouvert en 1993, il se situe dans le premier atelier mécanique de lingerie créé par Charles Brillaud vers 1860. C’est au second étage du musée, sous les toits en shed, qu’un atelier de chemiserie a été reconstitué : on y découvre les grandes étapes de fabrication, le bruit des machines à coudre et autres outils, l’inconfort des conditions de travail. Les témoignages d’anciennes ouvrières, les documents d’archives et les photographies donnent vie au matériel, aujourd’hui inerte. S’intéresser aux chemisières, c’est aussi raconter l’histoire d’un vêtement, celle de la chemise, son évolution, son rôle social, sa symbolique. C’est également replacer ce vêtement dans un contexte plus large, celui de l’évolution de la mode masculine.

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Texte intégral

  • 1 GAILLARD Nathalie (dir.), Histoires d’hommes, cat. exp., Argenton-sur-Creuse, musée de la Chemiser (...)

1Au début des années 1980, Jean-René Gravereaux (1918-2012), ancien industriel de la confection à la retraite, et son épouse Solange (1918-2010) ont l’idée de créer un musée des Industries de chemiserie-lingerie, une industrie majeure à Argenton-sur-Creuse (Indre) et ses environs. Ils souhaitent ainsi faire perdurer sur le territoire local une industrie de la chemiserie alors en proie à des difficultés économiques et transmettre un patrimoine représentatif d’une profession. En une dizaine d’années, le projet d’un musée voit le jour, soutenu par la municipalité et la direction des Musées de France. Le musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, installé dans une ancienne manufacture, ouvre au public en juillet 19931. Deux grandes thématiques constituent le parcours permanent, l’histoire de la chemise et, plus largement, celle du vestiaire masculin et l’histoire des ateliers de chemiserie argentonnais.

2Mais comment cette histoire industrielle argentonnaise est-elle devenue, en quelques années, un concept muséal dont un des objectifs, pour les fondateurs, est de rattacher le passé au présent, et même à l’avenir ?

Naissance et développement de la confection à Argenton

  • 2 En 1860, Charles Brillaud est installé à Saint-Omer (Pas-de-Calais), où il possède déjà un atelier (...)
  • 3 Les premiers ateliers de confection, comme les ouvroirs où se rassemblait une communauté de femmes (...)
  • 4 LANDAIS-COURANT Frédérique, Entreprises et patronat de l’industrie de la confection, de Paris à Ar (...)
  • 5 THOUZET Louise, La Confection de lingerie dans le département de l’Indre, thèse de doctorat en sci (...)

3C’est en 1860 que l’industriel Charles Brillaud (1829-1877)2 ouvre le premier atelier de lingerie mécanique3 à Argenton-sur-Creuse (Indre), sa ville natale [fig. 1]. Associé avec son beau-frère, Jean Gautier, il installe la première machine à coudre du département, une « Goodwin » à deux fils, dans un vaste atelier aménagé spécifiquement. Devant les difficultés économiques que connaissent les industries locales du cuir et de la draperie dans cette deuxième partie du xixe siècle, un climat conjoncturel favorable à l’implantation de la confection se développe alors4. En quelques années, les ateliers, installés dans les anciennes tanneries situées en bordure de Creuse, se spécialisent dans la fabrication de chemises pour homme. En 1885, Argenton compte parmi les 15 ateliers référencés, 10 ateliers de chemiserie employant 15 ouvriers (probablement à la coupe et à l’expédition), 510 ouvrières et 20 enfants5.

Figure 1

Figure 1

L’atelier de Charles Brillaud, 1888. Tirage photographique, 23,5 x 15,5 cm, conservé au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (inv. 1983.09/0019).

© Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.

  • 6 ARDOUIN-DUMAZET Victor-Eugène, Voyage en France, Nancy, Berger-Levrault et Cie, 1893-1912, t. 26, (...)

4Vers 1901, Victor Ardouin-Dumazet, dans son Voyage en France6, estime le nombre des ouvrières travaillant dans les chemiseries argentonnaises entre 2 000 et 2 500. En quatre décennies, l’industrie de la chemiserie-lingerie est devenue le premier employeur de main-d’œuvre du canton d’Argenton. La production alterne entre travail en atelier et travail à domicile. En dehors de quelques manufactures imposantes, comme celle de Charles Brillaud, qui emploient de nombreuses chemisières, la plupart des chemiseries sont situées dans de grosses maisons de ville [fig. 2] ; la confection pouvant être tout ou partie à domicile, tandis que la coupe, le repassage et l’expédition étaient systématiquement réalisés en atelier.

Figure 2

Figure 2

Ouvrières de l’atelier Guiot spécialisé dans la fabrication de faux cols, vers 1912. Photo-carte, 14 x 9 cm, conservée au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (inv. 1995.13.2).

© Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.

  • 7 FARAUT François, Histoire de « La Belle Jardinière », [Paris], Belin, coll. « Modernités xixe-xxe(...)

5Les ateliers produisent des chemises de jour et de nuit, des faux cols, des manchettes, des plastrons amidonnés. Certaines manufactures se doublent d’une blanchisserie mécanique. Avec les progrès techniques et notamment l’électrification des ateliers au début du xxe siècle, les confectionneurs délaissent progressivement le travail à domicile, à l’exception des petits ateliers. Quelle que soit leur taille, la plupart travaillent à façon pour des donneurs d’ordres parisiens, soit pour des maisons de gros, soit pour de grands magasins de détail comme La Belle Jardinière ou Le Bon Marché7. Les quelques ateliers ayant leurs propres marques sont aussi amenés, en période creuse, à travailler à façon.

