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Essays

La création d’un nouvel espace social: Internet et la documentalité / Internet comme documentalité

Isabelle Pariente-Butterlin
p. 87-99

Abstract

L’opposizione fra “nella vita reale” e “nella vita virtuale” è spesso usata per distinguere fra due parti del mondo. Si suppone che viviamo una vita virtuale su Internet, dietro lo schermo illuminato del nostro computer, mentre nel mondo reale viviamo una vita reale. Sosterrò che Internet non è un mondo virtuale, e che è invece parte del mondo attuale poiché tra Internet e il cosiddetto mondo reale vi sono connessioni causali. Stando a David Lewis, mondi che sono in connessione causale fra di loro non possono essere mondi distinti. L’unico modo di concepire Internet come parte del mondo attuale è adottare l’ipotesi della documentalità di Maurizio Ferraris, perché stando a tale ipotesi, ciò che viene scritto ha poteri causali.

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Testo integrale

1Internet repose sur une technologie: Internet est une technologie, dont l’insertion dans notre monde social a provoqué des modifications sur lesquelles on ne cesse de revenir, soit pour les contester, soit pour s’en étonner. Je n’adopterai ni l’une ni l’autre de ces deux postures, normatives ou incrédules à l’égard de cette donnée de fait de notre réalité sociale. Internet correspond très exactement à la définition de la révolution technologique qui excède ce pour quoi elle avait été conçue à l’origine, et qui a des répercussions qu’il était bien impossible de prévoir quand elle a été mise au point. Comme toute technologie, Internet ouvre dans nos existences une sphère neutre de possibles. Un aspect retiendra mon attention en particulier, à savoir l’influence des réseaux sociaux dans notre vie sociale. Il importe de penser les changements sociaux induits par la possibilité qui nous est offerte d’être connectés de plus en plus aisément au web, et de comprendre la texture ontologique du pan de réalité que nous abordons alors.

  • 1 Mitcham 1994: 9.

2De ce point de vue, je m’inscris dans un certain regard sur la philosophie de la technologie qui est celui défini par Mitcham comme étant une philosophie humaniste de la technologie1. Il souligne qu’il est possible de produire une réflexion sur la technologie, qui ne soit pas technologique elle-même, mais qui intègre la nouvelle distribution des cartes technologiques dans un registre philosophique de discours. Or, je ne me centrerai pas, dans cette étude, sur la technologie elle-même: je tenterai en revanche de dessiner le champ de possibles qu’Internet ouvre dans notre existence et d’en proposer une conceptualisation globale, au regard des interactions sociales qu’elle rend possible. Je m’attacherai donc à penser le champ des interactions sociales ouvert par Internet, dans un regard qui n’est pas technologique.

  • 2 Bon 2011.
  • 3 Livet et Nef 2009: 154. Soulignons cette clause que les auteurs ajoutent, selon laquelle pour qu’un (...)

3Je me placerai en amont du moment où les modifications induites par Internet entraînent une problématique normative, qui est celle de leur régulation. Cet aspect est évidemment une question importante, récurrente et largement problématique, par exemple à propos des droits d’auteurs, qu’on sait traiter dans le cadre du livre-papier, mais qui posent de redoutables difficultés, pour le moment, à propos du livre numérique et de sa réduplication. À n’en pas douter, il importe de déterminer les implications éthiques, et juridiques de ces changements, et d’en proposer des régulations possibles. Si j’écarte le point de vue normatif de cette analyse, alors qu’il est souvent le pendant d’un discours sur la technique, c’est parce qu’il importe de saisir le type de réalité auquel nous avons accès lorsque nous lisons des messages qui nous sont envoyés de l’autre bout du monde, ou de l’autre côté de la rue, et que nous avons accès à eux instantanément, ou lorsque nous lisons des livres publiés uniquement en numérique. Car ce qui se joue sur Internet, derrière l’écran de notre ordinateur, revient modifier la façon, par exemple, dont écrivons et dont nous concevons le livre, pour n’en donner qu’un exemple tout à fait lacunaire mais décrit par François Bon2 dans une analyse qui fait d’Internet la seconde révolution technologique de l’écrit, des siècles après celui de l’imprimerie. Or le livre et la communication, les mails, les discussions instantanées, et les réseaux sociaux façonnent un monde social qui se joue derrière nos écrans mais qui, assurément, déborde dans le monde quotidien, et sans doute le modifie. En effet, du réseau on peut donner la définition suivante: «Les interactions sociales sont des activités qui se relient les unes aux autres en formant des réseaux. Un réseau est une structure de relations entre des éléments»3. J’interrogerai donc ici très précisément le type de réalité sociale dans laquelle nous nous trouvons lorsque nous sommes sur Internet, et que nous intervenons dans un réseau social. Et tout d’abord, la réalité même de ce monde dans lequel nous nous déplaçons par l’intermédiaire de notre ordinateur, lorsqu’il est connecté à Internet.

