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Contribution à l’étude du discours rapporté direct à la Renaissance : le discours adressé dans La Franciade de Ronsard

Contribution to the study of direct reported speech in the Renaissance: the addressed speech in Ronsard’s La Franciade
Sabine Lardon
p. 97-118

Résumés

Dans La Franciade (ici étudiée dans sa version initiale de 1572), Ronsard alterne récit et discours rapporté direct de manière à peu près équitable. Cette étude observe (en particulier à travers les exemples du livre I puis du livre IV) comment les passages en discours rapporté direct s’insèrent, typographiquement et syntaxiquement, au sein de la narration, mais dégage également les enjeux poétiques de ces discours, qui relèvent de la « description » et contribuent, au même titre que les récits avec lesquels ils entrent en interaction, à la progression de l’action.

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Texte intégral

  • 1 Claude Garnier, Livre de la Franciade, à la suite de celle de Ronsard, s.l., s.n., 1604 [ajout d’un (...)
  • 2 Paris, Gabriel Buon, 1572. Ronsard en donne une édition « reveue, corrigée et augmentée » en 1573 ( (...)

1En 1572, Ronsard publie sa Franciade sous une forme restée inachevée et transitoire (malgré les efforts de quelques continuateurs1) signalée par le titre : Les quatre premiers livres de La Franciade. Au roy. Tres-chrestien, Charles, neufieme de ce nom. Par Pierre de Ronsard, Gentilhomme Vandomois2. Il s’agit donc, en l’état, d’un poème héroïque, c’est-à-dire épique, composé de quatre livres en décasyllabes à rimes plates.

2Le récit des aventures de Francus, également appelé Francion, s’ouvre sur une adresse du Poète à sa Muse (v. 1-16) :

Muse qui tiens les sommets de Parnasse,
Guide ma langue, & me chante la race
Des Roys Françoys yssuz de Francion
[…]
De ce Troyen raconte moy les maux,
[…]
Charles mon Prince, enflez moy le courage,
En vostre honneur j’entrepren cet ouvrage
(v. 1-3, 7 et 12-13)

D’une certaine manière donc, la fureur poétique fait de l’ensemble de l’œuvre la transposition des chants de la Muse, selon une conception haute du poète inspiré. Ceci toutefois ne concerne pas notre sujet dans la mesure où le récit qui s’ouvre ensuite ne porte aucune marque de discours rapporté et se présente comme un énoncé détaché de sa situation d’énonciation, pris en charge par un narrateur anonyme, quand bien même le poète en revendique ouvertement et initialement la paternité :

Desja vingt ans avoient franchi carriere,
Depuis le jour que la Grece guerriere
Avoit brulé le mur Neptunien
(v. 17-19)

3En revanche, dès son ouverture, le poème épique est jalonné de prises de parole citées en discours rapporté direct, la première étant annoncée dès le vers 20 (I, v. 20 à 32), avant de s’ouvrir au vers 33 et de s’étendre sur 124 vers (vers 33 à 156) :

Quand du haut Ciel le grand Saturnien
Jettant les yeux dessus Troye deserte,
Fut courroucé d’une si grande perte :
D’un chef despit sa perruque esbranla,
Puis au Conseil tous les Dieux apela.
(v. 20-24)

Jupiter y prend d’abord le rôle du narrateur pour résumer l’attaque de Troie et révéler comment il y a substitué « une feinte » (v. 108) au fils d’Hector pour le sauver de Pyrrhe, d’où la révélation du vers 141 : « Car Francus vit » et l’injonction finale « Je veux qu’il aille où son destin l’apelle / Tige futur d’une race si belle : / Sans plus en vain consommer son loisir / Parte delà : tel est nostre plaisir. » (v. 153-156). Ce discours rapporté du roi de l’Olympe prend donc immédiatement le relais du « poëte » pour camper une nouvelle situation initiale, rétrospective (elle nous ramène vingt ans plus tôt lors de la chute de Troie) et introduire un nouvel événement perturbateur (l’ordre de Jupiter qui va décider de toute l’action de la Franciade en projetant Astyanax, devenu Francus, sur les mers pour accomplir sa destinée). Ronsard se justifie de ce choix dans l’épître « Au Lecteur » de 1572, anticipant des reproches concernant ce long discours de Jupiter (p. 10).

4Dans le livre I, récit et discours se répartissent ainsi de manière à peu près équitable : 50,52 % de récit contre 49,47 % de discours rapporté (soit respectivement 630,5 et 617,5 vers sur 1248, dont 29 vers de discours rapporté enchâssé dans un discours rapporté), une proportion que l’on retrouve dans le livre III où la narration occupe 52,76 % des vers contre 47,23 % pour le discours rapporté (soit respectivement 802 et 718 vers sur 1 520). Dans le livre II en revanche, la narration domine plus nettement sur le discours rapporté (respectivement 62,66 % et 37,33 %, soit 930 et 554 vers sur 1 484), tandis que dans le livre IV à l’inverse, le discours rapporté se fait omniprésent (avec 19,07 % pour la narration et 80,92 % pour le discours rapporté, soit respectivement 362 et 1 536 vers sur 1 898). D’où au total, sur les 6 150 vers des quatre premiers livres 44,58 % de narration (2 742 vers) et 55,41 % de discours rapporté direct (3 408 vers).

5Au début de sa « Preface sur La Franciade, touchant le Poëme Heroïque » (qui remplace l’épître « Au Lecteur » à partir de 1573), Ronsard, évoquant les vers alexandrins qui sentent trop leur prose, s’attarde sur les conditions stylistiques nécessaires au poème héroïque, destinées à l’éloigner du commun :

Au reste, ils ont trop de caquet [les vers alexandrins], s’ils ne sont bastis de la main d’un bon artisan, qui les face autant qu’il luy sera possible hausser, comme les peintures relevees, & quasi separer du langage commun, les ornant & enrichissant de Figures, Schemes, Tropes, Metaphores, Phrases & periphrases eslongnees presque du tout, ou pour le moins separees, de la prose triviale & vulgaire (car le style prosaïque est ennemy capital de l’eloquence poëtique) & les illustrant de comparaisons bien adaptees[,] de description florides, c’est à dire enrichies de passements, broderies, tapisseries & entrelacements de fleurs poëtiques, tant pour representer la chose, que pour l’ornement & splendeur des vers, comme ceste brave & tresexcellente description du Sacerdote de Cybele Cloreus, en l’onziesme livre des Æneides : & le catalogue des Capitaines envoyez à la guerre : puis la fin du septiesme livres des Æneides : & cette inveteree querelle de ces deux bonnes Dames Junon & Venus, au dixiesme. Relisant telles belles conceptions, tu n’auras cheveu en teste qui ne se dresse d’admiration. Et encore d’avantage, si tu lis attentivement le 8. du mesme autheur, quand Venus flatte & enjole son mary Vulcan pour le persuader de forger des armes à son fils Ænee. Dixerat, & niveis hinc atque hinc Diva lacertis, jusques au vers Hæc pater Æoliis properat dum Lemnius oris. Et davantage si tu lis ceste oraison indignee & farouche de Iarbas Jupiter [à] son pere, où tu verras un fœmina, un littus arandum, Et nunc ille Paris cum semiviro comitante, & cette lamentation miserable de la pauvre vieille, mere d’Euriale, voyant la teste de son fils fichee sur le haut d’une lance, il n’y a cœur si dur qui se peust contenir de pleurer. Et cette brave vanterie de Numanus, beau-frere de Turne, qui se commence Is primam ante aciem jusques à ce vers Talia jactantem dictis. & la colere d’Hercule tuant Cacus : & ceste lamentable plainte de Mezance sur le corps mort de son fils Lauzus, & mille autres telles ecstatiques descriptions, que tu liras en un si divin aucteur, lesquelles te feront Poëte. (p. 331-333)

  • 3 Laurence Rosier, Le discours rapporté. Histoire, théories, pratiques, Paris – Bruxelles, Duculot, 1 (...)
  • 4 Ibid., p. 43.

