Navigation – Plan du site

AccueilNuméros22DossierDiscordes graphiques : La cohabit...

Dossier

Discordes graphiques : La cohabitation difficile du graffiti et de la peinture murale institutionnelle à Madrid

Discordia gráfica: La difícil convivencia entre el graffiti y la pintura mural institucional en Madrid
Graphic Discord: The Difficult cohabitation of Graffiti and Institutional Mural Painting in Madrid
Lisa Garcia

Résumés

À partir des années 2010, la ville de Madrid entre dans l’ère de la peinture murale institutionnelle : comme mutation logique des icônes du post-graffiti, l'image peinte se fait plus grande et plus visible. Différents festivals et foires d'art urbain se mettent en place, comme C.A.L.L.E. Lavapiés à partir de 2013, Pinta Malasaña en 2016, ou encore la première Foire d'Art contemporain Urvanity en 2017. Face à l’arrivée de ce nouveau phénomène urbain, le tag et le graffiti, présents sur les lieux depuis la fin de la dictature dans les années 1980, plutôt que de faire le choix de la cohabitation, ripostent. Nous observerons dans cet article quelques interactions visibles sur les murs, fruits de nombreuses tensions entre les graffeurs et les artistes urbains rémunérés.

Haut de page

Texte intégral

Introduction

  • 1 En mai 2019, la droite, incarnée par une coalition Partido Popular et Ciudadanos et présidée par Jo (...)

1Les années 2015-2016 marquent un tournant dans la politique culturelle de Madrid, avec notamment l’arrivée de la gauche, avec la maire Manuela Carmena, en juin 2015, qui donne l’impulsion d’une ligne politique renouvelée, après vingt-quatre ans de gouvernements de droite1. C’est ce qu’affirmait Guillermo de la Madrid, l’un des promoteurs d’art urbain les plus influents de la ville, dans un entretien de mai 2017 :

  • 2 Entretien de Guillermo de la Madrid, mai 2017, Madrid.

L. G.: ¿[…] has podido sentir como una evolución en la posición del Ayuntamiento de Madrid, a lo largo de los años?
G. de la M.: Sí completamente. Antes de que tuviéramos este equipo, era “no” directamente, no había diálogo. Y luego a partir del momento en el que entró el nuevo equipo… […] 2014 [sic] ¿no? Pues a partir de este momento, una mejor disposición. Los trámites son los mismos que antes, pero con una mejor disposición2.

  • 3 La ville de Saragosse accueille par exemple le festival d’art urbain institutionnel Asalto depuis l (...)
  • 4 Traduction proposée pour : « Oficina de Gestión de Muros ».

2Les murs de la capitale s’ouvrent alors à la vague du muralisme, qui s’était déjà largement propagée dans d’autres villes du pays, telles que Barcelone ou Saragosse3. L’enjeu est certes urbain mais il est également économique, étant donné l’impact positif de ces peintures murales sur le rayonnement touristique de la ville. Dans un entretien sur le site internet de la municipalité en 2007, le directeur du tout premier Bureau de Gestion des Murs4 de Madrid, architecte de formation, explique à propos du muralisme :

  • 5 Fernández Muñoz, Ángel Luis, « Ángel Luis Fernández Muñoz, nuevo director general de la Oficina de (...)

Se trata de una herramienta de gestión que servirá para canalizar todas las actividades, actuaciones y proyectos -tanto públicos como privados-, encaminados a potenciar la actividad turística, cultural, social y económica del centro de la ciudad5.

  • 6 Traduction proposée pour : « Servicio de Paisaje y Arte Público ».
  • 7 Traduction proposée pour : « Departamento de Intervención en el Paisaje Urbano ».
  • 8 Traduction proposée pour : « Departamento de Arte Público ».

3La peinture murale institutionnelle suppose un renouveau esthétique dans la sphère urbaine, ainsi que de nombreux avantages (touristiques, culturels, sociaux et économiques), déjà pressentis par la municipalité en 2007. Ce Bureau de Gestion des Murs des origines n’existe plus aujourd’hui, il a été remplacé par le Service de Paysage et d’Art Public6 qui comprend un Département d’Intervention sur le Paysage Urbain7 et un Département d’Art Public8, depuis 2012.

4Cette même année marque aussi l’avènement de Madrid Street Art Project9, par Guillermo de la Madrid et Diana Prieto, une société civile non-gouvernementale à l’origine de la mise en valeur et du développement de l’art urbain et du muralisme à Madrid. Cette organisation pionnière constitue une référence en la matière : Guillermo de la Madrid est un passionné d’art urbain, déjà connu pour son blog de photographies de murs depuis l’année 2006, intitulé « Escritoenlapared »10. Madrid Street Art Project est à l’origine de deux festivals annuels d’art urbain, Pinta Malasaña et C.A.L.L.E. Ils méritent selon nous une attention toute particulière, étant donné leur impact sur le paysage du centre historique et les polémiques qu’ils génèrent, entre artistes urbains et graffeurs à Madrid.

  • 11 Cette réflexion s’ouvre tout particulièrement dans les années 2000 en Europe, avec la Convention Eu (...)
  • 12 Voir Garcia, Lisa, « Entre ville brouillon et ville chef d’œuvre : le graffiti et le street art dan (...)

5Dans le sillage d’une réflexion globale sur le paysage urbain11 et sur la mise en valeur des centres historiques des villes européennes, les années 2010 voient poindre de nouvelles institutions publiques et privées, qui sont les maillons d’une politique urbaine renouvelée à Madrid. Ils constituent les fondements de l’art urbain institutionnel, sous forme de concours, de festivals, ou bien encore de programmes municipaux. Ces nouvelles propositions graphiques des années 2010-2020 viennent bousculer la production illégale du graffiti, initiée dans les années 1980. La réponse des graffeurs est largement mentionnée dans les médias, rarement par les chercheurs. Nous avons déjà eu l’occasion d’aborder la question sous un angle esthétique12, nous insisterons ici davantage sur les raisons économiques et territoriales de ces rivalités. Nous nous arrêterons notamment sur un cas de discorde en particulier, observé entre 2016 et 2022, entre l’artiste MAX501 et le graffeur RUSO.

1. Les principaux festivals d’art urbain à Madrid

1.1. Pinta Malasaña

  • 13 Lors de notre travail sur le terrain, nous avons pu assister aux éditions de 2016 et de 2017.
  • 14 On peut lire à propos de Persianas Libres, lors de sa première édition : « Se trata de una iniciati (...)
  • 15 Pinta Malasaña, <URL: http://pintamalasana.com/>.

