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Varias

Les spatialités du désir homosexuel dans l’espace public régional

Approche cartographique à partir des lieux de drague de la région Hauts-de-France
Spatialities of homosexual desire in the regional public space: cartographic approach from cruising places in the Hauts-de-France region
Théophile Plouvier
p. 163-180

Résumés

À partir des données de fréquentation provenant d’un site internet spécia­lisé dans les lieux de drague dans l’espace public, il est possible d’établir une carto­graphie des lieux potentiels de pratique de la drague masculine à une échelle régionale. Dans la région des Hauts-de-France (nord de la France), les résultats met­tent en évidence la forte implantation de la drague dans les espaces à l’écart des grandes villes, en particulier ceux bénéficiant d’une facilité d’accès, plus permissifs concernant la nudité, et comportant des aménités importantes. Concernant les usa­gers du site, les résultats montrent une forte adhésion à une identité bisexuelle et une surreprésentation des individus résidant dans les petites villes du sud de la région. Ces analyses issues de données inédites renseignent sur l’expression des désirs homosexuels, souvent invisibilisés dans les petites villes et les campagnes, en montrant que ces territoires peu densément peuplés disposent eux aussi de lieux potentiellement propices à ces pratiques. Elles interpellent également concernant la faible binarité des identités sexuelles endossées en ligne par les usagers.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 Entre autres, les travaux de Manuel Castells sur San Francisco, John D’Emilio sur New York, Jon Bin (...)

1Le milieu homosexuel masculin a longtemps été préférentiellement rattaché aux espaces urbains. À l’image des nombreux travaux portant sur de grandes métropoles occidentales1 et illustrés par le développement des quartiers gays et d’un dense réseau de commerces culturels, sexuels, et de sociabilité à partir des années 1970, les modes de vie gays ont été en partie circonscrits à ces espaces.

2Les expressions de l’homosexualité ont pourtant toujours dépassé les fron­tières des grandes villes par l’existence de rapports intimes entre hommes dans des espaces reculés, mais également par des pratiques culturelles que l’on décrirait rétroactivement aujourd’hui comme « queers » (Johnson, 2013).

  • 2 La drague dans l’espace public se distingue des établissements commerciaux sexuels (sex clubs, saun (...)
  • 3 Michaël Pollak (Pollak, 1982) compare notamment l’homosexualité masculine à un « marché » suivant u (...)

3La drague masculine (ou « cruising » en anglais) dans l’espace public2 fait par­tie de ces pratiques qui viennent brouiller les normes et les identités sexuelles. Ses pratiquants, les « dragueurs » s’adonnent ainsi à la recherche de parte­naires sexuels masculins via une logique dominante d’efficience3 et l’adoption de comportements très codifiés, reposant majoritairement sur une communi­cation non verbale et le respect de l’anonymat des participants (Langarita Adiego, 2017 ; Proth, 2002 ; Gaissad, 2020). Bien que la pratique ait été léga­lement et moralement réprimée de façon inégale selon les sociétés et les époques (la première moitié du XXe siècle étant particulièrement marquée par la répression policière aux États-Unis et au Royaume-Uni), celle-ci subit une évidente injonction à la discrétion et renvoie l’image de participants à l’iden­tité sexuelle mal définie, voire fluctuante. La pratique de la drague homo­sexuelle dans l’espace public a ainsi souvent eu un statut particulier au sein du milieu gay (Verdrager, 2007), ce dernier étant caractérisé par une certaine visibilité dans l’espace public, à l’image des lieux commerciaux gays, et par une polarisation sexuelle fortement assumée.

4De ce fait, la drague masculine reste marginale dans l’étude des populations homosexuelles, d’autant plus lorsqu’elle se déroule à l’écart des grandes villes (Frankis, Flowers, 2005).

5Ce texte vise, à partir de données inédites concernant la drague masculine dans l’espace public, à analyser ce que ces pratiques sociales et sexuelles peuvent nous apporter comme informations sur l’organisation spatiale des populations exprimant des désirs homosexuels à une échelle régionale. Dans la continuité des critiques sur la métronormativité des sciences et cultures des homosexua­lités (Halberstam, 2005), cette approche devrait permettre de s’affranchir des biais urbains qui régissent l’étude des milieux gays, en particulier en contour­nant les contraintes de rentabilités commerciales et de concentration de popu­lation.

La drague masculine dans l’espace public : un marqueur territorial du désir homosexuel ?

Drague masculine et identité sexuelle

  • 1 « Men who have Sex with Men », soit les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes (...)

6Les études concernant les lieux de drague homosexuelle, dont les travaux de Laud Humphreys (Humphreys, 2007) sont précurseurs, se sont principalement concentrées sur la personne du « dragueur » pour tenter de définir les compor­tements, les pratiques, mais aussi les sociabilités engendrées par l’activité. Alors qu’avant les années 1980 et l’épidémie de SIDA, les travaux s’inscri­vaient majoritairement dans le champ de la sociologie de la déviance (Ponte, 1974 ; Troiden, 1974), ils ont par la suite été largement repris par les épidé­miologistes avec comme préoccupations principales les pratiques sexuelles ayant lieu sur les sites de drague et les risques sanitaires pour les populations MSM1 (Frankis, Flowers, 2005, 2009). En France, cette problématique est reprise dès le milieu des années 1980 avec la première enquête sur le SIDA menée par Michaël Pollak puis en 1988 par la création de l’Agence Française de Recherche sur le SIDA (ANRS) et la tenue de plusieurs travaux de recherche sur la drague homosexuelle (Proth, 2002 ; Gaissad, 2020 ; Gaissad, Deschamps, 2007).