  • 4 Searle 1995.
  • 5 Ferraris 2009.

4Or, sous un certain aspect de notre situation, il se peut que nous soyons parfaitement seul et isolé, alors même que nous interagissons, à travers les réseaux sociaux, dans un monde dont nous pouvons dès lors nous demander quelle est sa réalité. Nous sommes seuls et cependant nous discutons par l’intermédiaire de notre écran et des messages qui s’affichent sur notre clavier, avec des personnes que peut-être nous ne rencontrerons jamais. Ou bien nous lisons en ligne des livres que nous avons payés par carte de crédit et que nous installons dans une bibliothèque virtuelle sur laquelle aucune poussière ne se déposera jamais, et que nous ne tiendrons jamais dans nos mains. Ces disjonctions entre la réalité physique dans laquelle nous sommes et le type d’activité que nous avons sont tout à fait remarquables. On comprend alors la séduction que peut exercer, pour penser ce monde, l’hypothèse searlienne de la construction de la réalité sociale4 (sur laquelle on reviendra par la suite), puisqu’en effet Internet est une réalité sociale en construction, qu’elle semble détachée de son soubassement matériel et physique, et qu’il semble que ce soit l’intentionnalité que nous y mettons qui participe à en faire un objet social. L’hypothèse que je défendrai dans cette analyse est qu’une interprétation basée sur l’intentionnalité ne permet pas de comprendre la réalité d’Internet et qu’on la comprend bien mieux en concevant Internet comme le lieu naturel de la documentalité, selon la conception qu’en a donnée Maurizio Ferraris5. Internet est le lieu du monde dans lequel la documentalité joue pleinement et radicalement son rôle et où elle constitue une hyper-réalité.

1. L’hypothèse constructiviste

5La séduction du modèle searlienne est évidente, et ce modèle semble particulièrement adapté pour permettre de penser Internet et les nouvelles interactions que nous y déployons, détachées de leur soubassement matériel et liées à l’intentionnalité qui est la nôtre. Les relations sociales se détachent en effet de leur substrat physique sur Internet: il n’est plus nécessaire de rencontrer quelqu’un dans le monde et dans l’espace physique pour entretenir avec cette personne des relations régulières, et profondément ancrées dans notre existence bien que, peut-être, elles ne se scelleront jamais du sceau d’une rencontre effectivement dans le même temps et dans le même lieu.

  • 6 Aristote, Éthique à Nicomaque, Livres 8 et 9.
  • 7 Deresiewicz 2009: 37.

6L’amitié elle-même se détache donc de toute rencontre dans le monde, et prend des formes qui peuvent paraître surprenantes, voire infondées. Il peut paraître absurde de parler d’amitié entre des personnes qui ne sont jamais rencontrées mais dont les ordinateurs sont connectés à Internet. Le modèle de l’amitié, tel que l’Antiquité nous l’a transmis6, ne serait peut-être pas transposable à Internet. L’amitié sur Internet souffrirait alors d’un défaut de réalité parce que la région du monde dans laquelle elle se déploie souffrirait elle-même de ce même défaut de réalité7. Une telle réaction indique, implicitement, qu’Internet peut être perçu comme n’étant pas le monde réel. Il souffrirait d’un manque de réalité, au point que les relations sociales que nous pourrions y développer seraient, elles aussi, entachées de ce manque de réalité. L’hypothèse peut être défendue d’un déficit de réalité d’Internet, et cette hypothèse, à laquelle je ne souscris pas, est renforcée par l’attention que l’on porte aux disjonctions opérées, par exemple, entre rencontre effective et amitié, c’est-à-dire à l’arrachement de cet objet social de son soubassement ontologique, dans une perspective searlienne.

  • 8 Searle 1999: 50.

7Il semble intuitif de penser que nous construisons un monde en grande partie dépendant de notre intentionnalité, lorsque nous interagissons sur Internet, que ce soit dans des jeux en ligne ou dans des réseaux sociaux. En sorte que l’hypothèse constructiviste, inspirée de John Searle, semble dans un premier temps rendre compte efficacement du type de réalité dans laquelle nous sommes lorsque nous sommes sur Internet. Internet serait une construction, sur une base matérielle, de la réalité sociale et se développerait dans cette disjonction avec le soubassement matériel, disjonction sur laquelle John Searle insiste8. Nous nous y référerions, par exemple, à des avatars que nous considérerions, dans ce contexte, comme des personnes alors qu’ils n’en sont pas. Nous y construirions des liens que nous interpréterions comme des amitiés alors qu’elles ne se constitueraient que sur la base de la connexion de nos ordinateurs les uns aux autres.