6Le festival Pinta Malasaña13, anciennement « Persianas Libres »14, connaît sa première édition en 2011 dans le quartier de Malasaña, dans le centre historique de Madrid. Des artistes sélectionnés reçoivent l’autorisation de peindre les rideaux de fer de certains commerçants ou plus rarement leurs façades15. Le projet dans sa version originale n’a pas le succès escompté à Madrid, comme nous l’explique Guillermo de la Madrid, lors d’un entretien d’octobre 2018 :

  • 16 Entretien de Guillermo de la Madrid, octobre 2018, Madrid.

[…] se hizo una primera edición en el 2011, en la que la gestionó la misma persona que gestiona Wallspot, Muros Libres, etc. [Marc García]. Pero la experiencia no fue buena, los vecinos en Malasaña no quedaban contentos, no con el resultado, sino que con la manera de trabajar. […]16

  • 17 L’expression argotique de « pota », traduite de l’anglais « throw up », signifie « vomi » en frança (...)

7Les raisons de l’échec de Persianas Libres nous sont ensuite explicitées, au cours de l’entretien. Il apparaît que les organisateurs, Marc García ainsi que Guillermo de la Madrid, n’avaient pas su adapter le festival au contexte urbain de Madrid : contrairement à Barcelone, la capitale est fortement marquée par l’activité des graffeurs, par un graphisme de lettres plus que d’icônes, de spray plus que de peinture, par un marquage illégal du territoire de plus de trente ans. Les emplacements mis à la disposition des artistes contenaient parfois des potas17 respectées dans le petit monde des graffeurs, pour leur ancienneté ou leur qualité. Guillermo de la Madrid le sait, il a arpenté et photographié la ville depuis des années, il connaît certains graffeurs personnellement et comprend les codes du graffiti. Malgré tout, il admet ne pas l’avoir pris en compte lors de la première édition du festival, et en avoir subi les conséquences par la suite :

  • 18 Entretien de Guillermo de la Madrid, octobre 2018, Madrid.

Porque el primer año que lo hicimos en Pinta Malasaña, tuve feedback negativo personalmente, yo […] A partir de allí, hice un trabajo de cuando se seleccionaba los espacios, de no escoger los cierres que tenían un recorrido antiguo… Por ejemplo ante un BUNY o unas piezas antiguas… el primer año no hicimos este trabajo. Que hubiera estado bien. Ahora seleccionamos mejor los espacios18.

8Il emploie l’expression de « recorrido antiguo », pour se référer à des graffiti respectés dans le milieu, des « piezas antiguas » comme peuvent l’être celles du graffeur « BUNY » ou encore de GUOS. À la lumière de ces précisions, nous parvenons à comprendre la remarque initiale de Guillermo de la Madrid, à savoir que « los vecinos en Malasaña no quedaban contentos, no con el resultado, sino que con la manera de trabajar ». Les commerçants avaient rejeté le projet initial, car il avait donné lieu à une déferlante de graffiti sur les rideaux de fer, à la suite de la première édition. Ces graffiti venus recouvrir les murs fraîchement peints visaient à protester et à nier le festival en germe.

  • 19 Gálvez, Felipe, Madrid Cierres, Madrid, autoédition, décembre 2020, sans pagination.

9L’événement reprend alors cinq ans plus tard, en 2016, rebaptisé « Pinta Malasaña », avec une attention toute particulière accordée aux supports choisis, aux persiennes (deux cents cette année‑là) mises à disposition. Il est reconduit chaque année depuis, organisé par Madrid Street Art Project et Somos Malasaña, un journal du quartier éponyme. En 2021, pour la sixième édition, soixante-dix artistes sont invités à peindre le quartier, sponsorisés par la marque Mahou et par Pebeo, le fabriquant de couleurs. Pour l’année 2019, le budget alloué à cet événement est de 60 000 euros19.

1. 1. C.A.L.L.E.

10C.A.L.L.E. Lavapiés20 est l’autre festival local organisé par Madrid Street Art Project, à partir de l’année 2013, dans le quartier de Lavapiés. Il y a tout lieu de croire que l’expérience de Persianas Libres en 2011 a servi de contre-modèle pour le festival organisé à Lavapiés, quartier populaire et multiculturel du centre historique de la ville. Un an après la création officielle de M.S.A.P.21, on assiste à un nouveau galop d’essai du festival de peinture murale institutionnelle à Madrid. Le principe est le même, les commerçants proposent leur mur ou bien leur rideau de fer, dans le but d’améliorer l’aspect visuel de leur magasin, de recouvrir éventuellement les tags et graffiti présents, d’attirer une clientèle renouvelée, de tirer profit de cette nouvelle devanture. Le festival se fait en partenariat avec la Asociación de Comerciantes y Empresarios de Lavapiés et est sponsorisé par Cervezas Alhambra, une autre marque de bière. Sur les photographies suivantes, on observe le même mur, peint en 2017 puis en 2018, par Cocolia Studio puis par Boa Mistura, Calle Argumosa, dans le cadre du festival.

Fig. 1.

Fig. 1.

Cocolia Studio, C.A.L.L.E., Calle de Argumosa, quartier Lavapiés, Madrid, 2017

©Lisa Garcia

Fig. 2.

Fig. 2.

Boa Mistura, « Mirar-ver-sentir », C.A.L.L.E., Calle de Argumosa, quartier Lavapiès, Madrid, 2018

©Lisa Garcia

11En 2021, lors de la huitième édition, ils étaient cinquante artistes à être sélectionnés pour intervenir dans le quartier. Des prix sont remis à la fin du Festival, le Prix du Jury et le Prix Alhambra décernés aux meilleures interventions (selon un jury nommé par Madrid Street Art Project), ainsi qu’un Prix du Public, qui récompense la peinture qui reçoit le plus de votes sur Internet. Pour le premier prix, l’artiste primé reçoit 1200 euros, pour le deuxième 800 euros, et pour le troisième, 500 euros. Des visites guidées sont également organisées, pour venir admirer le quartier nouvellement fardé.

