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Chroniques

Colloque – Imane Achouche et Sonia Mzali (org.), DIĜIR : Divine, God-desses, Ideologies and Religion

Sarah Courtoy, Marie Danckaert et Cigdem Kaya

Texte intégral

1Le cycle de journées d’étude DIĜIR (dieu ou déesse en sumérien, et acronyme de Divine, Goddesses, Ideologies and Religion), organisées par les doctorantes Imane Achouche (Université de Liège – UR Mondes anciens) et Sonia Mzali (Université de Lille, HALMA – UMR 8164), a pour objectif de favoriser les échanges entre jeunes chercheur·euse·s et scientifiques confirmé·e·s. La première édition, organisée à l’Université de Liège en mai 20231, expose les difficultés méthodologiques rencontrées dans le cadre de la recherche concernant les pratiques cultuelles en Asie occidentale cunéiforme – désignation qui englobe la région communément désignée sous le terme de « Proche-Orient », suivant une perspective basée sur la position géographique plutôt qu’un cadre de référence centré sur l’Europe. Les sources mobilisées sont issues de domaines variés et de contextes géographiques et chronologiques parfois très éloignés.

2La première session « Rituels et pratiques cultuelles » se compose de deux communications concernant des rituels funéraires. Débutant avec « Le marzēaḥ, un rituel funéraire ? », Jan Tavernier (Université catholique de Louvain, FIAL, INCAL, CIOL) expose la difficulté d’attribuer une fonction précise au marzēaḥ (association, fête religieuse accompagnée d’un banquet) en se basant sur un nombre limité de textes couvrant une ère chronologique de plusieurs millénaires. Il indique que l’appréciation de la cérémonie diffère selon l’époque et le lieu de production des textes. De plus, ceux-ci ne se situent que très rarement de manière explicite dans le domaine funéraire. Denis Lacambre (Université de Lille, HALMA – UMR 8164) poursuit avec « Un rituel funéraire dans la documentation administrative paléobabylonienne de Chagar Bazar » en se concentrant sur quelques passages issus de l’administration de Chagar Barzar à l’époque de Samsῑ-Addu et leurs implications. En effet, ceux-ci mentionnent l’existence de bovins sacrificiels destinés aux rituels funéraires. Selon les textes, les animaux peuvent être consommés au cours de banquets funéraires ou placés dans les tombeaux. Néanmoins, ces pratiques ne sont pas attestées par l’archéologie. Cela est peut-être lié au fait que le site n’a été fouillé que partiellement. Certains bâtiments mentionnés dans les sources textuelles, comme les temples, n’ont pas encore été entièrement localisés. La documentation donne cependant une idée du fonctionnement de l’économie du complexe palatial. La disparité entre la documentation épigraphique et archéologique est importante sur ce site.

3La deuxième session « Fonctions et attributs » se compose de trois communications traitant de la représentation du pouvoir et des dieux. Par le biais de son étude iconographique « Des dieux ou des hommes ? Une relecture du style glyptique protoélamite classique », Clélia Paladre (Musée du Louvre, ArScAn-VEPMO – UMR 7041) s’intéresse à des scènes illustrant des animaux en attitude humaine. Selon Clélia Paladre, les animaux puissants tels que les lions et aurochs, figurés d’après un code bien établi, représentent de manière symbolique les détenteurs du pouvoir politique. L’intervenante note l’importance de sortir du prisme religieux pour interpréter ces motifs qu’elle qualifie de formules iconographiques diplomatiques permettant d’illustrer les rapports entre les différents acteurs du pouvoir de la région. Le développement de ces scènes à Suse, conjoint avec les textes, illustre un imaginaire commun pour l’ensemble du plateau iranien. La contribution « Healing Deities Worshiped in 2nd and 1st Millennium Assyria and Babylonia », que Dániel Ligeti (Pázmány Péter Catholic University) a préféré renommer le jour même « Iconographical Aspects of 2nd and 1st Millennium Mesopotamian Healing Deities », est le fruit de recherches iconographiques toujours en cours, débuté il y a deux ans. Le projet vise à identifier un groupe de divinités aux fonctions guérisseuses, à clarifier leurs fonctions et à esquisser une chronologie de leurs représentations au travers de divers supports d’image. Une part importante de cette étude est consacrée à Gula, la grande divinité guérisseuse de la Mésopotamie, dont le chien est l’un des attributs. Cet animal étant également associé à d’autres divinités, une question cruciale doit être formulée : quels critères doivent être réunis pour que le motif du chien soit considéré comme le symbole de Gula ? Au travers de « Interdisciplinary methodology applied to the study of celestial bodies in Mesopotamia: the case of the Pleiades », Maria-Teresa Renzi-Sepe (Freie Universität Berlin, Institut für Wissensgeschichte des Altertums, Universität Leipzig, Altorientalisches Institut) cherche à conceptualiser les Pléiades et à comprendre leur perception au sein du monde mésopotamien à travers le prisme linguistique. La reconstruction de ce concept, qu’il s’agisse de considérer ces corps célestes comme des représentations anthropomorphiques des dieux ou d’ancêtres divinisés, est rendue possible grâce à l’utilisation de l’intertextualité. Les similarités entre les proverbes, les citations, les toponymes, les mythes, et leurs usages dans le cadre de la divination et des présages ouvrent la voie à une meilleure compréhension du concept du divin en Mésopotamie.