6Le terme de « description » encadre une liste d’exemples, tous empruntés à l’Énéide de Virgile. Or de ces dix exemples, huit embrassent la typologie des discours dans sa diversité : querelle, séduction, indignation, lamentations, jactance, colère… Ces précisions, poétiques et stylistiques, permettent de comprendre l’omniprésence de la parole dans La Franciade. Elle relève de la description, qui constitue la matière même de l’argument, et un ornement poétique nécessaire au registre haut du poème héroïque. Le discours rapporté constitue donc un cas particulier de description. C’est ce qui nous permet, dès lors, de comprendre le choix quasi exclusif du discours rapporté direct, dans la mesure où c’est la forme de discours qui décrit le mieux les paroles telles qu’elles sont supposées avoir été échangées (de manière réelle ou fictive). Le discours rapporté indirect demeure rare, voire exceptionnel dans les quatre livres et nous n’en avons relevé d’occurrences que dans le livre I (v. 467-477 et 485-492, soit 27,5 vers). Laurence Rosier rappelle la distinction, à l’origine rhétorique, entre oratio recta et oratio obliqua3, les rhéteurs distinguant la narration des événements, qui s’apparente à la production d’un discours historique (« discours du vrai », rapporté et pris en charge par un énonciateur faisant autorité) et la production de paroles d’un locuteur, conçue avant tout dans sa dimension fictive et relevant de la mimesis (« discours du faux qui devait produire l’illusion du vrai »4). Dans La Franciade, le discours rapporté direct fait ainsi partie intégrante de la fiction poétique, en décrivant les paroles des personnages ou des dieux.

7Cette présence massive du discours rapporté consacre également la dimension fondamentalement orale du poème héroïque. Le poète insiste d’ailleurs sur ce point à la fin de son épître « Au Lecteur » :

Je te supliray seulement d’une chose, lecteur, de vouloir bien prononcer mes vers & accomoder ta voix à leur passion, & non comme quelques uns les lisent, plustost à la façon d’une missive, ou de quelques lettres royaux que d’un Poëme bien prononcé : & te suplie encore derechef où tu verras cette merque ! vouloir un peu eslever ta voix pour donner grace à ce que tu liras. (p. 12)

  • 5 La pratique de la lecture est essentiellement à haute voix jusqu’au XVIIIe siècle.
  • 6 Dernière partie de l’art oratoire, l’action recouvre la performance du discours et concerne donc l’ (...)

Le propos ne concerne certes pas ici uniquement les descriptions de paroles, mais il montre que le poème est bien destiné à être d’abord lu à haute voix selon les usages de l’époque5, avec une intonation qui reflète sa dimension mimétique et participe de l’action au sens rhétorique du terme6. Cela rappelle que l’étymon grec du nom épopée dénote qu’il s’agit d’un chant poétique (epopoiía en version translittérée, construit à partir de epos, « récit ou paroles d’un chant » et de poiéô, « faire, créer »).

8Ces discours ne sont pas toujours interactifs, en ce que les échanges dialogués restent limités dans les trois premiers livres, mais sont néanmoins toujours adressés, et donc porteurs d’une dimension dialogique, a minima latente. Nous étudierons tout d’abord le marquage externe de ce discours rapporté direct, puis les marques internes de l’allocution et de l’interlocution.

Les marques externes du discours rapporté direct

Les marques typographiques

  • 7 C’est le cas, dans le livre I, aux vers 290, 696 et 794 (nous corrigerons le cas échéant entre croc (...)
  • 8 L’usage du point en fin de mouvement poétique (fin de verset suivi d’alinéa rentrant) connaît deux (...)

9D’un point de vue typographique, le discours rapporté direct est démarqué, dans l’édition de 1572 de La Franciade, par l’usage d’un signe de ponctuation, majoritairement fort (point que Paul Laumonier, dans son édition, modifie souvent en deux points7). Sur les seize occurrences du livre I, onze sont marquées par un point délimitant le passage du récit au discours en fin de mouvement8. Le début du discours rapporté direct coïncide dès lors avec le début d’un nouveau mouvement poétique marqué par un alinéa rentrant. La majuscule qui ouvre ce nouveau mouvement ne peut en revanche être analysée ici comme signe spécifique de démarcation, dans la mesure où elle est d’usage en tête de vers :

Les Dieux s’en vont, Jupiter ne bougea,
Puis de tels mots son espouse outragea.
« Or’ pour t’ouvrir, Junon, les destinées
Qui pour Francus au ciel sont ordonnées
Je te diray (si tu le veux sçavoir)
Que meint travail ce Troyen doit avoir.
[…] » (v. 163-168)

Cette démarcation fait que le récit introducteur et le discours rapporté constituent deux énoncés syntaxiquement indépendants juxtaposés, un syntagme cataphorique fonctionnant au besoin comme complément essentiel du verbe d’énonciation afin de clore syntaxiquement l’énoncé introductif. En outre, dans la quasi-totalité des cas, ce passage du récit au discours rapporté direct coïncide non seulement avec un changement de mouvement (marqué par l’alinéa rentrant), mais également de rime plate (nous n’en relevons, dans le livre I, qu’une seule exception au vers 854). Précisons enfin que la typographie de l’époque ignore l’usage des guillemets encadrants qui sont ici introduits pour le confort du lecteur moderne, conformément aux principes de ce numéro.

  • 9 L’édition de 1573 ouvre le discours rapporté au vers 1163 par une majuscule après deux points : « O (...)

10Dans trois cas sur seize, le discours rapporté direct débute en milieu de vers, au second hémistiche. La ponctuation faible (virgule suivie de minuscule au vers 352) ou moyenne (deux points suivis de majuscule ou minuscule, aux vers 1039 et 11639) opère une démarcation à la césure d’un vers de transition (énoncés citant / énoncé cité) qui n’ouvre pas forcément une nouvelle rime ou un nouveau mouvement.

11Dans l’édition de 1572 de La Franciade, l’usage typographique de la ponctuation marquant le passage du récit au discours rapporté semble ainsi répondre à des critères à la fois énonciatifs et poétiques : la ponctuation forte démarque un discours rapporté direct débutant un nouveau mouvement poétique sur un changement de rime, tandis qu’une ponctuation moyenne (ou faible) marque un discours rapporté débutant au second hémistiche d’un vers.

