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Vérité en politique

Vérités alternatives et construction de la figure du leader providentiel dans le système politique camerounais

Fabrice Noah Noah

Résumés

Cette proposition s’intéresse aux ressorts de la stratégie de conservation du pouvoir politique au Cameroun. S’il est un constat indéniable, depuis l’accession au pouvoir de Paul Biya en 1982, c’est bien que gouverner c’est trouver le moyen de confisquer le pouvoir plutôt que l’exercer. Au-delà du contrôle dont dispose le régime de Yaoundé sur les corps (Noah Noah et Nouffeussie Ngueuta, 2021), la conservation du pouvoir emprunte à la politique de la carotte autant qu’à la ruse. Nous faisons l’hypothèse que la construction et la dissémination de vérités alternatives participent des routines d’un pouvoir obnubilé par les moyens de sa reproduction. Ainsi, l’émergence d’une démocratie sans risque (Owona Nguini et Menthong, 2018) tient de l’instillation régulière de vérités arrangées. En tant que technologie de gestion des crises, les vérités alternatives transcendent les époques pour s’appliquer aussi bien aux périodes électorales qu’à la gouvernance des crises sécuritaires.

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Texte intégral

  • 1 Le « Parlement » est le nom donné à un mouvement étudiant qui a participé à la lutte pour l’amélior (...)

1« Je vous dis qu’il y a eu zéro mort ». Cette affirmation d’Augustin Kontchou Kouomegni, alors ministre camerounais de l’Information et de la Culture, à la suite de l’intervention des forces de sécurité à la fin d’une réunion du « Parlement »1, le 6 mai 1991 (Pigeaud, 2011 : 53), résume à elle seule le rapport du gouvernement à la vérité. Si l’on peut y percevoir le besoin de préserver l’intérêt général (Ollivier-Yaniv, 1997), les propos du ministre témoignent d’une volonté de contrôler l’information, voire de la travestir. Cette forme de communication – et bien souvent de non-communication – relève d’un habitus propre aux membres de la classe dirigeante camerounaise. On pourrait également l’associer à la structuration d’un « État stationnaire » dont la particularité est de fonder sa permanence sur la production d’un système d’allégeances clientélistes (Eboko et Awondo, 2018). La manipulation de l’information, mieux, l’usage de vérités alternatives s’inscrit pleinement dans la démarche de conservation du pouvoir politique au Cameroun. La stratégie de contrôle des esprits, qui justifie l’usage régulier de vérités alternatives, est ainsi le pendant nécessaire du contrôle sur les corps exercé par le régime au pouvoir (Noah Noah et Nouffeussie Ngueuta, 2021).

2S’il existe un langage propre à la politique (Ryan, 1999), il serait, dans le cas du Cameroun, celui des vérités alternatives. Ces dernières occupent une place centrale dans ce que Michel Foucault identifie comme les technologies gouvernementales (Lascoumes, 2004) dans la mesure où elles contribuent à différer l’arrivée d’une alternance démocratique. Au nombre des techniques par lesquelles s’établissent et se maintiennent les états de domination (Lascoumes, 2004), les vérités alternatives sont celles qui tiennent davantage de la ruse. Elles participent de la démarche de simulation et de dissimulation utile à la construction de la figure du leader providentiel. Si l’on peut considérer avec Max Weber que le charisme tient souvent de la fonction exercée par un homme politique (1971), l’usage de vérités alternatives ajoute au caractère surnaturel et surhumain qui lui est associé. Mentir permet ainsi de construire et d’entretenir le côté magique du charisme qui relève de l’ethos. C’est également une condition nécessaire à l’existence, chez les gouvernés, d’une force de fascination (Charaudeau, 2015). Il apparaît donc que le désir d’identifier le pouvoir à un homme (Mabileau, 1960) rend nécessaire l’usage d’un discours qui brouille les frontières entre le réel et l’imaginaire. Ainsi, le caractère exceptionnel reconnu à la figure du leader providentiel tient autant à ce qu’il est qu’à ce qu’on croit qu’il est, à ce qu’il fait qu’à ce qu’on croit qu’il fait.

3L’intérêt des vérités alternatives dans le projet de conservation du pouvoir rend incongrue toute référence à la vérité en tant que droit fondamental du citoyen (Pratte, 1999). La fonction instrumentale qu’on leur reconnaît fait du maintien au pouvoir de la classe dirigeante l’objectif primordial de l’action de l’État. L’usage de vérités alternatives apparaît ainsi comme un aspect clé de la gestion des affaires publiques. L’effet de persuasion qu’on leur prête en fait de véritables instruments de pouvoir au sens de John Kenneth Galbraith (1985). C’est ce qui justifie, sans doute, leur usage régulier en période électorale, dans la quotidienneté du pouvoir et même à l’occasion de crises sociopolitiques et sécuritaires. Notre référence au cas spécifique du Cameroun vise à démontrer, avec André Pratte, que le mensonge est une des assises de la culture politique (1999). Nous faisons usage du réalisme critique pour son aptitude à souligner l’inscription de la réalité dans un système de valeurs, de représentations et de perceptions autant que dans les rapports de pouvoir (Coman et al., 2016). Il devient alors possible de relever la contingence des faits observés et l’impossibilité d’une explication mono-causale de l’usage des vérités alternatives. L’analyse de la fonction instrumentale des vérités alternatives, dans la gestion du pouvoir au Cameroun, s’intéresse à la question particulière de la compétition politique et à la gestion des crises sécuritaires que connaît le pays.

