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L'âme, métaphore et théorie

Cœur, âme, esprit dans L’Olive augmentée de Du Bellay

Heart, soul and spirit in Du Bellay’s L’Olive augmentée
Christine de Buzon
p. 195-212

Résumés

Dans L’Olive augmentée offerte à Marguerite de France, Du Bellay donne à lire un exercice d’adoration essentiellement profane et explore divers moyens de représenter l’âme sensitive (le cœur) en tant que celle-ci perçoit et désire. Toutefois, la perception des beautés de la femme aimée est rapportée à l’impuissance du poète à les dire ou à son impuissance à combattre leurs effets en lui. Divers éléments de la nature n’apparaissent que comme des comparants, ne signifient qu’une absence, ne représentent hyperboliquement qu’une intériorité. Jusqu’aux fleuves qui ne sont que des métonymies de la petite patrie des poètes et des métaphores de l’inspiration. L’hypallage et l’allégorie contribuent à construire une représentation décevante, dérisoire ou irritée du lien amoureux accusé de produire un « esprit ennuyé » et une « serve pensée » contrastant avec l’esprit « divin » ou « noble » de Scève et de Ronsard.

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Texte intégral

  • 1 Marguerite de France (1523-1574), fille de François Ier et de Claude de France, sœur du roi Henri I (...)
  • 2 Le déterminant subsiste. L’olive désigne le rameau d’olivier, présent dans l’un des deux emblèmes d (...)
  • 3 « Quand j’ecrivoy’ ces petiz ouvraiges poetiques […] me suffisoit qu’ilz fussent aggreables à celle (...)

1En 1549, dans L’Olive et quelques autres œuvres poeticques, Joachim Du Bellay publiait Cinquante sonnetz à la louange de l’Olive suivis de L’Anterotique de la vieille, & de la jeune Amye et des Vers lyriques. En 1550, il supprime le huitain liminaire et ajoute soixante-six sonnets. L’Olive augmentée compte cent seize sonnets en décasyllabes dont le liminaire « A tresillustre Princesse Madame Marguerite seur unique du Roy luy presentant ce livre »1. La critique a relevé la formulation du titre2, l’importance de la dédicace et de l’augmentation du recueil, la modification de l’ordre des sonnets et enfin l’orientation religieuse des sonnets chrétiens (107-111). Si l’épître « Au lecteur » de 1549 prolongeait le huitain « Il dedie son livre à sa Dame » en feignant une destinataire première et d’abord unique accordant une permission3, la légitimation biographique initiale disparaît de la nouvelle épître « Au lecteur » de 1550.

  • 4 J. Rousset, L’Intérieur et l’Extérieur. Essais sur la poésie et sur le théâtre au XVIIe siècle, Par (...)
  • 5 Sur ses prédécesseurs, J. Du Bellay, Ol., p. 223.
  • 6 J. Du Bellay, OC, II, p. 465-470.
  • 7 I. Garnier-Mathez, « Entre pétrarquisme et néoplatonisme… ». Pour le commentaire du sonnet 112 imit (...)
  • 8 J. Du Bellay, Œuvres de l’invention de l’autheur [1552], in OP, IV [1919], 1983, p. 137-144 ; G. Ga (...)

2« L’exercice d’adoration »4 de l’amant s’attache d’abord à une figure idéalisée et, pour finir, s’adresse au Christ puis à Dieu, à son âme (sonnet 113, v. 5) avant de revenir aux doctes esprits et à sa « Déesse » (sonnet 114, v. 3-5) puis à l’« astre nouveau » qu’est Ronsard (sonnet 115, v. 4). La présence de pièces spirituelles et de pièces adressées à d’autres poètes n’est pas rare dans les recueils italiens que Du Bellay lisait et traduisait à sa manière. E. Caldarini5 a détecté nombre de passages-sources chez les poètes italiens et antiques ; le dernier éditeur, O. Millet6, rapproche les derniers sonnets des épîtres pauliniennes et de la Bible (dont les psaumes 18, 24, 26, 76, 125, etc.). Enfin, I. Garnier-Mathez a étudié certaines formules de « la langue du village évangélique »7 dans ce premier canzoniere français de sonnets. Toutefois, Du Bellay ne publie qu’en 1552 sa « Lyre chrétienne »8 et, pour l’heure, il est peu prolixe sur sa vie spirituelle. En revanche, il ne cache pas sa haute et paradoxale conception de l’imitation :

  • 9 J. Du Bellay, Ol., p. 230, 235, 236, 237.

[…] je m’adonnay à l’immitation des anciens Latins et des poëtes Italiens. […]
Et puis je me vante d’avoir inventé ce que j’ay mot à mot traduit des aultres. […]
Je ne me suis beaucoup travaillé en mes ecriz de ressembler autre que moymesmes […].
Ce que j’ay dict, cetuy ci l’a dict encor’ et cetuy là […]9.

  • 10 O. Pot rappelle ainsi que Scaliger oppose le poète qui parle ex persona ficta quand il met en scène (...)
  • 11 Voir les sonnets 5, 7, 10, 15, 19, 22, 23, 26, 29, 33, 35 (2 occ.), 38 (2 occ.), 42, 44, 46 (2 occ. (...)
  • 12 Par exemple sur les localisations cérébrales : M.-L. Demonet, « Le lieu où l’on pense, ou le désord (...)
  • 13 Le mot latin psychologia apparaît chez Freigius, Ciceronianus, Bâle, S. Henricpetri, 1575, et a été (...)

3Sa visée est la création d’une « nouvelle, ou plustost ancienne renouvelée poësie ». L’interrogation sur les moyens du langage est essentielle. C’est cette persona lyrique que nous voudrions explorer après tant d’autres en y associant la représentation de poètes que Du Bellay loue. Sur la question de « qui parle en poésie », nous nous appuyons notamment sur les travaux de Nathalie Dauvois et Olivier Pot10. S’il n’y a pas de référent biographique dans cette fiction codée, on trouve dans le cadre du sonnet la représentation d’une intériorité, d’un espace interne énigmatique où un « je » ne se reconnaît plus. Inlassablement, ce « je » explore le désordre de son cœur par des images de chaleur et de froideur, d’immobilité et de mouvement, de vie et de mort. Le cadre de cette étude ne permet pas d’examiner la trentaine d’occurrences du mot cœur11 ni les théories de l’époque étudiées par Marie-Luce Demonet12. Disposant des éléments de doctrine et du vocabulaire psychologique de la Renaissance13, Du Bellay conçoit le cœur comme une sorte d’intermédiaire entre le corps et l’âme. L’âme est immortelle et ne peut être que simple : il n’y a pas de parties de l’âme. On la décrit comme à la fois végétante (elle est unie au corps et le vivifie) ; sensitive (elle perçoit les sensibles et est douée d’appétit) et ratiocinante (elle peut connaître et vouloir). Le cœur est l’âme sensitive en tant que celle-ci perçoit et est capable d’appétit. Nous nous proposons d’analyser quelques-unes de ces représentations de l’âme.

  • 14 J. Du Bellay, Ol., sonnet 65, v. 10.
  • 15 Outre l’éloge du vif esprit (sonnet 65, v. 10) : « Voy ses ecriz, oy son divin sçavoir, / Qui mieul (...)

4La persona lyrique se construit dans la fiction d’une adresse : l’objet du recueil serait la destinataire ou les destinataires. Parmi eux, se trouvent l’âme, le penser, le cœur par exemple au sonnet 55 et les vers du poète mais aussi bien tel élément de la nature servant à construire la fiction d’une solitude. Parfois, l’adresse manque l’objet. Dans la situation amoureuse que le poète décrit, l’interrogation sur la parole poétique est d’autant plus vive que celle qui porterait le nom d’Olive n’a pas répondu au recueil de 1549 et ne paraît pas s’exprimer dans celui de 1550 alors même que Du Bellay loue son « doulx grave stile »14. Non qu’elle soit représentée comme muette, sa voix et sa musique sont éloquentes et son esprit est sans défaut15, mais – parce qu’elle ne répond pas – le discours qui lui est adressé multiplie les formes du questionnement intérieur et inventorie ses propres styles de défaillance supposée.

