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Comptes rendus

Lectures critiques du romantisme au XXe siècle, Victoire Feuillebois, José-Luis Diaz (dir.)

Samantha Caretti
p. 155-157
Référence(s) :

Lectures critiques du romantisme au XXe siècle, Victoire Feuillebois, José-Luis Diaz (dir.), Paris, Classiques Garnier (Rencontres ; 362), 2018, 257 p., ISBN 978-2-406-08069-5.

Texte intégral

  • 1 Paul Rozenberg, Le Romantisme anglais : le défi des vulnérables, Paris, Larousse, 1973, p. 36.

1Le romantisme n’est pas mort au XXe siècle. Les débats théoriques et nouveaux courants critiques dont rendent compte ces Lectures critiques du romantisme au XXe siècle attestent en effet de l’intérêt passionné de l’époque pour la question romantique. Il ne s’agit pas tant d’accréditer l’idée d’une continuation du mouvement littéraire qui a marqué la première moitié du XIXe siècle que de révéler la pleine conviction qu’au XXe siècle, il est encore « nécessaire et possible de penser le romantisme »1, ainsi que l’écrivait Paul Rozenberg.

  • 2 Victoire Feuillebois, « Le romantisme des comparatistes (1900-1960) », in Lectures critiques du rom (...)

2Cet ouvrage, dirigé par José-Luis Diaz et Victoire Feuillebois, rassemblant les actes d’une journée d’étude s’étant tenue en février 2015 au musée de la Vie romantique à Paris, s’inscrit pleinement dans une réflexion historique récente menée par la Société des études romantiques et dix-neuviémistes (SERD) autour du XIXe siècle vu par le XXe siècle, et plus particulièrement autour du romantisme, devenu « un objet critique chaud »2 au XXe siècle, tantôt modèle, tantôt contre-modèle.

3Conscient de ne pouvoir offrir une vision pleinement synthétique et exhaustive, ce collectif propose un éclairage à vocation panoramique des différentes lectures de critiques et théoriciens de la littérature comme autant de perspectives remodelant, réinventant et réécrivant l’histoire du romantisme, genre des plus féconds depuis l’écriture des souvenirs littéraires de la génération romantique. Si l’historiographie du XIXe siècle a déjà fait l’objet d’analyses et de travaux, nul ne s’était encore attelé à un tel panorama critique des relectures rétrospectives du romantisme par le XXe siècle ; exercice non des plus aisés puisqu’il implique, de par le format même de la journée d’étude, sélection et disparité. Aussi les différentes communications n’adoptent-elles pas tout à fait la même focale : certaines, soucieuses d’obéir au vœu d’un tableau qui ne soit pas trop lacunaire, prennent le parti panoramique et s’intéressent à un large corpus déterminé par une période ou un espace donné ; d’autres préfèrent approfondir minutieusement et ponctuellement certaines expériences de lecture, et notamment du romantisme allemand. L’enjeu est de taille et admirablement relevé, car il n’est de grands critiques littéraires du XXe siècle ayant pensé le romantisme qui soient oubliés, de Paul Bénichou à Pierre Barbéris, d’Albert Thibaudet à Émile Deschanel, de Pierre Moreau à Paul Van Tieghem, d’Henri Peyre à René Wellek, ou encore de Denis de Rougemont à René Girard. Il ne s’agit cependant pas seulement de proposer une succession d’analyses de la pensée de ces théoriciens et critiques, mais aussi de révéler des manques et maladresses émaillant certaines interprétations pourtant considérées comme des références, ainsi de l’analyse biaisée de Gadamer à propos de Schleiermacher, ou de mettre à distance des partis pris idéologiques aujourd’hui quelque peu datés, tel l’enthousiasme militant d’un Pierre Barbéris.

4De cet ensemble de lectures et interprétations du romantisme dans le courant du XXe siècle émanent différentes pensées contemporaines. Chaque positionnement critique correspondant à un contexte historique rend ainsi compte d’une récupération idéologique à la fois littéraire, politique, sociologique et culturelle, et atteste indiscutablement de la polysémie et de la mobilité du mot « romantisme », autant que de la pluralité de ses réalités. Ces réinventions continuelles du romantisme – quoique parfois contradictoires avec le discours général de l’époque – à l’échelle européenne et dans chaque nation, permettent à la fois de repenser l’esthétique romantique d’un siècle passé, mais peut-être aussi d’éclairer l’ethos même de la modernité.

