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AccueilNuméros21.11. Portrait of a Journal Aged TwentyIntroduction

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Portrait of a journal aged twenty

1e-Rea a vingt ans. Un bel âge pour une revue, d’aucuns diraient un âge respectable, occasion de revenir sur sa genèse et ses mutations successives, qui lui ont permis de prendre place parmi les revues généralistes significatives sur les études anglophones du paysage national.

  • 1 L’orthographe du nom de la revue a subi quelques avanies au gré des évolutions des chartes graphiqu (...)

2En effet Rea, lancée comme revue papier en 2003, s’est développée pour se réinventer comme revue électronique, e-Rea1 en 2007. Les revues électroniques sont aujourd’hui pléthore dans le paysage scientifique français et international, ayant relégué les revues papier au rang de bel objet, mais lors du passage d’e-Rea au format électronique, voulu par son rédacteur en chef et créateur Joanny Moulin, la démarche était audacieuse, un peu folle peut-être, visionnaire, comme le rappelle Pierre Lurbe dans ce numéro. C’était un temps où il fallait inventer, se débrouiller, bricoler, se souvient dans l’interview qui lui est consacrée le secrétaire de rédaction de l’époque, Mike Hinchliffe, qui style encore aujourd’hui la revue aux côtés de son secrétaire de rédaction actuel : au démarrage, il déposait en ligne des fichiers au format PDF. Le chemin technique parcouru par notre revue et toutes les revues nées à la même époque est à l’évidence colossal, et la structuration par Revues.org, aujourd’hui OpenEdition, véritable changement de paradigme, a révolutionné la diffusion du savoir scientifique : e-Rea est aujourd’hui consultée depuis le monde entier, comme le montre le retour sur les statistiques de la revue par son secrétaire de rédaction, Grégoire Lacaze ; nous sommes régulièrement contactés par des éditeurs des États-Unis (Layman Poupard) pour republier nos articles dans des volumes thématiques à destination des universités états-uniennes. À cet égard, l’article que consacre Anne Dunan-Page, membre du comité de rédaction d’e-Rea puis directrice de publication, au passage de la revue au format électronique puis au format « diamant », examine l’historiographie de cette révolution, non seulement en se plaçant du point de vue technique mais, plus fondamentalement, en revenant sur la manière dont le paysage de la recherche s’en est trouvé, et s’en trouve encore, transformé.

3e-Rea est une revue « de laboratoire » au sens où elle fut créée par le LERMA au temps de l’Université de Provence, aujourd’hui Aix-Marseille Université. Le rédacteur ou la rédactrice en chef et le comité de rédaction sont des membres du laboratoire, et le directeur de publication est également le directeur ou la directrice du LERMA. Elle s’est toutefois, dès le début, définie comme une revue ouverte, fonctionnant sur le mode de l’alternance entre dossiers dirigés par des membres de notre unité de recherche, et dossiers thématiques confiés à des éditeurs invités provenant d’universités françaises mais aussi britanniques et européennes. Sur 58 dossiers publiés dans les 40 numéros de la revue, 26 ont été dirigés par des éditeurs invités membres d’autres universités et unités de recherche. Et d’emblée, elle a cherché un lectorat dans le monde entier.

4À l’origine plutôt littéraire, Rea, et surtout e-Rea, ont très tôt étendu leur champ d’action à la plupart des disciplines de l’anglistique, couvrant la triade littérature, linguistique, civilisation, à laquelle se sont ajoutés la traductologie, les études visuelles et sérielles, et de nombreux champs d’études pluridisciplinaires venus transformer le paysage de la recherche dans notre/nos domaine(s), tels que l’écopoétique, les humanités médicales, les études sur le plurilinguisme, les humanités environnementales, les études politiques, ou encore l’écriture créative. Cette dernière, par exemple, a été mise à l’honneur dans deux dossiers récents et a fait l’objet, dans ce numéro, d’un retour créatif sur e-Rea sous la forme d’un atelier de cut-ups de certains des articles publiés dans la revue, mené par Helen Mundler et Sara Greaves. Car c’est ici tout l’intérêt d’un retour sur vingt ans de publication dans une revue ouverte à toutes les disciplines de l’anglistique. Cet anniversaire nous permet, à notre modeste échelle, d’envisager les études anglophones comme un champ d’exploration épistémologique : une revue pluridisciplinaire comme e-Rea est, par définition, à la croisée de ces explorations.