  • 16 Humble : « l’humble prestre des Muses » (sonnet 114, v. 4) ; « Par humbles vers (sans fruit) ingeni (...)
  • 17 J. Du Bellay, Ol., sonnet 8, v. 14.

5Le discours de ce sujet lyrique est incertain, parfois humble16, parfois hanté par le désir de gloire. Le poète avoue à l’occasion un échec, sent sa langue « ineptement mouvoir » et s’en plaint (« je meurs sans mot dire »17). Utilisant la prétérition, il affirme aussi ne pouvoir dire sa souffrance amoureuse ni la beauté qu’il idolâtre et cet aveu de défaillance n’indique qu’un trop, qu’un excès qui déclenche des descriptions hyperboliques et invite sans cesse à l’usage de la correction, de l’antithèse et de l’oxymore, au souci du rythme (énumération anaphorique, exclamation, interrogation). Ailleurs, c’est le moins ou l’absence qui engendre le chant. Ainsi, le spectacle de vignes unies à des ormeaux évoque-t-il d’abord l’absence des rameaux d’olivier et conduit à une question auto-adressée :

  • 18 Ibid., sonnet 45, v. 12.

Suis-je donq’ veuf de mes sacrez rameaux18 ?

  • 19 Selon M. Deguy, le recueil proposerait d’innombrables scénarios ou mises en scène de l’intériorité (...)
  • 20 F. Rigolot, « Du Bellay et la poésie du refus », Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, XXXVI, 3, (...)

6Quelques sonnets sont presque intégralement construits sur le mode interrogatif (sonnets 46 et 55). Le vocabulaire négatif indiquant l’absence, la privation ou selon la formule si juste de Michel Deguy19, l’expropriation, et, plus encore, l’emploi de diverses formes de la négation sont des moyens poétiques privilégiés20. L’évocation de l’échec d’une plainte solitaire et bucolique du poète recubans – comme un Tityre sans Mélibée – se dit par une forme qui la prolonge puisque faisant a ici valeur inchoative :

  • 21 J. Du Bellay, Ol., sonnet 45, v. 9-11.

Je vois faisant un cry non entendu
Entre les fleurs du sang amoureux nées
Pasle, dessoubz l’arbre pasle etendu21.

7La solitude dans la nature décrite dans la reprise d’un célèbre incipit de Pétrarque ne fournit aucun repos au malheur mais au contraire la circonstance favorable à son déploiement musical :

  • 22 Ibid., sonnet 84, v. 1-4.

Seul et pensif par la deserte plaine
Resvant au bien qui me faict doloreux
Les longs baisers des collombs amoureux
Par leur plaisir firent croitre ma peine22.

8À plusieurs reprises, le désordre de l’état amoureux se note par des images de tempête, des paysages marins immenses et agités par un mouvement perpétuel comme si le poète découvrait un infini intérieur, une dilatation intime qui coïnciderait avec celle du monde :

  • 23 Ibid., sonnet 41, v. 1 et 9-10. Sur ce sonnet 41, G. Polizzi, « Les poétiques du paysage dans L’Oli (...)

Je suis semblable au marinier timide […]
Le nocher suis, mes pensers sont la mer,
Soupirs, et pleurs sont les ventz, et l’orage23.

9Le goût de l’hyperbole veut que l’agitation devenue irritation de l’infini intérieur excède celle du dehors. Dans le second quatrain d’un sonnet solennellement adressé au Père Océan, l’immensité est resserrée, enclose :

  • 24 J. Du Bellay, Ol., sonnet 48, v. 12-14.

Tu ne sens point, quand moins tu te reposes,
Plus s’irriter de flotz tempestueux
Contre tes bords, qu’en mon cœur fluctueux
Je sen’ de ventz, et tempestes encloses24.

  • 25 Sauf quand elle répercute les paroles d’Olive au sonnet 79, v. 13-14 : « Echo respond à sa divine v (...)

10La solitude disparaît lorsqu’un miroir linguistique peuple le paysage de rochers et de bois. Ce miroir sonore est la voix d’Echo, nymphe non nommée25 et invisible :

  • 26 J. Du Bellay, Ol., sonnet 24, v. 1-4.

Piteuse voix, qui ecoutes mes pleurs,
Et qui errant entre rochiers et bois
Avecques moy, m’as semblé maintesfoys
Avoir pitié de mes tristes douleurs26.

11Ailleurs, en 1549, Du Bellay s’adressait au poète et magistrat Jacques Bouju (1515-1577) en lui décrivant les conditions du vrai poète qui fuit la ville, ses maisons et ses palais. Ce poète fait rechanter des cavernes où sa voix se réverbère, indissociable d’Echo :

  • 27 J. Du Bellay, Recueil de poesie, OP, III, « Vers liriques », Ode IX, p. 122, v. 38-44.

Il donne oreilles aux boys,
Et les cavernes profondes
Fait rechanter soubs sa voix.
Voix que ne feront point taire
Les siecles entresuivans :
Voix, qui les hommes peult faire
A eulx mesmes survivans27.

  • 28 Toutefois, à la fin de cette même section des « Vers liriques », la dernière pièce joue plaisamment (...)

12Echo est l’autre nom de l’inspiration poétique conduisant à la gloire ; elle n’affaiblit pas la voix mais lui donne une vigueur nouvelle même dans le registre de la plainte28.

  • 29 Exemple d’impossibilia : « Quand la fureur, qui bat les grandz coupeaux, / Hors de mon cœur l’Olive (...)

13La persona poétique dispose d’autres moyens pour continuer de s’affirmer. Au prix du surgissement d’images dysphoriques d’un monde profondément bouleversé, certains sonnets avec adynata s’opposent thématiquement aux paysages où la voix d’Echo peut se maintenir. Ils utilisent le contraste et les impossibilia pour dire la constance qui s’exprime aussi par la métaphore attributive du roc29 :

  • 30 J. Du Bellay, Ol., sonnet 35, v. 5.

Je suis le roc de foy non variable30

14La blessure christique au flanc gauche férocement infligée par le Dieu Amour n’est qu’une image pour dire que tortures et blessures sont subies avec constance, image ici associée à la métaphore du roc de son cœur :

  • 31 Ibid., sonnet 69, v. 1-4.

L’enfant cruel de sa main la plus forte
M’ouvrit le flanc, qui est le plus debile,
Plantant au roc de mon cœur immobile
Le sainct rameau, qu’en mon ame je porte31.

  • 32 P. de Ronsard, Les Amours, leurs commentaires (1553), C. de Buzon et P. Martin (éd.), Paris, Didier (...)

15Commentant l’emploi du « flanc » blessé de l’aiguillon d’Amour dans le premier sonnet des Amours de Ronsard, Muret note que « Combien que le flanc, le cœur, le foie, les poumons, les mouëles sont parties, comme chacun sait, bien differentes : si est-ce que les Poëtes usent presque indifferemment de ces mots la, pour dire l’ame, ou l’esprit »32. De même, dans le premier sonnet adressé à Ronsard, les faibles épaules du poète figurent l’inspiration poétique ou l’esprit du poète dans l’apposition finale :

  • 33 J. Du Bellay, Ol., sonnet 60, v. 12-14.

Porte pour moy parmy le ciel des Gaulles
Le sainct honneur des nymphes Angevines,
Trop pesant faix pour mes foibles epaules33.

  • 34 « Mon corps est libre, et d’un etroit lien / Je sen’ mon cœur en prison retenu » (ibid., sonnet 26, (...)
  • 35 Ainsi, dans la revendication désespérée et fantaisiste d’une multiplication monstrueuse de la langu (...)

16Au total, les notations sur son propre corps sont rares et réduites à des signes (la pâleur, supra, sonnet 45 ; l’ardeur ; des larmes et soupirs) ou à l’évocation d’un état de liberté paradoxal qui contraste avec l’emprisonnement métaphorique de son propre cœur34 captif du corps de la dame ou avec la faiblesse de sa vue et de ses moyens d’expression35.

  • 36 Ibid., sonnet 52, v. 13.

17La persona se construit aussi au travers de la qualification des conflits et des accusations. Le poète accuse sa « guerrière »36 de le priver de sa vie, du juste loyer de son amour et de toute espérance. Topiquement, ses yeux ont été blessés par la perception des yeux de l’aimée. Si le recueil lyrique est un recueil épidictique, il expose aussi les préjudices subis :

  • 37 Ibid., sonnet 4, v. 12-14.