  • 8 GAILLARD Nathalie (dir.), Les Éts Gravereaux, de Boulogne-sur-Seine à Argenton, cat.exp., Argenton (...)

6Après la Seconde Guerre mondiale, les petites structures, fragilisées, sont progressivement rachetées par les ateliers concurrents. Cette concentration donne naissance aux trois principales chemiseries : les Établissements Gravereaux-SOGEC8 (rachetés par les Éts Rousseau en 1967), Bazin et Bigrat. Au début des années 1960, la confection emploie environ 1 200 ouvriers et ouvrières dans le bassin d’Argenton, dont 800 à la SOGEC, 130 chez Bazin et une centaine chez Bigrat. Face à la concurrence internationale, les entreprises argentonnaises ferment progressivement leurs portes au cours des années 1980. Celles qui résistent travaillent sous licence pour de grandes marques comme Christian Dior, Pierre Cardin, Alain Figaret, Lordson, mais les années 2000 voient la fermeture des derniers ateliers.

De la confection à la sauvegarde d’un patrimoine industriel

Aux origines du musée

  • 9 Lettre du 7 avril 1983 conservée au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, dans les ar (...)

7C’est dans la mouvance de l’Année du patrimoine, instaurée par le ministère de la Culture en 1980, que l’idée de ce musée germe dans l’esprit de Jean-René et Solange. Issu d’une famille de confectionneurs spécialisés dans la chemise, petit-fils de Jules Gravereaux (1844-1916), actionnaire du Bon Marché et fondateur de la Roseraie à L’Haÿ (Val-de-Marne), Jean-René Gravereaux se rend compte de la nécessité de préserver les éléments majeurs d’une profession qui connaît de grosses difficultés économiques. Dans une lettre9 adressée à un dirigeant d’entreprise, il écrit :

Nous avons pris conscience, au cours de nos recherches, de la situation lamentable dont [sic] passerait à la postérité, l’histoire de notre profession. Très décriée dans beaucoup de milieux, considérée longtemps comme une industrie d’exploitation de la main-d’œuvre, aucune brochure, aucun traité, aucun livre important ne lui a été consacré en France.

8Encouragés par les confectionneurs locaux, les Gravereaux décident, en 1981, de fonder l’Association des amis du musée de la Chemiserie-Lingerie (AMICL) dans le but de créer à terme un musée dédié à une activité industrielle spécifique, la chemiserie, implantée à Argenton depuis 1860 et encore en activité en 1983. Une quinzaine d’ouvriers et ouvrières de la confection rejoignent l’association, formant ainsi le noyau actif de l’AMICL.

Constitution des collections

  • 10 KOLLMANN-CAILLET Virginie & GAILLARD Nathalie (dir.), J’ai 10 ans, collections choisies, cat. exp. (...)

9À sa création, l’association ne possède pas de collections propres, tout est à constituer. De 1983 à 1985, une vaste collecte est organisée auprès des entreprises encore en activité dans le département de l’Indre ainsi qu’auprès de la population locale tandis que l’AMICL récupère matériel industriel et archives dans les ateliers argentonnais : machines et outils pour la coupe, machines à coudre de toutes marques, matériel de repassage, patrons de chemises. Cette première phase permet de former un fonds cohérent en termes d’outils utilisés dans les chemiseries, de la fin du xixe siècle aux années 1950-196010.

10Les collections textiles se concentrent autour de la chemise d’homme et la lingerie féminine. L’association récupère principalement des chemises paysannes en lin ou en chanvre du xixe siècle ainsi que des chemises blanches à plastron des années 1880 au début du xxe siècle. Quelques chemises fabriquées à Argenton sont données par d’anciennes ouvrières. Les dons sont enrichis par des achats aux puces et dans les brocantes de la région. Durant cette même période, les fondateurs s’attachent à constituer une documentation sur l’histoire de la profession, sur les chemiseries ainsi que sur la mode masculine.

11En 1985, lors d’une réunion à Argenton, Émilia Vaillant, chargée de mission à l’Inspection générale de la direction des Musées de France, suggère aux responsables de l’association d’élargir les collections textiles autour du vestiaire masculin, tout en conservant la partie technique liée à la fabrication. La lingerie féminine est abandonnée pour se concentrer uniquement sur l’homme.

  • 11 MNES Études [Muséologie nouvelle et expérimentation sociale] ; le siège social était situé à Chaud (...)

12C’est également à cette période que l’association confie à MNES Études une étude de faisabilité, sous la responsabilité de Marie-Odile de Bary11. L’étude validée, c’est ce cabinet qui mène le projet scientifique et muséographique du futur musée à partir de 1987, en collaboration avec le cabinet d’architectes Jean Bodin d’Argenton-sur-Creuse.

13Les prospections en matière de matériel de confection et de vêtements masculins s’accompagnent, dès les premières années de l’association, du souhait de créer un ensemble photographique sur les ateliers d’Argenton et des alentours.

Un fonds photographique majeur

14S’intéressant particulièrement aux ouvriers et ouvrières et à leurs conditions de travail dans les ateliers, l’Association des amis du musée rassemble, dès 1983, un fonds photographique sur les ateliers d’Argenton et de sa région. Lors de la collecte, une petite équipe de bénévoles est chargée de recueillir un maximum d’informations : le nom et l’adresse de l’atelier, le nom des ouvrières présentes, l’année du cliché.

