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La vie intérieure en question

Quelle représentation de la vie psychique chez les conteurs facétieux ?

L’exemple de Noël Du Fail dans Les Contes et Discours d’Eutrapel
What about “transparent minds” in comical narration? The example of Noël Du Fail in Les Contes et Discours d’Eutrapel
Marie-Claire Thomine-Bichard
p. 15-32

Résumés

S’interroger sur la « transparence intérieure » à propos de la narration facétieuse peut sembler une gageure puisque les récits plaisants semblent a priori moins propices que le genre sentimental ou tragique à la représentation fouillée de la vie psychique. L’exemple du recueil mêlé des Contes et Discours d’Eutrapel, dernière œuvre où le gentilhomme breton Noël Du Fail s’efforce de garder le sourire en des temps troublés – elle est publiée en 1585 –, permet d’analyser également les implications de la forme dialoguée : les trois protagonistes dont on entend la voix sont peints par leurs seules paroles et non par un narrateur omniscient. À leur tour, Lupolde, Eutrapel et Polygame mettent en scène une multitude de personnages dont ils nous content l’histoire : on retrouve alors les particularités d’une littérature d’observation et de satire ; le regard porte davantage sur les gestes, les mœurs, les comportements que sur les mobiles intérieurs qui les génèrent et les expliquent. C’est dans la peinture des devisants eux-mêmes que se manifeste l’intérêt le plus vif de Du Fail pour la représentation de la vie intérieure ; Eutrapel est la personnalité la mieux campée et celle qui donne son nom au recueil. En donnant figure humaine à la notion d’eutrapélie, qu’il avait rencontrée chez Aristote, Du Fail prend position dans un débat de l’époque sur le rire et la liberté de parole. Par son attitude paradoxale et souvent ironique, Eutrapel incarne tout à la fois la jeunesse et la « facilité à se tourner ».

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Texte intégral

  • 1 D.C. Cohn, La transparence intérieure. Modes de représentation de la vie psychique dans le roman, P (...)

1C’est sur la fable de Momus, telle qu’elle est rapportée par Tristram Shandy, que s’ouvre l’ouvrage de Dorrit Cohn consacré à La transparence intérieure1. Or, c’est cette même anecdote que convoque Noël Du Fail dans l’un des chapitres des Contes et Discours d’Eutrapel, dernier recueil du gentilhomme et magistrat breton, paru en 1585 :

  • 2 N. Du Fail, Les Contes et Discours d’Eutrapel, Rennes, N. Glamet, 1586 (désormais abrégé en CDE), c (...)

Lon dit que Neptune, Pallas, et Vulcan (apres bons vins, bons chevaux) disputoyent lequel d’eux trois estoit plus gentil compagnon, grand clerc, et meilleur ouvrier : Neptune fit un taureau, Pallas une maison, et Vulcan un homme. Momus, qui de la gent supersticieuse fut adoré, comme President en la Cour des moqueurs, gardoit les gages, comme arbitre à juger la piece la plus parfaicte : et ayant par grand’artifice affusté ses Lunettes, meurement examiné, et encore plus diligemment deliberé et dechifré par le menu les fautes et imperfections des ouvrages faits par Neptune et Pallas, s’attacha vivement à l’homme du boiteux Vulcan, disant le tout, sous correction et meilleur advis, estre assez bien basty et estoffé, fors pour le regard de l’estomach, lequel à son jugement, devoit estre ouvert et à boutons, afin, disoit-il, de voir à l’oeil les pensees, projets, et fantasies qui boüillent et se remuent au fond et creux d’iceluy, dont naissent et sont engendrez ces effets, comme dit Lucian, de tirer ses moustaches, mordre ses levres, cracher à quartier, accoustrer sa barbe, et en haussant le menton, nourrissant et couvant à ce moyen la vengeance, colere, et haine secrette, qui fait dire l’un et penser l’autre, saluër bien bas d’une face joyeuse et Comique, et cependant au milieu de l’entendement graver infinis pourtraits de trahisons et meschancetez2.

  • 3 Sur la fortune de ce motif chez les auteurs de la Renaissance, voir P. Guérin, « Momus sur son roch (...)
  • 4 N. Du Fail, CDE, p. 382-383.

2Le motif de la vitre transparente placée devant le cœur humain ou l’« estomac », considéré encore au XVIe siècle comme le siège des sentiments, est tiré de Lucien et connaît de nombreuses reprises à la Renaissance3. Cette anecdote d’origine ésopique ne figure pas, chez Du Fail, dans le cadre d’une réflexion sur la fiction, mais sert à illustrer un thème récurrent dans Les Contes et Discours d’Eutrapel, celui de l’hypocrisie, de la dissimulation. Eutrapel, l’un des trois devisants de ces propos qui portent son nom, emprunte à Lucien l’anecdote pour soutenir sa propre philosophie et conduite de vie : il vient d’affirmer en effet, dans le passage qui précède immédiatement notre citation : « J’ay chanté quand il m’a pleu, beu quand j’ay eu soif, resvé et solitairement entretenu mes pensees et souhaits, lorsqu’ils se sont presentez : […] me suis tousjours retiré des compagnies demie heure auparavant qu’il me deust ennuyer : dit librement et consulté ce qui bon me sembloit, traité reveremment la grandeur du Roy et des Princes, ausquels, s’ils le m’ont demandé, je n’ay rien dissimulé » et à « l’universelle et tournee à tous vents parole d’Ulisses », il dit préférer « l’entier et rond estomach de Nestor, qui disoit hautement et en verité ce qu’il [en] pensoit »4. Cet autoportrait que propose ici Eutrapel n’est pas sans rappeler celui que Lucien place dans la bouche de Momus dans l’Assemblée des dieux :

  • 5 Lucien, L’Assemblée des dieux, in Les œuvres de Lucian de Samosate philosophe excellent, non moins (...)

Or veux-je bien, Jupiter, qu’une liberté de parler sans crainte me soit concedee : car autrement je ne sçaurois dire ce que j’ay en pensee. Tous cognoissent bien esgalement comme j’ay la langue libre, et comme je n’ay pas accoustumé de tayre rien des choses qui se font peu honnestement et convenablement. Car à la verité, je tire toute chose à reprehension : et si declare en public tout ce qui me semble avoir esté bien ou mal fait : sans que je craigne l’authorité d’aucun que ce soit, et sans que je cele ou taise mon opinion et advis par honte que j’aye5.

  • 6 Ibid., p. 789.
  • 7 N. Du Fail, CDE, p. 381.
  • 8 Ibid., p. 374.
  • 9 Ibid., p. 382.

3Eutrapel ne va pas aussi loin que Momus dans la répréhension (si générale chez Momus qu’elle fait de lui un accusateur public, « quelque populaire et commun accusateur de toutes personnes » selon la traduction de Bretin), mais il revendique comme lui la liberté de la parole, « une liberté de parler sans crainte », la « puissance de parler librement »6 ; Polygame, arbitre du débat qui l’oppose au vieillard Lupolde, invite du reste le jeune homme à « captiver » et « retenir » « une bonne moitié de sa liberté, la retirant de son naturel, trop remuant et esveillé »7. Eutrapel renâcle contre cette invitation à la juste mesure prônée par son aîné, soucieux de sociabiliser le jeune homme : après la charge verbale dont il a accablé Lupolde, avec une violence bien digne d’un Momus, il se fait sermonner par Polygame, qui lui vante l’idéal – transmis par les Anciens – de « ceux qui seurent joindre et marier leur naturel avec celuy de tous, et faire leur profit du bien, du mal, vertu, et imperfections d’autruy »8. Les modèles qu’il lui propose : Hermogenes, Socrates, Ulysses en Homere, Alcibiades en Plutarque seront vivement repoussés par Eutrapel dans la suite du débat9.