5e-Rea, enfin, est une revue en mouvement, qui n’a cessé de créer, d’inventer, d’inaugurer de nouvelles rubriques. La plus notable est la création, en 2015, de la rubrique « Grand Entretien. Archéologie d’un parcours », lancée par Sophie Vallas. Cette rubrique consiste à interviewer de manière longue, fouillée, documentée, de grands chercheurs et grandes chercheuses ayant marqué l’histoire de l’anglistique. La revue peut s’enorgueillir aujourd’hui d’avoir publié dix-sept entretiens (dix-neuf si l’on compte les deux publiés dans ce numéro) qui, à leur tour, forment un prisme inédit pour examiner l’évolution et les moments forts de notre/nos discipline(s). La rubrique « Grand entretien » est d’ailleurs un des fondements de notre projet inter-unité d’histoire et épistémologie des études anglophones, HÉPISTÉA, dont l’inauguration du site aura lieu en 2024, et qui implique, outre le LERMA, onze universités partenaires et treize unités de recherche. Dans un entretien mené par Marie-Odile Hédon, Sophie Vallas livre les coulisses, le making of de cette rubrique unique en son genre dans le paysage des revues de l’anglistique en France. Tout récemment, en 2023, et également sous l’impulsion de Sophie Vallas, e-Rea a lancé une nouvelle rubrique intitulée « A Book in the Life » qui demande à un auteur d’écrire un texte sur un livre dont la lecture a eu un effet remarquable ou décisif sur sa vie d’angliciste.

Pluridisciplinarité, interdisciplinarité, transdisciplinarité

6Une revue dite « généraliste » comme e-Rea se place de fait dans la toile des interactions complexes entre la disciplinarité et ses variants, dont les préfixes pluri-, multi-, inter-, et trans- égrènent la complexité. L’enjeu pour les sciences humaines, les humanities, donc les disciplines représentées (et croisées, j’y arrive) dans les dossiers publiés par e-Rea, est double.

7Le premier est de se frayer une place dans un paysage théorique qui conçoit l’interdisciplinaire au sens très large comme une interaction entre sciences dites « dures » et sciences humaines : médecine et anthropologie, sociologie et mathématiques, économie et psychologie, littérature et économie, plus récemment, avec la notion de narrative medicine, médecine et littérature.

8La première ambition d’une revue en études anglophones est donc de faire en sorte que cette pluralité disciplinaire soit reconnue de manière plus fine, que soit tout aussi légitime l’approche qui consiste, par exemple, à rapprocher linguistique et psychanalyse ou sciences politiques et littérature — en d’autres termes la pluridisciplinarité intrinsèque aux études anglophones qui sont encore trop souvent présentées comme une discipline. Notre discipline est, par nature, un « mélange », pour emprunter ce terme au physicien et philosophe des sciences Étienne Klein qui, dans un récent essai sur l’interdisciplinarité intitulé Courts-circuits (2023), loue les vertus, la plasticité, la versatilité du « mélange », en bref sa connotation méliorative : « Par le fait qu’il l’embrouille, l’oblige à se déporter, le rend hésitant, tout mélange possède la vertu d’exciter notre intellect » (Klein 15). Ce que souligne Klein dans cette citation (et dans l’essai) est l’importance de l’incitation à déporter le regard ou, pour utiliser des termes de critique littéraire, de l’exercice de transfocalisation, ou déplacement du point de vue. Comme l’écrit encore Salman Rushdie, certes dans un autre contexte, dans Imaginary Homelands : « To see things plainly, you have to cross a frontier » (Rushdie 125). Le mélange et le franchissement sont deux des aspects essentiels de notre champ d’investigations d’anglicistes, et de nos méthodes. Car c’est cette transfocalisation même, cette tendance à décentrer, déporter le regard, franchir les frontières physiques, géographiques mais également théoriques, disciplinaires, formelles, qui est au cœur des études anglophones.