Les marques lexicales et syntaxiques

12D’un point de vue syntaxique, l’on peut observer différents cas de figure. Dans un premier cas, constituant la majorité des occurrences (douze dans le livre I), le discours rapporté est encadré par des indices à la fois lexicaux et syntaxiques : « parloit ainsi » / « Il dist ainsi » (v. 32 et 157) ; « Puis de tels mots son espouse outragea » / « Disant ainsi » (v. 164 et 287) ; « où l’apeloit son pere [.] » / « A peine eust dit » (v. 290 et 305) ; « Ce Dieu luy dist » / « Il n’avoit dit, que […] » (v. 352 et 383) ; « Et les honneurs de Cybelle dansoi. » / « Disant ces mots il redoubla la danse » (v. 416 et 449) ; « & ainsi le conseille » / « A peine eut dit » (v. 642 et 671) ; « puis en ce point a dit [.] » / « Il dist ainsi : » (v. 696 et 767) ; « & en ce point le tance [.] » / « Disant ainsi » (v. 794 et 831) ; « eschaufoit leur courage » / Tel aiguillon leur versa dedans l’ame » (v. 853 et 873) ; « puis Neptune apela » / « Neptune ouit la troyenne prier » (v. 1060 et 1077) ; « & ainsi le consolle. » / « A tant se teut » (v. 1086 et 1131) ; « Prioit ainsi » / « Comme il prioit » (v. 1163 et 1197). Le discours rapporté direct est ici signalé par des termes de parole qui l’encadrent en amont et en aval : « dire » au premier chef, mais également « parler », « outrager », « appeler », « conseiller », « tancer », « échaufer le courage », « consoler », « prier », auquel s’ajoute « danser » qui évoque par métonymie un hymne à la fois chanté et dansé. La présence de verbes annonçant la prise de parole et leur relative variété rappellent que la parole participe de l’argument du poème et des accidents qui le composent :

Au contraire, le Poëte heroïque invente & forge argumens tous nouveaux, faict entreparler les Dieux aux hommes & les hommes aux Dieux, faict haranguer les Capitaines comme il fault, descrit les batailles & assaults, factions & entreprises de guerre, se mesle de conjecturer les augures, & interpreter les songes, n’oublie les expiations & les sacrifices que l’on doit à la divinité. (« Preface sur La Franciade », p. 336)

  • 10 Antoine Fouquelin, La rhétorique française, in Traités de poétique et de rhétorique de la Renaissan (...)
  • 11 Sabine Lardon, « Contribution à l’étude du discours rapporté à la Renaissance. Le cas des conteurs  (...)

Nous avons vu en introduction que Ronsard mentionnait en préface l’exemple de l’Énéide en citant des exemples de discours variés. Dans sa Rhétorique française (1555) dont une majorité d’exemples emprunte à Ronsard, Antoine Fouquelin classe en premier lieu parmi les figures de sentence, la « demande ou réponse » : les demandes simples étant « Optation [souhait], Déprécation [requête, prière], Addubitation [expression du doute], Communication [délibération et consultation avec autrui] »10. La diversité des verbes de parole dans La Franciade attire donc l’attention sur la variété des actions et des descriptions que constituent les paroles rapportées, mais également sur la richesse rhétorique des figures et discours qui ornent le poème héroïque. C’est pourquoi l’on n’observe pas une semblable diversité lorsqu’on travaille sur d’autres corpus, en particulier en prose. Dans une étude sur le discours rapporté chez les romanciers et conteurs de la Renaissance, nous observions ainsi, à l’inverse que « [l]a particularité du discours rapporté [direct] de l’époque réside dans le peu de variété des verbes introducteurs, essentiellement limités à “dire” et à “répondre”, selon un usage en place depuis l’AF »11.

13Dans le livre I, le verbe d’énonciation n’est toutefois pas le seul marqueur de la figure. Dans cinq cas, le verbe d’énonciation encadrant est en outre accompagné d’un terme qui annonce le discours rapporté par cataphore en amont et le reprend par anaphore en conclusion : « ainsi », « tel », « en ce point » [de cette manière] ou encore le déterminant démonstratif « ces » ; dans trois cas, l’on a un terme cataphorique d’annonce (« ainsi ») et un marqueur temporel de retour à la narration (« à peine », « à tant », « comme ») ; dans deux cas (v. 853 / 873 et 1060 / 1077), l’on a absence de terme cataphorique d’annonce, mais reprise anaphorique (par les déterminants « tel » ou « la ») et dans deux autres cas (v. 290 / 305 et 352 / 383), l’on a absence toujours de terme cataphorique, mais formule temporelle de retour à la narration.

  • 12 Antoine Fouquelin, La rhétorique française, p. 413.
  • 13 Ibid.
  • 14 Ibid., p. 415.

14Évoquant la deuxième « figure de sentence », Fouquelin présente la « Prosopopée ou Sermocination, […] par laquelle nous de notre voix et action, contrefaisons, et représentons la voix et le personnage d’autrui ». Cette prosopopée est « pleine et parfaite […] quand toute la fiction est représentée par notre action »12. La première manière de prosopopée pleine est « continue » quand l’on rapporte les paroles ou pensées d’une seule personne sans interruption et elle constitue alors un « grand et insigne ornement d’éloquence, quand elle est bien contrefaite ». Or A. Fouquelin constate que « ceux qui sont bien versés et exercés en Rhétorique, ont coutume de faire un petit préambule »13 et font suivre la figure d’une « brève conclusion ». Et il donne cet exemple chez Ronsard (hymne I) : « “Elle, un peu s’accoudant de travers sur le bord, / Te fit cette requête.” Puis s’ensuit la figure. […] Auquel endroit, l’issue de cette Prosopopée est signifiée par ces mots, “Ainsi dit l’Allemagne” »14. La figure de prosopopée (au sens où la définit Fouquelin) se caractérise donc par une structure encadrante qui annonce son ouverture et signale sa conclusion. Cet effet d’encadrement du discours est en accord avec la dimension fondamentalement orale du discours poétique, destiné à la lecture à haute voix. Le signe de ponctuation fort et le changement de mouvement poétique se traduisent par un léger suspens dans la lecture, tandis que l’annonce du discours par un verbe d’énonciation et sa synthèse anaphorique marquant le retour à la narration explicitent le début et la fin du discours rapporté direct (aussi bien pour l’auditeur que pour le lecteur à haute voix, auquel Ronsard a conseillé de bien lire avec l’intonation).

15Un second cas de figure, minoritaire dans le livre I (quatre occurrences), consiste à marquer le relais énonciatif par une incise, au premier vers alors du discours rapporté (et non en amont).

Ce Dieu luy dist : « Oy le commandement
De Jupiter, qui courroucé m’envoye
Parler à toy par la celeste voye.
Va, m’a-t-il dit, où Francus est nourry,
[…]. » (v. 352-355)

Je vy Mercure arriver contre moy
Qui m’effroya du vouloir de ce Roy.
« Si tu n’as soing, dit-il, de ta lignée,
[…]. » (v. 735-737)

Cette Andromache à qui l’estomac fend
D’aize & d’ennuy, accoloit son enfant
A plis serrez, comme fait le l’hierre
Qui bras sur bras les murailles enserre.
« Mon fils, disoit, que tout seul j’ay conceu,
[…]. » (v. 959-963)

Hector avoit cette robe portée
[…] sans plus de parade servoit
Au cabinet, où les plus cheres choses
De ce grand Prince estoient toutes encloses.
La luy donnant, « prenez, dit-el, mon filz,
[…]. » (v. 1032 et 1036-1039)

  • 15 Jean-François Thomas, « De la narration au discours rapporté dans l’épopée : le cas de l’Énéide », (...)

