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Débat et dialogue en vers chez Guillaume Cretin

Debate and dialogue in verse in the writing of Guillaume Cretin
Ellen Delvallée
p. 79-96

Résumés

Au début du XVIe siècle, le rhétoriqueur Guillaume Cretin propose, dans Le Debat entre deux dames sur le passetemps des chiens et des oyseaux, une réécriture d’un extrait des Livres du roy Modus et de la royne Ratio, dans lequel deux dames s’affrontent à propos de la précellence de la fauconnerie ou de la vénerie. Une première comparaison avec le texte du XIIIe siècle montre que si Cretin semble fidèle aux arguments exprimés par son prédécesseur (les plaisirs de la vue et de l’ouïe procurés par la vénerie sont supérieurs aux seuls agréments de la vue suscités par le spectacle de la fauconnerie), il distingue plus nettement que lui les dialogues contenus dans le fil de sa narration, qui relèvent du sermo, des discours argumentatifs, auxquels il consacre des strophes dédiées, proches de la contentio. Dans les huitains ou dans les couplets de décasyllabes, Cretin emploie nombre de ressources de la métrique pour organiser l’argumentation des deux dames. En particulier, il recourt de façon virtuose à la rime équivoquée, qui mobilise de façon insistante le sens de l’ouïe et annonce ainsi la résolution du débat en faveur de la vénerie. En amenant son lecteur vers cette conclusion devenue logique, grâce aux vers, Cretin transforme insensiblement l’opposition du débat en dialogue, dans lequel se construit une vérité.

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Texte intégral

  • 1 Toutes nos citations s’appuieront sur l’édition de Kathleen Chesney dans Guillaume Cretin, Œuvres p (...)
  • 2 Exception faite de la seule étude entièrement consacrée au Debat entre deux dames de Cretin : Micha (...)
  • 3 Les Livres du roy Modus et de la royne Ratio, t. 1 : Le Livre des deduis du roy Modus, Gunnar Tilan (...)
  • 4 Le Roman des deduis de Gace de La Bigne est une autre illustration de ce sous-genre.

1Le Debat entre deux dames sur le passetemps des chiens et oyseaux1 de Guillaume Cretin (chanoine mais aussi poète et historiographe au service de Louis XII puis de François Ier), bien qu’appartenant aux premières années du XVIe siècle, a surtout retenu l’attention de la critique médiéviste, pour deux raisons2. Ce texte est d’une part la réécriture d’un passage du Livre des deduis du roy Modus, lui-même compris dans les deux Livres du roy Modus et de la royne Ratio, traité de chasse composé dans la seconde moitié du XIVe siècle, parfois attribué à Henri de Ferrières3. Mais la raison essentielle de cet intérêt par les médiévistes, d’autre part, est que le poème de Cretin, comme l’extrait lui servant de source, appartient au genre du débat, et plus particulièrement au sous-genre du débat cynégétique, puisqu’il met en scène deux dames s’opposant sur la question de savoir quel type de chasse, entre la fauconnerie et la vénerie, procure le plus grand plaisir4.

  • 5 Voir Pierre-Yves Badel, « Le Débat », in La littérature française aux XIVe et XVe siècles, t. 1, He (...)
  • 6 Le débat à proprement parler y est inséré dans une narration, en prose, faisant figurer un désaccor (...)
  • 7 Voir René de Maulde La Clavière, Louise de Savoie et François Ier. Trente ans de jeunesse (1485-151 (...)

2Le genre du débat connaît un véritable succès à partir du XIIIe siècle et jusqu’au XVe siècle où son essor est le plus important5. Il existe ainsi une centaine de textes, souvent en vers, parfois en prosimètre, aux titres aussi variés que question, estrif, concile, plait, procès, jugement, bataille, discord, disputaison, debat ou dialogue. De tels intitulés soulignent à la fois le cadre et la portée rhétorique du débat en le rapprochant du domaine judiciaire où s’opposent fermement les menées de la défense et de l’accusation – à la différence du débat dialectique ou dialogue platonicien qui chercherait, par-delà les contradictions, à parvenir à une vérité emportant l’adhésion des deux partis. Dans la variété des titres relevant du genre du débat, l’oralité apparaît également. Le débat met en scène des propos échangés entre personnages, dialogues parfois sans cadre narratif ou bien avec un cadre narratif si ténu que cette écriture « par personnages » se rapproche du théâtre. À défaut d’être joué comme une véritable pièce de théâtre, le texte du débat est la plupart du temps destiné à une lecture collective, en particulier au sein des cercles de cour. Une telle lecture est d’ailleurs mise en scène dans le Debat figurant dans Livre des deduis du roy Modus6. Elle paraît d’autant plus probable chez Cretin que le sujet de la chasse a sans doute été choisi parce qu’il faisait écho aux passe-temps favoris des rois Louis XII et François Ier, qui préféraient respectivement la chasse aux oiseaux et celle avec les chiens7. La lecture collective du débat est donc un divertissement d’une cour ainsi représentée dans ses loisirs et échanges.

  • 8 Bernard Cerquiglini, La parole médiévale. Discours, syntaxe, texte, Paris, Minuit, 1981, « Première (...)

3Nul doute que le choix du vers, dans les débats en général et dans celui de Cretin en particulier, favorise cette oralité représentée dans le texte et attachée à sa réception. Comme l’a montré Bernard Cerquiglini8, les vers se prêtent particulièrement bien à l’insertion de discours rapportés, notamment par rapport à la prose qui doit davantage les cadrer. Par ailleurs, même si le débat ne saurait être rattaché aux genres lyriques de la poésie, sa forme versifiée fait apparaître rythmes et accents qui encouragent autant qu’ils structurent une lecture oralisée. Mais Cretin, en introduisant, dans son Debat entre deux dames, différentes contraintes formelles qui ne figuraient pas dans le texte source (notamment des strophes ou des rimes extraordinaires), semble réorienter l’emploi du vers et l’enrichir d’autres fonctions. Comment, en retravaillant l’oralité comme thème et comme forme, Cretin infléchit-il son texte source du « débat » vers le « dialogue » ?

4Afin de déterminer le rôle que la versification joue dans ce processus d’inflexion de la forme et de la valeur des propos rapportés, nous procéderons à une analyse du Debat entre deux dames de Cretin en trois temps, qui sont autant d’échelles du texte : en revenant d’abord sur la structure générale du poème de Cretin et en la comparant au texte source extrait du Livre des deduis du roy Modus, puis en nous intéressant à l’insertion des propos rapportés dans les strophes et les vers, et enfin en nous attachant plus particulièrement à ce qui pourrait être considéré comme un stylème de Cretin, la rime équivoquée.

Une structure d’ensemble faisant apparaître deux régimes de parole

  • 9 Ceux-ci y sont par ailleurs encadrés par une narration en prose qui motive la présence de ce débat (...)
  • 10 On retrouve l’expression de cette réaction aux vers 955 et 987.
  • 11 Voir Michael Randall, « On the empire of the senses… », ainsi que Jean-Marie Fritz, Paysages sonore (...)
  • 12 Surtout lorsqu’il a un sujet courtois : voir Pierre-Yves Badel, « Le Débat ».
  • 13 À noter que nulle part il n’est fait mention d’une hiérarchie de valeur entre la fauconnerie et la (...)
  • 14 Une autre différence importante, que nous ne commenterons guère dans le cadre de cette étude, porte (...)

