Navigation – Plan du site

AccueilNuméros118Les Pehuenche et la patrimonialis...

Les Pehuenche et la patrimonialisation de leur arbre sacré

Enjeux autour des forêts d’araucaria au Chili
The heritagization of the Pehuenche sacred tree: issues surrounding the araucaria forests in Chile
Bastien Sepúlveda
p. 57-77

Résumés

Cet article propose d’analyser le processus de patrimonialisation de l’araucaria (araucaria araucana), conifère endémique des Andes chileno-argentines considéré par les communautés pehuenche comme leur arbre sacré. À partir d’enquêtes de terrain et de la révision de sources secondaires, il interroge et confronte les représentations des différents acteurs engagés dans ce processus : celles des communautés pehuenche d’abord, qui se sont activement mobilisées contre l’exploitation de leurs forêts tout au long du XXe siècle ; celles de leurs alliés écologistes ensuite, qui furent à la fois un relais et un acteur fondamental dans le déploiement de ces luttes ; celles de l’État, enfin, qui, en réponse à ces pressions, a décrété l’araucaria Monument Naturel et la préserve désormais au sein d’un vaste réseau d’aires protégées. Par-delà l’apparente affinité de ces positions, le proces­sus de patrimonialisation de l’araucaria a reposé sur des représentations diver­gentes. Ce sont ces divergences et les tensions qui en sont nées que cet article propose d’explorer, à la recherche des ressorts d’une géographie pehuenche du sacré.

Haut de page

Texte intégral

1L’araucaria (araucaria araucana) est un conifère endémique des Andes chileno-argentines dont l’aire de distribution, relativement restreinte, s’étend entre les parallèles 37° et 40° de latitude sud. Côté chilien, cette région correspond au bassin supérieur du fleuve Bío-Bío, l’Alto Bío-Bío, partagé entre les communes de Lonquimay et Alto Bío-Bío. L’araucaria y fait son apparition à partir de 800 mètres d’altitude et ne forme véritablement de forêts – en association avec d’autres espèces, notamment du genre nothofa­gus – qu’à partir de 1 000 mètres d’altitude, étendant son domaine jusqu’à la limite supérieure de l’étage forestier. Pouvant mesurer jusqu’à 80 mètres de hauteur, l’araucaria domine généralement le couvert forestier et se distingue aisément par sa physionomie en forme de « parapluie » (Figure 1).

Figure 1 – Araucarias, Réserve Nationale Ralco

Figure 1 – Araucarias, Réserve Nationale Ralco

Source : B. Sepúlveda, 2007.

2Cet espace coïncide avec le territoire d’une trentaine de communautés autochtones d’origine pehuenche qui, historiquement et culturellement, entretiennent une relation privilégiée avec les pinèdes d’araucaria. En grande partie dépossédées et privées d’accès à ces forêts suite à l’annexion de leur territoire par l’État chilien à la fin du XIXe siècle, ces communautés ont également dû faire face, tout au long du XXe siècle, à la menace de l’exploi­tation forestière contre laquelle elles se sont activement mobilisées, pour la protection de l’araucaria qu’elles considèrent comme leur arbre sacré. Réputée pour la qualité de son bois, l’araucaria a effectivement été exposée, dès la première moitié du XXe siècle, à la pression de sociétés forestières venues s’établir en divers secteurs de la Cordillère, dans un contexte où les droits fonciers autochtones n’étaient pas toujours clairement définis.

3Epaulés par leurs alliés écologistes, les Pehuenche parvinrent néanmoins à sensibiliser l’opinion publique et rallier à leur cause les autorités chiliennes qui s’engagèrent dans un processus de patrimonialisation aboutissant à l’inter­diction absolue de toute forme d’exploitation de l’araucaria. Si, en apparence, toutes les parties engagées dans ce processus y ont trouvé leur compte – les communautés pehuenche, les ONG écologistes et l’État chilien –, leur inves­tis­sement respectif a néanmoins reposé sur des manières diver­gentes de se représenter les forêts d’araucaria, en lien avec des jeux croisés d’instru­men­talisation dans le cadre de projets territoriaux concurrents. Ce sont ces divergences et les tensions qui en découlent que cet article propose d’explorer, dans une mise en perspective de la façon dont la sacralité attri­buée à certains lieux ou certaines ressources peut contribuer à produire de l’espace. L’analyse faite ici du rapport que les communautés pehuenche entretiennent avec les forêts d’araucaria devrait à ce titre permettre d’éclairer le sens et la portée des géographies autochtones du sacré.

4Pour ce faire, je m’attacherai, dans une première partie, à décrire et analyser la nature des liens qui unissent les Pehuenche aux forêts d’araucaria. Cette contextualisation visera à informer le sens des mobilisations qui donnèrent lieu au processus de patrimonialisation de l’araucaria engagé dans le courant du XXe siècle, et dont la présentation fera l’objet d’une seconde partie. Enfin, dans une troisième et dernière partie, je m’intéresserai aux motiva­tions des différents acteurs engagés dans ce processus, que je confronterai afin d’éclairer les enjeux multiples découlant de ce qui, au premier abord, peut s’apparenter à une forme évidente de consensus autour de la protection d’une espèce endémique menacée par l’exploitation forestière. Cette analyse du processus de patrimonialisation de l’araucaria devrait ainsi permettre de mieux saisir la variété des jeux d’acteurs et des instrumentalisations dont la nature peut faire l’objet dans le cadre de projets territoriaux concurrents.

5Les résultats présentés dans ce travail découlent de la confrontation de données diverses obtenues à travers un processus de recherche s’échelonnant sur une quinzaine d’années. Un important travail de terrain, ponctué par de nombreux séjours pouvant aller de quelques jours à plusieurs semaines, a notamment été réalisé dans différents secteurs des Andes pehuenche. Ces séjours répétés ont été l’occasion de nombreux échanges, tant formels qu’infor­mels, avec différents acteurs locaux, dans le cadre d’assemblées communautaires, de réunions avec des autorités locales, de discussions dans le cadre familial ou d’activités culturelles, etc. En parallèle, un travail systématique de révision d’archives et de documentation administrative et juridico-légale a également été mené. Ce travail s’est notamment concentré sur l’histoire foncière et légale des communautés pehuenche, sur l’évolution de la législation indigéniste et environnementale, mais aussi sur la constitu­tion de la propriété privée dans la région d’étude, ainsi que sur la formation et les modalités de gestion des aires protégées.

6L’analyse ici produite se fonde sur le croisement de l’ensemble de ces sources et une réflexion forgée dans un va-et-vient constant entre terrain d’étude et fonds d’archives, en complément de la lecture et révision de la littérature spécialisée disponible sur le sujet. Aussi, cet article s’inscrit-il dans la conti­nuité de plusieurs autres travaux portant tant sur les transforma­tions religieu­ses contemporaines expérimentées au sein des communautés pehuenche (Sepúlveda, 2012a) que sur leurs dynamiques socio-spatiales (Sepúlveda, 2020) et la gestion des aires protégées fondées dans leur terri­toire (Sepúlveda, 2012b ; Sepúlveda & Guyot, 2016).

