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Formes et genres

La représentation de la vie psychique dans l’œuvre d’Annie Ernaux : le Journal du dehors

Representations of inner life in Annie Ernaux’s oeuvre: Journal du dehors (Exteriors)
Gwenaëlle Ledot
p. 145-158

Résumés

La fragmentation et l’éclatement caractéristiques des « journaux du dehors » (La vie extérieure, Journal du dehors) rendent complexe l’appréhension de la vie psychique dans cette partie de l’œuvre d’Annie Ernaux : diversité énonciative, mélange des genres et recherche des formes apparaîtront comme les premiers principes de l’écriture. Si la recherche générique livre quelques clés quant aux cadres de la représentation, elle met également en lumière un recours permanent et explicite à des intertextes privilégiés. Là se déploie un mouvement d’extraversion qui sera l’un des moteurs de l’écriture. A quelles conditions la vie psychique devient-elle vie extérieure ? La pratique du déchiffrement, qui devient une constante de l’œuvre, s’exerce sur les signes du Moi comme sur les signes de l’Autre. Trois notions – désir, réalité, signe – s’imposent alors à l’analyse comme concepts directeurs, guides du projet d’Annie Ernaux.

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Texte intégral

1La question de la représentation de la vie psychique dans l’œuvre d’Annie Ernaux se heurte à l’éclatement du Moi : un Moi repris sans relâche dans les textes qui se succèdent, remâché et réécrit, dispersé dans les figures de la mère, du père ou de l’amant, sans autre unité apparente que l’instance narrative.

  • 1 A. Ernaux, Journal du dehors, Paris, Gallimard, 1993 ; Je ne suis pas sortie de ma nuit, Paris, Gal (...)
  • 2 Annie Ernaux, une œuvre de l’entre-deux (Actes du colloque international d’Arras, 2004), études réu (...)
  • 3 Voir notamment F. Simonet-Tenant, Le journal intime, genre littéraire et écriture ordinaire, Paris, (...)

2Soi et les autres : la dispersion et la fragmentation sont patentes dans cette part de l’œuvre ernausienne unie par la dénomination « journaux du dehors ». Ainsi, les deux textes La vie extérieure et Journal du dehors, sur lesquels nous centrerons notre analyse, répondent en miroir aux « journaux du dedans » que sont Se Perdre et Je ne suis pas sortie de ma nuit1. Cette oscillation permanente caractérise une « œuvre de l’entre-deux », comme l’a joliment nommée Fabrice Thumerel2, où l’écriture prend fonction de relier / relire le vécu, ou encore : le Moi et les autres, l’intime et l’extime, la littérature et la réalité3. La représentation du Moi vise donc ici un Moi scindé, un Moi transfuge, un Moi de l’entre-deux, et qui se revendique tel. Mais au-delà de ce Moi clivé, fragmenté, qui trouve une dispersion ultime dans les éclats textuels du Journal du dehors, l’on perçoit aisément l’extraordinaire force et unité du projet qui semble le transcender : orienté résolument vers la praxis, défini tour à tour par l’auteur comme acte politique et don sacrificiel.

  • 4 A. Ernaux, Journal du dehors, p. 9.

3À quelles conditions alors la vie psychique devient-elle vie extérieure ? À quel moment la forme même du journal intime s’inverse-t-elle pour devenir, mais non exclusivement, « altrospection » ? Que doit-on comprendre, dans ce cadre, de la citation de Rousseau choisie comme épigraphe du Journal du dehors : « Notre vrai Moi n’est pas tout entier en nous »4 ? Illustration du mélange des genres et des champs, de l’autobiographie et du journal, mixte des sciences humaines et de la littérature, l’« ethnotexte » ernausien suscite nombre d’interrogations qui, peut-être, trouveront quelques pistes de résolution dans ses intertextes.

4La notion de signe, du signe sociologique au signe littéraire, apparaît au centre de cette problématique et nous formulerons l’hypothèse que la représentation de la vie psychique s’inscrit dans un maillage complexe appuyé sur trois concepts : désir, vérité et signe. Triangulation pouvant être comprise comme matrice textuelle des journaux extimes d’Annie Ernaux.

Le cadre de la représentation, à la croisée des genres

5Dans ce brouillage transdisciplinaire, cette indétermination générique qui semble caractériser l’œuvre d’Annie Ernaux, quel cadre pour la représentation ?

  • 5 Sur le journal, genre métatextuel, voir F. Simonet-Tenant, Le journal intime, genre littéraire…, p. (...)

6Le Journal du dehors et La vie extérieure participent d’une recherche générique constante chez l’auteur ; recherche dont la complexité est redoublée par l’abondance du commentaire métatextuel5 :

  • 6 A. Ernaux, Journal du dehors, p. 18-19.

J’ai acheté Marie-Claire à la gare de la Ville Nouvelle. L’horoscope du mois : « Vous allez rencontrer un homme merveilleux ». Plusieurs fois dans la journée je me suis demandé si l’homme à qui j’étais en train de parler était celui-là.
En écrivant cette chose à la première personne, je m’expose à toutes sortes de remarques, que ne provoqueraient pas « elle s’est demandé si l’homme à qui elle était en train de parler n’était pas celui-là ». La troisième personne, il / elle, c’est toujours l’autre, qui peut bien agir comme il veut. « Je », c’est moi, lecteur, et il est impossible – ou inadmissible – que je lise l’horoscope et me conduise comme une midinette. « Je » fais honte au lecteur6.

