Navigation – Plan du site

AccueilNuméros49-1Comptes rendusSeamus O’Malley, Irish Culture an...

Comptes rendus

Seamus O’Malley, Irish Culture and “The People” : Populism and Its Discontents

Marie-Violaine Louvet
p. 185-187
Référence(s) :

Seamus O’Malley, Irish Culture and “The People” : Populism and Its Discontents, Oxford, Oxford University Press, 2022, 294 p.

Texte intégral

1Dans Irish Culture and “The People” : Populism and Its Discontents, Seamus O’Malley montre la manière dont le populisme a influencé la culture politique et littéraire en Irlande et a poussé certains auteurs à se réinventer, quitte parfois à se perdre dans les méandres d’un concept tellement étiré que ses contours deviennent flous. Pour O’Malley, les périodes où l’Irlande a avancé sur le chemin de son indépendance et de son émancipation se sont caractérisées par un épanouissement du discours populiste, porté tant dans les domaines politiques, comme avec la célèbre figure de Daniel O’Connell et plus tard la Ligue agraire (Land League), que culturels, sous la plume des écrivains qui ont accompagné de leur travail les soubresauts de l’histoire irlandaise. De manière tout à fait originale et ambitieuse, O’Malley s’assigne l’objectif de réhabiliter le(s) populisme(s) en tant que force(s) créatrice(s) dans la littérature irlandaise, puisque leur caractère transgressif permet de remettre en cause les normes et les codes établis, et, pour l’écrivain, de se surpasser. Cette réinvention de sa propre écriture est illustrée avec l’exemple de William Butler Yeats dont la boussole créatrice lui évite de se perdre dans la vacuité d’un concept travesti, comme on le voit chez Anna Parnell et Myles na gCopaleen. O’Malley insiste sur le caractère protéiforme de la notion de peuple en Irlande (« The People »), qui revêt des sens distincts sous la plume des différents auteurs, désignant tantôt les propriétaires terriens protestants ; tantôt les paysans catholiques dont la voix serait portée par l’élite politique irlandaise ; tantôt une unité organique et naturelle comme dans la vision du nationalisme romantique ; tantôt une construction sociale, comme dans la vision républicaine.

2O’Malley commence par s’intéresser aux définitions du populisme, ainsi qu’à l’histoire de la représentation du peuple irlandais avant de se pencher sur le long XIXe siècle, lors duquel la figure du pauvre fermier catholique vint peu à peu s’imposer en contrepoint de l’élite anglo-irlandaise. Il met en évidence l’influence de la philosophie des Lumières et de la Révolution française sur le républicain Wolfe Tone, le philosophe Edmund Burke, et l’homme politique Daniel O’Connell dont la lutte pour l’émancipation des catholiques s’appliqua à redéfinir le peuple irlandais avec une modération qui fut défiée et remise en question par le portrait plus radical du peuple proposé par la Jeune Irlande (Young Ireland).

3Dans un deuxième temps, O’Malley se penche sur la guerre agraire (Land War) et sur l’importance du populisme dans la rhétorique de la Ligue agraire. Dans une étude du journal United Ireland de William O’Brien, il explore le caractère composite du slogan « Land for the People », désignant tout à la fois « un mélange hétérogène de petits propriétaires terriens, de grands propriétaires, d’ouvriers agricoles et d’intellectuels protestants mécontents » qui viennent animer les écrits de Rosa Mulholland, Emily Lawless, George Moore et Anna Parnell (« a heterogeneous mix of small landwoners, large ones, agricultural laborers, and disaffected Protestant intellectuals », p. viii). O’Malley met en lumière les échos de cette rhétorique populiste que l’on trouve dans l’effervescence créative de la Renaissance littéraire irlandaise, en proposant une grille de lecture de l’écriture de Lady Gregory et de Yeats. Ce dernier trouva dans le peuple rural de l’Ouest de l’Irlande, de culture gaélique, une source d’inspiration pour son nationalisme culturel, même s’il le mit un peu de côté sur le tard, alors que Maud Gonne, elle, revendiqua sa proximité avec un public populaire.

4Le populisme comme élan derrière le soulèvement de Pâques (Easter Rising), qu’il soit porté par le point de vue syndicaliste de James Connolly ou par celui du populisme mystique de Patrick Pearse, à l’origine de l’idéalisation du sacrifice altruiste, vint nourrir l’idéal républicain irlandais, de la période révolutionnaire à l’avènement de la République. Lorsque s’opposa le point de vue des partisans de l’État libre à celui des républicains, à la fin de la guerre d’indépendance (1919-1921), chaque camp revendiqua la défense des intérêts du peuple irlandais, entendus de manière différente. De Valera, emblématique président irlandais (1959-1973), qui représentait pourtant le deuxième camp, mania un discours populiste à des fins électorales, dont les accents dans le journal The Irish Press sont analysés par O’Malley. Pour lui, cette rhétorique vient s’opposer au point de vue esthétique plus radical du révolutionnaire républicain Ernie O’Malley qui, sous l’influence d’artistes mexicains, tenta de saisir l’insaisissable et de capturer l’essence du peuple irlandais dont il dressa le portrait. O’Malley déploie aussi une analyse du populisme dans les œuvres de Seán Ó Faoláin, Flann O’Brien et Myles na gCopaleen dans sa colonne publiée dans The Irish Times et intitulée « Cruiskeen Lawn » : celle-ci marquerait, pour l’auteur, la fin du règne du populisme en Irlande, malgré certaines résurgences du phénomène, très modérées selon lui, sur la scène politique irlandaise contemporaine.

5Original, bien mené et très érudit, l’ouvrage d’O’Malley apporte une lumière nouvelle sur la culture irlandaise par l’intermédiaire du concept de populisme, qui est étudié dans un dialogue constructif entre le politique et le littéraire. Même s’il en admet les écueils et les limitations, sa thèse, selon laquelle le populisme a pu constituer une force salvatrice pour remettre en cause un ordre parfois injuste, est un brin provocatrice ; mais, tout en prenant le lecteur à contre-pied, elle fait de l’ouvrage une lecture stimulante.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Marie-Violaine Louvet, « Seamus O’Malley, Irish Culture and “The People” : Populism and Its Discontents »Études irlandaises, 49-1 | 2024, 185-187.

Référence électronique

Marie-Violaine Louvet, « Seamus O’Malley, Irish Culture and “The People” : Populism and Its Discontents »Études irlandaises [En ligne], 49-1 | 2024, mis en ligne le 28 mars 2024, consulté le 28 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/etudesirlandaises/18369 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/etudesirlandaises.18369

Haut de page

Auteur

Marie-Violaine Louvet

Université Toulouse – Jean Jaurès

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search