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Comptes rendus

Marie-Brigitte Carre et Pierre Excoffon (éd.), Les ports dans l’espace méditerranéen antique. Fréjus et les ports maritimes

Alex Sabastia
Référence(s) :

Marie-Brigitte Carre, Pierre Excoffon (éd.), Les ports dans l’espace méditerranéen antique. Fréjus et les ports maritimes, Aix-en-Provence, Presses universitaires de Provence, Bibliothèque d’archéologie méditerranéenne et africaine  30, 2021, 361 p., EAN : 9791032003480

Texte intégral

  • 1 Jézégou M.-P. et Sanchez C. (éd.) 2016, Les ports dans l’espace méditerranéen antique. Narbonne et (...)

1Ce volume réunit une série de communications présentées lors du colloque international Les ports dans l’espace nautique méditerranéen antique. Fréjus et les ports maritimes qui s’est tenu les 16 et 17 novembre 2018. Organisée par la Direction de l’archéologie et du patrimoine de la Ville de Fréjus, en association avec le Centre Camille Jullian et la Société d’histoire de Fréjus et sa région, cette rencontre constituait le second volet d’une paire de colloques au titre volontairement fédérateur Les ports dans l’espace maritime antique dont la première manifestation, dédiée plus particulièrement aux systèmes portuaires fluviolagunaires a été publiée en 20161. Ce colloque s’inscrit dans une dynamique particulièrement active de recherche autour des espaces portuaires, en France comme à l’étranger, qui voit se développer de nombreux évènements dédiés à cette question, faisant par ailleurs peser le risque de redondance dans la présentation des résultats acquis sur les sites les plus importants.

2Après une partie introductive et un hommage à la mémoire du regretté Simon Keay, l’ouvrage est organisé en trois sections qui réunissent dix-neuf contributions, signées par quarante et un auteurs.

  • 2 Brandon C.J., Hohlfelder R.L., Jackson M.D., Oleson J.P. et Bottalico L. 2014, Building for Eternit (...)

3La première section, consacrée aux « éléments structurels des ports antiques et leurs représentations » s’ouvre sur un résumé des travaux du groupe Romacons, dont les résultats ont été publiés en 20142 mais dont Christopher Brandon (p. 13‑21) propose ici un condensé en français. La présentation des travaux menés sur l’île de Pag en Croatie par Giulia Boetto et Irena Radić Rossi (p. 23‑40) offre un contrepoint bienvenu en livrant un aperçu de la diversité des techniques qui peuvent être mises en œuvre dans le cadre d’un aménagement littoral, avec, outre la mise en place d’un système de caissons en bois, le réemploi de quatre navires antiques chargés puis recouverts de pierres, qui trouve des comparaisons avec d’autres ports de Méditerranée. Jonathan Christiansen rappelle ensuite l’importance de la signalisation pour la sécurité des navigateurs (p. 41‑52), alors qu’Hélène Rougier présente la diversité des métiers portuaires (p. 53‑68) entre la fin du ier siècle av. et le début du iiie siècle n.è., vu sous le prisme de l’épigraphie. La représentation des ports est abordée dans deux articles. Xavier Lafon s’est concentré sur les supports peints et les mosaïques (p. 69‑90) alors que Florian Grimaldi (p. 91‑110) a traité l’aspect monétaire de la question. Le nombre et la qualité des illustrations mettent en valeur ces images stéréotypées répondant à une logique esthétique et ne permettant pas toujours d’identifier le site auquel elles se rattachent. Le port est caractérisé par ses infrastructures les plus monumentales dont les détails sont souvent mis à profit pour l’interprétation des sites récemment étudiés, y compris dans ce volume où ces représentations sont souvent mises à contribution.

4La seconde partie du volume est entièrement consacrée à Fréjus et comporte cinq contributions qui permettent de dresser un bilan des nombreuses opérations, essentiellement préventives, réalisées sur ce site portuaire aujourd’hui totalement comblé. Pierre Excoffon, Sandrine Ardisson et Stéphanie Satre (p. 113‑136) détaillent les récents apports d’une fouille archéologique d’urgence qui apporte un éclairage sur les différentes caractéristiques de la jetée méridionale, dont une balustrade monumentale en pierre et une possible plateforme à son extrémité qui fait échos aux propos de J. Christiansen sur la signalisation maritime (p. 41‑52). La jetée prend racine dans la Butte Saint Antoine, où Lucien Rivet (p. 137‑158) propose de voir dans la dernière phase d’aménagement, autour de 15 av. n.è., un complexe bâti, un prétoire dédié à l’administration du port, dont le développement a accompagné celui de la colonie. Grégory Gaucher et Christophe Vaschalde (p. 159‑171) identifient sur le site de l’impasse Turcan au nord du bassin, un entrepôt à dolia réaménagé en commerce de bouche après les années 50 n.è., lorsque le commerce maritime en vrac semble péricliter. Sandrine Ardisson complète ce tour d’horizon des infrastructures portuaires par la présentation de deux complexes thermaux, dont celui de la Porte d’Orée située en bord de bassin (p. 173‑193). Un effort de monumentalisation qui trouve des parallèles dans d’autres sites méditerranéens rapidement évoqués. L’étude, par Yvon Lemoine (p. 195‑210), des rares représentations sculptées découvertes à Forum Iulii et notamment d’un Triton dont l’interprétation est soutenue par une abondante bibliographie et de très convaincantes comparaisons, illustre ces efforts d’embellissements.

  • 3 Fontaine S., El-Amouri M., Marty F. et Rousse C. (éd.) 2019, « Dossier : Fossae Marianae, le systèm (...)