  • 7 I. Charpentier citée par F. Thumerel, Annie Ernaux, une œuvre de l’entre-deux, p. 14-15.

7Cet extrait du Journal du dehors illustre un parti pris de réflexivité permanente, manifesté notamment par la multiplication des parenthèses explicatives : le commentaire tend à « l’auto-construction et l’auto-orientation de la réception »7, à la nécessité violemment ressentie d’un guidage fort et contraignant du lecteur ; exigence qu’on ne peut dissocier d’une quête de transparence dans la représentation et dans le projet.

8Cette recherche des formes, dans sa dimension textuelle et métatextuelle, renvoie alternativement à l’autobiographie et au journal intime. Du journal intime, Annie Ernaux retient surtout la finalité :

  • 8 A. Ernaux, L’écriture comme un couteau. Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet, Paris, Stock, 2003, p (...)

Un journal […] est la saisie du vécu dans l’instant, quelque chose comme l’effort pour se souvenir du présent, selon le vœu de Jules Renard, qui écrit dans son journal, « le vrai bonheur serait de se souvenir du présent »8.

9Si le journal est caractérisé comme lien préférentiel au présent, sa finalité est clairement de « rendre compte » et de « garder une trace ». Puisqu’écrire, c’est sauver, la notion de trace mémorielle sera essentielle dans le processus d’écriture.

  • 9 Ibid., p. 39.

10Plusieurs événements-clés et autobiographiques trouvent donc une double représentation, dans des cadres formels différents : ainsi en est-il de la passion amoureuse pour un diplomate russe, représentée une première fois dans Se perdre (journal intime « brut ») et une seconde dans Passion simple (qualifié par Annie Ernaux de « roman autobiographique »). De la variation sur ce thème, l’auteur livre le commentaire suivant, où elle distingue « une version longue, écrite au jour le jour, dans l’opacité du présent, l’autre, brève, épurée, tournée vers la description de la réalité de la passion »9.

  • 10 Sur cette question générique, voir par exemple les analyses de D Viart, « Dis-moi qui te hante », R (...)

11Du genre bio- ou autobiographique, Annie Ernaux a retenu le paradigme de l’enquête et ses constantes10 ; parmi celles-ci, la place accordée à l’anecdote et au petit fait brut :

  • 11 A. Ernaux, L’écriture comme…, p. 39.

À chaque fois, le texte du journal est plus violent, cru, que l’autre texte et, à cause de cela, il me semble que je n’ai pas le droit de le cacher, il faut, comme disait Rousseau, fournir toutes les pièces… Démystifier aussi la clôture de l’œuvre11.

12Les références à Rousseau sont systématiquement associées au champ thématique du dévoilement. L’affirmation manifeste également le souci de confier au récepteur un guide de lecture, en vue d’une compréhension pleine et transparente du projet.

  • 12 Ibid., p. 40.
  • 13 D Viart, « Dis-moi… », p. 15-16.

13Au centre du genre autobiographique, Annie Ernaux place encore le fragment, envisagé comme représentation du petit fait brut : « il y a toujours un détail qui “crispe” le souvenir, qui provoque cet arrêt sur image, la sensation et tout ce qu’elle déclenche »12. Transformer le fait anecdotique en un événement mémorable est un principe qui trouve chez elle une illustration renouvelée : vérité du détail, préoccupation croissante envers le « petit », l’« infime », l’apparemment insignifiant. Le détail est conçu comme révélateur de l’Être : les fragments d’une vie reçoivent alors la charge de la dire tout entière13.

  • 14 Rencontres IMEC, « Soirée d’Ardenne : rencontre avec Annie Ernaux », mercredi 2 juillet 2008. Entre (...)

14À quelques fragments est donc confié le soin de manifester la vérité psychique. Dans ses commentaires, Annie Ernaux compare les textes du Journal du dehors à des « photographies écrites ». Dans le texte Les Années, défini comme « autobiographie impersonnelle », ce sont les maximes, les phrases populaires, voire les chansons, qui jouent ce rôle de « fragments bruts »14 de réalité. Elle intègre volontiers dans La vie extérieure des bribes de l’actualité, des faits divers publiés dans les quotidiens. Elle retranscrit une conversation entendue dans un café, et use de l’écriture de la liste.

15Le document prend donc une place particulière dans cette représentation de l’Autre ou du Moi qu’elle qualifie elle-même de « positiviste » :

  • 15 A. Ernaux, L’écriture comme…, p. 38.

Il est vrai que, dans une sorte d’attitude positiviste – désir de ne pas oublier des faits réels –, de scrupule – « ai-je oublié quelque chose de significatif ? » –, une fois le texte bien engagé, presque fini souvent, je me reporte au journal intime s’il recouvre la même période. [Les journaux] servaient avant tout de repères et d’aide-mémoire, je les considérais comme des documents historiques. Bref, le journal n’est pas pour moi une sorte de brouillon, ni une ressource. Plutôt un document15.

16À l’instar de la recherche biographique ou historiographique, la recherche du Moi ernausien requiert donc, semble-t-il, une méthodologie que l’auteur est amenée à expliciter :

  • 16 Ibid., p. 38.

J’ai écrit que « la mémoire est matérielle », peut-être ne l’est-elle pas pour tout le monde, pour moi, elle l’est à l’extrême, ramenant des choses vues, entendues (rôle des phrases, souvent isolées, fulgurantes), des gestes, des scènes, avec la plus grande précision. Ces « épiphanies » constantes sont le matériau de mes livres, les « preuves » aussi de la réalité16.