  • 9 Turkle 1997: 644.

8L’hypothèse selon laquelle Internet serait un monde virtuel auquel nous accédons par le biais de notre écran en tant qu’il est connecté, a été très souvent évoquée et décrite, et s’engouffre dans l’hypothèse de cette disjonction entre la réalité physique et la réalité qui se déploie sur Internet. On en trouve une forme radicale par exemple dans la formulation de l’hypothèse des moi multiples. Ainsi Sherry Turkle9 souligne-t-elle ce qu’elle conçoit, sur Internet, comme une déréalisation du soi à cause de cette disjonction entre le moi de l’internaute et ses possibles et multiples avatars ou comptes sur Internet. On trouvera l’origine de cette conception dans la réflexion sur la réalité des jeux en ligne. Cette démultiplication des moi est manifeste dans les jeux en ligne, lorsque nous nous préoccupons par exemple de la stratégie la plus efficace que nous devons adopter pour survivre dans le monde après une catastrophe nucléaire, comme dans Urgent Evoke, ce qui n’empêchera pas qu’en même temps l’heure tourne et qu’il faille partir travailler dans le monde qu’on dira alors réel, par opposition. Internet serait un monde dans lequel nous nous construisons des moi divers, qui n’existent que sur Internet, par disjonction avec le moi réel, biologique, qui est le nôtre dans la partie réelle de ce monde.

  • 10 Searle 1999: 127.

9Revenons à la règle constructive telle que John Searle propose de la formuler; selon cette règle «X est compté comme un Y en C»10. Je ne me range pas, on l’a compris, à cette conception, ni d’Internet, ni de la réalité sociale. Je place en effet l’origine et la source de l’erreur qu’on commet quand on conçoit Internet comme un monde virtuel sur l’erreur qu’on peut identifier dans la conception searlienne de la réalité sociale. Pour cette raison, il m’importe de les développer conjointement et de s’y arrêter, afin de les élucider, avant de proposer une alternative à ces positions conceptuelles.

  • 11 Je désigne dans ce contexte, par monde ordinaire, ce monde auquel nous avons accès sans la médiatio (...)

10Je me centrerai sur l’exemple des questions que soulève l’avatar. Certes, l’avatar est considéré comme une personne sur Internet, par exemple dans les jeux en ligne ou sur les réseaux sociaux. Les relations qui se nouent entre les avatars dupliquent, sur Internet, les relations qui se nouent entre les individus dans le monde ordinaire11. En sorte que la règle constructive que propose John Searle semble parfaitement adéquate pour rendre compte des situations suivantes, telles qu’elles se construisent sur Internet (qui ici instanciera la variable C), et pour rendre compte de la série de disjonctions dans lesquelles nous nous trouverions:

1) L’avatar est compté comme une personne sur Internet.
2) Les relations entre les avatars sont comptées comme des amitiés sur Internet.
3) Rester silencieux est compté comme être absent sur Internet.

11On peut multiplier comme on veut les exemples que l’on prendra, il semble, au-delà de la variation des situations, que la règle constructive puisse se réitérer et qu’elle rende parfaitement compte des situations que nous rencontrons sur Internet.

12En outre, comme on le sait, la règle constructive peut, selon John Searle, être réitérée, en sorte que la variable qui est considérée comme un X à un niveau a été un Y à un niveau inférieur. Une telle possibilité implique que la structure de notre monde social est une structure feuilletée. Je proposerais tout au contraire de s’appuyer sur l’hypothèse formulée par Maurizio Ferraris de la documentalité pour rendre compte de la réalité sociale qui se déploie sur Internet. Cette conception a l’avantage de ne pas instaurer de solution de continuité entre la partie de ce monde à laquelle nous avons accès immédiatement et celle à laquelle nous avons affaire par la médiation de notre ordinateur qua connecté à Internet. Nous passons donc d’une conception dans laquelle nous distinguons des strates ontologiques de la réalité, à une conception dans laquelle les deux parties du monde auxquelles nous avons affaire sont deux parties d’un même monde. Mais, pour modifier le regard que nous portons sur la réalité sociale que nous rencontrons sur Internet, il importe de s’interroger d’abord sur la réalité d’Internet et sur son lien avec un soubassement matériel.

2. Où sommes-nous lorsque nous sommes sur Internet?

  • 12 Ferraris 2005: 20-21 trad. franç.