  • 10 Dans la traduction de Filbert Bretin (voir note 5), Lucien, Ermotin, ou des Sectes, p. 216.
  • 11 D. Quéro, Momus philosophe, p. 300.

4C’est dans un esprit très proche de la source lucianesque que Du Fail convoque donc l’anecdote : Lucien rappelait la fable à un moment stratégique de son dialogue intitulé Hermotime, ou des Sectes10, qui dénonce la vanité des diverses écoles philosophiques. De fait, « c’est un moyen fort pratique de percer à jour la fausseté et la méchanceté humaines que propose le Momus d’Esope, tout désigné pour lever les masques et montrer la réalité sous les apparences »11. On peut ajouter qu’un juriste, comme l’était Du Fail, était sans doute particulièrement attentif à une telle question dont on comprend aisément qu’elle soit centrale dans son œuvre : comment porter un jugement sur des actes dont les mobiles sont souvent indéchiffrables ?

  • 12 C’est une question dont débattent les devisants à la fin de la 5e journée de L’Heptaméron, N. Cazau (...)
  • 13 C’est un aspect que souligne P. Sellier, dans sa préface : Madame de La Fayette, La Princesse de Cl (...)
  • 14 Que l’on songe bien sûr à Rousseau ; voir les analyses de J. Starobinski dans Jean-Jacques Rousseau (...)

5Ce rêve de la « transparence intérieure », pour reprendre le beau titre de Dorrit Cohn, s’il est évoqué ici dans un sourire, est une notion centrale dans la narration : à l’opacité des personnages réels pourrait s’opposer l’évidence des êtres de fiction créés par un romancier qui connaît ou invente leur vie intérieure ; les choses sont évidemment plus complexes et bien des choix génériques s’articulent autour de cette problématique, derrière lesquels peut se lire toute une conception du monde, philosophique et / ou religieuse : de L’Heptaméron où les devisants mettant en scène les héros d’anecdotes admettent que seul Dieu sait lire dans les cœurs12, aux recherches du roman du XXe siècle sur les représentations du flux de conscience, en passant par La Princesse de Clèves, où domine le modèle de l’examen de conscience13, la quête de la transparence des cœurs préoccupe romanciers, nouvellistes et plus encore autobiographes14, qui en font le nerf vital de leur projet.

Des enjeux génériques

6S’interroger sur la « transparence intérieure » à propos de la narration facétieuse peut toutefois sembler une gageure et il convient de rappeler quelques enjeux théoriques avant d’entamer une analyse. Pour deux raisons, la présence d’une représentation de la vie psychique dans Les Contes et Discours d’Eutrapel paraît compromise et les deux critères sont d’ordre générique : nous avons affaire à des mélanges dialogués dont le ton est à dominante facétieuse. Le recueil en question relève en effet d’un genre hybride, déconcertant, pour lequel la terminologie même est hésitante : on parle tour à tour de « contes et discours bigarrés », de « recueils bigarrés », de commentaires dialogués, de mélanges dialogués. Du Fail occupe une place assez particulière au sein du genre du récit bref, place qui diverge du reste selon les trois œuvres considérées que séparent près de trente années. D’emblée, le gentilhomme breton avait affirmé son originalité avec Les Propos rustiques, qui se démarquent clairement du modèle italien ; son œuvre suivante, Les Baliverneries d’Eutrapel sont une incursion du côté du roman, tandis que le recueil de la maturité renoue avec le sermo familiaris de l’Antiquité tardive (Plutarque, Athénée) : il mêle récits et dialogues, anecdotes, bons mots, propos philosophiques et moraux dans le cadre fictif d’une conversation entre intimes.

7De façon plus accentuée encore que Les Propos rustiques, Les Contes et Discours d’Eutrapel sont des récits de paroles, où le narrateur principal n’intervient quasiment pas ; dans le dernier recueil, comme le titre l’indique d’emblée, la situation d’interlocution ne connaît guère de variante et tout au long des trente-cinq chapitres résonnent, en majeur, les trois voix d’Eutrapel, Polygame et Lupolde ; bien que très parcellaire, un récit-cadre englobant se donne à lire, puisque l’ouvrage s’ouvre sur la mise en place – et en scène – des protagonistes (Eutrapel se promenant avec ses compagnons à la sortie du Parlement va rendre visite à Lupolde pour avoir le plaisir de le faire « babiller un long temps », « luy troubler l’esprit, le mettre aux champs, et en colere » ; Polygame intervient un peu plus tard en arbitre) et s’achève sur leur décision de se séparer. Cette forme dialoguée a des implications directes sur la représentation de la vie psychique ; la vie intérieure des devisants n’est pas dévoilée par un narrateur omniscient, qui proposerait un portrait en pied, au physique comme au moral, des protagonistes ; ce narrateur n’apparaît qu’au tout premier chapitre et la seule figure sur laquelle il s’attarde est celle du vieil avocat Lupolde. Les personnages sont peints d’emblée par leurs paroles.

  • 15 A. Kibédi Varga, « Le temps de la nouvelle », exposé inaugural du colloque de Metz (juin 1996), La (...)

8La peinture de la vie psychique serait a priori plus attendue dans le roman ou dans la nouvelle ; or Les Contes et Discours d’Eutrapel, on vient de le rappeler, n’appartiennent pas véritablement au genre de la nouvelle. D’autre part, la nouvelle elle-même, qui joue de la concentration des effets et de l’ellipse, peut sembler moins destinée que le roman à la représentation de la vie intérieure15.

  • 16 « Je considère le théâtre comme l’art de la silhouette ; ce n’est que dans le récit que l’homme acq (...)
  • 17 C’est le cas par exemple au chapitre 5, dans l’échange, rapporté par Eutrapel, entre maître Jean le (...)

9L’existence, par la seule parole, des devisants n’est pas sans les rapprocher des personnages de théâtre, dont ils ont en somme la silhouette16. Ces devisants sont eux-mêmes des conteurs, qui renoncent à la posture du narrateur omniscient et font un large usage du procédé du discours direct dans leurs narrations, laissant fréquemment la parole aux personnages dont ils nous relatent les histoires. Nous n’apprenons alors des protagonistes que ce qu’ils veulent bien nous dire17. Il faudra donc s’interroger à la fois sur la vie intérieure des trois locuteurs principaux et sur celle des personnages multiples qu’ils mettent en scène ; ce double niveau est particulièrement pertinent dans le cadre du second critère.

  • 18 L’on retrouve donc ici, sur un autre plan, la source lucianesque : Les Contes et Discours d’Eutrape (...)