  • 17 « Elle prend des éléments sortant tels quels de la réalité brute, quotidienne, dans une tentative d (...)

17Cette revendication du fait brut, cette tentation « positiviste », s’accompagne, semble-t-il, de méfiance à l’égard de toute « représentation » littéraire : ainsi, C. Douzou pointe le « décapage » auquel se livre l’auteur en vue de supprimer, idéalement, tout effet de représentation17. Le fait brut, comme la matérialité incarnée du souvenir, seraient ainsi garants du postulat d’authenticité…

18Mais ce fantasme du « fait brut » ne va pas à son terme. Le métadiscours met en lumière la description d’un phénomène de transsubstantiation qui semble démentir le postulat précédent. L’insistance d’Annie Ernaux sur ce processus de transformation dans et par l’écriture ne permet pas de préserver l’illusion référentielle ou les supposés « morceaux bruts de vécu » :

  • 18 A. Ernaux, L’écriture comme…, p. 41.

Il n’est pas question de prendre telles quelles les images, les paroles, de les décrire ou de les citer. Je dois les « halluciner », les rabâcher et ensuite je tâche de « produire » – non de dire – la sensation […]. Il me faut ce moment où la sensation arrive, dépourvue de tout, nue. Seulement après, trouver les mots. Cela veut dire que la sensation est critère d’écriture, critère de vérité18.

19Si la recherche générique livre quelques clés quant aux cadres de la représentation dans le projet, elle met également en lumière un recours permanent et explicite à des intertextes privilégiés.

Représentation du Moi et intertextes

20Rousseau est l’intertexte privilégié de la représentation du Moi chez Annie Ernaux. Plusieurs pistes d’élucidation affleurent au fil des œuvres et de leurs commentaires : thématique de la honte, statut de transfuge social et écriture comme défi ; visée pragmatique du discours ; rappel mémoriel et sensoriel ; soin confié aux mots de rendre la vérité… Nous en retiendrons finalement ce qu’Annie Ernaux en dit elle-même, lorsqu’elle livre une lecture-interprétation de Rousseau revendiquée comme éminemment partielle et subjective, centrée sur les notions de transparence et d’intelligibilité :

  • 19 Ibid., p. 90.

Le citant une nouvelle fois, je ne peux m’empêcher de dire à quel point je trouve admirable l’écriture proprement dite des Rêveries et de maints passages des Confessions, son infinie transparence19.

21Les écrits stendhaliens, autre intertexte de l’œuvre ernausienne, fonctionnent sur un plan quelque peu similaire. L’influence de la Vie de Henry Brulard est évoquée dans L’écriture comme un couteau, au travers d’une comparaison expéditive entre Chateaubriand et Stendhal, qui tourne à l’avantage de Stendhal :

  • 20 Ibid., p. 95.

Il y a des passages splendides sur le temps dans les Mémoires d’Outre-tombe mais la démarche de Chateaubriand – le façonnement de son image et de son existence – ne m’est rien ; celle de Stendhal dans la Vie de Henry Brulard me parle, elle, infiniment20.

  • 21 A. Ernaux, Se perdre, p. 316.

22Cette influence paraît dans la matière même du journal intime Se perdre, à l’occasion du récit d’un rêve : Annie Ernaux y glisse en effet un schéma minimal (trois éléments tout au plus) en guise de trace mémorielle (peut-être superflue), en signe intertextuel sans doute21.

  • 22 A. Ernaux citée par F. Thumerel, Annie Ernaux, une œuvre de l’entre-deux, p. 19.

23Son écriture s’inscrit donc explicitement dans un mouvement littéraire dont elle livre elle-même les repères choisis : Rousseau, Stendhal, Proust. Ces repères accompagnent, dans sa réflexion, la perception d’une « mutation » littéraire ; si Rousseau est perçu comme initiateur de l’écriture du Moi, c’est désormais le « on » qui s’impose. Ce « mouvement d’extraversion » qui est, selon F. Thumerel, au principe des journaux du dehors, trouve ainsi une manifestation dans le choix énonciatif – lequel a été abondamment commenté, notamment à l’occasion de la parution des Années, où Annie Ernaux a substitué au « Je » autobiographique le « Elle » descriptif. Cette hésitation entre « on », « elle » et « je », avant d’être un parti pris d’énonciation, fait l’objet d’une réflexion explicite dans le métadiscours. Annie Ernaux évoque à ce propos la notion forgée d’un « Je transpersonnel », lui permettant, dit-elle, de « saisir les signes de l’Autre autant que les signes de soi-même »22.

  • 23 A. Ernaux, L’écriture comme…, p. 152.

24La représentation de la vie psychique s’éloigne ainsi ostensiblement de l’intimité au sens strict, dans un mouvement d’extériorisation du Moi (diffusé et fondu dans le social) : « L’intime est encore et toujours du social, parce qu’un moi pur, où les autres, les lois, l’histoire, ne seraient pas présents est inconcevable »23. L’« histoire littéraire » de la représentation de la vie psychique élaborée par Annie Ernaux, sous-tendue par ce mouvement d’extraversion, mène de l’intertexte Rousseau à Stendhal, puis de Stendhal à Brecht.

  • 24 Ibid., p. 44.

