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Note de recherche

L’habitation première comme lieu sacré

retour d’expérience d’une recherche-création en architecture pour de jeunes Inuit du Nunavik
The first dwelling as a sacred place: an experience of research-creation in architecture for young Inuit in Nunavik
Myriam Blais
p. 121-133

Résumés

Quand se présente l’occasion, pour l’architecte, de s’intéresser à l’idée du sacré, certaines notions sont évoquées : habitation véritable et originelle, imagina­tion (ou imaginaire) et récits fondateurs, enchantement ou ré-enchantement du monde. C’est une de ces occasions que le présent article relate, à travers la concep­tion d’un projet de lieu sacré (sacred space) destiné à de jeunes Inuit du Nunavik. Le cadre conceptuel, principalement issu de la réflexion théorique en architecture, côtoie certaines notions importantes de la géographie culturelle et de l’anthro­polo­gie, ainsi que quelques images d’art inuit. Ensemble, ces idées lancent une aventure dans l’imagination, vécue et rêvée. Les projets présentés restent exploratoires : ils sont le fruit d’une activité pédagogique et n’ont donc pas été construits. Ils illustrent tout de même la richesse de la recherche-création en architecture.

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Texte intégral

Architecture is the thoughtful making of spaces
Louis I Kahn (1957, p. 2)

1Je viens de l’architecture et j’entretiens une communauté de pensée certaine avec l’anthropologie qui, à ce que l’on dit, est une très proche parente de la géographie culturelle, et cela spécialement lorsqu’elle s’intéresse aux lieux d’habitation (à l’habiter) des sociétés, aussi bien dans leur héritage vernacu­laire ou traditionnel que dans leurs rencontres avec une certaine modernité (ou contemporanéité). La géographie culturelle, dans les champs théoriques que je découvre, semble aussi porter une attention véritable et originale aux croi­sements entre espaces et pratiques : les pratiques tenues dans certains espaces, qui les qualifient, et les espaces qui accompagnent des pratiques, qui leur permettent d’être.

2Comme architecte, je suis en mesure d’apprécier cette très belle définition que l’anthropologie offre de ma discipline : « L’architecture est créatrice d’espaces et de relations spatiales : c’est une forme d’expression fondamenta­lement sociale dont le langage formel utilise le concept (au contenu variable) d’espace et rend compte d’une conscience sociale de l’espace […] L’espace architectural rend compte d’une vision du monde et de la place de l’homme dans ce monde » (Antongini et Spini, 1991, p. 79-80). De façon similaire (et cela depuis déjà plus de 2000 ans), l’histoire de la théorie de l’architecture insiste sur la nécessaire relation que l’architecture permet d’articuler entre « penser » et « faire », sur la façon dont cette articulation peut être construite et, par conséquent, peut produire des espaces, des lieux d’habitation signifi­catifs pour une culture, une société, une communauté.

3Ainsi, quand se présente l’occasion, pour l’architecte, de s’intéresser à l’idée du sacré, certaines notions sont évoquées : habitation véritable et originelle, imagination (ou imaginaire) et récits fondateurs, enchantement ou ré-enchan­tement du monde. C’est une de ces occasions – une expérience de recherche-création – que le présent article relate, à travers la conception d’un projet de lieu sacré (sacred space) destiné à de jeunes Inuit, au Nunavik. La recherche-création permet l’exploration de « possibles significatifs » : les projets d’archi­­tecture contribuent à imaginer et à mettre en formes et en espaces des notions souvent intangibles, comme l’est le sacré. De telles matérialisations spatiales constituent alors autant de représentations de pratiques possibles que de réflexions sur l’habiter, à travers la notion d’habitation première, au caractère fondamentalement sacré.

Habitations premières : pensée sauvage (mythique) et bricolage

4La maison de neige, la tente, ainsi que la maison de pierres, sont les « habi­tations premières » que les peuples inuit ont développées (figure 1). Depuis plus récemment, les cabanes auto-construites (cabins) semblent jouer un rôle similaire (figures 2 et 3).

Figure 1 – Illuliaq (maison de neige ou iglou), trois formes de tupiq (tente inuit, tente à crête, tente ronde) et maison de pierres

Figure 1 – Illuliaq (maison de neige ou iglou), trois formes de tupiq (tente inuit, tente à crête, tente ronde) et maison de pierres

Illustration : S. Proulx, 2018.