10Il s’agit d’une narration facétieuse18 ; l’esprit facétieux est incarné en particulier par la figure centrale d’Eutrapel et nous verrons qu’elle constitue en grande partie une posture énonciative. Quant aux récits, la plupart sont plaisants et donc a priori moins propices que le genre sentimental ou tragique à la représentation fouillée de la vie psychique. Il n’y a qu’une seule histoire tragique dans Les Contes et Discours d’Eutrapel, un récit d’adultère et de viol qui s’achève par des assassinats en série au chapitre 2 et l’on ne s’étonnera pas d’y trouver une peinture de la vie psychique plus précise que dans les autres récits. Plus largement, nous sommes ici dans une littérature d’observation et de satire, qui se développera au XVIIe siècle sous la forme de l’histoire comique, genre nourri lui-même de la tradition gauloise et du roman picaresque.

11Précisément, les liens entre le comique et la représentation de la vie psychique passent souvent ici par une satire des caractères : Du Fail aime à faire rire des multiples travers des hommes de son temps et c’est généralement par ses manifestations extérieures, par ses gestes et son attitude, qu’une personnalité est dépeinte, tel l’exemple du fat campé dans les premières lignes du chapitre 15, « De L’Amour de soy mesme » :

  • 19 N. Du Fail, CDE, p. 186-187.

Tantost il vantoit et trompetoit sa noblesse, combien, ainsi que dit Pathelin, qu’il fust issu de la plus vilaine peautraille qui fust d’icy au pont Lagot. Une autre fois ses biens, mais ses pere et mere et les autres enfans les luy gardoyent, encore qu’ils fussent acquis par tres-mauvais moyens, aussi s’en sont depuis allez comme ils estoyent venus, ce qui advient ordinairement. […] Par autre fois, quand il estoit en sa haute gamme, il frottoit sa hardiesse à sa pretendue doctrine, faisant, comme l’on dit, du guerrier parmy les Escholiers, et de l’Escholier entre les soldats : et prenoit son grand plaisir en ces vains et falacieux discours, contre lesquels, et telles humeurs fantastiques il ne faut jamais contester, tant qu’il en demeura si enflé et plein de superbe Collegiale, que rien ne duroit aupres de luy19.

  • 20 Sur cette question, voir A. Jouanna, L’idée de race en France au XVIe siècle et au début du XVIIe s (...)
  • 21 N. Du Fail, CDE, p. 230.
  • 22 Ibid., chap. 31, p. 436.

12Les devisants font chorus pour dénoncer ce type de fatuité qui ne repose que sur du vide : en l’occurrence, il s’agit d’un bourgeois anobli, qui « depuis se trouva honoré du titre de conseiller en cour souveraine, combien que la poche sentist tousjours le haran », comme le souligne Eutrapel, ardent défenseur ainsi que Polygame des prérogatives nobiliaires. Si la narration facétieuse se donne pour ambition globale de lever les masques, elle trahit ici une représentation du monde propre à la noblesse rurale, qui se sent alors menacée dans ses privilèges20 ; la quête de la transparence, le refus de la dissimulation et des parades sociales vient alors servir un discours politique. À la fin du chapitre 17, qui traite tout entier de la dissimulation (« Les bonnes mines durent quelque peu, mais en fin sont decouvertes », proclame le titre), le voile est levé sur l’hypocrisie d’un prélat souhaitant se faire appeler « Monsieur », dans un portrait-charge qui se conclut sur la notation suivante : « Somme, quelque douceur et hypocrisie qu’il feignit et couvast, il aimoit tant ce sot honneur vulgaire qu’il en brusloit tout vif »21 ; or ce mot de « Monsieur », là encore, « appartient privativement à la Noblesse ou Juges Royaux, et à nuls autres »22 comme le rappelle Lupolde, le seul pourtant à n’être pas noble.

  • 23 Je renvoie ici aux analyses d’H. Gouhier (Le théâtre et l’existence, Paris, Vrin, 1952, p. 140-149) (...)

13Très fréquemment, les anecdotes comiques visent à l’efficacité et mettent en scène avec une grande économie de moyens – inspirée sans doute en partie par les Facéties du Pogge dont Du Fail est un lecteur assidu – des types comiques traditionnels, vidés de toute biographie, réduits en quelque sorte à leur essence23. C’est le cas dans les récits se limitant à une intrigue et à un schéma comique, tel celui qui donne son titre au chapitre 12 « Ingénieuse couverture d’adultère » et où se déploie un art du croquis :

  • 24 N. Du Fail, CDE, p. 160-161. C’est moi qui souligne.

Apulee raconte une couverture et deguisement d’adultere finement et dextrement controuvé, et qui fit que les battus payerent l’amende. Un jeune homme, dit-il, appellé Philisiterus s’en amoura d’une jeune Dame, belle et de bonne grace, femme d’un homme d’authorité, mais cruel, fascheux, et tellement contregardant ceste pauvre desolee, qu’elle ne faisoit pas ne marche, qu’une longue trainee d’espions ne luy fust ordinairement en queuë et sur les talons. Philisiterus seut bien faire son profit de tout […] : sous ceste confidence de loyauté il entra de nuict chez ceste Damoiselle, où il fit ce qu’il voulut. Mais voicy le desastre le mary survient (ayant sans cesse un tableau de soubçon au devant de ses yeux) qui frappe à l’huis, non un seul coup, comme lon doit aux portes de respect, mais en grands, trac trac, à la mode des mascarades, par tant et tant de fois, que le pauvre amoureux n’eut loisir que s’affubler de son manteau, se musser et cacher en un coin, qu’on l’eust bien mis en la bource d’un denier, attendant que Myrmece usoit de grandes longueurs et exceptions pour ouvrir l’huis : quoy qu’en soit, il eschappa entre la peur et le danger24.

14L’homme jaloux est vu de l’extérieur par un narrateur – Polygame – qui condamne son attitude et prend parti, à travers des adjectifs qualificatifs subjectifs « ceste pauvre desolee » et « le pauvre amoureux » pour l’épouse épiée et son amant, sympathie qui peut paraître un comble, placée dans la bouche de Polygame, généralement défenseur du respect de la loi, notamment celle du mariage (il a lui-même plusieurs fois convolé en justes noces comme semble l’indiquer son pseudonyme). Les quelques – rares – notations psychologiques précisent les motivations des personnages : l’irruption subite du mari s’explique par son caractère soupçonneux. Il faudrait tenir compte aussi du statut des histoires racontées : celle-ci est un pur exemplum, tiré d’Apulée, et où le narrateur ne cherche pas à faire preuve d’invention ; l’abstraction peut s’expliquer par le fait qu’il s’agit d’un souvenir de lecture et non d’un de ces petits faits vrais, et récemment survenus, que nos trois devisants aiment à se raconter.

  • 25 Sur cette esthétique chez Du Fail, voir M.-C. Thomine-Bichard, Noël Du Fail conteur, Paris, Champio (...)

15De façon plus générale, dans bien des récits rapportés par les interlocuteurs des Contes et Discours d’Eutrapel, la représentation de la vie psychique semble délibérément absente, le regard se portant davantage sur les gestes que sur les mobiles psychologiques qui les motivent ; c’est le cas en particulier, nous venons de l’indiquer, des anecdotes comiques qui cultivent l’art du bref. Ce critère de la brièveté, essentiel, est un des éléments qui favorisent ici le comique ; la représentation de la vie psychique relèverait alors d’un effet d’amplification et d’ornementation du discours ; serait-elle par conséquent éliminée d’une esthétique de la brièveté25 ?