La compétition entre acteurs politiques prise au piège des vérités alternatives

4La compétition politique est soumise à des règles qui en assurent le bon déroulement. Concevoir la politique comme un jeu fondé sur des conventions stables (Bailey, 1971 ; Thuillier, 1992) oblige à un devoir de vérité. Il faut pourtant reconnaître que l’inscription de la politique camerounaise dans les logiques de conservation du pouvoir, à tout prix, a rendu nécessaire l’usage de vérités alternatives sur le caractère ethnique de l’engagement politique de l’opposition ou sur la magnanimité du président de la République à travers la fiction des dons présidentiels.

L’usage politique de l’ethnie dans le processus de qualification/disqualification des acteurs politiques

5L’appartenance ethnique des individus a toujours occupé une place centrale dans le jeu politique au Cameroun. C’est un fait que corroborent les propos d’Agnès Lainé, selon laquelle l’ethnie est d’abord une notion politique (2002 : 30). En tant que sentiment d’appartenance à un groupe humain différent des autres par des critères réels ou supposés (Bamaze N’gani, 2018), l’ethnie est une ressource clé dans la compétition politique. Cela se vérifie aussi bien dans les mouvements sociaux indigènes, d’apparence nationaliste, récurrents à la veille des indépendances (Dubois et al, 2000) que dans l’environnement libéral qu’offre le processus de démocratisation (Eyenga, 2016 : 63). S’il est reconnu au système de parti unique le mérite d’avoir assuré paix sociale et cohésion (Mouiche, 2000 : 2), il n’en demeure pas moins qu’il a échoué à bâtir l’unité nationale. Les manœuvres ethniques d’Ahmadou Ahidjo ont obéré le projet de construction de la nation qu’il exaltait pourtant dans ses discours (Kamto, 1994). L’accession de Paul Biya au pouvoir n’a pas foncièrement changé les choses. Au contraire, elle a contribué au renforcement d’une dialectique de qualification/disqualification du personnel politique par l’ethnie. L’intérêt d’une telle démarche pour la classe dirigeante est qu’elle sert surtout à décrédibiliser l’opposition politique accusée, à tort, de communautarisme. C’est ce qui explique, sans doute, que le pouvoir use de clichés ethniques et régionaux afin d’assimiler le jeu démocratique et la liberté d’expression à une opposition à l’ethnie ou à la région du président de la République (Tchinda Kenfo, 2018 : 8).

  • 2 Le Social Democratic Front (SDF) a longtemps été considéré comme le parti des anglophones de la rég (...)

6L’analyse de l’histoire récente du Cameroun permet de constater que le processus de libéralisation politique a favorisé l’émergence de la politique par l’ethnie (Mouiche, 2000 : 49). Sous le régime de Paul Biya, le facteur ethnique est un motif d’élimination et de renforcement de l’unanimisme politique (Sindjoun, 1994c : 512). Il contribue à la construction du mythe qui fait du parti au pouvoir le seul véritablement national alors que tous les autres seraient d’essence régionale, voire ethnique. S’il est difficile de nier l’existence de « pressions ethniques » qui consisteraient à demander aux électeurs de voter pour leur « frère » (Socpa, 2000 : 92), il faut reconnaître le caractère spécieux de la thèse sur un marché politique camerounais dominé par les transactions ethniques. En effet, considérer les partis politiques comme une dérivation des ethnies ne permet pas de comprendre les relations dialectiques entre un groupe ethnique et un parti politique (Mouiche, 2000 : 64). Par ailleurs, l’incapacité de la ressource identitaire à garantir à elle seule la captation du vote communautaire (Capelle-Pogacean et Ragaru, 2008) rend inopérant tout projet politique fondé uniquement sur la promotion et la défense de l’ethnie. Ainsi, l’affirmation de l’existence de partis anglo-bami, nordistes, bassa, bamiléké, etc.2 procède d’une déformation de la réalité.

  • 3 Voir Rapport d’Elections Cameroon sur l’élection présidentielle de 2018.

7Les thèses qui présentent la scène politique camerounaise sous les apparences d’une constellation de ghettos ethniques (Bamaze N’gani, 2018) tiennent des vérités alternatives. Leur remise en question par les faits le démontre amplement. L’argument de la communautarisation de la vie politique qu’elles développent (Menthong, 1998) ne résiste pas à l’épreuve des scrutins électoraux. Si l’on considère l’élection présidentielle de 2018, on se rend compte que certains partis dits ethniques ont fait de bons scores en dehors de leurs fiefs électoraux supposés3. Ce constat est également valable pour les élections locales qui ont eu lieu au Cameroun entre 1992 et 2007. En effet, est-il possible d’expliquer les 68 sièges obtenus par l’Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP), à l’élection législative de 1992, par le transfert automatique des voix sur la seule base ethnique ? Comment lier les 43 sièges obtenus par le Social Democratic Front (SDF) à l’élection législative de 1997 au seul vote anglophone ou bamiléké ? L’inscription de l’électeur dans une quête utilitariste (Mayer, 2006) réduit la pertinence de l’opinion qui tient la variable communautaire comme principale explication du vote, voire de l’engagement politique. Celle-ci est d’autant plus spécieuse qu’il est difficile pour un parti politique de tirer sa puissance électorale et politique d’un seul groupe (Mouiche, 2000 : 63). Les vérités alternatives sur la capture de la politique par l’ethnie marquent par leur volonté d’associer l’ouverture démocratique à la résurgence des replis identitaires (Issa, 2005) ou à l’échec de la construction nationale (Nouazi Kemkeng, 2015 : 176). En cela, elles relèvent d’une lecture biaisée de la réalité qui contribue à la structuration du mythe du leader providentiel.