1.2. Urvanity

12La foire d’art contemporain la plus importante de la capitale est sans conteste Urvanity22, qui a lieu chaque année depuis 2017, conjointement à la JustMad, durant ce qui est communément appelé « la semana del arte » à Madrid. Comme son nom l’indique, Urvanity vise à promouvoir l’art contemporain (le « New Contemporary Art »23, précise leur site) avec une forte composante urbaine. Chaque foire s’accompagne de conférences et d’un festival de peintures murales, chaque année plus monumentales. Les murs s’ouvrent à cette occasion pour quelques-uns des artistes invités, comme pour Mohammed Lghacham en 2017, qui exposait au Palacio Neptuno par le biais de sa galerie parisienne PDP Gallery, et qui fit également une peinture sur le mur longeant le Campo de Cebada, Calle de la Cebada. On mentionnera au même titre les quatre peintures nées en février 2018, dans le cadre d’Urvanity, dont celle de Jana&JS, un couple d’artistes urbains, qui propose une peinture murale dans la Travesía Almendro.

Fig. 3.

Fig. 3.

Jana&JD, Travesía del Almendro, quartier La Latina, Madrid, Urvanity 2018

©Lisa Garcia

13En 2020, on assiste au passage de l’échelle humaine au format monumental, non plus horizontal mais vertical, avec des peintures de vingt mètres de hauteur environ, exécutées depuis une grue. DFACE, un artiste anglais, réalise « Run Away » lors de cette édition d’Urvanity, et Eversiempre propose également une grande peinture murale non loin de la première, Calle Embajadores.

Fig. 4

Fig. 4

D*FACE, « Run Away », Calle Embajadores, quartier La Latina, Madrid, Urvanity 2020 et Eversiempre, Calle Embajadores, quartier La Latina, Madrid, Urvanity 2020

©Lisa Garcia

14Le festival organisé par Urvanity est l’un des principaux générateurs de peinture murale institutionnelle dans la ville : il inaugure quatre immenses peintures en 2018 à Madrid, quatre autres en 2019, cinq en 2020 et trois en 2021, soit seize nouvelles façades peintes. Son impact est considérable dans l’évolution du paysage urbain madrilène.

15Ces œuvres s’imposent par leurs dimensions, bien supérieures à celles de la peinture d’histoire. Le chercheur espagnol Javier Abarca, spécialiste de l’art urbain madrilène, qualifie ces peintures de « monologue[s] », qui ne laissent place à aucune interaction possible avec les passants :

  • 24 Traduction proposée pour : « As opposed to the empowering nature of street art, murals force a pass (...)

Contrairement à la nature émancipatrice de l'art de rue, les peintures murales imposent une position passive au spectateur. Comme l'architecture ou la publicité, les peintures murales sont un monologue auquel le spectateur ne peut pas répondre24.

16Malgré cette imposition soulignée par le chercheur, la démarche esthétique semble plaire beaucoup plus aux flâneurs. Le résultat impeccable, la touche de couleur apportée, bien que souvent déconnectés du contexte urbain dans lequel ils s’insèrent, séduisent. Ces propositions artistiques sont nécessairement coûteuses, comme le rappelle Nicolas Laugero‑Lasserre :

  • 25 Gzeley, Nicolas, Laugero-Lasserre, Nicolas, Lemoine, Stéphanie et al., « Chapitre IV. Le temps de l (...)

Les programmes d’art urbain qui fleurissent dans les métropoles aux quatre coins du monde favorisent des peintures monumentales qui nécessitent des coûts de production élevés. Ce néomuralisme s’éloigne ainsi du côté DIY, pourtant intrinsèque à l’art urbain25.

  • 26 Le muralisme est parfois appelé « néomuralisme », en référence à un mouvement artistique antérieur, (...)

17Ce « néomuralisme »26 impressionne par sa technique et les moyens techniques (et/ou parfois numériques) déployés pour réaliser la fresque. La poubelle utilisée par le graffeur pour se surélever est remplacée par une grue, le temps court est remplacé par du temps long, le résultat est soigné et ne possède pas la spontanéité du graffiti.

  • 27 Traduction proposée pour : « four international artistes to create amazing works and transforme the (...)

18On note que la part belle est faite aux artistes internationaux. On peut lire dans un post Instagram d’Urvanity, en mars 2019, que les artistes invités sont « quatre artistes internationaux pour créer des œuvres étonnantes et transformer le centre de Madrid »27. Dans ce contexte, on comprend assez bien qu’il soit impossible de proposer un travail adapté à la morphologie de la ville. L’artiste étranger élabore son projet indépendamment du mur et de la rue sélectionnés, la peinture est interchangeable et pourrait être reproduite à l’identique dans n’importe quelle autre capitale du monde.

2. Résistance et mécanismes de défense : la réponse de certains graffeurs

2.1. Pinta Malasaña et C.A.L.L.E., des catalyseurs de tensions

  • 28 Pour les graffeurs puristes, céder aux charmes de la peinture murale institutionnelle signifie vend (...)

19Les festivals de Pinta Malasaña et de C.A.L.L.E. constituent, depuis leurs origines en 2013 et 2016, les réceptacles majeurs de tensions entre graffeurs et artistes urbains, entre l’école des « vandales » et celle des « vendus »28. Cette mésentente est largement mentionnée par nos informateurs, comme l’artiste urbain madrilène Ze Carrion, en mai 2018. Selon lui, la réaction vive des graffeurs est malvenue, étant donné la parenté existante entre le graffiti et l’art urbain :

  • 29 Entretien de Ze Carrion, mai 2018, Madrid.

La gran guerra que tenemos ahora mismo viene de los grafiteros más puros contra los que pintamos otras cosas. Los grafiteros no nos aceptan. Y nosotros siempre discutimos con ellos, que decimos “es que venimos de donde venís vosotros”. Muchos de nosotros venimos de las letras. La gran mayoría29.

  • 30 Boukercha, Karim, Descente interdite, Paris, Éditions Alternatives, 2011.
  • 31 Boukercha, Karim, Marchand, Yves, Meffre, Romain, Graffiti Général, Paris, Éditions Carré, 2014.

20En réalité, si les artistes muralistes sont souvent d’anciens graffeurs, ce n’est pas toujours le cas. Parmi la jeune génération, on trouve des personnalités venues du design, de la publicité, de l’illustration ou encore des Beaux-Arts, et non de la rue. C’est le cas de l’artiste argentine Animalitoland notamment, interrogée à Madrid en février 2018 : l’illustration et la bande dessinée la mènent au support du mur, indépendamment de l’esthétique et des codes du graffiti. Tous les peintres muralistes ne possèdent donc pas la culture du graffiti. En revanche, l’expression de la « grande guerre » employée par Ze Carrion, nous semble fort pertinente pour illustrer la relation entretenue entre les graffeurs et les artistes urbains madrilènes. La querelle est chaque année aiguisée par l’organisation de Pinta Malasaña et de C.A.L.L.E. L’auteur de Descente interdite30 et de Graffiti Général31, Karim Boukercha, s’exprimait en 2014 sur le conflit qui oppose les graffeurs et les artistes urbains, à l’échelle internationale, pour des raisons à la fois économiques, esthétiques et territoriales :

  • 32 Boukercha, Karim, propos recueillis par Chevalier, François, « Dans l'histoire du graffiti, le terr (...)

