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Comptes rendus

Céline Léger, Jules Vallès, la fabrique médiatique de l’événement (1857-1870)

Justine Richard
p. 167-169
Référence(s) :

Céline Léger, Jules Vallès, la fabrique médiatique de l’événement (1857-1870), Paris, Presses universitaires de Saint-Étienne (Le XIXe siècle en représentation[s]), 2021, 490 p.

Texte intégral

  • 2 La civilisation du journal. Histoire culturelle et littéraire de la presse française au XIXe siècle(...)

1Issu de la thèse qu’elle a soutenue en 2017, l’ouvrage de Céline Léger propose une étude de la production précommunarde vallésienne pour comprendre les enjeux de la notion d’événement avant 1871. On connait en général Jules Vallès par les mythes qui entourent celui que l’on pensait « mort avec cette Commune dont il avait été un des plus ardents soutiens »2. L’originalité de l’étude consiste à penser la production journalistique de Vallès entre 1857, date de son entrée en littérature, et avril 1870, date à laquelle son journal La Rue disparaît.

  • 3 Ibid., p. 39.
  • 4 Ibid., p. 49.

2Dans une première partie Céline Léger s’attache à montrer comment Vallès remet en cause les « artefacts culturels »3 : les monuments concrets, et les monuments symboliques et immatériels que sont la figure du grand homme et le haut fait. Elle s’intéresse notamment à la dénonciation par Vallès du mythe construit autour des concepts que sont la gloire, « caution illégitime de la guerre »4, l’héroïsme et l’exploit. Céline Léger inscrit ainsi Vallès dans une lignée d’écrivains pamphlétaires, idée illustrée à travers deux exemples de concepts spécieux : la gloire guerrière et le combat d’honneur ; un choix adéquat puisqu’il s’agit d’un événement d’ordre public et un autre d’ordre privé, tous deux régulièrement médiatisés.

  • 5 Les Bohèmes, 1840-1870. Écrivains, journalistes, artistes, Jean-Didier Wagneur et Françoise Cestor  (...)

3Céline Léger n’oublie pas de mettre en perspective les positions de Vallès avec celles de ses contemporains et prédécesseurs, notamment Dumas père, qui fait partie, comme Vallès « des individualités » qui « ont saisi la force du média et sont des créateurs de journaux »5. Cette comparaison permet d’interroger le caractère partial du témoignage vallésien au regard des choix médiatiques des autres écrivains du siècle. Céline Léger montre d’ailleurs comment Vallès démonte les informations fallacieuses dont les journaux sont encombrés, notamment à l’égard des nomades. On le sait, l’écrivain au XIXe siècle trouve un écho dans la figure du saltimbanque, que Vallès ne manque pas de défendre.

4Dans une deuxième partie, en s’intéressant à la question de la violence, Céline Léger présente comment à l’ennui séculaire répond l’inclination de Vallès pour l’action et les coups d’éclat. Cette partie permet de comprendre comment ce parti pris influence la production journalistique vallésienne. Dans un chapitre retraçant la construction progressive de la carrière de pamphlétaire de Vallès, Céline Léger démontre comment ce dernier va progressivement tenter de mobiliser les leviers d’une écriture attrayante, notamment par le biais de l’humour, pour convaincre son lecteur. On voit ainsi comment Vallès se positionne par rapport à ses contemporains et à quels modèles – ou contre-modèles – il se réfère pour jauger sa propre production. L’étude de la sociabilité littéraire de Vallès et une mise en perspective au regard du reste de la production contemporaine mettent en lumière les spécificités de la posture vallésienne, notamment vis-à-vis du corps et de l’activité physique. À rebours de ses contemporains – les frères Goncourt pour ne citer qu’eux –, Vallès envisage le corps dans une perspective pratique et met en avant sa perfectibilité. L’événement sportif prend alors toute sa place dans la production de Vallès, qui devient l’un des premiers chroniqueurs sportifs.

  • 6 Ibid., p. 249.
  • 7 Céline Léger, Jules Vallès…, p. 305.
  • 8 Jules Vallès, « La rue », La Rue. Paris pittoresque et populaire, no 1, 1er juin 1867, [p. 1], disp (...)

5Dans une troisième partie, Céline Léger s’intéresse à l’implication émotionnelle personnelle de Vallès et à sa vocation de « journaliste-historien »6, ainsi qu’à la façon dont le reportage permet tout autant de se dire qu’il permet de dire quelque chose. Vallès propose un autoportrait en creux à travers les histoires qu’il décide de raconter. Cette dernière partie achève de démontrer que le choix, le traitement et la restitution de l’événement dans la presse ne sont pas indépendants de l’individualité du journaliste. Céline Léger met notamment en lumière les procédés d’identification de Vallès aux sujets de ses reportages et interlocuteurs de ses interviews, genres nouveaux qu’il inaugure avec des personnages emblématiques comme Pierre-Roch Vigneron, peintre qui laissera sa « trace »7 dans la trajectoire personnelle du journaliste. Le protocole de Vallès et sa méthodologie de travail sont directement associés à ce goût pour l’intime. Céline Léger montre notamment en quoi la reconstitution de l’événement est modelée par le sentiment qu’a Vallès de la nécessité d’écrire pour ne pas oublier. La vocation mémorielle de la narration de l’événement chez Vallès entre directement en résonnance avec sa volonté d’écrire ce qu’il appelle les « mémoires [d’un] peuple »8.

6L’ouvrage de Céline Léger se propose donc d’explorer ce qui était jusqu’ici un impensé de la production vallésienne. Céline Léger réussit en effet à interroger la production précommunarde de Vallès sans que celle-ci ne se retrouve éclipsée par les événements de 1871, dont il n’est question qu’à de très rares moments.

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Notes

2 La civilisation du journal. Histoire culturelle et littéraire de la presse française au XIXe siècle, Dominique Kalifa, Philippe Régnier, Marie-Ève Thérenty et Alain Vaillant (dir.), Paris, Nouveau Monde éditions (Opus Magnum), 2011, p. 8.

3 Ibid., p. 39.

4 Ibid., p. 49.

5 Les Bohèmes, 1840-1870. Écrivains, journalistes, artistes, Jean-Didier Wagneur et Françoise Cestor (éd.), Seyssel, Champ Vallon (Les Classiques), 2012, p. 508.

6 Ibid., p. 249.

7 Céline Léger, Jules Vallès…, p. 305.

8 Jules Vallès, « La rue », La Rue. Paris pittoresque et populaire, no 1, 1er juin 1867, [p. 1], disponible sur https://0-gallica-bnf-fr.catalogue.libraries.london.ac.uk/ark:/12148/bpt6k15220758 [consulté le 8 septembre 2021], cité dans Céline Léger, Jules Vallès…, p. 375.

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Pour citer cet article

Référence papier

Justine Richard, « Céline Léger, Jules Vallès, la fabrique médiatique de l’événement (1857-1870) »Elseneur, 36 | 2021, 167-169.

Référence électronique

Justine Richard, « Céline Léger, Jules Vallès, la fabrique médiatique de l’événement (1857-1870) »Elseneur [En ligne], 36 | 2021, mis en ligne le 05 janvier 2023, consulté le 17 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/elseneur/348 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/elseneur.348

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Auteur

Justine Richard

Université de Caen Normandie

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Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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