Navigation – Plan du site

AccueilNuméros en texte intégral9« Nous sommes ce que vous fûtes, ...

« Nous sommes ce que vous fûtes, nous serons ce que vous êtes. »

Sparte et l’extrême droite : comparaison France/Ukraine
“We Are What You Were, We Will Be What You Are.” Sparta and the Far Right: A Comparison Between France and Ukraine
Stéphane François et Adrien Nonjon

Résumés

Nous proposons ici de revenir sur la fascination que Sparte a exercée sur l’extrême droite. Le sujet étant vaste, nous restreindrons notre approche aux mouvances identitaires française et ukrainienne. Parfois discrète, parfois ouvertement assumée, cette référence est en effet devenue un lieu commun dans cette mouvance. Cette démonstration est construite en trois points : après être revenus sur la longue histoire de la thématique spartiate dans l’extrême droite française, nous analyserons les usages qu’en ont faits le Bloc identitaire et les groupuscules ukrainiens.

Haut de page

Entrées d’index

Index géographique :

Sparte, France, Ukraine

Index chronologique :

Antiquité grecque

Index thématique :

extrême droite, identitarisme
Haut de page

Texte intégral

  • 1 Chant spartiate, cité par Renan 1882, p. 32.

Nous sommes ce que vous fûtes, nous serons ce que vous êtes1.

  • 2 Jean-Jacques Rousseau y voyait « le type même de la société politique juste » ; voir Vernes 2001, (...)
  • 3 Pour une définition de la notion « extrême droite », voir François 2022, p. 21‑56.
  • 4 Nous pouvons définir cette idéologie comme la nécessité pour les groupes ethnoculturels de préserv (...)

1Si Jean-Jacques Rousseau et Robespierre étaient fascinés par le « mythe spartiate »2, l’extrême droite3 l’est aussi depuis longtemps, en particulier par son aspect élitiste et eugéniste. Nous proposons ici de revenir sur la fascination que Sparte et l’histoire spartiate ont exercée sur l’extrême droite depuis les années 1930. Le sujet étant vaste, nous restreindrons notre approche à la mouvance identitaire4 européenne, depuis ses prémisses, avec Maurice Bardèche et le groupuscule et la revue du même nom Europe-Action (1963) jusqu’à la récupération du casque hoplitique utilisé par Génération identitaire. Après avoir fait une rapide généalogie des usages de l’extrême droite française, nous nous intéresserons à deux usages récents : le premier est français, il s’agit du Bloc identitaire, fondé en 2002 et devenu en 2016 Les Identitaires, avec son mouvement de jeunesse, Génération identitaire, fondé en 2012 et autonome depuis 2016. Si la valorisation du mythe spartiate, et plus généralement de l’Antiquité méditerranéenne, par les identitaires français laisse supposer que cette composante culturelle est limitée aux seules formations politiques occidentales, nous montrerons qu’elle se généralise à l’échelle de l’Europe, y compris dans des régions n’ayant jamais été – ou du moins très peu – en contact avec le monde hellénique et ladite cité. Le cas de l’extrême droite ukrainienne est, à ce titre, équivoque. Tandis que le référentiel spartiate s’exprime au travers de l’exaltation d’un archétype combattant, d’autres groupes au contraire, comme la Wotanjugend s’attache à bâtir de véritables contre-cultures militantes, principalement musicales, fondées sur les legs culturels de la cité du roi Léonidas.

2À partir d’une analyse historique de la littérature militante, mais aussi grâce un inventaire des principaux sites militants disponibles en ligne, cet article entend montrer que le mythe de Sparte, en promouvant des normes et des valeurs proprement élitistes et réactionnaires, est mobilisé pour inscrire le combat politique de l’extrême droite dans un seul et même récit : celui de la défense de la civilisation européenne.

La longue histoire de Sparte et de l’extrême droite. Le cas français

  • 5 Barrès 1906.

3Le premier, dans les milieux nationalistes, à avoir écrit sa fascination pour Sparte, fut Maurice Barrès dans « Le voyage de Sparte », originellement paru dans la Revue des deux mondes en 19065. Il déplace l’intérêt pour Sparte de Jean-Jacques Rousseau et de la gauche révolutionnaire vers l’autre extrême :

  • 6 Barrès 1906, p. 12.

Voici l’un des points du globe où l’on essaya de construire une humanité supérieure. Il est trop certain que la vie n’a pas de but et que l’homme pourtant a besoin de poursuivre un rêve. Lycurgue proposa aux gens de cette vallée la formation d’une race-chef. Un Spartiate ne poursuit pas la suprématie de son individu éphémère, mais la création et le maintien d’un sang noble6.

  • 7 Barrès 1906, p. 12.
  • 8 Dupeux 1992, p. 185-192.