Le graffeur sélectionne des lettres pour les peindre avec style, le plus souvent possible. Il entre dans « une école », appartient à un groupe qui possède sa philosophie propre. Le street artiste quant à lui, est plus figuratif. Il peint seul et se positionne différemment par rapport à la société. Si on observe une œuvre de Banksy, la compréhension est instantanée. Et puis il y a parfois des guerres de chapelles car le street art se vend plus facilement32.

21En effet, l’engouement récent des municipalités et des institutions pour l’art public offre alors à certains graffeurs la possibilité de se maintenir financièrement. Ce facteur est déterminant pour comprendre la reconversion de nombre d’entre eux, comme l’affirme Javier Abarca dans son article « From street art to murals : what have we lost ? ». Le chercheur y décrit le muralisme à grande échelle comme une source de revenu non négligeable, et parfois même exclusive, de l’ancien graffeur :

  • 33 Traduction proposée pour : « One apparently clear benefit would be that mural making is a source of (...)

Un avantage apparemment évident serait que la réalisation de peintures murales est une source d'emploi pour les artistes de rue. Si cela peut être vrai, cela signifie également que de nombreux artistes abandonnent leur activité d'art de la rue simplement parce qu'ils sont trop occupés avec les peintures murales…33.

22Force est d’admettre que la pratique du muralisme est rémunératrice, alors que le coût du graffiti se calcule en termes d’amendes reçues. Les deux festivals madrilènes attirent ainsi chaque année de nouveaux graffeurs repentis.

23Contrairement à la foire d’art contemporain Urvanity, qui implante trois ou quatre peintures murales aux dimensions monumentales chaque année, les œuvres de Pinta Malasaña et de C.A.L.L.E. se font à taille humaine (les artistes utilisent des échelles ou des poubelles pour peindre, et non des grues). Un dialogue est ainsi possible entre les différents défenseurs de l’espace de la rue, dialogue qui s’avère plus difficile dans le cas des peintures sur l’intégralité d’une façade. Dans le cas de la peinture murale de l’artiste Moneyless, faite en mai 2017, le recouvrement fut progressif et plus lent, étant donnée la surface en jeu : en décembre 2017, sept mois après sa création, nous constations que la composition était entièrement recouverte de tags et de graffiti, brouillant ainsi la compréhension de l’œuvre, afin de restaurer le désordre d’écritures et l’esthétique brouillon de départ.

Fig. 5.

Fig. 5.

Moneyless, Plaza de Arturo Barea, quartier Lavapiés, Madrid, septembre 2017

©Lisa Garcia

Fig. 6.

Fig. 6.

Moneyless, Plaza de Arturo Barea, quartier Lavapiés, Madrid, décembre 2017

©Lisa Garcia

24Ces actes de « vandalisme » sont de nature engagée, ils viennent exprimer une colère profonde de la part des graffeurs, qui avaient élu domicile sur ce mur pendant des années, et qui se sont vus soudainement recouverts par un artiste italien, peu coutumier de l’écosystème madrilène. Le graffeur MUSO décrivait ces hostilités comme une piqûre de rappel dans un espace partagé par tous :

  • 34 Entretien de MUSO, février 2018, Madrid.

No, como un recordatorio. En la calle hay hueco para todo el mundo. Ellos pintan una tarde entera, y yo una noche entera. Yo no me enfado, a mí cuando hicimos lo de pintar Malasaña me empezó a llamar gente diciéndome que había pisado, “que soy amigo de tal”. Y yo, “muy bien tío, bienvenido al mundo del graffiti hermano, qué quieres” […]34.

25Le but est de réaffirmer graphiquement son existence, après avoir vu son nom englouti sous une couche de peinture. Selon eux, il s’agit tout autant d’une revendication adressée à l’artiste venu marcher sur leurs plates-bandes que d’un message aux organisateurs des festivals ou aux commerçants complices. La plupart des graffeurs interrogés dénoncent en effet l’hypocrisie de ces événements qui porteraient aux nues l’art et le graffiti pour des raisons surtout économiques :

  • 35 Ibid.

El evento de Malasaña ¿qué es? Para que los demás comercios ganen dinero, obviamente. El graffiti se la suda, es así de claro. Este evento es para que la gente abra el bar y se gasten ahí todo lo que no se han gastado en toda la semana, el graffiti les importa una mierda35.

26Pour SOSA, graffeuse madrilène, ces festivals brandissent l’étendard du graffiti, dans une démarche de « postureo », c’est-à-dire pour épater la galerie, créant ainsi de la confusion en galvaudant les termes et les pratiques :

  • 36 Entretien de SOSA, mars 2019, Madrid.

Pues realmente me gusta el arte en los muros, pero no me gusta por ejemplo los legales como pintan Malasaña porque no están respetando al grafitero que lo había pintado antes, me parece todo muy mainstream de postureo en Malasaña, por ejemplo, ¿Sabes? Sí que creo que es arte porque yo respeto mucho el arte, pero no es graffiti, a mí me jode cuando lo llaman graffiti porque graffiti es ilegal, graffiti es jugártela36.

27Ces deux festivals suscitent l’incompréhension, voire le mépris des graffeurs. Certains viennent alors exprimer leur mécontentement à même les murs, rendant ainsi visuelle la discorde entre graffeurs et artistes dits institutionnels.

28L’enjeu est économique, mais également esthétique. Les peintures produites à cette occasion sont sélectionnées par un jury, selon des critères esthétiques, et les pièces qui plaisent le plus se voient récompensées. On trouvait notamment en décembre 2020 le reflet de ces tensions, sur la porte en bois d’un commerce de Malasaña.

Fig. 7.

Fig. 7.