5Le Debat entre deux dames de Cretin est composé de 1 280 décasyllabes, tandis que sa source du XIVe siècle ne comprenait que 1 044 octosyllabes9. Tous deux mettent en scène un différend entre deux dames qui soutiennent l’une que la chasse aux oiseaux procure le plus grand plaisir, l’autre que ce sont les chiens qui l’emportent. Chacun des textes met en scène deux seigneurs adeptes des deux types de chasse qui se rencontrent et décident de souper ensemble (v. 29-97). Leurs deux épouses commencent alors à échanger sur leur préférence en matière de chasse et décident d’en faire un débat « pro et contra » (v. 179) qui se tiendra le lendemain (v. 105-180). Cela fait bien rire leurs époux10 et offre bien du « passetemps » à l’assistance (v. 181-184) : signes que le « débat » qui s’annonce est bien un loisir de cour, ici mis en abyme par Cretin. Le comte de Tancarville est désigné pour procéder au jugement (v. 198-218). Le lendemain, la dame soutenant les oiseaux (qui porte un épervier) commence le débat en avançant plusieurs idées, dont l’essentielle est que les oiseaux procurent un plus grand plaisir pour les yeux que ne le font les chiens (v. 271-438). Non seulement la beauté des oiseaux s’oppose à l’ordure des chiens, mais en outre plusieurs scènes décrites soulignent la beauté en différentes circonstances de la chasse avec oiseaux. Cette première dame conclut son discours par l’idée que la vue prime sur l’ouïe dans les plaisirs11 : comme la chasse aux oiseaux repose sur ce type de plaisir, la conclusion logique de son syllogisme est que cette pratique procure le plus de plaisir. La dame soutenant la vénerie commence sa réponse par une excusatio pour sa faible éloquence puis en rappelant chacun des arguments de son adversaire (v. 455-518). Elle répond ensuite avec les siens : les chiens sont fidèles, leur ordure ne relève pas du sujet du débat. Comme son adversaire, elle représente longuement la beauté des scènes de chasse à courre, qui repose cette fois sur la vue et sur l’ouïe, les deux plus nobles sens selon elle – le second pouvant même surpasser le premier (v. 519-758). Avant de faire parvenir ces propos au juge désigné, la dame à l’épervier ajoute en un bref discours que la chasse aux chiens comporte dangers et craintes qui l’éloignent de tout plaisir ; elle rappelle également que la vue est plus importante pour appréhender le monde (v. 771-826). Un messager est ensuite désigné en la personne du clerc qui avait écouté le débat, sans pouvoir le voir, caché derrière un buisson : cette embusche est un topos du genre du débat12 (v. 827-916). Alors que les écrits se préparent, les époux des deux dames échangent sur le débat qui vient de se tenir (v. 917-955) : l’un met au défi l’autre de dédire sa dame contre le don d’un chien ; il refuse par fidélité (une caractéristique des chiens…) alors même qu’il convoite l’animal qu’on lui propose. Cretin, comme l’auteur du débat figurant dans le Livre des deduis du roy Modus, donne ici des indices assez clairs sur la résolution du débat en faveur de la vénerie. Le messager se rend ensuite chez le comte de Tancarville pour lui remettre les lettres contenant les discours à juger, celui-ci les lit et rédige sa réponse qui est ensuite apportée aux dames et lue (v. 956-1062). Elle est transcrite en un quatrième et dernier discours, qui commence par résumer les arguments des deux dames avant de trancher, en une seule strophe, en faveur de la dame soutenant la vénerie13 (v. 1063-1230). Alors que dans la source médiévale le débat s’achève ainsi, Cretin ajoute quelques vers dans lesquels la dame à l’épervier reconnaît sa défaite, puis les conversations reprennent dans la compagnie sur d’autres sujets (v. 1231-1270). Le texte de Cretin s’achève par une excusatio finale de l’auteur (v. 1271-1280). Dans l’ensemble, Cretin suit scrupuleusement l’extrait qui lui sert de source, que ce soit dans le contenu des arguments des deux dames ou dans l’organisation des étapes du récit encadrant. Quelques différences significatives méritent cependant d’être relevées et concernent directement les échanges entre personnages14.

  • 15 Il s’agit là d’un procédé inverse à la méthode de Saint-Gelais qui, comme l’a montré Corinne Denoye (...)

6Une première différence majeure, entre le Debat entre deux dames de Cretin et sa source, est que le poète du XVIe siècle développe beaucoup plus les échanges informels entre personnages dans les parties relevant du cadre narratif15. Non seulement les dialogues mettant en scène le clerc messager sont bien plus nourris que dans le débat source, mais en outre les personnages insèrent volontiers des discours rapportés dans leurs propres propos. C’est le cas de la dame aux chiens :

La noise alors commence de plus belle,
Veneurs s’en vont après les chiens huant :
« Merlant, Rigault, Marteau, appelle, appelle ! »
C’est ung deduyt d’ouyr telle chappelle,
« La, compaing, la, va, veez le cy fuyant ! »
Trompes et voix vont sonnant et criant,
Lamentent chiens, et chevaulx tant hanissent
Que les forests du grand bruit retentissent.
(v. 631-638)

Il est aisé de lire dans ces insertions de discours rapportés une stratégie confortant l’importance de l’ouïe, puisque ces discours saturent son propos de voix et de sons. Lorsque le même procédé revient dans les propos échangés entre les deux seigneurs (v. 935-936), c’est une nouvelle illustration de la façon dont Cretin préfigure le verdict final, en soulignant non plus seulement la convoitise suscitée par le chien mais en mobilisant singulièrement le sens de l’ouïe dans cet échange.

  • 16 Voir f. 36r, 41r et v, 50r et 59r. La fin de chacun de ces discours redonne la parole à « L’acteur  (...)
  • 17 Voir f. Aiir au début du texte, Bvr, Ciir, Diiv, Dviiir. La dame aux chiens apparaît systématiqueme (...)
  • 18 Cette différence avait déjà été signalée par Kathleen Chesney, in Guillaume Cretin, Œuvres poétique (...)
  • 19 Pierre-Yves Badel « Le Débat ». Il ajoute que la strophe rejette hors d’elle les parts narratives d (...)

7Une autre différence, cette fois la plus visible, est que le Debat entre deux dames de Cretin sépare plus nettement les discours des dames et le jugement du récit encadrant. Ces quatre véritables discours possèdent ainsi un titre rubriqué pour le manuscrit Paris, BNF, Français 195316 et sont précédés d’une lettrine ; des bois gravés spécialement pour ce texte apparaissent dans l’édition de Jehan Longis de 1526 après le titre de l’œuvre, les trois discours des deux dames et le retour du messager17 (pas tout à fait avant la lecture du jugement donc). Mais la distinction de ces discours avec le reste de la narration et des dialogues est avant tout formelle : alors que l’extrait du Livre des deduis du roy Modus ne recourrait qu’aux couplets d’octosyllabes, Cretin emploie des strophes (des huitains) pour ces quatre discours18. Pour Pierre-Yves Badel, la strophe, dans ce contexte, organise les prises de parole, radicalise les oppositions19. Elle manifeste la rupture de la continuité narrative du débat et fait entrer dans une logique de structuration d’un autre ordre, celui des idées.