Allant plus loin, il écrivit dans le même texte : « j’admire dans Sparte un prodigieux haras. Ces gens‑là eurent pour âme de vouloir que leur élevage primât7 ». Maurice Barrès exerça une influence en Allemagne, dans des milieux ultranationalistes, connus sous le terme « völkisch ». Cette mouvance bigarrée associait rejet de la modernité, éloge de l’enracinement, antisémitisme virulent et anticatholicisme8. Le parti nazi, issu de cette mouvance, fut fasciné par Sparte, voyant dans les Spartiates des Doriens venus du Nord. Leurs mœurs – supposées –, comme l’aristocratisme égalitaire, l’ascétisme, la politique eugénique de la cité, la constitution de haras de « demi-dieux » de « sang pur », le culte du courage, l’abnégation des hoplites, la soumission aux intérêts de la cité, allant jusqu’au sacrifice de sa vie comme Léonidas à la bataille des Thermopyles, entraient en résonance avec l’idéologie nazie et furent mises en avant par le IIIe Reich : le spartiate représentait l’idéal du citoyen en armes, du soldat politique voué corps et âme à la patrie.

  • 9 Il fut un spécialiste de la littérature française, publiant des ouvrages sur Stendhal, Proust, Fla (...)
  • 10 Elle a existé de 1952 à 1982.
  • 11 Bardèche 1995, p. 188
  • 12 Bardèche 1994 (1969).
  • 13 Bardèche 1994, p. 112.
  • 14 Bardèche 1994, p. 101.
  • 15 Bardèche 1994, p. 214.

4Si nous devons faire une brève généalogie de la récupération du mythe spartiate par l’extrême droite de l’après-Seconde Guerre mondiale, il nous faut parler du Français Maurice Bardèche. Agrégé de lettres et universitaire9, épargné de la Collaboration, il fut l’un des théoriciens, dans les années 1960, du néofascisme, au travers de sa revue Défense de l’Occident10. Il affirma que Sparte fut le premier régime fasciste, et s’appuya sur cet exemple pour prôner la défense du monde occidental face au « péril communiste » : « L’ordre de Sparte, l’homme selon Sparte, c’est le seul bouclier qui nous restera, nous le savons tous, quand l’ombre de la mort s’élèvera devant l’Occident11. » Comme beaucoup d’autres, Bardèche était fasciné par le mythe spartiate, qui n’est pas encore identitaire. Il le met en avant dans Sparte et les sudistes, paru en 196912 aux Sept couleurs, sa maison d’édition. Cet ouvrage fut réédité en 1994 et en 2019. Il n’hésitait pas à y écrire : « Il y a un socialisme de Sparte, que Sparte affirme en dressant ses faisceaux13. » Il voyait dans Sparte un « communisme de guerre », et y plaquait ses références fascistes, en l’occurrence la doctrine des frères Gregor et Otto Strasser. En effet, à la suite de son beau-frère Robert Brasillach, un collaborateur exécuté à la Libération, il voyait dans le culte de la virilité spartiate un préfascisme : « L’éducation n’avait pas d’autre but que d’exalter le courage et l’énergie. Les garçons vivaient entre eux le plus tôt possible, dans des troupes analogues à celles des balilas de l’Italie fasciste ou des Hitlerjugend14 ». Allant plus loin, il soutenait que les SS « furent les soldats de Sparte »15.

  • 16 François 2014, p. 61-74.
  • 17 Lebourg 2019.

5De fait, le Spartiate était alors analysé par l’extrême droite française, mais également européenne, comme l’archétype du « soldat politique » – ascète, dur, discipliné et intellectuelؘ – pour les milieux nationalistes. Son exemple contemporain le plus représentatif fut le Français Dominique Venner, théoricien d’un nationalisme européen et d’un suprémacisme blanc16 qui, quelques années avant la publication de l’essai de Bardèche (en 1969 donc), fit réapparaître le mythe spartiate à l’extrême droite, en pleine guerre d’Algérie. Il choisit le casque de Sparte comme emblème de sa Fédération des étudiants nationalistes (FEN), fondée en 1960, puis pour son groupuscule Europe-Action et sa revue du même nom, tous deux nés en 1963. Sous l’impulsion d’Europe-Action, le mythe spartiate devint une référence constante d’un courant de l’extrême droite qui n’était pas encore qualifiée d’identitaire, bien que les principaux thèmes fussent déjà présents : lutte contre l’immigration, mise en avant de l’idée d’un « grand remplacement », etc.). À ce titre, l’un des innombrables bulletins locaux de la FEN, publié à Béziers, s’appelait Spartiate… Cet intérêt se transmit ensuite d’Europe-Action au Groupement de recherche et d’étude de la civilisation européenne (GRECE) au moment de sa création par d’anciens militants d’Europe-Action et de la FEN – tous deux autodissous en 1967. Le GRECE peut d’ailleurs être vu comme l’organisation ayant théorisé l’idéologie identitaire que nous connaissons aujourd’hui17. Ainsi, en 1975, lorsque des grécistes fondèrent Europe-jeunesse, un mouvement de jeunesse affilié au scoutisme, ils choisirent comme logo un casque spartiate stylisé qui est encore utilisé aujourd’hui.

  • 18 Ces thèses sont encore vivaces dans des groupes radicaux. C’est le cas de la revue Sparta. Ordre v (...)

6Tant chez Europe-Action qu’au sein du GRECE, on retrouve cette fascination pour l’eugénisme et l’élitisme des Spartiates. Ces deux structures mettaient en avant la nécessité de se « débarrasser de l’écume génétique », au profit des personnes saines physiquement et psychiquement. Cependant, à compter de la fin des années 1970 ces thèses disparaissent progressivement d’abord du GRECE, puis à partir des années 2000 chez les Identitaires18.