  • 2 Le terme anglais « tearoom » désigne les toilettes publiques présentent dans de nombreuses grandes (...)

7Pendant longtemps, la majeure partie des pratiquants de ces lieux ont été per­çus comme hétérosexuels ou des homosexuels « au placard », notamment en raison de la non-concordance pour ces personnes entre les pratiques sexuelles et l’identité sexuelle assumée (Verdrager, 2007), contrairement aux usagers des commerces sexuels gays réputés pour être ouvertement gays ou bisexuels (Moore, 1995). Laud Humphreys notait en particulier que seule une minorité des individus pratiquant la drague dans les « tearooms »2 se définissaient comme gays (Humphreys, 2007). Néanmoins, de nombreux usagers gays assument désormais ces pratiques au même titre que pour la fréquentation des saunas ou des sex-clubs (Lieshout, 1997).

8Comme certaines études sur le sujet le montrent, la drague apparait comme une pratique spatiale qui transcende la question des identités sexuelles et où la personne du « dragueur » se résume à son désir en un temps et un lieu donné (Gaissad, Deschamps, 2007 ; Brown, 2008a). En effet, contrairement aux espaces commerciaux gays, les lieux mobilisés par la drague masculine appa­raissent comme des lieux dont l’existence est davantage due à la pratique des dragueurs qu’à l’identité sociale des individus présents (Jaurand, 2015). Si la plupart des études quantitatives sur le sujet montrent que les pratiquants se définissent majoritairement comme gays et non comme bisexuels ou hétéro­sexuels (Frankis, Flowers, 2005), certaines présentent des échantillons diffé­rents, avec notamment une part des individus bisexuels plus importante (Prestage, Drielsma, 1996 ; Humphreys, 2007). Ces disparités peuvent s’ex­pliquer par des variations de fréquentations en fonction de la localisation, de la population environnante, mais également des caractéristiques physiques propres à chaque site (Langarita Adiego, 2017).

L’espace de la drague : des lieux et des pratiques diversifiés

9La littérature sur le sujet a permis la mise en évidence de logiques récurrentes selon les types de lieux investis par les dragueurs, notamment les aires de repos (Lieshout, 1997, Corzine, Kirby, 1977 ; Gaissad, 2020), les parcs urbains (Flowers et al., 2000 ; Proth, 2002 ; Leroy, 2012 ; Gaissad, 2020 ; Redoutey, 2009), les toilettes publiques (Humphreys, 2007 ; Brown, 2008a), les plages (Jaurand, 2005 ; Jaurand, Leroy, 2008 ; Gibout, 2017) ou encore les campus universitaires (Reece, Brian, 2004).

10Dans certaines configurations, comme c’est par exemple le cas des toilettes publiques ou de certains parcs, les interactions sociales sont réduites au strict minimum et la communication entre dragueurs est principalement non verbale (Flowers et al., 2000 ; Brown, 2008a ; Proth, 2002). Ce type de lieux favori­se notamment la consommation sexuelle rapide et immédiate, que Michael Pollak qualifie de « troc orgasme contre orgasme » (Pollak, 1982). Dans d’autres situations, la drague peut s’inscrire dans une logique de sociabilité plus vaste dont l’acte sexuel ne constitue pas systématiquement l’élément cen­tral, et dont les répercussions spatiales s’observent par l’existence d’espaces délimités à chaque pratique (Lieshout, 1997 ; Jaurand, 2005 ; Jaurand, Leroy, 2008 ; Redoutey, 2009). Cette diversité dans les interactions sociales peut aussi se retranscrire au travers des différents protagonistes prenant part à l’ac­tivité et des actes qui sont partagés durant les rencontres. Ainsi, les travaux sur deux aires d’autoroute du Midwest américain ont montré comment la drague homosexuelle sur ces lieux pouvait servir de vecteur de rencontre entre les conducteurs routiers et les gays locaux, peu susceptibles de se côtoyer en d’autres occasions, mais aussi que les interactions présentaient certaines spé­cificités, notamment un nombre de rencontres par soir très faible et un temps passé ensemble pouvant durer plusieurs heures et alternant activités sexuelles et discussions (Corzine, Kirby, 1977).

11C’est également à travers les temporalités que les pratiques de la drague se distinguent d’un lieu à un autre. Là où certains espaces comme certaines plages gays ont pu être revendiqués de manière permanente et ainsi offrir un espace à l’écart de l’hétéronormativité (Jaurand, 2005), d’autres existent et disparaissent au gré des fréquentations horaires ou des aménagements territo­riaux. Ainsi, certains parcs urbains, ayant des fréquentations familiales et/ou touristiques en journée, deviennent le soir tombé, des hauts lieux de la drague homosexuelle urbaine (Gaissad, Deschamps, 2007 ; Gaissad, 2020).