  • 20 Cicéron caractérise contentio et sermo dans le De officiis, I, XXVII-XXXVIII : « Et quoniam magna u (...)

8De façon plus tranchée que dans le passage du Livre des deduis du roy Modus qui lui sert de source, Cretin associe et amplifie, tout en les distinguant fermement, deux régimes de parole : celui de la conversation libre, ou sermo, intervenant dans les couplets de décasyllabes et celui du discours tendu vers une argumentation, la contentio, à laquelle sont réservées les strophes. Depuis Cicéron, l’un relève du tribunal, des assemblées et du Sénat – cela correspond aux discours du débat, en huitains ; l’autre, des discussions philosophiques et réunions entre familiers – ce sont les brefs échanges insérés dans les vers20. Il convient à présent d’entrer dans la fabrique de ces régimes de parole en examinant comment Cretin exploite strophes et décasyllabes pour organiser les propos contenus dans ses dialogues et discours en vers.

Strophes et vers : une organisation stratégique des arguments

  • 21 Dans son article « La règle du jeu-parti : une autre thématique que l’amour courtois, la théorie de (...)

9La mise en strophe des quatre grands discours du débat est une des innovations majeures de Cretin lorsqu’il s’empare du texte médiéval – l’autre consistant à transformer les octosyllabes en décasyllabes. Ces strophes portent peut-être le souvenir des jeux-partis, forme poétique pratiquée par les trouvères, qui renfermait un débat, et dans laquelle les participants composaient tour à tour une strophe pour défendre une idée et son contraire21. Les six strophes (seulement) du jeu-parti se terminaient par l’appel à un juge. L’emploi des strophes, dans le Debat entre deux dames de Cretin, repose peut-être également sur le souvenir des débats d’Alain Chartier, comme Le debat du herault, du vassault et du villain ou Le debat de reveille matin, qui faisaient également figurer des huitains, mais de structure différente.

  • 22 Dans En style poétique. L’écriture romanesque en vers autour de 1500 (Turnhout, Brepols, 2020), Pas (...)

10Quoi qu’il en soit, la strophe, faisant revenir des petites séquences closes sur elles-mêmes, se prête a priori mal à la continuité narrative du débat. Mais les strophes font aussi apparaître un séquençage qui permet de structurer le propos d’une façon bien plus économique que le faisaient les couplets d’octosyllabes de la source médiévale22. Un extrait du premier discours de la dame à l’épervier est particulièrement représentatif (nous soulignons) :

Le Livre des deduis du roy Modus,
p. 239-241, v. 185-228.
Cretin, Debat entre deux dames
Quant a parler selon raison,
Nul ne pourroit comparaison
Metrë entre chiens et oisiaux,
Que naturë a fet si biaus,
Si joins, si courtois, si jolis,
Sors ou muiers, si tres polis
Que plesant sont a regarder,
Et si les puet l’en bien porter
En chambres de rois et de conte.
De tiex choses font il si grant conte
Car oisiaux sont de tel nature
Qu’i sont nes et sans nul[e] ordure.
Premierement je fonde ma raison
Sur ce que oyseaux sont honnestes et gentz,
Et plus que chiens, et sans comparaison ;
Les recueille on en chascune maison
De grands seigneurs et de moyennes gens ;
Tous princes sont songneux et diligens
De les porter tant que leur saison dure :
Oyseaux sont netz, et les chiens plains d’ordure.
(v. 279-286)
Ici endroit ne di je riens
De l’orde nature des chiens :
On les maine sur les fumiers,
Non pas en chambre a chevaliers,
Et qui peult les veoir de pres,
Il couvent estouper son nes.
Or ai parlé du premier point,
Un autre y a qui bien vous point.
Mordre, abayer, tout gaster et mal faire
Scait faire ung chien, et autre chose non ;
Sur les fumiers ronger os et deffaire,
Cryer, huller, l’enraigé contrefaire,
C’est tout luy fault ; vela son propre nom ;
Chiens n’ont jamais comme oyseaux le renom
Donner desduict sur dueil d’ennuyeux faicts ;
C’est l’argument que contre vous je fais.
(v. 303-310)
L’en peut oisiaux partout porter
Et soi deduire et deporter.
Ce ne puet on fere des chiens :
A l’ostel menguent les biens.
N’esse plaisir a veoir ung esprevier,
Longes aux piedz, sonnettes et vervelles ?
Qui en scavroit ung tel que a part veiz hyer,
Assez seroit pour le faire ennuyer,
Et mettre aux champs fantastiques cervelles ;
Mais sont ce pas façons trop plus nouvelles
Veoir sur le poing oyseaux par gentillesse,
Que mener chiens et vieux dogues en laisse ?
(v. 295-302)
Alon sur la tierce raison !
Comment pourroit penser nulz hon
Que par chose si tres petite
Comme un faucon fust deconfite
La grue, le cigne sauvage ?
Il y vient de tres grant courage.
Le vol d’un heron bien montant
Est-ce point chose deduiant,
Qui monte haut jusques aus nues ?
Le faucon li fet des venues
Et par derriere et par devant ;
Dame Raison vous convye et semond
Ja confesser que vous ay surmontee ;
Or demandez se deduict y a monlt,
Quant le faulcon part pour tire amont
Apres heron, faisant une montee ;
De plaisir n’est la bende desmontee ?
On voit donner de si belles venus,
Si hault qu’on peult regarder sur les nues.
(v. 319-326)
Ainssi vont ensemble sourdant
Que l’en ne scet que tout devient,
Et puis aucune fois avient
Qu’i le prent la haut par la teste,
Si s’en viennent comme tempeste
Tornoiant aval jusque terre.
Nul ne puet plus bel deduit querre.
Si tres soudain vont ensemble sourdant,
Que a peine on scait que ung et l’autre devient.
Ne pensez pas qu’on s’aille morfondant,
Car quant on voit qu’ilz s’en viennent fondant,
De froid, chaleur, faim et soif ne souvient ;
Maistre heron jusques a terre s’en vient :
Qui avroit lors la mort entre les dens,
Il revivroit de veoir tel passetemps.
(v. 327-334)
Quartement diron la manière
Comment il prent oisiaux de riviere.
Se on veult parler de beau desduit d’oyseaux
Que on peult avoir en vollant pour riviere,
(v. 335-336)
  • 23 Francis Goyet avait pareillement identifié dans les sonnets des Regrets de Du Bellay des paragraphe (...)