  • 26 C’est le cas également au chapitre 11 où la querelle puis « l’accord entre deux gentils-hommes » (c (...)

16Un autre élément éloigne Du Fail, dans certains de ses récits, du souci de la représentation de la vie psychique : son intérêt pour les scènes de groupes, qu’il avait déjà manifesté à l’époque des Propos rustiques et que l’on retrouve dans le dernier recueil, par exemple dans le chapitre 11, « Débats et Accords entre plusieurs honnestes gens » qui traite d’une querelle de villageois ou encore le chapitre 22, « Du Temps present et passé », où les devisants s’interrogent sur diverses coutumes, alimentaires, vestimentaires, sociales26. Encore une fois, ce sont les mœurs, les comportements qui intéressent le narrateur, beaucoup moins les mobiles intérieurs qui les génèrent et les expliquent.

  • 27 M.-C. Thomine-Bichard, « Le fait singulier dans Les Contes et discours d’Eutrapel de Noël Du Fail » (...)
  • 28 P. de Lajarte, « La structure vocale des psychorécits dans les nouvelles de L’Heptaméron », in Les (...)

17Il n’est sans doute pas anodin qu’un effort de représentation de la vie psychique se manifeste dans la seule histoire tragique des Contes et Discours d’Eutrapel, l’histoire de Launay et La Rivière, qui prend place au chapitre 2 ; sont alors mis en place des procédés à proprement parler romanesques dont certains relèvent du traitement du temps27. Sont également épars dans plusieurs récits quelques traits indiquant la vie intérieure des personnages ; ils sont introduits par des verbes de jugement, d’appréciation, qui fonctionnent, pour reprendre le terme proposé par Philippe de Lajarte28, comme des embrayeurs de subjectivité. Le plus fréquent est à cet égard le verbe voir, qui connaît un emploi au participe présent. Cet emploi se rencontre dans l’histoire tragique du chapitre 2 :

  • 29 N. Du Fail, CDE, p. 48. C’est moi qui souligne.

La Riviere se voyant frustré & trompé de son attente, demeura neantmoins en sa premiere rage & furie d’attraper & venir à bout de ceste infortunee Damoiselle29.

Tandis que Launay,

  • 30 Ibid., p. 51. C’est moi qui souligne.

se voyant investy & emplumé des despoüilles de son ennemy, devint assez insolent, & trop haut à la main30.

Il apparaît dans d’autres récits et annonce parfois des bribes de « psychorécits » :

  • 31 Ibid., chap. 16, « D’un fils qui trompa l’avarice de son pere », p. 199-201. C’est moi qui souligne

Ce fils voyant tant d’honnestes voyages de se passer sans estre employé aux belles charges et entreprises de guerre, non pour la religion […] ains contre ceux qui nous tiennent à fausses enseignes les Provinces, Royaumes et Estats tous entiers. Il s’advise donc en ceste extreme necessité jouer un bon tour à la chicheté de son pere, et remettre sus l’honneur de ses ancestres et de sa maison, se faisant fort que les braves et galans hommes tiendroient son party, print a cest effect chez le marchant force draps noirs a credit31.

Ou encore, dans le même chapitre, mais dans un récit raconté cette fois par Polygame :

  • 32 Ibid., p. 208. C’est moi qui souligne.

Le Seigneur retourné à ses serviteurs plus viste que le pas, leur cela le fait, et se voyant en danger coucher à l’enseigne de l’estoile, envoye des siens pour prendre et apprester le logis32.

  • 33 Ibid., p. 209. C’est moi qui souligne.

Le maistre, qui se vouloit revancher, s’advisa y faire assez long sejour, parce qu’il y avoit de bon vin, vivres et gibiers à planté : et pour couvrir sa longue demeure, fit semblant d’estre malade, où madame, qui n’estoit qu’à dix ou douze lieues de là, fust tost venuë33.

18Le repérage des notations psychiques rencontrées dans les différents récits des Contes et Discours d’Eutrapel permet de faire le constat suivant : si la moisson n’est pas abondante, elle n’est pas non plus insignifiante et la célérité de la plupart des récits ne dispense pas les narrateurs de faire entendre non seulement les paroles de leurs personnages (procédé le plus fréquent), mais aussi, de temps à autre, leur voix intérieure.

19C’est toutefois dans la peinture des devisants eux-mêmes que se manifeste l’intérêt le plus vif pour la représentation de la vie intérieure ; le cas le plus frappant est celui de la figure d’Eutrapel, la mieux campée des trois compères qui échangent contes et discours.

L’eutrapélie, une posture psychique

  • 34 G.-A. Pérouse, Nouvelles françaises au XVIe siècle. Images de la vie du temps, Genève, Droz, 1977, (...)
  • 35 Sur les rapports entre Eutrapel et Francion, voir notamment A. Adam, préface des Romanciers du XVII(...)

20Selon Gabriel-André Pérouse, Du Fail aurait échoué dans « la tentative d’un comique d’humeur et de tempérament » et très vite, il n’aurait « plus bien su que faire de son titre »34. Dans une œuvre qui cultive la disparate et qui a été composée pendant de longues années, il est vrai qu’Eutrapel n’imprime pas son tempérament à l’ensemble du recueil comme le fait Francion – qui lui doit beaucoup35 – à l’ensemble du roman de Sorel qui porte son nom. Les chapitres où se distinguent sa voix et sa personnalité sont toutefois assez nombreux pour voir se dessiner une figure d’une certaine épaisseur bien que très complexe, nourrie de souvenirs livresques autant que d’expériences personnelles.

  • 36 Sur cette question, voir également M.-C. Thomine-Bichard, « Les avatars du genre facétieux : facéti (...)
  • 37 Aristote, Éthique à Nicomaque, trad. J. Barthélémy Saint-Hilaire revue par A. Gomez-Muller, Paris, (...)
  • 38 Les critiques n’ont pas manqué de relever cette incohérence, à commencer par E. Philipot dans son o (...)
  • 39 Aristote, Rhétorique, C.-É. Ruelle (trad.), Paris, Librairie générale française (Le Livre de Poche) (...)
  • 40 Ainsi, au chapitre 17, Lupolde incarne-t-il la définition de la vieillesse que donne Aristote, dire (...)
  • 41 Eutrapel apparaît dans le colloque intitulé Puerpera, ainsi que dans le Convivium fabulosum.
  • 42 D. Quéro, Momus philosophe, p. 303.
  • 43 On trouve dans Les Contes et Discours d’Eutrapel de nombreuses traces d’anti-italianisme.
  • 44 B. Castiglione, Le Livre du courtisan, trad. Gabriel Chappuis (1580), Paris, Flammarion (GF), 1991, (...)