Le Bloc identitaire et Sparte

  • 19 Cette expression générique est importante, car elle renvoie à un courant de l’extrême droite europ (...)

7En 2003 naît le Bloc identitaire – Mouvement social européen (BI) de la dissolution d’Unité radicale, la principale organisation nationaliste-révolutionnaire française des années 1990. Le BI est devenu un parti politique à vocation électorale en octobre 2009 et se nomme simplement, depuis le 1er juillet 2016, Les Identitaires. Pour ses fondateurs (Fabrice Robert, Guillaume Luyt et Philippe Vardon), il s’agit d’insister sur la notion d’identité européenne, à l’instar du GRECE. Vieux routiers de l’extrême droite la plus radicale – ils ont évolué dans la mouvance skinhead d’extrême droite –, ils en connaissent les codes et les symboles, notamment ceux renvoyant à Sparte, dont l’usage précède la fondation du groupuscule. L’utilisation du vocable « identitaire »19 en tant qu’autodésignation apparaît dans les communiqués d’Unité radicale à l’occasion du conseil national du mouvement de décembre 2001. Dans la foulée, en septembre 2002, les Jeunesses identitaires sont créées. C’est à ce moment que nous retrouvons l’adjectif « identitaire » dans le nom d’un mouvement. L’association Les Identitaires est créée en décembre 2002, puis le Bloc identitaire en avril 2003. Dès les origines, la référence à Sparte est présente, mais de façon discrète, sans l’aspect biologique et inégalitaire de leurs prédécesseurs. On retrouve soit l’utilisation du casque hoplitique stylisé, soit le lambda, une abréviation de Lakedaimon – Lacédémone –, l’autre nom de Sparte.

8L’ancien responsable identitaire Philippe Vardon, d’abord cadre au Rassemblement national, puis au sein du parti Reconquête d’Éric Zemmour, est à l’origine de l’utilisation du lambda, surfant sur le succès, en 2006, du film 300 de Zack Snyder. Ce film, adapté du roman graphique du même nom, met en scène la bataille des Thermopyles en 480 av. n.è., et dépeint le sacrifice des Spartiates de Léonidas Ier face à l’armée de l’empereur perse Xerxès Ier. Dans 300, les soldats spartiates arborent des boucliers avec ce même lambda. Cette reprise de la lettre grecque met donc en parallèle l’invasion perse de l’époque des guerres médiques et les craintes d’un « grand remplacement » des populations européennes par d’autres, en particulier les populations des pays arabo-musulmanes. Cette récupération a bien fonctionné : à partir de l’été 2007, le lambda a été adopté par d’autres organisations de la mouvance identitaire européenne (Identitäre Bewegung Österreich en Autriche, PEGIDA en Allemagne, Generazione Identitaria en Italie ou Generation Identity au Royaume-Uni), voire aux États-Unis (Identity Evropa).

9Par ailleurs, dans un ouvrage à usage militant, Éléments pour une contre-culture identitaire, paru en 2011, Philippe Vardon donne une image militante de Sparte, insistant sur la bataille des Thermopyles, et sur l’origine ethnique des Spartiates :

  • 20 Vardon-Raybaud 2011, p. 232.

Il a fallu trois jours pour que 300 000 Perses viennent à bout de 300 des fils de Sparte. Citoyens-soldats (les Périèques, libres, mais pas citoyens, et les Hilotes, dont le statut se rapprochait de celui des serfs médiévaux, subvenaient à leurs besoins), minoritaires dans leur propre cité depuis sa fondation par les Doriens venus d’un Nord mythique, les Spartiates ne se permettaient pas de faiblesses. Déjà mentionnée dans L’Illiade, grande rivale d’Athènes et cité dominante jusqu’au ive siècle avant n.è., Sparte est aujourd’hui encore un mythe vivace. Mythe sanctifié par le sacrifice du roi Léonidas et de ses guerriers au défilé des Thermopyles20.

  • 21 Respectivement p. 143, p. 148 et p. 243‑244.

10La référence à Sparte joue un rôle important dans l’imaginaire identitaire. On le voit dans l’abécédaire identitaire de Philippe Vardon, où l’auteur consacre trois autres entrées à des thématiques proches : « Lambda », « Léonidas » et « Thermopyles »21. Sa conclusion est très intéressante :

  • 22 Vardon-Raybaud 2011, p. 244.

Face à l’Autre absolu, les cités grecques ont dépassé leurs antagonismes et forgé la conscience d’un Nous. On retrouvera ce même élan lorsque les Européens seront confrontés aux Musulmans (c’est dans sa chronique de la bataille de Poitiers qu’Isidore de Séville utilise pour la première fois le terme d’Européens pour désigner les chevaliers chrétiens coalisés)22.

  • 23 Vardon-Raybaud 2011, p. 244.

11Par conséquent, « cet exploit martial, ce sacrifice au nom de quelque chose de plus grand, est là pour nous rappeler que, même à 300 contre 300 000, aucun combat n’est vain23. » Nous trouvons ici deux idées principales :

  1. « l’Autre » est inassimilable et foncièrement hostile ;
  2. il faut défendre « notre identité » et « notre sol » d’une invasion migratoire.

