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Al Ababeed : filmer Zénobie comme une héroïne nationale

Al Ababeed: filming Zenobia as a national heroine
Thomas Richard

Résumés

Diffusée en 1997, la série syrienne Al Ababeed suit les événements qui ont conduit à la chute de Palmyre et à la fin de la puissance de Zénobie. Disposant de moyens importants, la série a été un marqueur de l’érection de Zénobie en mythe national. Par son esthétique, la série vise à donner chair à ce mythe, idéalisant la société palmyrénienne, tout en la rendant émotionnellement proche du spectateur. Ce travail vise à servir un propos, formulé selon les impératifs du régime, qui joue de la plasticité du mythe pour évoquer la Syrie et la Palestine contemporaine, autour d’un symbole national unificateur, et fait de la série un objet politique contemporain.

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Index géographique :

Palmyre, Syrie

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Antiquité romaine
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Texte intégral

1Diffusée en 1997, Al Ababeed (L’anarchie) est une série syrienne en 22 épisodes consacrée à la chute de ce qu’il est convenu d’appeler l’empire de Palmyre. Durant la crise du iiie siècle n.è., Zénobie tente de revendiquer la dignité impériale romaine au nom de son fils, ce qui la conduit à contrôler de larges parts de l’est de l’empire. Vaincue par Aurélien, Zénobie est faite captive en 272, puis, après une seconde révolte, Palmyre est mise à sac en 273. La ville ne retrouvera jamais la splendeur qui avait été la sienne.

  • 1 Ouahes 2018, p. 38 et 52.
  • 2 Ouahes 2018, p. 55 et 61.
  • 3 À l’époque « nationaliste syrien » peut aussi désigner des auteurs qu’actuellement on considérerai (...)
  • 4 Kohl et al. 2008, p. 163.

2Palmyre, dont les ruines sont situées dans une oasis à environ 200 km au nord-est de Damas, est reconnue par les voyageurs à partir de l’époque moderne. L’exceptionnelle conservation des lieux en fait, à partir des campagnes de fouille du début du xxe siècle puis sous le mandat français, un des sites majeurs du Proche-Orient, avec Pétra ou Baalbek. À bien des égards, le dégagement et la restauration du site sous le mandat s’inscrivent dans une politique impériale, utilisant l’archéologie pour justifier la domination française1. Cependant, cette politique d’appropriation n’est pas sans provoquer des remous2 et Palmyre s’impose comme un des hauts lieux du nationalisme syrien. Par ailleurs, si Zénobie a été un personnage largement représenté dans les arts occidentaux (Tiepolo, Chaucer, Calderon de la Barca…), elle est aussi très présente dès la fin du xixe siècle dans les écrits des nationalistes syriens comme Salim al Boustani et Ilyas Matar3. Durant cette période où les nationalismes se cristallisent au Moyen-Orient et où la recherche de références antiques prestigieuses pour les nouveaux États bat son plein4, Palmyre et Zénobie sont densément investis en Syrie, de façon comparable à ce qui est fait à propos de Babylone en Irak, ou des Hittites en Turquie, faisant de Zénobie une héroïne nationale. L’indépendance, puis les changements de régime ne démentent pas cet intérêt autant politique qu’artistique, et on retrouve par exemple Zénobie reprise par les frères Rahbani et chantée par Fairuz en 1971.

  • 5 Boëx 2014, p. 12.
  • 6 Poignault 2001.

3L’arrivée au pouvoir de la famille Assad en 1970 ne change pas cette focalisation sur Zénobie, d’autant que le pouvoir baathiste a à cœur d’insister sur les références nationalistes. La série sur laquelle nous travaillons ici s’inscrit dans cette perspective à la fin des années 1990. Si le cinéma syrien se fait surtout connaître par ses films d’art et d’essai5, et si les sujets sont étroitement contrôlés par le régime, le pays s’impose néanmoins à partir de cette décennie comme un grand producteur de séries à succès, contexte dans lequel s’insère Al Ababeed, qui participe de cette présence syrienne sur les écrans du monde arabe, et qui présente Zénobie en héroïne de référence, non seulement pour la Syrie, mais aussi pour la Palestine : le nationalisme baathiste est panarabe, et la Syrie se veut un soutien de poids à la cause palestinienne. À partir de ce que l’on connaît d’elle dans les sources anciennes, notamment via l’Histoire Auguste et la Souda, Al Ababeed réécrit donc l’histoire de la splendeur et de la chute de Palmyre à cette lumière, nationale, sinon nationaliste. Le réalisateur, Bassam al‑Mulla, qui a également dirigé la série historique à succès Bab el‑Hara (2006‑2010, relancée en 2014), située durant la période mandataire et qui interroge de façon parallèle l’identité et la nation syrienne, fait montre à cet égard d’une connaissance très fine de L’Histoire Auguste, dont il travaille le propos en profondeur pour développer sa vision de l’héroïne. Pour ce faire, il se concentre sur la vie de Zénobie elle-même, ainsi que sur celle d’Odénath, son mari, et de ses proches Maeonnius et Herennianus, qu’il place en regard de celles des empereurs Gallien et Aurélien. Bassam al‑Mulla exploite habilement la dimension littéraire et romanesque plus qu’historique du texte antique6 pour servir son propos et faire d’eux les acteurs d’une geste nationale aux actes et aux attitudes symboliquement chargés.