Figure 2 – Cabanes auto-construites

Figure 2 – Cabanes auto-construites

Illustration : S. Proulx, 2018.

Figure 3 – Cabane, autour de Kuujjuaq (2016)

Figure 3 – Cabane, autour de Kuujjuaq (2016)

Photographie : J. Landry.

5Une « habitation première », comme le souligne Roqueplo (2020), entretient une relation « première » avec l’environnement qui l’accueille ; c’est-à-dire qu’elle est abri, bien sûr, tout en étant sensible au climat, aux opportunités qu’offre un lieu, ainsi qu’aux images et aux représentations de la communauté qui la conçoit et la bâtit. Elle est issue de modes constructifs qui relèvent des ressources présentes sur place, et ces modes constructifs sont eux-mêmes issus de ce que Lévi-Strauss (1962) a appelé la pensée sauvage. Il s’agit d’une pensée première (ou primitive), celle du bricoleur, ingénieux et autonome, mais aussi du poète dont l’univers et les actions sont marqués par « l’authen­ticité de [leur] relation aux choses et aux êtres », par « un rapport singulier et poétique au monde » (Sanchez, 2007, p. 239).

6L’habitation première constitue aussi, dans le temps long, une sorte d’idéal ou d’image chargée de sens. Pour l’architecte, elle est étroitement associée à l’idée de la « cabane primitive » qui a marqué l’histoire de la théorie architec­turale depuis à peu près toujours : la valeur de cette idée ne semble d’ailleurs pas vouloir s’épuiser. Comme le suggère Rykwert (1972), dans On Adam’s house in paradise : the idea of the primitive hut in architectural history, cette idée est régulièrement convoquée, surtout quand on ressent le besoin de retrouver les choses essentielles et fondamentales (les origines, les originaux) – certains diront les archétypes – de l’habiter, de l’habitation, de repenser ce que nous faisons de façon souvent trop coutumière, de renouveler notre discipline, et de donner un sens et une signification à ses productions. Le « primitif », en architecture, a donc une portée fort positive : comme fruit de l’imagination humaine, l’idée de la « cabane primitive » (et non pas le fait d’une cabane en particulier) est riche d’images. Dans Primitive. The word and concept, Forty (2006) insiste aussi sur ce rôle primordial : être un modèle, un « idéal imaginé ». Il renoue ainsi avec la suggestion de Lévi-Strauss (1962, p. 30-34) que la pensée première, comme pensée mythique ou bricolage intellec­tuel, est organisée « par l’imagination » en images, à partir d’un réper­toire hétéroclite assez étendu (bien que tout de même limité). L’habi­ta­tion première, tout comme la pensée première dont elle est l’image, serait aussi conçue et perçue de même façon.

Le sacré, le temple

J’attends un commencement qui ne peut finir
l’accusation brève culpabilise le sauvage que nous sommes
vous souvenez-vous de ceux qui seront après vous ?
dans l’éclat de vos rires-larmes se trouve notre poésie
« Avant nous », Aquelin et Bacon (2011, p. 9)

7L’anthropologie, selon la définition qu’en donne Ingold (2018a, p. 4-8), « c’est la philosophie avec les gens dedans » ; elle se nourrit d’un « engage­ment avec l’imaginaire et l’expérience » des autres (traduction par l’auteure). Dans la foulée de l’architecte Kahn (2003 [1960]), plusieurs théoriciens ou philosophes de l’architecture ont à leur tour proposé que l’habiter (home), c’est la maison (house) avec des gens dedans (Besse, 2013 ; Eyck, 2008 ; Goetz, 2011 ; Paquot et al., 2007 ; Rykwert, 1991). Ainsi, l’habiter est vécu : c’est une expérience de lieux. L’architecte a donc pour rôle de concevoir des maisons (houses) qui permettront d’habiter : l’architecte ne construit pas l’habiter, il ou elle imagine des espaces qui le favoriseront, des espaces qui permettront des expériences et deviendront ainsi lieux, des lieux qui accom­pagneront certaines pratiques significatives, des lieux qui permettront aux gens d’imaginer, à leur tour, leur place dans le monde dans lequel ils vivent.