16Les indices d’annonce dans la narration qui précèdent peuvent être dès lors moins explicites : « Oy le commandement / De Jupiter », « qui m’effroya du vouloir de ce Roy », voire absents (dans les deux discours rapportés d’Andromaque). En revanche, l’on retrouve des termes de clôture anaphoriques : « Pource, Helenin » (v. 368), « Tel est le vueil du grand maistre des Dieux » (v. 752), « Disant ainsi » (v. 1015) et « Ainsi pleurant, Francus elle accola » (v. 1043). Dans son étude sur le discours rapporté dans l’Énéide de Virgile, Jean-François Thomas parle en ce cas de « moyens minimaux » pour désigner les « procédés plus économiques qu’un verbe de parole centre de proposition »15, soit que les paroles s’enchaînent directement à la narration (cas peu fréquent), soit qu’une incise soit utilisée. Il précise que ce type d’enchaînement, minoritaire, semble également motivé (par exemple quand le locuteur est une ombre, image d’un dieu, ou que la prise de parole est rapide et soudaine). S’il n’en est pas de même chez Ronsard, l’on constate toutefois qu’il s’agit dans les deux premiers cas d’incise d’un discours enchâssé (d’où peut-être une volonté de démarquer les deux niveaux imbriqués de paroles rapportées directes) et qu’on a, dans le second, une scénarisation de la parole rapportée (embrassement d’Andromaque, puis don de la tunique), ce qui donne l’impression d’un enchaînement fluide du geste et de la parole de la mère éplorée.

  • 16 Pour une synthèse, l’on pourra consulter Laurence Rosier, « Le moyen français revisité par l’énonci (...)
  • 17 Jean-François Thomas dans « De la narration… » relève ainsi dans l’Énéide plusieurs moyens d’introd (...)

17Si la présence de démarcateurs externes s’observe également en moyen français16 ou dans un corpus contemporain en prose, la nature poétique du texte impose donc des contraintes spécifiques de disposition typographique et de versification, tandis que le genre élevé du poème héroïque amène une recherche stylistique de variété, observable à la diversité des verbes introducteurs et aux nuances du dispositif d’encadrement, en accord avec les modèles antiques (comme celui de l’Énéide)17.

Le marquage interne du discours adressé

Les marques de l’allocution

  • 18 Pour le détail, se reporter à l’annexe en fin d’article.

18Aux marques externes de relais énonciatif viennent s’ajouter des marques internes. Celles-ci apparaissent d’abord à l’ouverture du discours rapporté direct. Dans le livre I, douze occurrences s’ouvrent ainsi sur une marque d’allocution au premier vers, sous la forme d’une apostrophe, quatre sous la forme d’une injonction à la deuxième personne du singulier (impératif ou « falloir » + infinitif), trois sous la forme d’une interrogation à la deuxième personne du singulier ou du pluriel et trois sous la forme d’un terme à valeur d’embrayeur déictique ou modalisateur18. L’attaque du discours rapporté marque ainsi d’emblée qu’il s’agit d’un discours adressé, par la présence de marques d’allocution. Dès lors, la succession de discours rapportés directs dans les quatre livres de La Franciade rapproche le poème héroïque du poème dramatique, d’autant que l’auteur lui-même explique, dans sa « Preface sur La Franciade » que « la Poesie Heroïque […] est dramatique » (p. 343). Nous pouvons, à ce titre, comparer l’ouverture de La Franciade, sur un long récit rétrospectif de Jupiter racontant la chute de Troie, avec celle de La Troade de Robert Garnier (1579) qui s’ouvre sur une tirade pathétique d’Amital évoquant le même événement :

« Je n’ay jamais telle douleur receue
Pour les Mortels ne pour les Dieux conceue
Que je fy lors qu’on bruloit Ilion :
Quand le cheval enflé d’un million
D’hommes guerriers, de sa voute fermée
Versa dans Troye une moisson armée
D’espieux, d’escuz, de lances & de dards
Flambant
és mains des Argives soudards :
Non seulement les Dolopes gensdarmes
Passoient les corps par le tranchant des armes,
Mais noz maisons, sacrileges, pilloient
Et de leurs Dieux les autels despouilloient,
[…] »
(Ronsard, La Franciade, I, v. 33-44, nous détachons les points de comparaison)

  • 19 Nous citons d’après l’édition de Jean-Dominique Beaudin, Paris, Honoré Champion, 1999.

Quiconque a son attente aux grandeurs de ce monde,
[…]
Me vienne voir chetive, ô Troye ! et vienne voir
En cendres la grandeur que tu soulois avoir :
[…]
La flamme rougissante aux bastimens se lie,
Au sang de ses enfans Troye ard ensevelie,
Les palais orgueilleux du grand Laomedon
Fument loin, devorez du Dolope brandon :
Les temples on saccage, et le brasier de Troye
N’empesche le vainqueur de courir à la proye :
On la saccage
ardente, et le Soleil flammeux
La couvre enveloppé d’un nuage fumeux.
(Robert Garnier, La Troade, Acte I, v. 1, 7-8 et 25-32, nous détachons19)

Toutefois, même si épopée et tragédie présentent des points de contact (personnages royaux, registre élevé), l’argument en diffère dans la mesure où l’action de l’épopée concerne de hauts faits guerriers. Pris en charge par le roi de l’Olympe, le récit initial rétrospectif de la chute de Troie n’a pas pour but ici de consacrer la dimension tragique et pathétique de l’œuvre, mais au contraire de nous projeter vers un futur positif : la future destinée troyenne à laquelle est promis Francus, sauvé du massacre par Jupiter lui-même. En outre, dans l’épopée, la parole adressée n’est pas nécessairement interactive. On peut le voir, par exemple, dans les adieux d’Andromaque à son fils (v. 963 sq.), où les marques d’allocution sont omniprésentes. Pour autant, la dimension dialogique du discours reste latente en l’absence de réponse. À la fin du passage, le récit nous informe qu’elle accole Francus puis s’alite (v. 1043-1044) sans qu’une réponse du fils à la mère soit ni rapportée ni même évoquée. Dans le livre I, aucune allocution ne reçoit ainsi de réponse, alors même qu’elles sont toutes adressées, et même explicitement entendues comme il est parfois précisé (« Cybelle, qui ouit / Telle requeste, au Ciel s’en resjouit. » v. 451-452 ; « Neptune ouit la troyenne priere, » v. 1077). Cela nous amène à nous interroger sur cette dimension dialogique, qui reste souvent virtuelle.

  • 20 Comprendre « mais doit passer ».