Je voudrais que toute ma vie devienne quelque chose d’intelligible et de général, se dissolve complètement dans la tête et la vie des gens. Il y a une phrase de Brecht qui a beaucoup de sens pour moi : « il pensait dans les autres et les autres pensaient en lui24.

  • 25 Ibid., p. 102.
  • 26 C. Baudelot, « “Briser des solitudes…”, les dimensions psychologiques, morales et corporelles des r (...)

25Sans doute, c’est l’ancrage sur la praxis qui fait sens dans cette référence à Brecht : « la certitude que la prise de conscience, si elle ne résout rien en elle-même, est le premier pas de la libération, de l’action »25. Annie Ernaux revendiquera, à cette fin, une écriture qui soit aussi « acte politique » et « don ». À l’origine de cette revendication qui traversera Brecht et Bourdieu, la conviction que la représentation du Moi est problématique pour les non-héritiers : l’individu socialement stigmatisé vit un éclatement du Moi. Christian Baudelot l’a démontré clairement dans une étude sur les cadres sociaux de la mémoire chez Annie Ernaux26.

  • 27 B. Blanckeman, « Annie Ernaux, une écriture des confins », in Annie Ernaux, une œuvre de l’entre-de (...)

26Du point de vue de la représentation, la fragmentation (caractéristique formelle du journal extime ernausien) apparaît alors s’imposer comme la manifestation adéquate de cette solution de continuité propre au Moi social des déshérités. Ailleurs, la forme du fragment sera justifiée en ce qu’il rend compte « au mieux » de la relation urbaine (constituant ainsi une « sémiopolis »27) : rencontre fugitive d’inconnus, conversations appréhendées dans l’aléa, dispersion des lieux.

27Cette tension entre l’individuel et le collectif, l’intime et l’extime, le subjectif et l’objectif explique sans doute le caractère hybride de ce Journal du dehors : d’un côté, l’exploration intime liée à l’exercice du journal ; de l’autre, le point de vue se déplace vers le monde extérieur. La continuité est assurée par le regard lui-même qui s’affirme en se posant, se comparant ou s’opposant au non-moi, se consacrant au traitement du signe.

Signe littéraire ou signe sociologique… : du texte à l’« ethnotexte »

  • 28 A. Ernaux, L’écriture comme…, p. 149.

28Du texte à l’ethnotexte, l’écriture d’Annie Ernaux s’accompagne d’une pratique du déchiffrement, qui conduit de l’intertexte rousseauiste à une lecture bourdieusienne : « Je vis et je pense de façon matérialiste, sur fond de néant »28.

  • 29 M. Riffaterre, « Sémiotique intertextuelle : l’interprétant », Revue d’esthétique, no 1-2, 1979, Rh (...)

29Elle évoque à la page 42 du même texte des « confessions impersonnelles » : en termes riffaterriens, on pourrait évoquer une conversion de l’interprétant Rousseau29. Cette hypothèse est étayée par une simple observation des titres : Journal du dehors contre Journal intime, Vie extérieure contre vie psychique… où l’on perçoit une réécriture du « intus et in cute » rousseauiste. La représentation de la vie psychique choisit donc un prisme particulier, celui qui intègre et se nourrit de « la vie des autres ».

30Il s’agit là d’une dimension bien connue de l’œuvre d’Annie Ernaux : l’apport intégré des sciences humaines, de l’anthropologie à la sociologie. La porosité générique évoquée précédemment se double donc de l’emprunt choisi aux disciplines extérieures au champ strict de la littérarité, pour finalement générer des schèmes interprétatifs hybrides.

31Plus qu’explicite, cette porosité est revendiquée par Annie Ernaux, comme constitutive de son œuvre. La lecture de Bourdieu constitue dans ce sens une révélation qu’elle-même qualifie d’ontologique. Les sentiments explorés – ainsi, la Honte, thématique prégnante sur le plan psychanalytique comme sur le plan social – ne sont pas compréhensibles, ni même repérables, sans un contexte socio-économico-culturel. Le terme de « contexte » étant sans doute impropre dans ce cadre ; c’est, bien davantage, la « pâte » même de l’univers dans lequel elle s’inscrit et dont elle participe ; l’existence des choses, dont l’individu est proprement inséparable.

  • 30 J. Lis, « Ethnologie de soi-même ou postunanimisme ? Le cas Annie Ernaux », in Annie Ernaux, une œu (...)
  • 31 A. Ernaux, La femme gelée, Paris, Gallimard, 1987, p. 26.
  • 32 A. Ernaux, Une femme, Paris, Gallimard, 1987, p. 106.

32Nous ne décrivons plus seulement une « rétroaction réciproque de l’individuel sur le collectif »30 : il faut ici concevoir la conscience de soi-même comme inséparable de la réalité dans laquelle l’individu est fondu. Dans ce sens, les écrits de Bourdieu, Passeron ou Lahire fonctionnent comme des intertextes puissants, parfois totalement implicites, et qui éclairent certains passages autrement obscurs de l’œuvre. Les exemples de cette exploration ethno-sociographique sont multiples et, de nouveau, abondamment commentés par Annie Ernaux : lorsque le texte La femme gelée se propose d’explorer « le désastre féminin »31, le métatexte d’Une femme réaffirme cette tension vers l’universel et le généralisable : « Ceci n’est pas une biographie, ni un roman naturellement, peut-être quelque chose entre la littérature, la sociologie et l’histoire »32.