Le territoire des « gens du pehuen »

7Littéralement, le terme « pehuenche » signifie « gens – che – de l’araucaria –pehuen ». Il s’agirait, à l’origine, d’un déictique utilisé par les Mapuche des plaines du Chili central pour qualifier les groupes vivant aux abords des forêts d’araucaria, dans l’Alto Bío-Bío. Les Pehuenche n’auraient été inté­grés aux structures socio-politiques mapuche qu’au cours du XVIIe siècle, suite à l’arrivée des conquistadors espagnols dont la présence perma­nente sur la frange nord du fleuve Bío-Bío poussa les Mapuche à rechercher de nouvelles alliances outre-cordillère (Zavala, 2000). Aujour­d’hui, les Pehuen­che consti­tuent l’une des identités territoriales composant le vaste ensemble mapuche qui se déploie de part et d’autre des Andes, dans le cône sud-américain.

8Leur territoire s’organise autour d’une trentaine de communautés dans les communes d’Alto Bío-Bío et Lonquimay, où elles se répartissent principa­le­ment aux abords du fleuve Bío-Bío et ses affluents. À l’échelle communale, selon le recensement officiel effectué en 2017, les Pehuenche représen­teraient 83 % de la population d’Alto Bío-Bío et 54 % de la population de Lonquimay, soit 4 930 et 5 518 individus respectivement1. Le domaine foncier pehuenche ne représente par ailleurs que 36 % de la superficie de ces deux communes, en raison d’un vaste processus d’usurpation territoriale amorcé à la fin du XIXe siècle. Suite à l’annexion du territoire mapuche par l’État chilien au terme de la campagne militaire de Pacification de l’Arau­canie (1861-1883), 3 078 titres de propriété connus sous le nom de Títulos de Merced (TM) furent attribués aux principaux chefs mapuche entre 1884 et 1929, « réduisant » le territoire mapuche à l’existence d’un espace morcelé, parcellisé, et ne repré­sentant plus que 6 % de la superficie originelle (Bengoa, 1990 ; González 1986).

9Dans l’Alto Bío-Bio, les premiers TM furent attribués en 1905, alors que de nombreux colons s’étaient déjà établis le long des fleuves Bío-Bío et Lon­quimay. Dans l’ensemble, cette reconnaissance fut relativement sommaire, et dans certains secteurs, comme à Ralco, il fut tout simplement impossible à la commission mandatée à cet effet de s’y rendre, en raison de l’opposition de certains grands propriétaires terriens se refusant à voir certaines parties de leurs terrains dévolues aux familles pehuenche qui y étaient historiquement établies. En définitive, seuls douze TM furent attribués et reconnus aux Pehuenche dans l’ensemble de l’Alto Bío-Bío (Tableau 1 et Figure 2). Nom­breuses furent ainsi les familles qui, à l’issue de ce processus, ne bénéficièrent d’aucune reconnaissance officielle de leur droit de propriété (Molina & Correa, 1996).

Tableau 1 – Títulos de Merced attribués aux communautés pehuenche

T.M.

Titulaire

Secteur

Popu.

Ha.

Date

997

Huenucal Ivante

Icalma

34

750

1905

998

Pedro Calfuqueo

Icalma

40

1000

1905

1000

Benancio Cumillán

Cruzaco

32

900

1905

1036

Manuel & Samuel Queupu

Mariepume­nuco

195

4200

1905

1056

Paulino Huaiquillan

Pedregoso

145

2800

1906

1075

Bernardo Ñanco

Naranjo

287

6500

1906

1192

Francisco Cayul

Collipulli

116

2200

1907

1290

P. Curilem, L. Zúñiga & G. Ñehuen

Pehuenco

105

2100

1908

2144

José Quintriqueo

Cerro Redondo

17

500

1911

2834

Antonio Marihuan

Malla Malla

175

3444

1919

2835

José Anselmo Pavián

Cahuenucu

270

4134

1919

2874

Antonio Canío

Trapa Trapa

241

8430

1920

Source : Archivo General de Asuntos Indígenas, CONADI, Gobierno de Chile

Figure 2 – Communautés pehuenche de l’Alto Bío-Bío

Figure 2 – Communautés pehuenche de l’Alto Bío-Bío
  • 2 Le nguillatun est la plus importante cérémonie du complexe rituel autochtone. Réalisé cycliquement (...)

10Il est important de préciser que l’économie familiale pehuenche repose sur la mise en relation de deux espaces de vie complémentaires : l’invernada, dans les fonds de vallée où les Pehuenche possèdent leur habitation principale et résident entre la fin de l’automne et le début du printemps ; et la veranada, dans les pâturages d’altitude où ils mènent paître leur bétail – bovins, ovins et équins – dès le printemps et ramasser les pignons tombés des branches d’araucaria au début de l’automne (Huiliñir, 2010 ; Marchant, 2019). Le pignon constitue une base alimentaire et économique de premier ordre pour les Pehuenche. Consommée crue, cuite ou transformée en chaví – boisson obtenue par fermentation du jus de pignons écrasés –, cette graine est aussi vendue et/ou troquée contre d’autres denrées. L’importance capitale du pignon dans l’alimentation et le système économique pehuenche confère en outre à l’araucaria une fonction hautement symbolique. Personnifiant la représentation du divin sur terre, il est d’usage qu’un jeune tronc d’araucaria trône au milieu du champ cérémoniel pehuenche lors du nguillatun2.

11Bien qu’essentiels dans le système économique pehuenche, les espaces de veranada – où se situent les pinèdes d’araucaria – ne furent généralement pas intégrés aux TM, souvent en raison de la difficulté à prouver l’occupa­tion effective qui en était faite. Si les Pehuenche n’en perdirent toutefois pas l’usufruit, ce manque de reconnaissance formelle finit par leur porter préju­dice. Profitant du manque de clarté voire de l’absence de défini­tion de droits de propriété spécifiques, certaines sociétés forestières com­mencèrent, dans le courant des années 1930, à exploiter les pinèdes d’araucaria dans divers secteurs de l’Alto Bío-Bío, empiétant rapidement sur les terres de veranada de certaines communautés pehuenche (Otero, 2006). Des conflits opposant ces communautés aux sociétés forestières éclatèrent ainsi dans le milieu des années 1950.

12Les mobilisations pehuenche, d’abord confinées localement et relativement isolées, eurent un plus grand retentissement lorsqu’elles furent relayées à partir de la fin des années 1980 par certaines ONG écologistes, comme le Comité National Pro-Défense de la Faune et de la Flore (CODEFF). Dans un contexte marqué par le retour de la démocratie au Chili et l’avènement de puissants mouvements autochtones partout en Amérique latine (Bengoa, 2000), la lutte des Pehuenche pour la défense de l’araucaria – et la recon­naissance de leurs droits de propriété – toucha désormais l’opinion publique. Arguant le caractère sacré de l’araucaria et son importance tant matérielle que symbolique pour leurs communautés, les représentants pehuenche firent de la protection du pehuen un véritable enjeu identitaire. Ils parvinrent ainsi à paralyser l’activité extractive initiée dans les années 1930 et à inciter le législateur à élever l’araucaria au rang de Monument Naturel. Je propose de m’arrêter, dans la partie suivante, sur les tribulations de ce processus de patrimonialisation.