[…] tes yeux à ceulx, qui te contemplent,
Coeur, corps, esprit, sens, ame, et vouloir emblent
Par leur doulceur angelique, et seraine37.

  • 38 Aimer sans être aimé revient à ne vivre nulle part : « Il y a deux espèces d’amour : l’un l’amour s (...)

18Ces trois vers disent la douceur de cette cruauté selon une topique héritée de Pétrarque et une sorte de mort de l’amant qui correspond aussi à la définition de l’amour simple opposé à l’amour réciproque selon Marsile Ficin38. Un autre sens capte le poète. Les « divins accens » de la voix claire de l’aimée ont – comme la vue – la faculté de toucher les sens puis d’abolir le cœur, le penser et le vouloir. La représentation de la vie psychique se conduit à nouveau comme le récit extatique d’une privation amorcée par le mouvement qui s’opère des sens au cœur et à l’âme :

  • 39 J. Du Bellay, Ol., sonnet 94, v. 5-11.

Alors de moy une doulce rapine
Se faict en moy : je me pers, il me semble
Que le penser, et le vouloir on m’emble
Avec le cœur, du fond de la poitrine.
Mais ce doulx bruit, dont les divins accens
Ont occupé la porte de mes sens,
Retient le cours de mon ame ravie39.

  • 40 Respectivement sonnet 4 et sonnet 55, v. 13.
  • 41 N. Lombart, « Du Bellay et la colère d’Achille », Cahiers Textuel, no 31, p. 78 et 83.
  • 42 Ire est à la rime : sonnet 23, v. 5 et sonnet 81, v. 9-10. Dans le sonnet 81, l’ire du regard foudr (...)

19Ailleurs, Olive est « […] celle / qui le sens m’oste […] ». Il l’interpelle aussi : « Ô face d’ange ! ô cœur de pierre dure ! »40. Nicolas Lombart a montré l’importance des citations homériques et du modèle d’Achille : stratégie rhétorique de la colère dans la Deffence ; humeur colérique de l’amant dans L’Olive41. Si les yeux d’Olive manifestent de la colère (ils sont vus « armez d’orgueil et d’ire »42), l’irritation de l’amant est plus fréquente encore. Ainsi, au centre du recueil de 1550, le sonnet 58 taxe l’aimée d’ingratitude et de rigueur. Le centre de ce centre est au vers 7 et répète en miroir l’adjectif ingratz :

Ô pleurs ingratz ! ingratz soupirs aussi

  • 43 J. Du Bellay, Ol., sonnet 37, v. 1 (« fiere beauté ») ; sonnet 71, v. 1 (« crespe honneur ») ; sonn (...)
  • 44 C. Alduy, Politique des Amours, Genève, Droz, 2007, p. 233, sur les échos lexicaux aux sonnets 54 ( (...)
  • 45 J. Du Bellay, Ol., sonnet 58, v. 8.

20Pleurs et soupirs seraient ingrats parce que reçus sans reconnaissance. L’épithète qualifie la dame, ce que confirme « ta rigueur » au vers suivant. L’hypallage n’est pas rare dans L’Olive43. La répétition44 et même l’anadiplose fait retentir le couple des deux courts segments doublement allitéré par la bilabiale et les liquides (« Ô pleurs… soupirs »). L’eau vient de l’œil et le souffle d’air vient du cœur. Le feu, troisième élément, est proche : le poète le décrit sorti des yeux du portrait et le fait sien dans le début du vers suivant (« Mon feu, ma mort »45). Il reformule enfin, à l’aide de l’anaphore pétrarquienne de l’épithète « doux », cette conjonction de l’air, de l’eau et du feu. La réminiscence ici du sonnet CCV de Pétrarque (Dolci ire, dolci sdegni et dolci paci) se combine à d’autres où l’interjection « ô » scande les exclamations oxymoriques :

  • 46 Ibid., v. 12-14.

Ô doulx pleurer ! ô doulx soupirs cuisans !
Ô doulce ardeur de deux soleilz luisans !
Ô doulce mort ! ô doulce cruaulté46

  • 47 Sur ces couleurs, A. Gendre, « Lumière et couleurs dans L’Olive », Cahiers Textuel, no 31, p. 150.
  • 48 Guillaume de Machaut, « Lay d’Esperance », Le livre du voir dit : le dit véridique, P. Imbs et J. C (...)
  • 49 Ainsi, l’« Epistre du despourveu à Ma Dame la Duchesse d’Alençon », dialogue mettant en scène Mercu (...)
  • 50 Cette représentation de la Crainte s’oppose au couard qui s’enfuit dans le discours Des vertus inte (...)
  • 51 Certaines rimes du sonnet 56 (cœur, vainqueur, rigueur et vigueur) se retrouvent au sonnet 63 (« Ma (...)

21La topique pétrarquiste de la contradiction amoureuse ou de l’amour par contradictions se met aussi en scène dans la curieuse psychomachie décrite dans le sonnet du noir et du blanc. Ce combat intérieur est un autre prétexte pour formuler des accusations amoureuses. Le cœur de l’amant est à la merci des intentions guerrières d’Amour « voulant hausser le chef vainqueur » sur la Crainte. L’Espérance et la Crainte sont personnifiées et accompagnées de deux bandes fortement contrastées : la blanche accompagne l’Espérance et la noire la Crainte47. Le cœur est une sorte de champ de bataille de ce combat allégorique d’allure médiévale, proche à la fois du Roman de la Rose et de Guillaume de Machaut48 ou de Charles d’Orléans et Marot49. Le premier quatrain évoque l’intention quasi militaire du dieu Amour. Pour assurer sa victoire contre la Crainte et sa suite désignée par le syntagme « noire sequelle », qui se battent avec vigueur50, Amour place l’Espérance et sa bande blanche au « plus fort » du cœur de l’amoureux. Le deuxième quatrain décrit le siège de ce fort et l’action du canon d’une rigueur tout aussi inflexible que l’amour est constant. Les deux tercets s’adressent à la dame non nommée, désignée seulement par la périphrase du vers 10 (« Vous qui tenez le sort de la victoire »). L’amant qu’on croyait le lieu, le spectateur et la victime passive de ce combat inégal est aussi le rhétoricien qui exhorte l’aimée à repousser les ennemis hors d’un cœur qui lui appartient51.

22La couleur blanche peut venir d’un voile précieux car offert dont la couleur reçoit une valeur morale quand elle est comparée, dit explicitement le poète, à une foi immaculée et sans tache :

  • 52 J. Du Bellay, Ol., sonnet 72, v. 1-2. Cf. « Mon cœur tout blanc est pour vous ordonné » (sonnet 72, (...)

Ce voile blanc, que vous m’avez donné,
Je le compare à ma foy nette, et franche52.

  • 53 S. Perrier, « Le regard allégorique dans les sonnets romains de J. Du Bellay », Elseneur, no 12, 19 (...)
  • 54 J. Du Bellay, Deffence, I, 5, (Ol., p. 87).
  • 55 « La Fraude et le faulx Conseil / Et la Discorde suyvie / D’Ambition & d’Orgueil […] » (J. Du Bella (...)

23Ce scénario allégorique n’est pas isolé. Selon la formule de Simone Perrier53, il y aurait un regard allégorique de Du Bellay qui, du reste, cite l’allégorie parmi les ornements sans lesquels le poème est faible54 et consacre sa Musagnoeomachie au combat contre le hideux Monstre Ignorance et sa « furieuse armée »55. D’autres allégories se décèlent dans L’Olive, ainsi (Fol) Désir, Faux Espoir et Danger au sonnet 68. L’espoir est encore personnifié et accusé de moquerie (« Traitre à moy seul, et fidele à Madame ») :

  • 56 J. Du Bellay, Ol., sonnet 92, v. 12-13.

Là faict sa plainte : & vous, qui jours et nuitz
Avecques luy riez de mes ennuiz
D’un seul regard le me faictes reprendre56.

24Dans L’Olive, l’allégorie n’est pas éloignée de la dérision qui peut aussi bien s’exprimer sans elle. Ainsi, l’on reconnaît la topique amoureuse sans surprise dans la plainte qui récapitule le mauvais accueil fait à tout mouvement ou toute tentative de communication :

  • 57 Ibid., sonnet 37, v. 4-8.

