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République ou commune de Marseille ? Des usages politiques médiévalistes révélateurs de la construction de l’objet historique

Marseille’s own Republic: a 21st‑century Political Appropriation of the Medieval Commune that Questions the Construction of the Historical Object
Pierre Vey

Résumés

Cet article voudrait questionner la part de la science historique, qui a construit l’objet « commune de Marseille » d’une manière particulière, dans la production et la diffusion d’un imaginaire médiévalisant aujourd’hui au cœur de l’identité politique de la gauche marseillaise. Elle est notamment illustrée par Une histoire universelle de Marseille, cet ouvrage de vulgarisation et de réflexion historiques d’Alèssi dell’Umbria qui, dans une tradition marxiste, propose la généalogie des systèmes de domination qui ont accablé la cité phocéenne, et des formes de résistance qui s’y sont manifestées à partir précisément de l’expérience communale. Fruit d’un héritage historiographique déjà orienté politiquement dès le xviie siècle, l’appellation de commune fut (et reste encore) cantonnée à la période d’indépendance du régime politique auquel elle est associée (1212‑1262) et n’a guère fait depuis l’objet d’une réflexion critique sur ses soubassements idéologiques et ses implications scientifiques. Cet article est l’occasion d’enquêter sur la genèse de l’objet « commune de Marseille », sa tradition dans la science historique et la position dans les champs scientifique et politique des historiens qui l’ont étudié, et ce pour tenter de comprendre la coloration particulière donnée aujourd’hui au passé médiéval de Marseille par des acteurs politiques de gauche.

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Texte intégral

Je souhaite remercier vivement Marie Fontaine-Gastan, Florian Mazel, François Otchakovsky-Laurens et Nathanaël Valdman pour leurs relectures et leurs conseils précieux qui ont nourri le présent article.

  • 1 Bouiron 2001. D’une manière assez révélatrice, la première phrase de Thierry Pécout en introductio (...)
  • 2 Sur la porosité entre les groupes de supporters, les discours sur l’identité de la ville et leur r (...)

1Envisager d’étudier les usages politiques de la commune médiévale de Marseille peut s’apparenter à première vue à une gageure, tant le Moyen Âge semble absent des représentations entourant la cité phocéenne, plus volontiers associée à sa fondation antique qui la singularise au sein des villes françaises – dont un étrange écho se retrouve dans la formule « à jamais les premiers » proclamée depuis la victoire européenne de l’Olympique de Marseille en 1993 –, ou à une époque moderne rébellionnaire qui s’incarne dans les forts monumentaux gardant l’entrée du Vieux-Port. En effet, les traces matérielles du passé médiéval manquent1 et sont relativement peu mises en valeur : que l’on pense aux restes de l’aqueduc du xiiie siècle, cachés au milieu des bâtiments du conseil régional, ou au chevet éventré de la cathédrale romane, isolé entre l’immense édifice néobyzantin qui lui a succédé et la sortie du tunnel du Carénage, sans parler de l’effacement d’une bonne partie du viaire ancien à l’occasion de la destruction de la vieille ville par la police française et l’armée allemande le 1er février 1943. Ainsi, le Moyen Âge marseillais ne bénéficie guère d’un support matériel pour s’ancrer et s’épanouir dans les imaginaires des habitant·e·s et des visiteur·euse·s. En dépit de cet état de fait, le millénaire médiéval est bien présent, voire omniprésent, dans les représentations et les usages politiques locaux du passé, mais sous une forme méconnue, à travers la reprise des armoiries et de la devise de la commune du xiiie siècle. Ces éléments focalisent l’identité urbaine, en particulier par leur ostentation dans le mouvement ultra qui anime les virages du stade Vélodrome, et charrient avec eux un ensemble de représentations qui sont au cœur des discours politiques de gauche sur la ville et son histoire, qu’ils vinssent du mouvement associatif, des groupes de supporters locaux qui, par exemple, associent l’image du Che au blason de la commune, ou des mouvements politiques2.

  • 3 Dell’Umbria 2006 ; Alèssi Dell’Umbria est une figure du monde associatif et culturel marseillais d (...)
  • 4 « La cité médiévale, porteuse d’une riche expérience d’émancipation, inspira tous ceux qui y voyai (...)
  • 5 Portal 1907 et Bourrilly 1926. Si les travaux de Méry et Guindon d’une part et de Mabilly d’autre (...)

2En partant de l’ouvrage d’Alèssi Dell’Umbria, Histoire universelle de Marseille paru en 20063 qui assigne un rôle matriciel à la commune médiévale dans la définition de l’identité politique de la ville, comme l’annonce sa quatrième de couverture4, il va s’agir d’interroger la part de la science historique dans la production et la diffusion d’un imaginaire médiévalisant qui infuse les discours de gauche sur l’histoire de Marseille. Pour ce faire, on se propose d’étudier la genèse de l’objet historique « commune de Marseille » au début du xxe siècle, à un moment où la médiévistique s’autonomisait progressivement au sein d’une histoire universitaire qui s’érigeait en science. On s’attardera en particulier sur l’œuvre de Félix Portal et de Victor-Louis Bourrilly, auteurs des premières références sur le sujet5, pour tenter de comprendre comment la construction historiographique de la commune de Marseille a pu contribuer, indirectement, à ces usages politiques.