SRAD.WTF, GERIS et GMIR, quartier Malasaña, Madrid, décembre 2020

©Lisa Garcia

29On y distinguait plusieurs couches de signes, à commencer par les lettres qui forment le « rótulo », à savoir l’écriteau « Arrebato Libros », un lieu de vente et d’achat de livres, rue de la Palma. Venait ensuite la peinture sur bois de l’artiste SRAD.WTF, faite probablement lors de l’édition 2019 de Pinta Malasaña. Par-dessus, deux graffeurs GERIS et GMIR ont apposé leurs pseudonymes, brouillant ainsi la composition de l’artiste. Ce qui nous intéresse également est l’ajout de la phrase à gauche de notre photographie, en paratexte, où l’on peut lire « Yo GERIS pinto mal aposta ». Le trait d’esprit réside dans le jeu de sonorités entre « Pinta Malasaña » et « Pinto mal aposta », « je peins mal exprès ». La critique est esthétique : si les peintures murales du festival font souvent le choix du motif visuel agréable, de la couleur, de l’harmonie formelle, le graffiti ne cherche pas à plaire à un jury et fait souvent le choix du mauvais goût. Le nombre « 666 » dans le s de GERIS (nombre du diable), et l’auréole qui chapeaute le nom, révèlent toute l’espièglerie du graffeur : ce dernier se dit innocent d’une situation, tout en réaffirmant le caractère menaçant de son acte.

2.2. Une querelle territoriale : l’exemple de MAX501 et RUSO

30Élaborons maintenant l’archéologie d’une guerre de chapelle, riche en rebondissements, que nous avons pu observer sur une période de sept ans, de 2016 à 2022, sur les lieux de Pinta Malasaña. Il constitue un cas d’école des crispations plastiques visibles, entre les graffeurs et les artistes invités par Madrid Street Art Project. Lors de la première édition du festival en mai 2016, le graffeur de la première génération MAX50, devenu artiste urbain, peint la devanture d’une orfèvrerie de la Corredera Alta de San Pablo.

Fig. 8.

Fig. 8.

MAX501, Corredera Alta de San Pablo, quartier Malasaña, Madrid, mai 2016

©Lisa Garcia

  • 37 Il est commun de voir un pseudonyme abrégé, pour s’adapter à l’espace disponible sur la devanture o (...)

31Sur un fond multicolore rappelant le drapeau LGBTQIA+ son personnage (son « kekos ») Antoñito prône l’amour, avec un sourire aimable et un cœur dans une bulle. Quelques jours plus tard, la peinture est illisible, recouverte par des tags de DEPSE, DASO et TIL, et des graffiti de PUFO et RU(SO)37.

Fig. 9.

Fig. 9.

MAX501, PUFO, RUSO, Corredera Alta de San Pablo, quartier Malasaña, Madrid, mai 2016

©Lisa Garcia

  • 38 Rappelons que toyer (pisar en espagnol) signifie recouvrir un autre graffiti de sa propre signature (...)

32La date de 2016 est précisée par RUSO (par un « 16 »), ainsi que la question « ¿Solo tag? » dans la lettre u adressée à MAX501. La question « Seulement du tag ? » souligne la problématique qui sous‑tend précisément ces crispations : MAX501, en peignant sur un rideau de fer, à l’origine recouvert par de nombreux tags et graffiti, sous-entend que la peinture murale serait un moyen d’expression supérieur aux signatures placées là. RUSO par l’acte de toyer38, la question posée et le verbe en anglais « Kill », « tuer » (dans le r de « Ru »), affirme avec véhémence le contraire : pour lui le critère chronologique prévaut, et non la dimension ou le soutien légal (permis grâce au cadre institutionnel du commerce et du festival).

33Un an plus tard, c’est l’artiste Javier Haering qui propose une œuvre sur ce même rideau de fer, pour l’édition 2017 de Pinta Malasaña.

Fig. 10.

Fig. 10.

Javier Haering, MAX501, PUFO, RUSO, Corredera Alta de San Pablo, quartier Malasaña, Madrid, mai 2017

©Lisa Garcia

34Ce dernier possède comme toile de fond des formes et lettres entremêlées, fruit du dialogue de sourds de l’année précédente. Plutôt que de les nier, il décide alors de jouer avec la composition en présence, en insérant un cadre blanc et un personnage au pochoir, ainsi qu’un ruban rouge, dans le hors-champ de l’œuvre, accroché aux poteaux de la rue. Il recrée ainsi avec beaucoup de réalisme l’espace du musée, en mettant le graffiti au centre de l’exposition et en brouillant les frontières entre l’institutionnel et l’illégal, l’art et l’expression du nom, le beau et le laid. En réalité, malgré la tentative de dialogue de Javier Haering, mettre des graffiti sous cadre constitue une maladresse, et un ultime affront pour les graffeurs. Quelques jours plus tard PICYR et d’autres viennent effacer la présence du spectateur, pour redonner au graffiti le dernier mot dans son contexte naturel, celui de la rue, et non du musée. Le RU de l’année 2016 est conservé.

Fig. 11.

Fig. 11.

PICYR, RUSO, Corredera Alta de San Pablo, quartier Malasaña, Madrid, mai 2017

©Lisa Garcia

  • 39 Nous ne possédons pas de photographie de l’événement, nous n’avions pas pu nous rendre sur les lieu (...)

35En 2018, MAX501 revient avec un Antoñito prônant à nouveau l’amour, entouré du symbole hippie « peace and love » et de fleurs multicolores39. Pour Pinta Malasaña en 2019, il réitère, avec un projet sur ce même rideau de fer.

Fig. 12.

Fig. 12.

Captures d’écran d’une publication Instagram de MAX501 datant du 12 juin 2019

©Lisa Garcia

36MAX501, l’un des pionniers du graffiti hip-hop des années 1990 à Madrid, possède les codes linguistiques du groupe : il ajoute « TOY » à l’arrière de son personnage Antoñito afin de tendre un piège aux graffeurs : avec cette œuvre, qu’il intitule « atrapa toys » (« attrape toys ») il convertit sa peinture en toile d’araignée attirante, prête à prendre dans ses fils le nom des graffeurs inexpérimentés. Deux graffeurs interviennent en effet, EROB et SOSA, qui viennent entourer le personnage de MAX501 sans le recouvrir totalement, comme pour proposer une cohabitation sur les murs. Quelques jours plus tard sur Instagram, l’artiste se félicite : « Parece que está funcionando… gracias chicos por empezar a colaborar »40. Le ton est cinglant, sarcastique, à la vue des graffiti de EROB et SOSA. Il convertit alors la riposte en une collaboration particulière.

37Lorsque nous arrivons sur les lieux en 2020, la peinture est bel et bien recouverte par des graffiti, mais nous pouvons observer que le nom de SOSA a disparu, recouvert par RU(SO) en 2020.

Fig. 13.

Fig. 13.