33Ce projet dont la source est à la fois personnelle et intertextuelle prend une forme particulière : le journal « extime », qu’Annie Ernaux définit ainsi dans L’écriture comme un couteau :

  • 33 A. Ernaux, L’écriture comme…, p. 23.

Mais il me faut faire une différence entre le journal vraiment intime et le journal qui contient un projet précis, c’est le cas de Journal du dehors et de La vie extérieure, qui tournent volontairement le dos à l’introspection et à l’anecdote personnelle, où le « je » est rare. Ici, la structure inachevée, le fragment, la chronologie comme cadre, qui caractérisent la forme du journal, sont au service d’un choix et d’une intention, celui de faire des sortes de photographies de la réalité quotidienne, urbaine, collective33.

34De la même façon qu’il y a interpénétration entre le monde social et l’individu Annie (au point que la notion d’individu pose question), il y a, dans ces journaux extimes, pénétration réciproque des choses et de la vie psychique : ainsi les biens matériels sont-ils médiateurs du désir dont ils sont l’objet, en ce qu’ils permettent à l’individu contemporain la prise de conscience de son propre désir.

Représentation, signe et extériorité

  • 34 B. Blanckeman, « Annie Ernaux : une écriture des confins », p. 108-109.
  • 35 Ibid., p. 108.

35La notion de signe intervient dans ce cheminement complexe qui fait passer par l’autre pour se retrouver soi-même, et qui conduit finalement le projet à insérer le « socio » entre l’« auto » et le biographique. Comme l’a montré Bruno Blanckeman34, le Journal du dehors relève d’une volonté de présentation interpersonnelle : le Moi se pose par les perceptions, les traits de conscience que les autres lui renvoient. « C’est en établissant des liens de réflexivité […] entre soi et les autres qu’Annie Ernaux se représente elle-même »35.

36Cette représentation du Moi passe également par les habitus sociaux, déchiffrer les signes de l’Autre devant conduire inéluctablement, selon Annie Ernaux, à une lecture de soi-même.

  • 36 A. Ernaux, Journal du dehors, p. 64.
  • 37 Ibid., p. 90.
  • 38 Ibid., p. 105.
  • 39 Ibid., p. 67.

37Les signes « sociologiques » sont de ce fait foisonnants dans les journaux extérieurs : les « signes de dame »36, les « signes d’écrivain » (dans un épisode savoureux où une Parisienne apprend à Annie Ernaux qu’un écrivain ne saurait se passer de chat), les « stigmates de la misère »37, les « signes rituels »38, ou encore « les signes de la banlieue parisienne » composent donc un recueil de données sociologiques. Celui-ci culmine dans une conversation d’artistes d’une émission littéraire – il s’agit d’un dialogue entre Marguerite Duras et Godard – « Ce qu’ils disent n’a pas d’importance » ; ils offrent en fait « un modèle idéal de conversation »39 dans lequel l’auteur perçoit le signe réussi par excellence.

38Qu’Annie Ernaux recueille les signes des héritiers ou ceux des déshérités, le brouillage disciplinaire engendré par ces emprunts au champ sociologique redouble l’indétermination générique. Le Moi est défini, dans ce cadre, comme une somme stratifiée d’expériences individuelles et de déterminations sociales, dont l’écrivain se doit de rendre compte :

  • 40 A. Ernaux, L’écriture comme…, p. 43.

Je n’ai pas le désir de découvrir les zones d’ombre de ma vie, ni de me souvenir de tout ce qui m’est arrivé, et mon passé, en soi, ne m’intéresse pas spécialement. Je me considère très peu comme un être unique, au sens d’absolument singulier, mais comme une somme d’expériences, de déterminations aussi, sociales, historiques, sexuelles, de langages et continuellement en dialogue avec le monde (passé et présent), le tout formant, oui, forcément, une subjectivité unique. Mais je me sers de ma subjectivité pour retrouver, dévoiler des mécanismes ou des phénomènes plus généraux, collectifs.
Quelquefois j’ai aimé dire : « Je vis comme tout le monde les choses sur un mode particulier, mais je veux les écrire sur celui du général »40.

  • 41 A. Ernaux, Les Années, Paris, Gallimard, 2008, p. 239.
  • 42 A. Ernaux, Journal du dehors, p. 36.

39La représentation de la vie psychique se construit comme celle d’un Je observant, et traversé des expériences collectives : « Elle ne regardera en elle-même que pour retrouver le monde », écrit-elle dans Les Années41 ; énoncé de l’entre-deux que l’on est bien sûr tenté d’inverser : regarder le monde pour se retrouver soi-même – ce qu’Annie Ernaux d’ailleurs ne récuse pas : « Peut-être que je cherche quelque chose sur moi à travers eux, leurs façons de se tenir, leurs conversations. (Souvent, “pourquoi ne suis-je pas cette femme ?” assise devant moi dans le métro, etc.) »42.

  • 43 A. Ernaux, La vie extérieure, quatrième de couverture.
  • 44 Ibid., p. 106.

40La réversibilité de ce mode de représentation ernausien est confirmée par un commentaire intégré à La vie extérieure : « je sais aussi que dans les notations de cette vie extérieure, plus que dans un journal intime, se dessinent ma propre histoire et les figures de ma ressemblance »43. On décèle la forte ambivalence des journaux extimes, qui, pris dans ce mouvement d’extraversion affiché, font pourtant écho à des événements biographiques plus ou moins filigranés – ainsi : « L’un et l’autre, le jeune homme et l’enfant me reportent à des moments de ma vie »44.