Un usage politique du passé médiéval : l’Histoire universelle de Marseille d’Alèssi dell’Umbria

  • 6 Dell’Umbria 2006, p. 9‑16.
  • 7 Blanc et al.  2016.
  • 8 Zinn 2003.
  • 9 Sur le contexte culturel, voir Peraldi et Samson 2006, p. 207‑224 ; sur la spécificité des friches (...)
  • 10 Bréhier et al. 2011. Sur les expulsions et le trafic de cafards pour faire fuir les locataires, vo (...)

3L’Histoire universelle de Marseille entend dévoiler à la fois le passé de la ville et son « annexion » à la France, qui aurait été réécrite, voire effacée, et les mécanismes de domination et de prédation inscrits dans le capitalisme contemporain et l’État-nation (d’où, par opposition, l’adjectif « universelle » de cette histoire)6. De la sorte, la mise en récit du passé de la ville poursuit trois objectifs : indigner (pousser à l’action), armer intellectuellement (donner les moyens de l’action) et fournir un référentiel historique commun (créer une identité collective). Ce faisant, cet ouvrage se livre à une appropriation politique des mille ans d’histoire qu’il parcourt, dont il ressort une identité urbaine ou civique stable, ancrée dans l’imaginaire de la gauche contemporaine : de la commune médiévale à la résistance des habitant·e·s de l’avenue de la République, Marseille est avant tout populaire, égalitaire, indépendante et rebelle. Cette entreprise éditoriale répondait en 2006 à un contexte particulier : elle traduisait sur le plan historiographique le foisonnement contre-culturel des années 1990 à Marseille où se mêlaient une critique acerbe des inégalités sociales et l’exaltation d’une identité marseillaise exceptionnelle et populaire (IAM, Massilia Sound System sur le plan musical) ; elle prolongeait l’esprit de collaboration entre le mouvement social et les sciences sociales que manifesta la création de la maison d’édition Agone (éditrice de l’ouvrage) en 1998, à la suite des manifestations de 1995, et proposait un contre-discours face à la recrudescence des thématiques d’extrême droite dans le débat public7 ; elle capitalisait, enfin, sur le succès de la traduction, toujours chez Agone, d’Une histoire populaire des États-Unis d’Howard Zinn8, parue quelques années plus tôt, l’adaptant au contexte marseillais9. Cette publication ne semble pas indifférente, en outre, aux évolutions concomitantes du projet d’aménagement Euroméditerranée. En effet, le milieu des années 2000 vit l’opposition au projet s’organiser et s’intensifier, alors que les expulsions sans solution de relogement se multipliaient sur fond de pratiques douteuses de la part des groupes immobiliers et que le comportement des aménageurs se révélait mal ajusté à la situation10. Ces événements vinrent réactiver l’héritage des années 1990 et donner de la crédibilité à l’idée que Marseille, populaire et rebelle, était menacée par l’État surplombant et les investisseurs privés, cœur du propos d’Alèssi dell’Umbria.

  • 11 Dell’Umbria 2006, p. 43.
  • 12 Dell’Umbria 2006, p. 19‑21.
  • 13 Dell’Umbria 2006, p. 21‑33.
  • 14 Dell’Umbria 2006, p. 38.
  • 15 Dell’Umbria 2006, p. 39. La catégorie d’Occitanie est une désignation extérieure au vocabulaire mé (...)
  • 16 Dell’Umbria 2006, p. 36.
  • 17 Si l’image d’une opposition farouche entre Marseille et Aix – et par extension entre Marseille et (...)