9Le second enjeu de taille, cette fois commun à toutes les disciplines de recherche, est de distinguer entre tous ces concepts – interdisciplinarité, pluridisciplinarité, transdisciplinarité — un peu hâtivement parfois considérés comme interchangeables. À cet égard, l’on peut suivre Basarab Nicolescu, du Centre International de recherches et études transdisciplinaires, qui, en 2011, définit ces différents concepts dans leur complémentarité comme dans leur différence. La pluridisciplinarité, que l’on rencontre parfois sous le terme « multi-disciplinarité », « concerne l’étude d’un objet d’une seule et même discipline par plusieurs disciplines à la fois » (Nicolescu 96). L’interdisciplinarité « concerne le transfert des méthodes d’une discipline à l’autre. Par exemple, le transfert des méthodes de la mathématique aux phénomènes météorologiques » (Nicolescu 96). Enfin, la transdisciplinarité, concept dont Nicolescu rappelle qu’il fut introduit en 1972 par Jean Piaget, « concerne, comme le préfixe latin trans l’indique, ce qui est à la fois entre les disciplines, à travers les différentes disciplines et au-delà de toute discipline. Sa finalité est la compréhension du monde présent, dont un des impératifs est l’unité de la connaissance » (Nicolescu 96).

10Pour ce qui est des dossiers publiés par e-Rea, la tendance sur les vingt dernières années a été de proposer des dossiers disciplinaires, souvent pluridisciplinaires, parfois, plus rarement, interdisciplinaires (linguistique pour l’enseignement), et animés de visées transdisciplinaires, dans certains de nos derniers numéros, comme celui sur l’urgence environnementale. Camille Manfredi et Sylvie Nail nous ont d’ailleurs fait l’amitié, pour ce numéro anniversaire, de revenir sur ce dossier, à maints égards pionnier, notamment justement par sa visée, sinon militante, en tout cas de réflexion sur le lien entre la théorisation et l’action concernant les grandes urgences qui touchent le monde contemporain.

11L’objectif est donc de décentrer davantage encore notre point de vue que nous ne le faisons déjà, de « pratiquer l’impur » (Klein 14) ou le « court-circuit » (formule que Klein emprunte à Michel Serres) de manière non seulement à apporter à un objet une compréhension qui émane de diverses sources, ou points de vue, mais encore de faire en sorte que ces points de vue, ces sources théoriques collaborent pour former un discours lui-même composite, collaboratif, afin d’en éclairer les reliefs d’une manière nouvelle. En somme, proposer une approche transdisciplinaire pour compléter les approches pluridisciplinaires et interdisciplinaires. Pour le dire avec Klein :

La vie des idées […] n’est vivace que si elle est une, solidaire de toutes ses composantes, structurellement continue. Sa dynamique propre réclame qu’elle puisse se déployer sans frontières naturelles, tout irriguée d’intrications, de correspondances, d’échos, d’interférences, de traductions, car nulle idée n’existe totalement isolée des autres. (Klein, 13)

12L’enjeu, pour le terrain d’action couvert par e-Rea, est donc d’exploiter le sol fertile de l’interdisciplinarité afin de favoriser cette approche transdisciplinaire que Nicolescu appelle de ses vœux. Montrant à quel point le contexte, ce qu’il appelle la « Réalité » dans toutes ses acceptions contradictoires, dépend de la fertilisation croisée des domaines, Nicolescu parle de notre responsabilité d’établir des ponts entre les sciences humaines et les sciences exactes, ce qui pourrait être étendu aux diverses disciplines des sciences humaines, en gardant en ligne de mire la Réalité. Pour Nicolescu :

La croissance sans précédent des savoirs à notre époque rend légitime la question de l’adaptation des mentalités à ces savoirs. Tout particulièrement, la mondialisation est une source potentielle d’une nouvelle décadence. Les deux dangers extrêmes de la mondialisation sont l’homogénéisation culturelle, religieuse et spirituelle et le paroxysme des conflits ethniques et religieux, comme réaction d’autodéfense des cultures et des civilisations. L’harmonie entre les mentalités et les savoirs présuppose que ces savoirs soient intelligibles, compréhensibles. Mais une compréhension peut-elle encore exister à l’ère du big-bang disciplinaire et de la spécialisation à outrance ? (Nicolescu 96)