  • 45 Ibid.

41Et, toujours dans le Journal du dehors : « D’autres fois, j’ai retrouvé des gestes et des phrases de ma mère dans une femme attendant à la caisse du supermarché »45. La correspondance entre la vie intérieure et la vie des autres est ici explicite. Ce sont, plus généralement, des thématiques prégnantes de l’œuvre – violence, érotisme, condition féminine – qui réapparaissent au travers d’anecdotes ou de petits faits.

  • 46 A. Ernaux, Journal du dehors, p. 46.

42Plus manifeste encore est l’attention portée au discours de l’Autre qu’Annie Ernaux choisit résolument de commenter comme un discours littéraire. Elle l’affirme au détour d’une parenthèse : « (Je m’aperçois que je cherche toujours les signes de la littérature dans la réalité) »46.

43La représentation de la vie psychique se construit donc dans une polyphonie qui s’appuie, dans les journaux extérieurs, sur des données conversationnelles. Dans le Journal du dehors, elles sont commentées sur le mode de l’analyse du discours :

  • 47 Ibid., p. 42-43.

Voix traînante, presque rêveuse des femmes pour dire « je prendrais deux escalopes de veau » – poème de la vie domestique se récitant avec satisfaction, agrémenté de détails descriptifs, « un rôti de porc, pour faire à la casserole ». Perfection d’un échange : le boucher […] est content de l’hommage visible rendu à la bonne qualité de ses produits, de l’argent qui entre ; la cliente, de manifester son statut social par l’énumération et l’exhibition de ce qu’elle consomme, sa fonction de nourricière avertie. Quand il s’agit d’un couple […], satisfaction de montrer qu’on « vit bien » et qu’on sait recevoir avec largesse. La reconnaissance mutuelle, entre le boucher et le client, se manifeste par l’enjouement du ton, des plaisanteries. Indiciblement se joue ici un rite consacrant la nourriture conviviale, lourde de sang, la famille, le bonheur répété des dimanches autour de la table. Dans ce lieu, les jeunes, les gens seuls, qui demandent deux tranches de jambon ou un bifteck haché, qui n’ont ni le temps, ni le savoir ou le désir de préparer une daube, se sentent mal à l’aise47.

  • 48 Ibid., p. 46.

44Le commentaire illustre ainsi une oscillation entre des notations stylistiques, littéraires et génériques : « perfection d’un échange » ; « poème de la vie domestique se récitant avec satisfaction, agrémenté de détails descriptifs ». Un peu plus loin, Annie Ernaux mobilisera un lexique narratologique (les « actants », la « destinataire », la « narration »48). L’Autre est donc « interprété » littérairement, mais aussi ethnologiquement (dans un rituel « lourd de sang ») et sociologiquement.

  • 49 Terme employé par D Viart dans « Dis-moi… », p. 7-33.
  • 50 A. Ernaux, Journal du dehors, p. 13.
  • 51 A. Ernaux, La vie extérieure, p. 29.

45L’auteur manifeste ainsi une attention aiguisée à « ce qui peut faire signe » chez l’Autre – moment où l’autobiographie devient altrobiographie49. Cette ouverture à l’autre passe par la revendication de totale empathie (« C’est comme si j’étais elle »50), puis de fusion, pour aller jusqu’à la dissolution fantasmée du Moi : « Si je poursuivais une telle expérience, ma vision du monde et de moi-même s’en trouverait radicalement changée. Peut-être n’aurais-je plus de moi »51. Dans cette quête des signes, la vie intérieure semble s’éparpiller dans des Figures du dehors, faisant naître à l’occasion de très curieux avatars d’Annie Ernaux.

Les avatars du Moi : le chat comme signe

46Deux « figures » extériorisées à l’extrême de la Vie intime : un animal et un objet ; une carte bancaire et un chat apparaissent au détour de deux « non-événements » du Journal du dehors : le mauvais fonctionnement de la carte bancaire d’Annie Ernaux à la page 28 et le corps d’un chat au paragraphe suivant.

  • 52 A. Ernaux, Journal du dehors, p. 28-29.

« Votre carte est illisible ». Horreur du mot « illisible ». C’est moi qui suis illisible, fautive. Je reprends ma carte et m’en vais sans argent. Je comprends qu’on brise un distributeur de billets, en l’injuriant.
Sur l’autoroute, à la hauteur des tours de Marcouville, un chat écrasé, comme inscrit dans le goudron52.

47Un chat inscrit, une carte illisible : il est tentant d’y lire la possible et menaçante illisibilité d’Annie elle-même. Symbolique d’autant plus claire que l’auteur s’est amusée du signe social que constitue le chat pour un écrivain ; dans le texte Les Années, le chat est, aussi, un double possible de l’auteur.

48Est-ce donc le signe qui est écrasé ? Le corps qui est illisible ? Ou l’inverse ? Quoi qu’il en soit, la relation corps / texte (intus et in cute) est réactivée, l’écriture devenant un corps souffrant.

49Le processus de représentation de la vie psychique prend place au sein d’un maillage conceptuel, que l’on se propose de formaliser par une triangulation « désir-réalité-signe ».

  • 53 Ibid., respectivement p. 30, p. 62, p. 63.