Cretin récrit assez souplement sa source et la réorganise volontiers. Là où le texte médiéval prenait soin de structurer la prise de parole par des adverbes ou propositions soulignant l’enchaînement logique de l’argumentation (« or ai parlé du premier point » v. 203, « alon sur la tierce raison » v. 209, « quartement » v. 227, etc.), les strophes de Cretin font totalement l’économie de ces mentions car le séquençage et l’articulation logique du propos s’y font naturellement. Le vers et les ressources poétiques prennent donc le relais de ces explicitations logiques23. Ce procédé est en quelque sorte exhibé dans les discours de la dame aux chiens et du comte de Tancarville. En effet, en résumant les arguments du débat, chacun s’appuie sur la structure strophique pour énumérer les idées avancées précédemment et reconstruire la logique des discours, comme le montrent ces vers tirés des débuts de strophe du discours de la dame aux chiens :

Sur le propos du debat vostre et myen,
Il m’est advis que avez voulu touscher… (v. 471-472)

Premierement oyseaux par vostre dict… (v. 479)

Vous dictes plus que oyseaux sont tant joliz… (v. 487)

Puis alleguez que ung faulcon desconfit… (v. 495)

Ce que oultre plus vostre parler comprend… (v. 503)

Et en mettant fin a vostre oraison… (v. 511)

On pourrait se livrer à un relevé semblable dans le jugement du comte de Tancarville (v. 1079-1214), qui manifesterait également que non seulement Cretin se sert des strophes pour structurer les propos de ses personnages, mais aussi qu’il livre à son lecteur la fabrique de ses strophes dans les discours qui récapitulent le débat.

11En outre, le choix du schéma de rimes au sein de ces strophes, par Cretin, n’est pas anodin et obéit à la même logique de progression argumentative. En effet, alors que Chartier, dans les débats déjà cités, composait des strophes symétriques de schéma ababbcbc, valorisant un couplet central, Cretin, au contraire, propose un schéma abaabbcc qui met en exergue une progression : d’abord deux appels de rimes (a et b) puis deux échos qui développent ces deux premiers vers (aabb), le tout achoppant sur un couplet final de rimes inédites (cc). Un exemple tiré du discours de la dame aux chiens, lorsqu’elle termine son résumé des arguments de son adversaire et annonce l’idée générale qui va guider sa propre argumentation, permettra de mieux comprendre ce fonctionnement :

Et en mettant fin à votre oraison,
Dont je faitz cy ung abrégé recueil,
Dictes que oyseaux sont sans comparaison
Plus à priser que chiens, pour la raison
Que toutes gens leur font meilleur recueil ;
Si concluez a tant, et dictes que œil
En telz desduictz fait beaucoup plus que ouye.
Si respondray sy je puis estre ouye.
(v. 511-518)

Les deux premiers vers, de rimes a et b, annoncent le contenu de la strophe : le résumé des arguments adverses. Les quatre suivants comportent le contenu de ce résumé et sont formellement rattachés à cette annonce par les rimes faisant écho : aabb. Le huitième et dernier vers fait une transition vers la suite du discours de la dame aux chiens et se distingue du résumé par la nouvelle rime c. Le cas du vers 7 est plus intéressant. Du point de vue du contenu, il se rattache au début de la strophe, puisqu’il parachève le résumé de l’argumentation adverse. D’un point de vue formel et structurel, il introduit la rime c qui fait basculer la strophe vers sa fin, ici le début de l’argumentation de la dame aux chiens. En réalité, cette rime c rattache résolument ce vers à la défense de la vénerie, puisqu’elle fait revenir le mot « ouye », sous forme de substantif et de verbe conjugué, dont on a vu qu’elle était au cœur de l’argumentation de la dame aux chiens. À l’inverse, les rimes b faisaient voir l’« œil » que la dame aux chiens entend dépasser.

12Ainsi, que ce soit par l’articulation des strophes entre elles ou bien des rimes au sein de la strophe, Cretin confère, par des moyens relevant de la versification, une rigueur logique particulièrement serrée aux discours tenus par les dames et leur juge. En retirant les formules structurantes parfois très appuyées de la contentio, Cretin l’assouplit légèrement, sans pour autant céder à la fermeté du dispositif argumentatif.

  • 24 Les paragraphes qui suivent s’inspirent de l’analyse menée par Pascale Mounier dans En style poétiq (...)
  • 25 C’était déjà un signe de spontanéité mais aussi de sincérité dans Le Livre du Duc des vrais amants (...)

13Dans la strophe analysée en exemple, les propositions se coulent globalement dans le moule des vers24. Syntaxe et métrique marchent de concert. Tout au plus relève-t-on un enjambement entre les quatrième et cinquième vers de la strophe (« pour la raison / Que toutes gens leur font meilleur recueil »), mais comme la proposition se termine à la fin du vers suivant, il s’agit en fait d’un cas de concordance différée : syntaxe et métrique finissent bel et bien par s’accorder. Dans ses décasyllabes, et en particulier dans les échanges plus brefs et moins structurés, relevant de la sermo, Cretin cultive ces glissements entre moule syntaxique et forme du vers25. Cela n’était pas le cas dans la source médiévale, parce que les octosyllabes, dépourvus de césure, y semblaient bien moins propices :

Dont dist la dame a l’espervier :
« Dame, vous devés commenchier. » –
« Non doi », fet elle, « par raison,
Que par vous vint la question. » –
« Or donc », fet elle, « je diroi,
Puis que dire devant vous doi. »
(Le Livre des deduis du roy Modus, p. 238-239, v. 171-176)

Lors ceste la de l’espervier convoye
L’autre, disant : « Sus, Madame, qu’on voye
Ce que direz
 » ; elle respond : « Mais dictes,
Vous qui parlez : » « Mais vous. » « Riens, trop mesdictes
De faire argu a qui commencera
.
Je ne puis pas savoir comment sera ;
Puis que vous avez mys le propos en avant,
N’esse raison que vous parlez devant ? »
(Debat entre deux dames, v. 261-268, nous soulignons)

  • 26 Dans La parole médiévale…, p. 36, Bernard Cerquiglini indique en effet que ce type de décalages (co (...)

L’accueil du sermo dans les couplets décasyllabiques repose donc sur ce jeu savant d’allongement du rythme de la phrase (comme pour la dernière réplique), ou de rétrécissement (comme pour les deux syllabes « Mais vous », tenues entre les deux césures possibles du décasyllabe), mais toujours dans le respect du cadre métrique du décasyllabe. De ces glissements qui ne rompent pas du tout ni la syntaxe ni la prosodie, Cretin retire un double bénéfice. Non seulement la vivacité des échanges est renforcée mais le cadre métrique est également mis en valeur et devient d’autant plus visible qu’il est pleinement exploité (à la césure mais aussi à la fin du vers, soulignée par une rime féminine faisant apparaître une onzième syllabe) : le lecteur est ainsi invité à le reconnaître par-delà la syntaxe26.

14Un exemple d’un dialogue entre les dames et le clerc messager permet de préciser l’intérêt cette fois logique et informationnel que Cretin tire de ces décalages entre décasyllabe et syntaxe des propos rapportés. Les concordances différées, jusqu’à la césure ou à la fin du vers suivant s’y multiplient :

  • 27 Nous modifions quelque peu la ponctuation proposée par l’éditrice Kathleen Chesney.

Escripvez nous, sans y mestre ne oster
Le tout, ainsi que l’avez sceu noter,
Car pour certain, on ne scavroit mieulx mettre
Nostre debat en prose ny en mettre ;
Puis, s’il vous plaist, le porterez au Conte
De Tancarville, auquel ferez le compte,
Et de par nous luy direz que tresfort
Le supplyons qu’il veuille mettre effort
De regarder ce que luy envoyons,
Et que le sien jugement en voyons.
Mais gardez bien, si voulez tant amer
Nous obeyr, de parolle entamer
Et, vous deust il donner charges et sommes
D’or et d’argent, de dire qui nous sommes
[…]. (v. 883-896, nous soulignons27)

  • 28 Voir la démonstration de Nathalie Fournier dans « L’ordre des mots en prose et en vers : du Dom Jua (...)
  • 29 Une rime équivoquée peut soit associer à la rime deux homophones (comme « mettre » infinitif et « m (...)