21Lecteur d’Aristote, Du Fail a sans doute voulu donner visage humain36 à la notion d’eutrapelia qu’il avait rencontrée dans l’Éthique à Nicomaque37, tandis que l’esprit de liberté et d’impertinence que le devisant incarne souvent dans le recueil, à l’exception du dernier chapitre où sonne pour lui l’heure de la retraite38, illustre la définition aristotélicienne de la jeunesse39. Le va-et-vient est permanent : la référence aux autorités vient soutenir le discours à moins qu’elle ne le suscite40. D’autres influences de lecture sont visibles, en particulier celle d’Erasme qui, le premier, avait fait d’Eutrapel un devisant41. Le personnage de Du Fail a souvent bien du mal à incarner la mediocritas, cultivant une intempérance juvénile que vient lui reprocher son aîné, Polygame. Nous avons indiqué en ouverture ses ressemblances avec Momus et l’on pourrait aller plus loin en ce sens ; certes, Eutrapel ne va jamais jusqu’à exercer « le sarcasme moqueur et gratuit, l’esprit critique porté à son comble » qui caractérise le dieu de la raillerie, comme l’a noté Dominique Quéro42. C’est contre Lupolde que s’exerce à l’envi son esprit sarcastique, dans une entreprise de démolition satirique qui ouvre le recueil, prise en charge tout d’abord par le narrateur lui-même (dans l’ouverture du premier chapitre). On peut ajouter, quoique Du Fail s’en défende43, une influence italienne : le respect de la mesure dans la moquerie était prôné par Castiglione dans son Livre du courtisan44.

  • 45 Le Nouveau Testament de Jacques Lefèvre d’Étaples (Nice, 1525), Nice, Serre Éditeur, 2005.
  • 46 La Bible de Jérusalem, Paris, Éditions du Cerf, 1973.
  • 47 Traduction œcuménique de la Bible, Paris, Le Livre de Poche (La Pochothèque), 1996.

22L’eutrapélie renvoie ici à un éthos complexe, qui prend sa source en même temps qu’il se reflète dans l’histoire compliquée de la notion. L’eutrapelia est étymologiquement la « facilité à se tourner » ; presque toujours employé au figuré, le mot semble avoir eu primitivement un sens péjoratif, la « facilité à se tourner » connotant alors la « perfidie ». Appliqué à l’intelligence, l’adjectif suggère une agilité d’esprit, une souplesse qui peut être positive ou négative, dérivant alors vers la moquerie (sur laquelle s’interroge le Chapitre 33, « De la moquerie »). Dans l’Éthique à Nicomaque, Aristote la réserve aux gens d’esprit (eutrapeloi), qu’il oppose aux bouffons. Le sens péjoratif du mot est loin de disparaître et saint Paul, dans l’Épître aux Ephésiens (5, 4) condamne l’eutrapelia comme une forme de mauvaise plaisanterie qui ne convient pas au Chrétien : « Et [que] la fornication et toute souillure, ou avarice, ne soient point même nommées parmi vous, ainsi qu’il appartient à ceux qui sont saints, ou chose orde, ou parole folle, ou farcerie, qui ne sont point appartenantes à l’affaire, mais plutôt actions de grâces »45. Le terme de farcerie, dans la traduction de Lefèvre d’Étaples, rend le scurrilitas de la Vulgate et correspond à l’eutrapelia du texte grec originel ; le même terme est traduit ailleurs par « facéties » (Bible de Jérusalem46), « plaisanterie » ou « propos scabreux » (TOB47).

  • 48 M. Fumaroli remarque qu’il y a, à la Renaissance, une véritable « querelle de l’eutrapélie » (L’Âge (...)
  • 49 N. Du Fail, CDE, chap. 20, p. 290.
  • 50 Ibid., p. 294.

23Or, les devisants de Du Fail prennent position dans la querelle de l’eutrapélie48, Polygame reprenant, sans les citer, les mises en garde de saint Paul, tandis qu’Eutrapel plaide pour le parler libre et naturel, voire le parler cru : à Polygame, offensé par les contes licencieux qu’il vient d’entendre et « qu’il appelloit ords et sales, et offensans toutes saintes aureilles »49, il propose un vibrant éloge des « belles et salees meslanges »50 :

  • 51 Ibid., p. 291.

Et qui voudroit oster l’impieté et dangereux termes contenus aux livres de Plotin, Porphire, Lucrece, Lucien, et autres qui ont guerroié nostre Christianisme, les heresies et contradictions à iceluy, les polices de Platon et Aristote permettans tant de vilaines copulations : chastrer un Martial, comme quelqu’un a fait, un Terence, Suetone, Bocace en son Decameron, Poge Florentin, les Contes attribuez à la Royne de Navarre : à vostre avis ne seroient tels livres de vrais corps sans ame, un banquet de Diables où il n’y a point de sel, et dont le profit, qui est contraire au mal, ne se pourroit autrement tirer51.

  • 52 C’est, là aussi, le propre de la jeunesse selon Aristote : Rhétorique, II, 12, 14-15 (1389 b).

24Eutrapel a la vivacité d’esprit caractéristique de l’eutrapélie, une agilité qui s’inscrit dans ses discours comme elle implique une attitude, un mode de vie. Il en a aussi l’ambivalence, la frontière étant parfois mince, dans sa posture, entre le sourire et la méchanceté52. Ce personnage se veut libre et rêve de la plus parfaite transparence, mais dans le même temps son goût de la facétie le pousse parfois à soutenir des idées qui ne sont pas vraiment les siennes, et auxquelles il fait semblant d’adhérer pour donner le change ou pour titiller, voire provoquer ses interlocuteurs ; c’est le cas face à Lupolde, quand il soutient qu’il veut bien être cocu :

  • 53 N. Du Fail, CDE, chap. 12, p. 165-166. C’est moi qui souligne.

Eutrapel respondit que pour tous souhaits, sans prejudicier à sa liberté, il voudroit estre le plus riche cocu de France, pour avoir de l’argent tout son saoul, faire carous, jouer à trois dets, boire bon vin, hanter fillettes, et cuire ses petits pastez. Lupolde repliqua que tel souhait ne contenoit aucune marque de generosité et valeur, comme aussi il s’asseuroit qu’Eutrapel en avoit parlé en sa gausserie accoustumee, et non à bon escient53.

25Cette attitude paradoxale n’est pas sans rapport avec les définitions de l’ironie que propose Jankélévitch et Eutrapel semble jouer précisément le rôle de l’ironiste qui s’en prend à l’hypocrisie :

  • 54 V. Jankélévitch, L’Ironie, Paris, Flammarion (Champs), 1964, p. 121-122.

[l’ironiste] décide d’être faussement hypocrite pour que le vrai hypocrite redevienne loyal ; il renchérit donc sur l’hypocrisie et se joue de son jeu. En réalité, c’est l’hypocrite du premier degré qui a donné l’exemple ; il ne faut pas s’étonner – l’intelligence pouvant se dédoubler à l’infini – si cette première ruse en suscite une seconde qui berne la première ; car un malin trouve toujours plus malin que soi. […] Ainsi se joue entre ironistes et hypocrites une étonnante partie de cache-cache dans laquelle les consciences frauduleuses rivalisent d’ingéniosité ; c’est à qui dupera l’autre ; et il n’est pas rare que le fraudeur lui-même, s’embrouillant dans ses attrapes, tourne affolé entre l’apparence et l’être54.

  • 55 Formule de Rémond de Saint-Mard dans l’Éclaircissement de 1712 des Nouveaux Dialogues des Dieux, an (...)