Enfin, il ressort du propos de Philippe Vardon un lieu commun de l’extrême droite : le militant identitaire doit être un spartiate, c’est-à-dire qu’il doit se construire intellectuellement, apprendre à se battre et devenir dur.

  • 24 Vardon-Raybaud 2011, p. 146.
  • 25 Au sujet de la violence militante des Identitaires, François 2017, p. 141‑156.

12Les militants identitaires s’identifient donc aux spartiates revus et corrigés par Franck Miller, l’auteur du la roman graphique 300. Selon Philippe Vardon, le militant identitaire doit être héroïque, rejetant la lâcheté. Il doit aller au combat (enfin, à la rixe) : « Nous apprenons chaque jour à nous battre, et chaque jour un peu plus à aimer le faire ; la tête haute nous tomberons peut-être dix fois, mais nous nous relèverons à chacune d’entre-elles [sic], pour faire face à nouveau24 ». De fait, il y a, chez les cadres identitaires, une exhortation à une « implication réelle dans le combat »25 :

  • 26 Vardon-Raybaud 2011, p. 16

L’action comme défi quotidien que l’on lance à la face du monde, et avant tout à soi-même. Le militantisme n’étant pas vécu par les jeunes identitaires uniquement comme un moyen politique, mais bien comme une manière de (se) grandir et de se réaliser. La primauté de l’action (se déclinant à travers des actions, des coups, des campagnes), entendue comme un enthousiasme et une frénésie créatrice, est bien l’une des marques de fabrique du mouvement identitaire26.

  • 27 Douguine 2023 ; Douguina D. 2023, « L’univers de la pensée platonicienne », Geopolitika.ru, 26 sep (...)

13Aussi bien par sa mystique que par l’imaginaire qu’elle suscite, Sparte est donc devenue une référence phare des mouvances identitaires européennes. Cependant, nous pouvons observer depuis le milieu des années 2010 une diffusion plus large de cet imaginaire politique et militant dans d’autres parties du monde, jusque dans les confins du monde slave. Les travaux du philosophe russe Alexandre Douguine et de sa fille Daria sur le platonisme politique27 en sont, dans une certaine mesure, le reflet. Mais c’est en Ukraine que la récupération de Sparte par l’extrême droite est la plus visible.

Le cas ukrainien

  • 28 Lebedynsky 2019.
  • 29 Godwin et Trischler 2021, p. 215‑226.

14Les figures historiques traditionnellement mobilisées par l’extrême droite ukrainienne sont à chercher soit chez les Scythes et les Sarmates, peuples nomades originaires d’Asie centrale28, soit dans les figures médiévales, tel le Varègue de la Rous’ de Kiev, voire au xxe siècle, période d’émergence et de structuration du nationalisme ukrainien et de ses mouvements de résistance comme l’Ukrains’ka povstens’ka armiya (UPA [Armée insurrectionnelle ukrainienne]). Toutefois, le xxe siècle voit se superposer une somme de métadiscours et de références globales qui laisse penser que l’extrême droite ukrainienne cherche à mobiliser des références historiques étrangères. Il faut cependant garder à l’esprit que ces droites extrêmes diffèrent dans leurs pratiques d’une région à l’autre bien qu’il existe aujourd’hui une dynamique d’uniformisation des moyens d’action et des cultures. Certaines références historiques, notamment à Sparte, apparaissent comme des médiations essentielles pour ces mouvements afin de se faire connaître et d’étendre leur influence ailleurs dans le monde29.

  • 30 « Національний Спротив (Défense nationale) », Marker, 1er avril 2020, disponible sur : https://vio (...)
  • 31 Fouchard 1986.
  • 32 Richer 2018.
  • 33 Kushnir 2018.

15En l’occurrence, la référence à Sparte au sein de l’extrême droite ukrainienne est à la fois explicite et implicite. La forme la plus visible réside dans le logo du groupe Natsional`nyy sprotyv (Défense nationale) qui reprend le bouclier Lambda des Identitaires européens30. Fondée en 2008 dans la région d’Odessa, mais regroupant plusieurs cellules principalement installées à Lviv et Kiev, Natsional`nyy sprotyv est dirigée conjointement par Serhiy Khodiak, un activiste pro‑ukrainien connu pour sa participation aux affrontements du 2 mai 2014 qui ont déchiré la ville d’Odessa – entraînant la mort de 48 militants prorusses –, et Oleksiy « Friend Stalker » Svynarenko, vétéran des premiers affrontements au Donbass à la même époque. Au regard des activités du groupe, principalement consacrées au harcèlement et à l’intimidation par la violence des différents activistes progressistes ukrainiens, la référence à Sparte renvoie ici non seulement à l’assemblée des Égaux, la structure élitiste en charge d’approuver les orientations du pouvoir, mais aussi à l’idée d’une avant-garde conservatrice. Cette analogie historique trouve son origine dans les racines idéologiques du nationalisme radical ukrainien contemporain. En effet, ce dernier a été profondément renforcé par la guerre dans le Donbass en 2014, donnant de ce fait une nouvelle légitimité à des formations militantes longtemps restées en retrait des débats politiques et sociétaux ukrainiens. En défendant l’Ukraine sur la ligne de front dans des bataillons de volontaires, les nationalistes ukrainiens ont développé une conscience résolument élitiste les laissant croire qu’ils étaient les seuls, du fait du sang versé, à pouvoir maintenir la cohésion globale de la nation ukrainienne (re)naissante. Comme dans la Grèce antique, ces derniers seraient « égaux et semblables31 ». De ce fait, la comparaison avec l’assemblée des Égaux est assumée par des formations ukrainiennes d’extrême droite comme Natsional`nyy sprotyv dont l’activisme se fait au nom de la nation. D’une certaine manière, on peut associer le positionnement des groupes ukrainiens d’extrême droite à la timocratie spartiate décrite par plusieurs auteurs antiques comme Platon. Celle‑ci épouse un certain nombre de valeurs défendues par l’extrême droite comme le respect des chefs (τιμᾶ ν τοὺς ἀρχοντας) et la mise en avant de la classe guerrière (τὸ προπολεμοῦν́)32 du demos afin de limiter les avantages de l’aristocratie régnante. À l’image des 300 de la bataille des Thermopyles, Natsional`nyy sprotyv et ses militants se considèrent comme l’ultime rempart de la civilisation traditionnelle européenne contre toute forme d’influence en provenance de « l’étranger ». Cette vision, largement répandue au sein de l’extrême droite est-européenne, coïncide avec la représentation que ces militants se font de l’Ukraine : ils considèrent le pays comme un avant-poste continental de l’Europe, du fait de son positionnement géographique33.