19La raison pourrait en résider dans la nature même du poème héroïque, tel que Ronsard le conçoit et l’explique dans sa « Preface sur La Franciade » : « la Poesie Heroïque qui est dramatique, & qui ne consiste qu’en action, ne peut longuement traicter un mesme subjet, mais passer20 de l’un à l’autre en cent sortes de varietez. » (p. 343). Le discours rapporté, qui participe de l’ornement du discours et de la description (au même titre que les passages narrés), doit donc faire progresser l’action. L’argument du livre I est ainsi tout entier centré sur le destin de Francus, qu’il s’agit d’amener à lever l’ancre pour accomplir la destinée que lui a réservée Jupiter. Les différents discours rapportés qui jalonnent le livre ont dès lors tous pour objet d’y concourir : Jupiter (v. 33-156) révèle d’abord aux dieux l’identité de Francus et pose sa volonté : « Je veux qu’il aille où son destin l’apelle » (v. 153). Il expose ensuite à Junon cette destinée (v. 165-286), puis appelle Mercure pour le charger de réprimander ceux qui empêchent Francus d’accomplir son destin : son oncle Hélénin et sa mère Andromaque (v. 291-304). Mercure va alors s’adresser à Hélénin (v. 352-382). Pendant ce temps le prêtre troyen adresse à Cybèle une prière, souhaitant voir refonder Troie (v. 417-448). L’ombre d’Hector s’adresse à son tour à son frère Hélénin pour l’inciter à obéir aussitôt aux ordres divins (v. 643-670). Dès lors, Hélénin s’adresse aux Troyens pour leur révéler l’identité de Francus et rapporter les paroles de Mercure (v. 697-766). De son côté, Mars se métamorphose pour venir exhorter Francus (v. 795-830). Galvanisé, Francus s’adresse alors à son tour aux Troyens (v. 854-872). Andromaque fait ses adieux à son fils, l’encourageant à accomplir son destin, et lui offre une tunique de son père (v. 963-1014 et 1039-1042). Le départ approchant, Hélénin adresse une prière à Neptune (v. 1061-1076), puis encourage son neveu par des prédictions prophétiques (v. 1087-1130). Enfin Francus adresse sa prière à Apollon (v. 1163-1168 et 1176-1187) puis à Jupiter (v. 1188-1196) avant d’embarquer. Chaque passage en discours rapporté fait ainsi progresser l’action, faisant passer de révélations rétrospectives (identité de Francus) en annonces prospectives (destinée de Francus), d’ordres en exhortations et d’encouragements en prières, jusqu’au départ de Francus, prenant finalement la mer avec ses meilleurs soldats.

20Récit et discours, qui alternent tout au long du livre, fonctionnent dès lors de concert. D’une part, ils peuvent tous deux constituer des descriptions complémentaires, l’un d’objet ou d’événement, l’autre de paroles. Ainsi, les vers 393-416 évoquent la fête de Cybèle tandis que les vers 417 à 448 rapportent ensuite l’hymne chanté et dansé du prêtre à Cybèle. D’autre part et surtout, la narration vient consacrer l’efficacité de la parole : le discours de Jupiter à Mercure est suivi de l’envol de Mercure, l’apparition de Mercure à Hélénin amène celui-ci à décider d’obéir à Jupiter (ses pensées sont rapportées en discours indirect par la narration, v. 479-492) et quand l’ombre d’Hector le presse d’obéir, il s’habille pour aller exhorter les Troyens ; l’exhortation de Mars à Francus entraîne la métamorphose de Francus devenant pleinement fils d’Hector et désormais empli d’ardeur ; et les exhortations de Francus aux Troyens déclenchent l’embarquement de ceux-ci (v. 873 sq.). Le récit vient donc à chaque fois attester la dimension performative d’une parole qui fait progresser l’action héroïque et c’est cette action qui constitue la réponse au discours (réponse non en paroles, mais en actes).

21L’interaction récit-discours consacre donc leur lien dans l’économie du poème héroïque, comme l’explique le poète dans sa « Preface sur La Franciade » :

[L]e Poëte bien advisé […] deduit, file & poursuit si bien son argument par le particulier accident & evenement de la matiere qu’il s’est proposé d’escrire, tantost par personnages parlans les uns aux autres, tantost par songes, propheties & peintures inserees contre le dos d’une murailles & des harnois, & principalement des boucliers, ou par les dernieres paroles des hommes qui meurent, ou par augures & vol d’oiseaux & phantastiques visions de Dieux & de demons, ou monstrueux langages des chevaux navrez à mort : tellement que le dernier acte de l’ouvrage se cole, se lie & s’enchesne si bien & si à propos l’un dedans l’autre, que la fin se rapporte dextrement & artificiellement [avec art] au premier poinct de l’argument. (p. 336-337)

L’argument progresse selon un enchaînement continu et cohérent d’accidents et d’événements permettant de mener l’action à son terme, lesquels peuvent être indifféremment constitués par des descriptions de paroles, d’objets, de visions, d’actions ou de prophéties (comme le précise l’énumération médiane). Et cette nécessité de faire progresser l’action entraîne l’alternance entre le récit et le discours, dont la dimension dialogique demeure dès lors latente.

22Le fait de retrouver, ponctuellement certes, les mêmes mots repris et rapportés dans le texte pourrait toutefois s’opposer à ce principe de progression. C’est le cas, lorsque Mercure s’adresse à Hélénin pour lui rapporter l’ordre de Jupiter :

Jupiter à Mercure Mercure à Hélénin



« Vole, descens, où Francus est nourry
Di que je suis ardentement marry
Contre sa mere & ceux qui le retiennent,
Et des destins promis ne leur souviennent.
Je ne l’ay pas du feu gregeois sauvé
Pour estre ainsi de paresse agravé,
Un fait-neant en la fleur de son age.
Mais j’esperoy que d’un masle courage
Iroit un jour des Gaules surmonter
Le peuple dur, & fascheux à donter,
Chaut à la guerre, & ardant à la proye,
Pour y fonder une nouvelle Troye.
Pource desloge, & le fais en aller :
Le temps perdu ne se peut r’apeller. »
(v. 291-304)
Ce dieu luy dit : « Oy le commandement
De Jupiter, qui courroucé m’envoye
Parler à toy par la celeste voye.
“Va, m’a-t-il dit, où Francus est nourry
Dy que je suis ardantement marry
Contre sa mere & ceux qui le retiennent,
Et des destins promis ne leur souviennent.
Je n’ay Francus du feu gregeois sauvé
Pour estre ainsi de paresse agravé,
Un fait-neant en la fleur de son age.
Mais j’esperoy que d’un masle courage
Iroit un jour des Gaules surmonter
Le peuple dur & fascheux à donter,
Chaut à la guerre & ardent à la proye,
Pour y fonder une nouvelle Troye,
Dont la memoire en tous temps floriroit,
Et par le feu jamais ne perirait”
[…] » (v. 352-368)

23Nous avons ici deux discours rapportés enchâssés, et donc une mise en abîme, le narrateur citant les paroles de Mercure, qui rapporte celles de Jupiter. Pour un lecteur moderne, la parole adressée ne paraît pas ici progresser, mais au contraire régresser par la reprise à l’identique de paroles déjà entendues. Pourtant l’effet reste le même : la parole répétée consacre la réalisation de l’ordre de Jupiter, qui a précisément ordonné à Mercure d’aller rapporter son ordre (« Vole… et dis que… », avec d’abord un discours direct insérant en discours indirect les paroles que Mercure doit rapporter). L’on a donc un effet original et frappant, mimétique de la transmission par Mercure des ordres divins et qui atteste le pouvoir de mimésis de la poésie de même que la diversité de ses ornements.

  • 21 Laurence Rosier, « Le moyen français… », spécialement p. 28.