26Le caractère d’Eutrapel est à mettre en rapport avec le choix par Du Fail de la forme souple du dialogue, qui permet de cultiver l’ambiguïté et de faire entendre différents points de vue, laissant le lecteur souvent incertain des opinions de l’auteur ; « le dialogue est un genre d’écrire badin, qui ne convient point à des idées trop graves », pourra-t-on dire au XVIIIe siècle55 et Polygame lui-même reconnaît cette vertu du dialogue, héritée de l’Antiquité :

  • 56 N. Du Fail, CDE, chap. 19, p. 260-261.

Eutrapel, dit Polygame en hontoyant, les anciens en leurs disputes, dialogues, et escholes ont tout à propos entremeslé, par une honneste familiarité, plusieurs gayes et facetieuses manieres de parler, fust à contredire l’autruy, ou confirmer le leur, ou pour n’embrasser l’une ou l’autre opinion56.

  • 57 E. Philipot établissait un rapport entre l’humeur d’Eutrapel, toujours en mouvement, et le style pr (...)

27L’eutrapélie peut donc être comprise aussi comme une posture littéraire57 : l’irrévérence d’Eutrapel à l’égard des conventions sociales va de pair avec les libertés que prend Du Fail avec les traditions littéraires ; ainsi l’agacement d’Eutrapel face aux mines affectées des mignons de Cour rejoint-il pleinement la réaction de l’auteur contre le style « précieux ». À la pastorale, au roman d’imagination et de sentiment, l’auteur oppose une réaction « réaliste » qui passe par l’affirmation d’un rire « gaulois » ; il s’agit de progresser vers le « vrai », de soulever les masques des hypocrites dans l’espoir d’atteindre la transparence rêvée par Momus, mais il va de soi que le parti-pris comique implique tout autant une stylisation, quoique d’un autre type, du réel.

Eutrapel autobiographe

  • 58 G.-A. Pérouse, Nouvelles françaises…, p. 337-338.

28Les critiques ont souligné depuis longtemps les liens étroits qui unissent Du Fail à son personnage et Gabriel-André Pérouse proposait de gloser ainsi le titre du dernier recueil : « Anecdotes et opinions de mon facétieux héros [Eutrapel] – c’est-à-dire finalement de moi-même, Du Fail, « feu seigneur de la Hérissaye » – sur les leçons de sa vie – c’est-à-dire de ma vie »58.

29Déjà dans Les Baliverneries, on pouvait repérer une tentation d’autobiographie avec la mise en place inaugurale du trio des devisants ; c’est là du reste une des grandes différences d’avec Les Propos rustiques, où le très jeune Du Fail mettait en scène des locuteurs avec lesquels il ne s’identifiait pas, mais par rapport auxquels il éprouvait une distance amusée.

  • 59 Selon la définition qu’en propose D.C. Cohn, Le propre de la fiction, C. Hary-Schaeffer (trad.), Pa (...)

30Les Contes et Discours d’Eutrapel proposent, en certaines pages, une autobiographie fictionnelle59 : Eutrapel, personnage fictif, évoque à la mémoire de ses compagnons, Lupolde et Polygame, des souvenirs de sa jeunesse (chapitres 25, 30 et 31 en particulier) ; le recueil de la maturité constitue aussi, dans une certaine mesure, une fiction autobiographique, puisqu’une remarque placée dans la bouche d’Eutrapel autorise à faire un rapprochement entre le personnage et l’auteur. Dans le dernier chapitre, qui voit s’accomplir sa retraite, Eutrapel récapitule ainsi son expérience de la vie champêtre :

  • 60 N. Du Fail, CDE, chap. 35, p. 550.

Aux bois, faisant rehausser mes fossez, mettre à la ligne mes pourmenoirs : et cependant outre cent musiques d’oiseaux, une batelee de contes rustiques par mes ouvriers : desquels sans faire semblant de rien, j’ay autrefois extrait et recueilli en mes tablettes le sujet et grace, et communiqué leurs propos, et mes balivernes au peuple, prenant l’Imprimeur, et renversant mon non de Leon Ladulfi60.

  • 61 P. de Lajarte, « La structure vocale des psychorécits… ».
  • 62 N. Du Fail, CDE, p. 239.

31C’est là que prend place un procédé qui ne connaît qu’une seule occurrence dans Les Contes et Discours d’Eutrapel, celui du discours intérieur au style direct, au demeurant assez rare dans les romans et nouvelles du XVIe siècle. Philippe de Lajarte61 a noté que ce type est l’apanage, dans la première moitié du XVIe siècle, « du seul et rare récit autobiographique » ; on le rencontre notamment dans les Angoysses douloureuses d’Helisenne de Crenne tandis que L’Heptaméron de Marguerite de Navarre n’en offre qu’un seul exemple. L’usage du procédé peut s’expliquer par le souci de vérité : en l’absence de la petite fenêtre évoquée par Lucien, le seul discours intérieur que l’on puisse vraisemblablement restituer est celui qu’on a soi-même prononcé. Sur un ton qui n’est pas sans rapport avec le récit picaresque, Eutrapel raconte au chapitre 18 son arrivée à la Cour, « bien boüillonneux et crotté, gelé et morfondu »62 et la terrible nuit qu’il a passée dans le lit infesté de poux et de puces d’une auberge, aux côtés d’un dormeur que son hôte lui a présenté comme un « honnorable homme […] revenu du soupper du Roy, tout fasché et las » ; la saveur du récit tient au contraste entre la trivialité de la situation (des bouteilles et des sacs encombrent le lit, le dormeur lâche « un gros pet de mesnage » et son sommeil n’est en rien perturbé par la saleté de la chambre) et la conviction d’Eutrapel, pourtant attentif à ne pas « se mesprendre », qu’il a affaire à quelque « bonne personne », « quelque gros Abbé ventru et pecunieux », ayant ses entrées à la Cour. Le récit de sa méprise est rendu vivant par les fragments de discours intérieurs qui en ponctuent les étapes :

  • 63 Ibid., p. 240-241. C’est moi qui souligne.

ainsi m’arraisonnant, et disant en moy-mesme, C’est quelque bon compagnon, et ses gens et serviteurs en ceste necessité de loger ont fait provision de quelques bribes, cervelats et jambons qu’ils ont joints et adherez à belles bouteilles63.

Ou encore :

  • 64 Ibid., p. 242. C’est moi qui souligne.

Vrayement, disois-je en discourant, ce bon pere en Dieu a bien fait ses affaires : il ne sent point tels alarmes nocturnes, et rigueurs de Droit, comme moy : ses lettres sont seellees, je le voy bien, et sa depesche faite, a prins congé de Monsieur et de Madame. Ainsi apres avoir Theologalement embasmé et charmé les puces, cum sociis suis, il dort sur toutes ses deux aureilles : ho ! Monsieur, mon precieux amy, que tu es trois et quatre fois heureux, qui optimam partem elegeris64.

32Le narrateur de ce récit rétrospectif nous fait partager son plaisir et s’amusant de ce quiproquo, il montre comment le soupçon va progressivement s’insinuer dans son esprit pourtant plein de conviction : le jeune Eutrapel, en proie aux morsures des poux et puces, décide de

  • 65 Ibid.

passer le reste de la nuit sur un banc, ayant tousjours ceste heresie et opinion, quelque chose qu’il y eust, n’offenser, tant peu fust, ceste scientifique personne, qui si extravagantement dormoit65.