  • 34 Selon un brochure du régiment éditée à Kiev en 2017 intitulée « Azov: profeiinii soldat ».
  • 35 Entretien informel avec un combattant d’Azov à la base ATEK du régiment à Kiev, février 2017.

16Loin de cette symbolique visant à justifier un engagement politique violent, la référence à Sparte est, au même titre que dans l’extrême droite européenne, mobilisée en tant qu’éloge d’un archétype guerrier idéal. Apparu dès les premiers combats dans le Donbass au printemps 2014 et se plaçant d’emblée à l’extrême droite de l’échiquier politique ukrainien, le régiment Azov a eu de plus en plus souvent recours à la figure du Spartiate : Sparte est ici mobilisée en tant qu’ethos guerrier. Depuis son institutionnalisation au sein des forces armées ukrainiennes en 2015, le régiment Azov s’est en effet engagé dans un vaste processus d’occidentalisation de ses doctrines34 qui l’a poussé à faire usage de références conformes à son idéologie d’origine et à l’image de force de combat d’élite qu’il s’est construite. Le fantasme de Sparte fait partie de ces références : la prédominance du collectif sur l’individu, la discipline stricte sans distinction de rang, et l’hygiène de vie irréprochable35. D’aucuns verraient, au regard de l’orientation idéologique initiale d’Azov, une continuité avec l’idéal du corps combattant promu dans certaines formations Waffen‑SS durant la Seconde Guerre mondiale. Mais cette conduite, propre à ce régiment – sans devoir chercher un modèle en particulier –, s’explique par la volonté de faire émerger, par une socialisation virile, un esprit de cohésion, et de se distinguer du reste des forces combattantes ukrainiennes. Elles ont en effet été jugées inefficaces dès le début du conflit en 2014 en raison de la corruption et de l’incompétence du commandement.

  • 36 Entretien informel avec un combattant d’Azov à la base ATEK du régiment à Kiev, mars 2019.
  • 37 Sheremet P. et Zhavrotsii A. 2015, « Как новобранцы “Азова” превратились в спартанцев (Comment les (...)

17Ces choix particuliers d’Azov se retrouvent principalement dans le tournoi Sparta, qui avait lieu chaque année avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 202236. Ne rassemblant qu’une poignée d’aspirants, ce tournoi d’une journée avait vocation à tester leur résistance physique et mentale en vue d’une incorporation. Les candidats étaient soumis à différentes épreuves allant du parcours à la marche forcée, en passant par l’escalade ou la lutte gréco-romaine. Le modèle spartiate idéalisé n’est jamais loin. On le retrouve dans la rudesse des épreuves qui glorifient la force physique brute et l’acharnement combattant, tels qu’ils pouvaient l’être dans les formations de la cité antique. Cependant, le lien avec Sparte ne se limitait pas à cette seule conception du corps combattant : au terme de la journée, et selon les résultats obtenus, les aspirants étaient appelés à rejoindre le régiment. Après un serment, ces derniers recevaient un écusson et un badge sur lesquels figurait un casque hoplitique37. Par cette cérémonie et ces insignes, on comprend aisément la démarche du régiment : établir une filiation avec un modèle historique de combattants.

  • 38 Teitelbaum 2017.
  • 39 Shekhovtsov et Jackson 2012.
  • 40 François 2006.
  • 41 Spracklen 2013.
  • 42 Swist 2021.
  • 43 Christen et Ruzé 2007.