La patrimonialisation de l’araucaria : tribulations d’un long processus

13En réponse aux mobilisations pehuenche, l’État prit progressivement conscience de la nécessité d’agir en faveur de la protection des forêts d’araucaria. Un premier décret promulgué en 1969 tenta ainsi d’en réguler l’exploitation. Mais avec le durcissement de deux conflits locaux, à Ralco et à Quinquén, on s’orienta en 1976 vers une interdiction absolue et définitive de toute forme d’exploitation, alors que le régime militaire instauré par le coup d’État du 11 septembre 1973 cherchait à réhabiliter son image sur la scène internationale. À Quinquén, toutefois, les Pehuenche durent encore batailler jusque dans le courant des année 1990 pour la reconnaissance de leurs droits fonciers. Soutenus par leurs alliés écologistes, ils parvinrent aussi à créer, en 2009, le Parc Pehuenche de Quinquén, au sein duquel l’écotourisme semble aujourd’hui s’imposer comme nouvel instrument de protection de l’araucaria.

Les araucarias du Fundo Ralco classées « Parc National »

14C’est au conflit engagé par les Pehuenche de Ralco contre une société forestière locale que l’on doit la première mesure de sanctuarisation de l’araucaria au Chili. Il faut, pour comprendre ce conflit, remonter à l’intro­mis­sion prématurée de colons dans le secteur, en 1881, date à laquelle le territoire mapuche était en cours d’annexion à la juridiction de l’État chilien. L’inscription, cette année-là, du Fundo Ralco dans le registre légal de proprié­tés eut pour effet de convertir plusieurs dizaines de familles pehuen­che en occupantes illégales des terres sur lesquelles elles étaient établies de longue date. C’est Rafael Anguita, homme politique local in­fluent, qui, à travers l’obtention frauduleuse du consentement de vente des Pehuenche, parvint à constituer le Fundo Ralco. Le terrain fut ensuite vendu et revendu jusqu’à parvenir, en 1949, aux mains de Dionisio González qui, en 1966, initia l’exploitation des araucarias du Fundo Ralco (Molina & Correa, 1996).

  • 3 Article 53 de la Loi nº 17.699 du Ministère des Terres et de la Colonisation, du 14 août 1972, qui (...)

15Les Pehuenche s’opposèrent à l’exploitation de leurs forêts jusqu’à parvenir à ce que les autorités chiliennes, en 1972, se fassent l’écho de leurs revendi­cations, déclarant parc national « les bois de pin araucaria du Fundo Ralco dans la commune de Santa Bárbara »3. Insistons sur le fait que ce sont bien les araucarias – et non les terres – qui furent décrétées parc national, laissant en conséquence un vide juridique quant aux possibilités d’administration de la nouvelle aire protégée. Cette situation se régularisa peu de temps après, par un montage juridique complexe permettant à l’État d’abord d’acquérir le Fundo Ralco en 1982, puis de le transférer en 1989 aux Pehuenche. Il avait toutefois été décidé préalablement que la Parcelle n° 2 du Fundo Ralco, d’une superficie de 12 421,20 ha, serait destinée à la création d’une aire protégée.

16Un décret ministériel vint alors transformer, en 1987, le Parc National Ralco en une réserve nationale dont on précisa, cette fois, les limites et la dimen­sion. Ce changement de statut a son importance car, selon les définitions officielles, aucune autre forme d’activité anthropique que celle liée à la recherche scientifique et au développement écotouristique n’est tolérée au sein d’un parc national. Dans une réserve, en revanche, certaines activités comme l’élevage extensif, l’extraction de bois mort, la coupe sélective et contrôlée de certains spécimens à des fins non-commerciales ou la collecte de certains fruits – comme le pignon d’araucaria –, peuvent être autorisées (Tableau 2). Le même décret précisa, à ce titre, « [qu’en raison] de ses caractéristiques, [l’aire concernée] s’ajuste davantage au concept de réserve nationale ». Alors que la création du Parc National Ralco en 1972 était une mesure d’urgence exclusivement réactive, sa transforma­tion en réserve à partir de 1987 traduisit un acte éminemment volontariste s’inscrivant davan­tage dans une perspective de développement durable que de conservation stricte.

L’araucaria décrétée « Monument Naturel »

17Le combat des Pehuenche de Ralco contre la société forestière de Dionisio González rappelle celui que menèrent, à la même période, ceux de Quinquén contre la société Galletué. Comme à Ralco, pour comprendre le déroulement des événements de Quinquén, il faut remonter le cours de l’histoire et l’intromission des premiers colons dans le secteur, en 1911. Cette année-là, Guillermo Schweitzer, commerçant installé à Lonquimay, acheta aux enchères la Parcelle Da du plan de colonisation de Lonquimay, où il consti­tua le Fundo Quinquén. Comme dans le cas précédent, l’acte de vente ainsi passé eut pour effet de convertir plusieurs familles pehuenche en occupantes illégales des terres où elles étaient déjà établies (Bengoa, 1992).

18Mais comme le précise Bengoa, « [...] le litige de Quinquén n’a véritable­ment commencé que dans les années 1960, [lorsque les Pehuenche] sollici­tent au Tribunal d’Indiens de Victoria l’expropriation du Fundo Quinquén [...] » (Bengoa, 1992, p. 63). Il faut préciser que les terres de Quinquén appartenaient depuis 1954 à Andrés Lamoliatte qui y avait initié l’exploi­tation des araucarias. L’accélération du processus de réforme agraire, depuis l’élection de Salvador Allende à la présidence de la république en 1970, donna un temps raison aux demandes des Pehuenche qui virent en 1971 le Fundo Quinquén exproprié en leur faveur. Mais suite au coup d’État de 1973, les vents tournèrent et l’expropriation du Fundo Quinquén fut révo­quée. C’est dans ce contexte, et afin de reprendre l’exploitation des forêts d’araucaria, qu’Andrés Lamoliatte fonda la société Galletué.

Tableau 2 – Catégories de protection créées au Chili par la Loi nº 18.362 de 1984

Catégorie

Définition

Réserve de Région Vierge

(Art. 4)

Aire où il existe des conditions primitives naturelles de flore, de faune, d’habitat et de communications, en l’absence de routes pour le trafic de véhicules à moteur, et préservée de toute exploitation commerciale. L’objectif de cette catégorie de gestion est de maintenir l’inviolabilité de ces réserves dans la mesure du possible, sauf pour la recherche scientifique dûment autorisée et pour l’ins­pec­tion de la part de la Corporation, ou à d’autres fins en accord avec les propos pour lesquels la réserve a été créée.

Parc National

(Art. 5)

Aire généralement étendue, où il existe une diversité de milieux uniques ou représentatifs de la diversité écologique naturelle du pays n’ayant pas été altérés de manière significative par l’action anthropique, capables de s’autoperpétuer et dans lesquels les espèces de flore et de faune ou les formations géologiques repré­sentent un intérêt éducatif, scientifique ou récréatif particulier. Les objectifs de cette catégorie de gestion sont la préservation d’échan­tillons de milieux naturels et des traits culturels et paysagers leur étant associés et, sous réserve de compatibilité, la réalisation d’activités d’éducation, de recherche ou de loisir.