24Le passage du récit au discours rapporté direct est ainsi saturé de marques à la fois externes (démarcation en amont et en aval) et internes (à l’attaque du discours). Laurence Rosier qui faisait déjà ce constat sur un corpus de moyen français souligne à ce propos le lien que cela tisse entre récit et discours21. Elle suggère ainsi que :

  • 22 Ibid., p. 24.

contrairement aux approches contemporaines du DR [discours rapporté], qui mettent davantage l’accent sur l’hétérogénéité perçue comme discordance énonciative, les notions de passage, de glissement et donc d’intégration narrative, de la narration au discours ou d’un discours vers un autre (en ce compris les morphèmes jouant ce rôle) sont priviligiées [en moyen français]22.

L’interaction des deux niveaux s’observe, de fait, dans La Franciade, aussi bien au niveau morphosyntaxique que sémantique. Néanmoins, la démultiplication des embrayeurs vient bien démarquer les deux niveaux énonciatifs, en signalant au lecteur le passage de l’un à l’autre, et donc les changements d’intonation attendus pour la performance à haute voix du poème héroïque, qui se signale également par la richesse et la variété de ses ornements rhétoriques.

Les marques de l’interlocution

  • 23 Antoine Fouquelin, La rhétorique française, p. 413.
  • 24 Ibid., p. 416.

25La recherche de la variété dans La Franciade fait que l’on y observe également la seconde manière de « prosopopée pleine » (au sens toujours où Fouquelin entend cette figure comme discours rapporté de personnage), laquelle est non plus continue (paroles d’un seul personnage), mais « coupée et interrompue »23. Il s’agit alors d’une « feinte collocution de certains personnages ensemble », également appelée « dialogisme »24.

26L’on en trouve des occurrences dans les livres II à IV. Le livre II rapporte deux échanges : dans le premier, l’adresse du roi Dicé aux Troyens qui viennent de débarquer (v. 497-502) est suivie de la réponse de Francus à Dicé (v. 505-580) puis de celle de Dicé à Francus (v. 582-626). L’on retrouve plus loin un second échange entre les deux hommes : l’adresse de Francus à Dicé (v. 1005-1016), étant suivie de la réponse de Dicé à Francus (v. 1017-1072), puis de Francus à Dicé (v. 1078-1090). Le livre III rapporte un échange entre les deux filles du roi Dicé, avec d’abord l’adresse de Hyante (v. 12-54) puis la réponse de Climène (v. 69-122) ; puis un nouvel échange entre Dicé et Francus (v. 341-382 avec réponse v. 385-424) et il présente un cas original, quand Francus donne à la nourrice une réponse orale à la lettre que Climène lui a adressée (v. 1371-1392). Le livre IV enfin, à 80 % constitué de discours rapporté direct, est entièrement consacré à l’échange entre Francus et Hyante, dotée du don de prophétie.

27Si l’on retrouve des procédés identiques d’encadrement des prises de paroles, s’y associent cette fois des marqueurs d’interlocution. Ainsi dans le premier échange rapporté du livre II :

« D’où estes-vous (dit-il) […]. » (v. 497)

Alors Francus, baignant ses yeux de pleurs,
Et soupirant aigrement ses douleurs,
Luy respondit : […]. (v. 503-505)

Il dict ainsi : le vertueux Dicæe
Contre-respond : […]. (v. 581-582)

Disant ainsi, ce Prince retourna : […]. (v. 627)

De manière récurrente, les réponses sont signalées par les verbes « respondre » ou « contre-respondre » qui apparaissent synonymes et s’emploient indifféremment (« contre-respondre » peut ainsi s’employer pour la première réponse, comme au vers 384 du livre III et « respondre » pour un enchaînement de répliques comme au livre II : « Dicæe respond [à Francus] » « Et [Francus] luy respond », v. 1017 et 1078). Si la narration de transition peut occuper un vers entier (par exemple au livre III : « Quand d’autre part luy respondit Clymene » v. 58, « Quand Francion luy contre-respondit. » v. 384 et « Puis de tels mots responce il a donnée. » v. 1370), le relais peut souvent s’opérer également d’un hémistiche à l’autre, comme nous le montre l’exemple précédemment cité du livre II. Le relais énoncatif est alors également marqué par le rythme dissymétrique du décasyllabe (scandé 4 / 6).

28Ce dialogisme semble amené par deux motifs principaux. C’est d’abord un moyen d’établir un lien entre des protagonistes principaux. C’est ainsi le cas, dans le livre II, des deux échanges entre Dicé et Francus. Dans le premier par exemple, Dicé demande à Francus de se présenter puis lui explique ses liens avec Troie. Dans le livre III, l’échange entre Hyante et Climène permet de saisir, en paroles – et donc en actes – le contraste entre les deux filles de Dicé (Hyante l’honnête et Climène la fourbe) ; Dicé propose ensuite sa fille pour épouse à Francus, qui refuse pour accomplir son destin. C’est également un prétexte pour des récits rétrospectifs ou prospectifs, comme lorsque Francus raconte à Dicé son histoire (II, v. 505 sq.), que Dicé l’informe du Géant qui terrorise son royaume (II, v. 1017 sq.) ou que Hyante prophétise le destin de Francus (livre IV).

  • 25 Véronique Montagne, « Le dialogue à la Renaissance : notes sur la théorisation contemporaine du gen (...)
  • 26 Pierre de La Ramée, Grammaire, Paris, André Wechel, 1572, p. 68 et 70, numérisé sur Gallica.
  • 27 Selon une démarche similaire au « monologisme » du genre du dialogue souligné par Eva Kushner dans (...)

29Le livre IV évolue dès lors vers un type particulier de dialogisme. Le dialogue entre Hyante et Francus, qui occupe toute la suite du livre, consiste pour Francus à interroger Hyante (« Et Francion lui demande autre chose. » v. 838, « Apelle Hyante et luy demande ainsi. » v. 988). À partir du vers 989 et jusqu’à la fin du livre (v. 1898), Hyante révèle à Francus l’identité des « esprits » qu’il a fait surgir et qui sont ceux des futurs « monarques Francois » (v. 971-972). Dès lors, le rôle de Francus se limite à interroger la jeune prophétesse sur ces apparitions, dans de courtes répliques de transition (un à six vers). Les marqueurs d’échange s’effacent pour laisser place à une alternance directe de questions / réponses, identifiables au caractère systématique de leur attaque : interrogative pour Francus (« Quel est celuy… ? », « Quel est ce Prince… ? », etc.), présentative pour Hyante (« C’est le Roy Pharamont », « C’est Claudion », etc. + extension prédicative). Tandis que les variations assurent la richesse de l’énonciation, les constantes servent de marqueurs d’alternance. L’on note toutefois une évolution : le discours rapporté et le dialogisme ne permettent ici ni de faire progresser l’action héroïque (la geste de Francus en soi) ni d’établir un lien réel entre Francus et Hyante. Par étapes, le livre IV évolue donc vers une mise en scène de la parole qui se rapproche du genre du dialogue, dont Véronique Montagne a rappelé les points de contact avec d’autres genres (le théâtre et la poésie en particulier), par-delà leurs différences et spécificités25. On peut la comparer, toutes proportions gardées, avec la Grammaire de Ramus où les questions du Disciple (identifié par la lettre D. dans le texte) permettent à l’exposé du Professeur (P. dans le texte) de progresser : « Dictes de la comparaison et diminution », « mais que dictes vous des pronoms »26. Toutefois, même si les répliques de Francus ne servent que de point d’appui au commentaire prophétique de Hyante27, la mise en scène dialogique permet une scénarisation de la parole adaptée ici au registre poétique élevé du poème épique : la jeune princesse parle en état de transe prophétique, commentant des apparitions magiques, projection prestigieuse de la destinée de Francus. Si le livre IV évolue donc vers une mise en scène de la parole qui se rapproche du genre du dialogue, le but toutefois n’est pas didactique, mais poétique et encomiastique, comme le pose très clairement l’auteur dans son épître « Au Lecteur » de 1572 :