8Par ailleurs, il n’est pas fortuit que l’allégorie sur la communautarisation de la vie politique vise principalement les partis d’opposition. On peut l’expliquer par le rôle qu’elle joue dans la construction par le pouvoir d’un discours justifiant sa pérennisation (Minteu Kadje et Premat, 2019). Elle peut donc difficilement s’éloigner des représentations et des perceptions destinées à différer le « péril » de l’alternance politique. Pour la classe dirigeante, brandir la thèse sur l’ethnicisation de l’opposition vise d’abord à tromper le peuple sur les tenants de la compétition politique. Pour elle, il n’existe d’autre raison qu’une raison ethnique pour expliquer les reproches que subit le pouvoir. Cette vérité alternative trouve sa justification dans une stratégie politicienne qui fait de l’opposition entre les ethnies le motif de la reproduction du régime au pouvoir. Le président de la République apparaît ainsi comme la figure totémique d’une unité nationale qu’il est le seul à pouvoir préserver. En outre, la posture victimaire qu’adopte l’élite détentrice du pouvoir se double de la construction de la figure de l’ennemi dont il faut se méfier et qui est forcément d’une ethnie différente. Les bénéfices politiques qu’elle en tire réduisent la pertinence d’une explication des clivages tribaux par le processus d’importation de l’État (Stocks-Smith, 2012). Lesdits clivages sont la preuve de l’émergence progressive d’un champ politique où la compétition électorale emporte sur la construction politique de la réalité (Berger et Luckman, 1992). On peut alors affirmer avec Luc Sindjoun qu’il n’est pas de clivages ethniques en dehors des constructions qu’en font les partis politiques (1994).

Les « dons présidentiels » dans la fabrique du leader politique providentiel

  • 4 Il faut noter qu’au-delà du problème de gouvernance budgétaire que posent les dons présidentiels, i (...)
  • 5 Environ 125 millions de dollars américains.

9L’une des vérités alternatives les plus répandues par le régime au pouvoir concerne la magnanimité du chef de l’État qu’illustrent les dons présidentiels. Véritables armes de persuasion massive, les dons attribués au chef de l’État4 brouillent la démarcation entre argent public et fortune personnelle. Il demeure impossible, en effet, d’identifier clairement les origines budgétaires des « dons présidentiels ». Tantôt considérés comme ressortant d’une caisse noire servant à financer les situations d’urgence ou du budget de la présidence de la République, les dons présidentiels restent des objets financiers non identifiés. Le flou qui existe quant à leur financement en font des instruments au service d’un mensonge d’État. Cela est d’autant plus vrai que certains dons attribués au chef de l’État ont été financés par l’endettement public. C’est le cas notamment du don d’ordinateurs aux étudiants camerounais, financé par un accord de crédit de 75 milliards de francs CFA,5 signé entre l’État du Cameroun et la banque d’import-export Exim Bank de Chine (voir Ngah Nforgang, 2016). On est, en réalité, en présence d’un don financé par la cause nationale que la propagande officielle fait passer pour un geste de bienveillance du chef de l’État. Cette confusion entretenue par la classe dirigeante participe des logiques de l’État patrimonialisé, sous-développé (Médard, 1990). Elle témoigne de la structuration d’un État mou (Myrdal, 1969) caractérisé, entre autres, par l’inefficacité de la gestion publique et une certaine instabilité. La fiction des dons présidentiels ne peut être comprise, par conséquent, en dehors de toute référence à l’objectif de persuasion, voire de manipulation, attaché aux vérités alternatives.

10Les dons présidentiels s’inscrivent dans les logiques du gouvernement privé indirect (Mbembe, 1999) en ce sens qu’ils échappent à toutes les règles en matière de gestion des finances publiques. Le silence autour, à la fois, de leur financement réel et sur la volonté du prince à en réclamer la paternité ajoute à leur fonction instrumentale dans la perpétuation du régime au pouvoir. C’est ce qui explique la résurgence des dons présidentiels en période électorale. Comme le démontre Antoine Socpa, les campagnes électorales sont l’occasion d’offrir aux populations des denrées alimentaires (viande, poisson fumé, riz), de l’alcool (vin rouge, bière, liqueurs) et divers autres gadgets (Socpa, 2000 : 95). Si ces pratiques ne sont pas exclusives au parti au pouvoir, la maîtrise des ressources étatiques dont il fait preuve (Sindjoun, 1997 : 95) lui donne un avantage certain sur ses adversaires. Il n’est donc pas rare qu’en plus des gadgets de campagne, les réalisations de l’État dans une localité donnée soient conditionnées par le vote en faveur du parti au pouvoir (Socpa, 2000 : 93). Le jeu politique s’inscrit ainsi dans la logique du politics na njangui, littéralement « la politique c’est la tontine », qui suppose l’existence d’une transaction entre l’État et la société ; le don de l’un obligeant nécessairement le soutien de l’autre (Sindjoun, 1996 ; Konings et Nyamnjoh 1997). La fiction du don présidentiel en période électorale marque par sa capacité à renforcer l’asymétrie entre le parti au pouvoir et l’opposition.