8La géographie culturelle semble accorder une attention particulière à la question de l’habiter (Clerc, 2019 ; Deprest, 2019), ainsi qu’aux relations de ses pratiques avec le territoire, le monde – nuna pour les Inuit (Dorais, 2008 ; Fortescue, 2020). Et si l’architecture porte maintenant de plus en plus d’intérêt à cette discipline, c’est entre autres parce que la notion de l’être-au-monde – venue de la phénoménologie – y apparaît très étroitement associée à ses pratiques de l’espace (Stock, 2015). Ainsi, lorsque certaines pratiques d’habiter (ou pratiques significatives, signifiantes, de relations avec le monde) comportent, aux yeux de certaines communautés, un caractère sacré, ces pratiques constituent un défi d’autant plus riche et stimulant pour l’architecte. Quels récits peut-on alors évoquer pour entrer en relation avec le monde. Tout comme pour l’idée de la cabane primitive, il s’agirait d’un souvenir, d’une image de ce qui a toujours existé. Une certaine réalité bien sûr, mais aussi, et plus encore, un idéal, une notion première de ce que l’habiter implique : comme un « archaïque et ses possibles », pour emprunter cette belle expres­sion à Bonzani (2020).

9Les habitations premières des peuples inuit sont porteuses de valeurs certaines (Bayle, 2020 ; Collignon, 2001 ; Duhaime, 1985 ; Fortescue, 2020 ; Ingold, 2018b ; Loubes, 2000). Ces valeurs sont à leur tour portées par des artisans et des artistes qui invitent à réfléchir, à nouveau, aux images de l’habiter, aux marques de relations particulières avec le monde (figures 4, 5 et 6). L’impor­tance des artistes, et celle des images, est indéniable.

Figure 4 – Inuksuk, autour de Kuujjuaq, Nunavik (2019)

Figure 4 – Inuksuk, autour de Kuujjuaq, Nunavik (2019)

Photographie M. Blais.

Figure 5 – L’esprit de l’igloo (vers 1950) (artiste inconnu) (stéatite et ivoire de morse). Collection du MNBAQ

Figure 5 – L’esprit de l’igloo (vers 1950) (artiste inconnu) (stéatite et ivoire de morse). Collection du MNBAQ

Photographie M. Blais.

Figure 6 – Moon Spirit II (2005)

Figure 6 – Moon Spirit II (2005)

Germaine Arnaktauyok (gravure et aquatinte).

  • 1 Le mot « temple » (templum) signifie découpage, délimitation d’un espace sacré. L’étymologie du mot (...)

10Comment alors définir le sacré, sinon par ces êtres ou ces choses qui forment un domaine circonscrit, où certains rituels se jouent et auxquels des personnes participent (Casajus, 1991). Le sacré est transcendant : il met en lumière un ensemble de valeurs, de sens et de significations partagés à propos d’êtres, de choses et d’espaces. Selon son étymologie, le sacré (origine latine sacer) est séparation. Un espace sacré est délimité ; une délimitation qui implique pro­tection ou interdiction ou défense. Un espace sacré est découpé sur un espace ou un territoire plus vaste qui l’accueille et le contient, aussi bien spirituelle­ment que physiquement. C’est un espace (un templum, un temple1) à partir duquel on contemple le ciel ou les divins, ou on entre en relation avec eux. Dans l’univers inuit, un tel découpage spatial semble impossible (ou inimagi­nable, même) puisque nuna est totale, englobante, immense, inaltérable et inviolable. Tout de même, à l’exemple des habitations de nature première des peuples inuit, il semble qu’il pourrait y avoir autant de « temples » que d’occasions de prendre place et de s’installer, bien que temporairement, avec ou auprès de nuna (figures 7a à 7d).

Figure 7a – Illuliaq (maison de neige ou iglou)

Figure 7a – Illuliaq (maison de neige ou iglou)

Illustration : S. Proulx, 2018.

Figure 7 b – Tupiq (tente inuit)

Figure 7 b – Tupiq (tente inuit)

Illustration : S. Proulx, 2018.

Figure 7c – Tupiq (tente ronde), autour de Kuujjuaq (2018)

Figure 7c – Tupiq (tente ronde), autour de Kuujjuaq (2018)

Photographie : S. Proulx.