12De la même façon que d’autres pratiques sexuelles jugées « déviantes », comme la prostitution ou le libertinage, les pratiques homosexuelles ont sou­vent été rattachées au milieu urbain (Aldrich, 2004 ; Redoutey, 2009). À l’in­verse, le contrôle social accru dans les communautés de petite taille, par l’omniprésence de la famille et du voisinage dans les cercles de sociabilité (Darmon, 1999), rendrait plus complexes les écarts à la norme. Pourtant, l’imaginaire et la culture homosexuelle regorgent de références aux espaces « naturels » comme on peut le voir dans la presse spécialisée (voir les guides Spartacus et Têtu), ou au travers des discours des pratiquants qui relèvent le caractère érotisant de ces lieux (Leroy, 2012 ; Jaurand, 2015). Il n’est donc pas surprenant que de tels lieux de drague émergent en marge des villes, dans des espaces boisés, sur le bord des routes ou sur les littoraux (Gaissad, 2020).

13Néanmoins, la littérature sur le sujet demeure très éparse et la plupart des tra­vaux s’intéressent aux sites les plus connus et les plus fréquentés, souvent motivés par les conflits d’usage qui peuvent y survenir ou dans une optique d’accessibilité à un vivier conséquent de dragueurs pour des actions de pré­ventions (Proth, 2002). De ce fait, très peu, voire aucun, ont traité l’organisa­tion territoriale des lieux de drague à une échelle régionale, en particulier dans les zones les moins densément peuplées, et étudier ce que celle-ci peut nous apprendre sur la présence des désirs homosexuels.

Méthode

Terrain d’étude

  • 1 Il est à noter qu’en dehors de la ville de Lille, il n’existe aucun établissement commercial sexuel (...)

14La région des Hauts-de-France présente un territoire très diversifié. Hormis la métropole lilloise qui concentre un certain nombre d’établissements commer­ciaux LGBT, seules quelques villes accueillent de tels établissements, le plus souvent un seul par ville (Dunkerque, Amiens, Arras entre autres), et rares sont ceux visant exclusivement les populations LGBT1. Cela laisse supposer aux premiers abords, de la même façon que le département de la Drôme étudié par Colin Giraud, que l’on se trouverait dans un « désert gay » (Giraud, 2016). Si l’absence d’un milieu gay très identifiable ne remet pas en cause l’existence de sociabilités homosexuelles sur une grande partie du territoire, elle nous indique néanmoins que celles-ci, si elles existent, prennent des formes plus confidentielles, moins institutionnalisées et donc moins visibles.

15De ce fait, la faiblesse du milieu LGBT commercial et associatif en dehors de la ville de Lille peut être un facteur motivant l’émergence d’espaces alterna­tifs, moins visibles. En effet, la région comporte plusieurs agglomérations densé­ment peuplées dépassant le millier d’habitants au kilomètre carré, notamment dans l’ancien bassin minier du Pas-de-Calais. Aussi, le position­nement géographique de la région, notamment en ce qui concerne les axes de communications entre la région parisienne et le nord de l’Europe peut aussi être favorable en ce qui concerne le détournement des aires d’autoroute comme lieux de drague, mais également concernant des lieux touristiques, en particulier ceux du littoral dont la fréquentation en provenance de Belgique est particulièrement importante. Ces espaces, d’autant plus lorsqu’ils sont ruraux et/ou naturels, permettent de se soustraire plus aisément au contrôle social et à la violence homophobe (Gaissad, 2020), mais aussi à la répression de la pratique par les forces de l’ordre comme c’est le cas pour les rapports sexuels dans les lieux publics (Frankis, Flowers, 2009). Enfin, comme évoqué précédemment, ces espaces occupent une place particulière dans l’imaginaire homosexuel, on peut donc s’attendre à ce que les zones peu urbanisées de la région soient mobilisées pour la drague.

Recueil des données

16Avant l’émergence d’internet, la localisation des lieux de drague était trans­mise presque exclusivement par le bouche-à-oreille ou dans la presse spécia­lisée. Les guides gays (Spartacus, Têtu, Le Petit Futé) ont permis de recenser ces espaces, avec néanmoins de nombreuses lacunes liées à l’envergure natio­nale, voire internationale, de ces documents qui ne permettaient de visibiliser que les lieux les plus connus. À un niveau plus local, seule une enquête appro­fondie semble permettre d’identifier des espaces confidentiels dont seuls les usagers ont souvent connaissance (Giraud, 2016). L’apparition des sites de sociabilité en ligne, et surtout de la géolocalisation nous permet de pallier à plusieurs de ces contraintes.