  • 7 Kohl 1998.
  • 8 Fowler 1987.
  • 9 Landy 2001, p. 25 et 50 ; Grainge 2018.

4Plutôt que de tenter de recenser les déviations ou les anachronismes à l’image par rapport aux données archéologiques, notre perspective s’inscrit dans une tentative de compréhension des usages du passé dans le cadre des récits nationaux tels que Philip Kohl7 ou Don Fowler8 les ont vus, et, dans le cas présent, dans le travail de mise en image effectué pour donner corps à ce passé9. Pour ce faire, nous procéderons en deux temps : tout d’abord, nous nous pencherons sur la reconstitution du monde palmyrénien et sur le sens politique de ces choix esthétiques. Ensuite, nous reviendrons sur le propos de la série, à travers le caractère national de la lutte telle qu’elle est portée à l’écran vis-à-vis des références syriennes et palestiniennes et du sens historique donné au récit.

Recréer Palmyre

  • 10 Zénobie étant considérée comme reine par la série (malikat) et assez souvent qualifiée comme telle (...)

5En diffusant cette série sur Palmyre, Bassam al‑Mulla opère des choix esthétiques qui lui permettent de faire de Palmyre et de sa reine10 une référence pour les spectateurs, amplifiant les ressorts dramatiques des textes antiques, pour en souligner les aspects épiques et politiques

Donner chair à l’Antiquité

  • 11 En arabe, la ville ancienne et la ville moderne qui est à proximité immédiate sont toutes deux nom (...)
  • 12 De façon générale, les personnages portent des noms arabisés, ou prononcés tels que connus en arab (...)

6Au long de ses épisodes, la série vise à proposer un portrait assez complet de la société palmyrénienne (ou tadmorienne, la série utilisant le nom arabe de la ville11), en faisant place aux différentes catégories de la population et en se focalisant sur deux lieux, présentés en parallèle, de façon à montrer les circulations des personnages entre ceux‑ci. D’une part, l’action se déroule dans la campagne, et met en scène la famille d’un riche propriétaire, al‑Munzer12, autour de qui gravitent ses amis, ses relations, ses serviteurs, et les proches de ses filles, notamment leurs prétendants. D’autre part, l’intrigue prend place dans le palais de Zénobie, où cette fois, ce sont les généraux, les conseillers et les visiteurs plus lointains (notamment romains) qui apparaissent. Le palais prend de plus en plus d’importance à partir du dixième épisode, alors que la guerre se profile, sans pour autant que soit négligée la famille d’al‑Munzer, notamment sa fille Taima, jeune femme passionnée au cœur d’un écheveau relationnel.

  • 13 Stoneman 1992, p. 51.

7On pourrait pointer le côté très artificiel de certains costumes ou des erreurs de reconstitutions (des étriers, des livres au lieu des volumen antiques…), mais la série se manifeste par la volonté de donner chair à Palmyre, et ses reconstitutions, bénéficiant de moyens réels, n’ont pas à rougir face à ce qui pouvait se faire ailleurs à la fin des années 1990 (l’époque de Xena la guerrière [1995‑2001], ou le début de Stargate SG‑1 pour prendre exemple sur d’autres séries en costumes). Ainsi, des éléments caractéristiques de ce que l’on connaît de Palmyre sont portés à l’écran, notamment au niveau des costumes, directement inspirés des bustes funéraires et des peintures antiques, avec notamment les coiffes et les voiles des femmes, ainsi que la richesse des costumes masculins. De la même façon, les maisons d’al‑Munzer et de ses amis sont ornées de peintures et de mosaïques qui reprennent des motifs connus des œuvres d’époque, et répondent à celles que les spectateurs ont pu voir dans les musées, ou dans les manuels scolaires syriens. Cela se retrouve dans la salle du trône du palais, où un bas-relief directement inspiré des représentations de la triade palmyrénienne – Aglibôl, Baalshamin et Malakbêl – est placé symboliquement derrière la reine. Baal, dont le prêtre joue un grand rôle dans les premiers épisodes, est la divinité invoquée par les personnages. Son temple, reconstitution (simplifiée) de celui du site archéologique – qui figure parmi les plus célèbres temples antiques du Proche-Orient13 –, est présenté, avec le palais, comme le centre de la vie sociale des Palmyréniens, notamment via les cérémonies qui s’y déroulent.

  • 14 Jagot 2005 ; Mariño et García Sánchez 2021.