Chaque fois, ce sont les éléments rejetés à l’entame du vers suivant qui portent l’essentiel de l’information communiquée, laquelle se trouve ainsi mise en valeur28. Mais dans ce décalage, un autre élément se trouve également mis en exergue : la rime équivoquée29, d’autant plus visible que l’accent de vers n’est souvent pas au même endroit que celui de la phrase. Or ce type de rime extraordinaire revient à des endroits précis du débat et Cretin lui confère de multiples vertus dans la conduite de l’échange.

Sens et valeurs de la rime équivoquée

  • 30 François Cornilliat, « Or ne mens ». Couleurs de l’éloge et du blâme chez les « Grands Rhétoriqueur (...)

15Véritable stylème ou signature de Cretin, la rime équivoquée est au cœur de sa poétique. Elle possède un intérêt particulier pour l’analyse du Debat entre deux dames. Tout d’abord, c’est un procédé qui n’a de sens que dans le cadre d’une oralisation du texte. Cela est d’autant plus significatif que le débat de Cretin a vraisemblablement été lu à voix haute dans une cour princière, sans doute celle de François Ier. Comme l’a montré François Cornilliat30, la rime équivoquée constitue, à l’oral, une petite énigme que l’auditeur est invité à résoudre : des sons semblables reviennent, et pourtant les mots sont différents. Dans ce geste de résolution sémantique, l’interprétation se met en branle : là où les mots écrits sont discordants, ils deviennent concordants par leur son, ce qui invite à une autre concorde, celle du sens. La description du juge proposé pour le débat, effectuée par la voix d’un seigneur, en constitue un exemple :

C’est le seigneur Conte de Tancarville,
Expert sur tous, j’en dis autant, car ville
Ne ayme a hanter comme l’esbat des champs,
Et ne luy plaist tant ouyr les deschantz
Des instrumens, que prendre à son gré l’air,
Et aux abbois faire trompes gresler.
(v. 201-206)

La décomposition du nom de « Tancarville » en « tant car ville » permet au poète d’introduire une distinction entre « ville » et « champs », que le comte réunit tous deux. Appartenant à la ville comme à la campagne où se déroulent les parties de chasse, le comte aime aussi bien la musique des instruments que celle, en particulier, des « trompes » de chasse, que l’on fait « gresler ». Tout citadin qu’il est, par son nom, le comte de Tancarville apprécie la musique et ce n’est pas en dépit de cela mais grâce à cela qu’il est sensible à l’activité de la chasse : pour lui, les ébats des champs, ce sont, comme à la ville, « les deschantz » et « prendre à son gré l’air », c’est encore être sensible à la musique et entendre « trompes gresler ». À la fois extérieur au débat portant sur la chasse, car il appartient à la ville, le comte est un amateur éclairé par son goût pour la musique et pour les trompes, ce qui le rend particulièrement apte au jugement – mais ce qui en annonce aussi l’issue.

16Cet exemple de rimes équivoquées, portant elles-mêmes sur du son, met encore en valeur un aspect que nous avons déjà plusieurs fois eu l’occasion de remarquer. En insérant des sons de toutes sortes dans son débat, dans les propos échangés entre personnages, dans les rimes équivoquées qui affleurent en maints endroits, mais aussi par la thématique de la musique et de l’écoute qui revient régulièrement, Cretin prépare minutieusement – infiniment plus que son prédécesseur médiéval – le jugement qui va être rendu en faveur de celle qui soutient l’importance de l’ouïe dans le plaisir procuré par la chasse. Les endroits où la rime équivoquée est mobilisée sont donc significatifs : dans les passages pris en charge par l’acteur et dans les brefs échanges relevant de la sermo notamment. Comme les rimes ne se suivent pas nécessairement dans les strophes, qui imposent par ailleurs non pas un mais deux échos, les rimes équivoquées sont globalement moins fréquentes dans les longs discours. Elles le sont néanmoins dans le couplet final des strophes, et dans une mesure plus importante chez la dame aux chiens et le comte de Tancarville que dans le premier discours de la dame à l’épervier. À l’occasion de la réplique de cette même dame soutenant la fauconnerie, les rimes équivoquées reviennent dans une proportion semblable aux discours des autres personnages : elle semble donc déjà, inconsciemment, se ranger aux raisons de son adversaire en s’efforçant d’ajouter sens et « déduit » à son discours par l’emploi de cette rime éminemment sonore. La rime équivoquée, par les énigmes qu’elle fait entendre et qui n’ont guère de sens à l’écrit, où tout est éclairé par la graphie, participe donc, d’une certaine façon, à l’argumentation qui se déploie dans les discours des dames mais aussi entre ces discours, en favorisant le jeu de l’ouïe sur la platitude de la vue.

  • 31 Outre « Or ne mens »… déjà cité, voir également, de François Cornilliat, « On sound effects in Rabe (...)
  • 32 Dans l’Ecclesiastes, Érasme fustige l’abus des figures d’ornement et ne les autorise plus qu’à titr (...)
  • 33 Voir, par exemple, l’épître de Cretin à Charbonnier dans laquelle six des dix syllabes du décasylla (...)

17Cretin ne s’arrête toutefois pas à cet usage de la rime équivoquée. Au début du XVIe siècle, la valeur de cette rime extraordinaire est partagée entre deux pôles a priori contradictoires31. C’est d’une part un procédé de vehementia que l’on sait cher aux rhétoriqueurs (et notamment à Molinet), qui souligne avec force un propos et participe à en construire la vérité. D’autre part, la rime équivoquée, mise à distance en tant que procédé virtuose, devient de plus en plus, à la Renaissance, un jeu complice offert à l’auditeur du texte32, ce qui transparaît dans les épîtres familières presque holorimes de Cretin33, mais aussi dans la célèbre « Petite épître au roi » de Clément Marot. Or, dans le Debat entre deux dames, Cretin oscille entre ces deux valeurs et parvient à faire en sorte qu’elles ne s’excluent pas l’une et l’autre : la rime équivoquée, quand elle associe par exemple « des champs » et « deschantz », est un surcroît de sens par le sémantisme des mots puissamment associés ; c’est un surcroît de sens en soi, puisqu’elle mobilise une oralité thématiquement au cœur du débat ; enfin, la résolution de ces petites énigmes par le lecteur et leur disposition stratégique dans l’ensemble du débat lui confère une valeur ludique, presque pédagogique, dans l’enseignement sur les sens qui est ici délivré (cette mise à distance ludique étant ici à l’opposé de toute condamnation critique ou ironie destructrice).

  • 34 Comme le rappelle Laëtitia Tabard dans « Le Livre de l’Espérance et le mouvement du débat », Cahier (...)