13Les dossiers que nous avons publiés, que nous publions et que nous espérons publier encore, participent de l’éclairage, de l’intelligibilisation du monde et de la mondialisation, balayant (sans aucune logique particulière dans mon énumération) la question du républicanisme en contexte britannique, la poésie de l’urgence, la poésie tout court, le 11-septembre, le Brexit et ses implications politiques dans le monde, l’écriture de l’espace états-unien, ce que la littérature de voyage au XVIIIe siècle dit du monde contemporain, la portée des réseaux sociaux selon les linguistes, ou le cross-dressing dans la littérature et la société contemporaines, la religion vécue, la créativité numérique d’artistes africains, ou encore la laïcité, concept Ô combien en besoin d’éclairage théorique. Ce que montre e-Rea, comme les autres revues de sa catégorie, c’est que nous pratiquons l’impur pour éclairer ce qui n’est pas très clair. Le pluridisciplinaire reste donc, plus que jamais, une voie d’avenir pour les sciences humaines, tandis que les « nouvelles » disciplines qui font notamment la part belle à l’anglistique, telles que les animal studies par exemple, montrent la voie alternative et tout aussi désirable de la transdisciplinarité. Pour le dire une fois encore avec Étienne Klein, « l’intellect est un holisme : il ne connaît pas la division du travail. Et l’esprit est par nature un espace ouvert à la fluidité » (Klein, 13).

A trip down memory lane

  • 2 Je voudrais à ce titre remercier Richard Phelan (qui nous a soumis une maquette « imaginaire » ayan (...)

14Ce sont donc ces considérations qui ont inspiré le comité de rédaction d’e-Rea pour la conception, la préparation et le montage de ce numéro exceptionnel, avec l’appui de membres du LERMA venus prêter main forte2.

15Sylvie Mathé, rédactrice en chef « historique » à la tête de la revue de 2008 à 2014, et encore aujourd’hui membre de son comité de rédaction, nous invite, dans l’entretien qui lui est consacré et qui ouvre le numéro, à a trip down memory lane, principe qui a guidé l’élaboration de ce numéro très spécial. Le numéro anniversaire est donc conçu comme une promenade dans l’histoire de la revue et des thématiques qu’elle a développées, mais aussi comme une réflexion sur ce que constitue une revue de SHS à l’heure de la publication électronique massive. C’est ainsi que les acteurs de la revue à ses débuts, mais aussi de nombreux éditeurs invités, ont accepté de revenir sur les dossiers qu’ils ont publiés. La section III, intitulée e-editors, est donc consacrée à ces retours, soit sur une discipline et son développement au sein du champ des études anglophones, soit sur un dossier particulier, son contexte d’élaboration et les retombées qui en ont été tirées, soit sur le contexte historique, politique dans lequel le dossier a paru et son évolution, posant ainsi la question de la persistance de l’analyse scientifique.

16Le numéro commence donc par une section historique, avec une interview des « pionniers » d’e-Rea, que la revue a d’ailleurs la chance de compter toujours parmi les membres de son comité de rédaction : Sylvie Mathé, rédactrice en chef qui a conduit e-Rea vers le succès dont elle jouit aujourd’hui, Mike Hinchliffe, premier secrétaire de rédaction et son successeur à ce poste, Grégoire Lacaze qui, outre sa participation à la reconstruction de l’itinéraire d’une revue devenue numérique, en expose également les chiffres clefs dans un article consacré aux statistiques d’e-Rea.

17Également à la table des matières de ce numéro, la deuxième section, que nous avons voulu intituler « Creative e-Rea », revient sur l’atelier de cut-ups organisé par Helen Mundler et Sara Greaves, et pour lequel des auteurs de contributions publiées dans e-Rea ont accepté, certains avec gourmandise, de voir leur article découpé et transformé par l’énergie créative des participants. La rubrique expose le résultat de ce travail en images tout en offrant un retour des participants sur le processus lui-même.

18Last, but by no means least, nous avons voulu faire la part belle à ceux qui ont fait le succès de la revue, tout en profitant de cette occasion pour solliciter une réflexion sur notre champ de recherche, son évolution, et parfois son avenir. C’est donc à un retour sur les nombreuses collaborations d’e-Rea que le comité de rédaction invite ses lecteurs. Nous avons voulu éviter de donner aux éditeurs invités un brief trop restrictif. Certains ont réfléchi à l’évolution du champ couvert par le dossier depuis sa publication, d’autres sont revenus sur la démarche qui a présidé à la publication du dossier, ou encore ses retombées scientifiques et de collaboration, d’autres enfin ont également intégré à leur réflexion les implications et l’histoire du développement du format numérique. Le résultat est un portrait d’e-Rea en creux et en pleins, où résonnent parfois des échos entre les contributions.