13La question qu’il nous faut élucider pour échapper à ce modèle searlien, incapable de rendre compte de la réalité d’Internet et de son insertion dans nos existences, est de déterminer où nous sommes lorsque nous sommes sur Internet. Bien évidemment, une telle question fait écho à celle qu’a posée Maurizio Ferraris à propos du téléphone mobile12. Il se trouve en effet que les deux phénomènes de la téléphonie mobile et d’Internet sont intimement liés, qu’ils changent en même temps et conjointement le visage de nos sociétés, mais qu’ils ne sont néanmoins pas entièrement superposables l’un à l’autre.

14Maurizio Ferraris a en effet souligné le changement qui s’est opéré à propos de la première question que nous posons lorsque nous téléphonons; nous demandions autrefois qui était à l’appareil, alors que nous demandons à présent que l’interlocuteur précise où il se trouve. Nous avons en effet vu son nom s’afficher sur notre écran parfois même avec sa photo. Il n’est par conséquent plus nécessaire qu’il décline son identité: cela devient pure redondance avec ce que nous savons déjà avant même de décrocher. Cette modification de la question est liée au fait que le téléphone mobile permet de n’être plus chez soi lorsqu’on téléphone, et les smartphones ont opéré le même changement lorsque nous sommes sur Internet: nous pouvons désormais être présents sur Internet, sans qu’il ne soit plus nécessaire d’être derrière un écran d’ordinateur posé sur une table. La disjonction est donc de plus en plus forte entre la localisation que nous occupons dans le monde, et notre présence sur Internet, au point que, dans un paradoxe qui n’est qu’apparent, de plus en plus de plus de service de localisation sont proposés sur les réseaux sociaux ou sur les téléphones mobiles.

15Nous pouvons prendre pour point de départ l’assertion suivante concernant notre localisation géographique: dans le monde physique et géographique des coordonnées spatiales, lorsque nous sommes sur Internet, nous sommes face à un écran. La place de l’écran dans le monde peut changer, puisque rien ne s’oppose en effet à ce que l’écran soit un écran de portable. Néanmoins, quelles que soient les modifications de la position de notre écran, et ses changements selon le lieu, nous serons toujours, lorsque nous sommes sur Internet, face à un écran. Cet indexicalité suffit donc à dire notre position chaque fois que nous sommes sur Internet: nous sommes face à un écran, où que soit cet écran dans le monde physique et géographique de l’espace que nous habitons.

16Cette remarque est importante; car elle indique que la représentation que nous nous faisons de l’espace doit elle-même être modifiée par notre présence sur Internet, et par le type de réalité qu’est Internet. Nous sommes, dans cet espace tel que nous l’avons identifié, à savoir cet espace qui est en face de l’écran, dans un espace qui ne pourrait plus être vide. C’est là une détermination tout à fait remarquable: la présence d’un objet ayant la particularité d’être connecté à Internet est la condition de l’ouverture de cet espace dans lequel nous sommes lorsque nous sommes sur Internet. Cet espace physique, dans lequel nous sommes lorsque nous sommes sur Internet, a comme condition nécessaire de son existence que nous soyons face à un écran. Il ne pourrait donc pas exister, si nous n’étions pas à proximité de cet objet physique qu’est l’écran par lequel nous nous connectons à Internet.

  • 13 Kant 1781-87: «Esthétique transcendantale», § 2, AK III, 52-53.
  • 14 Strawson 1966: 61.
  • 15 Ferraris 2004: 89 (Je traduis).

17Or une telle situation va contre la représentation métaphysique de l’espace que nous avons héritée de Kant, du moins dans l’interprétation déflationniste qu’en donne Strawson. Selon Strawson, en effet, le point central que Kant cherche à établir dans l’Esthétique transcendantale13, est que toute expérience signifiante pour nous est située dans le temps, et que la plupart de ces expériences sont aussi situées dans l’espace14. Maurizio Ferraris commente la position de Strawson de la manière suivante: «Nous pouvons penser un espace sans objet, mais non des objets sans l’espace»15. L’espace est premier et les objets sont pensés, selon la lecture que Strawson donne de Kant, dans l’espace qu’ils occupent mais ils ne soutiennent pas ontologiquement cet espace dans lequel ils sont pensés.

18L’analyse que nous venons de faire montre que la situation dans laquelle nous sommes sur Internet change la conception métaphysique qui peut être donnée de l’espace: sans cet objet qu’est l’écran connecté à Internet, l’espace dans lequel nous sommes lorsque nous sommes sur Internet n’existerait pas. Dans ce cas, la position kantienne s’inverse, puisque l’objet est premier sur l’espace et puisque c’est l’objet qui rend possible l’espace dans lequel nous sommes lorsque nous sommes sur Internet.

  • 16 Ivi: 76.