18Favorisant un jeu complice et un surcroît de sens qui se construit par-delà les discours, la rime équivoquée conduit le lecteur, presque à son corps ou son esprit défendant, vers la résolution du débat en faveur de la dame aux chiens. De fait, notre définition du débat initialement proposée ne semble plus exacte : c’était celle d’un genre littéraire rattaché à une rhétorique judiciaire, où s’affrontent deux points de vue opposés et irréconciliables entre lesquels il fallait trancher34. En récrivant le débat du Livre des deduis du roy Modus, Cretin le transforme insensiblement en dialogue, l’infléchit vers le sens platonicien du terme, puisque la confrontation des points de vue achoppe sur une vérité partagée par tous. À cet égard, les quelques vers que Cretin ajoute à la fin de sa réécriture, par lesquels il montre la dame aux chiens fanfaronnant après sa victoire et celle à l’épervier se résignant à accepter sa défaite, sont particulièrement significatifs. La réaction des participants à un débat ne fait en effet pas du tout partie du genre tel qu’il s’élabore au Moyen Âge, où l’on n’a d’ailleurs pas toujours le jugement, puisque la valeur du texte tient surtout à la contradiction exposée. Éthiquement, la dame soutenant la vénerie nous est ainsi montrée sous un jour peu favorable, puisqu’elle se vante de sa victoire, alors que celle qui soutenait la fauconnerie accepte sa défaite avec dignité. Ce début de renversement de valeur entre les dames, simplement amorcé par Cretin à la fin de son débat, corrobore l’idée que le jugement n’a pas seulement choisi entre des points de vue proposés, mais qu’il a fait bouger les lignes éthiques et intellectuelles initialement posées.

  • 35 Lorsque la dame à l’épervier apporte des arguments relevant d’un autre domaine que celui du débat d (...)

19En termes de qualification rhétorique, le mot de « contentio » que nous avions employé pour caractériser les longs discours, ne s’applique donc plus guère : malgré leur apparence de débat contradictoire, les discours, noués par les interventions de l’acteur faisant dialoguer toutes sortes de personnages, fonctionnent en réalité largement dans un sens commun35. Même si les imprimés et éditions distinguent structurellement ces discours des autres échanges, Cretin s’est efforcé de réduire la tension contenue étymologiquement dans ces contentiones, grâce à l’emploi des strophes et des rimes équivoquées, pour les orienter vers une issue presque consensuelle, un véritable dialogue ou échange verbal qui, dans une perspective de rhétorique gréco-latine, appartient au sermo. Que ce soit d’un point de vue générique, argumentatif ou bien rhétorique, grâce à toutes les ressources de la versification, chez Cretin, le débat se conduit de plus en plus comme un dialogue.

 

  • 36 Luc Vaillancourt parle d’« humanisme dissident » pour qualifier la pratique épistolographique de Cr (...)

20Pour conclure, la réécriture du Debat entre deux dames de Cretin ne se limite pas à une mise à jour formelle des couplets d’octosyllabes de sa source médiévale. Le poète rhétoriqueur se montre bien plus sensible que son prédécesseur aux ressources offertes par la versification, à différentes échelles, dans le cadre d’un échange portant précisément sur les pouvoirs et plaisirs de l’ouïe. Ce faisant, Cretin modifie non seulement la forme des échanges entre les protagonistes du débat, mais aussi l’esprit : tout en maintenant les ressorts de la vehementia dans des structures et rimes élaborées, l’opposition tranchée du Debat entre deux dames devient dialogue constructif, reposant sur des arguments amenés de façon progressive, pédagogique et parfois plaisante. Homme tourné vers le Moyen Âge par ses lectures, Cretin manifeste une foi de poète et d’humaniste (humaniste parce que poète) dans son rapport à la parole36.

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Notes

1 Toutes nos citations s’appuieront sur l’édition de Kathleen Chesney dans Guillaume Cretin, Œuvres poétiques, Genève, Slatkine Reprints, 1977 [Paris, Firmin Didot, 1932], p. 94-143. Dans son introduction, elle signale qu’elle s’est appuyée sur plusieurs témoins manuscrits et imprimés : les manuscrits Troyes, BM, 1337, Paris, BNF, Français 1953 et Berlin, Staatsbibliothek, Hamilton 195 ainsi que les imprimés Le Debat de deux dames sur le passetemps de la chasse des chiens et oyseaulx, Paris, Jehan Longis, 1526 et Chantz royaulx, oraisons et aultres petitz traictez, Paris, Galliot Du Pré, 1527. Par leur variété, ces témoins suggèrent un relatif succès du texte de Cretin.

2 Exception faite de la seule étude entièrement consacrée au Debat entre deux dames de Cretin : Michael Randall, « On the empire of the senses in Cretin’s Débat entre deux dames », in Esprit généreux, esprit pantagruélicque. Essays by his students in honor of François Rigolot, Reinier Leushuis et Zahi Zalloua (éd.), Genève, Droz, 2008, p. 75-92.

3 Les Livres du roy Modus et de la royne Ratio, t. 1 : Le Livre des deduis du roy Modus, Gunnar Tilander (éd.), Paris, Société des anciens textes français, 1932, p. 230-266. Toutes les citations de ce texte sont issues de cette édition. Outre le grand nombre de témoins manuscrits, la dizaine d’éditions de ce texte au XVIe siècle, recensées par le site Arlima (voir https://arlima.net/no/371), indique que Cretin s’appuie sur un texte alors connu.

4 Le Roman des deduis de Gace de La Bigne est une autre illustration de ce sous-genre.

5 Voir Pierre-Yves Badel, « Le Débat », in La littérature française aux XIVe et XVe siècles, t. 1, Heidelberg, Carl Winter Universitätsverlag (GRLMA ; VIII), 1988, p. 95-110 ; Hélène Haug, « La lecture des débats en moyen français : approches d’un jeu courtois », Le Moyen Âge, t. CXXII, no 2, 2016, p. 275-302 ; Laëtitia Tabard, « Bien assailly, bien deffendu ». Le Genre du débat dans la littérature française de la fin du Moyen Âge, thèse de doctorat en études médiévales, Sorbonne université, 2012.

6 Le débat à proprement parler y est inséré dans une narration, en prose, faisant figurer un désaccord entre veneurs et fauconniers, que l’on propose de résoudre par la lecture collective du débat des deux dames (Le Livre des deduis du roy Modus, p. 230-233). Voir Hélène Haug, « La lecture des débats… ».

7 Voir René de Maulde La Clavière, Louise de Savoie et François Ier. Trente ans de jeunesse (1485-1515), Paris, Perrin et cie, 1895, p. 255, cité par Kathleen Chesney, in Guillaume Cretin, Œuvres poétiques, p. CVIII. La date exacte de composition du texte de Cretin est inconnue mais une rédaction peu après 1515, sous François Ier donc, paraît plausible, précisément parce que la dame aux chiens l’emporte mais aussi parce qu’on retrouve d’autres scènes de chasse particulièrement développées dans Recueil sommaire des cronicques françoyses que Cretin rédige pour le jeune roi de 1515 à 1525 : voir livre II, chap. III (BNF, Français 2818, f. XIIv-XVr) et livre III, chap. V (BNF, Français 2819, f. XXIv-XXIVv). Kathleen Chesney rappelle cependant que la présence de deux césures épiques et de deux césures lyriques suggère qu’il s’agirait plutôt d’une œuvre de jeunesse (Guillaume Cretin, Œuvres poétiques, p. CIX).