17Les données présentées dans cet article ont été récoltées entre octobre 2020 et avril 2021 sur le site lieuxdedrague.fr. Par sa fréquentation et son référence­ment, il s’agit du premier site français apparaissant sur les moteurs de recherche concernant les lieux de drague. Contrairement aux guides gays évo­qués précédemment qui recensent les lieux de drague de façon centralisée et à une échelle large (les lieux sont généralement identifiés au niveau national ou international grâce à leur notoriété, impliquant ainsi un « effet de taille » important), le site présente des lieux référencés par et pour les usagers, il per­met donc une approche plus locale de l’activité.

18Le site permet ainsi à ses inscrits d’entrer en contact via le référencement de lieux de drague géolocalisés. Chaque lieu est caractérisé par plusieurs varia­bles : le type (parc, parking, toilettes publiques, nature, etc.), le public visé (« gay », « hétéro », ou « mixte ») et sa géolocalisation. Lorsqu’un lieu est créé, les inscrits ont la possibilité de s’« abonner » rendant ainsi leur profil accessible aux autres utilisateurs depuis la page du lieu. Dans ce cadre, le site fonctionne comme une sorte d’annuaire interactif des lieux de drague. Au tra­vers de celui-ci, les utilisateurs peuvent localiser les lieux de drague dans un espace donné, se renseigner sur leur attractivité à partir des commentaires des autres membres, et ainsi décider ou non de les fréquenter.

19Afin de recenser les lieux de drague existants, la totalité de ceux-ci a été saisie sur la région des Hauts-de-France. En plus des caractéristiques relatives aux lieux, le nombre d’abonnés a été renseigné pour chacun afin d’obtenir un indicateur théorique de la fréquentation. Après saisie, les lieux renseignés comme exclusivement hétérosexuels ont été écartés, ceux-ci représentaient moins de 5 % de la totalité des lieux. Les lieux de drague commerciaux (sex shops, saunas), donc non situés dans l’espace public, ont été également écartés. Au total, ce sont 466 lieux qui ont été ainsi identifiés, dont 49 % (228) sont identifiés comme exclusivement gays. Dans un souci de confidentialité, pouvant mener à la répression des pratiquants, voire à leur mise en danger, les lieux n’ont pas été localisés plus précisément que le niveau communal bien que l’information soit disponible.

20Concernant les usagers, le lieu de résidence, l’identité sexuelle déclarée ainsi que le sexe des personnes recherchées concernant les presque 14 000 indivi­dus inscrits au site dans la région ont été recueillis. Le site ne se présente pas comme exclusivement à destination des relations homosexuelles, néanmoins, la faible présence de femmes (moins de 5 %) sur celui-ci interroge quant à la majorité des interactions qui s’y déroulent. La différenciation, sur les profils des inscrits, entre l’identité sexuelle et les critères de sexe des partenaires recherchés permet d’effectuer une distinction entre l’identité sexuelle que les individus s’attribuent eux-mêmes et l’expression de leurs désirs.

Résultats

Identités sexuelles et lieux de résidence des pratiquants

21Afin de ne s’intéresser qu’aux individus affichant clairement des désirs homo­sexuels, seuls les 8 632 individus recherchant un partenaire de même sexe, indépendamment de leur identité sexuelle, ont été conservés. Parmi ceux-ci, 27 % s’identifient comme gays, 69 % comme bisexuels, et 4 % comme hété­rosexuels. Ces proportions, peuvent surprendre à plusieurs égards : les gays y sont largement moins représentés que dans la plupart des études menées sur les lieux de drague au Royaume-Uni (Frankis, Flowers, 2005), mais également vis-à-vis des 80 % de gays recensés à travers les Net Gay Baromètre concer­nant les usagers de sites de rencontres homosexuelles en ligne (Léobon, Velter, Drouin, 2012). Il se peut que la nature ambivalente du site rende com­plexes les points de comparaisons : d’une part, celui-ci est, à première vue, très peu connoté à l’homosexualité et à la communauté gay, pouvant ainsi faciliter l’inscription d’individus à l’identité sexuelle moins binaire ; d’autre part, bien qu’il s’agisse d’un site en ligne, celui-ci est directement rattaché à la fréquentation d’espaces physiques précis, d’où le fait que la population étu­diée puisse différer à la fois des populations observées in situ sur les lieux de drague, mais également des populations présentes sur les sites de rencontre plus traditionnels.

22D’un point de vue territorial, une grande partie des usagers habitent dans les plus grandes villes de la région (Lille, Amiens, Tourcoing, Beauvais). La mé­tropole de Lille concentre à elle seule environ 1 800 inscrits soit un cinquième de l’échantillon. À l’inverse, les communes les moins peuplées, notamment celles de moins de 10 000 habitants sont sous représentées au regard de la population générale (Figure 1). Cette information est néanmoins à nuancer par des particularités locales où le nombre d’inscrits est important. C’est notam­ment le cas du sud l’Oise, composé d’un réseau relativement dense de très petites villes (de 2 000 à 10 000 habitants) mais également du sud de l’Aisne, majoritairement rural (Figure 3). Des pistes d’explications peuvent venir des inégalités d’usages réguliers d’internet en fonction des catégories de popula­tion, en partie les populations âgées ou moins diplômées fréquemment sous-représentées dans les échantillons provenant d’internet (Frippiat, Marquis, 2010), mais aussi des inégalités du déploiement du réseau sur le territoire. Malgré cette sous-représentation relative dans certaines des zones les moins peuplées, le site internet présente une bonne implantation dans les petites et moyennes villes de 10 000 à 50 000 habitants. Cela peut en partie s’expliquer par l’absence d’établissements commerciaux LGBT dans ces communes pou­vant mener, en compensation, à un usage privilégié des sites de sociabilité en ligne et des lieux de drague (Moore, 1995).