4Le premier chapitre de l’ouvrage est le lieu d’un discours des origines centré sur la commune : c’est l’occitanisation artificielle de sa dénomination du xviiie siècle qui donne son titre au chapitre, « La Respublica de Marselha », et la majorité des pages (24 sur 40) est consacrée aux cinquante ans de l’histoire communale (sur les trois cents ans couverts par le chapitre). La description qui est faite de la commune peut s’apparenter à celle d’un âge d’or qui se clôt par la chute : « La domination des Angevins en Provence a été la grande infortune historique de Marseille. » dit la première phrase de la sous-partie qui évoque les débuts de la Marseille angevine11. Après une rapide présentation du contexte dans lequel naquit la commune, qui est l’occasion de souligner l’altérité de Marseille et de la Provence, terres d’Empire où la féodalité serait moins pesante et la circulation des hommes constante12, la description de l’émergence de la commune au début du xiiie siècle insiste sur trois éléments : l’opposition farouche d’une Église obscurantiste qui poursuit le nouveau régime à coup d’excommunications et de dénonciations en hérésie ; l’altérité profonde entre France du Nord et Midi ; l’originalité du modèle communal marseillais en Provence que distingue à la fois la présence des chefs de métiers au sein du conseil de la commune – un élément interprété comme populaire et démocratique, contrebalançant l’influence du négoce – et la générosité du régime à l’égard des étrangers et de la minorité juive, qui auraient joui d’une législation favorable et d’une intégration rapide13. Les pages suivantes, jusqu’à la soumission de la ville par Charles d’Anjou, s’intéressent aux conflits qui ont opposé la commune des années 1220 aux années 1250 aux grands féodaux, au comte de Provence, à l’Église ou encore à l’empereur, le tout étant ressaisi dans le cadre plus général de la croisade des Albigeois, « véritable reconquista dont les pays occitans furent l’objet », surprenant amalgame14. Cette fois‑ci, c’est l’esprit d’indépendance, l’insoumission et la résistance de la ville à toute domination supérieure qui sont exaltés. Si ces traits sont prêtés à ce que l’auteur dénomme les « villes d’Occitanie »15 dans leur ensemble en vertu de leur culture commune, Marseille en serait la manifestation la plus accomplie, celle qui, pour des raisons internes (« véritable république » lit‑on16), aurait le plus obstinément défendu son autonomie, sorte d’irréductible bastion de la liberté occitane. La fin du chapitre est quant à elle consacrée aux conséquences de cette soumission à un « pouvoir transcendant », qui participent toutes d’un déclin inexorable de la ville, concurrencée par Aix, cette docile capitale dont le rayonnement dépendait de la faveur d’un pouvoir étranger, abandonnée par ses cupides élites trop heureuses de troquer l’autonomie pour l’oligarchie surveillée des Angevins et exploitée par ses suzerains va-t-en-guerre, avides de richesses et de sang, qui finirent par permettre l’annexion de la Provence à la France17.

  • 18 Wickham 2014 sur les liens entre communes et féodalités ; voir également la mise au point historio (...)
  • 19 Milani 2005, p. 111‑122, 157‑172 et 206‑216 ; Crouzet-Pavan 1997.

5Il ressort de ce chapitre un portrait idéalisé de Marseille, dont la commune médiévale serait comme la manifestation la plus pure de son identité, de son essence comme communauté humaine, qui se ramènerait à trois éléments fondamentaux : l’indépendance à l’égard de tout pouvoir par définition tyrannique ; la mixité sociale et ethnique ; l’hégémonie de l’élément populaire sur le reste de la ville. La combinaison de ces éléments définit une singularité marseillaise qui les embrasserait chacun et les porterait à leur paroxysme. La suite de l’histoire est dédiée au récit tragique, mais héroïque de l’impossible actualisation de cette identité qui pourtant ne cesse de se manifester à travers les insurrections, la résistance et la lutte sociale, car Marseille, comme la commune médiévale lors de ses soumissions successives, est trop isolée, trop facilement abandonnée et pourtant trop fière pour renoncer à lutter. Ainsi, la commune médiévale apparaît comme la matrice, consciente ou non, de l’identité marseillaise. Non seulement elle manifestait déjà toutes les qualités qui sont celles qui définiraient encore la ville contemporaine, mais encore elle le fit pleinement, presque exagérément dans la mesure où elle fut réellement indépendante. Cette appropriation politique du passé médiéval repose pour l’essentiel sur une relecture anachronique : les valeurs et les institutions sont interprétées à partir des représentations contemporaines, ainsi des conflits de la commune avec l’Église ou les seigneurs qui prennent des proportions révolutionnaires18. De même, le conseil des chefs de métiers n’était pas une institution démocratique ou populaire : il regroupait les élites économiques de la ville qui, dans des institutions analogues en Italie ou en Flandre, pouvaient contester l’hégémonie du patriciat en se revendiquant du peuple, mais dans son fonctionnement et sa composition, il restait essentiellement oligarchique19.

6S’il est tentant de considérer l’œuvre d’Alèssi Dell’Umbria comme une sympathique mythographie de gauche dont le mérite serait d’occuper le terrain des imaginaires médiévalistes avec un discours progressiste et de faire connaître des aspects peu connus de l’histoire locale, elle jette en vérité une lumière crue sur la construction scientifique de l’objet historique « commune de Marseille ». En effet, cet objet et son historiographie présentent d’évidentes affinités, de véritables prédispositions à son appropriation par un discours politique de gauche, qui sont autant de conditions de possibilité de la mise en récit effectuée par Alèssi Dell’Umbria.