Monument Naturel

(Art. 6)

Aire généralement réduite, caractérisée par la présence d’espèces natives de flore et de faune ou par l’existence de sites géologiques importants du point de vue paysager, culturel, éducatif ou scien­tifique. L’objectif de cette catégorie de gestion est la préservation d’échantillons de milieux naturels et des traits culturels et paysagers leur étant associés et, sous réserve de compatibilité, la réalisation d’activités d’éducation, de recherche ou de loisir.

Réserve Nationale

(Art. 7)

Aire dont il est nécessaire de conserver et d’utiliser les ressources naturelles avec une attention particulière, de par leur susceptibilité à subir des dégradations ou en raison de leur importance dans le maintien du bien-être de la communauté. Les objectifs de cette catégorie sont la gestion de la conservation et la protection de la ressource sol et des espèces sauvages menacées de faune et de flore, le maintien ou l’amélioration de la production hydrique, et le développement et l’application de technologies d’usage rationnel de la flore et de la faune.

Source : Biblioteca del Congreso Nacional de Chile

19Les Pehuenche s’y opposèrent, comme à Ralco, et la pression internationale aidant, les autorités militaires décrétèrent, en 1976, le statut de Monument Naturel de l’araucaria, interdisant de ce fait toute forme d’exploitation (Tableau 2). Cette mesure, d’une part, rendit obsolète le décret de 1969 qui réglementait la coupe d’araucaria ; d’autre part, elle rendit inopérant le statut de parc national conféré aux araucarias de Ralco, dont le champ d’action se limitait au seul Fundo Ralco. Le décret de 1976 généralisa la mesure sans discrimination géographique. S’initia alors une longue bataille juridique par laquelle les représentants de la société Galletué réclamèrent à l’État chilien dommages et intérêts, au vu des préjudices et pertes économiques engen­drées par l’interdiction absolue de toute forme d’exploitation. Le déroule­ment du procès leur donna raison. Mais plutôt que de dédommager la société Galletué, le régime militaire opta pour une levée du statut de Monu­ment Naturel attribué à l’araucaria.

20Ce fut un véritable retour en arrière pour les Pehuenche qui durent redoubler d’effort face à un exploitant décidé, cette fois, et avec le concours des forces publiques, à les expulser du Fundo Quinquén. Mais dans un contexte de recou­vrement progressif de la démocratie et d’une montée en puissance d’un mouvement mapuche relayé par une myriade d’alliés en tout genre, le conflit de Quinquén fut amplement médiatisé, au point de devenir l’un des sym­boles des luttes autochtones régionales. La pression fut telle que l’une des premières mesures du gouvernement de Patricio Aylwin – le premier prési­dent démo­cratiquement élu suite à la fin de la dictature en 1990 – consista à éteindre « l’incendie pehuenche » en rétablissant, dès 1990, le statut de Monument Naturel de l’araucaria.

  • 4 La Réserve Nationale Lago Galletué fut établie en 1991 sur des terres n’appartenant pas légalement (...)

21Dans la foulée, les autorités nouvellement élues annoncèrent leur intention d’exproprier les terres en litige au bénéfice de la création d’une vaste aire protégée – sous le nom de Réserve Nationale Lago Galletué – couvrant le Fundo Quinquén et d’autres propriétés alentours. Comme à Ralco, la mise en réserve des pinèdes d’araucaria fut donc perçue comme une alternative à une éventuelle sortie de crise. Mais en raison d’obstacles d’ordre légal liés à la faisabilité de ce projet, l’État dut y renoncer4. Les Pehuenche de Quinquén s’y étaient, de plus, fermement opposés, soutenant pour leur part l’idée d’une Réserve Pehuenche dont l’administration leur reviendrait. Plutôt que d’expro­­prier les terres en litige, l’État les racheta à la société Galletué pour ensuite les transférer à titre gracieux aux familles pehuenche (Bengoa, 1992).

L’écotourisme comme nouvel instrument de protection

22Dans les faits, les Pehuenche de Quinquén ne furent pas les seuls à avoir été affectés par les activités de la société Galletué. D’autres communautés voisines comme Huallen Mapu, Huenucal Ivante ou Pedro Calfuqueo d’Icalma le furent tout autant. Mais leur lutte fut moins médiatisée car, contrairement aux habitants de Quinquén, ces communautés étaient déjà assurées de la propriété de leurs terres depuis l’attribution des TM. Dans le courant de l’année 1992, l’ensemble de ces communautés se regroupèrent au sein de l’association Quimque Wentru – Conseil d’Hommes Sages –, dont la création visait entre autres à répondre aux appels à projets qui se multi­plièrent dans le sillage de la nouvelle Loi Indigène promulguée en 1993.

  • 5 La durée du voyage depuis les communautés pehuenche situées en milieu rural oblige très souvent à p (...)

23C’est ainsi qu’en 1997, avec le concours de diverses institutions privées, l’association put acquérir une maison dans le centre de Lonquimay. L’idée était d’en faire une auberge destinée aux membres des communautés formant l’association, afin de faciliter leurs séjours à Lonquimay où ils devaient se rendre périodiquement pour des motifs divers et passer une ou plusieurs nuits avant de repartir dans leur communauté d’origine5. Toutefois, on se rendit rapidement compte que l’auberge ne pourrait fonctionner sans apports extérieurs, constat sur la base duquel un projet de service d’hôtellerie et de restauration ouvert au public fut mis sur pied, afin de couvrir les dépenses liées à l’entretien de l’édifice. L’obtention d’un second projet permit alors l’inau­guration, en 1999, de l’auberge Follil Pewenche.

  • 6 Co-fondé en 2000 par WWF et CODEFF, le programme Fondo Bosque Templado est destiné au financement d (...)

24Mais surtout, un projet de l’association axé sur le développement de l’éco­tou­risme fut sélectionné dans le cadre du programme Fondo Bosque Templado (FBT)6 pour la période 2001-2004. Sa mise en œuvre permit d’incorporer une aire de camping en bordure du lac Galletué, ainsi qu’une station servant de point de départ à des excursions vers les plus beaux sites du secteur et à la découverte de ces forêts pour lesquelles les Pehuenche avaient tant lutté (Reyes, 2006). À partir de l’auberge, se mit ainsi en place un vaste projet touristique qui se proposa de faire front à l’exploitation forestière par la valorisation des forêts d’araucaria en tant que ressource paysagère, dans une perspective de développement durable.

  • 7 Le Parc Pehuenche de Quinquén n’est cependant pas unique en son genre. Le programme FBT a également (...)

25Aussi, dans le prolongement de ces initiatives, WWF impulsa la création du Parc Pehuenche de Quinquén, qui fut inauguré en mars 2009 et dont le propos était de renforcer les niveaux de responsabilité de la communauté dans la gestion et la conservation des ressources naturelles de son territoire, notam­ment par le biais de l’activité touristique. Dotée d’un tel statut, la communauté de Quinquén s’est donc convertie en une forme originale d’aire protégée privée, administrée par ses propres habitants. En concordance avec la recherche d’une gouvernance environnementale faisant la part large aux communautés locales dans la gestion de la biodiversité, ce parc permet aussi la reconnaissance des juridictions autochtones qu’il vient en quelque sorte consolider et légitimer (Aylwin & Cuadra, 2011)7. En ce sens, le Parc Pehuenche de Quinquén se distingue des figures classiques d’aires proté­gées, comme celle imposée en 1987 à Ralco qui reste sous contrôle de l’État.