33Lorsque son compagnon de chambre se met à jurer contre ceux qui lui ont volé sa vielle,

  • 66 Ibid., p. 243.

ces longues, et plusieurs fois repetees acclamations et interjections dolentes [l]e firent soubçonner, ou plustost croire qu’il resvoit66 ;

c’est bien tardivement que,

  • 67 Ibid., p. 244.

l’oyant continuër de fievre en chaud mal, rapportant les pieces du soir à celles du matin, [il] fi[t] [s]on compte d’avoir eu du vielleur pour [s]on argent67.

34Même s’il s’inscrit très librement dans le genre de la nouvelle, Du Fail est resté fidèle à la fonction thérapeutique qui la parcourt (guérir de la mélancolie par le divertissement et en particulier par le rire) et ce jusqu’à la fin de sa vie : en 1585, la seule note gaie est offerte, dans un climat politique sombre et dégradé, par la publication des Contes et Discours d’Eutrapel. Les implications de ce projet comique sur la représentation de la vie intérieure sont diverses : l’intention de faire rire conduit à une esthétique de la brièveté qui ne laisse que peu de place, nous l’avons vu, aux notations psychiques, les personnages des récits offrant surtout des tableaux de mœurs. Elle amène aussi Du Fail à construire un devisant, dont la fonction est d’abord de divertir par un tempérament typique de la jeunesse. En somme, l’écriture confère une éternelle jeunesse à Eutrapel et à travers lui à son créateur.

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Notes

1 D.C. Cohn, La transparence intérieure. Modes de représentation de la vie psychique dans le roman, Paris, Seuil, 1981 (éd. originale : Transparent Minds, Princeton, Princeton University Press, 1978) ; L. Sterne, Vie et opinions de Tristram Shandy, C. Mauron (trad.), Paris, Flammarion (GF), 1982, I, 23, p. 83.

2 N. Du Fail, Les Contes et Discours d’Eutrapel, Rennes, N. Glamet, 1586 (désormais abrégé en CDE), chapitre 27, p. 383.

3 Sur la fortune de ce motif chez les auteurs de la Renaissance, voir P. Guérin, « Momus sur son rocher : enquête sur la cause des tempêtes », in Vie solitaire, vie civile. L’Humanisme de Pétrarque à Alberti (Actes du XLVIIe colloque du CESR, 28 juin-2 juillet 2004), à paraître ; voir également D. Ménager, Le rire à la Renaissance, Paris, PUF, 1995, p. 100-105, P. Eichel-Lojkine, Excentricité et humanisme. Parodie, dérision et détournement des codes à la Renaissance, Genève, Droz, 2002, p. 49-90 et pour les siècles suivants (XVIIe et XVIIIe siècles), D. Quéro, Momus philosophe, Paris, Champion, 1995, en particulier les pages 295-297 et 348 sq.

4 N. Du Fail, CDE, p. 382-383.

5 Lucien, L’Assemblée des dieux, in Les œuvres de Lucian de Samosate philosophe excellent, non moins utiles que plaisantes : traduites du Grec, par Filbert Bretin aussonois, docteur en medecine. Repurgees de parolles impudiques et profanes, Paris, Abel L’Angelier, 1583, p. 789.

6 Ibid., p. 789.

7 N. Du Fail, CDE, p. 381.

8 Ibid., p. 374.

9 Ibid., p. 382.

10 Dans la traduction de Filbert Bretin (voir note 5), Lucien, Ermotin, ou des Sectes, p. 216.

11 D. Quéro, Momus philosophe, p. 300.

12 C’est une question dont débattent les devisants à la fin de la 5e journée de L’Heptaméron, N. Cazauran, S. Lefèvre (éd.), Paris, Gallimard (Folio Classique), 2000, p. 467. Sur ce passage, voir le commentaire de P. de Lajarte, « Le singulier, le paradigmatique, l’inorganique. Polarités narratives et structure de l’histoire dans les nouvelles de L’Heptaméron », Elseneur, no 24, 2009, Le singulier, le contingent, l’inattendu dans le récit factuel et le récit de fiction, p. 29-43 ; voir également M.-C. Thomine-Bichard, V. Montagne, L’Heptaméron de Marguerite de Navarre, Neuilly, Atlande, 2005, p. 183-185.

13 C’est un aspect que souligne P. Sellier, dans sa préface : Madame de La Fayette, La Princesse de Clèves, Paris, Librairie générale française (Classiques de Poche), 1999, p. 26.

14 Que l’on songe bien sûr à Rousseau ; voir les analyses de J. Starobinski dans Jean-Jacques Rousseau, la transparence et l’obstacle, Paris, Gallimard, 1971.

15 A. Kibédi Varga, « Le temps de la nouvelle », exposé inaugural du colloque de Metz (juin 1996), La nouvelle de langue française aux frontières des autres genres, du Moyen Âge à nos jours, V. Engel et M. Guissard (éd.), Ottignies, Quorum, 1997, p. 8-16, en particulier p. 13-16.

16 « Je considère le théâtre comme l’art de la silhouette ; ce n’est que dans le récit que l’homme acquiert la profondeur et la plénitude d’une réalité achevée », T. Mann, Versuch über das Theater, in Gesammelte Werke, Francfort, S. Fischer, 1960, X, p. 29 ; allégué par D.C. Cohn, La transparence intérieure…, p. 19.

17 C’est le cas par exemple au chapitre 5, dans l’échange, rapporté par Eutrapel, entre maître Jean le Clerc, chanoine de Dol et son curé de Mordelle (p. 79-81).

18 L’on retrouve donc ici, sur un autre plan, la source lucianesque : Les Contes et Discours d’Eutrapel, dans la lignée du Tiers Livre de Rabelais, pratiquent le mélange défini par Lucien du dialogue philosophique et de la comédie.

19 N. Du Fail, CDE, p. 186-187.

20 Sur cette question, voir A. Jouanna, L’idée de race en France au XVIe siècle et au début du XVIIe siècle, Montpellier, Presses de l’Université de Montpellier, 1981.

21 N. Du Fail, CDE, p. 230.

22 Ibid., chap. 31, p. 436.

23 Je renvoie ici aux analyses d’H. Gouhier (Le théâtre et l’existence, Paris, Vrin, 1952, p. 140-149), citées et commentées par V. Sternberg-Greiner (Le comique, Paris, Flammarion (GF), 2003, p. 127-132).

24 N. Du Fail, CDE, p. 160-161. C’est moi qui souligne.

25 Sur cette esthétique chez Du Fail, voir M.-C. Thomine-Bichard, Noël Du Fail conteur, Paris, Champion, 2001, p. 179 sq.

26 C’est le cas également au chapitre 11 où la querelle puis « l’accord entre deux gentils-hommes » (c’est le titre du chapitre) impliquent toute la maisonnée, femmes et domesticité. Les attitudes sont ici encore dépeintes de l’extérieur, avec une insistance sur les gestes des protagonistes, qui sont imités de leurs serviteurs.

27 M.-C. Thomine-Bichard, « Le fait singulier dans Les Contes et discours d’Eutrapel de Noël Du Fail », Elseneur, no 24, 2009, p. 45-64, en particulier p. 54-55.