50Le désir apparaît comme un concept directeur de l’œuvre ; la thématique des « ruses du désir », commentée par L’écriture comme un couteau, est déclinée incessamment dans le Journal du dehors : « mon désir tombe », « on ne sort pas du désir dans la chanson », « rien que soi-même et son désir »53. La mention renvoie tantôt au concret, tantôt aux émotions, tantôt à la saisie d’un passé perdu. Le concept apparaît donc comme une notion totale, globalisante, mais réalisée de façon décalée et inattendue ; ce qui autorise l’hypothèse selon laquelle il est un des moteurs du processus de représentation. Autour du désir affleurent des concepts apparemment disparates mais qui s’organisent en réseau, diversement polarisés : la honte, l’exhibition, le corps que l’on montre, le corps qui souffre.

  • 54 Il s’agit évidemment de la phrase du Christ (Jn 8, 32) : A. Ernaux, L’écriture comme…, p. 80-81. Vo (...)

51Les concepts de réalité et de vérité sont deux autres concepts directeurs, employés la plupart du temps en équivalence. Dans L’écriture comme un couteau, Annie Ernaux reprend à son compte l’affirmation « la vérité vous rendra libres »54 : la vérité est donc posée comme finalité, à la condition qu’elle soit fermement rattachée à la praxis.

  • 55 Cf. « Cette vérité-là est plus importante que ma personne », (ibid., p. 113).
  • 56 A. Ernaux, Journal du dehors, p. 64.
  • 57 Ibid., p. 87.
  • 58 Ibid., p. 90.

52Les dimensions signe / désir / vérité-réalité : triangulation où le désir est un moteur à la fois globalisant et mal défini, où la vérité est une finalité imposée à l’écriture55, où le signe sera vecteur de réalisation. Qu’il soit signe de l’Autre ou signe du Moi, le signe a, en effet, pour vocation de combler le désir : « signes de dame » / « choses désirées »56 ; « désir de beauté réalisé »57 ; « exacerbation du désir de plénitude et renoncement à cette plénitude »58.

53En tant que signe, la représentation textuelle est à la fois désir et réalisation du désir. Au principe de cette réalisation, l’écriture comme transsubstantiation :

  • 59 A. Ernaux, L’écriture comme…, p. 112.

transformation de ce qui appartient au vécu, au « moi », en quelque chose existant tout à fait en dehors de ma personne. Quelque chose d’un ordre immatériel et par là-même assimilable, compréhensible, au sens le plus fort de la « préhension », par les autres59.

54L’exemple à l’appui éclaire la question de la représentation :

  • 60 Ibid., p. 112.

C’est ce qui m’est apparu lorsque j’ai écrit L’occupation : je sens, je sais, qu’au moment où j’écris, ce n’est pas ma jalousie qui est dans le texte, mais de la jalousie, c’est-à-dire quelque chose d’immatériel, de sensible et d’intelligible que les autres pourront peut-être s’approprier60.

  • 61 Ibid., p. 24.

55Il y a donc, à cette fin, transformation du désir, dont Annie est la première spectatrice : « Je dirais que le journal intime me paraît le lieu de la jouissance, que les autres textes sont celui de la transformation. J’ai plus besoin de transformer que de jouir »61.

56Un fantasme générateur traverse l’œuvre : la métamorphose du scripteur en signe – qu’elle-même, l’écrivain, fasse signe, ou soit signe parfaitement intelligible. À quoi l’on peut lier, sans doute, les images de la carte et du chat évoquées précédemment comme figures inhabituelles du Moi. On y retrouve, manifestée pleinement, l’assimilation corps / texte : le corps peut être inscrit ou écrasé ; il doit, quoi qu’il en soit, être lisible.

  • 62 A. Ernaux, L’événement, Paris, Gallimard, 2000 ; rééd. Paris, Gallimard (Folio ; 3556), 2001, p. 12 (...)

Et le véritable but de ma vie est peut-être seulement celui-ci : que mon corps, mes sensations et mes pensées deviennent de l’écriture, c’est-à-dire quelque chose d’intelligible et de général, mon existence complètement dissoute dans la tête et dans la vie des autres62.

57Le Moi d’Annie Ernaux se re-présente comme l’instrument sacrifié, vecteur offert – au sens de corps offert – de la transmutation. Rejoignant l’image sacrificielle liminaire de L’écriture comme un couteau, le texte est, aussi, le corps lisible de l’écrivain.

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Notes

1 A. Ernaux, Journal du dehors, Paris, Gallimard, 1993 ; Je ne suis pas sortie de ma nuit, Paris, Gallimard, 1997 ; La vie extérieure, Paris, Gallimard, 2000 ; Se perdre, Paris, Gallimard, 2001. Les références abrégées renvoient à ces éditions.

2 Annie Ernaux, une œuvre de l’entre-deux (Actes du colloque international d’Arras, 2004), études réunies par F. Thumerel, Arras, Artois Presses Université, 2004.

3 Voir notamment F. Simonet-Tenant, Le journal intime, genre littéraire et écriture ordinaire, Paris, Téraèdre, 2004, p. 113 sq. Le terme extime est employé par F. Simonet-Tenant (p. 19), en référence à une expression de M. Tournier.