Par-delà les apparences : des projets territoriaux concurrents

26La création du Parc puis de la Réserve Nationale Ralco, et l’attribution du statut de Monument Naturel à l’araucaria furent l’aboutissement des mobili­sations des communautés de Ralco et Quinquén qui s’opposèrent à la venue de sociétés forestières sur leur territoire. Epaulés par leurs alliés écologistes, les Pehuenche parvinrent à sensibiliser l’opinion publique et rallier les autorités chiliennes à leur cause. Si, en apparence, toutes les parties engagées dans ce processus de patrimonialisation y trouvèrent leur compte, il convient néanmoins de préciser que leur investissement respectif était en fait motivé par des façons divergentes d’envisager et de se représenter les forêts d’arau­caria. Ces représentations, comme je vais tenter de le démontrer dans cette troisième et dernière partie, sont révélatrices de projets territoriaux concur­rents, ce qui peut sembler paradoxal au regard des alliances sur lesquelles repose l’ensemble du processus de patrimonialisation préalable­ment décrit.

Une sacralité à toute épreuve ?

27C’est à l’argument de la sacralité attribuée à l’araucaria qu’il convient d’abord de s’intéresser. Cet argument mérite en effet attention, car tant les archives disponibles que la mémoire collective pehuenche indiquent que les activités d’extraction de l’araucaria se firent fort souvent avec le consentement des communautés ou, du moins, d’une partie d’entre elles. Si dans un premier temps, les Pehuenche se sont généralement opposés de façon unanime à la coupe de leurs forêts, il est arrivé que certaines commu­nautés ou leurs dirigeants signent finalement des contrats d’exploitation avec les sociétés fores­tières. Ce fut notamment le cas dans le début des années 1970 à Ralco, où les membres du directoire de la communauté de Ralco Lepoy consentirent à négocier l’exploitation des pinèdes du secteur. Comme en attestent plusieurs sources, un tel consentement se fit dans le cadre d’un contexte socio-économique extrêmement défavorable et d’une nécessité d’extrême urgence. Le traitement offert en contrepartie – 200 quintaux de farine – en témoigne (Molina & Correa, 1996).

28Cette transaction révéla néanmoins des tensions intracommunautaires qui s’exprimèrent par l’émergence de conflits liés, non pas à la coupe des araucarias en tant que telle, mais au montant et à la répartition des bénéfices générés par cette activité. Il fut ainsi reproché aux membres du directoire de la communauté de ne pas avoir partagé les 200 quintaux de farine, plutôt que d’avoir négocié secrètement l’exploitation des araucarias. Ce qui posa problè­me ne fut donc pas à proprement parler la coupe d’un arbre sacré, mais la faculté d’en déterminer les commanditaires et bénéficiaires. C’est en ces termes que semble pouvoir s’expliquer le consentement ou le refus des communautés pehuenche à l’exploitation de leurs forêts.

29Plus encore qu’à Ralco, l’histoire de la communauté de Pedregoso, voisine de Quinquén dans la commune de Lonquimay, est révélatrice de cette logique. À Pedregoso, l’exploitation de l’araucaria fut entreprise par deux sociétés forestières : la société Dillo dans le secteur de La Fusta, et la société Sierra Nevada dans le secteur Litrancura. Si chacune d’elles possédait la propriété légale des terrains exploités, elles empiétèrent cependant assez vite sur les terres pehuenche voisines. Comme dans beaucoup d’autres commu­nautés, le manque de clarté de la démarcation de la propriété sur le terrain laissa aux sociétés forestières le champ ouvert à l’exploitation des araucarias.

30C’est d’abord du débordement du Fundo La Fusta, situé à l’ouest de Pedregoso, que la coupe d’araucarias fit son entrée, dans le courant des années 1950. Les Pehuenche se mobilisèrent alors énergiquement afin de stopper la société Dillo, parvenant à signer le 29 mai 1958 un accord stipulant la limite officielle entre le Fundo La Fusta et leur communauté, et obligeant la société forestière à renoncer à l’usufruit des troncs déjà coupés dans la frange reconnue en propriété aux Pehuenche. Les problèmes ne furent pas pour autant réglés car, dans le courant des années 1960, de nouveaux litiges survinrent dans la délimitation du même secteur. Une nouvelle démarcation fut ainsi établie en 1964, à travers un nouvel accord obligeant cette fois la société forestière à racheter aux Pehuenche les troncs coupés dans le secteur en litige. L’extraction du bois signalé dans ce contrat prit fin dans le courant de l’année 1967 mais, dès 1968, un nouveau conflit surgit au sud-est de la communauté, aux abords du Fundo Litrancura.

31Comme dans le cas précédent, la société Sierra Nevada déborda sur les terres pehuenche, où elle initia la coupe d’araucarias. Là encore, les Pehuenche se mobilisèrent activement, parvenant à passer un accord avec les représentants de la société forestière. Selon cet accord, la propriété du Fundo Litrancura fut formellement reconnue aux Pehuenche qui, en contre-partie, se virent dans l’obligation de vendre à la société forestière les troncs déjà coupés dans le secteur en litige. Mais le même jour – 15 novembre 1973 –, ils signèrent un second contrat stipulant cette fois la vente de spécimens non encore exploités. Ils devinrent, en somme, partenaires de plein gré de la société forestière. Des réactions se firent toutefois sentir au sein même de la com­munauté : le 26 novembre 1973, un groupe s’identifiant comme Comité Majo­ritaire de la communauté écrivit une lettre au Directeur de l’Institut de Développement Indigène (IDI) afin de manifester son opposition à la signature de ce contrat. Les raisons motivant cette opposition méritent d’être soulignées :

La majeure partie des habitants de la Réduction a été informée qu’un groupe minoritaire prétend, non sans causer de graves préjudices aux intérêts de la communauté, souscrire un contrat d’exploitation de pins d’araucaria, coupés et non coupés, avec la Société Agricole Sierra Nevada qui payerait par pouce un prix très inférieur à celui des cours du marché.

32À l’évidence, l’opposition pehuenche à l’exploitation de l’araucaria ne se fonde pas, dans le cas présent, sur une mise en avant de la sacralité de ces forêts, mais sur un argument d’ordre plus pragmatique, lié au prix de rente de l’activité d’extraction. Comme à Ralco, l’exploitation forestière suscita donc à Pedregoso un conflit intracommunautaire entre deux factions cher­chant chacune à protéger ses propres intérêts. Mais à Pedregoso, l’ensemble de la communauté put en définitive bénéficier de la rente forestière, un nouveau contrat ayant été finalement signé en avril 1974 avec la société Sierra Nevada.

33Par ailleurs, de nombreux Pehuenche furent directement embauchés comme main-d’œuvre par la société forestière. Il semble, dès lors, que l’exploitation forestière ait été perçue, à Pedregoso, comme une véritable opportunité. Il est fort probable que les membres de la communauté aient visualisé, d’une part, l’importance de la rente engagée et, d’autre part, surtout, son immé­diateté. Les bénéfices qu’ils pourraient tirer, à court terme, de la coupe de leurs forêts dotèrent l’araucaria d’une valeur ajoutée incommensurable à celle obtenue, à moyen et long termes, de la collecte du pignon. Il ne put en être ainsi à Ralco et Quinquén où, en l’absence de droits de propriété autoch­tones, l’exploitation forestière se fit au détriment des communautés qui n’en bénéficièrent finalement pas ou peu. Dans ces deux secteurs, même les ouvriers vinrent de l’extérieur – et plus spécifiquement de Pedregoso dans le cas de Quinquén, ce qui fit l’objet de vives tensions entre les deux communautés.