5L’ouvrage s’organise en quatre parties, précédées d’une introduction par les directeurs José-Luis Diaz et Victoire Feuillebois. L’organisation n’est ni tout à fait chronologique, ni tout à fait géographique, mais conserve néanmoins le souci de situer dans le temps et l’espace les différentes approches du romantisme. Ainsi, la première partie s’intéresse aux critiques du début du siècle dans une perspective apparemment chronologique, et la deuxième, aux lectures et appropriations du romantisme allemand. Le plan de l’ouvrage choisit donc de suivre la progression d’une réflexion autour du problème romantique repensé par le XXe siècle. Les articles de Matthieu Vernet et de Victoire Feuillebois cherchent tout d’abord à réfléchir au rôle fondamental que joue le romantisme au sein des débats théoriques français du début du siècle et à l’envisager comme un mythe possible. Puis, les expériences de relectures du romantisme allemand par Patrick Marot, Philippe Forget et Éric Lecler rendent compte de l’intérêt de la critique du XXe siècle pour certaines notions et conceptions romantiques, mais aussi d’appropriations individuelles – plus ou moins préjudiciables – dont elles vont faire l’objet, témoignant en cela de la variété et de la pluralité des réceptions du romantisme. Mais pour mieux approcher l’objet romantique, toujours fuyant et indéfinissable, José-Luis Diaz, à partir des synthèses entreprises individuellement ou collectivement par la génération de 1970, Yvon Le Scanff, en envisageant le sublime comme un paradigme paradoxalement romantique, et Mark Sandy, à travers un vaste panorama des perspectives anglo-saxonnes, se proposent de redéfinir, reconstruire et conceptualiser le romantisme. Enfin, dans une dimension plus largement culturelle, Serge Zenkine, ainsi que Michael Löwy et Robert Sayre, s’attachent à montrer que le romantisme n’est pas seulement un phénomène littéraire, et que ses manifestations s’étendent aux domaines de la philosophie, de la religion, du droit, de la pensée politique et de l’historiographie, au point d’influencer certains mouvements de la révolte culturelle au XXe siècle.

6On saluera la volonté collective de penser le romantisme dans sa réception critique comme un phénomène éminemment européen. Grâce à la diversité des contributeurs, des points de vue, des espaces envisagés au sein des réflexions panoramiques, grâce aux différentes approches et conceptualisations du romantisme selon les aires culturelles, il devient donc possible de saisir les divergences culturellement explicables et les convergences transversales entre les différents romantismes. Cependant, si les points de vue anglo-saxons (Mark Sandy), et allemands (Patrick Marot, Éric Lecler et Philippe Forget), enrichissent les connaissances au sujet de la réception critique étrangère du romantisme au XXe siècle, le tableau européen n’est pas tout à fait complet. Quoique la présence privilégiée de ces points de vue se justifie par l’étendue de l’influence de l’Allemagne et de l’Angleterre dans l’histoire du romantisme littéraire, il n’en reste pas moins qu’une ouverture à d’autres lectures et littératures romantiques européennes – notamment italiennes, espagnoles voire russes si on choisit de d’inclure la Russie – enrichirait ce premier panorama et découvrirait peut-être de nouvelles problématiques de lectures.

7Ce travail d’historicisation du regard critique, visant à réfléchir au statut et à la place des études sur le romantisme dans le champ intellectuel contemporain, n’est pas sans appeler des contributions futures, ainsi que le formulait lui-même José-Luis Diaz, de même que de nouvelles synthèses sur le romantisme depuis 1970, afin de prolonger le bilan rétrospectif déjà engagé par cet ouvrage. Un tel atelier de réflexion donne donc bien la preuve que le chantier du romantisme reste aujourd’hui encore toujours actif et ouvert.

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Notes

1 Paul Rozenberg, Le Romantisme anglais : le défi des vulnérables, Paris, Larousse, 1973, p. 36.

2 Victoire Feuillebois, « Le romantisme des comparatistes (1900-1960) », in Lectures critiques du romantisme au XXe siècle, Victoire Feuillebois, José-Luis Diaz (dir.), Paris, Classiques Garnier (Rencontres ; 362), 2018, p. 38.

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Pour citer cet article

Référence papier

Samantha Caretti, « Lectures critiques du romantisme au XXe siècle, Victoire Feuillebois, José-Luis Diaz (dir.) »Elseneur, 35 | 2020, 155-157.

Référence électronique

Samantha Caretti, « Lectures critiques du romantisme au XXe siècle, Victoire Feuillebois, José-Luis Diaz (dir.) »Elseneur [En ligne], 35 | 2020, mis en ligne le 05 janvier 2023, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/elseneur/390 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/elseneur.390

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