8 Bernard Cerquiglini, La parole médiévale. Discours, syntaxe, texte, Paris, Minuit, 1981, « Première partie : Grammaires de l’inscription », p. 15-123.

9 Ceux-ci y sont par ailleurs encadrés par une narration en prose qui motive la présence de ce débat en vers (il est lu pour résoudre un différend entre veneurs et fauconniers) et qui le rattache formellement au reste du traité, également en prose.

10 On retrouve l’expression de cette réaction aux vers 955 et 987.

11 Voir Michael Randall, « On the empire of the senses… », ainsi que Jean-Marie Fritz, Paysages sonores du Moyen Âge. Le versant épistémologique (Paris, Honoré Champion, 2000, chap. I : « L’ouïe, second sens ? », p. 19-55) pour une synthèse précise du débat sur la précellence de la vue et de l’ouïe de l’Antiquité au Moyen Âge.

12 Surtout lorsqu’il a un sujet courtois : voir Pierre-Yves Badel, « Le Débat ».

13 À noter que nulle part il n’est fait mention d’une hiérarchie de valeur entre la fauconnerie et la vénerie alors même que cette dernière, plus coûteuse en moyens matériels (entretien de la meute de chiens et personnel pour s’en occuper) et en efforts personnels (course après l’animal chassé), était réservée à la plus haute noblesse.

14 Une autre différence importante, que nous ne commenterons guère dans le cadre de cette étude, porte sur la place accordée au clerc messager, qui est bien plus importante chez Cretin que dans sa source médiévale. Celui-ci est bien accueilli par le comte de Tancarville pendant qu’il rédige son jugement et son séjour est bien plus développé que dans le texte source. Cet aspect est à mettre en rapport avec une autre singularité du Débat entre deux dames de Cretin : la présence d’une première personne absente de la source médiévale, un « acteur » dont la voix prend le relais entre les discours des deux dames, alors que ceux-ci se suivaient sans interruption dans Le Livre des deduis du roy Modus. Or cet acteur indique qu’il entend tout le débat caché derrière un rosier : c’est donc lui le clerc auquel on fait appel pour rédiger le débat et l’envoyer au comte de Tancarville. Ce brouillage entre les différents niveaux de la diégèse rend en quelque sorte plus manifestes les topoï du débat (en l’occurrence ceux de l’embusche et de l’appel à un juge) et invite le lecteur à ne pas se laisser duper par les attentes du genre qui semble convoqué.

15 Il s’agit là d’un procédé inverse à la méthode de Saint-Gelais qui, comme l’a montré Corinne Denoyelle dans son article du présent numéro, transforme le rythme des dialogues dans sa traduction de l’Énéide pour leur conférer moins de souplesse, plus d’ampleur et de majesté. Il reste que chez les deux rhétoriqueurs que sont Cretin et Saint-Gelais, les valeurs et vertus de la parole sont au centre de leur réécriture.

16 Voir f. 36r, 41r et v, 50r et 59r. La fin de chacun de ces discours redonne la parole à « L’acteur », également rubriqué (f. 41r, 52r et 63v).

17 Voir f. Aiir au début du texte, Bvr, Ciir, Diiv, Dviiir. La dame aux chiens apparaît systématiquement avec deux chiens, tandis que son opposante n’a qu’un oiseau (l’épervier que Cretin indique dans son texte) : peut-on y voir un renvoi à son argumentation, consistant à dire que deux sens (la vue et l’ouïe) valent mieux qu’un (celui de la vue seulement pour les oiseaux) ?

18 Cette différence avait déjà été signalée par Kathleen Chesney, in Guillaume Cretin, Œuvres poétiques, p. CVIII.

19 Pierre-Yves Badel « Le Débat ». Il ajoute que la strophe rejette hors d’elle les parts narratives du texte ; le narrateur est également ainsi écarté du dialogue dont il n’est plus qu’auditeur et rapporteur. Nous verrons que Cretin modifie cette structure de l’intérieur.

20 Cicéron caractérise contentio et sermo dans le De officiis, I, XXVII-XXXVIII : « Et quoniam magna uis orationis est eaque duplex, altera contentionis, altera sermonis, contentio disceptationibus tribuatur iudiciorum, contionum, senatus ; sermo in circulis, disputationibus, congressionibus familiarum uersetur, sequaturetiam conuiuia » (Les devoirs, Maurice Testard et Stéphane Mercier (éd.), Paris, Les Belles lettres, 2014, p. 148-149). Voir, dans Rhetorica : A journal of the history of rhetoric, vol. 11, no 4, 1993, les articles de Carlos Lévy, « La conversation à Rome à la fin de la République : des pratiques sans théorie ? », p. 399-414 ; Laurent Pernot, « Un rendez-vous manqué », p. 421-434 ; Marc Fumaroli, « Otium, convivium, sermo », p. 439-443. Voir également Laurent Gavoille, « Lettre et sermo », in Epistulae antiquae III. Actes du IIIe colloque international « L’épistolaire antique et ses prolongements européens » (Actes de colloque, Tours, 25-27 septembre 2002), Léon Nadjo et Élisabeth Gavoille (éd.), Louvain – Paris, Peeters, 2004, p. 33-52.

21 Dans son article « La règle du jeu-parti : une autre thématique que l’amour courtois, la théorie des cinq sens », Questes, no 18, 2010, p. 65-77 (en ligne à l’adresse suivante : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/questes/667), Midoriko Kageyama rappelle que des jeux-partis ont opposé des participants autour de la question des sens à privilégier en amour : voir par exemple une pièce de Thibaut de Champagne et une autre où participe Colard le Changeur (Arthur Långfors et al., Recueil général des jeux-partis français, t. 1, Paris, Librairie Ancienne Édouard Champion, 1926, p. 29-33 et 58-61). Le critique cite des sources possibles de ces autres débats littéraires : Li Livres dou Tresor, où chaque sens est classé en fonction de sa position sur le visage, ce qui revient à accorder la primauté à la vue (Brunetto Latini, Li Livres dou Tresor, Francis James Carmody (éd.), Berkeley – Los Angeles, University of California Press, 1948, livre I, chap. XV, p. 29 [rééd. Genève, Slatkine Reprints, 1998]), mais aussi Le Bestiaire d’amour, illustrant l’idée que les deux sensations visuelle et auditive sont valorisées, ensemble, en contexte philosophique, scientifique ou théologique (Richard de Fournival, Le Bestiaire d’amour et La Response du bestiaire, Gabriel Bianciotto (éd.), Paris, Honoré Champion, 2009, p. 200). Voir également Jacqueline Cerquiglini-Toulet, « Le schéma des cinq sens, d’une théorie de la connaissance à la création de formes littéraires », Micrologus, vol. 10, 2002, p. 55-69.

22 Dans En style poétique. L’écriture romanesque en vers autour de 1500 (Turnhout, Brepols, 2020), Pascale Mounier montre que le style poétique, qui inclut vers et formes strophiques, est propice au séquençage en étapes de la narration, « en segmentant le flux de l’écriture » (p. 186).

