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Comptes rendus

Marie-Hélène Barrière, Apollonia d’Illyrie 2 : La céramique romaine. Les ensembles du secteur G (2009‑2016)

Anxhelo Bici
Référence(s) :

Marie-Hélène Barrière, Apollonia d’Illyrie 2 : La céramique romaine. Les ensembles du secteur G (2009‑2016), École française d’Athènes, Athènes, 2022, EAN : 9782869585867

Texte intégral

1L’ouvrage publié par Marie-Hélène Barrière, chercheuse associée au laboratoire HISOMA, sur la céramique romaine provenant des fouilles de l’ensemble du secteur G à Apollonia d’Illyrie (Albanie) s’inscrit dans une série de publications, parues ou à paraître, mettant en lumière les résultats de fouilles menées par l’équipe franco-albanaise de la Mission épigraphique et archéologique d’Apollonia d’Illyrie (dir. Stéphane Verger et Belissa Muka). L’ouvrage constitue la publication d’un travail de recherche mené par l’autrice dans le cadre de sa thèse de doctorat intitulée « Les céramiques romaines d’époque impériale à Apollonia d’Illyrie. Typologies, productions et échanges », menée sous la direction de Jean-Luc Lamboley, alors professeur à l’Université Lyon 2 et codirecteur de la mission.

2Le volume est organisé en quatre grandes parties. L’autrice ouvre son propos par une brève présentation du cadre historique, à partir de la fondation de la cité grecque au viie siècle av. J.‑C. Elle dresse ensuite un bilan des connaissances sur les quartiers romains d’Apollonia avant de présenter plus précisément le cadre de son étude, le secteur G, dont le matériel céramique est au cœur de l’étude, segmentée en trois parties.

3Dans la première partie (p. 15‑74) l’autrice présente sa méthodologie pour l’enregistrement du matériel archéologique ainsi que le catalogue complet du matériel étudié, réparti par sous-secteur et unité stratigraphique. Dans la deuxième partie (p. 75‑134) elle présente la classification du matériel céramique selon différentes catégories (céramiques fines, amphores, lampes à huile, céramiques culinaires et céramiques communes) et sous-catégories : lieu de provenance (Italie, Bétique, Lusitanie, Afrique du Nord, Méditerranée orientale) et période d’utilisation (époque républicaine, ier siècle, iieiiie siècles, Antiquité tardive). Enfin, dans la troisième partie (p. 135‑158), elle détaille, pour chaque sous-secteur, les différentes unités stratigraphiques et leur datation, ainsi que les évolutions que connaît le secteur G entre le ier siècle av. et le ve siècle apr. À la description et à la classification du matériel archéologique proposées dans les trois premières parties s’ajoutent des planches réunissant des dessins et des photographies du matériel céramique analysé. Ces planches sont organisées par sous-secteur et par période d’utilisation, ce qui permet de se repérer rapidement.

4La particularité du travail de Marie-Hélène Barrière réside dans la publication, la description et la classification systématique de l’ensemble du matériel céramique, en l’occurrence celui découvert dans le secteur G. Un deuxième élément important, que nous souhaitons souligner, est l’efficacité et l’utilité de la publication du matériel par unité stratigraphique, qui facilite la compréhension de l’espace et du contexte archéologique des découvertes et permet ainsi de mieux comprendre et suivre l’évolution de l’ensemble du quartier étudié. À ce titre, ce volume pourrait faire office de référence pour le traitement et la publication d’une documentation archéologique au service du traitement d’une question transversale, comme en témoigne la quatrième partie, livrant les conclusions de l’autrice sur la place d’Apollonia dans le marché régional et méditerranéen à l’époque romaine.

5L’étude du matériel céramique du secteur G permet tout d’abord de comprendre les liens économiques qui lient Apollonia d’Illyrie aux différentes provinces de l’Empire romain. Si par les textes antiques nous connaissons le rôle important joué par Dyrrhachium comme l’un des ports les plus importants – si ce n’est le plus important – de l’Adriatique orientale, le matériel archéologique abondant provenant du secteur G a permis à Marie-Hélène Barrière de comprendre le rôle crucial que jouait Apollonia d’Illyrie comme port commercial en Adriatique à l’époque impériale, en gardant sa place dans la continuité des circuits de commerce préromains.

6En ce sens, la ville continue à l’époque impériale d’importer des produits venant des ateliers de production de Grèce continentale, de Méditerranée orientale et d’Italie. Cependant, on remarque qu’à partir du iie siècle, les importations se tournent durablement vers les centres de productions africains, représentés dans le secteur G dans les couches stratigraphiques jusqu’au début du ve siècle. Le matériel archéologique démontre, qu’entre le iie et le iiie siècle des quantités importantes d’amphores contenant principalement du vin et (dans une moindre mesure de l’huile d’olive et des sauces de poissons) sont importées massivement. Elles proviennent notamment des provinces les plus occidentales de l’empire, comme de Bétique, de Lusitanie et d’Afrique du Nord. L’autrice met en avant le caractère important des routes commerciales maritimes et leur suprématie vis-à-vis des routes commerciales terrestres, destinées au commerce régional.

7Nous souhaitons, encore une fois, insister sur le caractère original de cette étude, qui permet d’améliorer nettement notre compréhension de la place d’Apollonia dans les réseaux commerciaux de l’Empire romain. L’approche choisie par l’autrice dans le traitement des productions régionales ne s’arrête pas à l’aspect matériel de la production céramique, mais s’intéresse également à leurs fonctions et aux produits qu’elle permettait de transporter et stocker. Son étude du matériel céramique et la confrontation avec les sources écrites offrent ainsi des pistes de réflexion très intéressantes sur les différentes branches de l’économie d’Apollonia d’Illyrie et de son territoire. Elle met par exemple en évidence le caractère local de la production et de la consommation de produits alimentaires tels que les céréales, les légumes ou l’huile d’olive, nous renseignant ainsi sur la vocation agricole des alentours d’Apollonia. La présence dans le secteur G de nombreux pesons utilisés pour le tissage montre la probable importance d’une « industrie » de la laine à Apollonia d’Illyrie. Enfin, le matériel céramique permet de comprendre le rôle que jouaient, dans l’économie locale, l’extraction, l’utilisation et le commerce du bitume.

8L’ensemble de ces observations montre combien l’ouvrage de Marie-Hélène Barrière constitue une étape importante pour la connaissance de l’histoire économique d’Apollonia d’Illyrie, et plus généralement de l’Illyrie méridionale à l’époque romaine. Le travail méthodologique est excellemment mené, soutenu par une documentation graphique de grande qualité. Nous ne doutons donc pas qu’il deviendra un modèle pour les études à venir, pour le traitement et l’étude du mobilier archéologique (notamment céramique) et des relations économiques entre ville et territoire en Illyrie méridionale.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Anxhelo Bici, « Marie-Hélène Barrière, Apollonia d’Illyrie 2 : La céramique romaine. Les ensembles du secteur G (2009‑2016) »Frontière·s [En ligne], 9 | 2023, mis en ligne le 20 décembre 2023, consulté le 12 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/frontieres/1956 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/frontieres.1956

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Auteur

Anxhelo Bici

Doctorant, Aix-Marseille Université, IRAA (UAR 3155)

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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