8Cependant, le travail de reconstitution ne s’arrête pas là, et un effort particulier est consenti pour caractériser Palmyre et lui donner une teinte spécifique, notamment par rapport à Rome. L’enjeu est ici d’arriver à former, à partir des éléments présents à l’écran, une identité visuelle à Palmyre correspondant à ce qui peut être connu de la cité, tout en la distinguant des territoires qui l’entourent. Les costumes ne sont ainsi pas seulement illustratifs, ils sont identitaires. Il s’agit de gérer le rapport entre romanité et Orient, en faisant en sorte d’arriver à trouver un juste équilibre. La romanité est de fait partout dans la Palmyre historique. C’est une cité de l’est de l’empire, avec des caractéristiques locales, mais profondément intégrée au monde romain, et ce jusque dans le nom de la souveraine utilisé dans la série, « Septimia Zenobia ». À la différence d’autres représentations artistiques de confrontation avec Rome, situées au moment de la conquête et qui peuvent prendre appui sur une image (plus ou moins exacte) de la culture préromaine14, un tel recours au monde d’avant la conquête est impossible ici, au vu de l’intégration de la ville à la romanité. Les vestiges de cette période, où la romanité s’éloigne des représentations classiques du Haut-Empire, témoignent d’une Palmyre profondément métissée.

  • 15 Zénobie disposait probablement de légions, dont par exemple la XII Fulminata, précédemment sous le (...)

9Aussi, les personnages portent des costumes destinés à symboliser Palmyre : les coiffes féminines sont systématiquement portées hors de l’intimité stricte, et tous les hommes portent un bandeau frontal et un pantalon large ou une tunique longue richement ornée, imités des pantalons perses et des robes mésopotamiennes connues par les peintures et sculptures. Le bandeau permet de les mettre à l’écart de leurs voisins bédouins, qui portent une sorte de keffieh, tandis que le pantalon signifie l’Orient par rapport aux tuniques et aux toges romaines. De la même façon, les soldats palmyréniens portent un uniforme très proche de celui des légionnaires, mais que la forme du casque et l’usage du pantalon permet de différencier et de lier à Palmyre, plutôt qu’à une identité de troupes de l’empire15. Pour Zénobie elle-même, plutôt que d’imiter les œuvres de Tiepolo ou des préraphaélites, les costumes choisis insistent sur la majesté et la pourpre, d’inspiration romaine, mais accompagnée de bijoux complexes, inspirés eux des reliefs palmyréniens, et surtout d’une sorte de tiare, visible sur certaines monnaies antiques à son effigie, et qui fait ici office de couronne. Cette mise en scène répond d’ailleurs aux descriptions de l’Histoire Auguste, qui insiste dans la biographie de Zénobie et dans celle d’Odénath sur la noblesse du port de la reine et sur la magnificence de son apparence.

10Une dernière façon de donner vie à Palmyre est plus subtile, et fait le lien avec le contemporain : la musique. La série est rythmée par un générique et des thèmes qui soulignent les moments importants de l’action, composés par Saad al‑Husseiny, compositeur reconnu pour les séries syriennes. Cette musique, assez emphatique, contribue d’une part au côté péplum de la série, plaçant celle‑ci dans son genre. Mais, plus subtilement, certains de ses accents rappellent l’air des frères Rahbani pour la chanson Zenobia de Fairouz, elle-même aussi inspirée des descriptions de l’Histoire Auguste, familière aux spectateurs, et qui contribue à la fois à la mise en scène de la grandeur de Palmyre et à instaurer une proximité avec le spectateur contemporain.

Une société idéalisée mais proche du spectateur

11La mise en scène de la série joue également à un autre niveau de sens, celui d’une forme d’exaltation de la Palmyre antique, qui néanmoins est filmée de façon à apparaître assez familière au spectateur contemporain.

  • 16 Agsous-Bienstein 2018.

12De ce point de vue, il est possible d’interpréter les anachronismes matériels à l’écran non seulement en termes de négligence ou de praticité, ce qui est peut-être le cas parfois, mais surtout comme des façons de rendre proche la société antique. Par exemple, si les poignées de porte sont bien peu d’époque, elles prennent sens dans une architecture des maisons qui reproduit d’assez près, avec quelques adaptations, celle des demeures cossues des grandes familles dans la campagne syrienne, palestinienne ou libanaise, avec leurs chambres, leurs cours, et leurs pièces de réception. Autour, en particulier près de la maison d’al‑Munzer, se trouvent les habitations plus modestes des paysans et les bâtiments agricoles (moulins, pressoirs), architecturalement très proches de ce qui est encore visible aujourd’hui, qu’il s’agisse de bâtiments toujours utilisés ou appartenant à un patrimoine rural préservé de ces régions. De la même façon, la série veille à ce que certains bibelots et de nombreux accessoires – ustensiles de cuisine, outils, certains bijoux – soient proches de pièces archéologiques, mais aussi des objets familiers des spectateurs, des objets du quotidien, présentés comme quasiment intemporels et ancrés dans le terroir, accentuant le caractère intime de la série. Par ailleurs, dans ses fêtes et ses cérémonies, la société palmyrénienne retrouve une proximité avec le contemporain, notamment à travers des séquences de danse qui évoquent volontiers des variations sur le dabké, danse populaire du Proche-Orient16.