19Nous nous trouvons donc dans une situation complexe car l’ordinateur, qua objet matériel est bien situé dans l’espace et c’est l’espace qui est premier sur lui qua objet matériel. En revanche, l’ordinateur qua connecté à Internet ouvre un espace qui n’est pas possible sans lui, qui n’existe pas sans lui, et est donc premier sur l’espace qu’il participe à rendre possible. L’espace social dans lequel nous entrons afin d’intervenir sur Internet avec les autres internautes, dans lequel nous intervenons avec les autres internautes est donc un espace qui n’est pas l’espace kantien, ou qui n’est pas l’espace physique dans lequel nous nous trouvons. De fait, nous entrons en interaction immédiate avec des internautes qui certes se trouvent dans des parties très éloignées de notre monde physique mais sont en même temps que nous, sur l’espace qu’est Internet, dont nous comprenons à présent la particularité. Cette ontologie correspond en effet à celle que propose Maurizio Ferraris des objets sociaux: les objets physiques existent dans le temps et dans l’espace, tandis que les objets idéaux existent hors de l’espace et du temps et que les objets sociaux requièrent de modestes proportions d’espace et ont un commencement et ont, ou peuvent avoir une fin, dans le temps16. Cette ontologie ne feuillette pas la réalité, à la manière de celle de John Searle, et ne fait pas émerger des objets sociaux sur les objets, mais pense, dans une ontologie unifiée, des variations des objets selon trois catégories d’êtres existant dans une seule et même réalité.

  • 17 Fine 1982

20Il faut à présent interroger le statut d’objet matériel que nous avons accordé, sans le discuter pour le moment, à l’écran de l’ordinateur. Il est certes tout à fait possible de considérer l’écran sous l’angle de sa matérialité. Assurément, c’est un tel point de vue que nous adoptons sur lui lorsque nous l’essuyons parce qu’il est tâché, ou lorsque nous regardons la poussière qui s’est déposée sur lui. Néanmoins, ces interventions possibles sur lui n’épuisent pas les possibles regards que nous posons sur notre écran, en particulier lorsque nous utilisons l’ordinateur, et que nous lisons ce qui s’y affiche, ou lorsque nous agissons sur Internet par son intermédiaire. J’utiliserai ici la terminologie que propose Kit Fine17, en termes de qua-objets pour différencier l’écran qua objet matériel de l’écran qua connecté à Internet, que j’ai à présent besoin de faire émerger dans l’analyse, alors même qu’elle avait pu jusque là demeurer implicite. Cette distinction est essentielle car je veux montrer que, dans le premier cas, l’écran est un objet matériel et que, dans le second cas, il n’en est pas un.

  • 18 Gibson 1966: 149.

21Nous ne regardons pas de la même manière l’écran lorsque nous nous arrêtons à sa matérialité, et lorsque, précisément parce que sa matérialité est telle qu’elle est capable de s’effacer, il rend possible le fait de regarder autre chose que lui, par exemple ce qui s’affiche sur Internet. Selon Gibson18, les surfaces jouent un rôle central dans la perception des objets matériels, en sorte que je serais tentée de dire que, lorsque nous regardons l’écran de l’ordinateur comme une surface, nous regardons l’ordinateur qua objet matériel mais que nous pouvons aussi regarder l’écran qua connecté à Internet autrement que comme une surface. Il y a, alors, une modification du regard dont il faut essayer de rendre compte pour comprendre la propriété particulière de cet objet, qui est telle qu’elle lui permet d’ouvrir un espace possible. La distinction de l’écran qua matériel et de l’écran qua connecté permet de donner un fondement ontologique à ce qui n’est là, encore, qu’une description des variations de ce que nous pouvons regarder en lui.

22La première hypothèse que nous pourrions formuler dans la mesure où elle paraît intuitive est la suivante: l’écran se comporte comme une fenêtre sur un monde autre que le nôtre. Cette hypothèse est séduisante pour deux raisons, mais risque de nous ramener à l’hypothèse searlienne dont je veux m’écarter. La première est que, comme le verre de la fenêtre s’efface pour ne pas gêner la vision, la matière de l’écran doit ne pas gêner la vision. On ne regarde pas la fenêtre: on regarde à travers elle. On est amené à la regarder, qua objet matériel, quand sa matérialité fait obstacle à la vision, donc à son effacement, c’est-à-dire à ce pour quoi elle est faite. Il semble que, pour ce qui est de la matérialité et de son effacement, la fenêtre et l’écran soient des objets qui fonctionnent de la même manière: le rôle de leur matérialité est de s’effacer pour nous donner à voir autre chose qu’eux.