23 Francis Goyet avait pareillement identifié dans les sonnets des Regrets de Du Bellay des paragraphes logiques qui, une fois leur lien établi, formaient une argumentation, comme il le démontre dans « Le recueil de sonnets comme ensemble de tableaux, c’est-à-dire de loci », in Programme et invention dans l’art de la Renaissance (Actes de colloque, Rome, 20-23 avril 2005), Michel Hochmann et al. (dir.), Paris – Rome, Somogy – Académie de France à Rome, 2008, p. 177-202, repris sous le titre « Un exemple de lecture par Loci. Les Regrets de Du Bellay », in Francis Goyet, Le regard rhétorique, Paris, Classiques Garnier, 2017, p. 311-334. Dans la même perspective, voir également son analyse des Amours de Ronsard : « En guise de conclusion. Lire Les Amours (de Ronsard) comme un roman (de la Rose) », in Du temps que les bestes parloient. Mélanges offerts au professeur Roger Bellon, Valérie Méot-Bourquin et Aurélie Barre (dir.), Paris, Classiques Garnier, 2018, p. 467-480.

24 Les paragraphes qui suivent s’inspirent de l’analyse menée par Pascale Mounier dans En style poétique…, chap. 4 : « La phrase narrative en vers », p. 189-237.

25 C’était déjà un signe de spontanéité mais aussi de sincérité dans Le Livre du Duc des vrais amants de Christine de Pizan, comme l’a montré Évelyne Oppermann-Marsaux dans son article du présent numéro.

26 Dans La parole médiévale…, p. 36, Bernard Cerquiglini indique en effet que ce type de décalages (comme la brisure du couplet qu’il analyse en exemple) ne consiste pas en une marche vers la prose, une dislocation presque hugolienne du vers, mais propose avant tout un jeu de surprise à partir d’un cadre connu et reconnu, ainsi remotivé.

27 Nous modifions quelque peu la ponctuation proposée par l’éditrice Kathleen Chesney.

28 Voir la démonstration de Nathalie Fournier dans « L’ordre des mots en prose et en vers : du Dom Juan de Molière au Festin de Pierre de Thomas Corneille » (in Langue littéraire et changements linguistiques, Françoise Berlan (éd.), Paris, PUPS, 2006, p. 315-334), ainsi que l’article de Pascale Mounier dans le présent numéro.

29 Une rime équivoquée peut soit associer à la rime deux homophones (comme « mettre » infinitif et « mettre » substantif, « conte » et « compte ») ou bien un ou plusieurs mots avec un ou plusieurs autres mots se prononçant de la même façon (comme « tresfort » et « [met]tre effort », « envoyons » et « en voyons », etc.).

30 François Cornilliat, « Or ne mens ». Couleurs de l’éloge et du blâme chez les « Grands Rhétoriqueurs », Paris, Honoré Champion, 1994.

31 Outre « Or ne mens »… déjà cité, voir également, de François Cornilliat, « On sound effects in Rabelais (Part I) », Études rabelaisiennes, t. XXXIX, 2000, p. 137-167 et « On sound effects in Rabelais (Part II) », Études rabelaisiennes, t. XLII, 2003, p. 7-55.

32 Dans l’Ecclesiastes, Érasme fustige l’abus des figures d’ornement et ne les autorise plus qu’à titre de plaisanterie destinée à faire rire l’audience. Ce renversement, que Cretin perçoit et s’efforce d’embrasser, d’une certaine façon, a durablement causé une incompréhension de l’esthétique des rhétoriqueurs jusqu’à provoquer dédain et oubli de ces poètes et historiographes dans l’histoire littéraire.

33 Voir, par exemple, l’épître de Cretin à Charbonnier dans laquelle six des dix syllabes du décasyllabe riment ensemble dans les couplets (Œuvres poétiques, p. 275-277).

34 Comme le rappelle Laëtitia Tabard dans « Le Livre de l’Espérance et le mouvement du débat », Cahiers de recherches médiévales et humanistes, no 33, 2017, p. 149-169 (en ligne à l’adresse suivante : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/crm/14735), Chartier réfléchissait déjà, près d’un siècle avant Cretin, aux moyens de sortir de la stérilité des débats. Selon elle, « Le Livre de l’Espérance se présenterait ainsi avant tout comme un traité, où prédominerait finalement la forme didactique du dialogue, sur le modèle de la catéchèse et de l’exposé doctrinal : parole de vérité, donc, contre la vaine agitation des débats » (p. 151). L’emploi du vers (dans le prosimètre) peut alors se comprendre comme l’expression d’une « singulière musicalité, […] portée universelle et […] hauteur spirituelle, une harmonie supérieure qui s’oppose à la dispersion des voix dans le dialogue » (p. 152). Voir également Emma Cayley, Debate and dialogue. Alain Chartier in his cultural context, Oxford, Clarendon Press, 2006.

35 Lorsque la dame à l’épervier apporte des arguments relevant d’un autre domaine que celui du débat des sens, ils sont purement exclus : l’ordure des chiens n’est pas l’objet du débat selon la dame aux chiens, la crainte et le danger suscités par la vénerie ne fait l’objet d’aucune discussion et le comte de Tancarville n’y consacre qu’une strophe sur les vingt-et-une de son jugement.

36 Luc Vaillancourt parle d’« humanisme dissident » pour qualifier la pratique épistolographique de Cretin, en expliquant que son imperméabilité au renouveau cicéronien des lettres familières n’est que de façade et correspond à un désir de prolonger les formes françaises au détriment des influences étrangères, à commencer par les italiennes (« L’humanisme dissident des rhétoriqueurs : le cas de Guillaume Cretin », Renaissance and reformation / Renaissance et réforme, vol. 27, no 2, 2003, p. 77-86). Dans le cas du Débat entre deux dames, il semble que c’est surtout la volonté de ne pas rompre avec les formes et traditions anciennes mais de les transformer en douceur qui fait de Cretin un humaniste non dissident, d’autant plus engagé qu’il procède lui-même par glissements imperceptibles.

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Pour citer cet article

Référence papier

Ellen Delvallée, « Débat et dialogue en vers chez Guillaume Cretin »Elseneur, 37 | 2022, 79-96.

Référence électronique

Ellen Delvallée, « Débat et dialogue en vers chez Guillaume Cretin »Elseneur [En ligne], 37 | 2022, mis en ligne le 05 janvier 2023, consulté le 23 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/elseneur/290 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/elseneur.290

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Auteur

Ellen Delvallée

CNRS, Université Grenoble Alpes (Litt&Arts, UMR 5316)

Ellen Delvallée est chargée de recherche au CNRS et travaille au sein du laboratoire Litt&Arts (UMR 5316, CNRS / Université Grenoble Alpes). Ses recherches portent sur la littérature au tournant du Moyen Âge et de la Renaissance, dont elle s’attache à montrer les continuités et les mutations, notamment dans les domaines de la poésie et de l’historiographie. Spécialiste des grands rhétoriqueurs, elle s’intéresse aux phénomènes d’intertextualité qui structurent ce groupe d’écrivains, ainsi qu’à leurs expérimentations rhétoriques et formelles. L’ouvrage issu de sa thèse, intitulé Poétiques de la filiation. Clément Marot et ses maîtres : Jean Marot, Jean Le-maire et Guillaume Cretin, est paru en 2021 aux éditions Droz.

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