18Les références que nous venons de voir en Ukraine sont de loin les plus évidentes. Cependant, en tant que mouvance cherchant à étendre son influence à tous les échelons de la société, l’extrême droite ne saurait se limiter à de simples activités ayant pour seule finalité la victoire électorale. Au même titre qu’il existe un militantisme politique fait de tractages, manifestations de rue et autres affichages sauvages, l’extrême droite contemporaine se caractérise aussi par un activisme culturel ayant vocation à populariser subtilement certaines de ses idées maîtresses et à constituer une communauté partisane soudée par un ensemble de codes et de références culturelles communes38. La musique constitue l’un de ces dénominateurs communs à l’extrême droite. En effet, il existe depuis les années 1980 une certaine connivence politique entre l’extrême droite et certaines scènes musicales principalement issues de l’underground à l’instar de la musique industrielle39, du néofolk, du rock40 et, bien entendu, de la musique Metal41. La scène Black Metal se veut extrêmement protéiforme en termes de références et d’inspirations. Néanmoins, l’Antiquité grecque trouve une place de choix dans certaines formations musicales qui la conçoivent comme un « âge d’or » civilisationnel marqué par l’empreinte de héros épiques, parangons d’un idéal masculin et de l’éthos guerrier avec lequel il serait important de renouer42. D’autre part, l’Antiquité en général et Sparte en particulier sont perçues comme pionnières dans le domaine des arts, à commencer par la musique43. Loin de se limiter à de simples mises en scène ou à des textes inspirés de la Grèce antique, certaines formations politiques versées dans la musique entendent montrer que leur art, aussi différent et radical soit‑il, serait directement apparenté aux musiques traditionnelles des cités grecques comme Sparte.

  • 44 « Chercheur de Thulé ». Tout comme le reste de la Wotanjugend, Aleksei Levkin est un adepte du mys (...)
  • 45 Wotanjugend 2017, « Спарта архетип фашистской системы (Sparte acrhétype du système fasciste) », Kr (...)

19Le groupe Wotanjugend en est le parfait exemple. Ce groupe originaire de Tver en Russie est formé autour de l’activiste et chanteur de Black Metal Aleksei Levkin dit « Thule Seeker »44. Réfugiés en Ukraine pour fuir la justice à la suite d’un triple meurtre, Levkin et ses complices publient en 2017 le troisième numéro de leur journal Krova i Potchva (Sol et Terre). La table des matières accorde une place centrale à la thématique antique : on y trouve un court article consacré au modèle organisationnel spartiate interprété par le groupe comme étant « un archétype fasciste » du fait de son caractère élitiste et guerrier45, tandis que le modèle soi-disant raciste de Rome est encensé dans un autre.

  • 46 « Militant Hellenic Black Metal – Генеалогия Черного Искусства в эллинской музыке (Généalogie de l (...)
  • 47 Lévy 2005, p. 230.
  • 48 Lévy 2005, p. 230.
  • 49 Chailley 1979.

20Dans cette même perspective, la Wotanjugend cherche à montrer par différentes publications que Sparte serait « un maillon important dans la formation du Black Metal militant à l’échelle de la chaîne d’or de la tradition du mythe indo-européen commun46 ». Il est difficile de prime abord d’imaginer cette cité guerrière comme berceau de la musique, Platon disant dans ses écrits que « le principal reproche que le philosophe adresse aux Spartiates, c’est d’avoir privilégié la gymnastique au détriment de la « musique »47. Pourtant, la musique faisait bel et bien partie de l’éducation de l’esprit des jeunes spartiates au même titre que l’éducation du corps. Il n’en reste pas moins que les liens entre le Black Metal et la musique spartiate sont intrigants, du fait de leur apparente disparité. Le Black Metal est souvent associé à des thèmes obscurs, mystiques, voire sataniques, tandis que la musique spartiate évoque la grandeur, la discipline et le courage d’inspiration dorienne des anciens guerriers de Sparte48. Néanmoins, les écrits de la Wotanjugend invoquent une corrélation subtile dans l’intensité et l’authenticité de ces deux expressions musicales, notamment au niveau de leur rythme déconstruit49. De même que les Spartiates se consacraient corps et âme à leur cause, les artistes du Black Metal investissent profondément leur énergie dans leur musique, laquelle est souvent empreinte d’une puissante charge émotionnelle. Considéré comme un eidos – autrement dit une métaphysique –, le Black Metal refléterait pour la Wotanjugend, le véritable esprit spartiate, par la brutalité de ses tonalités musicales et ses paroles épiques. Ces considérations reposent sur une récupération du poète spartiate Terpandre, qui vécut au viie siècle av. n.è., connu pour ses adaptations d’Homère et surtout pour l’héroïsme qu’il insufflait aux paroles grâce à la lyre-barbiton capable de produire des notes stridentes, semblables à celles des guitares du Black Metal. En fin de compte, ces formes musicales incarneraient chacune à sa manière la force brute, que ce soit à travers le tumulte des guitares distordues et des rythmes effrénés du Black Metal ou les mélodies martiales de la musique spartiate. La connexion résiderait dans la passion et la dévotion que sous-tendent ces deux expressions artistiques, chacune capturant l’intensité et la détermination indomptable de son époque.

*

  • 50 Lévy 2003.