23On peut donc tenter de continuer l’analogie entre l’écran et la fenêtre: nous regardons, à travers la fenêtre, une autre partie du monde à laquelle nous pouvons avoir accès sans elle, à laquelle il est possible d’accéder simplement par nos sens. La fenêtre est tout à la fois ce qui permet de voir une autre partie du monde et ce qui nous en sépare, dans un seul et même mouvement. L’analogie semble ici se rompre avec le rôle que joue l’écran qua connecté à Internet. Il ne peut en effet pas fonctionner comme une fenêtre sur une autre partie du monde, voire sur un autre monde, ou sur un autre type de réalité qui serait celle dans laquelle nous sommes lorsque nous sommes sur Internet, parce que, sans lui, nous n’avons pas accès à Internet et nos sens ne nous suffisent pas à avoir accès à cette partie du monde. Il ne joue pas le rôle double qui est celui de la fenêtre, qui s’interpose en même temps qu’elle donne à voir. Il est la condition de notre accès à cette partie du monde qui se trouve dans un autre espace que l’espace physique, parce qu’il est immatériel.

3. Internet au regard de la documentalité

24J’ai réuni assez d’arguments ontologiques à propos de la nature d’Internet pour proposer de le concevoir non pas en terme de construction d’une réalité sociale, mais en termes de documentalité, et pour passer ainsi de l’hypothèse de John Searle à celle de Maurizio Ferraris. Le modèle constructiviste est inspiré directement de l’univers des jeux. Il sert encore pour une grande part à penser Internet et le type d’interactions que nous y entretenons avec les autres acteurs. Il ne va toutefois pas de soi qu’il soit pertinent pour penser les interactions des acteurs dans le monde social qui se constitue sur Internet, précisément à travers la production de documents et de documents écrits.

  • 19 Locke 1690: II, 27, §9.
  • 20 Turkle 1984.

25En effet, l’argument lockéen constituant la personnalité autour de la mémoire19 que nous avons de ce que nous avons fait, pensé, et qui se rattache ainsi à nous, suffit, dans sa simplicité à écarter l’argument des moi multiples. Car quels que soient les avatars multiples de l’internaute, quelle que soit leur multiplicité et leurs variations, ils renvoient tous à un unique internaute qui conserve la mémoire de leurs interactions avec les autres. Je ne conclurai donc pas, comme Turkle le fait, que l’ordinateur est un second moi20. Je conclurai en revanche qu’il est le moi qua connecté. Or cette constitution du moi est renforcé par la multiplication des documents et leur enregistrement sur Internet, à partir du moment où simplement nous les avons postés. Cette inscription de soi dans la documentalité d’Internet pose d’ailleurs problème puisqu’il devient très difficile d’effacer les traces de soi, parfois de supprimer les comptes que nous avons ouverts, au point qu’un site y est dédié suicidemachine.org, qui propose de revenir à la vie réelle et de rencontrer de nouveau ses voisins.

  • 21 Lewis 1986: 1-2 sur la force inclusive de notre monde.
  • 22 Cette conception de la causalité, qui souligne en outre l’émergence de l’action sur les gestes que (...)

26Il n’y a pas non plus de raison convaincante de dire qu’Internet est un monde différent de celui auquel nous avons accès immédiatement par la perception qui nous est donnée par nos sens. Je donnerai de cette affirmation une démonstration reposant sur la causalité et les chaînes causales réciproques entre la partie du monde immédiatement accessible et celle à laquelle nous avons accès par l’intermédiaire de notre écran: à partir du moment où des mondes sont liés causalement, c’est-à-dire où des événements dans un monde sont les causes d’événements qui en sont les effets dans un autre monde, ces deux mondes ne peuvent pas être distingués21. Ils sont un seul et même monde. Or les événements qui se produisent sur Internet ont des effets dans la région du monde immédiatement accessible: nous pouvons, par exemple, réserver un billet de train, et de fait, quelques jours plus tard, passer deux atroces journées dans le mistral le plus féroce avant de reprendre le train dans l’autre sens. Et inversement, le déplacement des doigts sur le clavier, dans cette région du monde qui n’est immédiatement accessible, a des conséquences dans cette région du monde qui n’est accessible que qua connecté à Internet22. Or, si la relation de causalité est transversale à ces deux mondes qui sont supposés être distincts, on est en droit de nier cette distinction de ces deux mondes (puisqu’ils sont connectés causalement) et de les penser comme un seul et unique monde. Dès lors, Internet est une partie de notre monde, c’est-à-dire du monde auquel nous avons affaire immédiatement, par nos sens. Nous pouvons en outre conclure que la partie du monde à laquelle nous avons affaire qua connectés à Internet est une partie du même monde que celui auquel nous avons directement accès.

  • 23 J’entends la distinction entre l’actuel et le possible au sens de Lewis 1986.