Figure 7d – Cabane, autour de Kuujjuaq (2019)

Figure 7d – Cabane, autour de Kuujjuaq (2019)

Photographie par l’auteure

11Pour l’anthropologie et la géographie culturelle, l’architecture, dans ses manières et ses pratiques, pourra peut-être sembler emprunter des chemins de traverse ou proposer certains raccourcis intellectuels. Avec ses théories, ses réflexions et ses actions toutefois, l’architecture est une science du concret par excellence. Elle cherche à façonner des lieux qui pourront être habités et dans lesquels diverses pratiques se joueront, ce qui constitue une des matières premières de la géographie culturelle et de l’anthropologie. Allons-y tout de même ?

Raconter Imaginer Représenter : recherche-création comme exploration de possibles significatifs

Passés de l’iglou au HLM en quelques décennies,
les Inuit ne trouvent plus dans leur culture
ce qu’elle leur fournissait jadis, l’explication du monde
Gérard Duhaime (1985, p. 69)

12Je viens de l’architecture et, à cet égard, la pratique de la conception architecturale constitue le fondement même de la recherche création en architecture : il s’agit d’une approche privilégiée pour l’exploration et la compré­hension de notions de natures fort diverses (figure 8). Le design fonctionne en boucles itératives et successives qui impliquent la triade image-présentation-test : 1) l’image est une solution en principe élaborée par le concepteur, après analyse et interprétation de données et informations perti­nentes et utiles à un problème de design ; 2) elle fait l’objet de repré­sentations 2D ou 3D (en maquettes et/ou en dessins) et 3) est ensuite mise à l’épreuve des objectifs de départ pour en évaluer la justesse, la richesse, le potentiel et l’originalité. Des itérations successives sont nécessaires à l’analyse d’une grande variété d’informations, de même qu’à l’intégration et à la découverte de nouvelles connaissances (Zeisel, 2006).

Figure 8 – Boucle itérative du processus de design

Figure 8 – Boucle itérative du processus de design

Illustration : V. Demers, d’après Zeisel (2006, p. 30).

  • 2 Ces étudiants ont eu l’occasion de réaliser un séjour d’études au Nunavik, du 18 au 23 novembre 201 (...)

13Ainsi, une notion aussi intangible que le sacré peut devenir une occasion de réflexions, d’imaginations et de projets ; ces projets constituant autant de « possibles », autant de manifestations, de matérialisations, de mises en forme, dans des lieux habités. À l’automne 2019, dans l’atelier de design architectural Habitats et Cultures, seize étudiants à la maîtrise professionnelle en architec­ture ont été invités à relever le défi de conception d’un lieu sacré (a sacred space) destiné à de jeunes Inuit du Nunavik2. Cette idée de lieu sacré nous a été suggérée par les coordonnatrices de la maison de la famille de Kangiqsualujjuaq, idée aussi partagée par les intervenants des services sociaux. Ce lieu sacré serait idéalement situé sur le territoire (à l’extérieur du village) ; il aurait pour principale mission la transmission de la culture inuit et le ressourcement des jeunes, dans un environnement sécuritaire qui leur ressemblerait. Il accompagnerait les jeunes Inuit dans l’apprentissage ou le renouvellement de pratiques significatives, celles dont on cherche à entretenir aussi bien la mémoire, le sens, que la pertinence. Un lieu sacré, comme une habitation première, où culture et territoire se rencontreraient en un même lieu.

14Dans des contextes comme celui-ci, les architectes ont de grandes responsabilités, d’autant plus grandes que les cultures autres que les leurs portent des visions du monde fort différentes : les futurs architectes doivent en être conscients et s’y préparer. Voici quelques exemples de leur rencontre avec les communautés inuit et de leur engagement dans ce projet de lieu sacré, racontés en images :

  • Un premier exercice, dit d’acclimatation, invitera les étudiants à ima­giner, par l’interprétation de textes choisis, cette première rencontre avec le Nord des Inuit (figure 9).

Figure 9a – Rencontrer et imaginer 1

Figure 9a – Rencontrer et imaginer 1

Illustration : A. Côté et J. Thompson (2019)

Figure 9a – Rencontrer et imaginer 2

Figure 9a – Rencontrer et imaginer 2

Illustration : A.  Côté et J. Thompson (2019).

Figure 9c – Rencontrer et imaginer 3

Figure 9c – Rencontrer et imaginer 3

Illustration : A. Tougas (2019).

  • Ces images prépareront à l’exercice de recherche-création, la concep­tion d’un « lieu sacré » (sacred space) pour de jeunes Inuit (figures 10 à 13).