La construction de l’objet historique « commune de Marseille » par Portal et Bourrilly : pratiques scientifiques et préoccupations politiques

  • 20 Ruffi 1696.
  • 21 Première mention de la formule pour le Moyen Âge : « [Des vicomtes de Marseille], [les Marseillais (...)
  • 22 Ruffi 1696, p. 1‑32. En particulier, « L’Histoire de Marseille a de quoi prendre et tenir le Lecte (...)

7Commençons par un exemple : l’expression « Respublica de Marselha », qui est, nous l’avons signalé plus haut, un anachronisme. La formule, en français, fut popularisée pour désigner la commune médiévale par Antoine de Ruffi dans l’Histoire de la ville de Marseille qu’il publia en 1642 et que son fils, Louis-Antoine, reprit et augmenta en 169620. Le sens du terme, alors, était relativement neutre et renvoyait aussi bien à une organisation politique non monarchique qu’à la notion d’État ou de régime politique21. Il s’agissait sans doute, sous la plume de ces deux érudits, d’accentuer le parallèle entre Marseille et la Rome antique – déjà lourdement appuyé dans les chapitres consacrés à Massalia22 – pour rehausser encore le prestige de la ville.

  • 23 Portal 1907.
  • 24 Baratier 1978, p. 152‑156.
  • 25 Portal 1907, p. 199, 235 et 241.
  • 26 Portal 1907, p. vii‑viii ; p. 84 : « D’ailleurs, les parlements publics qui, dans les occasions ex (...)
  • 27 Portal 1907, p. 1‑5.
  • 28 Labande 1909.
  • 29 Viollet 1901, p. 468.

8Cette expression fut reprise un peu plus de deux cents ans plus tard par Félix Portal pour désigner la commune médiévale et servir de titre à l’ouvrage qu’il lui consacra et qui était pourtant la première étude méthodique de cet objet23. Cet auteur, historien amateur – il officiait dans les bureaux de la préfecture –, utilise ce terme à dessein, dans un contexte où la définition de la « République » faisait l’objet de luttes entre la gauche et la droite, mais aussi au sein même de la gauche qui, à Marseille, voyait socialistes et radicaux se disputer le contrôle de la municipalité24. Utilisé concurremment avec le terme de « commune », « république » se décline sous sa plume sous une forme adjectivale (« régime républicain », « tentatives républicaines » ou « mouvement républicain »25), qui ne fait qu’accroître l’identification entre le régime communal et la IIIe République. De la sorte l’histoire de Marseille s’inscrit de plain-pied dans la tradition républicaine dont elle serait un ancêtre occulté26, concurrençant ainsi le roman national qui s’attardait davantage sur les communes de la France du Nord que ne manquait pas de dénigrer l’auteur27. Cela n’empêcha pas l’ouvrage d’être bien reçu, faisant même l’objet d’une recension positive dans la Bibliothèque de l’École des chartes. Léon‑Honoré Labande s’y étonnait toutefois de l’emploi de cette expression qui prête à confusion28, sans en souligner pourtant les conséquences – l’usage se maintenait encore au début du xxe siècle pour désigner des communes jouissant d’une autonomie pleine, ainsi chez Paul Viollet qui l’appliquait d’ailleurs aux « républiques provençales »29.

  • 30 Bourrilly 1926, p. vii.
  • 31 Bourrilly 1926, p. 178, 191‑192, 211‑212 et 240.
  • 32 Bourrilly 1926, p. 177‑178 : « La ville jouissait d’une complète indépendance, c’est alors, seulem (...)
  • 33 Bourrilly 1926, p. 211 : « Ce n’est donc pas l’existence de ce genre d’assemblée générale qui suff (...)
  • 34 Lefranc 1956, p. 7.
  • 35 Voir aussi le premier chapitre où, armé d’une large bibliographie et d’une critique documentaire s (...)
  • 36 L’ouvrage, édité une première fois en 1922, réédité en 1926, avait été publié en deux parties dans (...)
  • 37 Léonard 1956, p. 16‑17.
  • 38 Mabilly 1905 ; sur sa participation à la Commune : Vignaud 2013 et Gaillard 2003.
  • 39 Par exemple, Bourrilly et Busquet 1924.
  • 40 Bertrand 2019, p. 441.
  • 41 Bourrilly 1926, p. 240 : « C’est sur cet épisode sanglant, où une poignée de Marseillais épris d’i (...)
  • 42 Bourrilly 1926, p. 232.
  • 43 Bourrilly 1926, p. 212 : « [Les chefs de métier] étaient les véritables représentants d’une partie (...)
  • 44 Bourrilly 1926, p. 216, 222‑223, 233.