11Il est important de préciser que la figure du leader politique magnanime n’est pas née avec le régime de Paul Biya. Sa cohérence avec les logiques de la politique du ventre (Bayart, 1989) renseigne sur son historicité dans la structuration d’un marché politique où le parti au pouvoir règne sans partage. Cela est d’autant plus vrai que la représentation du chef de l’État comme « père de la nation » a survécu aux premières années de l’indépendance et sert encore à expliquer, de nos jours, la mansuétude du président. Le rôle des dons présidentiels dans le polissage de l’image du président (Manga, 2018 : 141) justifie leur mobilisation pendant la période électorale. L’élection devient le champ d’expression de la puissance financière et matérielle du candidat du parti au pouvoir. Elle s’affirme surtout comme le lieu où se construit le mythe du leader providentiel dont la compétence se rapporte à la générosité. Ainsi, la capacité du président sortant à maîtriser les ressources étatiques et à les redistribuer apparaît comme l’assurance de sa constante sollicitude. Parallèlement, l’impossibilité pour l’opposition de disposer de ressources similaires la disqualifie de la gestion du pouvoir ; l’art du politique se gérant dans un réfectoire (Socpa, 2000 : 92). L’erreur qu’induit l’allégorie des dons présidentiels dans le choix de l’électeur en fait un des instruments les plus redoutables en matière de conservation du pouvoir. Ils favorisent l’émergence d’un jeu politique où l’éventualité d’un « geste » du candidat du parti au pouvoir vaut davantage qu’un programme de société clairement formulé.

12Les dons présidentiels lors des campagnes électorales, et au-delà, structurent une action publique néo-transactionnelle fondée sur l’effet de persuasion des vérités alternatives. Il ne s’agit plus seulement de renforcer le caractère délibératif d’une action publique nécessairement polycentrique (Papadopoulos, 2003), mais d’en préciser le lien avec un soutien politique préalable. Ainsi, la fiction des dons présidentiels change le rapport de l’État à la société en faisant de l’action publique le pendant nécessaire du soutien électoral au candidat du parti au pouvoir. L’utilité des dons présidentiels tient moins à leur capacité à satisfaire les exigences de pertinence et de légitimité inhérentes à l’intervention publique (Richard et Verdier, 2004 : 138) qu’à la pression qu’ils exercent sur le choix des électeurs. Autrement dit, les dons présidentiels n’ont d’intérêt que leur capacité à structurer et à influencer le vote populaire. Or, il demeure constant que dans un contexte marqué par les difficultés à en préciser les sources de financement, les dons présidentiels restent les instruments d’une politique hors-sol, dénuée de tout rapport avec la réalité. En cela, ils participent à l’émergence d’une scène politique où les vérités alternatives valent autant, sinon plus, que la sincérité des actes et des discours.

13La fiction des dons présidentiels consacre la patrimonialisation de l’État avec pour conséquence de fausser la relation entre ce dernier et la société. L’impossibilité d’identifier les réseaux de financement des dons renforce l’idée qu’ils servent d’abord à entretenir l’illusion d’une présence bienfaisante du président auprès des siens. La pression alimentaire et ethnique propre au contexte de rareté matérielle ambiant (Mbembe, 1996) empêche toute réflexion sur la réalité des dons présidentiels. Il devient alors possible pour la classe dirigeante de jouer des apparences pour s’assurer une clientèle politique fidèle. En réalité, la force du mythe sur les dons présidentiels réside dans le fait qu’ils agissent tel un écran de fumée qui empêche de s’intéresser à leur poids dans les finances publiques. Cela est encore plus vrai dans un contexte politique où l’argent est considéré comme le « nerf de la guerre électorale ». Les dons présidentiels en tant qu’expression d’une gouvernance par les vérités alternatives participent d’une manœuvre dolosive destinée à s’attirer le soutien populaire. La fin de la conservation du pouvoir justifie les moyens d’une action publique fondée sur l’illusion d’un président se dépouillant pour nourrir et habiller les plus pauvres.

Les vérités alternatives comme technologie de gestion des crises sécuritaires

14Gouverner en temps de crise c’est assurément gouverner l’imprévu. Le caractère inattendu des évènements qui se produisent (Libaert, 2018) oblige les gouvernants à déployer des moyens exceptionnels dont l’efficacité vaut autant que la justesse. Au Cameroun, la gestion des crises sécuritaires est influencée par la volonté de la classe dirigeante d’en relativiser l’impact réel aux yeux de la population par l’usage de vérités alternatives. Cela se manifeste aussi bien dans la lutte contre Boko Haram que face à l’irrédentisme dans les régions anglophones.