15Les photographies anciennes, de format carte postale, représentent le personnel posant en groupe devant l’atelier, à l’exception de quelques vues d’intérieur avec les ouvrières à leur poste. Ces photos-cartes, réalisées par des photographes locaux, étaient conservées comme souvenir et servaient peu à la correspondance. Elles pouvaient répondre au désir de posséder une représentation de soi, de son lieu de travail et de ses collègues. Elles étaient réalisées généralement à l’initiative du photographe et n’étaient tirées qu’en fonction du nombre de commandes. Selon les années, on retrouve certaines chemisières dans différentes manufactures, ce qui témoigne de leur mobilité. En effet, suivant les salaires versés, elles n’hésitaient pas à changer fréquemment de patrons.

16Dans l’après-guerre, les photos-cartes laissent la place à des photographies noir et blanc réalisées au sein même des usines par le patron ou un photographe amateur afin de conserver un souvenir de l’ensemble de l’atelier, chacun étant à son poste de travail.

17La constitution des collections, les recherches documentaires et le travail de mémoire effectués par l’Association des amis du musée durant une dizaine d’années sont au centre du discours du futur musée consacré à l’industrie de la confection et aux « chemisières » argentonnaises, mais aussi à la mode masculine.

Le musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine et ses thématiques

18En juillet 1993, le musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine [fig. 3] ouvre ses portes au public. Il est installé dans l’ancien atelier Brillaud rénové et sa gestion est transférée à la commune. Le personnel recruté par la collectivité travaille en étroite collaboration avec les membres actifs de l’Association des amis du musée. Ils restent très présents, notamment pour la partie consacrée aux ateliers et aux ouvrières. Un travail collaboratif avec la muséographe, durant la phase de réflexion, a permis de reconstituer dans les salles du musée un atelier-type de chemiserie [fig. 4] répondant aux souhaits de l’association. Les étapes de fabrication d’une chemise, les ateliers, les moments festifs sont les grands thèmes abordés dans cet espace d’exposition.

Figure 3

Figure 3

Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, vue de l’extérieur, côté Creuse, 2020.

© Sophie Tymula-Teillac (Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine).

Figure 4

Figure 4

Reconstitution d’un atelier-type de chemiserie au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine d’Argenton-sur-Creuse, 2023.

© François Lauginie / Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.

L’organisation du travail au sein des ateliers

  • 12 SCHAEWEN Deidi von, « La chemise d’hommes, un métier de femmes », vidéo, 1993.
  • 13 Cette appellation permet de distinguer les ouvrières employées dans les chemiseries de celles trav (...)

19Comme l’indique le titre du film réalisé par la photographe d’origine allemande Deidi von Schaewen12 présenté dans l’exposition permanente consacrée aux ateliers, la chemise est avant tout un métier de femmes. Les ouvrières, appelées aussi au xixe siècle « chemisières13 », sont majoritaires dans l’atelier. Elles travaillent principalement à la machine à coudre pour le montage des pièces et au repassage. Le patronage, la coupe, la gestion du stock et l’expédition sont généralement assignés aux hommes. Cependant, après la Seconde Guerre mondiale, des femmes occupent progressivement ces postes.

  • 14 PEYRIÈRE Monique, Recherches sur la machine à coudre en France, 1830-1889, mémoire de DEA, histoir (...)
  • 15 Un dépositaire peut être une ouvrière qui emploie elle-même d’autres ouvrières à domicile.

20Le travail à domicile est fréquent et se développe à partir des années 1880. Les ouvrières réalisent les coutures main, telles que le bâtissage et le finissage, à savoir la couture des boutons et la réalisation des boutonnières. Mais avec le perfectionnement des machines à coudre par les fabricants français et étrangers14 à la fin du xixe siècle, les opérations jusqu’alors réalisées à l’extérieur vont être majoritairement produites en atelier. Les ouvrières qui continuent à travailler à domicile s’équipent de machines à coudre, fournies par l’employeur sous forme de location ou achetées par l’ouvrière elle-même. Argenton compte quelques revendeurs comme la compagnie Singer ainsi qu’un fabricant local de machines à coudre, l’atelier Braun [fig. 5]. La distribution du travail aux ouvrières se fait soit par des dépositaires15 qui habitent dans les campagnes et viennent chercher les étoffes coupées en atelier, soit par un personnel dédié de l’atelier. Les ouvrières, en atelier ou à domicile, sont payées à la douzaine de chemises. Un livret [fig. 6] leur permet de noter le travail effectué chaque mois et ainsi de calculer leur salaire. Même si le travail à domicile perdure dans les campagnes berrichonnes après la Seconde Guerre mondiale, cette pratique reste à la marge, l’évolution des industries de la confection vers le prêt-à-porter modifiant considérablement les modes de production.

Figure 5

Figure 5

L’atelier Braun, fabrique de machines à coudre située route de Châteauroux à Argenton-sur-Creuse. J.-B. Braun, mécanicien-constructeur, avait mis au point une machine pour devants de chemises, appelée « La Supérieure » et utilisée dans divers ateliers de confection argentonnais. Photo-carte, vers 1930, 13,9 x 9 cm, conservée au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (inv. 2012.14.1).

© Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.

Figure 6

Figure 6

Livret de l’ouvrière, Maison Prin, vers 1910. Imprimé, 18 x 11 cm, conservé au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse.

Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.