Figures 10a, b et c – Le projet Lieu de transmission de la culture inuit, conçu par Arianne Côté (2019), proposait d’offrir aux jeunes Inuit un refuge culturel qui accompagnerait leur développement identitaire. Il serait source de réconfort, dans un environnement ludique et appropriable.

Figures 10a, b et c – Le projet Lieu de transmission de la culture inuit, conçu par Arianne Côté (2019), proposait d’offrir aux jeunes Inuit un refuge culturel qui accompagnerait leur développement identitaire. Il serait source de réconfort, dans un environnement ludique et appropriable.

Figures 11a, b et c – Le projet Lieu de transmission de la culture inuit, conçu par Arianne Côté (2019), dans sa version finale, présentait une nouvelle image de son caractère sacré pour les jeunes, ainsi que les formes architecturales, en relation avec le territoire.

Figures 11a, b et c – Le projet Lieu de transmission de la culture inuit, conçu par Arianne Côté (2019), dans sa version finale, présentait une nouvelle image de son caractère sacré pour les jeunes, ainsi que les formes architecturales, en relation avec le territoire.

Figures 12a, b et c – Le projet Lieu de transmission de la culture inuit, conçu par Mélina Boudreau (2019), proposait un lieu qui, en écho avec le territoire nordique, offrirait des opportunités de ressourcement, à l’image des valeurs et des aspirations inuit.

Figures 12a, b et c – Le projet Lieu de transmission de la culture inuit, conçu par Mélina Boudreau (2019), proposait un lieu qui, en écho avec le territoire nordique, offrirait des opportunités de ressourcement, à l’image des valeurs et des aspirations inuit.

Figures 13a, b et c – Le projet Lieu de transmission de la culture inuit, conçu par Mélina Boudreau (2019), dans sa version finale, montrait le développement dans le temps des lieux, autour d’une cour centrale, comme espace communautaire propice aux rassemblements et en relation avec le territoire.

Figures 13a, b et c – Le projet Lieu de transmission de la culture inuit, conçu par Mélina Boudreau (2019), dans sa version finale, montrait le développement dans le temps des lieux, autour d’une cour centrale, comme espace communautaire propice aux rassemblements et en relation avec le territoire.

En guise de conclusion…

15Le cadre conceptuel présenté plus haut est principalement issu de la réflexion théorique en architecture. En côtoyant certaines notions importantes de la géo­graphie culturelle et de l’anthropologie, ainsi que quelques images d’art inuit, l’ensemble de ces idées lancent une aventure dans l’imagination, vécue et rêvée. Les projets qui en ont résulté restent exploratoires (ils sont le fruit d’une activité pédagogique et n’ont donc pas été construits). Ils illustrent tout de même la richesse de la recherche-création en architecture, ainsi que sa contribution à la compréhension et à l’expression d’idées immatérielles ou intangibles qui, de temps à autre, requièrent de prendre formes, et sens.

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Bibliographie

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DUHAIME, Gérard, 1985, De l’igloo au H.L.M, Les Inuits sédentaires et l’État-providence, Québec, Centre d’Études Nordiques, Université Laval, 81 p.

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PAQUOT Thierry, LUSSAULT Michel, YOUNÈS Chris (dir.), 2007, Habiter, le propre de l’être humain. Villes, territoires et philosophie, Paris, Éditions La Découverte, 381 p.

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Notes

1 Le mot « temple » (templum) signifie découpage, délimitation d’un espace sacré. L’étymologie du mot temple (et sa relation au sacré), bien que controversée, semble avoir tout de même marqué l’histoire de l’architecture et la compréhension ou la manifestation du sacré imaginé, conçu et construit. En effet, templum (découpage territorial), par métonymie, semble avoir donné son nom au temple (bâtiment issu de ce découpage qui généralement abrite une ou des divinités).