9Quelques années plus tard, Victor‑Louis Bourrilly, qui louait les qualités de l’œuvre de Portal30, témoignait de davantage de recul face à cette terminologie : il n’emploie le terme que six fois31, la plupart du temps entre guillemets, et s’assure, lors de sa première occurrence, de lui donner un sens restreint et scientifique32 qui fait écho aux précautions de Viollet, avant de rejeter sans détour le vocable lorsqu’il invalide les propositions de Portal quant au caractère démocratique de la commune33. En effet, l’œuvre de Bourrilly constitue la première étude universitaire sur la commune de Marseille – il fut élu professeur à l’Université d’Aix en 1914 sur la chaire d’histoire de Provence et d’histoire contemporaine34 – et reste encore aujourd’hui une référence sur le sujet. Conscient d’écrire à la suite d’un érudit dépourvu de grade universitaire, Bourrilly manifeste par cette prudence la distinction qui sépare le dilettante du professionnel de l’histoire35, d’autant que cet ouvrage constituait sa première publication en‑dehors du xvie siècle36 dont il était spécialiste, dans un domaine, le Moyen Âge provençal, qui relevait de sa chaire, mais qui avait été jusque‑là le précarré des chartistes37 – à l’exception notable du travail de l’ancien communard devenu archiviste municipal, Philippe Mabilly38. Ce travail avait également vocation à établir sa position au sein de l’histoire académique provençale, ce qu’il fit avec un certain succès dans la mesure où, dès lors, le Moyen Âge occupa une place majeure dans son œuvre, l’amenant à contribuer à de grandes entreprises scientifiques aux côtés de l’archiviste Raoul Busquet39, et sa chaire fut renommée « chaire d’histoire médiévale et moderne » en 192740. Néanmoins, cette prise de distance reste à nuancer : non seulement la dernière mention du terme, dans les dernières phrases de l’ouvrage, s’inscrit dans une élégante conclusion aux accents pathétiques qui célèbre le vain sacrifice de quelques notables, tyrannicides manqués, alors que l’indépendance de la commune lui était ravie par Charles d’Anjou41, mais encore la construction de l’objet « commune de Marseille » par Bourrilly prend les mêmes traits que la République de Portal : construite contre les grands féodaux et l’Église, mue par la « passion de la liberté »42 qui finit par entraîner sa perte, la commune s’identifiait aux aspirations de sa population dans son rejet de toute tutelle extérieure43, au point que les meneurs des soulèvements successifs sont qualifiés de « patriotes » ou regroupés dans un « parti national »44, des emprunts lexicaux qui évoquent la Révolution française.

  • 45 Bourrilly 1926, p. 4‑9 ; voir également le compte-rendu positif de Georges Espinas dans le premier (...)
  • 46 Bourrilly 1926, p. 27, mais aussi p. 29‑45.
  • 47 Voir par exemple l’œuvre monumentale de Sismondi 1807‑1818, qui a posé les fondements d’une interp (...)
  • 48 Fontbonne 2023, p. 311‑316.
  • 49 Baratier 1978, p. 153‑158.
  • 50 Léonard 1956, p. 21 ; les valeurs « qui pouvaient l’amener à sympathiser avec des persécutés et av (...)
  • 51 Portal 1907, n. 1, p. 10.
  • 52 Bourrilly 1926, p. 158.
  • 53 Lavaud 2018.

10Cette résistance d’un schéma narratif dont le caractère politique apparaît aujourd’hui évident semble d’autant plus surprenante que l’auteur mit un soin particulier, dans les trois premiers chapitres, à tenir à distance le sens commun en alliant critique documentaire, comparatisme et histoire sociale. Il brossait de la sorte un tableau nuancé et subtil, associant une perspective économique et sociale inspirée par Pirenne45 et une attention à la contingence et aux liens avec le droit privé des associations de la première commune empruntée à Volpe46 sans pour autant perdre de vue ce qui pouvait singulariser son objet. Certes, la succession des événements se prêtait aisément à pareille narration orientée, de même que le poids d’une tradition historiographique aussi ancienne que prestigieuse47. Joue également l’homologie relative entre la position de l’historien et celles des producteurs des documents qu’il exploite, qui amène le premier à chausser assez naturellement les lunettes des seconds, sans pour autant abandonner ses propres prénotions, transférées inconsciemment dans les documents médiévaux48. En effet, l’historien, comme le notaire communal, est un professionnel de l’écrit, dont le statut élitaire dépend de sa consécration par la collectivité au service de laquelle il exerce, dans un environnement (la notabilité marseillaise et l’académie aixoise) encore parcouru de tensions entre un pôle républicain laïc et un pôle royaliste clérical (pouvant passer pour homologue de l’opposition entre la commune d’une part et le comte et l’évêque d’autre part)49 où une interprétation orientée de la commune médiévale pouvait renforcer sa position – il semble par ailleurs qu’il présentait des affinités avec le pôle républicain laïc comme le sous-entend Émile‑Guillaume Léonard dans son introduction à l’œuvre-hommage publiée dix ans après la mort de Bourrilly50. En outre, son origine marseillaise et sa fréquentation des élites culturelles provençales purent également contribuer à cette dépendance au sentier. En effet, dans une moindre mesure que dans l’ouvrage de Portal, qui se présentait volontiers comme un fédéraliste attaché à l’identité régionale contre l’unité française51, Bourrilly valorise tout au long de son ouvrage la culture méridionale dont participait la commune de Marseille, pour mieux souligner son irréductible spécificité que serait venue mettre à mal l’irruption des Capétiens dans le Midi au début du xiiie siècle52. Ce faisant, à la suite de Portal, il reprenait une vision du Midi médiéval développée tout au long du xixe siècle dans la foulée de l’appropriation régionaliste de la croisade des Albigeois53 et qui avait fortement imprégné les élites méridionales. Portée par le félibrige rouge qui anima notamment la Commune de Marseille, cette mythographie régionaliste redoublait les points saillants du discours républicain (anticléricalisme, rejet de la féodalité et de la monarchie) tout en y insufflant des éléments propres à porter aux nues une identité locale qui avait alors tendance à disparaître sous le double coup de la déprise de l’occitan et du rayonnement de la macrocéphalie parisienne.