Bref ce livre est un Roman comme l’Iliade et l’Æneide, où par occasion le plus brefvement que je puis je traitte de nos princes, d’autant que mon but est d’escrire les faits de Francion, & non de fil en fil, comme les Historiens, les gestes de nos Rois. (p. 5)

Conclusion

30En conclusion, nous pouvons donc observer dans La Franciade que le discours rapporté direct y occupe une part très importante (voire majoritaire sur l’ensemble des quatre livres avec 55,41 % de passage en discours rapporté direct contre 44,58 % de narration). L’entrelacement permanent des passages narratifs et discursifs consacre l’interaction des deux formes d’énoncé : toutes deux constituent des ornements poétiques et des descriptions, et toutes deux concourent conjointement à faire progresser l’argument. Si l’on retrouve des marqueurs connus du discours rapporté direct, déjà présents et étudiés en ancien et moyen français, ou dans les formes en prose contemporaines (encadrement externe du discours, cataphorique et anaphorique, embrayage immédiat), le registre élevé du poème héroïque semble y apporter une recherche rhétorique de variété, jusque dans les types d’énoncé (récit rétrospectif ou prophétique, ordre, reproche, exhortation, prière et chant, lamentations, etc.) et dans les formes d’adresse, avec ou sans réponse. Cette diversité est à concevoir non seulement en termes de progression de l’argument (et donc de l’action au sens moderne du terme), mais également de richesse de la performance orale du texte (autrement dit de l’action au sens rhétorique du terme). Les marqueurs typographiques et les enchaînements métriques (changement de vers ou d’hémistiche, de mouvement et de rime) permettent ainsi au lecteur à voix haute d’anticiper le changement énonciatif, avec une intonation adéquate, et à l’auditeur de s’y rendre sensible. Suivant l’exemple de ses modèles antiques, et au premier chef d’Homère et de Virgile, Ronsard a donc su adapter l’usage du discours rapporté direct, et adressé, aux spécificités génériques du poème héroïque, forme narrative versifiée de registre sublime.

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Annexe

Annexe : alternance du récit et du discours rapporté direct dans le livre I de La Franciade

Vers Longueur Nature Marqueurs
1-32 32 Narration
33-156 124 Discours de Jupiter aux dieux v. 32 : « Renfrongné d’ire, aux Dieux parloit ainsi. »
v. 157 : « Il dist ainsi : »
157-164 8 Narration
165-286 122 Paroles de Jupiter à Junon v. 164 : « Puis de tels mots son espouse outragea. »
v. 287 : « Disant ainsi, Mercure il apela. »
287-290 4 Narration
291-304 14 Paroles de Jupiter à Mercure v. 290 : « Devant le trosne où l’apeloit son pere [.]28 »
v. 305 : « A peine eust dit que Mercure s’apreste : »
305-352 47,5 Narration
352-382 30.5 Parole de Mercure à Hélénin v. 352 : « Ce Dieu dist : »
v. 383 : « Il n’avoit dit, que plustost qu’un esclair, »
355-368 14 Mercure rapporte les paroles de Jupiter v. 355 : « Va, m’a-t-il dit, où Francus est nourry, »
383-416 34 Narration
417-448 32 Hymne du prêtre à Cybèle v. 416 : « Et les honneurs de Cybelle dansoit. »
v. 449 : « Disant ces mots il redoubla la danse : »
449-642 194 Narration
467-478 11,5 Paroles de Renommée en discours indirect v. 465-467 : « Cette Déesse à bouche bien ouverte, / […] / Semoit par tout qu’ […]. »
v. 479 : « Ainsi disoit la Fame : »
485-492 16 Pensée d’Hélénin en discours indirect v. 482-484 : « De cent discours en soymesme raisonne / […] / Mais ce conseil luy sembla le meilleur : »
v. 493 : « Comme il pensoit, avisa d’avanture […]. »
643-67029 28 L’ombre d’Hector à son frère Hélénin v. 642 : « Pousse Helenin, & ainsi le conseille. »
v. 671 : « A peine eut dit : »
671-696 26 Narration
697-766 70 Paroles d’Hélénin aux Troyens révélant l’identité de Francus / Astyanax v. 696 : « Chacun se teut, puis en ce point a dit [.]»
v. 767 : « Il dist ainsi : »
737-751 15 Hélénin rapporte les paroles de Mercure. v. 737 : « Si tu n’as soing, dit-il, de ta lignée, »
v. 752 : « Tel est le vueil du grand maistre des Dieux. »
767-794 28 Narration
795-830 36 Paroles de Mars à Francus v. 794 : « Francus aborde, & en ce point le tance [.] »
v. 831 : « Disant ainsi ce grand Dieu belliqueur […]. »
831-853 23 Narration
854-872 19 Exhortation de Francus aux Troyens v. 853 : « En les poignant eschaufoit leur courage : »
v. 873 : « Tel aiguillon leur versa dedans l’ame. »
873-962 90 Narration
963-1014 52 Paroles d’Andromaque à Francus v. 963 : « Mon fils, disoit, que tout seul j’ay conceu, »30
v. 1015 : « Disant ainsi, »
1015-1038 24 Narration
1039-1042 4 Paroles d’Andromaque à Francus v. 1039 : « La luy donnant, prenez, dit-el, mon filz, »
v. 1043 : « Ainsi pleurant, Francus elle acola, »
1043-1060 18 Narration
1061-1076 16 Prière d’Hélénin à Neptune v. 1060 : « Dessus la mer, puis Neptune apela. »
v. 1077 : « Neptune ouit la troyenne priere, »
1077-1086 10 Narration
1087-1130 44 Encouragements prophétiques d’Hélénin à son neveu Francus v. 1085-1086 : « Lors Helenin adresse sa parolle / A son nepveu, & ainsi le consolle. »
v. 1131 : « A tant se teut : »
1131-1163 32,5 Narration
1163-1168 5 Prières de Francus à Apollon v. 1163 : « Prioit ainsi : »
v. 1168 : « A peine eut-il dit […]. »
1168-1175 7.5 Narration de transition
1176-1196 21 Prières de Francus à Apollon puis à Jupiter v. 1175 : « Puis vers le vent adressa son parler. »
v. 1188 : « Grand Jupiter, qui du monde as soucy, »
v. 1197 : « Comme il prioit, »
1197-1248 52 Narration
Total 1 248
Narration 630,5 50,52 % Dont 4,36 % discours indirect (27,5 vers)
Discours 617,5 49,47 % Dont 4,69 % discours direct enchâssé (29 vers)
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Notes

1 Claude Garnier, Livre de la Franciade, à la suite de celle de Ronsard, s.l., s.n., 1604 [ajout d’un livre V], numérisé sur Gallica. Jacques Guillot, La suite de la Franciade de Pierre de Ronsard, livre 6e, Bourges, Levez, 1615.