Figure  – Lieux de résidence des usagers du site internet par taille de commune

Figure  – Lieux de résidence des usagers du site internet par taille de commune

Les espaces de la drague : impression de nature, accessibilité et nudité

23Une première analyse des types de lieux de drague (Figure 2) fait ressortir trois caractéristiques principales : la composante « naturelle », l’accessibilité, et enfin le rapport à la nudité.

24Dans le premier cas, la majorité des lieux (n = 267) intègre cette composante « naturelle », qu’elle soit authentique, dans le cas des espaces boisés et des plages avec cordon dunaire, ou artificielle dans le cas des parcs urbains. D’autres lieux peuvent également comporter ce lien avec la nature, notamment les aires de repos ou les parkings lorsqu’ils sont attenants à des espaces boisés.

25Dans le deuxième cas, on retrouve des lieux fortement liés à l’utilisation de la voiture et aux thématiques des mobilités de manière générale comme les par­kings et les aires de repos (n = 152). Leur fréquentation peut ainsi constituer le but principal d’un déplacement, mais également s’inscrire dans le cadre d’une mobilité plus large, en lien par exemple avec les déplacements profes­sionnels. Dans le cas des parkings, ceux-ci sont le plus souvent localisés dans de grandes surfaces commerciales à l’écart des centres-villes, permettant ainsi des facilités d’accès et de stationnement aussi bien pour les dragueurs locaux que pour ceux venant des communes voisines.

26Enfin, le troisième cas met en relation des lieux bien moins répandus où la visibilité des corps est accentuée et la nudité y est davantage acceptée. C’est le cas notamment des plages, en particulier lorsque le naturisme y est toléré, et des toilettes publiques (n = 52). Les toilettes publiques, dont la nomination est trompeuse concernent en réalité le plus souvent des sanitaires présents dans des complexes commerciaux ou établissements publics (grandes surfaces, cinémas, cités universitaires).

27En termes de fréquentation, les plages et les aires de repos apparaissent les plus prisées par les dragueurs avec une moyenne de 21 abonnés. Cela peut s’expliquer, pour les plages, par la rareté et la spécificité de ce type de lieux dont seulement 15 ont été recensés dans la région. De plus, l’autorisation des pratiques nudistes demeure un critère primordial pour expliquer les diffé­rences de popularité des sites. En effet, parmi les 15 sites de plages recensés, les plus fréquentés concernent les plages de Quend et de Berck-sur-Mer où le nudisme y est toléré. Ils concentrent à eux trois plus d’abonnés que les 12 autres lieux référencés de ce type. Les aires de repos, bien plus communes, sont fortement contraintes par le réseau autoroutier régional et la fréquentation de celui-ci, ce qui peut justifier une pratique importante de la drague sur les axes où les mobilités pendulaires et le transport de marchandises sont consé­quents. Avec une moyenne de 17 abonnés, les lieux de nature et les parcs sont également très fréquentés. Si le terme de « parc » fait généralement référence aux parcs urbains, les espaces de « nature » regroupent des catégories de lieux très diversifiées. On y retrouve par exemple des zones boisées, des parcs urbains dont l’aménagement apparait moins structuré comme les jardins pay­sagers, mais également des infrastructures peu fréquentées voire abandonnées dans un cadre végétalisé (châteaux d’eau, ruines, bâtiments à l’abandon, etc.). Au-delà de la caractéristique naturelle des lieux, cette catégorie reflète princi­palement des lieux, au moins en apparence, peu ou plus fréquentés par l’homme.

Figure  – Types et fréquentation des lieux de drague dans la région Hauts-de-France

Figure  – Types et fréquentation des lieux de drague dans la région Hauts-de-France

Les hauts lieux de la drague homosexuelle à l’écart des grandes villes

28Sans surprises, la métropole lilloise ainsi que les territoires les plus peuplés rassemblent de très nombreux sites de drague. Les communes de Lille (21) et de Villeneuve d’Ascq (14) comportent le plus grand nombre de sites (Figure 3). Néanmoins, certains territoires, le long des axes autoroutiers, sur le littoral et à l’intérieur des espaces naturels (forêts publiques ou parcs naturels régio­naux), présentent une densité de sites et de fréquentation particulièrement forte comparée à la population environnante.