34Les tensions intra et intercommunautaires générées par la présence des sociétés forestières aux abords et à l’intérieur des communautés pehuenche permettent ainsi de relativiser ou, du moins, de contextualiser la sacralité attribuée au pin des Andes dans l’argumentaire pehuenche. La mobilisation d’un tel argument pourrait n’être qu’instrumentale, dans la mesure où sa mise en avant répond visiblement à des objectifs plus pragmatiques, liés au contrôle de la ressource forestière. L’enjeu de la lutte pehuenche ne semble donc pas tant résider dans la sacralité du conifère, ni d’ailleurs dans une quelconque mesure de protection à son égard, que dans la reconnaissance, aux commu­nautés, d’une capacité de gestion et d’administration de leur propre territoire. Le conflit généré par l’exploitation des forêts d’araucaria se voit ainsi traversé d’une dimension éminemment politique liée à l’accès concurrentiel à une ressource hautement convoitée.

Sanctuarisation ou déterritorialisation ?

35Si le contexte initial était fort semblable à Ralco et Quinquén, et si l’évolu­tion parallèle dans chacun de ces secteurs présente également de nombreuses coïncidences, la situation actuelle n’est pourtant pas comparable en tous points. Certes, tant à Ralco qu’à Quinquén il existe aujourd’hui une aire proté­gée, produit de la lutte menée par le passé par les communautés pehuenche. Mais l’une est publique – la Réserve Nationale Ralco – et a été imposée par l’État qui l’administre à travers la Corporation Nationale Forestière (CONAF, organisme public chargé de la gestion des forêts au Chili), et l’autre privée – le Parc Pehuenche de Quinquén –, placée sous contrôle des Pehuenche qui en ont été les promoteurs avec le concours de leurs alliés écologistes. À Quinquén, pourtant, l’État tenta également, sans y parvenir, de créer une aire protégée, comme cela a été mentionné plus haut.

36Si la proposition d’inclure les forêts d’araucaria au sein d’aires protégées semble de prime abord relever d’une bonne intention, elle peut en même temps constituer une sortie de crise potentiellement intéressante et avanta­geuse pour l’État qui renforce indéniablement son emprise sur le territoire concerné. On peut en effet se demander si la création de réserves à Ralco et à Quinquén était vraiment nécessaire alors que le statut de Monument Naturel avait par ailleurs déjà été conféré à l’araucaria. Quelle pouvait être l’utilité de ce double mouvement de sanctuarisation ? Au vu du rôle historiquement joué par les aires protégées en tant que mécanisme d’appropriation territo­riale dans la région (Sepúlveda & Guyot, 2016), l’insistance manifeste à « surprotéger » les forêts d’araucarias ne semble pas répondre précisément à une simple considération d’ordre environnementale, mais plutôt à la volonté de l’État de ne pas perdre la main sur une portion stratégique du territoire national.

37Là où la création d’une réserve nationale pose problème, c’est sur son mode de gestion et d’administration dont les communautés locales sont tout simple­ment exclues. Placée sous contrôle d’une administration fortement hiérar­chisée, la réserve répond à une forme de gouvernance ne laissant pas ou peu de marge d’action aux communautés locales. Un plan de gestion précisant la zonification de la réserve et les grandes lignes d’action est établi puis renou­velé tous les dix ans, mais sans prise en compte de l’opinion des commu­nautés locales. Ce sont des consultants externes mandatés par la CONAF qui se chargent de l’élaborer. Suivant cette même logique, il est important de noter que la réserve est placée sous contrôle d’un fonctionnaire qui y réside et se charge de l’administrer au quotidien. S’il a sous sa respon­sabilité la tutelle de plusieurs garde-parcs, il est néanmoins soumis, à son tour, à une hiérarchie l’obligeant à rendre des comptes à un Chef Provincial chargé des Aires Protégées, lui-même soumis à un Directeur Provincial et un Chef Régional du Patrimoine Naturel, dépendant tous deux d’un Directeur Régional.

  • 8 Il arrive néanmoins que la CONAF embauche des garde-parcs pehuenche dans la Réserve Nationale Ralco (...)

38Les décisions concernant le devenir du territoire protégé ne sont donc pas prises in situ, mais par des fonctionnaires ne connaissant souvent pas ou peu la réalité du terrain. Les communautés locales n’ont en définitive aucune prise véritable quant à l’administration et au mode de gestion d’une aire protégée décrétée de facto sur leurs terres. La figure du garde-parc, repré­sentant direct de l’institution administrant l’aire protégée, entre à ce titre ouvertement en conflit avec celle du lonko – terme mapuche signifiant « tête » et se référant au chef coutumier. À Ralco, notamment, des tensions sont palpables sur le terrain quant à savoir qui parviendra le mieux à asseoir son autorité sur les terres de l’aire protégée dont l’extension, rappelons-le, englobe les veranadas pehuenche, traditionnellement administrées par le lonko. Les membres de la communauté, quant à eux, se jouent de ces riva­lités, s’en remettant alterna­tivement à l’une ou à l’autre de ces figures en fonction de leurs intérêts, ce qui, dans les faits, contribue à éroder plus encore le pouvoir des autorités coutumières. Les communautés pehuenche se voient ainsi confrontées à un inexorable processus de déterritorialisation, c’est-à-dire de dépossession et perte de contrôle de leur territoire8.

39Outre la « spoliation administrative » que signifie l’imposition de l’aire protégée, sa création implique également une forme de dépossession plus directement perceptible, se traduisant par l’entrée de touristes investissant l’aire protégée comme un vaste parc qu’ils sillonnent à leur convenance. À Ralco toujours, c’est effectivement la CONAF qui gère leur entrée et administre le camping situé aux abords du lac La Mula. Les Pehuenche, eux, n’exercent aucune forme de contrôle sur cette activité, voyant ainsi les touristes aller et venir librement dans leur territoire. À Quinquén, la création d’un « parc pehuenche » et la prise en main, par les habitants de la commu­nauté, du développement touristique semblerait a priori plus à même de faciliter le maintien ou la reprise d’un contrôle effectif, par les Pehuenche, de leur territoire. Si le rôle des alliés écologistes à cet égard est indiscutable, leur participation à ce processus mérite néanmoins d’être interrogé à l’aune de leurs projets et de la façon dont cela peut in fine impacter le rapport des Pehuenche à leur territoire et leurs forêts.

Empowerment ou éco-conquête ?