  • 17 Stoneman 1992, p. 31.
  • 18 McPherson 2003, p. 39.
  • 19 Southern 2008, p. 161.

13Dans cette idée, la campagne joue un grand rôle dans la série, ce qui est quelque peu étonnant au premier abord. Al Ababeed rappelle avant tout que Palmyre était une grande cité commerçante, à la croisée des routes nord-sud et est-ouest de l’Orient ancien17 : sa haute société est représentée comme une élite marchande, à la source de sa prospérité. Cependant, la série insiste finalement peu sur cet aspect : un marchand, Elhabel, interprété par Salloum Haddad, joue un rôle majeur dans la série, mais c’est un personnage ambigu, et qui connaît une rédemption assez tardive, au cours des derniers épisodes. Si les autres personnages principaux, notamment les chefs de famille, peuvent avoir part dans le commerce, il ne s’agit pas d’une activité exclusive. Comparativement, le monde rural occupe une plus grande place à l’écran, et, avant le début des combats contre Aurélien, le spectateur est amené à voir les personnages entretenir les vergers, cuisiner, gérer leur domaine et leur oliveraie, dans une mise en scène qui insiste sur l’aspect paisible et ordonné de ces travaux, malgré quelques tensions largement liées au mariage de Taima et à sa volonté d’épouser Malko, un jeune officier promis à une autre. Ces difficultés autour du mariage dans de grandes propriétés sous la menace de la guerre, le caractère même donné au personnage de Taima et sa relation d’attraction et de rejet avec Elhabel incitent à lire cette partie de la série à l’aune de la représentation du vieux Sud d’Autant en emporte le vent de Victor Flemming (1939). La comparaison ne doit pas être poussée trop loin, car les enjeux raciaux sont très éloignés des préoccupations de la série, et le rapport au pouvoir n’est pas le même, mais on retrouve une trame narrative parallèle où prime le romanesque et des éléments comparables permettant à la fois d’idéaliser et de faire rêver autour d’une société passée18. En lien avec le romantisme qui s’est établi autour de la figure de Zénobie, la série étend cette vision à l’ensemble de la société palmyrénienne19. De ce point de vue, Taima apparaît comme le pendant de la reine au sein du peuple, montrant la même volonté indomptable, la même fierté, le même caractère passionné.

14Si la série n’utilise pas le site de Palmyre lui-même – sauf dans les dernières minutes de la série et dans son générique –, elle montre une société apaisée et prospère, aussi bien matériellement que culturellement, sous l’œil vigilant de la souveraine. L’armée palmyrénienne, garde des frontières contre les incursions, est présentée comme bien équipée, bien entraînée, et commandée par des hommes compétents – les séquences d’entraînement occupant d’ailleurs une place assez importante dans l’intrigue. Les quelques monuments qui sont reconstitués ou suggérés (la colonnade) attestent de cette prospérité, comme la riche décoration du palais dans les tons or, blanc et rouge. Au sein du palais, clé de voûte de cette société, règne Zénobie. Comme le souligne un des personnages « Zénobie est Palmyre et Palmyre est Zénobie ». Elle incarne la cité, et son gouvernement est le garant de cet ordre, qu’elle oppose à la force des armes d’Aurélien. Zénobie apparaît seule, son fils Wahballat étant absent à l’écran, même si historiquement elle règne en son nom, et la série exalte le personnage à travers le jeu de l’actrice Raghda, tout en autorité et mettant en valeur sa noblesse de port. Entourée des conseils des anciens, et des philosophes attirés à sa cour, que la série place régulièrement à l’arrière-plan des scènes du palais, Zénobie gère ses territoires de façon éclairée, populaire, respectée de tous et sans contestation, la mise en scène reprenant le caractère très positif donné à Zénobie par l’auteur de sa biographie antique. La reine met fin à une coutume violente appliquée à un prétendant de Taima, l’exécution spectaculaire (être écrasé par un poids hérissé de glaives) de ceux que les jeunes filles refusent. Ce moment dramatique de la série permet une nouvelle fois d’insister sur le caractère harmonieux de la société sous son règne, et de présenter le règne de Zénobie comme une sorte d’âge d’or, bientôt menacé par l’avancée des troupes d’Aurélien.

Zénobie et le combat national

15L’esthétique choisie qui mêle éléments de reconstitutions et proximité avec le spectateur, dressant le portrait d’une société idéale, ne prend son sens que par rapport au propos de la série, qui vise à exalter la résistance de Palmyre face à Rome, et à faire de Zénobie une héroïne de référence pour les spectateurs.

Zénobie face à l’invasion romaine

  • 20 Early 2002.