MAX501, EROB, RUSO, SHINA, Corredera de San Pablo, quartier Malasaña, Madrid, 2020

©Lisa Garcia

  • 41 SOSA, entretien réalisé en mars 2019, Madrid.
  • 42 On voit donc sur cette même photographie la difficile cohabitation de la peinture murale et du graf (...)

38Lors d’un entretien de mars 201941, la graffeuse nous confiait la querelle qui existait entre elle et ce graffeur, qui la recouvre presque automatiquement dans la rue, en signe d’affirmation42. De plus, pour RUSO, qui est le premier avec PUFO à avoir ouvert la brèche de la polémique, revenir en 2020 est une manière d’avoir à nouveau un rôle à jouer dans cette altercation.

39En septembre 2021, MAX501 réitère avec non plus un Antoñito mais un cœur, qui semble inquiet.

Fig. 14.

Fig. 14.

Captures d’écran d’une publication Instagram de MAX501 datant du 21 septembre 2021

©Lisa Garcia

40On observe que la composition est devenue de plus en plus simple, par rapport au projet de 2016. Comme cela était prévisible, le graffeur RUSO revient, pour une autre confrontation plastique. La stratégie adoptée par MAX501 est différente cette fois-ci : ce dernier recouvre le flop de RUSO par un tag « ANTOÑITO » et par le nom de l’un de ses acolytes « LARRI ». Il redevient alors graffeur pour l’occasion, en recouvrant les noms venus balafrer son travail d’artiste urbain par une signature.

41Le dernier acte (provisoire) de cette de lutte de sept années s’achève en mai 2022, lors de la dernière édition de Pinta Malasaña.

Fig. 15.

Fig. 15.

MAX501, RUSO, Corredera de San Pablo, quartier Malasaña, Madrid, juin 2022

©Lisa Garcia

42Sur la photographie prise seulement un mois après le festival, la peinture murale a déjà été recouverte par RUSO. On voit par transparence que MAX501 avait ajouté le message « STOP WAR » (« arrêtons la guerre »). Malgré le message de paix formulé par MAX501, RUSO revient et réaffirme ainsi qu’il ne laissera pas le muralisme institutionnel avoir le dernier mot.

43Par cette alternance de la signature et de la peinture murale se joue ici symboliquement l’avenir du graffiti : RUSO et les autres graffeurs de cette chronique s’obstinent à revenir sans cesse, afin de ne jamais laisser le muralisme s’établir.

Conclusion

44La friction, la dissension, l’étincelle font partie intégrante de la couleur du graffiti. Le besoin de posséder et de s’approprier, la revendication d’un territoire, d’une esthétique, d’une éthique, sont des facteurs déterminants du graffiti. Tout cela forme une certaine prédisposition à réagir vivement à la venue d’un nouveau nom ou d’une nouvelle peinture, à privilégier la discorde plutôt que la cohabitation, entre membres du graffiti et plus encore entre graffeurs et artistes urbains.

  • 43 Extrait d'un mail de la Dirección General de Intervención en el Paisaje Urbano y el Patrimonio Cult (...)

45L’espoir municipal de « canaliser »43 le graffiti grâce aux peintures murales, en incitant les graffeurs à se reconvertir notamment, par des modes alternatifs de création urbaine, est une chimère. Tout au contraire, ces murs et rideaux de fer peints s’attirent les foudres de certains graffeurs et nourrissent un dialogue ardent, depuis maintenant plus de dix ans à Madrid. Les deux exemples de Pinta Malasaña et de C.A.L.L.E., à la source de nombreuses peintures institutionnelles dans le centre historique de la capitale, illustrent cette réception ambiguë. Alors que le muralisme tend à être accueilli à bras ouverts par les passants et les municipalités, il se confronte parfois au mécontentement de la communauté des graffeurs, qui considèrent comme déloyale la pratique. Le support et les instruments utilisés sont sensiblement les mêmes, mais l’ethos diffère considérablement : l’entente semble a priori impossible.

  • 44 Brassaï, « Mes carnets », Graffiti [1960], Paris, Éditions Flammarion, 2016, p. 15.

46Paradoxalement, le spectacle de ces différents phrasés qui se superposent au cours du temps est une expérience fascinante pour le marcheur attentif. La photographie permet alors « de capter la présence du temps »44 pour parler comme Brassaï, de rendre signifiante la rhétorique des murs, qui s’expriment à la fois tout haut et tout bas : invisibles pour la plupart des usagers de la ville, ils racontent pourtant, non sans violence, des histoires sous la forme d’exclamatives, d’insultes, ou encore de cris. Le simple fait de rayer, de recouvrir, de laisser un commentaire (dans l’espace urbain ou virtuel) nourrit la narration murale, la fait continuellement évoluer. Les murs vibrent ainsi, chaque jour différemment, tout particulièrement après les différentes éditions de Pinta Malasaña et de C.A.L.L.E. Ces festivals, plutôt que de mettre en péril le graffiti, semblent pour le moment le rendre plus vivant et vital encore.

Haut de page

Bibliographie

Abarca, Javier, « From street art to murals: what have we lost? », SAUC, n° 2/2, 2016, p. 60-67, <URL : https://journals.ap2.pt/index.php/sauc/article/view/55/44>.

Boukercha, Karim, Descente interdite, Paris, Éditions Alternatives, 2011.

Boukercha, Karim, Marchand, Yves, Meffre, Romain, Graffiti Général, Paris, Éditions Carré, 2014.

Brassaï, « Mes carnets », Graffiti [1960], Paris, Éditions Flammarion, 2016.

C.A.L.L.E. Lavapiés, <URL: https://enlavapies.com/noticias/calle-2021-quiere-acompanarte/>

Chevalier, François, « Dans l'histoire du graffiti, le terrain vague de Stalingrad est fondamental », Télérama, article en ligne, 09/11/2014, <URL : https://www.telerama.fr/sortir/dans-l-histoire-du-graffiti-le-terrain-vague-de-stalingrad-est-fondamental,118419.php >.

Gálvez, Felipe, Madrid Cierres, Madrid, autoédition, décembre 2020.

Garcia, Lisa, « Entre ville brouillon et ville chef d’œuvre : le graffiti et le street art dans la construction du paysage urbain à Madrid, 2015-2020 », HispanismeS, Pratiques artistiques dans l'espace public / Prácticas artísticas en el espacio público, n° 14, 2019, p. 93-112, <URL: https://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hispanismes/374>.