  • 54 La première chaire d’histoire médiévale de l’université d’Aix fut créée en 1951 et confiée à Georg (...)
  • 55 Anheim 2012, en particulier p. 410‑413 et 419‑420.
  • 56 Voir Pécout 2009b pour la revendication précoce, dès la première moitié du xiiie siècle, (...)
  • 57 Sur le plan identitaire, cette formule de Ruffi est exemplaire : « Les Comtes de Provence ne la [M (...)
  • 58 Sur les dimensions politique et juridique de cette construction médiévale, voir respectivement Otc (...)

11En conclusion, pas plus qu’il ne s’agissait de juger l’ouvrage d’Alèssi dell’Umbria à l’aune de critères scientifiques qu’il ne revendique pas, il faut se garder de réduire l’œuvre de Bourrilly à une mythographie savante sanctionnée par l’apparence de la science. Un tel jugement ne rendrait guère justice à la rigueur du travail de l’auteur qui participa à développer une histoire médiévale de la Provence qui fût scientifique54, et ferait passer à côté de ce qui était précisément l’objet de cet article : étudier le contexte de production du travail historien et en comprendre les déterminations pour mieux mettre en relief sa contribution aux appropriations politiques du passé. Dans le cas de la commune de Marseille, la science historique, tout en prenant ses distances avec des usages trop manifestement politiques du passé, n’en vint pas moins à consacrer l’appropriation par un discours de gauche d’un objet historique dont la construction présente des affinités avec ce discours, contribuant ainsi à le perpétuer. Cela souligne l’ambiguïté de la position de l’histoire médiévale dans l’élaboration du projet de la science sociale entre le xixe et le xxe siècle : défini comme radicalement autre, le Moyen Âge ne peut être étudié sans une attention à cette spécificité ; en même temps, il s’agit du point d’origine de la modernité occidentale dans ce qu’elle a de plus singulier. D’où l’ambivalence de la médiévistique en formation, prise en étau entre l’ambition scientifique et les projections identitaires55. Ainsi, les usages politiques contemporains du passé médiéval de Marseille trouvent leurs conditions de possibilité dans la construction de ce passé en objet scientifique par Bourrilly qui, se faisant, fut victime, comme par un effet de bouclage, d’une production historiographique médiévale. En effet, son insistance sur la singularité de la commune marseillaise découle de l’adoption, sans critique, des années 1263‑1264 comme borne chronologique terminale, ce qui implique de définir l’identité de la commune par son indépendance à l’égard de tout pouvoir supérieur et son exceptionnalité au sein de la Provence. Or, il s’agit d’une construction identitaire et juridique médiévale56, approfondie ensuite à l’époque moderne57, qui visait à conserver et élargir les privilèges urbains par l’affirmation de la position singulière de la ville au sein de la principauté angevine58. De la sorte, les usages politiques contemporains de la commune médiévale de Marseille tendent aux pratiques scientifiques, qui ont le même objet, un miroir bienvenu, où se reflètent avec clarté les limites de la construction de cet objet, grevée de prénotions, et, par‑là, les moyens de les pallier. Dans cette perspective, l’enquête esquissée ici gagnerait à être étendue à d’autres villes provençales auxquelles les médiévistes comparent Marseille, comme Arles ou Avignon, pour en approfondir les interrogations et enrichir les conclusions.

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Bibliographie

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Notes

1 Bouiron 2001. D’une manière assez révélatrice, la première phrase de Thierry Pécout en introduction de l’ouvrage qu’il a dirigé, intitulé Marseille au Moyen Âge, est : « Flâner dans les rues de Marseille n’apprend presque rien sur son passé médiéval. » : Pécout 2009a, p. 7. Les plus visibles de ces traces sont l’abbaye Saint-Victor et la tour Saint-Jean, cette dernière étant intégrée dans le fort du xviie siècle.