La non-communication et la fiction de la paix dans les localités en proie à Boko Haram

15Le Cameroun est l’un des pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre impactés par les actions de la secte islamiste Boko Haram. Si les activités de cette nébuleuse en territoire camerounais ont été perceptibles à partir de 2014, les premiers indices de sa présence remonteraient à 2009. L’action de Boko Haram s’inscrit dans un contexte où les défis sécuritaires sont déjà nombreux : renforcement du banditisme rural, trafics en tout genre et multiplication des conflits intercommunautaires (Bobbo, 2022). Le caractère populaire reconnu à la lutte contre Boko Haram (Batchom, 2016) se justifie par la gravité de son bilan officiel : 1 500 morts, 155 000 déplacés internes et 73 000 réfugiés selon un rapport d’International Crisis Group de 2016. Le traumatisme créé par le bilan humain et matériel des actions de Boko Haram influence le discours sur la guerre. Celui-ci oscille entre la condamnation des actes posés par les terroristes, l’appel à l’union sacrée derrière les forces de défense et la mise en lumière de l’action de l’État en vue d’améliorer les conditions de vie des populations touchées. En revanche, la communication publique se fait plus discrète sur les actes de terreur régulièrement commis par Boko Haram dans de nombreuses localités de la région de l’Extrême-Nord du Cameroun. En cela, elle contribue à donner une apparence de stabilité à des localités pourtant encore secouées par une activité terroriste plus ou moins régulière.

16Il existe un rapport nécessaire entre la stratégie gouvernementale de non-communication et les vérités alternatives. Il importe, avant d’en faire la démonstration, d’évacuer le débat sur les priorités en matière de communication de crise. Les auteurs sont généralement partagés entre la nécessité pour les décideurs de contrôler le flux d’informations disponibles et le besoin de transparence. On apprend que le caractère dramatique des évènements peut justifier la volonté des pouvoirs publics de ne pas communiquer. Ceci, dans le but de ne point créer de phénomènes de panique (Le Clainche, 2021), d’exercer un contrôle strict sur l’information (Bogui et Agbobli, 2017) ou de maîtriser les conséquences de la crise (Libaert, 2018). Ce dernier objectif a entraîné, dans bien des cas, les autorités gouvernementales à censurer des contenus ou à opérer des pressions sur des journalistes (Rieffel, 2005). D’autres auteurs considèrent que la communication de crise doit rétablir l’équilibre médiatique en privilégiant la transparence et l’honnêteté (Chiciudean et David, 2011 : 106-108). Pour Patrick Lagadec, l’absence d’information augmente l’amplitude de la crise, alors qu’une bonne communication peut l'atténuer (1991). Karl Weick considère, pour sa part, que la communication peut aider à sortir de la crise étant donné qu’elle propose une explication pseudo-rationnelle acceptable par tous (Weick et Roberts,1993). Communiquer permet alors de diffuser les enseignements tirés de la crise pour garantir l’avenir.

17L’objectif de contrôle de l’information sur la crise laisse peu de matière à l’analyse des distorsions de la vérité que pourrait dévoiler le discours public. Il n’en demeure pas moins que la stratégie de non-communication renseigne sur la variété du registre des vérités alternatives. Dans le cas de la lutte contre Boko Haram, celles-ci renvoient à l’illusion de stabilité qu’induit l’absence de communication publique. Ici, le mensonge réside moins dans le discours public que dans l’impression de stabilité à laquelle est associée la non-communication. Les vérités alternatives concernent tout ce qui concourt à fausser la réalité autant sur le terrain des opérations qu’à l’arrière. Elles mettent en lumière les bénéfices politiques que tire le pouvoir d’une faible ouverture du débat sur la crise. Si la non-communication peut s’expliquer par le devoir de réserve auquel est astreinte la classe dirigeante (Secretan, 1998), elle reste associée à des bénéfices politiques considérables. Elle contribue, par exemple, à vanter les mérites de l’action publique dans la lutte contre Boko Haram. Par ailleurs, en refusant de reconnaître l’actualité de la crise, le pouvoir limite les coûts d’une réévaluation de la stratégie de défense du territoire. Ainsi, l’illusion d’un recul de Boko Haram reste le meilleur risque face aux surcoûts d’une remise en question des moyens de la lutte. Il faut pourtant reconnaître que le refus de communiquer sur Boko Haram est assimilable à une renonciation à l’obligation de responsabilité au cœur de la gouvernance démocratique (Pourtois, 2016).

  • 6 Déclaration faite au cours de sessions ordinaires de l’Assemblée nationale en juin 2014 et 2015.