Gzeley, Nicolas, Laugero-Lasserre, Nicolas, Lemoine, Stéphanie et al., « Chapitre IV. Le temps de la reconnaissance », Nicolas Gzeley (éd.), L'art urbain, Paris, Presses Universitaires de France, 2019, p. 89-121, <URL https://0-www-cairn-info.catalogue.libraries.london.ac.uk/l-art-urbain--9782715415478-page-87.htm>.

Entretiens

Entretien écrit de la Dirección General de Intervención en el Paisaje Urbano y el Patrimonio Cultural de Madrid, mars 2019, Madrid.

Entretien de Guillermo de la Madrid, mai 2017 et octobre 2018, Madrid.

Entretien de MUSO, février 2018, Madrid.

Entretien de SOSA, mars 2019, Madrid.

Entretien de Ze Carrion, mai 2018, Madrid.

Haut de page

Notes

1 En mai 2019, la droite, incarnée par une coalition Partido Popular et Ciudadanos et présidée par José Luis Martínez Almeida, est de retour au gouvernement local.

2 Entretien de Guillermo de la Madrid, mai 2017, Madrid.

3 La ville de Saragosse accueille par exemple le festival d’art urbain institutionnel Asalto depuis l’année 2005.

4 Traduction proposée pour : « Oficina de Gestión de Muros ».

5 Fernández Muñoz, Ángel Luis, « Ángel Luis Fernández Muñoz, nuevo director general de la Oficina de Centro », Portal Web del Ayuntamiento de Madrid, Madrid, 13/09/2007, <URL: https://www.madrid.es/portales/munimadrid/es/Inicio/Actualidad/Noticias/Angel-Luis-Fernandez-Munoz-nuevo-director-general-de-la-Oficina-de‑Centro/?vgnextoid=2010b2b50bef4110VgnVCM1000000b205a0aRCRD&vgnextchannel=a12149fa40ec9410VgnVCM100000171f5a0aRCRD>.

6 Traduction proposée pour : « Servicio de Paisaje y Arte Público ».

7 Traduction proposée pour : « Departamento de Intervención en el Paisaje Urbano ».

8 Traduction proposée pour : « Departamento de Arte Público ».

9 Madrid Street Art Project, <URL : http://madridstreetartproject.com/msap-about/>.

10 La Madrid (de), Guillermo, Escritoenlapared, <URL : http://www.escritoenlapared.com/2006/10/historia-del-nmero-1.html>.

11 Cette réflexion s’ouvre tout particulièrement dans les années 2000 en Europe, avec la Convention Européenne du Paysage. Elle donne lieu à la rédaction du Plan de Qualité du Paysage Urbain en Espagne en 2009, puis à la création de la Direction Générale d’Intervention sur le Paysage Urbain, à Madrid en 2012.

12 Voir Garcia, Lisa, « Entre ville brouillon et ville chef d’œuvre : le graffiti et le street art dans la construction du paysage urbain à Madrid, 2015-2020 », HispanismeS, Pratiques artistiques dans l'espace public / Prácticas artísticas en el espacio público, n° 14, 2019, p. 93-112, <URL: https://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hispanismes/374>.

13 Lors de notre travail sur le terrain, nous avons pu assister aux éditions de 2016 et de 2017.

14 On peut lire à propos de Persianas Libres, lors de sa première édition : « Se trata de una iniciativa conjunta del diario local Somos Malasaña y de Persianes Lliures Barcelona que pretende convertir un problema del barrio (la suciedad en cierres y ventanas) en una galería de arte urbano al aire libre », <URL : https://www.somosmalasana.com/persianas-libres/>.

15 Pinta Malasaña, <URL: http://pintamalasana.com/>.

16 Entretien de Guillermo de la Madrid, octobre 2018, Madrid.

17 L’expression argotique de « pota », traduite de l’anglais « throw up », signifie « vomi » en français. Elle désigne un graffiti éclair qui permet de déverser rapidement son nom sur les murs, à partir de deux couleurs seulement, de contour et de remplissage.

18 Entretien de Guillermo de la Madrid, octobre 2018, Madrid.

19 Gálvez, Felipe, Madrid Cierres, Madrid, autoédition, décembre 2020, sans pagination.

20 C.A.L.L.E. Lavapiés, <URL: https://enlavapies.com/noticias/calle-2021-quiere-acompanarte/>. Nous avons pu assister au festival en 2016, 2017 et en 2018.

21 M.S.A.P. est l’acronyme communément employé pour Madrid Street Art Project.

22 Urvanity, Calle Hortaleza, 63, 28004, Madrid, <URL : https://urvanity-art.com/en/

23 Ibid.

24 Traduction proposée pour : « As opposed to the empowering nature of street art, murals force a passive position on the viewer. Like architecture or advertising, murals are a monologue that the viewer cannot respond to ». Abarca, Javier, « From street art to murals: what have we lost? », SAUC, n° 2/2, 2016, p. 63, < URL : https://journals.ap2.pt/index.php/sauc/article/view/55/44>.

25 Gzeley, Nicolas, Laugero-Lasserre, Nicolas, Lemoine, Stéphanie et al., « Chapitre IV. Le temps de la reconnaissance », Nicolas Gzeley (éd.), L'art urbain, Paris, Presses Universitaires de France, 2019, p. 89-121, <URL : https://0-www-cairn-info.catalogue.libraries.london.ac.uk/l-art-urbain--9782715415478-page-87.htm>.

26 Le muralisme est parfois appelé « néomuralisme », en référence à un mouvement artistique antérieur, le muralisme mexicain des années 1920, incarné par des artistes tels que Diego Rivera, José Clemente Orozco et David Alfaro Siqueiros. Ces peintures possédaient un contenu idéologique et chantaient les louanges de la Révolution de 1910 et des classes populaires.

27 Traduction proposée pour : « four international artistes to create amazing works and transforme the centre of Madrid ». Urvanityart, post Instagram du 6 mars 2019, <URL : https://www.instagram.com/p/Buq2C7Yofyx/>.

28 Pour les graffeurs puristes, céder aux charmes de la peinture murale institutionnelle signifie vendre son âme au diable et ne plus pouvoir faire partie de la communauté du graffiti.

29 Entretien de Ze Carrion, mai 2018, Madrid.

30 Boukercha, Karim, Descente interdite, Paris, Éditions Alternatives, 2011.

31 Boukercha, Karim, Marchand, Yves, Meffre, Romain, Graffiti Général, Paris, Éditions Carré, 2014.

32 Boukercha, Karim, propos recueillis par Chevalier, François, « Dans l'histoire du graffiti, le terrain vague de Stalingrad est fondamental », Telerama, article en ligne, 09/11/2014, <URL : https://www.telerama.fr/sortir/dans-l-histoire-du-graffiti-le-terrain-vague-de-stalingrad-est-fondamental,118419.php>.