2 Sur la porosité entre les groupes de supporters, les discours sur l’identité de la ville et leur récupération politique voir Bocquillon 2013.

3 Dell’Umbria 2006 ; Alèssi Dell’Umbria est une figure du monde associatif et culturel marseillais depuis les années 1990.

4 « La cité médiévale, porteuse d’une riche expérience d’émancipation, inspira tous ceux qui y voyaient la preuve que la démocratie ne vient pas d’en haut, de l’État, mais d’en bas, de la commune. »

5 Portal 1907 et Bourrilly 1926. Si les travaux de Méry et Guindon d’une part et de Mabilly d’autre part représentent également d’importants jalons dans le développement de l’historiographie de la commune de Marseille, l’œuvre des deux premiers est principalement consacrée à l’édition d’une partie de la documentation et moins à l’élaboration d’un discours sur l’histoire de la ville (la période 926‑1486 est présentée en quarante pages en guise de préambule aux éditions, Méry et Guindon 1841, p. 111‑157), tandis que le dernier a consacré son étude à l’une des deux villes constitutives de la cité médiévale, celle qui relevait de la seigneurie de l’évêque et jouxtait la commune.

6 Dell’Umbria 2006, p. 9‑16.

7 Blanc et al.  2016.

8 Zinn 2003.

9 Sur le contexte culturel, voir Peraldi et Samson 2006, p. 207‑224 ; sur la spécificité des friches où se construit la rencontre entre le mouvement social et la scène culturelle Roulleau-Berger 1996. À propos des motivations de la naissance de la maison d’édition Agone, voir Discepolo 1998, qui, dans la revue éponyme qui lui servit de matrice, célèbre le projet. Signalons que les éditions Agone se sont installées à proximité de la principale friche de Marseille, celle de la Belle de Mai.

10 Bréhier et al. 2011. Sur les expulsions et le trafic de cafards pour faire fuir les locataires, voir Pujol 2016, p. 118‑126. Sur le comportement des aménageurs, source de tensions, voir Beschon 2022.

11 Dell’Umbria 2006, p. 43.

12 Dell’Umbria 2006, p. 19‑21.

13 Dell’Umbria 2006, p. 21‑33.

14 Dell’Umbria 2006, p. 38.

15 Dell’Umbria 2006, p. 39. La catégorie d’Occitanie est une désignation extérieure au vocabulaire médiéval.

16 Dell’Umbria 2006, p. 36.

17 Si l’image d’une opposition farouche entre Marseille et Aix – et par extension entre Marseille et la Provence – naquit effectivement au Moyen Âge, sa signification était en réalité à l’inverse des représentations contemporaines puisqu’elle se développa dans le contexte des guerres civiles provençales du xive siècle durant lesquelles les villes de Provence emmenées par Aix se soulevèrent contre la monarchie angevine dont Marseille se fit l’ardente et loyale défenseuse au nom de son statut privilégié qu’elle renforça par la même occasion (Otchakovsky-Laurens 2017, p. 118‑138).

18 Wickham 2014 sur les liens entre communes et féodalités ; voir également la mise au point historiographique sur la commune de Marseille de Zigiotto 2022. Sur « l’anticléricalisme », voir Mazel 2003, p. 209‑217.

19 Milani 2005, p. 111‑122, 157‑172 et 206‑216 ; Crouzet-Pavan 1997.

20 Ruffi 1696.

21 Première mention de la formule pour le Moyen Âge : « [Des vicomtes de Marseille], [les Marseillais] achetèrent la Seigneurie, se rendirent libres et après établirent parmi eux une forme de République » ; Ruffi 1696, p. 127‑128.

22 Ruffi 1696, p. 1‑32. En particulier, « L’Histoire de Marseille a de quoi prendre et tenir le Lecteur […] et par les marques de grandeur qui la rendent comparable aux plus célèbres Républiques de l’Europe. », 1re page de la préface.

23 Portal 1907.

24 Baratier 1978, p. 152‑156.

25 Portal 1907, p. 199, 235 et 241.

26 Portal 1907, p. vii‑viii ; p. 84 : « D’ailleurs, les parlements publics qui, dans les occasions extraordinaires ou solennelles, réunissaient tous les citoyens sans distinction, constituaient de véritables assises populaires que, seul, le souffle de la grande Révolution devait réveiller cinq siècles plus tard. »

27 Portal 1907, p. 1‑5.

28 Labande 1909.

29 Viollet 1901, p. 468.

30 Bourrilly 1926, p. vii.

31 Bourrilly 1926, p. 178, 191‑192, 211‑212 et 240.

32 Bourrilly 1926, p. 177‑178 : « La ville jouissait d’une complète indépendance, c’est alors, seulement, qu’on peut sans exagération et abus des termes, la qualifier véritablement de république. »

33 Bourrilly 1926, p. 211 : « Ce n’est donc pas l’existence de ce genre d’assemblée générale qui suffit pour affirmer le caractère démocratique de l’organisation de la commune marseillaise. Il est exagéré et anachronique de l’appeler “République” ; il est moins exact encore d’y voir un gouvernement populaire. », une note de bas de page renvoyant au passage de Portal cité plus haut (n. 15).