Si je la suy’ ell’ fuit d’autre couté
Si je me deulx, mes larmes la font rire,
Et si je veulx ou parler, ou ecrire,
D’elle jamais ne puis estre ecouté57.

  • 58 Des sarcasmes sur la faiblesse, la sottise et la folie du poète se lisent à trois reprises dont une (...)

25Est plus surprenante cette conclusion au vers suivant en forme de sarcasme, de chleuasme, qui fait passer de l’affectus à l’intellect et propose une issue à la perplexité : « Mais (ô moy sot !) de quoy me doy-je plaindre / Fors du desir »58. Cette légère marque d’autodérision soulignée par l’emploi des parenthèses qui signale un retour à la sagesse invite à se pencher sur l’esprit et la raison du poète, soit l’âme ratiocinante.

  • 59 « Qu’en moy (Amour) ne durent tes doulx feux, / Je ne le puys et pouvoir ne le veulx » (ibid., sonn (...)
  • 60 R. Gorris, « Sous le signe de Pallas », in L’Olive de J. Du Bellay (Actes des séminaires d’analyse (...)

26L’esprit a partie liée avec le savoir et la volonté. Certes, l’amour modifie quelques facultés59 mais dès le premier sonnet, la volonté du poète est solennellement exprimée dans le choix de sa poétique et de son symbole. Refusant le laurier, le lierre et le myrte, il choisit « l’olive » par cette périphrase qui place le recueil sous l’invocation de Pallas60, signe récemment étudié dans et au-delà du recueil par R. Gorris :

  • 61 J. Du Bellay, Ol., sonnet 1, v. 4-8.

Encores moins veulx-je, que l’on me donne
Le mol rameau en Cypre decoré,
Celuy, qui est d’Athenes honoré
Seul je le veulx, et le ciel me l’ordonne61.

  • 62 Ibid., p. 106. Cf. les « bestes masquées » de la Deffence (Ol., p. 237) qui annoncent le « méchant (...)
  • 63 N. Lombart, « Du Bellay et la colère d’Achille », p. 65-88.

27Ce « Seul je le veulx » relève de l’âme ratiocinante, celle qui comprend, et accède au savoir. Pallas – selon la pièce liminaire latine de Jean Dorat – devient ainsi une protection. Il y a en filigrane dans le recueil un éloge du savoir qui répond à l’exécration explicite et obsédante de la « crasse Ignorance » dans la Deffence et illustration62, à l’invective contre le Populaire dans L’Olive et à la satire du monstre vivant dans un antre ténébreux décrit dans la Musagnoeomachie. L’inspiration nouvelle qui dicte le premier sonnet ne cesse de prendre sa source chez les poètes antiques et ceux qui les ont suivis. Le nom d’Homère est cité au deuxième vers du sonnet 19 et l’Iliade est présente grâce au personnage d’Achille dans le sonnet suivant63. Dans le sonnet 114, un des sonnets métapoétiques du recueil remarquable aussi par sa tonalité et l’emploi du vers blanc, le poète, s’adressant à ses savants lecteurs, se représente en prêtre des Muses :

  • 64 J. Du Bellay, Ol., sonnet 114, v. 3-4.

Doctes espris, favorisez les vers,
Que veult chanter l’humble prestre des Muses64.

  • 65 Horace, Carmina, III, I, 3-4 et J. Du Bellay, Deffence, II, 11 : « fuyr ce peuple ignorant, peuple (...)
  • 66 J. Du Bellay, Brieve exposition de quelques passaiges poëtiques […], Recueil de poésie, Paris, G. C (...)

28Traduisant le syntagme d’Horace (Musarum sacerdos), le poète sélectionne ses lecteurs parmi les doctes esprits, loin du peuple65 et associe à nouveau la poésie et la volonté. Il choisit aussi un ensemble de sujets et s’attribue une place dans une cohorte de poètes. C’est le sens que le commentaire de Jean Proust donne au syntagme « prêtre des Muses » dans le Recueil de poesie : « Ceux qui anciennement celebroint les louanges des Dieux & des grands Princes, estoint nommez prebstres, comme Musée, Orphée, Pindare & autres, pource qu’ils estoint sacrez à Phebus & aux Muses »66.

  • 67 O. Millet, « Présence de Virgile dans L’Olive de Du Bellay », in Les Fruits de la saison…, p. 105-1 (...)
  • 68 Ibid., p. 114 pour les deux citations.

29Les rapprochements avec Horace sont nombreux et précisés dans les éditions d’E. Caldarini et O. Millet. Du Bellay lui emprunte sa devise et représente sans doute ce poète dans le couple Virgile-Horace où Ronsard, moitié de son âme, disposerait du rang de poète absolu comme le remarque O. Millet dans son intéressante étude. Analysant les réminiscences de Virgile67 dans L’Olive, il distingue trois plans : « elles fournissent des matériaux divers à la fantaisie et à son expression poétique, en même temps qu’elles convoient discrètement la problématique des niveaux de style et des registres poétiques ». De fait, l’on trouve chez Virgile l’imitation d’Homère, d’Hésiode et de Théocrite dans les trois œuvres (Enéide, Géorgiques et Bucoliques) qui représentent trois genres poétiques. Le troisième plan des réminiscences virgiliennes est celui de la passion et de « la transfiguration mythique de celle-ci »68. Si l’amant passionné prend des traits de Didon, d’Enée et d’Orphée, O. Millet montre que le thème orphique de la descente aux Enfers voit sa signification inversée :

  • 69 J. Du Bellay, Ol., sonnet 90, v. 9-14.

Las moy chetif ! qui l’oblivieux bord
Malgré l’Enfer, Acheron, et son port
Ay depouillé de sa plus riche proye :
Celle, que j’ay faict compaigne des Dieux,
Me bat, me poingt, me brusle, me foudroye
Par les doulx traictz, qui sortent de ses yeulx69.

  • 70 Sur ce point, outre les éditions de L’Olive, voir le Sém. Pasquali : G. Polizzi, « Les voiles d’Alc (...)

30L’Olive évoque des poètes à plusieurs reprises mais omet nombre de « Modernes Italiens »70 ; dans le sonnet 62, Du Bellay mêle un hommage aux poètes de son temps à la louange de Pétrarque et à celle des poètes grecs et latins. Neuf poètes sont désignés par l’antonomase de leur petite patrie : Florence pour dire Pétrarque ; Mantoue pour Virgile, Smyrne pour Homère, Thèbes pour Pindare, la Calabre pour Horace, la Touvre pour Saint-Gelais, la Seine pour Héroët, la Saône pour Scève, et enfin, un rivage où sont gravées des lettres d’or pour Ronsard, rivage qui rime avec « divin ouvrage », syntagme qui désigne l’ouvrage de poésie et non plus le « digne objet » de la louange :

  • 71 J. Du Bellay, Ol., sonnet 62.

Qui voudra voir le plus precieux arbre,
Que l’orient, ou le midy avoüe,
Vienne, où mon fleuve en ses ondes se joüe :
Il y verra, l’or, l’ivoire, et le marbre.
Il y verra les perles, le cinabre,
Et le cristal : et dira, que je loüe
Un digne object de Florence, et Mantoüe,
De Smyrne encor’ de Thebes, et Calabre.
Encor’ dira, que la Touvre, et la Seine,
Avec’ la Saone arriveroient à peine
A la moitié d’un si divin ouvrage :
Ne cetuy là, qui naguere a faict lire
En lettres d’or gravé sur son rivage
Le vieil honneur de l’une, et l’autre Lire71.

  • 72 « Je ne cerche point les Applaudissemens populaires. Il me suffist pour tous lecteurs avoir un S. G (...)

31Ces deux énumérations et cet isolement final de Ronsard font un écho partiel à la liste non close de poètes contemporains de la fin de l’avis « Au lecteur » des Cinquante sonnetz à la louange de l’Olive de 154972. Grâce au laurier, Pétrarque – on l’a vu – était présent dès le dernier vers du premier sonnet. Le laurier mais aussi la mention de l’Arno, fleuve florentin, reviennent dans le sonnet dédié à Scève :

  • 73 J. Du Bellay, Ol., sonnet 105, v. 9-10.