40Dans le sillage des premières mesures de patrimonialisation de l’araucaria, les autorités militaires impulsèrent également, en 1983, l’inscription à l’UNESCO de la Réserve de la Biosphère Araucarias. Cette entité n’englobait alors que la Réserve Nationale Alto Bío-Bío et le Parc National Conguillío, fondés respectivement en 1912 et 1950 et couvrant chacune de vastes pinèdes d’araucaria. À l’époque de leur création, ces deux aires protégées avaient davantage été envisagées dans une perspective ressourciste qu’en réponse à une préoccupation d’ordre environnementale (Sepúlveda & Guyot, 2016). En 2010, toutefois, un projet d’extension de la Réserve Araucarias fut validé par l’UNESCO, permettant d’incorporer non moins de huit aires protégées supplé­mentaires qui couvrent l’ensemble des forêts d’araucaria de la région9.

  • 10 Une écorégion est une entité formant un ensemble éco-géographique reposant sur des caractéristiques (...)

41Ces mêmes forêts ont par ailleurs également été intégrées dans l’une des 867 écorégions identifiées par WWF10 : l’écorégion valdivienne, qui constitue l’une des deux plus grandes aires mondiales de forêts primaires situées en zone côtière et soumises à un climat tempéré pluvieux. Cette spécificité lui a d’ailleurs valu de figurer au palmarès établi par l’ONG, dans le cadre de son programme Global 200, des 238 écorégions les plus représentatives de la planète (Tecklin & Catalán, 2006). Correspondant, dans sa moitié nord, au territoire mapuche historique, l’écorégion valdivienne embrasse l’ensemble des forêts d’araucaria du Chili, par-delà toute délimitation administrative, contrairement à la Réserve Araucarias qui se circonscrit à la Région de La Araucanía, excluant de son périmètre les pinèdes les plus septentrionales situées dans la Région du Bío-Bío – où se situe notamment la Réserve Nationale Ralco.

42Plus que se compléter ou se renforcer mutuellement l’une et l’autre, ces deux initiatives semblent indéniablement se constituer en projets territoriaux concur­rents. De fait, WWF semble résolue à prendre le pas sur l’État en matière de protection de l’environnement. Par le biais du FBT, et conjointe­ment à CODEFF, l’ONG soutient notamment la formation d’un vaste réseau régional d’aires protégées publiques et privées dont elle entend assurer la supervision. CODEFF, pour sa part, impulse aussi, depuis 1997, la création d’un Réseau d’Aires Protégées Privées (RAPP) et a signé, en 2005, une convention avec la CONAF : Rapid Assessment and Prioritization of Protected Area Management (RAPPAM), pour le suivi et l’évaluation des aires protégées publiques.

43De telles initiatives semblent relever du registre de « l’éco-conquête », dans le sens où tant CODEFF que WWF œuvrent à l’évidence à la mise en place d’un projet territorial basé sur l’appropriation réelle ou virtuelle d’espaces à forte valeur écologique (Guyot, 2011). C’est précisément dans ce cadre que la présence à Quinquén des deux ONG et l’impulsion du Parc Pehuenche doivent être replacées ; et l’on peut dès lors se questionner sur les jeux de pouvoir et formes éventuelles d’instrumentalisation dont les communautés pehuenche peuvent faire l’objet. Quels bénéfices les communautés autoch­tones comme celle de Quinquén tirent-elles des projets de protection de la nature impulsés par leurs alliés écologistes ? Quels intérêts et quelles formes d’appropriation et de contrôle territorial ces projets servent-ils vraiment ?

En guise de conclusion

44Ce parcours immersif dans les forêts d’araucarias des Andes chiliennes fait apparaître que la production de géographies autochtones du sacré ne peut être entendue sans prise en compte des contextes et conjonctures spécifiques qui leur donnent corps. Les lieux sur lesquels reposent et s’articulent ces géographies ne peuvent être posés a priori, comme allant-de-soi, ni considé­rés comme des réalités immuables et atemporelles. L’expérience pehuenche semble plutôt montrer que la sacralité que les peuples ou communautés autochtones peuvent attribuer à certains lieux ou certains espaces ne prend pleinement sens qu’à travers les interrelations étroites entre une multitude de dimensions qui informent et contraignent leur quotidien. Les géographies autochtones du sacré apparaissent ainsi tout autant ancrées dans des ontologies et rapports au monde singuliers qu’elles sont façonnées par des processus politiques, sociaux et économiques en constante recomposition.

45À ce titre, les liens que les Pehuenche entretiennent aujourd’hui avec les pinèdes d’araucarias résultent autant d’une culture que d’une histoire parti­cu­lières, d’une façon toute à eux de concevoir le monde environnant et de s’y projeter que de l’imposition coloniale, la dépossession territoriale et les différentes formes d’injustice socio-spatiales auxquelles ils ont été confron­tés au cours du dernier siècle et demi. On peut alors se demander si ces forêts revêtiraient la même sacralité si la définition des droits fonciers et des modes de gouvernance environnementale avait permis aux communautés qui les parcourent de leur en assurer l’usufruit. Dit autrement, la sacralité attri­buée à ces pinèdes n’en fait-elle pas en définitive un espace autant politique que culturel ?

46La polémique générée entre 2016 et 2017 autour d’une possible reclassifica­tion de l’araucaria en tant qu’espèce « en voie d’extinction » – ce qui aurait notamment eu pour effet d’interdire purement et simplement aux Pehuenche d’en collecter les pignons – est à ce propos fort éclairante. Les arguments des tenants d’une telle proposition, qui affirmaient vouloir par-là même assurer la préservation de la culture pehuenche, montre combien le processus de patrimonialisation du pin des Andes repose aujourd’hui encore, comme par le passé, sur des représentations divergentes pouvant être sources de fortes tensions entre les différents acteurs en présence. À l’encontre de toute attente, l’argument de la sacralité pourrait donc bien aussi se refermer comme un piège œuvrant à l’approfondissement de formes d’exclusions et d’injustices socio-spatiales ancrées dans l’épaisseur d’une imposition colo­niale dont les peuples autochtones cherchent tant bien que mal à se départir.

Haut de page

Bibliographie

AMELOT Xavier, ANDRÉ-LAMAT Véronique, 2009, « La nature enfermée ou l’aire protégée comme norme de protection d’un bien commun menacé », Géographie et Cultures, n° 69, p. 81‑96.

AYLWIN José, CUADRA Ximena, 2011, Los desafíos de la conservación en los territorios indígenas en Chile, Temuco, Observatorio de los Derechos de los Pueblos Indígenas, 128 p.

BENGOA José, 2000, La emergencia indígena en América Latina, Santiago, Fondo de Cultura Económica, 341 p.

BENGOA José, 1992, Quinquén, 100 años de historia pehuenche, Santiago, Ediciones ChileAmérica CESOC, 141 p.

BENGOA José, 1990, « Breve historia de la legislación indígena en Chile », Anuario Indigenista, vol. 29, p. 17-57.

CATALÁN Rodrigo, 2006, « Aspectos fundamentales en la gestión comunitaria de bosques en Chile: la experiencia del Fondo Bosque Templado », in Rodrigo Catalán, Petra Wilken, Angelika Kandzior, David Tecklin & Heinrich Burschel (ed.), Bosques y comunidades del sur de Chile, Santiago, Editorial Universitaria, p. 107-118.

FOUACHE Éric, FOUACHE Cécile, SYREN Christine, 2009, « Le ‘Sickness Country’ (Parc de Kakadu, Australie) : un espace à protéger entre le mythe et la réalité », Géographie et Cultures, n° 69, p. 115-134.