29L’A25 et l’A23, reliant respectivement Dunkerque et Valenciennes à Lille comportent ainsi plusieurs lieux réputés dont les aires de Steenwerck sur l’A25 (87 abonnés) et l’aire de Millonfosse sur l’A23 (47 abonnés) toutes deux recensées de longue date sur les guides Spartacus et Petit Futé (2008). L’étude de l’origine géographique des personnes abonnées au site de l’aire de Steenwerck confirme les travaux menés auparavant sur les aires d’autoroute (Corzine, Kirby, 1977 ; Gaissad, 2020). On retrouve en effet une fréquentation locale provenant majoritairement des communes alentour ou situées le long de la portion d’autoroute (Lille, Armentières, Bailleul) avec une forte part d’individus provenant de communes de moins de 20 000 habitants (52 %). De plus, l’expression de fantasmes liés au fait d’entretenir des rapports sexuels avec des routiers ou des ouvriers du BTP est récurrente sur le profil des abon­nés, ce qui semble confirmer l’idée d’une fréquentation mixte, mêlant profes­sionnels de passage et résidants locaux.

30Sur le littoral, la plage naturiste de Berck se démarque avec une fréquentation très importante. Le site est par ailleurs réputé depuis de nombreuses années et jouit d’une visibilité internationale en étant recensée dans le guide Spartacus. Cette réputation dépasse largement les limites du milieu gay puisque les con­flits d’usage entre naturistes et dragueurs alimentent régulièrement la presse locale1. Ce type de lieu se démarque par un éloignement conséquent aux prin­cipaux foyers de populations, suggérant une aire d’attractivité plus large, ne se réduisant pas aux seuls riverains. L’analyse en détail d’un des sites situés à Berck soutient en effet cette hypothèse. Parmi les 46 inscrits, seuls 30 % d’entre eux résident dans le département du Pas-de-Calais tandis que 30 % viennent d’autres départements de la région, et 40 % d’autres régions, en par­ticulier d’Île-de-France. On retrouve ici le schéma typique de fréquentation déjà observé sur les lieux de drague littoraux :

« Bien sûr, l’horizon côtier des Pyrénées méditerranéennes connaît aussi l’assaut épisodique des masses en villégiature, et à intervalles réguliers dans l’agenda annuel, l’étroitesse des réseaux de dragueurs d’origine locale se dissout dans la multiplication momentanée des opportunités sexuelles » (Gaissad, 2020, p. 143).

Figure  – La drague homosexuelle dans les espaces publics en région Hauts-de-France

Figure  – La drague homosexuelle dans les espaces publics en région Hauts-de-France

31À l’intérieur des terres, certains lieux reculés et loin de grands axes de circu­lation se démarquent par une fréquentation importante. Par exemple, le lieu de drague de la commune de La Neuville-en-Hez (995 habitants) rassemble 84 inscrits, soit le 3e de la région en nombres d’abonnés. Dans l’Aisne, Vauxrezis (332 habitants) dénombre sur son unique lieu de drague 53 abon­nés. Enfin, la forêt de Mormal située sur la commune de Locquignol (370 habitants) comporte à elle seule 8 lieux avec une moyenne de 24 abonnés. D’une manière semblable à l’aire d’autoroute de Steenwerck, la provenance géographique des abonnés au site de La Neuville-en-Hez est majoritairement locale avec près de 3 abonnés sur 4 habitants le département de l’Oise, notam­ment les agglomérations de Beauvais et de Clermont. Une des particularités est cependant l’intérêt d’individus habitant l’Île-de-France (hors Paris) puisque ceux-ci représentent plus de 10 % des abonnés.

Discussion

Une approche complémentaire de la drague homosexuelle

32La grande majorité des études concernant les lieux de drague se sont concen­trées sur les participants à cette pratique via des approches in situ. Celles-ci demeurent néanmoins contraintes par la connaissance des lieux de fréquenta­tion. Or, les paramètres optimaux à l’établissement d’un site de drague dans l’espace public, à savoir, entre autres, la discrétion, l’accessibilité limitée aux non-dragueurs et la disponibilité suffisamment grande de partenaires poten­tiels (Frankis, Flowers, 2005) a toujours rendu complexe l’identification de tels lieux. Il est probable que cela a favorisé le centrage des études sur les sites les plus connus, et donc les plus fréquentés, en particulier dans les grandes villes. En étudiant les lieux de drague dans l’espace public via les données d’un site internet spécialisé, nous avons pu contourner nombre de ces con­traintes.

33En effet, là où les enquêtes in situ se heurtaient souvent à la réticence des pratiquants à participer aux études, voire dans certains cas au départ massif des dragueurs à l’arrivée des enquêteurs (Proth, 2002), l’anonymat que confère internet permet aux dragueurs de déclarer plus facilement la fréquentation d’un lieu, sans se soucier d’un risque de condamnation ou de dévoilement de pratiques sexuelles gardées jusqu’ici secrètes. Concernant l’accès aux infor­mations, le recueil de données sur un site de rencontre en ligne permet de con­tourner le manque de visibilité des lieux de drague publics dans certains espaces reculés. Il devient, de cette manière, possible de prendre connaissance de l’existence potentielle de lieux qu’il n’aurait pas été possible de découvrir autrement à moins d’une enquête très fine menée sur le territoire. Enfin, dans la caractérisation des usagers, l’analyse de données en ligne récoltées de manière indirecte permet une autodéfinition par les usagers de leurs identités et désirs sexuels avec un contrôle social moindre. Cela permet notamment l’accès à des individus qui n’auraient pas nécessairement accepté d’être inter­rogés directement sur les lieux de drague, ou qui ne se sentiraient pas concer­nés par les enquêtes en ligne, généralement perçues comme à destination d’un public gay.