18Bien que justifiée à certains égards, la stratégie de non-communication est en inadéquation avec la défense populaire considérée comme concept d’emploi des forces au Cameroun. La défense populaire vise la pleine implication de l’ensemble de la nation, en cas de crise, afin de constituer un bastion de résistance (Ntuda Ebodé, 2011). La particularité de ce concept est de faire de l’armée une « puissance relative, d’avant-garde, chargée d’encadrer les masses populaires contre l’ennemi » (Ntuda Ebodé, 2011). Le caractère populaire reconnu à la stratégie de défense tranche avec la volonté de la classe dirigeante de limiter l’accès à l’information officielle sur la crise. La non-communication contrevient également aux principes généraux de la communication publique qui sert à informer, à expliquer et à susciter le débat nécessaire à la prise de décision (Zémor, 1995). Refuser de communiquer c’est renoncer à la fonction de mobilisation et de rassemblement du corps social reconnue à la communication gouvernementale (Nga Owona, 2016). L’absence d’un discours officiel, régulier et transparent, sur la crise de Boko Haram crée un vide propice à toute forme de dérives. La communication dénonciatrice et stigmatisante (Ntouba Ehowe, 2021) est, sans doute, l’une des plus perverses d’entre elles. Celle-ci n’hésite pas, en effet, à identifier une cinquième colonne au sein des institutions publiques ou des médias. Ce fut notamment le cas lorsque le président de l’Assemblée nationale déclara : « Boko Haram est parmi nous »6, fustigeant, en des termes à peine voilés, les soutiens nationaux insoupçonnés dont bénéficieraient l’organisation terroriste.

  • 7 C’était notamment le cas dans le cadre de son émission « Le débat africain » du 21 janvier 2022.

19L’illusion de stabilité des régions en crise que nourrit la non-communication est régulièrement démentie par les statistiques disponibles. Selon des chiffres obtenus auprès du journal L’Œil du Sahel, dont la particularité est d’être l’unique média camerounais qui réalise une veille sur la crise de Boko Haram, il y aurait eu plus de 20 attentats terroristes dans la région de l’Extrême-Nord entre octobre 2015 et décembre 2017. Durant cette période, le Journal a consacré une trentaine de numéros à des évènements se rapportant à la guerre contre Boko Haram, alors que d’autres médias évitaient soigneusement le sujet ou en parlaient peu. La non-communication de la classe dirigeante, et d’une partie des médias camerounais, a poussé Radio France Internationale (RFI) à évoquer la question sous l’angle d’une « guerre oubliée »7. En l’absence d’informations officielles sur la crise, ou de base de données nationale à laquelle pourrait se référer le chercheur, des organisations telles qu’International Crisis Group (ICG) et l’Armed Conflict Location & Event Data project (ACLED) apparaissent, à plusieurs égards, comme les seules sources crédibles et régulières d’information sur la guerre contre Boko Haram.

20Il apparaît donc que la non-communication sur la crise de Boko Haram est influencée par les logiques de conservation du pouvoir. En tant que stratégie de réduction des risques, elle agit en faveur de la déresponsabilisation de la classe dirigeante face au bilan de la lutte contre le terrorisme. L’absence de communication gouvernementale rend inutile toute réflexion sur le sens et les moyens de la lutte. Si on peut l’associer à la volonté de rassurer en temps de crise (Fragnon, 2009), ignorer le caractère périlleux d’une telle démarche à l’ère des réseaux sociaux nous semble difficile. En effet, l’apparition des médias sociaux numériques a considérablement réduit la capacité de la classe dirigeante à contrôler la circulation et la diffusion de l’information (Bogui et Agbobli, 2017). Les réseaux sociaux numériques contribuent à l’augmentation des possibilités qu’ont les citoyens d’accéder à l’information ou d’exprimer leurs opinions (Bougnoux, 2007 ; Ramonet, 2011). L’accessibilité de l’information au plus grand nombre et à moindre coût limite l’efficacité d’une stratégie de contrôle de l’information par la réduction des circuits officiels de diffusion. Dans ce contexte, la transparence de la communication publique apparaît comme l’un des moyens les plus efficaces d’éviter la propagation de fake news. Elle permettrait, par ailleurs, de renforcer la confiance de la population envers les institutions (Le Clainche, 2021).

La crise anglophone et la dissémination des vérités alternatives

  • 8 La crise anglophone désigne le conflit qui met aux prises les partisans d’une meilleure gestion de (...)
  • 9 Cela s’est illustré, notamment, par les prises de parole de nombreux responsables politiques qui co (...)

21La crise anglophone8 est, sans doute, l’une des plus importantes qu’a connues le Cameroun ces dernières années. Considérée par certains médias comme un conflit armé de basse intensité, la crise anglophone est le résultat d’un malaise provoqué par le mépris du régime de Yaoundé pour les spécificités linguistiques, culturelles, politiques et historiques des régions anglophones (Razafindrakoto et Roubaud, 2022). Ce conflit dont la phase armée a débuté en 2016 a fait plus de 3 000 morts, 700 000 déplacés et de nombreux dégâts matériels. Les enjeux liés à la gestion de la crise anglophone ont poussé le régime au pouvoir à privilégier, au début de celle-ci, un discours qui consistait à en minimiser la gravité9. L’invariabilité de la stratégie du pouvoir démontre que si la crise impose une communication (Ogrizek et Guillery, 2017), le discours officiel reste profondément dépendant des priorités politiques. La communication sur la crise anglophone n’est donc pas neutre. Sa principale ambition est de minorer la gravité de la crise voire d’en contester les motifs. Il apparaît essentiel, à cet effet, d’influencer la construction de la réalité tout en réalisant un contrôle strict à la fois de l’information et des canaux qui en assurent la diffusion. C’est le sens de l’interdiction faite à certains médias, au début de la crise anglophone, d’engager un débat sur le fédéralisme considéré comme un tabou. Si cette stratégie ne constitue pas précisément de la dissimulation d’information, elle ne contribue pas moins à la structuration d’un discours univoque sur la crise anglophone. En cela, elle ne peut raisonnablement être exonérée de sa responsabilité dans la prolifération des vérités alternatives.