28 P. de Lajarte, « La structure vocale des psychorécits dans les nouvelles de L’Heptaméron », in Les visages et les voix de Marguerite de Navarre (Actes du colloque de Duke University, 10-11 avril 1992), M. Tetel (éd.), Paris, Klincksieck, 1995, p. 79-96.

29 N. Du Fail, CDE, p. 48. C’est moi qui souligne.

30 Ibid., p. 51. C’est moi qui souligne.

31 Ibid., chap. 16, « D’un fils qui trompa l’avarice de son pere », p. 199-201. C’est moi qui souligne.

32 Ibid., p. 208. C’est moi qui souligne.

33 Ibid., p. 209. C’est moi qui souligne.

34 G.-A. Pérouse, Nouvelles françaises au XVIe siècle. Images de la vie du temps, Genève, Droz, 1977, p. 337-338, note 141.

35 Sur les rapports entre Eutrapel et Francion, voir notamment A. Adam, préface des Romanciers du XVIIe siècle, Paris, Gallimard (La Pléiade), 1958, p. 26-31.

36 Sur cette question, voir également M.-C. Thomine-Bichard, « Les avatars du genre facétieux : facétie et eutrapélie chez Noël Du Fail », in La nouvelle de langue française…, p. 122-135 ; et la conclusion de mon ouvrage Noël Du Fail conteur, p. 383-389.

37 Aristote, Éthique à Nicomaque, trad. J. Barthélémy Saint-Hilaire revue par A. Gomez-Muller, Paris, Librairie générale française (Le Livre de Poche), 1992, IV, 8, 6 (1128 a) ; pour une analyse de la notion, voir notamment J. Perrenoud-Wörner, Rire et sacré : la vision humoristique de la vérité dans L’Heptaméron de Marguerite de Navarre, Genève, Slatkine, 2008, p. 27-42.

38 Les critiques n’ont pas manqué de relever cette incohérence, à commencer par E. Philipot dans son ouvrage La vie et l’œuvre littéraire de Noël Du Fail, gentilhomme breton, Paris, Champion, 1914, p. 273.

39 Aristote, Rhétorique, C.-É. Ruelle (trad.), Paris, Librairie générale française (Le Livre de Poche), 1991, II, 12, 16 (1389 b) ; et pour les vieillards, II, 13, 3 (1390 a). Voir aussi le passage sur la plaisanterie, III, 18, 7 (1419 b).

40 Ainsi, au chapitre 17, Lupolde incarne-t-il la définition de la vieillesse que donne Aristote, directement allégué, à propos d’une « jeune chouette advantureuse » (p. 218) ; on reconnaît là la désinvolture plaisante avec laquelle Du Fail traite ses sources.

41 Eutrapel apparaît dans le colloque intitulé Puerpera, ainsi que dans le Convivium fabulosum.

42 D. Quéro, Momus philosophe, p. 303.

43 On trouve dans Les Contes et Discours d’Eutrapel de nombreuses traces d’anti-italianisme.

44 B. Castiglione, Le Livre du courtisan, trad. Gabriel Chappuis (1580), Paris, Flammarion (GF), 1991, II, L, p. 171-172.

45 Le Nouveau Testament de Jacques Lefèvre d’Étaples (Nice, 1525), Nice, Serre Éditeur, 2005.

46 La Bible de Jérusalem, Paris, Éditions du Cerf, 1973.

47 Traduction œcuménique de la Bible, Paris, Le Livre de Poche (La Pochothèque), 1996.

48 M. Fumaroli remarque qu’il y a, à la Renaissance, une véritable « querelle de l’eutrapélie » (L’Âge de l’éloquence, Paris, Albin Michel, 1994, p. 333, note 270).

49 N. Du Fail, CDE, chap. 20, p. 290.

50 Ibid., p. 294.

51 Ibid., p. 291.

52 C’est, là aussi, le propre de la jeunesse selon Aristote : Rhétorique, II, 12, 14-15 (1389 b).

53 N. Du Fail, CDE, chap. 12, p. 165-166. C’est moi qui souligne.

54 V. Jankélévitch, L’Ironie, Paris, Flammarion (Champs), 1964, p. 121-122.

55 Formule de Rémond de Saint-Mard dans l’Éclaircissement de 1712 des Nouveaux Dialogues des Dieux, analysé par D. Quéro, Momus philosophe, p. 373.

56 N. Du Fail, CDE, chap. 19, p. 260-261.

57 E. Philipot établissait un rapport entre l’humeur d’Eutrapel, toujours en mouvement, et le style primesautier de Du Fail : La vie et l’œuvre littéraire de Noël Du Fail…, p. 272-273.

58 G.-A. Pérouse, Nouvelles françaises…, p. 337-338.

59 Selon la définition qu’en propose D.C. Cohn, Le propre de la fiction, C. Hary-Schaeffer (trad.), Paris, Seuil, 2001, p. 35-63, note 27 : elle entend par « autobiographie fictionnelle » un « roman dans lequel un narrateur fictionnel fait un compte rendu rétrospectif de sa vie, et non une œuvre prétendument fondée sur la vie de son auteur ». Elle réserve l’expression « fiction autobiographique » à des œuvres d’inspiration autobiographique.

60 N. Du Fail, CDE, chap. 35, p. 550.

61 P. de Lajarte, « La structure vocale des psychorécits… ».

62 N. Du Fail, CDE, p. 239.

63 Ibid., p. 240-241. C’est moi qui souligne.

64 Ibid., p. 242. C’est moi qui souligne.

65 Ibid.

66 Ibid., p. 243.

67 Ibid., p. 244.

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Pour citer cet article

Référence papier

Marie-Claire Thomine-Bichard, « Quelle représentation de la vie psychique chez les conteurs facétieux ? »Elseneur, 25 | 2010, 15-32.

Référence électronique

Marie-Claire Thomine-Bichard, « Quelle représentation de la vie psychique chez les conteurs facétieux ? »Elseneur [En ligne], 25 | 2010, mis en ligne le 15 avril 2024, consulté le 23 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/elseneur/651 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/elseneur.651

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Auteur

Marie-Claire Thomine-Bichard

Université de Paris IV – Sorbonne

Marie-Claire Thomine-Bichard, ancienne élève de l’ENS, est maître de conférences à l’Université de Paris – Sorbonne (Paris IV). Ses travaux portent sur la langue et la littérature françaises du XVIe siècle. Principales publications : Noël Du Fail conteur (Paris, Champion [Études et essais sur la Renaissance], 2001) ; Pierre de Ronsard, Les Amours (Paris, PUF [Études littéraires], 2001) ; participation à l’édition critique des Œuvres complètes de Marie de Gournay, sous la direction de Jean-Claude Arnould et al. (Paris, Champion, 2002, t. I  et II) ; Marguerite de Navarre, L’Heptaméron, en collaboration avec Véronique Montagne (Neuilly-sur-Seine, Atlande [Clefs Concours, Lettres XVIe siècle], 2005) ; Grammaire du français de la Renaissance (Étude morphosyntaxique), en collaboration avec Sabine Lardon (Paris, Garnier [Classiques], 2009). Travaux en cours : édition critique des Contes et Discours d’Eutrapel de Noël Du Fail.

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