27Cet argument permet de revenir sur la question laissée en suspens de la nature de l’écran non pas qua objet matériel mais qua connecté à Internet. Il n’est donc pas la frontière entre deux mondes. Tout au contraire, il construit un lien, un trait d’union entre deux régions du monde. Par son intermédiaire, nous avons accès aux régions du monde auxquelles nous n’avons pas accès physiquement, à cause de la distance spatiale qui nous sépare. Nous avons accès à ce à quoi nous n’avons pas accès qua matériel. Il faut aborder cet aspect d’Internet et des relations sociales qu’on y déploie: la question qui se pose est celle de leur supposé déficit de réalité. Il ne va pas de soi qu’Internet ne soit pas une partie du monde actuel23, ne fasse pas partie du monde actuel et que, de la sorte, les liens que nous y nouons ne fassent pas partie pleinement de notre existence dans ce monde. Je soulignerai la réalité de cette partie du monde en la traitant au regard du concept de documentalité: en effet, nous construisons une documentalité sur Internet, et les analyses qu’a proposées Maurizio Ferraris constituent un outil essentiel pour faire apparaître le type de réalité que peut avoir cette partie du monde.

28Il faut donc se donner les outils pour penser la réalité d’Internet si elle n’est pas la réalité d’un monde virtuel. À ce point de l’analyse, l’hypothèse de la documentalité offre des lignes d’analyse fécondes. Car sur les réseaux sociaux, les internautes ne font rien d’autre qu’échanger des documents, des textes, des photographies, des vidéos ou des musiques. Que ce soit sur Facebook ou sur Twitter, pour ne prendre que ces deux exemples, les internautes interagissent en écrivant. La documentalité joue à plein dans la mesure où n’a d’existence, sur Internet, que ce qui s’écrit, et où ce qui s’écrit a de l’existence sur Internet par le fait seul qu’il est écrit et envoyé sur le web par les internautes. L’objet social qu’est le web se crée donc par les documents que nous y envoyons et sur lesquels nous interagissons. Il semblerait donc qu’Internet soit en quelque façon le lieu naturel de la documentalité, le lieu d’une hyper-réalité de la documentalité, au sens où tout ce qui s’écrit a une existence sur Internet. J’en prendrais très rapidement un exemple lié à la question soulevée par ce que l’on désigne désormais comme e-réputation: être absent d’Internet n’est désormais plus un gage de vie heureuse et cachée. On peut tout à fait être absent d’Internet et cependant être l’objet de rumeur. On peut aussi être absent d’Internet et se le voir reprocher dans le monde économique par exemple (on sait que les recruteurs rentrent dans Google les noms des postulants à un emploi, par exemple). L’existence dans cette région du monde immédiatement accessible semble être garantie, confirmée par les traces de notre existence que nous laissons dans cette région du monde à laquelle nous avons accès qua connectés à Internet.

  • 24 Derrida 1969: 289.

29Cet usage de l’écriture est sans doute, par bien des aspects, un usage intermédiaire entre l’écrit et l’oral. On connaît la distinction que Derrida24 a travaillée de ces deux usages possibles du langage. Pour les styliser sans doute trop rapidement, on peut en retenir que l’écriture sert à enregistrer, alors que la parole sert à communiquer. Dans la mesure où toutes nos interventions, sur Internet, passent par l’écriture, il s’en suit que l’écriture y cumule ces deux fonctions: elle sert tout autant à enregistrer les pensées qu’à les communiquer aux autres. Nous enregistrons les documents pour pouvoir les partager, donc les communiquer plus aisément: sur GoogleDoc, qui permet l’enregistrement en ligne de toutes nos archives, il va de soi que les documents peuvent être partagés. Les blogs sont eux aussi immédiatement archivés et pourront être restitués intégralement à l’auteur, même si celui-ci décide de les supprimer. La distinction entre langage écrit et langage oral qui a pu être claire jusqu’à nos jours, perd, sur Internet, son évidence. La communication se fait par écrit, tout comme nous communiquons par Sms. J’aurais pour ma part tendance à imputer à cette modification de l’usage du langage la puissance de la documentalité sur Internet. Internet nous place dans une situation où même ce que nous disons tombe sous l’hypothèse de la documentalité.