  • 16 Le matelas de tissu est la superposition de plusieurs épaisseurs de tissu. Le nombre de couches co (...)
  • 17 Le sabre de coupe était utilisé avec une table possédant une fente dans laquelle s’insérait la lam (...)

21Dans les chemiseries, chaque opération de fabrication est bien définie. Le magasin de tissus, où sont gérés les stocks des matières premières (fils, tissus, boutons…), approvisionne l’atelier de coupe afin de réaliser le matelas16 [fig. 7] sur lequel sont tracées les différentes pièces du patron de chemise, c’est le « patronage ». La découpe des morceaux, à la main ou au sabre17 au xixe siècle, se modernise grâce à l’électrification des ateliers. Les ciseaux électriques comme les scies à ruban facilitent le travail des coupeurs grâce à une découpe plus rapide. Une fois coupées, les différentes pièces d’une chemise sont regroupées par paquets de douze avant d’être transmises aux ateliers de piquage.

Figure 7

Figure 7

Fabrication du matelas de tissu, Atelier Heymann, vers 1960. Tirage photographique, 6,2 x 8,7 cm, conservé au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (inv. 2000.35.4).

© Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.

22Chaque atelier de piquage est organisé de la même façon. Un groupe d’ouvrières « monte » les cols et les poignets, un autre est dédié au corps de la chemise puis le tout est assemblé en fin de chaîne. L’assemblage peut se faire sur des bancs de machines, comme celui conservé au musée [fig. 8]. Le banc peut comporter de nombreuses machines et est actionné par un moteur qui permet à l’arbre de transmission central d’entraîner les machines à coudre par un système de courroie. Les ouvrières, assises de chaque côté de la partie centrale, appelée « augette », actionnent leur propre machine grâce à une pédale.

Figure 8

Figure 8

Banc de machines Singer du début du xxe siècle, présenté au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine d’Argenton-sur-Creuse (inv. 2017.0.19), 2023.

© François Lauginie / Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.

  • 18 Rapport de la mission de productivité du vêtement masculin sur son voyage aux États-Unis, enquête (...)
  • 19 « Les problèmes posés par une fabrication de haute qualité et parfois même de grand luxe, reportag (...)

23Après 1945, sous l’influence des pratiques américaines, des réflexions menées sur place par les missions de productivité18 sous l’égide du ministère du Travail amènent de nouvelles organisations dans les ateliers de confection, renforcées par les progrès techniques du matériel. Les ateliers les plus modernes délaissent le banc de machines au profit d’une organisation plus rationnelle [fig. 9], limitant la manutention et le déplacement des ouvrières. La méthode de synchronisation mise en place au début des années 1950 tient compte des économies de temps de fabrication, mais aussi des gestes. Comme le souligne un article de la revue Vêtir19, « […] le montage se fait au rythme de chaque mécanicienne, car ce système de synchronisation permet aux ouvrières de ne pas être tributaires les unes des autres, à la différence de la chaîne ».

Figure 9

Figure 9

Un des ateliers de la SOGEC, Studio Gesell, 1953. Tirage photographique, 16,1 x 11,5 cm, conservé au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (inv. 1986.09/0405).

© Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.

24L’atelier de repassage intervient avant l’expédition. Jusqu’à la fin des années 1930, les ateliers produisent des chemises de jour ou de soirée aux plastrons amidonnés ainsi que des cols amovibles nécessitant un glaçage important. Les chemiseries sont alors équipées d’une blanchisserie industrielle afin de répondre à ces besoins. Avec l’assouplissement des cols et la disparition progressive des plastrons amidonnés et des faux cols, le repassage connaît une profonde mutation. L’atelier de repassage est pourvu de tables [fig. 10] pour un pliage net du produit avant l’ensachage puis l’expédition.

Figure 10

Figure 10

Tables de pliage, Atelier SOGEC, vers 1955. Tirage photographique, 17,7 x 12,9 cm, conservé au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (inv. 2016.0.119).

© Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.

  • 20 Ibid.
  • 21 MOULIN G. & CHADAL H., « SOGEC Argenton-sur-Creuse », Techniques de l’habillement, 1962, p. 35-40.

25Toutes ces étapes de fabrication se succèdent dans le parcours permanent du musée. Les machines et outils sont parfois accompagnés de photographies noir et blanc où ouvriers et ouvrières sont en situation de travail. Au début des années 1960, les Établissements Gravereaux-SOGEC sont reconnus par la profession comme un modèle d’organisation. Des revues professionnelles comme Vêtir20 ou Techniques de l’habillement21 leur consacrent plusieurs articles en 1961 et 1962. Des photographes envoyés par ces journaux réalisent alors une série de clichés, insistant sur les gestes et les postes de travail [fig. 11], destinée à illustrer les bonnes pratiques professionnelles. C’est aussi l’occasion de mettre en avant la modernité du matériel et principalement des machines spécifiques comme les machines à boutonnières, les guides… Les ouvrières sont photographiées dans l’action. Par ailleurs, Jean-René Gravereaux fait appel à un photographe argentonnais, Raymond Gesell, pour la prise de vue des différents ateliers à l’intérieur même de l’usine, du magasin de tissus aux ateliers de piquage et repassage.

Figure 11

Figure 11

Poste de travail sur tandem 2 machines à boutonnières, 1961. Sur la photographie, l’ouvrière ajuste les guides. Tirage photographique conservé au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (inv. 2016.0.96).

© Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.