4La troisième session « Lieux et matériel du culte » se compose de trois communications dédiées aux aspects tangibles des cultes. Avec « Trade for the Gods… How to Retrace the Gifts for the Gods in Neo-Elamite Cultic Practice? », Elynn Gorris (Université catholique de Louvain, FNRS, INCAL) étudie les offrandes destinées aux dieux néoélamites et constate qu’elles sont exclusivement animales (chèvre, ibex, mouton…), les produits de luxe étant offerts aux dieux étrangers, notamment babyloniens, pour des raisons politiques et diplomatiques. En se penchant sur « L’instauration du sanctuaire d’Inanna à Uruk : l’Eanna III », Hugo Naccaro (Université Paris 1 – Panthéon-Sorbonne, ArScAn-VEPMO – UMR 7041) analyse les transformations du centre de cette célèbre cité à la charnière entre le IVe et IIIe millénaire av. n.è. Il s’agit d’une période de transition, durant laquelle les grands éléments du panthéon des périodes suivantes se mettent en place. Cette transition est particulièrement visible dans la troisième phase de l’Eanna d’Uruk, durant laquelle le sanctuaire d’Inanna se met en place. De nouveaux bâtiments sont construits, et les grands éléments des périodes suivantes apparaissent, notamment la haute terrasse et les annexes du sanctuaire. En analysant « Les statues divines et les objets appartenant aux dieux en Mésopotamie durant la période paléobabylonienne (env. 2000‑1595 av. n.è.) », Michèle Maggio (Université du 3e Âge, collaboratrice scientifique à l’Université de Liège) présente les statues de dieux qui, en tant qu’auras divines rendues réelles et palpables, devaient resplendir par leurs ornements. Divers textes, tels que des documents de la pratique, des noms d’années de rois, des lettres, ou encore des archives de temples, mentionnent effectivement les ornements offerts aux statues divines et les dons offerts aux temples.

5La quatrième session « Une approche anthropologique » se compose de trois communications présentant l’usage de l’anthropologie dans un processus de recherche. Maria Grazia Masetti-Rouault (École pratique des hautes études, Orient Méditerranée – UMR 8167), avec « Possessions et prophétisme : dieux et humains en contact et en communication dans la culture et les savoirs mésopotamiens », expose les limites des recherches basées essentiellement sur des sources textuelles. Celles-ci permettent difficilement une étude anthropologique directe de la religion syro-mésopotamienne. En revanche, les cas de possessions sont bien attestés. Ainsi, des prophéties causées par une possession divine sont clairement mentionnées dans les archives de Mari et Ninive. Tout au long d’« Hittitologie et anthropologie des religions : explorations et perspectives », Alice Mouton (CNRS – UMR 8167) expose le cas du corps humain dans les expressions idiomatiques et les rituels hittites. Celui-ci peut notamment symboliser l’appartenance à un groupe, un état, ou une identité, et est donc aussi utilisé dans les rituels impliquant un changement d’état ou d’identité. Anne-Caroline Rendu-Loisel (Université de Strasbourg – UMR 7044) présente dans « Émotions et pratiques rituelles. L’exemple du projet de recherche Krank vor Angst » une base de données traitant des maladies et des émotions négatives en Mésopotamie2. Des domaines divers tels que la philologie, la médecine, l’histoire sociale, l’archéologie, l’anthropologie et l’iconographie sont mobilisés dans cette base de données, qui présente inévitablement des inégalités de corpus, de développement de la recherche et d’outils méthodologiques. L’auteure note également une non-adéquation entre les données archéologiques et les données philologiques.

6Au-delà des difficultés méthodologiques rencontrées par chaque participant·e, le colloque expose aussi les solutions mises en place pour y répondre. Celles-ci illustrent l’importance de la collaboration et des emprunts entre disciplines afin de mieux comprendre les pratiques cultuelles de l’Asie occidentale cunéiforme. Une seconde édition des journées d’étude, intitulée « Arts et artisanats associés aux pratiques cultuelles dans l’Asie occidentale cunéiforme », aura lieu les 15 et 16 avril 2024 à Lille.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Sarah Courtoy, Marie Danckaert et Cigdem Kaya, « Colloque – Imane Achouche et Sonia Mzali (org.), DIĜIR : Divine, God-desses, Ideologies and Religion »Frontière·s [En ligne], 9 | 2023, mis en ligne le 20 décembre 2023, consulté le 16 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/frontieres/1999 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/frontieres.1999

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Auteurs

Sarah Courtoy

Étudiante de Master 2 en histoire de l’art et archéologie, option assyriologie, Université de Liège

Marie Danckaert

Étudiante de Master 2 en histoire de l’art et archéologie, option assyriologie, Université de Liège

Cigdem Kaya

Diplômée en histoire de l’art et archéologie, option assyriologie, Université de Liège

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Droits d’auteur

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