L’Arne superbe adore sur sa rive
Du sainct Laurier la branche tousjours vive73.

  • 74 Le syntagme « divins esprits » prendra une valeur spectrale à l’incipit du premier sonnet des Antiq (...)
  • 75 J. Du Bellay, Ol., sonnet 105, v. 11, et pour les vers cités ensuite, 5-8.

32Scève, « Esprit divin »74, est identifiable par le nom de Délie qui forme aussi le titre de son recueil75. Il est loué comme un « Cigne nouveau » mais aussi par prétérition dans le second quatrain :

Si de ton bruit ma Lire enamourée
Ta gloire encor’ ne va point racontant,
J’aime, j’admire, et adore pourtant
Le hault voler de ta plume dorée.

  • 76 J. Du Bellay, OC, II, p. 464.
  • 77 J. Du Bellay, Ol., sonnet 106, v. 1.
  • 78 « Au lecteur : […] voulant satisfaire à l’instante requeste de mes plus familiers amis, je m’osay b (...)
  • 79 J. Du Bellay, Ol., sonnet 65, v. 10.

33Cet envol, comme le remarque Olivier Millet, « peut symboliser ici la transplantation de la poésie pétrarquiste d’Italie en France, en plus (comme dans le modèle italien) de la gloire universelle »76. Le sonnet suivant s’adresse à Ronsard. L’incipit reprend le mot « esprit » : « Ô noble esprit des Graces allié »77. Ronsard est explicitement loué dans l’épître liminaire de L’Olive augmentée78 par une formule (« son vif esprit ») déjà utilisée pour décrire Olive79 qui se retrouve inversée, limitée et complétée (« mon esprit vif et mourant ») dans un sonnet où Du Bellay se plaint d’un aveuglement dont il ne serait pas coupable, de la sanction injuste qui se substitue au loyer attendu et de sa « serve pensée » :

  • 80 Ibid., sonnet 40, v. 5-14.

Si mon esprit vif dehors, et mourant
Dedans le cloz de sa propre demeure,
Vous contemplant, permet bien que je meure
Pour estre en vous, plus qu’en moy, demeurant,
Bien est le mal et violent, et fort,
Dont la doulceur coulpable de ma mort
Me faict aveugle à mon prochain dommage.
Cruel tyran de la serve pensée,
De ce loyer est donq’ recompensée
L’ame qui faict à son seigneur hommage80.

  • 81 La définition du cœur dans les sonnets chrétiens est fidèle à la doctrine : « Le cœur fidele est de (...)

34Ce soulignement du « vif esprit » ou du « noble esprit » de Ronsard contraste aussi avec les désignations que Du Bellay s’applique dans les sonnets chrétiens. Il se qualifie d’esprit ennuyé ou dormant, doté d’un cœur dévoyé, dans ce sonnet de prière rythmé par les verbes en tête de vers et qui sollicite une nouvelle ardeur, celle de la foi81 :

  • 82 Ibid., sonnet 108, v. 1-4, 7, 9-11.

Ô seigneur Dieu, qui pour l’humaine race
As esté seul de ton pere envoyé !
Guide les pas de ce cœur devoyé,
L’acheminant au sentier de ta grace. […]
Console donq’ cet esprit ennuyé,
[…] Vien, et le braz de ton secours apporte
A ma raison, qui n’est pas assez forte,
Vien eveiller ce mien esprit dormant82.

  • 83 Ibid., sonnet 106, v. 14. Voir G. Gorni, « I tempi dell’Olive », Italique, VI, 2003, p. 79-105, par (...)
  • 84 Ibid., sonnet 115, v. 4, et sonnet 60.

35Ronsard est présent dans trois sonnets au moins. Dans le premier vers du sonnet 60, il est nommé « Divin Ronsard ». D’une part, Du Bellay le désigne comme le « harpeur », mot présent dans Le Premier livre des Odes (1550) et, d’autre part, il réemploie en hommage à son ami deux images du même texte. Ronsard est encore identifiable plus loin par sa Cassandre dans un sonnet où Du Bellay le sollicite (« Inspire moy les tant doulces fureurs ») et annonce prophétiquement83 les Amours de 1552. Dans la pièce ultime, c’est la mention du Vendômois, sa petite patrie qui se substitue au Loir84. De façon plus secrète, il est enfin cité au dernier vers du recueil en même temps qu’est réaffirmée la gloire durable de Pétrarque dans un octosyllabe que Du Bellay allonge par l’ajout de « toujours » : « Jusqu’à l’egal des lauriers vers » devient :

  • 85 P. de Ronsard, Odes, III, v. 14 et J. Du Bellay, Ol., sonnet 115, v. 14.

Jusqu’à l’égal des lauriers tousjours verds85.

36Ce dernier vers peut recevoir plusieurs interprétations : il exprime un vœu comme si la louange d’Olive (et la rivalité avec Pétrarque) était à poursuivre dans une seconde continuation ; on peut le lire aussi comme un signe de gratitude envers l’ami parfait qui montre le chemin et il forme enfin écho avec le premier sonnet, métapoétique lui aussi, qui voulait rendre le rameau honoré par Athènes :

Egal un jour au Laurier immortel.

  • 86 Vasquin Philieul, Laure d’Avignon [Paris, J. Gazeau, 1548], Paris, Actes Sud-Papiers (Les Originaux (...)

37De « vertes branches » et de « verdoyans rameaulx » ferment encore la traduction française partielle de Pétrarque que Vasquin Philieul dédia à C. de Médicis en 1548 sous le nom de Laure d’Avignon et que J. Du Bellay ne pouvait ignorer86.

  • 87 P.Galand-Hallyn, « Les “fureurs plus basses” de la Pléiade », in Prophètes et prophéties au XVIe si (...)
  • 88 « Là je pendray en un tableau sacré / A ton sainct nom, une riche peincture, / Ou je feray de vers (...)
  • 89 La couleur est « l’ornement textuel et la tonalité ou l’orientation spécifique que l’on confère à u (...)
  • 90 J. Du Bellay, « Au seigneur I. de Morel », Deux livres de l’Eneide de Virgile [Paris, F. Morel, 156 (...)

38Interrogeant son cœur et son âme dans un recueil amoureux, Du Bellay offre à Marguerite de France un itinéraire poétique qui fait une place à la pensée mythique et allégorique et à la méditation spirituelle mais aussi, dans le même temps, aux voix poétiques anciennes ou contemporaines qui illustrent la poésie comme pensée. Le recueil érotique « se révèle finalement et avant tout, plus qu’une aventure psychologique dont la réalité n’a finalement guère d’importance, un métadiscours du poète sur son écriture »87 essentiellement profane. Certes il explore les moyens de représenter l’âme sensitive (le cœur) en tant que celle-ci perçoit et désire. Toutefois, la perception des beautés de la femme aimée est rapportée à l’impuissance du poète à les dire ou à son impuissance à combattre leurs effets en lui. Divers éléments de la nature ne sont que des comparants, ne signifient qu’une absence, ne représentent hyperboliquement qu’une intériorité. Jusqu’aux fleuves, ces métonymies de la patrie des poètes et des métaphores de l’inspiration et jusqu’aux rameaux d’olive qui symbolisent sa gloire. L’hypallage et l’allégorie contribuent à construire une représentation décevante, dérisoire ou irritée du lien amoureux accusé de produire un « esprit ennuyé » et une « serve pensée » contrastant avec l’esprit « divin » ou « noble » de Scève et de Ronsard. Ajoutant presque « mile vers »88 et en ôtant huit du recueil de 1549, il éclaircit son projet en l’adressant autrement. Il fallait que ses vers, « emaillez de plus de cent couleurs » par les Grâces dans le sonnet liminaire, représentent la variété de ses tentatives dans les sonnets mais aussi sa mémoire poétique et enfin, la variété des ornements et des tonalités89. La poésie est alors le but et le moyen de l’investigation à un moment où la Réforme invite à l’examen de soi et, dans cette analogie mythologique désignant l’intériorité, « ce seul plaisir, demeuré le dernier en moy, comme l’esperance en la boëte de Pandore »90.