34À l’inverse, les données récoltées sur le site internet peuvent poser plusieurs questions. La fréquentation étant mesurée uniquement qu’à partir d’un indice d’intérêt plus que par une fréquentation effective du lieu, il est possible que certains lieux ne soient, à l’heure actuelle, que peu ou pas fréquentés. En ce sens, cette approche s’apparente davantage à une spatialisation des désirs homosexuels via la fréquentation d’un site internet qu’à une étude de fréquen­tation des lieux de la drague masculine dans l’espace public. On peut effecti­vement envisager que, dans certains cas, le site ne soit qu’un outil permettant d’exprimer ses fantasmes sexuels en ligne sans continuité avec une pratique réelle. Cela semble confirmé par la présence de mises en garde sur certains profils utilisateurs stipulants ne pas vouloir à faire à des « mythos » (le terme désignant des personnes qui suite à un échange en ligne aboutissant à la prise d’un rendez-vous ne se rendraient finalement pas sur le lieu de drague). Enfin, on peut supposer qu’il existe un biais important concernant certains usagers des lieux de drague qui seraient absents du site internet. Cela peut concerner les individus dont l’activité de drague seconde des impératifs professionnels (en particulier pour les métiers de la route) ou se juxtapose à d’autres activités ponctuelles (un séjour de vacances sur le littoral). Ainsi, si la méthode permet d’identifier des lieux de drague potentiels à une large échelle, elle ne peut se substituer aux études in situ pour y confirmer la pratique de la drague.

Expression des désirs homosexuels en dehors des grandes villes

35Cette étude a montré que de nombreux lieux de drague semblent exister dans des territoires parfois très reculés, et que ceux-ci peuvent mobiliser un nombre important de dragueurs locaux provenant des communes de petite taille aux alentours. Cela met notamment en évidence la multitude des espaces dispo­nibles pour se soustraire aux normes sociales dans les territoires peu densé­ment peuplés. Les caractéristiques de la vie à la campagne et dans les petites villes (habitations et terrains plus vastes, facilité de se soustraire à la vue d’au­trui et au contrôle familial) peuvent de ce fait présenter des contextes favo­rables à l’expérimentation sexuelle.

36Ces résultats, qui présentent dans la plupart des cas une fréquentation majori­tairement locale, excepté les plages dont le rayonnement se rapproche davan­tage d’une logique touristique, corroborent donc les travaux sur les minorités sexuelles hors des grands centres urbains qui se sont développés à partir des années 2000 (Gray, Johnson, Gilley, 2016 ; Johnson, 2013) en montrant qu’il existe de nombreux espaces d’expression des désirs homosexuels dans les petites villes et le milieu rural. Dans ces contextes, la pratique de la drague homosexuelle peut alors servir de marqueur spatial concernant la vie homo­sexuelle dans certains espaces jusqu’alors moins étudiés.

37De plus, cette pratique semble mobiliser une majorité d’individus se déclarant comme bisexuels. Cela peut s’expliquer en partie dans le mode de déclaration de l’identité sexuelle. Alors que dans le cadre des enquêtes en ligne ou in situ, les individus issus de la population cible s’identifient afin d’en informer l’en­quêteur, ici l’identité sexuelle déclarée revêt un aspect bien plus pratique puisqu’elle a comme but principal de s’identifier auprès des autres dragueurs. S’identifier comme bisexuel peut ainsi permettre d’indiquer aux autres que l’on est ouvert à des expériences avec les deux sexes, tandis que s’identifier comme gay aura comme effet de repousser les avances du sexe opposé. Dans ce contexte, le concept d’identité sexuelle, pour la majeure partie des indivi­dus, semble se rapprocher davantage d’un régime d’homosexualité « actan­ciel » (Verdrager, 2007) dans le sens où le fait d’avoir des relations homosexuelles ne conduit pas systématiquement à l’identification en tant qu’homosexuel. Cela peut être particulièrement le cas pour les individus bisexuels et hétérosexuels qui entretiennent des relations avec les deux sexes.

38L’identité homosexuelle ayant longtemps été étudiée et identifiée dans les grandes villes, mais également diffusée depuis celles-ci (Halberstam, 2005), on peut se demander dans quelles mesures cela impacte les processus d’iden­tification sexuelle des individus résidant dans les zones non métropolitaines, notamment dus au fait de la faible publicité des référents sociaux homo­sexuels dans ces espaces. Là où la concentration de population dans les grandes aires urbaines permet dans une certaine mesure des sociabilités sélec­tives, par exemple, par le choix de fréquenter uniquement certains lieux com­mu­nau­taires, les choix plus restreints s’offrant aux populations rurales et des petites villes peuvent favoriser une cohabitation forte d’individus aux identités sexuelles diverses et fluctuantes sur les lieux de drague. Ainsi, bien que diffi­cilement comparable à la visibilité des enclaves gays urbaines, l’expression des désirs homosexuels semble également bien présente hors des grandes villes, sous des formes discrètes et éparses. Des travaux plus approfondis seraient cependant nécessaires afin de mieux comprendre quel sens prend ici la question de l’identité sexuelle, en particulier en étudiant, pour les individus, la persistance de ses expressions dans le temps et selon les lieux (Seidman, 2004).