5La dernière section regroupe une série d’études de cas, avec la volonté d’étendre les présentations à la Narbonnaise et à la péninsule italique. Xavier Corré (p. 213‑227) fait le bilan des connaissances sur le complexe portuaire de Marseille. La cartographie présentée, mêlant découvertes archéologiques et évolution du trait de côte, permet de suivre l’évolution du port. Cette synthèse, nécessairement raccourcie pour convenir aux besoins éditoriaux du volume, se termine sur la promesse d’une publication plus complète, nourrie par un travail de doctorat, mais qui devra aussi tenir compte des récentes opérations, notamment préventives, menées depuis dans ce secteur. Fossae Marianae (Fos-sur-Mer) fait l’objet d’un programme de recherches depuis 2014, muté en plan collectif de recherche (PCR) depuis 2016 et dont Souen Fontaine, qui le dirige, livre avec Mourad El Amouri, Laurent Borel et Frédéric Marty (p. 229‑244) une partie des résultats de l’étude d’une structure de cet important complexe, identifié comme une jetée sur arches dont seules les bases des piles sont conservées. La description des vestiges est alimentée par une documentation de qualité. L’orthoimage, permettant d’observer, comme personne n’a pu le faire jusqu’alors, les vestiges immergés sur une longueur de 100 m environ, d’un seul tenant, est complétée par des relevés en plan et en coupe qui illustrent en détail la stratigraphie. Au nord-ouest, les structures identifiées comme navalia depuis plusieurs décennies ont fait l’objet d’un réexamen proposé par Marie Brigitte Carre et Kalliopi Baika (p. 245‑270). La reprise de la documentation ancienne est certes exhaustive, mais l’on déplore, comme le soulignent les autrices, l’absence de nouvelles fouilles qui permettraient d’assurer l’identification de ces bâtiments à des entrepôts ou des hangars à bateaux malgré de nombreux éléments de comparaison archéologiques mis en avant dans l’article. L’ensemble du site portuaire, en cours d’étude, devra faire l’objet d’une publication complète qui permette de comprendre le fonctionnement global de ce très vaste complexe portuaire, même si de nombreux éléments ont été précisés dans une récente livraison de la Revue archéologique de Narbonnaise3.

6Corinne Sanchez et Guillaume Duperron évoquent les récents développements de leurs réflexions sur les « avant-ports de Narbonne », alimentés par la fouille de deux établissements littoraux à Saint-Martin et Port-la-Nautique (p. 271‑288). La fouille du môle nord-sud de Portus et son caractère fonctionnel comme ouvrage de protection d’une zone de déchargement est présentée par Evelyne Bukowiecki et Milena Mimmo (p. 289‑302) alors que l’équipe menée par Javier Bermejo Meléndez (p. 303‑316) rend compte des apports du travail réalisé sur le môle est-ouest où archéologie et études paléoenvironnementales permettent de documenter les modes de construction et les conditions d’utilisation des dernières phases de la structure, vers le milieu du ve siècle n.è. Grégoire Poccardi présente quant à lui les édifices de bain de la colonie d’Ostie (p. 317‑338). Les vestiges du port de Naples, dont l’état de conservation est exceptionnel et qui a pu faire l’objet d’une fouille à l’occasion de l’extension du métro de la ville, sont détaillés par Daniela Giampaola et Vittoria Carsana (p. 339‑355) dans une synthèse qui couvre l’histoire du site des premières traces d’occupation au viiie siècle av. n.è. à la période romaine. Les profondes entailles dans le tuf, dues à des dragages datés de la période hellénistique, offrent une des rares occasions d’appréhender les méthodes d’entretien du port pour cette période.

7Le volume s’achève sur une conclusion, que l’on doit à Simon Keay, qui met en relief les principaux questionnements actuels dans le cadre de la réflexion sur les ports, qu’il divise en huit thèmes dans lesquels les communications présentées dans le volume viennent s’insérer pour en éclairer certains aspects.

8L’organisation du volume, en trois sections, qui regroupe dans une première partie des communications généralistes sur la question portuaire avant de développer les recherches menées à Fréjus puis d’ouvrir sur d’autres sites à travers des cas d’études contribue à faire de ce volume un ouvrage équilibré et dont les contributions témoignent du dynamisme et de la qualité des projets menés récemment autour des ports de Méditerranée nord occidental.

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Notes

1 Jézégou M.-P. et Sanchez C. (éd.) 2016, Les ports dans l’espace méditerranéen antique. Narbonne et les systèmes portuaires fluviolagunaires, Supplément de la Revue archéologique de Narbonnaise 44, Montpellier-Lattes.

2 Brandon C.J., Hohlfelder R.L., Jackson M.D., Oleson J.P. et Bottalico L. 2014, Building for Eternity. The History and Technology of Roman Concrete Engineering in the Sea, Oxford.

3 Fontaine S., El-Amouri M., Marty F. et Rousse C. (éd.) 2019, « Dossier : Fossae Marianae, le système portuaire antique du golfe de Fos et le canal de Marius : un état des connaissances archéologiques », Revue archéologique de Narbonnaise 52. Fossae Marianae, le système portuaire antique du golfe de Fos et le canal de Marius : un état des connaissances archéologiques, p. 9‑146, disponible sur : https://www.persee.fr/issue/ran_0557-7705_2019_num_52_1 [consulté en décembre 2023].

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Pour citer cet article

Référence électronique

Alex Sabastia, « Marie-Brigitte Carre et Pierre Excoffon (éd.), Les ports dans l’espace méditerranéen antique. Fréjus et les ports maritimes »Frontière·s [En ligne], 9 | 2023, mis en ligne le 20 décembre 2023, consulté le 21 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/frontieres/1983 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/frontieres.1983

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Auteur

Alex Sabastia

INRAP, Aix Marseille Université, CNRS, CCJ, Aix-en-Provence, France

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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