16L’enjeu majeur de la série est bien sûr la lutte de Zénobie contre Aurélien, ou, comme la série tend à le présenter, de Palmyre contre Rome. Les éléments esthétiques mentionnés plus haut prennent ici tout leur sens en rendant visible la différence entre les deux puissances, interprétées dans le sens d’un roman national. Les séries syriennes participent en effet d’un discours politique autorisé, objet de discussions au sein de la société, mais soigneusement contrôlé par le régime en place20 particulièrement attentif aux épaisseurs de sens que véhiculent ces productions.

  • 21 Les images font en effet une large place aux machines de guerre des légions.
  • 22 Neep 2012, p. 5.
  • 23 Si la guerre civile a fait cesser ces démonstrations en Syrie, elles demeurent en revanche un élém (...)

17Dans le cas présent, il s’agit d’exalter une figure clé de la réappropriation du passé antique par la Syrie, tout en faisant le lien avec la lutte palestinienne, les troupes romaines prenant le rôle des Israéliens, ennemis communs des deux nationalismes. À cet égard, l’opposition des personnages est presque caricaturale. Face à l’ordre et à la grandeur de Palmyre, Rome n’apparaît que sous la forme de personnages très négatifs : orgueilleux, arrogants, brutaux, et criminels, les Romains présents oscillent entre soudards et traîtres, ne s’appuyant guère que sur la force pour imposer leurs règles. Dans le cas d’Aurélien, là encore l’Histoire Auguste est mise à contribution. Sa biographie évoque son caractère emporté et violent que reprend le jeu d'acteur d'Abdul Rahman al Rashi, son interprète, faisant de l’empereur un personnage profondément antipathique. Cette opposition est non seulement rendue visible dans la série par les personnages mais aussi par les scènes de groupes. À partir du déclenchement de l’invasion, l’armée romaine est filmée comme une force irrésistible, mécanisée21, écrasant presque tout sur son passage, métaphore assez transparente de l’armée israélienne dans les récits de la guerre de 1948 au Proche-Orient arabe, et des invasions françaises et britanniques des années 1920, traumatismes encore bien présents dans les nationalismes locaux22. Face à cette force irrésistible, les troupes palmyréniennes apparaissent bien différentes, d’autant que la multiplicité des scènes d’entraînement les a rendues familières au spectateur. Ces scènes, mêlant escrime et entraînement gymnique, n’ont pas grand-chose d’antique, avec leurs roulades et leurs parcours d’obstacles. En revanche, elles doivent beaucoup aux images popularisées depuis les années 1960 des commandos des armées arabes en train de s’entraîner, assez fréquemment reprises par la presse. Régulièrement, lors de festivités nationales, les armées égyptienne, syrienne, irakienne, se sont livrées à de telles démonstrations23, tous comme les combattants des camps palestiniens via l’entraînement des fedayins.

18Tout en le romançant, la série suit d’assez près le déroulement des événements tels qu’on peut le connaître à partir des sources antiques, avec une avancée progressive d’Aurélien, dont les troupes ravagent la campagne, et détruisent la maison d’al‑Munzer, la perte progressive des territoires contrôlés par Zénobie, en particulier l’Égypte, des batailles (celles d’Immae et d’Emèse) et la prise finale de Palmyre. Au cours de ce déroulé, la série tend toutefois à exalter la résistance des troupes palmyréniennes, luttant pied à pied contre l’envahisseur, remportant quelques succès célébrés par une marche triomphale de la reine dans la ville, et à allonger le siège, quand Palmyre, dépourvue de fortes défenses, s’est en fait, semble-t-il, rendue assez vite. L’épisode qui voit Zénobie tenter de rejoindre les Parthes pour gagner leur soutien, toujours inspiré de la biographie qui lui est consacrée dans l’Histoire Auguste, est l’occasion d’un climax dramatique, tout comme sa captivité, qui reprend le même récit selon lequel elle aurait été chargée de chaînes dorées. Le destin de Zénobie devenant alors incertain, la série choisit de la faire se suicider, divergeant cette fois de l’Histoire Auguste, qui la présente finissant ses jours sous la protection de Rome, pour lui permettre ici un ultime geste de défi avec l’aide d’un soldat d’origine palmyrénienne. Les dernières séquences à l’écran illustrent la tentative de soulèvement subséquente (en 273), qui se conclut par la reprise de la ville et sa mise à sac.

19Hors du palais, les Palmyréniens participent à tous ces événements : Taima tente de retrouver les siens, sa famille subit meurtres et épidémies, les officiers palmyréniens qu’elle connaît se joignent aux combats puis au mouvement de résistance et de révolte. Tout cela est dépeint de façon à évoquer les soulèvements nationaux contemporains, d’autant que ses protagonistes eux-mêmes le qualifient d’intifada. Les plus modestes des personnages, privés de leurs ressources et forcés de fuir, évoquent les scènes d’exode de la Nakba de 1948. La série tente de montrer à quel point la chute de Palmyre peut être considérée comme un désastre, jouant des correspondances entre mémoire récente (les occupations étrangères, la défaite de 1948) et la destruction de la cité antique. Par conséquent, surtout dans les derniers épisodes, le ton se fait de plus en plus pathétique, avec une insistance sur les larmes des personnages et sur leurs souffrances, notamment celles des plus âgés et des enfants, tout en cherchant, surtout pour les personnages principaux, à maintenir leur dignité et leur grandeur jusqu’au bout. Par ce biais, la série tente de mettre en avant un épisode ressenti comme douloureux par le spectateur, mais également comme source d’admiration et d’exemple, toujours dans la perspective d’un roman national.