La vie sociale dans les ateliers

26Le film introductif réalisé par Deidi von Schaewen retrace également, grâce aux témoignages recueillis, les moments festifs qui ont lieu tout au long de l’année : galette des Rois, tarte aux pruneaux pour le Carnaval…

  • 22 MONJARET Anne, La Sainte-Catherine. Culture festive dans l’entreprise, Paris, Éditions du Comité d (...)
  • 23 Entretien avec Marie Delacoux, 1988.

27Mais la Sainte-Catherine22 [fig. 12], fêtée le 25 novembre, reste l’un des moments forts dans la vie des ateliers. Les jeunes filles célibataires âgées de 25 ans sont « coiffées » d’un bonnet ou d’un chapeau aux couleurs traditionnelles vert et jaune. Fabriqué par un petit groupe d’ouvrières, le chapeau est à l’image de la catherinette. Comme nous le raconte une ancienne ouvrière23, « on préparait la salle avec des guirlandes, et puis y’avait la galette et on dansait tard dans la nuit ». Les photographies sont nombreuses, en petits groupes avec le patron ou l’atelier dans son ensemble. Dans le musée, quelques chapeaux, bonnets et cartes rappellent l’importance de cette fête, toujours célébrée dans les ateliers de confection et dans la haute couture.

Figure 12

Figure 12

Fête de la Sainte-Catherine aux ateliers SACLEM, 1933. Les ouvrières posent devant l’atelier ; les catherinettes, coiffées de leur bonnet, sont assises au premier rang. Tirage photographique, 15 x 23.5 cm, conservé au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (inv. 1988.09/0185).

© Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.

28Si cette fête est commune à tous les ateliers argentonnais, il n’en est pas de même pour les voyages d’entreprise. Ces derniers restent un souvenir fort pour les ouvrières concernées, immortalisé par de nombreuses photographies.

  • 24 Entretien avec Octavie Mathé, 1988.

29En 1949, les Établissements Gravereaux-SOGEC créent un comité d’entreprise dont l’une des missions est l’organisation de voyages pendant le week-end de l’Ascension. La majorité des ouvrières ainsi que leur famille y participent. Le premier a lieu en 1950 aux Sables-d’Olonne, en Vendée [fig. 13]. Une des anciennes mécaniciennes24 raconte : « J’y suis allée avec mon mari et ma mère, y’en une qui avait fait une casquette blanche avec de la triplure. Y’en a eu dix de faites, vingt, donc on est toutes parties avec des casquettes et l’étiquette Triplefil… On était trois cars, y se sont demandé qu’est-ce que c’était que cette invasion de casquettes blanches qui arrivait ! » Les voyages ont eu lieu jusqu’au début des années 1960, en Alsace, dans les Pyrénées, les Alpes…

Figure 13

Figure 13

Premier voyage d’entreprise de la SOGEC en 1950, aux Sables-d’Olonne. Les ouvrières sont coiffées de la casquette blanche réalisée à l’atelier, pour l’occasion. Tirage photographique, 24 x 18 cm, conservé au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (inv. 2010.23.1).

© Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.

  • 25 Agence régionale du Centre pour le livre, l’image et la culture numérique dont le siège social se (...)

30Ces photographies, en noir et blanc et de petits formats, sont complétées par quelques films amateurs. Afin de les conserver au mieux, le musée les a déposés à l’agence CICLIC25. Ils ont été numérisés afin d’en diffuser quelques extraits dans « l’atelier », en complément d’une sélection de photographies de voyage.

31Cette histoire textile argentonnaise tient une place importante au sein du musée, elle est le reflet d’une activité qui a fait vivre toute une population durant des décennies. La mise en valeur de ce patrimoine industriel s’accompagne de l’élargissement de la conception initiale des fondateurs autour de la chemise aux notions de mode et d’élégance masculines.

La chemise et l’élégance masculine

  • 26 Adjonction à « musée de la Chemiserie » en 1992 par Gérard Coulon, conservateur de l’époque.
  • 27 Jean-Claude Pascal (1927-1992) était le cousin au second degré de Jean-René Gravereaux, fondateur (...)
  • 28 KOLLMANN-CAILLET Virginie & GAILLARD Nathalie (dir.), Jean-Claude Pascal. Sa garde-robe, de l’être (...)

32Si la chemise reste l’élément principal du discours dans ce deuxième espace d’exposition permanente, elle est cependant présentée dans un contexte plus large, autour de la silhouette masculine. Au cours des années 1980, les acquisitions textiles s’éloignent de la seule chemise pour s’intéresser à des tenues complètes représentatives de l’évolution du costume masculin, mais aussi à certains corps professionnels, civils ou militaires. Le parcours muséographique se construit autour de thèmes comme celui de l’hygiène, du sur-mesure [fig. 14] et du prêt-à-porter, des vêtements d’intérieur et de nuit, de la création contemporaine… La notion d’élégance, ajoutée au titre initial du musée26, est justifiée par le don de la garde-robe du comédien et chanteur Jean-Claude Pascal27, élu plusieurs fois homme élégant dans les années 1950. Les costumes et accessoires, confectionnés par de grands tailleurs et chemisiers, sont caractéristiques des années 1950 à 1970 ; ils ont été portés à la ville comme à la scène28 par Jean-Claude Pascal [fig. 15]. Cette donation est à l’origine d’une ouverture vers le costume de théâtre et de cinéma.

Figure 14

Figure 14

Vitrine « Le tailleur au xviiie siècle » au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine d’Argenton-sur-Creuse, 2023.