19Pour déroger un peu à l’usage, cette introduction ne reviendra pas de manière très détaillée sur les contributions qui constituent le numéro, préférant laisser à ses lecteurs le plaisir de la découverte, adoptant ainsi une forme de teasing (commercial ?) pour une revue qui, dès ses débuts, a choisi la licence Creative Commons (CC BY-NC-ND), laquelle exclut la possibilité d’exploitation commerciale des articles et adopte le parti de la science ouverte. Je me contenterai donc de lancer quelques pistes de lecture.

20Dans « Modernist Non-fictional Narratives and Beyond », Christine Reynier revient sur la prose non fictionnelle des Modernistes, sur le cadre collaboratif dans lequel le dossier 15.2 (2018) est né, et sur la manière dont le dossier parvient à infléchir la notion même de Modernisme. Sur un sujet proche, Nicolas Boileau et Anne Reynes réalisent une « interview imaginaire », un échange vivant qui les porte à revenir sur leur convergence d’intérêts scientifiques au moment de diriger le numéro double « Kay Boyle / Rachel Cusk: Neo-Modernist Voices » (e-Rea 10.2, 2013). Sont évoqués notamment le contexte des études sur le genre, l’inscription du genre sur le corps, et plus généralement le Néo-Modernisme pour l’un, et la mise en avant d’une autrice américaine, Kay Boyle, et la diversité des contextes esthétique et politique dans lesquels elle évoluait, les questions de circulation transatlantique pour l’autre.

21Parfois les contributions débordent de leur sujet initial. Ainsi de Pierre Lurbe, dans son retour sur le numéro 1.2 consacré à l’histoire des idées républicaines qu’il a dirigé il y a 20 ans, qui, non content de revenir sur le concept des idées républicaines, en vient à souligner, en prenant le recul nécessaire sur les numéros de la revue depuis cette salve initiale que constitue le dossier, les profondes modifications dans les pratiques scientifiques des anglicistes : langue des articles et implications méthodologiques et de diffusion du savoir, question de l’interdisciplinarité dans la recherche en sciences humaines en France. Cette contribution rejoint en cela l’article de fond qu’Anne Page consacre aux revues en ligne et à leurs répercussions en termes de recherche (et de formation), dans « Une revue de laboratoire de l’électronique au diamant : e-Rea et vingt ans de science ouverte ». Ainsi également, dans un autre registre, de Sylvie Nail et Camille Manfredi qui, dans leur retour sur le récent « Acknowledging, Understanding, Representing Environmental Emergency » (e-Rea 18.2, 2021), se consacrent aux retombées du dossier pour leurs recherches, revenant sur la manière dont ce travail a fédéré des chercheuses et chercheurs de tous horizons autour de la question cruciale de l’apport des SHS à la construction de savoirs et de compétences dans le contexte de la crise environnementale, et insistant sur leur volonté de mettre en avant la question suivante : «Comment agir face à l’urgence climatique ? »

22La linguistique est évidemment également mise à l’honneur avec deux retours, celui de Monique De Mattia-Viviès sur quatre dossiers de linguistique publiés dans e-Rea. Dans cette contribution, qu’elle intitule « Linguistique et alterlinguistique », Monique De Mattia-Viviès revient sur les fondements théoriques sur lesquels les dossiers s’appuient, notamment une approche basée sur la philosophie du langage. Elle aborde également les notions de linguistique interne, linguistique externe, pour en arriver à une conception de l’alterlinguistique. De son côté, Grégoire Lacaze se penche sur le volume intitulé « Le discours rapporté et l’expression de la subjectivité » (e-Rea 17.2, 2020), qu’il a coordonné avec Aurélie Ceccaldi-Hamet, et met en perspective cette publication avec ses recherches actuelles sur le discours rapporté, notamment l’analyse des discours numériques des réseaux sociaux.