Une révolte qui traverse l’histoire

20Comme dans tout le reste de la série, la chute finale de la ville est chargée de sens. Malko, officier de l’armée palmyrénienne qu’aime Taima, n’a finalement été que capturé, mais, fidèle au sens du devoir qu’il a montré depuis les premiers épisodes, il renonce au calme et à un possible amour pour devenir un des meneurs de la résistance. Il meurt finalement lors de la seconde prise de la ville, en sauvant un enfant. Elhabel quitte son ambiguïté pour mourir lui aussi en tentant de s’en prendre au temple d’un culte criminel qui, à la faveur de la brutalité romaine, s’est réinstallé dans la ville après la disparition de Zénobie. Taima est tuée en le rejoignant, tandis que dans ses derniers moments, Zénobie défie encore Aurélien en lui déniant son triomphe.

  • 24 Mabruka est au service de la famille d’Al-Munzer, Zabbaï est un des généraux palmyréniens.
  • 25 Park 2010 ; Smith et Campbell 2015.
  • 26 Aprile 2005.
  • 27 Bernardini et al. 2012.

21Ces morts ne sont pourtant pas tout. Les personnages principaux ont disparu, mais la série insiste sur le rapport au temps, à la mémoire et à l’histoire, en complétant la structure de ce roman national : celui‑ci est aussi une adresse aux vivants, à ceux qui sont invités à s’identifier à ces personnages et à s’en considérer comment les héritiers, d’où l’importance aussi dans la série de la mise en scène de la transmission et de la marque historique. Cela se fait d’abord lors de la prise de la ville, visuellement, en faisant apparaître en transparence les ruines du site alors que les incendies ravagent les décors, attestant du souvenir de la grandeur de la cité et de son héritage pour les générations futures. La série introduit ces restes grandioses en conclusion, comme témoignage à la fois de la ruine lors de la conquête, et comme attestation de la grandeur de Palmyre. Cette grandeur n’est alors pas seulement architecturale : intervenant à la fin de la série, elle est teintée des qualités humaines et morales qui ont été attribuées aux personnages, et donc susceptibles de provoquer un attachement sentimental chez le spectateur. Palmyre est devenue aussi la ville de Malko, de Taima, de Mabruka ou de Zabbai24, avec les émotions que cela cherche à transmettre25. La série insiste ici sur sa propre dimension didactique, assumée par le pouvoir syrien, qui contrôle les enjeux de représentation et qui cherche à les faire correspondre à son interprétation de l’héritage historique26. Plus que de la propagande pure, il s’agit d’une forme de storytelling à partir du point focal du nationalisme, l’utilisation de la série à cet égard préfigurant en quelque sorte les expériences de réalité augmentée dans les muséographies27, qui visent à provoquer un investissement émotionnel de la part du public, et dans ce cas avec une perspective d’adhésion politique.

  • 28 Andrade 2018 : Zenobia: Shooting Star of Palmyra.
  • 29 Southern 2008 : Empress Zenobia. Palmyra’s rebel queen.
  • 30 Winsbury 2010.

22Cet enjeu de l’héritage est souligné par le personnage de Zénobie et ses dernières conversations avec Aurélien. Celles-ci font suite à leur correspondance, tirée de leurs biographies antiques respectives, et permettent de souligner leur opposition de caractère, renforçant d’autant le côté épique de la série. Au cœur de cette conversation, Zénobie ne se contente pas de défier l’empereur, elle insiste, et la série le rappelle dans un carton à la fin du dernier épisode, sur l’opposition entre « la force de l’ordre » qu’elle incarne, et « l’ordre de la force », illégitime, d’Aurélien, l’enjeu étant leur place respective dans l’histoire. Ici, bien sûr, Zénobie l’emporte, acquérant sa place comme souveraine d’un monde cultivé, prospère, harmonieux, commémoré et admiré comme tel, quand le souvenir de son vainqueur, qui ne peut se reposer que sur sa force brute, ne sera lui conservé que de façon secondaire, et uniquement comme destructeur de cet ordre. Cette présence mémorielle de Zénobie est justement mise en scène par son absence. Elle meurt avant la fin de la série, mais le dernier épisode la met en avant au travers d’un buste que les révoltés de Palmyre placent au milieu d’eux. Par ce biais, la série mime la disparition de la Zénobie humaine pour laisser place au mythe et à la mémoire de la grande reine, celle qu’encore aujourd’hui les auteurs de livres sur Palmyre qualifient « d’étoile filante28 » et de « reine rebelle29 », sans compter les incarnations littéraires et artistiques qui ont réinterprété son combat, aussi bien en Occident que localement30. Plus que de simplement mettre en scène le mythe de Zénobie, la série adopte ainsi une perspective plus complexe, bien qu’orientée, en proposant une interprétation de son histoire qui justifie sa transformation en mythe national.