© Nathalie Gaillard (Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine).

Figure 15

Figure 15

Jean-Claude Pascal photographié lors du tournage de Milord l’Arsouille, film d’André Haguet, 1955.

Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.

33La patrimonialisation de la confection argentonnaise par la création d’un musée, entièrement consacré à cette activité, s’est construite autour de la sauvegarde d’un matériel technique et industriel qui était voué à une destruction certaine. Cependant, les outils ne peuvent suffire à comprendre le travail en atelier, à connaître les conditions de travail.

Des initiatives autour du patrimoine immatériel

Témoignages d’anciens de la confection

  • 29 DUREPAIRE Catherine, KOLLMANN-CAILLET Virginie & LANDAIS-COURANT Frédérique (dir.), Mémoire d’atel (...)

34Dès la création de l’Association des amis du musée et jusqu’en 1988, les bénévoles réalisent des entretiens audio auprès d’anciens de la profession (coupeurs, mécaniciennes, repasseuses…) ; les cassettes de ces enregistrements sont conservées au musée. En 1998, une nouvelle série est menée par Catherine Durepaire, ethnologue, dans le cadre de l’exposition « Mémoire d’ateliers ». Plus d’une vingtaine d’entretiens ont alors été effectués auprès d’ouvriers et d’ouvrières comme d’anciens patrons. Ce travail d’enquête permet de recenser les ateliers argentonnais, de connaître leur histoire, celle des ouvrières et de leurs dirigeants29.

35En 2018 et 2019, le musée adhère au projet « Vivamémori » sur la mémoire du travail dans la région Centre-Val de Loire, porté par l’université de Tours et coordonné par Céline Assegond, ingénieure de recherche au CETU ÉTIcS30. Dans ce cadre, des entretiens filmés31 sont réalisés auprès de mécaniciennes, de coupeurs ou d’anciens dirigeants qui ont connu la fin de l’industrie de la confection à Argenton ; ils apportent ainsi un regard différent de celui des interviewés des années 1980-1990 qui avaient connu les périodes prospères de la confection.

Place à la création artistique contemporaine

  • 32 CAILLAUD Sylvie & MARTIN Bernard, La Courroie, d’après un recueil de paroles d’ouvrières de la che (...)

36La vie des mécaniciennes en confection et l’histoire des ateliers ont également été source d’inspiration pour une compagnie de théâtre installée à Argenton, le Théâtre du Lamparo. En 1998, cette compagnie dirigée par Sylvie Caillaud, comédienne, a souhaité apporter un témoignage sur l’histoire économique, culturelle et sociale de la ville. Invitée au musée, Sylvie Caillaud découvre ces anciennes ouvrières qui racontent leur vie à l’usine, les moments difficiles, les moments de joie. Et c’est ainsi qu’elle imagine une pièce de théâtre, La Courroie32. Pendant trois mois, accompagnés du comédien Bernard Martin, ils rencontrent une douzaine d’ouvrières à la retraite, les enregistrent et écrivent la pièce à partir des entretiens réalisés. La première de La Courroie a lieu au musée, dans la salle d’exposition de l’atelier reconstitué, parmi les machines à coudre et autres outils et en présence d’anciennes ouvrières de la confection. La pièce a été jouée dans tout le département de l’Indre ainsi qu’en région Centre-Val de Loire. En 2013, dans le cadre des vingt ans du musée, une dernière représentation a été donnée, sur les lieux mêmes de la première, quinze ans plus tôt. Les entretiens ont ensuite été remis au musée pour y être conservés.

Une médiation du patrimoine immatériel à intensifier

37Ces témoignages d’anciens de la profession sont peu exploités dans les espaces permanents du musée. Leur présence dans le film réalisé par Deidi von Schaewen apporte pourtant un contenu émotionnel plus fort que celui fourni par les objets.

38Les témoignages, qu’ils soient oraux ou filmés, seront un support à prendre en compte lors de la future rénovation du musée. Depuis son ouverture, le musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine n’a fait l’objet d’aucune transformation majeure. Or, le projet scientifique et culturel, en cours de finalisation, propose des pistes pour renforcer l’histoire et la place de cette industrie de la confection dans le paysage local. En 1993, lors de l’ouverture du musée, les chemiseries étaient encore présentes dans la ville, mais dix ans plus tard, cette industrie avait disparu du territoire argentonnais. Aujourd’hui, les habitants, et notamment les plus jeunes, doivent se réapproprier cette histoire dont les témoins s’en vont au fil des années. Cela passe aussi par d’autres propositions de médiation, plus innovantes, plus ludiques, comme les escape games ou jeux d’enquête et de réflexion, qui attirent un public qui ne serait autrement jamais venu au musée.

39Peu de musées en France témoignent de l’industrie de la confection, industrie qui s’est développée au cours du xixe siècle dans l’Indre et plus largement en Berry. Le musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine s’est d’abord intéressé à cette industrie et à ces femmes, les « chemisières », avant de raconter parallèlement l’histoire de ce qu’elles fabriquaient, la chemise pour homme.

40En 1983, les membres fondateurs avaient pour ambition que ce musée soit un lieu de mémoire d’une profession peu connue et souvent mal considérée, mais également un pont entre le passé et le présent. Face aux fermetures successives des chemiseries argentonnaises au début des années 2000, le musée est aujourd’hui le témoin d’une histoire industrielle qui a marqué la vie sociale et économique d’Argenton et de ses environs. C’est par la richesse de ses collections matérielles et immatérielles que le musée, avec la volonté de poursuivre son renouvellement, continue de tisser du lien avec les quelques entreprises textiles du département.