23Certaines propositions prennent la forme de billets, comme celui de Jean Viviès, qui rappelle que la SELVA a contribué à la revue sous la forme de dossiers consacrés à la littérature de voyage. Dans son retour sur « Histoires de l’oubli / Histories of Forgetting » (dir. Matthew Graves et Valérie André, e-Rea, 10.1, 2012), Matthew Graves aborde la question de l’histoire de la « guerre des mémoires » en Australie et de la transculturalité de la mémoire historique dans le contexte postcolonial. « Retour à La Nouvelle-Orléans » (e-Rea 14.1, 2016) », par Gérard Hugues et Sylvie Mathé, ajoute au dossier de 2016 une touche personnelle, en remettant en perspective plusieurs colloques et collaborations scientifiques importants pour la vie du LERMA à partir de l’année 2000, qui ont donné lieu, entre autres, à la publication du dossier « Regards croisés sur la Nouvelle-Orléans » mais aussi à des collaborations scientifiques et une « aventure collective » humaine marquante.

24Certaines contributions, comme l’essai d’Hélène Aji, « Towards Autopoetics », examine le prolongement théorique du dossier qu’elle a dirigé en 2007 (e-Rea 5.1), en partant du point où s’est arrêté le dossier consacré à « la poésie et l’autobiographie » pour faire émerger l’idée d’une « autopoétique » en revisitant le rejet de la poésie comme espace de l’autobiographie. Dans Revisited (e-Rea 6.1, 2008), Marc Porée revient quant à lui sur le dossier qu’il a dirigé en 2008, consacré aux poétesses contemporaines : ce retour à la fois personnel et érudit est aussi l’occasion pour lui de décliner les diverses acceptions possibles du « retour sur », entre révision, réexamen, et réactivation, réanimation, repentir même.

25Étienne Klein inscrit son essai Courts-circuits sous le patronage d’une citation d’Éclats de rire, de Régis Debray, placée en exergue du prologue : « De l’air du large à la largeur d’esprit, il n’y a qu’un pas ». Toute l’équipe d’e-Rea, et tous les éditeurs invités qui ont accepté notre invitation de participer à ce numéro anniversaire, ce dont nous les remercions chaleureusement, se sont mobilisés pour faire souffler l’air du large sur la revue. Nous espérons que ces bouffées, ces rafales parfois, sauront vous emporter, et qui sait…

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Bibliographie

Klein, Étienne. Courts-circuits, Paris : Gallimard, 2023.

Rushdie, Salman. Imaginary Homelands. Essays and Criticism 1981-1991. London: Granta, 1991.

Baearab, Nicolescu. « De l’interdisciplinarité à la transdisciplinarité : fondation méthodologique du dialogue entre les sciences humaines et les sciences exactes », NPSS, volume7, numéro 1, 2011, 89-103.

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Notes

1 L’orthographe du nom de la revue a subi quelques avanies au gré des évolutions des chartes graphiques de l’université et de la modernisation du logo : la revue a successivement paru sous le titre EREA, E-Rea, parfois rencontré sous la forme E-rea, aujourd’hui e-Rea, pour être en conformité avec le logo, revu en 2021. L’équipe de rédaction voudrait stabiliser cette orthographe afin d’épargner un casse-tête aux copy-editors !

2 Je voudrais à ce titre remercier Richard Phelan (qui nous a soumis une maquette « imaginaire » ayant servi à lancer la réflexion), ainsi que Sara Watson et Nathalie Vanfasse, cette dernière ancienne rédactrice en chef de la revue, pour leur énergie, leurs idées et propositions.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Marie-Odile PITTIN-HEDON, « Introduction »e-Rea [En ligne], 21.1 | 2023, mis en ligne le 15 décembre 2023, consulté le 13 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/erea/17259 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/erea.17259

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Auteur

Marie-Odile PITTIN-HEDON

Aix Marseille Université, LERMA, Aix-en-Provence, France
marie-odile.hedon@univ-amu.fr
Marie-Odile Pittin-Hédon est Professeur de littérature britannique à Aix-Marseille Université(AMU), spécialiste de fiction des XXe et XXIe siècles. Elle est l’auteur de The Space of Fiction: Voices from Scotland in a post-devolution age (2015), éditrice de Women and Scotland: Literature, Culture, Politics (2020), co-éditrice de Scottish Writing after Devolution: Edges of the New (2022). Elle a publié divers chapitres d’ouvrages et articles sur Alasdair Gray, James Kelman, Louise Welsh, Janice Galloway, James Robertson, Suhayl Saadi, Irvine Welsh, Alice Thompson, Jackie Kay, Roseanne Watt, Kirstin Innes ou Jenni Fagan. Elle travaille actuellement à deux projets autour d’Alasdair Gray notamment l’édition d’un Edinburgh Companion to Alasdair Gray.

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