GONZÁLEZ Héctor, 1986, « Propiedad comunitaria o individual. Las leyes indígenas y el pueblo mapuche », Nütram, vol. 2, n° 3, p. 7-13.

GUYOT Sylvain, 2011, « The eco-frontier paradigm: rethinking the links between space, nature and politics », Geopolitics, vol. 16, nº 3, p. 675-706.

HUILIÑIR Viviana, 2010, « El rol de las veranadas en el territorio pewenche del Alto Bío-Bío. Sector Lonquimay, IX Región », Despertando Latitudes, nº 2, p. 17‑24.

MARCHANT Carla, 2019, « La práctica trashumante pehuenche en la Araucanía andina : una forma de construir y habitar los territorios de montaña del sur de Chile », Revista de Geografía Norte Grande, nº 74, p. 187-206.

MOLINA Raúl, CORREA Martín, 1996, Territorio y comunidades pehuenches del Alto Bío-Bío, Santiago, Corporación Nacional de Desarrollo Indígena, 225 p.

OTERO Luis, 2006, La huella del fuego. Historia de los bosques nativos. Pobla­miento y cambios en el paisaje del sur de Chile, Santiago, Pehuen Editores, 171 p.

REYES Carmen Gloria, 2006, « Ecoturismo para la protección de la araucaria: un desafío para la asociación pehuenche Quimque Wentru de Lonquimay », in Rodrigo Catalán, Petra Wilken, Angelika Kandzior, David Tecklin & Heinrich Burschel (ed.), Bosques y comunidades del sur de Chile, Santiago, Editorial Universitaria, p. 300‑307.

SEPÚLVEDA Bastien, 2020, « Conflicto y (re)producción de espacio en tierra pewenche: disputas en torno a la Reserva Nacional Alto Bío-Bío, Lonquimay », CUHSO, vol. 30, nº 2, p. 41-70.

SEPÚLVEDA Bastien, 2012a, « Pentecôtisme et recompositions territoriales autochtones dans le Chili central. Le cas des communautés pehuenches de Lonquimay », Territoire en Mouvement, nº 13, p. 84-101.

SEPÚLVEDA Bastien, 2012b, « Gestion participative en territoires autochtones : disputes autour d’une aire protégée dans les Andes chiliennes », Cahiers de géographie du Québec, nº 159, p. 621-639.

SEPÚLVEDA Bastien, GUYOT Sylvain, 2016, « Escaping the border, debordering the nature: protected areas, participatory management, and environmental security in Northern Patagonia (i.e. Chile and Argentina) », Globalizations, vol. 13, nº 6, p. 767‑786.

TECKLIN David, CATALÁN Rodrigo, 2006, « La gestión comunitaria de los bosques nativos en el sur de Chile: situación actual y temas en discusión », in Rodrigo Catalán, Petra Wilken, Angelika Kandzior, David Tecklin & Heinrich Burschel (ed.), Bosques y comunidades del sur de Chile, Santiago, Editorial Universitaria, p. 19-39.

ZAVALA José Manuel, 2000, Les Indiens mapuche du Chili. Dynamiques inter-ethniques et stratégies de résistance, XVIIIe siècle, Paris, L’Harmattan, 297 p.

Haut de page

Notes

1 Chiffres extraits du site officiel du recensement de 2017 : https://resultados.censo2017.cl/

2 Le nguillatun est la plus importante cérémonie du complexe rituel autochtone. Réalisé cycliquement – une à trois fois par an selon les secteurs –, il constitue une instance d’intermédiation permettant à la communauté de remercier le divin pour sa générosité et de l’implorer pour les récoltes futures et le bien-être de l’humanité.

3 Article 53 de la Loi nº 17.699 du Ministère des Terres et de la Colonisation, du 14 août 1972, qui « autorise les municipalités, institutions, entreprises de l’État et personnes juridiques indiquées à céder tout type de biens au Fisc ».

4 La Réserve Nationale Lago Galletué fut établie en 1991 sur des terres n’appartenant pas légalement à l’État, rendant ainsi inconstitutionnel son décret de création. L’État ne matéria­lisa jamais sa présence sur le terrain et, peu de temps après sa création, la réserve fut tout simplement désaffectée.

5 La durée du voyage depuis les communautés pehuenche situées en milieu rural oblige très souvent à passer la nuit à Lonquimay, signifiant un coût considérable pour les familles concer­nées. En outre, les transports publics ne desservent pas systématiquement ces secteurs qui deviennent difficilement accessibles en saison hivernale en raison des importantes chutes de neige.

6 Co-fondé en 2000 par WWF et CODEFF, le programme Fondo Bosque Templado est destiné au financement de projets de conservation des forêts primaires de « l’écorégion valdi­vienne » (Catalán, 2006).

7 Le Parc Pehuenche de Quinquén n’est cependant pas unique en son genre. Le programme FBT a également soutenu la constitution du Réseau de Parcs Communautaires Mapu Lahual dans sept communautés huilliche du secteur côtier de Maicolpué de la Région de Los Lagos.

8 Il arrive néanmoins que la CONAF embauche des garde-parcs pehuenche dans la Réserve Nationale Ralco. Mais, à l’image des « rangers aborigènes » du Parc National de Kakadu rencontrés par Fouache et al., ceux-ci restent « cantonnés pour la plupart aux fonctions d’exécution » (Fouache et al., 2009, p. 130). L’un de ces garde-parcs, interviewé lors d’une visite sur le terrain, me confia avoir le sentiment que son embauche servait en fait de « vitrine » à l’institution, afin de montrer l’intégration des Pehuenche aux fonctions de gestion de la réserve.

9 Détails disponibles sur le site de la CONAF : http://www.conaf.cl/parques-nacionales/reservas-de-la-biosfera/ (consulté le 10/02/22).

10 Une écorégion est une entité formant un ensemble éco-géographique reposant sur des caractéristiques à la fois géologiques, édaphiques, géomorphologiques, hydrographiques, climatiques et/ou biologiques singulières (Amelot & André-Lamat, 2009).

Haut de page

Table des illustrations

Titre Figure 1 – Araucarias, Réserve Nationale Ralco
Crédits Source : B. Sepúlveda, 2007.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/gc/docannexe/image/18714/img-1.png
Fichier image/png, 1,6M
Titre Figure 2 – Communautés pehuenche de l’Alto Bío-Bío
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/gc/docannexe/image/18714/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 379k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Bastien Sepúlveda, « Les Pehuenche et la patrimonialisation de leur arbre sacré »Géographie et cultures, 118 | 2021, 57-77.

Référence électronique

Bastien Sepúlveda, « Les Pehuenche et la patrimonialisation de leur arbre sacré »Géographie et cultures [En ligne], 118 | 2021, mis en ligne le 21 septembre 2023, consulté le 22 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/gc/18714 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/gc.18714

Haut de page

Auteur

Bastien Sepúlveda

Membre associé à l’UMR SENS
bastien_sepulveda@yahoo.fr

Articles du même auteur

  • Questions et débats autour des revendications territoriales mapuches au Chili
    Indigenous identities, territory and urbanity: the territorial claims of Mapuches (Chile)
    Paru dans Géographie et cultures, 81 | 2012
Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search