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Notes

1 GAILLARD Nathalie (dir.), Histoires d’hommes, cat. exp., Argenton-sur-Creuse, musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, 29 juin-15 septembre 2013, Argenton-sur-Creuse, musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, 2013.

2 En 1860, Charles Brillaud est installé à Saint-Omer (Pas-de-Calais), où il possède déjà un atelier de confection. Il souhaite développer cette industrie dans sa ville natale.

3 Les premiers ateliers de confection, comme les ouvroirs où se rassemblait une communauté de femmes pour effectuer des travaux d’aiguille, ne sont pas encore équipés de machines à coudre. Dans le département de l’Indre, deux ateliers non mécanisés ont été référencés en 1848, avant que Charles Brillaud ne crée un atelier mécanique à Argenton.

4 LANDAIS-COURANT Frédérique, Entreprises et patronat de l’industrie de la confection, de Paris à Argenton-sur-Creuse (Indre) aux xixe et xxe siècles, thèse de doctorat en histoire sous la direction de Claude-Isabelle Brelot, Lyon, université Lyon 2 -Lumière, 2001.

5 THOUZET Louise, La Confection de lingerie dans le département de l’Indre, thèse de doctorat en sciences économiques, Paris, Faculté de droit et des sciences économiques, 1959.

6 ARDOUIN-DUMAZET Victor-Eugène, Voyage en France, Nancy, Berger-Levrault et Cie, 1893-1912, t. 26, Berry et Poitou oriental, 1901. Journaliste français, il a écrit une soixantaine de volumes de Voyage en France, constituant un précieux document sur l’état de la France rurale et urbaine de la fin du xixe siècle à la Première Guerre mondiale.

7 FARAUT François, Histoire de « La Belle Jardinière », [Paris], Belin, coll. « Modernités xixe-xxe  », 1987.

8 GAILLARD Nathalie (dir.), Les Éts Gravereaux, de Boulogne-sur-Seine à Argenton, cat.exp., Argenton-sur-Creuse, musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, 20 mai-1er octobre 2017, Argenton-sur-Creuse, musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, 2017.

9 Lettre du 7 avril 1983 conservée au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, dans les archives de l’association (sans inv.).

10 KOLLMANN-CAILLET Virginie & GAILLARD Nathalie (dir.), J’ai 10 ans, collections choisies, cat. exp., Argenton-sur-Creuse, musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, 21 juin-23 décembre 2003, Argenton-sur-Creuse, musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, 2003.

11 MNES Études [Muséologie nouvelle et expérimentation sociale] ; le siège social était situé à Chaudenay (Saône-et-Loire). Marie-Odile de Bary a collaboré à plusieurs ouvrages dont : BARY Marie-Odile de & TOBELEM Jean-Michel (dir.), Manuel de muséographie. Petit guide à l’usage des responsables de musée, Biarritz, Séguier, 1998.

12 SCHAEWEN Deidi von, « La chemise d’hommes, un métier de femmes », vidéo, 1993.

13 Cette appellation permet de distinguer les ouvrières employées dans les chemiseries de celles travaillant dans d’autres types d’ateliers de confection.

14 PEYRIÈRE Monique, Recherches sur la machine à coudre en France, 1830-1889, mémoire de DEA, histoire des techniques, sous la direction de Patrick Fridenson, Paris, EHESS, 1990.

15 Un dépositaire peut être une ouvrière qui emploie elle-même d’autres ouvrières à domicile.

16 Le matelas de tissu est la superposition de plusieurs épaisseurs de tissu. Le nombre de couches correspond à la quantité de produits à fabriquer et dépend de la hauteur de la lame de coupe.

17 Le sabre de coupe était utilisé avec une table possédant une fente dans laquelle s’insérait la lame dudit sabre.

18 Rapport de la mission de productivité du vêtement masculin sur son voyage aux États-Unis, enquête en vue de l’accroissement de la productivité, septembre-octobre 1950.

19 « Les problèmes posés par une fabrication de haute qualité et parfois même de grand luxe, reportage aux Usines de Boulogne-sur-Seine, Argenton-sur-Creuse, Saint-Gaultier aux Établis. R. Gravereaux », Vêtir, revue des industries de l’habillement et de la bonneterie, no 54, 1961, p. 41-44.

20 Ibid.

21 MOULIN G. & CHADAL H., « SOGEC Argenton-sur-Creuse », Techniques de l’habillement, 1962, p. 35-40.

22 MONJARET Anne, La Sainte-Catherine. Culture festive dans l’entreprise, Paris, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, coll. « Le Regard de l’ethnologue », 1997.

23 Entretien avec Marie Delacoux, 1988.

24 Entretien avec Octavie Mathé, 1988.

25 Agence régionale du Centre pour le livre, l’image et la culture numérique dont le siège social se trouve à Château-Renault (Indre-et-Loire).

26 Adjonction à « musée de la Chemiserie » en 1992 par Gérard Coulon, conservateur de l’époque.

27 Jean-Claude Pascal (1927-1992) était le cousin au second degré de Jean-René Gravereaux, fondateur du musée. Il a fait don de costumes de scène à la fin des années 1980. Après son décès, la famille a donné une grande partie de sa garde-robe ainsi que l’ensemble de ses archives.