22Le succès des vérités alternatives dans la crise anglophone passe nécessairement par le fait de discréditer tout discours qui s’éloigne d'un récit gouvernemental ou de nier l’existence de la crise. Cette stratégie a été souvent utilisée au début de la crise anglophone. C’est ainsi que lors d’une interview au journal Cameroon Tribune, le ministre de l’Administration territoriale, Atanga Nji, déclarait qu’il n’existe pas de problème anglophone au Cameroun. Loin d’être isolée, cette déclaration s’inscrit dans la stratégie du gouvernement qui consiste à contester l’existence d’un problème spécifiquement anglophone au Cameroun (Konings, 1996 ; Keutcheu, 2021). Le régime au pouvoir tente ainsi de faire disparaître le problème anglophone en affirmant qu’il n’existe pas. C’est le sens du traitement marginal de ladite crise dans les médias publics et de la répression des manifestations du Cameroon Civil Society Consortium (le Consortium) et des étudiants de l’Université de Buea aux premières heures de la crise (Petrich, 2019). De même, il n’est pas rare que le gouvernement avance la thèse de l’instrumentalisation des manifestants (Keutcheu, 2021) pour dénier à la crise tout fondement social ou politique.

23Dans la réalité, les vérités alternatives servent d’abord à atténuer la crise et à préserver la crédibilité du gouvernement. Pour l’élite politique au pouvoir, nier l’existence de la crise anglophone c’est réduire les possibilités d’une contestation générale de son bilan. Ne pas dire la vérité sur les causes et les manifestations réelles de la crise permet au gouvernement d’en maîtriser les conséquences éventuelles. Cette obsession pour le contrôle des évènements et des hommes relève à la fois des circonstances propres à la crise et des logiques de la décompression autoritaire (Bayart, 1991). Les contrevérités font ainsi office de digue dont l’objectif est de contenir tout fait, représentation ou argument sur la vérité d’un malaise anglophone. En niant l’existence de la crise anglophone, le gouvernement considère qu’il n’existe pas de raison qui justifie la montée de la contestation. Il reconnaît ainsi le caractère consensuel de son action dans les régions concernées et l’incontestabilité de ses réalisations socioéconomiques et politiques. Les vérités alternatives sur la crise anglophone permettent également de préserver le mythe du « vivre ensemble » national (Petrigh, 2019). En effet, l’existence d’un problème anglophone serait la preuve de l’échec du projet d’unité nationale pourtant au cœur de la gestion du pouvoir depuis l’indépendance. Reconnaître la vérité d’un malaise anglophone c’est faire offense aux efforts consentis dans le processus de construction de la Nation camerounaise. Il faut pourtant admettre que minimiser le problème anglophone a contribué à l’escalade des revendications comme l’avait prédit Piet Konings (1996).

24Le discours officiel sur la crise anglophone est profondément attaché à la défense d’une unité nationale qui constitue, aux yeux de la classe dirigeante, un acquis à préserver. Il sert l’objectif de stabilisation de l’État camerounais postcolonial (Konings, 1996) défendu par les régimes politiques successifs. Ainsi, l’action publique dans la crise anglophone est guidée par l’obsession unitaire plutôt que par la recherche d’un compromis durable. L’identification de la contestation populaire comme expression des logiques de déstabilisation procède d’une lecture volontairement biaisée de la réalité. Bien que l’existence de financements extérieurs à l’irrédentisme dans les régions anglophones soit avérée (Crisis Group, 2019), la thèse du complot ne suffit pas à décrire la complexité de la crise. La théorie sur la déstabilisation procède d’un discours officiel fait de vérités alternatives. L’idéal du « vivre-ensemble » à la base de toute communication publique (Kemayou, 2012) semble dépendre de la capacité des vérités alternatives à influencer les comportements et les représentations. Parler de la crise anglophone revient, très souvent, à orienter le regard de l’observateur vers une réalité qui semble univoque. C’est le sens de l’émergence d’un discours officiel sur la crise anglophone qui construit la réalité au lieu de la décrire. Dans ces conditions, il devient difficile de nier la fonction instrumentale de la communication publique dans l’enracinement d’un discours sur la crise anglophone axé sur la désinformation (Noah Edzimbi, 2020).