  • 31 Swedenburg 1990.

23L’autre façon de souligner la dimension d’héritage, ce sont les jeunes générations. Nous avons mentionné l’enfant sauvé par Malko dans les dernières scènes de la série, un enfant qui, symboliquement, survit. À cela s’ajoute la jeune sœur de Taima tombée amoureuse d’un jeune soldat palmyrénien de retour de la guerre venu s’installer dans les ruines de leur maison. Après quelques frictions, les deux nouent rapidement une affection réciproque et se consacrent à la remise en culture des champs. Ces deux personnages disparaissent des scènes guerrières de la fin de la série, car leur destin est ailleurs : ils incarnent justement cette jeune génération qui survit, et qui pourra faire renaître de ses cendres l’espace ravagé par les légions. Très symboliquement, al‑Munzer et sa femme, décédés au moment de l’invasion, sont enterrés auprès de leur maison, accentuant l’ancrage du jeune couple dans le sol. Aussi bien en Syrie qu’en Palestine, la place de la paysannerie est très importante dans l’identité nationale31, et ces jeunes gens incarnent un nouveau départ après la catastrophe, pour un renouvellement identitaire, ancré dans le passé mais tourné vers l’avenir, soit le présent du spectateur.

Conclusion

  • 32 Delage et Guigeno 2018, p. 20.

24Al Ababeed apparaît comme représentative des questions que pose la production filmée à l’historien et au politiste – telles qu’abordées par Christian Delage et Vincent Guigueno32 –, notamment dans le travail de création du récit de fiction historique face auquel les chercheurs doivent développer une démarche analytique. Comme on l’a vu, il serait trop simple de se contenter de voir la série comme un travail illustratif, quand, par ses conditions de production et son insertion dans un imaginaire national qu’elle contribue à façonner, elle dépasse largement cette dimension, y compris dans ce qui pourrait être simplement vu comme des erreurs ou des facilités de mise en scène, mais qui se révèlent pleines de sens.

25Au‑delà de l’histoire propre de Zénobie et de Palmyre, c’est une perspective de construction du regard sur l’histoire universelle que dessine la série, qui travaille la dimension interprétative du roman national, conformément aux impératifs du divertissement tels qu’ils peuvent être définis dans la Syrie du régime baathiste. Elle montre aussi la dimension particulièrement plastique de cette interprétation, qui permet à la fois de tracer le portrait d’une héroïne nationale syrienne, en y intégrant une vision de l’ordre social (assez patriarcal, mais laissant des espaces d’expression, non démocratique mais guidée par une vision politique remarquable) en résonance avec les enjeux des années 1990 en Syrie, et avec ceux de la lutte palestinienne, tels qu’ils peuvent être alors appréhendés depuis Damas. Palmyre non seulement revit sous les yeux des spectateurs, ce qui est un des objectifs essentiels de la série, mais le mythe national y trouve un nouveau souffle en invitant à une identification émotionnelle du spectateur, tout en lui laissant une part d’interprétation, dans le cadre fixé ici. Même si bien sûr les enjeux politiques sont lourds, il ne s’agit pas pour autant d’un simple produit de propagande, mais d’un travail de modelage de la conscience historique, d’une mise en récit de l’héritage culturel, animé par un sentiment de fierté et de réappropriation de son propre passé par rapport aux interprétations occidentales.

  • 33 « Le père de l’actrice Raghda exécuté par l’Armée libre », Directinfo, 3 février 2014, disponible (...)
  • 34 « Mai Skaf, Syrian Actress Who Defied Assad Regime, Dies at 49 », The New York Times, 27 juillet 2 (...)
  • 35 Kalaycioglu 2020.
  • 36 « “Zenobia Women” Organization; What is Behind its Establishment in the Areas of the “SDF” North o (...)

26Cependant, si la série connaît sa conclusion avec son 22e épisode, elle interroge aussi sur la suite à donner à cette création politisée. Cette œuvre qui a marqué les carrières de ses acteurs et actrices prend un nouveau sens à la lumière de la guerre civile syrienne. Raghda, l’interprète de Zénobie, a été un soutien affirmé du régime de Bachar el‑Assad, ce qui a coûté la vie à son père, enlevé puis exécuté par les opposants en 201433. Face à elle, May Skaf, qui jouait Taima, une des premières personnalités du monde de la culture à s’opposer à la répression des manifestations en 2011, a été arrêtée, et craignant pour sa vie, a dû fuir en 2013 vers la France, où elle est décédée en 201834. Palmyre est toujours un objet de mémoire, mais celle‑ci est désormais aussi celle de la destruction des monuments et des lieux de détention du régime35. Comme une bonne partie des intellectuels syriens, le casting de la série a été séparé par la guerre, les prises de position politiques et l’exil, ce qui résonne douloureusement avec le symbolisme unitaire de la série. Ce symbolisme de Palmyre est revendiqué par les différentes parties en présence, et est ainsi apparue une organisation des « Femmes Zénobie » proche des forces kurdes36, tandis que le régime a largement célébré la reprise de la ville des mains des djihadistes. Le pouvoir d’évocation de l’aventure de la souveraine demeure intact, et reste une référence centrale du discours national en Syrie, précisément chez des gens qui ont été les spectateurs de la série. L’histoire de Palmyre continue d’être écrite, celle du mythe, que la série a contribué à faire connaître, est toujours en cours.