21Objet d’une fascination dès le xviiie siècle, période où les nations naissantes tentent de se structurer sur la base d’un modèle leur permettant d’asseoir leur cohésion, Sparte représente pour les extrêmes droites européennes un idéal romantique où s’entremêlent identité, guerre et fraternité. Si nous avons vu au travers de cet article comment se structurent dans différents mouvements ces trois composantes, beaucoup reste à faire pour établir une compréhension exhaustive de ce mythe politique. Comme tout mythe, Sparte n’est comprise qu’à travers une interprétation propre aux organisations militantes. Bien que celles‑ci entendent s’inscrire dans la culture européenne et en raviver les fondements en évoquant l’espace où cette culture a pu éclore, cette symbolique n’en reste pas moins sélective lorsqu’il s’agit de se plonger dans l’histoire de la cité. Bizarrement, les identitaires ne se réfèrent que fort peu aux cinq dernières décennies d’existence de la Sparte indépendante50, se concentrant surtout sur le facteur identitaire du symbole.

Haut de page

Bibliographie

Bardèche M. 1994, Sparte et les sudistes, Paris (1re éd. 1969).

Bardèche M. 1995, Qu’est‑ce que le fascisme ?

Barrès M. 1906, « Un voyage à Sparte », Revues des Deux Mondes 31, p. 5-34, disponible sur : https://fr.wikisource.org/wiki/Un_Voyage_%C3%A0_Sparte/04 [consulté en novembre 2023]

Bettini M. 2017, Contre les racines, Paris.

Chailley J. 1979, La musique grecque antique, Collection d’études anciennes, Paris.

Christen J. et Ruzé F. 2007, Sparte. Géographie, mythe et histoire, Collection U, Paris, DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.3917/arco.chris.2007.01 [accès restreint, consulté en novembre 2023].

Douguine A. 2023, Platonisme politique, Nantes.

Fouchard A 1986, « Des “citoyens égaux” en Grèce ancienne », Dialogues d’histoire ancienne 12, p. 147‑172.

Godwin M. et Trischler E. 2021, « Reimagining the medieval: The utility of ethnonational symbols for reactionary transnational social movements », Politics and Governance 9/3. Reactionary Politics and Resentful Affect in Populist Times, éd. T. Capelos, S. Chrona, M. Salmela et C. Bee, p. 215‑226, DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.17645/pag.v9i3.3979.

Lebedynsky I. 2019, Ukraine. Une histoire en questions, Paris.

Lévy E. 2003, Sparte. Histoire politique et sociale jusqu’à la conquête romaine, Paris.

Lévy E. 2005, « La Sparte de Platon », Ktèma 30, p. 217‑236, DOi : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.3406/ktema.2005.970.

Dupeux L. (éd.) 1992, La révolution conservatrice allemande sous la République de Weimar, Paris.

François S. 2006, La musique europaïenne. Ethnographie politique d’une subculture de droite, Paris.

François S. 2014, Au‑delà des vents du Nord. L’extrême droite française, le Pôle nord et les Indo-Européens, Lyon.

François S. 2017, « Mythes et niveaux pratiques de la violence au sein du Bloc identitaire », dans Lebourg N. et Sommier I. (éd.), La violence des marges politiques des années 1980 à nos jours, Paris, p. 141‑156.

François S. 2021, La Nouvelle Droite et ses dissidences. Identité, écologie et paganisme, Lormont.

François S. 2022, Géopolitique des extrêmes droites. Logiques identitaires et monde multipolaire, Paris.

Kushnir O. 2018, Ukraine and Russian Neo-Imperialism. The Divergent Break, Lanham.

Lebourg N. 2019, Les nazis ont‑ils survécu ? Enquête sur les Internationales fascistes et les croisés de la race blanche, Paris.

Plokhii S. 2022, Aux portes de l’Europe (trad. J. Pagan-Delarun), Paris.

Renan E. 1882, Qu’est‑ce qu’une nation ? Conférence faite en Sorbonne, le 11 mars 1882, (2e éd.), Paris.

Richer N. 2018, Sparte. Cité des arts, des armes et des lois, Paris, DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.3917/perri.riche.2018.01.

Rosso M. 2007, « Les réminiscences spartiates dans les discours et la politique de Robespierre de 1789 à Thermidor », Annales historiques de la Révolution française 349, p. 51‑77, DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.3406/ahrf.2007.3101.

Shekhovtsov A. et Jackson P. (éd.) 2012, White Power Music. Scenes of Extreme Right Cultural Resistance, Northampton.

Spracklen K. 2013, « Nazi punks folk off: leisure, nationalism, cultural identity and the consumption of metal and folk music », Leisure Studies 32/4, p. 415‑428, DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.1080/02614367.2012.674152.

Swist J.J., « Les légions du soleil noir: Classical Antiquity & Far-Right Politics in French Heavy Metal », Antiquipop, 7 août, disponible sur : https://antiquipop.hypotheses.org/eng/9958eng [consulté en novembre 2023].

Teitelbaum B.R. 2017, Lions of the North. Sounds of the new Nordic radical nationalism, Oxford.

Vardon-Raybaud P. 2011, Éléments pour une contre-culture identitaire, Nice.

Vernes P.‑M. 2001, « L’impossible retour vers l’origine : la langue et la cité grecques », dans R. Grant et P. Stewart (éd.), Rousseau and the Ancients/Rousseau et les Anciens, Montréal, p. 45‑56.