28 KOLLMANN-CAILLET Virginie & GAILLARD Nathalie (dir.), Jean-Claude Pascal. Sa garde-robe, de l’être au paraître, cat. exp., musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse, 12 juin – 28 novembre 2004, Argenton-sur-Creuse, musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, 2004.

29 DUREPAIRE Catherine, KOLLMANN-CAILLET Virginie & LANDAIS-COURANT Frédérique (dir.), Mémoire d’ateliers, cat. exp., Argenton-sur-Creuse, musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, 27 juin-8 novembre 1998, Argenton-sur-Creuse, musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, 1998.

30 Voir https://etics.univ-tours.fr/ [lien valide en décembre 2023].

31 Ces films sont visibles sur la chaîne Canal-U : https://www.canal-u.tv/chaines/univtours/memoire-vivante-industrielle [lien valide en décembre 2023].

32 CAILLAUD Sylvie & MARTIN Bernard, La Courroie, d’après un recueil de paroles d’ouvrières de la chemiserie, Argenton-sur-Creuse, Théâtre du Lamparo, 1998.

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Table des illustrations

Titre Figure 1
Légende L’atelier de Charles Brillaud, 1888. Tirage photographique, 23,5 x 15,5 cm, conservé au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (inv. 1983.09/0019).
Crédits © Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.
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Titre Figure 2
Légende Ouvrières de l’atelier Guiot spécialisé dans la fabrication de faux cols, vers 1912. Photo-carte, 14 x 9 cm, conservée au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (inv. 1995.13.2).
Crédits © Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.
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Titre Figure 3
Légende Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, vue de l’extérieur, côté Creuse, 2020.
Crédits © Sophie Tymula-Teillac (Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine).
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Titre Figure 4
Légende Reconstitution d’un atelier-type de chemiserie au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine d’Argenton-sur-Creuse, 2023.
Crédits © François Lauginie / Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/40310/img-4.jpg
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Titre Figure 5
Légende L’atelier Braun, fabrique de machines à coudre située route de Châteauroux à Argenton-sur-Creuse. J.-B. Braun, mécanicien-constructeur, avait mis au point une machine pour devants de chemises, appelée « La Supérieure » et utilisée dans divers ateliers de confection argentonnais. Photo-carte, vers 1930, 13,9 x 9 cm, conservée au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (inv. 2012.14.1).
Crédits © Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.
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Titre Figure 6
Légende Livret de l’ouvrière, Maison Prin, vers 1910. Imprimé, 18 x 11 cm, conservé au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse.
Crédits Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.
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Titre Figure 7
Légende Fabrication du matelas de tissu, Atelier Heymann, vers 1960. Tirage photographique, 6,2 x 8,7 cm, conservé au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (inv. 2000.35.4).
Crédits © Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.
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Titre Figure 8
Légende Banc de machines Singer du début du xxe siècle, présenté au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine d’Argenton-sur-Creuse (inv. 2017.0.19), 2023.
Crédits © François Lauginie / Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.
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Titre Figure 9
Légende Un des ateliers de la SOGEC, Studio Gesell, 1953. Tirage photographique, 16,1 x 11,5 cm, conservé au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (inv. 1986.09/0405).
Crédits © Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.
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Titre Figure 10
Légende Tables de pliage, Atelier SOGEC, vers 1955. Tirage photographique, 17,7 x 12,9 cm, conservé au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (inv. 2016.0.119).
Crédits © Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.
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Titre Figure 11
Légende Poste de travail sur tandem 2 machines à boutonnières, 1961. Sur la photographie, l’ouvrière ajuste les guides. Tirage photographique conservé au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (inv. 2016.0.96).
Crédits © Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.
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Titre Figure 12
Légende Fête de la Sainte-Catherine aux ateliers SACLEM, 1933. Les ouvrières posent devant l’atelier ; les catherinettes, coiffées de leur bonnet, sont assises au premier rang. Tirage photographique, 15 x 23.5 cm, conservé au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (inv. 1988.09/0185).
Crédits © Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.
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Titre Figure 13
Légende Premier voyage d’entreprise de la SOGEC en 1950, aux Sables-d’Olonne. Les ouvrières sont coiffées de la casquette blanche réalisée à l’atelier, pour l’occasion. Tirage photographique, 24 x 18 cm, conservé au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (inv. 2010.23.1).
Crédits © Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/40310/img-13.jpg
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Titre Figure 14
Légende Vitrine « Le tailleur au xviiie siècle » au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine d’Argenton-sur-Creuse, 2023.
Crédits © Nathalie Gaillard (Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/40310/img-14.JPG
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Titre Figure 15
Légende Jean-Claude Pascal photographié lors du tournage de Milord l’Arsouille, film d’André Haguet, 1955.
Crédits Photographe inconnu / Reproduction Musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/docannexe/image/40310/img-15.jpg
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Pour citer cet article

Référence électronique

Nathalie Gaillard, « De l’industrie de la confection au musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine d’Argenton-sur-Creuse (Indre) »In Situ [En ligne], 52 | 2024, mis en ligne le 18 mars 2024, consulté le 22 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/insitu/40310 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/insitu.40310

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Auteur

Nathalie Gaillard

Attachée principale de conservation du patrimoine, musée de la Chemiserie et de l’Élégance masculine, Argenton-sur-Creuse (Indre)
nathalie.gaillard@cc-valleedelacreuse.fr

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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