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21 | 2022
Dialogues intermédiaux : (se) définir à travers le tourisme

Sous la direction de Ivanne Galant et Jorge Villaverde
Première de couverture, numéro 21
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Crédits : Jean Montané

Peu de phénomènes modernes ont autant affecté l’Espagne que le tourisme et pourtant, c’est un sujet qui a été pratiquement ignoré par l’hispanisme français. Ce dossier, ainsi que son « double » — centré sur les relations entre le tourisme et la politique, et publié dans Cahiers de Civilisation espagnole contemporaine — ont pour objectif d’élargir notre connaissance de l’Espagne et du monde contemporain à travers le tourisme en soulignant l’intérêt de ce sujet par le milieu universitaire francophone. Ces deux dossiers sont le résultat des synergies issues du Colloque international « Acteurs, imaginaires et pratiques en circulation: le tourisme en Espagne (xix-xxie siècles) » organisé en juin 2021 au Colegio de España par le Centre de Recherche sur l’Espagne Contemporaine de l’Université Sorbonne Nouvelle (CREC).

Dans ce numéro spécial qui met en évidence les liens entre le tourisme et différents produits culturels, les éditeurs ont proposé aux auteurs de remplacer les métaphores récurrentes, mais très limitées, du « regard », de la « vision » ou du « reflet », utilisées dans les études sur les voyages, les imaginaires nationaux et de manière plus générale dans l’hispanisme, par celle du « dialogue ». En effet, le dialogue permet l’action individuelle et collective face à la passivité des échanges de regards et bénéficie du long bagage intellectuel des études postcoloniales.
Ce choix s’appuie sur la célèbre formulation de Benedict Anderson, élargie par l’historien Eric Zuelow qui propose de penser les nations comme des « communautés perpétuellement réimaginées », grâce à un dialogue horizontal qui a lieu autour de la question de l’appartenance à ces communautés. De même, ce dernier défend que le tourisme est un phénomène idéal pour étudier cette discussion d’un point de vue historique puisqu’il agit comme un « nœud du dialogue transnational » capable de formater l’identité des localités, des régions et des nations.
Ainsi, le tourisme servirait de « nœud » dans un réseau discursif de significations qui façonne l’identité humaine, tout en servant de déclencheur de fantasmes et de projections, de discussion, de choix et de définition, de négociation, d’appropriation, de rejet ou de subversion des discours et des imaginaires, mais aussi d’intériorisation de la place que l’on occupe par rapport à l’espace, au temps et aux autres. Ainsi, repenser l’histoire contemporaine de l’Espagne à partir de l’étude d’un phénomène transnational comme le tourisme et des dialogues qu’il encourage et génère nous invite, dans ces dossiers, à intégrer tout un réseau d’acteurs, d’idées et de pratiques qui circulent à travers les cadres nationaux, et à écrire une « histoire connectée », globale, dont l’Espagne fait toujours partie et se trouve être parfois la principale scène.

Avec l’intermédialité comme pierre angulaire, les articles ici rassemblés illustrent bien la façon dont celle-ci renforce l’effet de réalité des imaginaires nationaux. Si nous retrouvons la même panoplie de stéréotypes à propos d’une nation dans toutes les manifestations culturelles, qu’elles soient textuelles, visuelles ou sonores, et que chaque nouveau genre ou support physique — opéras, récits de voyage, guides touristiques, gravures, photographies, affiches, séries, documentaires, phonographe, cassettes... — reprend et actualise les mêmes clichés, la caractérisation nationale est renforcée et perpétuée. De ce fait, ce numéro monographique montre à quel point cette intermédialité caractérise la création et l’évolution de l’imaginaire espagnol, avec le tourisme comme fil conducteur.

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