Haut de page

Notes

1 Chant spartiate, cité par Renan 1882, p. 32.

2 Jean-Jacques Rousseau y voyait « le type même de la société politique juste » ; voir Vernes 2001, p. 53 ; tandis que Robespierre était fasciné par la cohésion de la société et du corps politique ; Rosso 2007.

3 Pour une définition de la notion « extrême droite », voir François 2022, p. 21‑56.

4 Nous pouvons définir cette idéologie comme la nécessité pour les groupes ethnoculturels de préserver les particularismes culturels, religieux et raciaux du métissage et de l’indifférenciation : c’est le droit à l’« identité », définissant ce que nous sommes. Cette dernière est proposée comme un « produit de la tradition déléguant ainsi au passé – à certaines formes culturelles, à des façons de penser qui nous viennent du passé – le pouvoir de nous dire “qui nous sommes” au présent » : Bettini 2017, p. 16.

5 Barrès 1906.

6 Barrès 1906, p. 12.

7 Barrès 1906, p. 12.

8 Dupeux 1992, p. 185-192.

9 Il fut un spécialiste de la littérature française, publiant des ouvrages sur Stendhal, Proust, Flaubert, Céline ou Balzac.

10 Elle a existé de 1952 à 1982.

11 Bardèche 1995, p. 188

12 Bardèche 1994 (1969).

13 Bardèche 1994, p. 112.

14 Bardèche 1994, p. 101.

15 Bardèche 1994, p. 214.

16 François 2014, p. 61-74.

17 Lebourg 2019.

18 Ces thèses sont encore vivaces dans des groupes radicaux. C’est le cas de la revue Sparta. Ordre vital, perspective ethnoraciale, critique sociale (premier numéro en 2020).

19 Cette expression générique est importante, car elle renvoie à un courant de l’extrême droite européenne, dont les idées préexistaient depuis la fin des années 1980.

20 Vardon-Raybaud 2011, p. 232.

21 Respectivement p. 143, p. 148 et p. 243‑244.

22 Vardon-Raybaud 2011, p. 244.

23 Vardon-Raybaud 2011, p. 244.

24 Vardon-Raybaud 2011, p. 146.

25 Au sujet de la violence militante des Identitaires, François 2017, p. 141‑156.

26 Vardon-Raybaud 2011, p. 16

27 Douguine 2023 ; Douguina D. 2023, « L’univers de la pensée platonicienne », Geopolitika.ru, 26 septembre, disponible sur : https://www.geopolitika.ru/fr/article/darya-dugina-la-16eme-conference-internationale-sur-lunivers-de-la-pensee-platonicienne [consulté en novembre 2023].

28 Lebedynsky 2019.

29 Godwin et Trischler 2021, p. 215‑226.

30 « Національний Спротив (Défense nationale) », Marker, 1er avril 2020, disponible sur : https://violence-marker.org.ua/blog/2020/04/01/naczionalnyj-sprotyv/ [consulté en novembre 2023].

31 Fouchard 1986.

32 Richer 2018.

33 Kushnir 2018.

34 Selon un brochure du régiment éditée à Kiev en 2017 intitulée « Azov: profeiinii soldat ».

35 Entretien informel avec un combattant d’Azov à la base ATEK du régiment à Kiev, février 2017.

36 Entretien informel avec un combattant d’Azov à la base ATEK du régiment à Kiev, mars 2019.

37 Sheremet P. et Zhavrotsii A. 2015, « Как новобранцы “Азова” превратились в спартанцев (Comment les recrues d'Azov se sont transformées en Spartiates) », Ukrainska Pravda, 22 avril, disponible sur https://www.pravda.com.ua/rus/articles/2015/04/22/7065437/ [consulté en novembre 2023].

38 Teitelbaum 2017.

39 Shekhovtsov et Jackson 2012.

40 François 2006.

41 Spracklen 2013.

42 Swist 2021.

43 Christen et Ruzé 2007.

44 « Chercheur de Thulé ». Tout comme le reste de la Wotanjugend, Aleksei Levkin est un adepte du mysticisme national-socialiste qui reprend à son compte plusieurs théories racialistes du xxe siècle comme l’origine circumpolaire des indo-européens (compris ici comme Aryens) et divinise Adolf Hitler.

45 Wotanjugend 2017, « Спарта архетип фашистской системы (Sparte acrhétype du système fasciste) », Krova i Potchva 3, p. 4‑8.

46 « Militant Hellenic Black Metal – Генеалогия Черного Искусства в эллинской музыке (Généalogie de l’art noir dans la musique hellénique », Wotanjugend, 12 juin 2018, disponible sur : https://wotanjugend.info/militanthellenic [consulté en novembre 2023].

47 Lévy 2005, p. 230.

48 Lévy 2005, p. 230.

49 Chailley 1979.

50 Lévy 2003.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Stéphane François et Adrien Nonjon, « « Nous sommes ce que vous fûtes, nous serons ce que vous êtes. » »Frontière·s [En ligne], 9 | 2023, mis en ligne le 20 décembre 2023, consulté le 16 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/frontieres/1820 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.35562/frontieres.1820

Haut de page

Auteurs

Stéphane François

Professeur de science politique, Université de Mons, membre associé au GSRL (EPHE/CNRS)

Adrien Nonjon

Doctorant en histoire contemporaine, Inalco (CREE)

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search