2 Ces étudiants ont eu l’occasion de réaliser un séjour d’études au Nunavik, du 18 au 23 novembre 2019, financé par le partenariat de recherche Habiter le Nord québécois. Ce séjour a permis de rencontrer un bon nombre d’intervenants Inuit, jeunes et moins jeunes, afin d’effectuer une cueillette d’informations et d’observations, de même que de discussions dans ceux villages nordiques du Nunavik (Kangiqsualujjuaq et Kuujjuaq). Il a aussi donné lieu à différentes activités de connaissance et de reconnaissance avec des jeunes élèves du primaire et du secondaire.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 – Illuliaq (maison de neige ou iglou), trois formes de tupiq (tente inuit, tente à crête, tente ronde) et maison de pierres
Crédits Illustration : S. Proulx, 2018.
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Fichier image/png, 584k
Titre Figure 2 – Cabanes auto-construites
Crédits Illustration : S. Proulx, 2018.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/gc/docannexe/image/18855/img-2.png
Fichier image/png, 333k
Titre Figure 3 – Cabane, autour de Kuujjuaq (2016)
Crédits Photographie : J. Landry.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/gc/docannexe/image/18855/img-3.png
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Titre Figure 4 – Inuksuk, autour de Kuujjuaq, Nunavik (2019)
Crédits Photographie M. Blais.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/gc/docannexe/image/18855/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 107k
Titre Figure 5 – L’esprit de l’igloo (vers 1950) (artiste inconnu) (stéatite et ivoire de morse). Collection du MNBAQ
Crédits Photographie M. Blais.
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Titre Figure 6 – Moon Spirit II (2005)
Crédits Germaine Arnaktauyok (gravure et aquatinte).
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Titre Figure 7a – Illuliaq (maison de neige ou iglou)
Crédits Illustration : S. Proulx, 2018.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/gc/docannexe/image/18855/img-7.png
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Titre Figure 7 b – Tupiq (tente inuit)
Crédits Illustration : S. Proulx, 2018.
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Titre Figure 7c – Tupiq (tente ronde), autour de Kuujjuaq (2018)
Crédits Photographie : S. Proulx.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/gc/docannexe/image/18855/img-9.png
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Titre Figure 7d – Cabane, autour de Kuujjuaq (2019)
Crédits Photographie par l’auteure
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Titre Figure 8 – Boucle itérative du processus de design
Crédits Illustration : V. Demers, d’après Zeisel (2006, p. 30).
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Titre Figure 9a – Rencontrer et imaginer 1
Crédits Illustration : A. Côté et J. Thompson (2019)
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Titre Figure 9a – Rencontrer et imaginer 2
Crédits Illustration : A.  Côté et J. Thompson (2019).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/gc/docannexe/image/18855/img-13.png
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Titre Figure 9c – Rencontrer et imaginer 3
Crédits Illustration : A. Tougas (2019).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/gc/docannexe/image/18855/img-14.png
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Titre Figures 10a, b et c – Le projet Lieu de transmission de la culture inuit, conçu par Arianne Côté (2019), proposait d’offrir aux jeunes Inuit un refuge culturel qui accompagnerait leur développement identitaire. Il serait source de réconfort, dans un environnement ludique et appropriable.
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Titre Figures 11a, b et c – Le projet Lieu de transmission de la culture inuit, conçu par Arianne Côté (2019), dans sa version finale, présentait une nouvelle image de son caractère sacré pour les jeunes, ainsi que les formes architecturales, en relation avec le territoire.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/gc/docannexe/image/18855/img-16.jpg
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Titre Figures 12a, b et c – Le projet Lieu de transmission de la culture inuit, conçu par Mélina Boudreau (2019), proposait un lieu qui, en écho avec le territoire nordique, offrirait des opportunités de ressourcement, à l’image des valeurs et des aspirations inuit.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/gc/docannexe/image/18855/img-17.jpg
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Titre Figures 13a, b et c – Le projet Lieu de transmission de la culture inuit, conçu par Mélina Boudreau (2019), dans sa version finale, montrait le développement dans le temps des lieux, autour d’une cour centrale, comme espace communautaire propice aux rassemblements et en relation avec le territoire.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/gc/docannexe/image/18855/img-18.jpg
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Pour citer cet article

Référence papier

Myriam Blais, « L’habitation première comme lieu sacré »Géographie et cultures, 118 | 2021, 121-133.

Référence électronique

Myriam Blais, « L’habitation première comme lieu sacré »Géographie et cultures [En ligne], 118 | 2021, mis en ligne le 22 septembre 2023, consulté le 13 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/gc/18855 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/gc.18855

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Auteur

Myriam Blais

École d’architecture, Université Laval
myriam.blais@arc.ulaval.ca

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Droits d’auteur

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