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Notes

1 Marguerite de France (1523-1574), fille de François Ier et de Claude de France, sœur du roi Henri II. Par l’épître liminaire du 23 octobre 1549 où il évoque la « bénigne grace » avec laquelle elle l’a reçu, Du Bellay lui a dédié le Recueil de poésie (Œuvres poétiques, III [1912], H. Chamard (éd.), Paris, Nizet, 1983, p. 58, référence désormais abrégée en OP). Sur cette nièce de Marguerite de Navarre, on peut consulter les articles de C. Béné, J.-C. Margolin, R. Pillorget et A. Stegmann, in Culture et pouvoir au temps de l’humanisme et de la Renaissance, L. Terreaux (éd.), Paris – Genève, Champion – Slatkine, 1978. Voir aussi I. Garnier-Mathez, « Entre pétrarquisme et néoplatonisme : réminiscences évangéliques dans L’Olive », Cahiers Textuel, no 31, 2008, p. 107-126 et F. Rouget, « Marguerite de Berry et sa cour en Savoie d’après un album de vers manuscrits », Revue d’histoire littéraire de la France, no 106, 2006, p. 3-16. J. Du Bellay, Œuvres complètes, II, O. Millet (dir.), Paris, Champion, 2003, p. 366, p. 378 et p. 420-421 (référence désormais abrégée en OC, II).

2 Le déterminant subsiste. L’olive désigne le rameau d’olivier, présent dans l’un des deux emblèmes de M. de France.

3 « Quand j’ecrivoy’ ces petiz ouvraiges poetiques […] me suffisoit qu’ilz fussent aggreables à celle qui m’a donné la hardiesse de m’essayer en ce genre d’ecrire, à mon avis encore aussi peu usité entre les François, comme elle est excellente sur toutes, voyre quasi une Deesse entre les femmes » (J. Du Bellay, L’Olive, E. Caldarini (éd.), Genève, Droz, 2007, p. 353-354 [la référence à ce volume incluant la Deffence et illustration, J.-C. Monferran (éd.), est désormais abrégée en Ol.]). La suite de l’épître évoque « la permission de celle qui est et sera mon Laurier, ma Muse, et mon Apolon » (p. 355).

4 J. Rousset, L’Intérieur et l’Extérieur. Essais sur la poésie et sur le théâtre au XVIIe siècle, Paris, J. Corti, 1976, p. 14. L’adoration de la beauté vient du Phèdre (250 e-251 a) de Platon via le néoplatonisme.

5 Sur ses prédécesseurs, J. Du Bellay, Ol., p. 223.

6 J. Du Bellay, OC, II, p. 465-470.

7 I. Garnier-Mathez, « Entre pétrarquisme et néoplatonisme… ». Pour le commentaire du sonnet 112 imité de Veronica Gambara, voir p. 114-117.

8 J. Du Bellay, Œuvres de l’invention de l’autheur [1552], in OP, IV [1919], 1983, p. 137-144 ; G. Gadoffre, Du Bellay et le sacré, Paris, Gallimard, 1978, p. 38-44. La satire des poètes pétrarquistes (« J’ay oublié l’art de pétrarquizer ») est publiée en 1553 et remaniée en 1558, OP, IV, p. 205-215 et OP, V, p. 69-77.

9 J. Du Bellay, Ol., p. 230, 235, 236, 237.

10 O. Pot rappelle ainsi que Scaliger oppose le poète qui parle ex persona ficta quand il met en scène l’énonciation de ses personnages et celui qui parle en son nom propre lorsqu’il explique ou raconte ses sentiments (affectus) qui viennent de son tempérament (ingenium) (« Les Amours de 1552-1553 ou la tentation du monodrame lyrique », in Les Fruits de la saison. Mélanges de littérature des XVIe et XVIIIe siècles offerts au Professeur André Gendre, P. Terrier, L. Petris et M.-J. Liengme (éd.), Genève, Droz, 2000, p. 177-193).

11 Voir les sonnets 5, 7, 10, 15, 19, 22, 23, 26, 29, 33, 35 (2 occ.), 38 (2 occ.), 42, 44, 46 (2 occ.), 48, 50, 51, 55 (2 occ.), 56, 61, 63, 67, 69, 70, 72 (3 occ.), 76, 94, 104, 106, 108, 111. Le cœur d’Olive est mentionné dans les sonnets 67 (« froid cœur ») et 91. Les autres occurrences ne renvoient explicitement ni au sujet lyrique ni à Olive.

12 Par exemple sur les localisations cérébrales : M.-L. Demonet, « Le lieu où l’on pense, ou le désordre des facultés », in Ordre et désordre dans la civilisation de la Renaissance, G.-A. Pérouse (éd.), Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 1996, p. 25-47.

13 Le mot latin psychologia apparaît chez Freigius, Ciceronianus, Bâle, S. Henricpetri, 1575, et a été signalé dans le titre du traité non retrouvé de Marko Marulić (Marcus Marulus, 1450-1524) selon J. Starobinski, « La découverte de la psychologie », in L’époque de la Renaissance (1400-1600), T. Klaniczay, E. Kushner, A. Stegmann (dir.), Amsterdam – Philadelphie, J. Benjamins, 2000, vol. 4 (1560-1610), p. 329. Voir le tableau de la « tripartition » classique de l’âme, p. 331. Voir aussi P. Mengal, « La constitution de la psychologie comme domaine du savoir aux XVIe et XVIIe siècles », Revue d’histoire des sciences humaines, no 2, 2000, p. 5-27 ; K. Park et E. Kessler, « The Concept of Psychology », in The Cambridge History of Renaissance Philosophy, C.B. Schmitt et Q. Skinner (éd.), Cambridge, Cambridge University Press, 1988, p. 455 sq.. Les penseurs de la Renaissance mettent l’accent sur la cognition, l’émotion et la volonté mais aussi sur la physiologie. Sur le vocabulaire utilisé autour de 1550, voir J. Céard, « Sens, cœur, raison, mémoire dans Délie : la “psychologie” de Scève », Cahiers Textuel, no 3, 1987, Lire Maurice Scève, p. 15-25. Il va de soi que la discipline psychologie n’apparaît que bien plus tard et qu’il s’agit ici d’une physio-psychologie.

14 J. Du Bellay, Ol., sonnet 65, v. 10.

15 Outre l’éloge du vif esprit (sonnet 65, v. 10) : « Voy ses ecriz, oy son divin sçavoir, / Qui mieulx au vif l’esprit te fera voir » (sonnet 74, v. 12-13). Ou cette énumération : « en esprit, en faconde, et mémoire » (sonnet 18, v. 6).

16 Humble : « l’humble prestre des Muses » (sonnet 114, v. 4) ; « Par humbles vers (sans fruit) ingenieux » (sonnet 97, v. 14).

17 J. Du Bellay, Ol., sonnet 8, v. 14.

18 Ibid., sonnet 45, v. 12.

19 Selon M. Deguy, le recueil proposerait d’innombrables scénarios ou mises en scène de l’intériorité toujours sur le mode de l’expropriation, Tombeau de Du Bellay, Paris, Gallimard, 1973, p. 31. Du Bellay est « rejeté à l’espace par ex-propriation » (p. 30-31) et évoque son « propre, lent et invincible dépouillement » de « ce qui était à [lui] », de « [s]on espoir ».

20 F. Rigolot, « Du Bellay et la poésie du refus », Bibliothèque d’Humanisme et Renaissance, XXXVI, 3, 1974, p. 489-502.

21 J. Du Bellay, Ol., sonnet 45, v. 9-11.

22 Ibid., sonnet 84, v. 1-4.

23 Ibid., sonnet 41, v. 1 et 9-10. Sur ce sonnet 41, G. Polizzi, « Les poétiques du paysage dans L’Olive », Cahiers Textuel, no 31, p. 135 ; sur l’équivalence entre microcosme et macrocosme dans les sonnets 48 et 2, voir les p. 127-128 et 132. Le substantif penser est scévien, Délie, d. 348.