Conclusion

25Les vérités alternatives sont au cœur de la gestion du pouvoir au Cameroun. C’est un fait dont atteste leur routinisation dans l’espace public aussi bien en période de crise que dans la gestion quotidienne du pouvoir. S’il est exagéré d’affirmer qu’au Cameroun gouverner c’est mentir, il apparaît, tout de même, difficile d’affirmer que la vérité constitue, invariablement, le socle de l’information publique et de l’activité des gouvernants. Débarrassée de toute ambition normative, notre analyse rend compte du lien entre la construction de la figure du leader providentiel et le renforcement d’une communication publique fondée sur des vérités alternatives. Elle témoigne ainsi de l’inscription des vérités alternatives dans la stratégie de conservation du pouvoir. Les vérités alternatives qui foisonnent dans le discours officiel structurent un récit national dont l’objectif est de fournir au régime au pouvoir les moyens de sa pérennisation. Le rôle qu’elles jouent dans les routines du pouvoir au Cameroun confirme bien qu’il est difficile de considérer la politique du point de vue de la vérité sans se mettre en dehors d’elle (Arendt, 1964). Les vérités alternatives relèvent, indéniablement, d’une morale politique (Machiavel, 2019 [1532]) qui se distingue de la morale individuelle. Elles s’inscrivent dans les logiques de l’affrontement, de la lutte et du combat propres aux rapports de pouvoir (Olivier, 1996).

26L’observation de la réalité du jeu politique au Cameroun témoigne de l’importance des vérités alternatives en tant que technologie de gestion du pouvoir. Il apparaît évident qu’en dehors d’elles la construction de la figure du leader providentiel aurait été bien plus difficile. Les vérités alternatives jouent ainsi un rôle déterminant dans la structuration du mythe de l’infaillibilité du prince. C’est par elles qu’est annoncé l’évangile qui loue les mérites du chef de l’État présenté sous les apparences du Père de la Nation. L’usage des vérités alternatives dans la communication publique sert également à disqualifier l’opposition politique. La construction de la figure du leader politique omniscient et bienveillant se fait nécessairement en opposition à celle de l’autre dont l’absence de compassion quant aux malheurs du peuple est avérée. Les périodes électorales sont l’occasion de témoigner de la capacité du président sortant à utiliser l’argent public pour s’assurer une clientèle politique y compris au sein de l’opposition (Mack-Kit, 2007). La place qu’occupent les dons dans le jeu électoral au Cameroun (Socpa, 2000) fausse la compétition entre acteurs politiques du pouvoir et de l’opposition. Elle contribue à l’enracinement du mythe du leader providentiel, infaillible et bienveillant. Le succès des vérités alternatives en période électorale explique, sans doute, leur usage régulier à l’occasion des crises sécuritaires que rencontre le Cameroun.

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Notes

1 Le « Parlement » est le nom donné à un mouvement étudiant qui a participé à la lutte pour l’amélioration des conditions de vie des étudiants, durant les années 1990.

2 Le Social Democratic Front (SDF) a longtemps été considéré comme le parti des anglophones de la région du Nord-Ouest d’où l’appellation de parti « anglo-bami ». De même, de nombreux partis ayant à leur tête des personnalités originaires du nord Cameroun sont considérés comme des partis « nordistes ». Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) doit, quant à lui, son qualificatif de « parti bamiléké » à sa direction par Maurice Kamto, originaire de la région de l’Ouest.

3 Voir Rapport d’Elections Cameroon sur l’élection présidentielle de 2018.

4 Il faut noter qu’au-delà du problème de gouvernance budgétaire que posent les dons présidentiels, il est souvent difficile de justifier qu’ils sont effectivement de l’initiative du chef de l’État. On soupçonne nombre d’entre eux d’être, en réalité, portés par des membres de l’élite au pouvoir soucieux de contenter le prince et d’obtenir le renouvellement de sa confiance.

5 Environ 125 millions de dollars américains.

6 Déclaration faite au cours de sessions ordinaires de l’Assemblée nationale en juin 2014 et 2015.

7 C’était notamment le cas dans le cadre de son émission « Le débat africain » du 21 janvier 2022.

8 La crise anglophone désigne le conflit qui met aux prises les partisans d’une meilleure gestion de l’héritage bilingue et biculturel du Cameroun, entrés en rébellion, et l’armée nationale depuis 2016. Corporatiste au début de sa phase actuelle, la crise anglophone s’est progressivement transformée en conflit armé violent, faisant de nombreuses victimes au sein de l’armée et des populations civiles.

9 Cela s’est illustré, notamment, par les prises de parole de nombreux responsables politiques qui considéraient que les revendications sociopolitiques formulées par les frondeurs étaient fantaisistes. Pour eux, il n’existe pas, précisément, de problème anglophone.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Fabrice Noah Noah, « Vérités alternatives et construction de la figure du leader providentiel dans le système politique camerounais »Éthique publique [En ligne], vol. 25, n° 2 | 2023, mis en ligne le 09 février 2024, consulté le 14 juillet 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/ethiquepublique/8250 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/ethiquepublique.8250

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Auteur

Fabrice Noah Noah

Fabrice Noah Noah Ph. D. est enseignant-chercheur au Département de sciences politiques de l’Université de Maroua et enseignant missionnaire à l’Université de Garoua. Passionné de questions de gouvernance, il a travaillé pendant deux ans à la Commission économique pour l’Afrique (CEA). Il est, par ailleurs, chercheur associé au Centre africain d’études stratégiques pour la promotion de la paix et du développement (CAPED). Ses principaux centres d’intérêts scientifiques sont la géopolitique, l’écologie politique et les questions de démocratie. Il est auteur d’un ouvrage : Géostratégie de la démocratie et gouvernance des industries extractives en Afrique subsaharienne (en collaboration avec Séverin Tchetchoua Tchokonte, L’Harmattan, Paris, 2021) et de plusieurs articles.

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