Conclusion

39L’étude de la drague masculine dans les lieux publics via la fréquentation d’un site internet dédié apporte des éclairages concernant cette pratique encore peu étudiée. Contrairement aux idées reçues sur la plus forte prégnance des normes sexuelles à l’écart des grandes villes, cette approche a mis en évidence une implantation conséquente de la pratique dans les petites villes et dans les milieux ruraux de la région Hauts-de-France, parfois même plus forte que dans les espaces métropolitains. Dans un même temps, les résultats ont montré de fortes disparités dans des territoires semblables au regard des critères de populations, suggérant l’existence de particularités locales. Cela renforce notamment les appels de nombre de chercheurs à désessentialiser le vécu des minorités sexuelles en fonction du type de territoire en prêtant une attention toute particulière aux cultures, normes et sensibilités locales en matière de sexualités (Brown, 2008b).

40L’analyse des lieux potentiels mobilisés pour la drague met également en évi­dence l’attachement aux espaces « naturels » et en marge des zones urbaines, notamment dans une logique de facilité d’accès aux lieux, mais également d’accès aux corps par la valorisation des lieux plus permissifs en termes de nudité. Ces observations supportent l’idée que, si les espaces périphériques ont longtemps été stigmatisés pour leur conservatisme sexuel, ceux-ci, par leurs caractéristiques physiques peuvent également offrir des espaces-temps à l’écart des normes sociales pour la population locale, mais également, dans certains cas comme les espaces littoraux, pour une population exogène.

41Cet article met également en évidence la diversité des identités sexuelles engagées dans la pratique de la drague homosexuelle et les interactions qu’il peut exister entre elles. Cette remise en cause du binarisme sexuelle fait for­tement écho aux travaux d’Alfred Kinsey (Kinsey, 1998), et réactualise les confusions qu’il peut exister entre les pratiques sexuelles et les identités sexuelles. En ce sens, une étude plus approfondie des utilisateurs du site inter­net serait intéressante.

42Enfin, cette approche exploratoire de la drague homosexuelle via un site en ligne s’est montrée concluante à plusieurs égards. Elle permet en effet de con­tourner de nombreux biais liés à la visibilité et à l’accessibilité des pratiquants. De même, du fait de l’invisibilité du chercheur, elle permet d’aborder des thé­matiques hautement intimes tout en diminuant le poids du contrôle social pré­sent dans les études in situ. Si cette démarche méthodologique ne permet pas de répondre à toutes les questions, notamment car les données exploitées res­tent dans le domaine du virtuel, elle se montre en revanche complémentaire des travaux menés jusqu’ici concernant la pratique de la drague homosexuelle.

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Notes

1 Entre autres, les travaux de Manuel Castells sur San Francisco, John D’Emilio sur New York, Jon Binnie sur Londres ou encore Stéphane Leroy, Nadine Cattan ou Colin Giraud sur Paris.

2 La drague dans l’espace public se distingue des établissements commerciaux sexuels (sex clubs, saunas, backrooms de bars, etc.) par l’accès gratuit aux lieux qui accueillent la pratique.

3 Michaël Pollak (Pollak, 1982) compare notamment l’homosexualité masculine à un « marché » suivant une logique de maximisation quantitative des interactions sexuelles pour une mobilisation minimale des coûts.

1 « Men who have Sex with Men », soit les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes indépendamment de leur identité sexuelle.

2 Le terme anglais « tearoom » désigne les toilettes publiques présentent dans de nombreuses grandes villes occidentales

1 Il est à noter qu’en dehors de la ville de Lille, il n’existe aucun établissement commercial sexuel à destination exclusive des homosexuels.

1 https://www.lesinrocks.com/actu/berck-sur-mer-la-difficile-cohabitation-entre-nudistes-libertins-et-textiles-175554-27-07-2017/

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Table des illustrations

Titre Figure  – Lieux de résidence des usagers du site internet par taille de commune
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Titre Figure  – Types et fréquentation des lieux de drague dans la région Hauts-de-France
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/gc/docannexe/image/18934/img-2.jpg
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Titre Figure  – La drague homosexuelle dans les espaces publics en région Hauts-de-France
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Pour citer cet article

Référence papier

Théophile Plouvier, « Les spatialités du désir homosexuel dans l’espace public régional »Géographie et cultures, 118 | 2021, 163-180.

Référence électronique

Théophile Plouvier, « Les spatialités du désir homosexuel dans l’espace public régional »Géographie et cultures [En ligne], 118 | 2021, mis en ligne le 22 septembre 2023, consulté le 24 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/gc/18934 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/gc.18934

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Auteur

Théophile Plouvier

Laboratoire TVES (ULR 4477)
Université du Littoral Côte d'Opale
theophile.plouvier@etu.univ-littoral.fr

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