24 J. Du Bellay, Ol., sonnet 48, v. 12-14.

25 Sauf quand elle répercute les paroles d’Olive au sonnet 79, v. 13-14 : « Echo respond à sa divine voix, / Qui faict mourir les hommes, et les Dieux ». Cf. la périphrase de la « voix repercussive » pour désigner Echo dans des vers plus courts rapprochant les rimes et donc les échos sonores et l’emploi de « sembler », J. Du Bellay, Vers lyriques, OP, III, Ode IX, « Chant du désespéré », p. 39, v. 49-54 : « La voix repercussive / En m’oyant lamenter / De ma plainte excessive / Semble se tormenter, / Car cela que j’ay dit / Tousjours elle redit ».

26 J. Du Bellay, Ol., sonnet 24, v. 1-4.

27 J. Du Bellay, Recueil de poesie, OP, III, « Vers liriques », Ode IX, p. 122, v. 38-44.

28 Toutefois, à la fin de cette même section des « Vers liriques », la dernière pièce joue plaisamment avec la répétition des deux dernières syllabes ou de la dernière syllabe des v. 4-13 pour former un discret discours en écho. Chaque mot de l’écho répond laconiquement à la question posée par le vers comme si la réponse était dans la question (« Dialogue d’un amoureux et d’Echo », OP, III, p. 148-149).

29 Exemple d’impossibilia : « Quand la fureur, qui bat les grandz coupeaux, / Hors de mon cœur l’Olive arachera, / Avec le chien le loup se couchera, / Fidele garde aux timides troupeaux » (sonnet 76, 1-4). Exemple de comparaison à l’avantage de l’amant : « Bref, ce que d’elle on peult ou voir, ou croyre, / Tout est divin, celeste, incomparable : / Mais j’ose bien me donner ceste gloyre, / Que ma constance est trop plus admirable » (sonnet 7, v. 11-14).

30 J. Du Bellay, Ol., sonnet 35, v. 5.

31 Ibid., sonnet 69, v. 1-4.

32 P. de Ronsard, Les Amours, leurs commentaires (1553), C. de Buzon et P. Martin (éd.), Paris, Didier-Erudition, 1999, p. 15-16.

33 J. Du Bellay, Ol., sonnet 60, v. 12-14.

34 « Mon corps est libre, et d’un etroit lien / Je sen’ mon cœur en prison retenu » (ibid., sonnet 26, v. 10).

35 Ainsi, dans la revendication désespérée et fantaisiste d’une multiplication monstrueuse de la langue et des yeux : « Tu me devois cent langues, et cent yeux, / Pour admirer, et louer cete là » (ibid., sonnet 20, v. 11-12).

36 Ibid., sonnet 52, v. 13.

37 Ibid., sonnet 4, v. 12-14.

38 Aimer sans être aimé revient à ne vivre nulle part : « Il y a deux espèces d’amour : l’un l’amour simple, l’autre l’amour réciproque. Il y a amour simple quand l’aimé n’aime pas l’amant. […] celui qui aime sans être aimé ne vit nulle part. C’est pourquoi l’amant qui n’est pas aimé est complètement mort, et il ne revivra jamais, à moins que l’indignation le ressuscite. Par contre, quand l’aimé répond à l’amour, l’amant vit au moins en lui. Il y a là certainement quelque chose d’admirable » (M. Ficin, Commentaire sur Le Banquet de Platon, 2e discours, ch. VIII, R. Marcel (trad.), Paris, Les Belles Lettres, 1978, p. 156).

39 J. Du Bellay, Ol., sonnet 94, v. 5-11.

40 Respectivement sonnet 4 et sonnet 55, v. 13.

41 N. Lombart, « Du Bellay et la colère d’Achille », Cahiers Textuel, no 31, p. 78 et 83.

42 Ire est à la rime : sonnet 23, v. 5 et sonnet 81, v. 9-10. Dans le sonnet 81, l’ire du regard foudroie le poète et l’« abisme au fond de l’eternelle nuit » alors même que le rire était promesse de félicité : « Celle, qui tient l’aele de mon desir, / Par un seul ris achemine ma trace / Au paradis de sa divine grace, / Divin sejour du Dieu de mon plaisir » (sonnet 81, v. 1-4). Cf. « Ce chant divin, qui les ames rapelle, / Ce chaste ris, enchanteur de ma peine, / Ce corps, ce tout, bref cete plus qu’humeine / Doulce beauté si cruellement belle » (sonnet 65, v. 5-8).

43 J. Du Bellay, Ol., sonnet 37, v. 1 (« fiere beauté ») ; sonnet 71, v. 1 (« crespe honneur ») ; sonnet 82, v. 3 (« trace fugitive »).

44 C. Alduy, Politique des Amours, Genève, Droz, 2007, p. 233, sur les échos lexicaux aux sonnets 54 (pleurs, soupirs) et 56 (rigueur). La quarantaine d’occurrences du mot pleurs est par ailleurs attestée par le concordancier.

45 J. Du Bellay, Ol., sonnet 58, v. 8.

46 Ibid., v. 12-14.

47 Sur ces couleurs, A. Gendre, « Lumière et couleurs dans L’Olive », Cahiers Textuel, no 31, p. 150.

48 Guillaume de Machaut, « Lay d’Esperance », Le livre du voir dit : le dit véridique, P. Imbs et J. Cerquiglini-Toulet (éd.), Paris, Le Livre de Poche (Lettres gothiques ; 4557), 1999.

49 Ainsi, l’« Epistre du despourveu à Ma Dame la Duchesse d’Alençon », dialogue mettant en scène Mercure, à la fois le Dieu de l’éloquence, le roi François Ier et le Christ ; l’autheur ; Crainte ; Bon Espoir : C. Marot, Œuvres poétiques complètes, G. Defaux (éd.), Paris, Garnier, 1996, t. I, p. 72-77. E. Berriot-Salvadore, « Le “pèlerinage de vie humaine” de Clément Marot », Loxias, 15, mis en ligne le 14 décembre 2006. D. Poirion, Le poète et le prince. L’évolution du lyrisme courtois de Machaut à Charles d’Orléans, Paris, PUF, 1965.

50 Cette représentation de la Crainte s’oppose au couard qui s’enfuit dans le discours Des vertus intellectuelles et moralles de Ronsard, Œuvres complètes, II, J. Céard, D. Ménager et M. Simonin (éd.), Paris, Gallimard (La Pléiade), 1994, p. 1190.

51 Certaines rimes du sonnet 56 (cœur, vainqueur, rigueur et vigueur) se retrouvent au sonnet 63 (« Ma plus grand’ force estoit retraicte au cœur ») et, à une variante près (liqueur) au sonnet 67. Réduites au couple cœur / vainqueur aux sonnets 39, v. 9-10 ; 41, v. 1-4 ; 70, v. 9-11, ces rimes sont fréquentes aussi dans les Amours de Ronsard qui proposent vainqueur, cœur, malheur et douleur dès le sonnet 1 (voir aussi les sonnets 26, 35, 41, etc.).

52 J. Du Bellay, Ol., sonnet 72, v. 1-2. Cf. « Mon cœur tout blanc est pour vous ordonné » (sonnet 72, v. 4). F. Rigolot oppose ce sonnet 72 au sonnet 61 (« l’obscur de vostre voile ») et note l’autre anagramme (sonnet 81 : « la voile »), Poétique et onomastique, Genève, Droz, 1977, p. 151.

53 S. Perrier, « Le regard allégorique dans les sonnets romains de J. Du Bellay », Elseneur, no 12, 1998, Joachim Du Bellay, p. 9-21.

54 J. Du Bellay, Deffence, I, 5, (Ol., p. 87).

55 « La Fraude et le faulx Conseil / Et la Discorde suyvie / D’Ambition & d’Orgueil […] » (J. Du Bellay, OP, IV, p. 7, v. 97-108).

56 J. Du Bellay, Ol., sonnet 92, v. 12-13.

57 Ibid., sonnet 37, v. 4-8.

58 Des sarcasmes sur la faiblesse, la sottise et la folie du poète se lisent à trois reprises dont une seconde fois dans des parenthèses. Outre celle citée du sonnet 37 : « Las moy chetif ! » (ibid., sonnet 90, v. 9) ; « Pourquoy suis-tu (ô penser trop peu sage !) / Ce, qui te nuist ? pourquoy vas-tu sans guide, / Par ce chemin plein d’erreur variable ? » (ibid., sonnet 43, v. 9-11).

59 « Qu’en moy (Amour) ne durent tes doulx feux, / Je ne le puys et pouvoir ne le veulx » (ibid., sonnet 22, v. 9-10).