34 Lefranc 1956, p. 7.

35 Voir aussi le premier chapitre où, armé d’une large bibliographie et d’une critique documentaire sérieuse, il invalide les hypothèses de Portal sur les origines antiques de l’organisation municipale, Bourrilly 1926, p. 1‑28.

36 L’ouvrage, édité une première fois en 1922, réédité en 1926, avait été publié en deux parties dans les Annales de la Faculté des Lettres d’Aix entre 1919 et 1921.

37 Léonard 1956, p. 16‑17.

38 Mabilly 1905 ; sur sa participation à la Commune : Vignaud 2013 et Gaillard 2003.

39 Par exemple, Bourrilly et Busquet 1924.

40 Bertrand 2019, p. 441.

41 Bourrilly 1926, p. 240 : « C’est sur cet épisode sanglant, où une poignée de Marseillais épris d’indépendance payèrent de leur vie une entreprise sans espoir, que se termine vraiment l’époque héroïque de la Commune, ou, si l’on veut, de la “république” marseillaise. Désormais, Charles d’Anjou pouvait être tranquille. Grâce à la terreur inspirée par ce châtiment sans précédent, il n’avait plus rien à redouter des Marseillais. Sa victoire était complète et, cette fois, définitive. ».

42 Bourrilly 1926, p. 232.

43 Bourrilly 1926, p. 212 : « [Les chefs de métier] étaient les véritables représentants d’une partie au moins de la population : de là sans doute leur force ; de là aussi l’esprit d’indépendance dont ils firent constamment preuve. ».

44 Bourrilly 1926, p. 216, 222‑223, 233.

45 Bourrilly 1926, p. 4‑9 ; voir également le compte-rendu positif de Georges Espinas dans le premier numéro des Annales qui souligne également cet aspect, Espinas 1929, p. 113‑114.

46 Bourrilly 1926, p. 27, mais aussi p. 29‑45.

47 Voir par exemple l’œuvre monumentale de Sismondi 1807‑1818, qui a posé les fondements d’une interprétation de l’histoire des communes italiennes influencée par la Révolution française ; Parsis-Barubé 2002.

48 Fontbonne 2023, p. 311‑316.

49 Baratier 1978, p. 153‑158.

50 Léonard 1956, p. 21 ; les valeurs « qui pouvaient l’amener à sympathiser avec des persécutés et avec des résistants » font sans doute référence à son limogeage en 1940 par Vichy (Bertrand 2019, p. 441) et à l’aide qu’il fournit à Jules Isaac en le cachant pendant l’Occupation, voir Mazel (à paraître).

51 Portal 1907, n. 1, p. 10.

52 Bourrilly 1926, p. 158.

53 Lavaud 2018.

54 La première chaire d’histoire médiévale de l’université d’Aix fut créée en 1951 et confiée à Georges Duby (Bertrand 2019, p. 442).

55 Anheim 2012, en particulier p. 410‑413 et 419‑420.

56 Voir Pécout 2009b pour la revendication précoce, dès la première moitié du xiiie siècle, d’une situation juridique particulière sinon exceptionnelle de Marseille au sein de la Provence par la commune ; voir Aurell et Boyer 2009 sur l’établissement d’un rapport singulier entre Marseille et les Angevins ; et Boyer 2011 pour l’émergence de la notion de « terre adjacente ».

57 Sur le plan identitaire, cette formule de Ruffi est exemplaire : « Les Comtes de Provence ne la [Marseille] possédèrent que fort peu de tems, & ce injustement, et sans aucun tître, l’aïant usurpée sur les Rois de Bourgogne […] Car comme il y a fort peu de Villes en France qui aïent de si beaux privilèges ; J’ose dire qu’il n’y en a point qui les aïent si justement mérités » ; Ruffi 1696, p. 128 et 141, cité par Otchakovsky-Laurens 2018a, p. 325 ; sur le plan juridique, voir Zysberg 2012.

58 Sur les dimensions politique et juridique de cette construction médiévale, voir respectivement Otchakovsky-Laurens 2018a et 2018b.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Pierre Vey, « République ou commune de Marseille ? Des usages politiques médiévalistes révélateurs de la construction de l’objet historique »Frontière·s [En ligne], 9 | 2023, mis en ligne le 20 décembre 2023, consulté le 12 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/frontieres/1787 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.35562/frontieres.1787

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Auteur

Pierre Vey

Doctorant en histoire médiévale, chargé de cours à l’université Paris Panthéon-Sorbonne, École nationale des chartes, centre Jean-Mabillon (EA 3624)

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Droits d’auteur

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