4 A. Ernaux, Journal du dehors, p. 9.

5 Sur le journal, genre métatextuel, voir F. Simonet-Tenant, Le journal intime, genre littéraire…, p. 121 sq.

6 A. Ernaux, Journal du dehors, p. 18-19.

7 I. Charpentier citée par F. Thumerel, Annie Ernaux, une œuvre de l’entre-deux, p. 14-15.

8 A. Ernaux, L’écriture comme un couteau. Entretien avec Frédéric-Yves Jeannet, Paris, Stock, 2003, p. 58.

9 Ibid., p. 39.

10 Sur cette question générique, voir par exemple les analyses de D Viart, « Dis-moi qui te hante », Revue des sciences humaines, vol. 3, no 263, 2001, Paradoxes du biographique, p. 7-33.

11 A. Ernaux, L’écriture comme…, p. 39.

12 Ibid., p. 40.

13 D Viart, « Dis-moi… », p. 15-16.

14 Rencontres IMEC, « Soirée d’Ardenne : rencontre avec Annie Ernaux », mercredi 2 juillet 2008. Entretien mené par Albert Dichy.

15 A. Ernaux, L’écriture comme…, p. 38.

16 Ibid., p. 38.

17 « Elle prend des éléments sortant tels quels de la réalité brute, quotidienne, dans une tentative d’évacuer tout modèle même littéraire, pour coller à l’objet » (C. Douzou, « Entre vécu instantané et représentation de soi : écrire “au-dessous de la littérature” », in Annie Ernaux, une œuvre de l’entre-deux, p. 79-89).

18 A. Ernaux, L’écriture comme…, p. 41.

19 Ibid., p. 90.

20 Ibid., p. 95.

21 A. Ernaux, Se perdre, p. 316.

22 A. Ernaux citée par F. Thumerel, Annie Ernaux, une œuvre de l’entre-deux, p. 19.

23 A. Ernaux, L’écriture comme…, p. 152.

24 Ibid., p. 44.

25 Ibid., p. 102.

26 C. Baudelot, « “Briser des solitudes…”, les dimensions psychologiques, morales et corporelles des rapports de classe chez Pierre Bourdieu et Annie Ernaux », in Annie Ernaux, une œuvre de l’entre-deux, p. 165-176.

27 B. Blanckeman, « Annie Ernaux, une écriture des confins », in Annie Ernaux, une œuvre de l’entre-deux, p. 108.

28 A. Ernaux, L’écriture comme…, p. 149.

29 M. Riffaterre, « Sémiotique intertextuelle : l’interprétant », Revue d’esthétique, no 1-2, 1979, Rhétoriques, sémiotiques, p. 128-150.

30 J. Lis, « Ethnologie de soi-même ou postunanimisme ? Le cas Annie Ernaux », in Annie Ernaux, une œuvre de l’entre-deux, p. 92.

31 A. Ernaux, La femme gelée, Paris, Gallimard, 1987, p. 26.

32 A. Ernaux, Une femme, Paris, Gallimard, 1987, p. 106.

33 A. Ernaux, L’écriture comme…, p. 23.

34 B. Blanckeman, « Annie Ernaux : une écriture des confins », p. 108-109.

35 Ibid., p. 108.

36 A. Ernaux, Journal du dehors, p. 64.

37 Ibid., p. 90.

38 Ibid., p. 105.

39 Ibid., p. 67.

40 A. Ernaux, L’écriture comme…, p. 43.

41 A. Ernaux, Les Années, Paris, Gallimard, 2008, p. 239.

42 A. Ernaux, Journal du dehors, p. 36.

43 A. Ernaux, La vie extérieure, quatrième de couverture.

44 Ibid., p. 106.

45 Ibid.

46 A. Ernaux, Journal du dehors, p. 46.

47 Ibid., p. 42-43.

48 Ibid., p. 46.

49 Terme employé par D Viart dans « Dis-moi… », p. 7-33.

50 A. Ernaux, Journal du dehors, p. 13.

51 A. Ernaux, La vie extérieure, p. 29.

52 A. Ernaux, Journal du dehors, p. 28-29.

53 Ibid., respectivement p. 30, p. 62, p. 63.

54 Il s’agit évidemment de la phrase du Christ (Jn 8, 32) : A. Ernaux, L’écriture comme…, p. 80-81. Voir également p. 29.

55 Cf. « Cette vérité-là est plus importante que ma personne », (ibid., p. 113).

56 A. Ernaux, Journal du dehors, p. 64.

57 Ibid., p. 87.

58 Ibid., p. 90.

59 A. Ernaux, L’écriture comme…, p. 112.

60 Ibid., p. 112.

61 Ibid., p. 24.

62 A. Ernaux, L’événement, Paris, Gallimard, 2000 ; rééd. Paris, Gallimard (Folio ; 3556), 2001, p. 125.

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Pour citer cet article

Référence papier

Gwenaëlle Ledot, « La représentation de la vie psychique dans l’œuvre d’Annie Ernaux : le Journal du dehors »Elseneur, 25 | 2010, 145-158.

Référence électronique

Gwenaëlle Ledot, « La représentation de la vie psychique dans l’œuvre d’Annie Ernaux : le Journal du dehors »Elseneur [En ligne], 25 | 2010, mis en ligne le 15 avril 2024, consulté le 22 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/elseneur/734 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/elseneur.734

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Auteur

Gwenaëlle Ledot

Université de Caen Basse-Normandie

Gwenaëlle Ledot, agrégée de lettres modernes, est chargée de cours (PRAG) à l’IUFM de Caen Basse-Normandie. Elle a publié, en collaboration avec Jacques Mauvoisin, l’ouvrage Écrivains de Normandie (2007). Ses recherches en cours portent sur l’œuvre de Jacques-Pierre Amette (intertextualité et question biographique).

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