60 R. Gorris, « Sous le signe de Pallas », in L’Olive de J. Du Bellay (Actes des séminaires d’analyse textuelle Pasquali ; Lucelle, 1-4 déc. 2005), R. Campagnoli, E. Lysoe et A. Soncini Fratta (éd.), Bologne, Casa Editrice Clueb (Bussola, atti di ricerche, seminari, convegni ; 34), 2007, p. 165-229 (référence désormais abrégée en Sém. Pasquali).

61 J. Du Bellay, Ol., sonnet 1, v. 4-8.

62 Ibid., p. 106. Cf. les « bestes masquées » de la Deffence (Ol., p. 237) qui annoncent le « méchant populaire […] faulx peuple ignorant » du sonnet 114.

63 N. Lombart, « Du Bellay et la colère d’Achille », p. 65-88.

64 J. Du Bellay, Ol., sonnet 114, v. 3-4.

65 Horace, Carmina, III, I, 3-4 et J. Du Bellay, Deffence, II, 11 : « fuyr ce peuple ignorant, peuple ennemy de tout rare et antique savoir ».

66 J. Du Bellay, Brieve exposition de quelques passaiges poëtiques […], Recueil de poésie, Paris, G. Cavellat, 1549, p. 75-76 (Gallica), passage cité par H. Chamard, OP, III, p. 85, n. 3, à propos du vers du « Chant triumphal » : « De voz grandeurs le prestre je seray ». Le commentaire de J. Proust, souvent insuffisant, ne fut pas repris dans les éditions ultérieures.

67 O. Millet, « Présence de Virgile dans L’Olive de Du Bellay », in Les Fruits de la saison…, p. 105-118. Cette étude fournit un relevé et l’analyse de plusieurs sonnets dont les sonnets 45 ; 59 (forêt et « catabase infernale et glorieuse ») ; 70 (présence de Virgile et de Pétrarque) ; 90.

68 Ibid., p. 114 pour les deux citations.

69 J. Du Bellay, Ol., sonnet 90, v. 9-14.

70 Sur ce point, outre les éditions de L’Olive, voir le Sém. Pasquali : G. Polizzi, « Les voiles d’Alcine : la dramaturgie de L’Olive à la lumière du Roland Furieux », p. 103-144 et O. Millet « Les modèles poético-éditoriaux du recueil de L’Olive », p. 145-164.

71 J. Du Bellay, Ol., sonnet 62.

72 « Je ne cerche point les Applaudissemens populaires. Il me suffist pour tous lecteurs avoir un S. Gelays, un Heroët, un de Ronsart, un Carles, un Sceve, un Bouju, un Salel, un Martin, & si quelques autres sont encor’ à mettre en ce ranc. A ceulx la s’addressent mes petiz ouvrages. Car s’ilz ne les approuvent, je suis certain pour le moins qu’ilz louront mon entreprinse » (J. Du Bellay, OC, II, p. 12, l. 42-47).

73 J. Du Bellay, Ol., sonnet 105, v. 9-10.

74 Le syntagme « divins esprits » prendra une valeur spectrale à l’incipit du premier sonnet des Antiquités de Rome. L’épithète divin est aussi à l’incipit du Vœu liminaire des Amours de Ronsard (« Divin troupeau »), du sonnet 30 où Ronsard s’adresse à un songe messager (« Ange divin ») et du sonnet 58 (« Divin Bellai ») qui répond au sonnet 60 de L’Olive.

75 J. Du Bellay, Ol., sonnet 105, v. 11, et pour les vers cités ensuite, 5-8.

76 J. Du Bellay, OC, II, p. 464.

77 J. Du Bellay, Ol., sonnet 106, v. 1.

78 « Au lecteur : […] voulant satisfaire à l’instante requeste de mes plus familiers amis, je m’osay bien avanturer de mettre en lumiere mes petites poësies : apres toutesfois les avoir communiquées à ceux que je pensoy’ bien estre clervoyans en telles choses, singulierement à Pierre de Ronsard, qui m’y donna plus grande hardiesse, que tous les autres : pour la bonne opinion que j’ay tousjours eue de son vif esprit, exact sçavoir, et solide jugement en nostre poësie françoise » (J. Du Bellay, OP, II, p. 152, l. 44-52).

79 J. Du Bellay, Ol., sonnet 65, v. 10.

80 Ibid., sonnet 40, v. 5-14.

81 La définition du cœur dans les sonnets chrétiens est fidèle à la doctrine : « Le cœur fidele est de Dieu le sainct temple » (ibid., sonnet 107, v. 9) ; « Toy, qui du cœur les abismes congnois » (ibid., sonnet 109, v. 5).

82 Ibid., sonnet 108, v. 1-4, 7, 9-11.

83 Ibid., sonnet 106, v. 14. Voir G. Gorni, « I tempi dell’Olive », Italique, VI, 2003, p. 79-105, particulièrement p. 93.

84 Ibid., sonnet 115, v. 4, et sonnet 60.

85 P. de Ronsard, Odes, III, v. 14 et J. Du Bellay, Ol., sonnet 115, v. 14.

86 Vasquin Philieul, Laure d’Avignon [Paris, J. Gazeau, 1548], Paris, Actes Sud-Papiers (Les Originaux), 1987, chant XXIV, p. 118 et vo.

87 P.Galand-Hallyn, « Les “fureurs plus basses” de la Pléiade », in Prophètes et prophéties au XVIe siècle, Paris, Presses de l’ENS (Cahiers V.L. Saulnier ; 15), 1998, p. 177.

88 « Là je pendray en un tableau sacré / A ton sainct nom, une riche peincture, / Ou je feray de vers une ceinture, / De mile vers, s’ilz te viennent à gré » (J. Du Bellay, Ol., sonnet 86, v. 4-8). Ce sonnet de vœu laisse envisager une continuation de L’Olive augmentée si la condition est remplie. Ronsard semble y répondre : « Plus haut encor que Pindare ou qu’Horace, / J’appenderois à ta divinité / Un livre enflé de telle gravité / Que Du bellai lui quitteroit la place » (Amours, sonnet 73, v. 5-8).

89 La couleur est « l’ornement textuel et la tonalité ou l’orientation spécifique que l’on confère à un discours », P. Galand-Hallyn, « Pourquoi les roses sont rouges : la couleur du mythe d’Aphtonius à Ronsard », in Les Fruits de la saison…, p. 153, n. 2, citant H. Lausberg, Handbuch des literarischen Rhetorik, 3e éd., Stuttgart, F. Steiner Verlag, 1990, § 329 et 1061.

90 J. Du Bellay, « Au seigneur I. de Morel », Deux livres de l’Eneide de Virgile [Paris, F. Morel, 1560], OP, VI, p. 248.

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Pour citer cet article

Référence papier

Christine de Buzon, « Cœur, âme, esprit dans L’Olive augmentée de Du Bellay »Elseneur, 25 | 2010, 195-212.

Référence électronique

Christine de Buzon, « Cœur, âme, esprit dans L’Olive augmentée de Du Bellay »Elseneur [En ligne], 25 | 2010, mis en ligne le 15 avril 2024, consulté le 23 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/elseneur/766 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/elseneur.766

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Auteur

Christine de Buzon

Université de Limoges

Christine de Buzon, ancienne élève de l’ENS de Fontenay et agrégée de lettres modernes, est maître de conférences de littérature française du XVIe siècle à l’université de Limoges. Thèse sur Helisenne de Crenne (Tours, CESR, 1990). Membre de l’EA 1087 (Espaces humains et interactions culturelles). Publications : édition des Angoisses douloureuses qui procèdent d’amours (1538) d’Helisenne de Crenne (Paris, Champion, 1997) ; édition des Amours commentées (1553) de Pierre de Ronsard et Marc-Antoine Muret en collaboration avec Pierre Martin (Paris, Didier-Erudition, 1999) ; actes du colloque Jean Dorat en collaboration avec Jean-Eudes Girot (Genève, Droz, 2007) ; articles sur la littérature de la Renaissance. Elle termine actuellement l’édition du Livre II d’Amadis de Gaule et celle de Regulus, tragédie (1582) de Jehan de Beaubreuil et prépare deux ouvrages sur le roman.

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