30Ce changement est le symétrique du changement qui s’est opéré grâce aux téléphones mobiles que note Maurizio Ferraris. Nous n’avons plus besoin désormais d’être dans le même endroit géographique de ce monde pour nous parler. Nous n’avons même plus besoin, grâce à la généralisation de l’usage du répondeur, d’être en contact par téléphone. Si bien que l’on peut imaginer convenir d’un rendez-vous, par exemple, sans jamais parler directement à la personne avec laquelle rendez-vous est pris. Il suffit de lui laisser des messages. Cet usage du langage oral dans le cadre de la communication tendait à rapprocher la communication orale de l’enregistrement écrit, pendant que, pour sa part, l’enregistrement écrit de nos pensées tendait, sur Internet, à se rapprocher de la communication. Ces deux mouvements symétriques ont estompé autant qu’il était possible de le faire la distinction, autrefois nette, entre communication orale et enregistrement écrit, pour faire d’Internet le lieu naturel de la documentalité.

  • 25 Livet et Nef 2009: 168.

31Il importe de penser les interactions entre Internet et notre monde et les liens de causalité qui font qu’Internet se manifeste dans notre monde, aussi bien au travers des transformations de l’écrit, que des transformations que ce qui est écrit sur Internet provoque dans notre monde. L’hypothèse de la documentalité rend compte de cette absence de solution de continuité entre la partie de ce monde accessible par les sens et la partie de ce monde accessible par la médiation de notre ordinateur. Il y a, dans les réseaux sociaux, quelque chose qui est ouvert et qui est l’actualisation que les internautes choisiront d’en faire, l’utilisation qu’ils choisiront de privilégier. Ainsi, par exemple, la première question proposée sur Twitter était “what are you doing?”, mais, en réalité, peu d’internautes se servaient de ce réseau social pour dire exactement ce qu’ils faisaient. Ils échangeaient plutôt des informations, en temps réel, à propos de ce qui se passe. Et le réseau social a donc modifié sa question incipit en: “what’s happening?”. Cette modification est intéressante et signifiante, si on la pense au regard de l’analyse de la réalité sociale proposée par Livet et Nef, selon laquelle ce qui est le cas dans le monde social ne peut être qu’actuel et non pas virtuel25.

32Internet n’est donc pas un monde virtuel mais bien une partie de notre monde actuel. Il se construit, comme espace social, par la documentalité qui s’y dépose et qui est plus facile à conserver, et moins en danger que la documentalité papier que nous avons toujours le risque de voir disparaître dans un incendie ou une inondation. Les interactions sociales que nous y déployons s’y font toutes au travers des documents qui nous y créons ou que nous y déposons. Au regard de l’hypothèse de la documentalité, Internet n’est pas un monde virtuel dépourvu de réalité ou souffrant d’un déficit de réalité. Internet est bien plutôt une hyper-réalité.

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Note

1 Mitcham 1994: 9.

2 Bon 2011.

3 Livet et Nef 2009: 154. Soulignons cette clause que les auteurs ajoutent, selon laquelle pour qu’une structure mérite le nom de réseau, il faut qu’au moins un des chemins possibles entre les éléments permette de revenir à son point de départ.

4 Searle 1995.

5 Ferraris 2009.

6 Aristote, Éthique à Nicomaque, Livres 8 et 9.

7 Deresiewicz 2009: 37.

8 Searle 1999: 50.

9 Turkle 1997: 644.

10 Searle 1999: 127.

11 Je désigne dans ce contexte, par monde ordinaire, ce monde auquel nous avons accès sans la médiation de notre ordinateur. Il est immédiatement accessible, à la différence de la partie du monde à laquelle nous n’avons accès que par la médiation de notre ordinateur.

12 Ferraris 2005: 20-21 trad. franç.

13 Kant 1781-87: «Esthétique transcendantale», § 2, AK III, 52-53.

14 Strawson 1966: 61.

15 Ferraris 2004: 89 (Je traduis).

16 Ivi: 76.

17 Fine 1982

18 Gibson 1966: 149.

19 Locke 1690: II, 27, §9.

20 Turkle 1984.

21 Lewis 1986: 1-2 sur la force inclusive de notre monde.

22 Cette conception de la causalité, qui souligne en outre l’émergence de l’action sur les gestes que l’agent accomplit, est inspirée de Hornsby 1980: 6. Les actions reposent causalement sur les gestes accomplis par l’agent.

23 J’entends la distinction entre l’actuel et le possible au sens de Lewis 1986.

24 Derrida 1969: 289.

25 Livet et Nef 2009: 168.

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Per citare questo articolo

Notizia bibliografica

Isabelle Pariente-Butterlin, «La création d’un nouvel espace social: Internet et la documentalité / Internet comme documentalité»Rivista di estetica, 57 | 2014, 87-99.

Notizia bibliografica digitale

Isabelle Pariente-Butterlin, «La création d’un nouvel espace social: Internet et la documentalité / Internet comme documentalité»Rivista di estetica [Online], 57 | 2014, online dal 01 novembre 2014, consultato il 14 juin 2024. URL: http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/estetica/698; DOI: https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/estetica.698

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