33 Traduction proposée pour : « One apparently clear benefit would be that mural making is a source of employment for street artists. While this can be true, it also means that many artists abandon their street art activity simply because they are too busy with murals ». Abarca, Javier, op. cit., p. 65.

34 Entretien de MUSO, février 2018, Madrid.

35 Ibid.

36 Entretien de SOSA, mars 2019, Madrid.

37 Il est commun de voir un pseudonyme abrégé, pour s’adapter à l’espace disponible sur la devanture ou le mur par exemple. Ici RU renvoie à RUSO.

38 Rappelons que toyer (pisar en espagnol) signifie recouvrir un autre graffiti de sa propre signature, pour être plus visible ou pour exprimer une mésentente. Le toy (« jouet » en français) qualifie alors le graffeur novice en la matière.

39 Nous ne possédons pas de photographie de l’événement, nous n’avions pas pu nous rendre sur les lieux à ce moment-là.

40  Publication Instagram de MAX501, @el_max501, 12/06/2019, <URL : https://www.instagram.com/el_max501/>.

41 SOSA, entretien réalisé en mars 2019, Madrid.

42 On voit donc sur cette même photographie la difficile cohabitation de la peinture murale et du graffiti, mais aussi parfois des graffeurs entre eux.

43 Extrait d'un mail de la Dirección General de Intervención en el Paisaje Urbano y el Patrimonio Cultural de Madrid, reçu le 26 mars 2019 : « […] ha llevado a la consideración de si la implantación de un procedimiento regularizado de gestión de este tipo de intervenciones podría reducir la presencia del graffiti ilegal, aunque seguramente no erradicarlo, partiendo del supuesto de que ofrecería la posibilidad de canalizar el tránsito desde este tipo de expresión a formas de expresión más evolucionadas y propias del arte urbano y el muralismo ».

44 Brassaï, « Mes carnets », Graffiti [1960], Paris, Éditions Flammarion, 2016, p. 15.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Fig. 1.
Légende Cocolia Studio, C.A.L.L.E., Calle de Argumosa, quartier Lavapiés, Madrid, 2017
Crédits ©Lisa Garcia
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hispanismes/docannexe/image/18564/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 592k
Titre Fig. 2.
Légende Boa Mistura, « Mirar-ver-sentir », C.A.L.L.E., Calle de Argumosa, quartier Lavapiès, Madrid, 2018
Crédits ©Lisa Garcia
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hispanismes/docannexe/image/18564/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 507k
Titre Fig. 3.
Légende Jana&JD, Travesía del Almendro, quartier La Latina, Madrid, Urvanity 2018
Crédits ©Lisa Garcia
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hispanismes/docannexe/image/18564/img-3.png
Fichier image/png, 2,5M
Titre Fig. 4
Légende D*FACE, « Run Away », Calle Embajadores, quartier La Latina, Madrid, Urvanity 2020 et Eversiempre, Calle Embajadores, quartier La Latina, Madrid, Urvanity 2020
Crédits ©Lisa Garcia
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hispanismes/docannexe/image/18564/img-4.png
Fichier image/png, 796k
Titre Fig. 5.
Légende Moneyless, Plaza de Arturo Barea, quartier Lavapiés, Madrid, septembre 2017
Crédits ©Lisa Garcia
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hispanismes/docannexe/image/18564/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 760k
Titre Fig. 6.
Légende Moneyless, Plaza de Arturo Barea, quartier Lavapiés, Madrid, décembre 2017
Crédits ©Lisa Garcia
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hispanismes/docannexe/image/18564/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 805k
Titre Fig. 7.
Légende SRAD.WTF, GERIS et GMIR, quartier Malasaña, Madrid, décembre 2020
Crédits ©Lisa Garcia
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hispanismes/docannexe/image/18564/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 553k
Titre Fig. 8.
Légende MAX501, Corredera Alta de San Pablo, quartier Malasaña, Madrid, mai 2016
Crédits ©Lisa Garcia
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hispanismes/docannexe/image/18564/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 297k
Titre Fig. 9.
Légende MAX501, PUFO, RUSO, Corredera Alta de San Pablo, quartier Malasaña, Madrid, mai 2016
Crédits ©Lisa Garcia
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hispanismes/docannexe/image/18564/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 805k
Titre Fig. 10.
Légende Javier Haering, MAX501, PUFO, RUSO, Corredera Alta de San Pablo, quartier Malasaña, Madrid, mai 2017
Crédits ©Lisa Garcia
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hispanismes/docannexe/image/18564/img-10.jpg
Fichier image/jpeg, 601k
Titre Fig. 11.
Légende PICYR, RUSO, Corredera Alta de San Pablo, quartier Malasaña, Madrid, mai 2017
Crédits ©Lisa Garcia
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hispanismes/docannexe/image/18564/img-11.jpg
Fichier image/jpeg, 588k
Titre Fig. 12.
Légende Captures d’écran d’une publication Instagram de MAX501 datant du 12 juin 2019
Crédits ©Lisa Garcia
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hispanismes/docannexe/image/18564/img-12.png
Fichier image/png, 293k
Titre Fig. 13.
Légende MAX501, EROB, RUSO, SHINA, Corredera de San Pablo, quartier Malasaña, Madrid, 2020
Crédits ©Lisa Garcia
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hispanismes/docannexe/image/18564/img-13.png
Fichier image/png, 3,3M
Titre Fig. 14.
Légende Captures d’écran d’une publication Instagram de MAX501 datant du 21 septembre 2021
Crédits ©Lisa Garcia
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hispanismes/docannexe/image/18564/img-14.png
Fichier image/png, 328k
Titre Fig. 15.
Légende MAX501, RUSO, Corredera de San Pablo, quartier Malasaña, Madrid, juin 2022
Crédits ©Lisa Garcia
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hispanismes/docannexe/image/18564/img-15.jpg
Fichier image/jpeg, 629k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Lisa Garcia, « Discordes graphiques : La cohabitation difficile du graffiti et de la peinture murale institutionnelle à Madrid »HispanismeS [En ligne], 22 | 2023, mis en ligne le 31 décembre 2023, consulté le 15 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/hispanismes/18564 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/hispanismes.18564

Haut de page

Auteur

Lisa Garcia

Université de la Sorbonne Nouvelle-Paris - UR 2292 CREC

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search