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Notes

1 Ouahes 2018, p. 38 et 52.

2 Ouahes 2018, p. 55 et 61.

3 À l’époque « nationaliste syrien » peut aussi désigner des auteurs qu’actuellement on considérerait libanais : Zisser 2006.

4 Kohl et al. 2008, p. 163.

5 Boëx 2014, p. 12.

6 Poignault 2001.

7 Kohl 1998.

8 Fowler 1987.

9 Landy 2001, p. 25 et 50 ; Grainge 2018.

10 Zénobie étant considérée comme reine par la série (malikat) et assez souvent qualifiée comme telle aussi bien en Syrie qu’en Occident, nous utiliserons ce terme pour la désigner, indépendamment des titres historiques qu’elle a pu utiliser.

11 En arabe, la ville ancienne et la ville moderne qui est à proximité immédiate sont toutes deux nommées Tadmor. Les langues étrangères distinguent parfois les deux en réservant Tadmor à la ville moderne. L’étymologie même de Tadmor demeure quelque peu incertaine, potentiellement sémitique, en rapport avec la racine « tmr » qui désigne les dattes.

12 De façon générale, les personnages portent des noms arabisés, ou prononcés tels que connus en arabe moderne (Zénobie est Zenobia, Aurélien devient Aurilian). Ce choix vise sans doute à renforcer la proximité potentielle entre le public et les personnages.

13 Stoneman 1992, p. 51.

14 Jagot 2005 ; Mariño et García Sánchez 2021.

15 Zénobie disposait probablement de légions, dont par exemple la XII Fulminata, précédemment sous les ordres de son époux.

16 Agsous-Bienstein 2018.

17 Stoneman 1992, p. 31.

18 McPherson 2003, p. 39.

19 Southern 2008, p. 161.

20 Early 2002.

21 Les images font en effet une large place aux machines de guerre des légions.

22 Neep 2012, p. 5.

23 Si la guerre civile a fait cesser ces démonstrations en Syrie, elles demeurent en revanche un élément important de la communication politique de l’armée égyptienne sous le président Al-Sissi. Voir par exemple ici : « Military Parade of Egypt », disponible sur : https://www.youtube.com/watch?v=UMLAGJcnpa8&ab_channel=Holypolitic [consulté en décembre 2023].

24 Mabruka est au service de la famille d’Al-Munzer, Zabbaï est un des généraux palmyréniens.

25 Park 2010 ; Smith et Campbell 2015.

26 Aprile 2005.

27 Bernardini et al. 2012.

28 Andrade 2018 : Zenobia: Shooting Star of Palmyra.

29 Southern 2008 : Empress Zenobia. Palmyra’s rebel queen.

30 Winsbury 2010.

31 Swedenburg 1990.

32 Delage et Guigeno 2018, p. 20.

33 « Le père de l’actrice Raghda exécuté par l’Armée libre », Directinfo, 3 février 2014, disponible sur : https://directinfo.webmanagercenter.com/2014/02/03/syrie-le-pere-de-lactrice-raghda-excute-par-larmee-libre/ [consulté en décembre 2023]

34 « Mai Skaf, Syrian Actress Who Defied Assad Regime, Dies at 49 », The New York Times, 27 juillet 2018, disponible sur : https://www.nytimes.com/2018/07/27/obituaries/mai-skaf-syrian-actress-who-defied-assad-regime-dies-at-49.html [accès restreint, consulté en décembre 2023].

35 Kalaycioglu 2020.

36 « “Zenobia Women” Organization; What is Behind its Establishment in the Areas of the “SDF” North of Syria? » Al Estiklal Newspaper, 19 juin 2021, disponible sur : https://www.alestiklal.net/en/view/9009/zenobia-women-organization-what-is-behind-its-establishment-in-the-areas-of-the-sdf-north-of-syria [consulté en décembre 2023].

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Pour citer cet article

Référence électronique

Thomas Richard, « Al Ababeed : filmer Zénobie comme une héroïne nationale »Frontière·s [En ligne], 9 | 2023, mis en ligne le 20 décembre 2023, consulté le 12 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/frontieres/1936 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.35562/frontieres.1936

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Auteur

Thomas Richard

Docteur en science politique, chercheur associé, Centre Michel de l’Hospital (UPR 4232), Université Clermont-Auvergne

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Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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