2 Paris, Gabriel Buon, 1572. Ronsard en donne une édition « reveue, corrigée et augmentée » en 1573 (Paris, Gabriel Buon). Le poème connaît plusieurs éditions, en particulier, dans Les œuvres de P. de Ronsard publiées par Gabriel Buon, puis par Nicolas Buon. Nous citerons d’après Pierre de Ronsard, Œuvres complètes XVI. La Franciade (1572), Paul Laumonier (éd.), Paris, Librairie Marcel Didier, 1950.

3 Laurence Rosier, Le discours rapporté. Histoire, théories, pratiques, Paris – Bruxelles, Duculot, 1999, p. 13-31.

4 Ibid., p. 43.

5 La pratique de la lecture est essentiellement à haute voix jusqu’au XVIIIe siècle.

6 Dernière partie de l’art oratoire, l’action recouvre la performance du discours et concerne donc l’intonation comme l’expression du visage et la gestuelle ; voir Cicéron, De Oratore, III, 213-fin.

7 C’est le cas, dans le livre I, aux vers 290, 696 et 794 (nous corrigerons le cas échéant entre crochets).

8 L’usage du point en fin de mouvement poétique (fin de verset suivi d’alinéa rentrant) connaît deux exceptions seulement dans le livre I. Les deux points au vers 853 : « Luy renfrongné, de mots piquans & cours, / En les poignant eschaufoit leur courage : / “Quoy ? voulez vous en vergongneux servage / Vivre tousjours, […] ?” » (v. 852-855) et une absence de ponctuation au vers 962 : « Cette Andromaque à qui l’estomac fend / D’aize & d’ennuy, accoloit son enfant / A plis serrez, comme fait le l’hierre / Qui bras sur bras les murailles enserre / “Mon fils, disoit, que tout seul j’ay conceu, / Autres que toy concevoir je n’ay sceu […]” » (v. 959-964). Dans ces deux cas cependant, la ponctuation est corrigée par un point en 1573 et nous ne les considèreront donc pas comme significatifs.

9 L’édition de 1573 ouvre le discours rapporté au vers 1163 par une majuscule après deux points : « O grand Patarean » (f. 22r), mais conserve la minuscule au vers 1039 après virgule.

10 Antoine Fouquelin, La rhétorique française, in Traités de poétique et de rhétorique de la Renaissance, Francis Goyet (éd.), Paris, Librairie générale française (Le livre de poche), 1990, p. 404.

11 Sabine Lardon, « Contribution à l’étude du discours rapporté à la Renaissance. Le cas des conteurs », in Actes du colloque du 8 juin 2013, Mouy, Éditions EMA – Les Amis du Crelingua, 2014, p. 96-118. Nos observations rejoignaient celles de Christiane Marchello-Nizia et de Jacqueline Picoche dans l’Histoire de la langue française, Paris, Nathan, 1994, p. 318, pour la période du moyen français.

12 Antoine Fouquelin, La rhétorique française, p. 413.

13 Ibid.

14 Ibid., p. 415.

15 Jean-François Thomas, « De la narration au discours rapporté dans l’épopée : le cas de l’Énéide », Revue de linguistique latine du centre Alfred Ernout « De lingua latina », no 10, 2015, p. 2, en ligne à l’adresse suivante : https://lettres.sorbonne-universite.fr/sites/default/files/media/2020-05/dll_10_j-f-thomas.pdf.

16 Pour une synthèse, l’on pourra consulter Laurence Rosier, « Le moyen français revisité par l’énonciation : “signes et mentions” du discours rapporté », L’information grammaticale, no 87, 2000, p. 24-32.

17 Jean-François Thomas dans « De la narration… » relève ainsi dans l’Énéide plusieurs moyens d’introduire le discours rapporté direct : les moyens minimaux (évoqués supra), les incises et les verbes introducteurs : « Par rapport aux incises, les verbes introducteurs sont bien plus variés et leurs occurrences plus nombreuses » (p. 6). Aux verbes de parole s’ajoutent les verbes « exprimant une véritable mise en scène de la parole » (hortatur, compellat, reuocabat, increpat, gemens, implorans…) qui « dénotent l’intention des propos en même temps qu’ils suggèrent une intonation » tandis que « [l]es propos s’accompagnent aussi de gestes » (p. 15).

18 Pour le détail, se reporter à l’annexe en fin d’article.

19 Nous citons d’après l’édition de Jean-Dominique Beaudin, Paris, Honoré Champion, 1999.

20 Comprendre « mais doit passer ».

21 Laurence Rosier, « Le moyen français… », spécialement p. 28.

22 Ibid., p. 24.

23 Antoine Fouquelin, La rhétorique française, p. 413.

24 Ibid., p. 416.

25 Véronique Montagne, « Le dialogue à la Renaissance : notes sur la théorisation contemporaine du genre », Revue d’histoire littéraire de la France, vol. 111, no 4, 2011, p. 789-817, spécialement p. 791 et 800-801.

26 Pierre de La Ramée, Grammaire, Paris, André Wechel, 1572, p. 68 et 70, numérisé sur Gallica.

27 Selon une démarche similaire au « monologisme » du genre du dialogue souligné par Eva Kushner dans « Le dialogue en France au XVIe siècle : quelques critères génologiques », Canadian review of comparative literature / Revue canadienne de littérature comparée, vol. 5, no 2, printemps 1978, p. 141-153, spécialement p. 144-145.

28 Rappelons que dans les vers 290, 696 et 794, l’éditeur Paul Laumonier remplace le point de son édition de référence (1572) par deux points. Nous corrigeons entre crochets en rétablissant le point.

29 Dans l’édition Paul Laumonier, erreur de placement de la numérotation de vers 666, à remonter à « Du fils d’Achille à tort répudiée : ».

30 Comprendre qu’Astyanax / Francus est le seul fils conçu par Andromaque.

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Pour citer cet article

Référence papier

Sabine Lardon, « Contribution à l’étude du discours rapporté direct à la Renaissance : le discours adressé dans La Franciade de Ronsard »Elseneur, 37 | 2022, 97-118.

Référence électronique

Sabine Lardon, « Contribution à l’étude du discours rapporté direct à la Renaissance : le discours adressé dans La Franciade de Ronsard »Elseneur [En ligne], 37 | 2022, mis en ligne le 05 janvier 2023, consulté le 20 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/elseneur/292 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/elseneur.292

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Auteur

Sabine Lardon

Université Jean Moulin – Lyon 3 (IHRIM, UMR 5317)

Sabine Lardon est professeure de grammaire et rhétorique du XVIe siècle à l’université Jean Moulin – Lyon 3. S’intéressant en particulier à l’histoire de la langue française à la Renaissance, elle a, entre autres, publié une « Contribution à l’étude du discours rapporté à la Renaissance. Le cas des conteurs », dans Actes du colloque du 8 juin 2013, Mouy, Éditions EMA – Les Amis du Crelingua, 2014, p. 96-118.

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