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Quelques propriétés des dialogues versifiés dans Le Livre du Duc des vrais amants de Christine de Pizan1

A few of the versified dialogue’s properties in Christine de Pizan’s Le Livre du Duc des vrais amants
Évelyne Oppermann-Marsaux
p. 19-36

Résumés

Cet article est consacré aux dialogues enchâssés dans la partie narrative du Livre du Duc des vrais amants de Christine de Pizan. Il analyse en premier lieu les différentes occurrences de discours direct et montre que celles-ci mettent en œuvre les mêmes modes d’enchâssement que les dialogues figurant dans la prose médiévale : dans les deux cas, le discours direct est en effet caractérisé par un marquage systématique des frontières énonciatives, ce qui conduit à un contrôle strict des paroles des personnages. En s’appuyant sur différents indices linguistiques, l’autrice n’exploite donc pas en priorité la prosodie pour structurer ses dialogues. La prosodie devient alors un lieu d’expérimentation permettant la non-coïncidence de la frontière du vers avec celle de l’énoncé. L’étude souligne également que les emplois du discours indirect libre et du discours direct libre sont guidés par des choix stylistiques de Christine, dans la mesure où leur présence dépend toujours du statut des interlocuteurs mis en scène et des propriétés énonciatives des échanges concernés.

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Texte intégral

  • 1 Ce travail s’inscrit dans le cadre du projet PID2020-113017GB-I00 « Énonciation et pragmatique hist (...)
  • 2 L’appartenance de ce texte au genre du dit est soulignée par Christine elle-même, qui emploie le te (...)
  • 3 De la même période sont datés les ouvrages suivants : Le Chemin de longue étude, Le Livre de la Mut (...)

1Composé entre 1403 et 1405, Le Livre du Duc des vrais amants de Christine de Pizan est un texte narratif en vers appartenant au genre du dit2. À une période où les écrits de l’autrice relèvent davantage de la réflexion politique et de l’histoire3, le narrateur de notre texte, qui se fait appeler le « Duc des vrais amants », raconte, à la première personne, son éducation sentimentale.

  • 4 Deux de ces lettres correspondent toutefois à un échange de la dame avec un autre personnage, son a (...)
  • 5 Elles comportent également des discours rapportés, dont les propriétés sont très différentes de cel (...)
  • 6 Dans ce cas, comme l’écrit Michèle Perret dans L’énonciation en grammaire du texte, Paris, Nathan ( (...)

2Ce récit se caractérise d’entrée par sa complexité énonciative, due en particulier à la diversité des discours qui y sont enchâssés. On y relève en effet aussi bien des monologues (adressés par le narrateur-amant à Amour ou à la dame absente) que des échanges épistolaires entre les amants4. Si les monologues sont composés en vers et prennent la forme de poèmes (il s’agit essentiellement de rondeaux et de ballades), les lettres sont des textes en prose5 (pouvant par ailleurs être accompagnés de poèmes en vers), qui relèvent explicitement de la communication écrite, et donc de l’énonciation différée6. Ces deux types de discours sont illustrés par (1) et (2), qui correspondent respectivement au début du premier rondeau enchâssé et au début de la première lettre attribuée à la dame :

(1) A Amours mainte clamour
     Fis, disant en telle maniere
     Pour le temps, qui trop long m’iere :

     [Rondel]

     Vray dieu d’Amours qui des amans es sire,
     Et toy, Venus, l’amoureuse deesse,
     Vueilles mon cuer briefment metre en adrece
     D’estre amoreux, car riens plus ne desire.
     (v. 68-74)

(2) Son penser commence a dire
     Et teles lettres ditta
     Comme cy en escript a :

Response de la dame aux lettres devant dittes
A mon gracieux ami,
Mon bel et gracieux chevalier, vueilliez savoir que j’ay receu voz doulces et amoureuses lettres et ballades, esquelles me faites savoir l’estat ou vous dites que, se brief secours [n’avez], vostre vie convient finer. Si vous rescrips mes lettres pour respondre ad ces choses […].
(v. 2356-2358 et l. 1-5)

3Mais parallèlement à ces discours, qui traduisent l’état d’âme de leurs locuteurs ou scripteurs, nous suivons aussi l’évolution de la relation entre les deux protagonistes grâce à leurs rencontres successives et grâce aux interventions d’un troisième personnage, le cousin du narrateur, qui devient à la fois le confident et le messager de celui-ci auprès de sa dame. L’étude qui suit sera par conséquent centrée sur les dialogues entre ces trois personnages – le narrateur-amant, la dame et le cousin –, dialogues qui impliquent la coprésence des interlocuteurs dans la même situation d’énonciation et qui correspondent de ce fait à des représentations écrites d’échanges oraux fictifs.

4Étant donné que la plupart des dialogues rapportés dans notre texte figurent au discours direct, nous nous intéresserons, dans un premier temps, à cette forme de discours rapporté, en examinant son mode d’insertion dans la narration et en comparant ses propriétés avec celles attribuées traditionnellement aux discours directs des récits médiévaux. Puis, nous tenterons, dans un second temps, d’expliquer les variations formelles que l’on peut observer à l’intérieur des échanges rapportés, en nous interrogeant notamment sur les critères favorisant le recours aux formes non marquées du discours rapporté que sont le discours indirect libre et le discours direct libre.

Les propriétés du discours direct dans les dialogues entre personnages

  • 7 Jacqueline Authier-Revuz, « Repères dans le champ du discours rapporté (suite) », L’information gra (...)
  • 8 Comme nous travaillons sur un texte médiéval, la ponctuation, ajoutée par l’éditeur moderne, ne peu (...)

5En tant que forme marquée de discours rapporté, le discours direct se caractérise par le fait que le changement de locuteur dont il témoigne s’y trouve explicitement indiqué, en particulier par une séquence introductrice (le discours citant) comportant un verbe de parole et précisant l’identité du locuteur auquel le discours rapporté est attribué. L’intérêt que suscite alors le discours direct est lié à son statut énonciatif particulier : contrairement au discours indirect qui correspond à une reformulation, par le narrateur, des paroles de son personnage, le discours direct marque une véritable rupture énonciative avec la narration qui précède : il relève en effet d’une « opération de citation »7 qui met en scène les paroles du personnage et préserve ainsi l’indépendance – syntaxique et énonciative – du discours cité (figurant entre guillemets)8 par rapport au discours citant.

Le contrôle systématique des paroles des personnages

6Voici deux dialogues figurant au discours direct dans notre texte, dont le premier met en scène les deux amants (3) alors que le second a pour interlocuteurs le narrateur et son cousin (4) :

  • 9 Les italiques présents dans les exemples cités sont de moi.

(3) Et elle amoureusement9
     Dist : « Beau cousin, bien viengnez !
     Bien estes enbesoingnez,
     Et qui belle dame ara
     A la jouste ja parra ! »
     Lors commençay a soubzrire
     Et pris hardement de dire :
     « Ma dame, je vous vueil faire
     Requeste, et se la perfaire
     Voulez, j’en seray moult ayse :
     C’est que moy donnez, vous plaise,
     D’un de voz corsez la manche
     […]
     Se me donnez un royaume
     Je croy mieulz ne l’aimeroie
     Ne plus joyeux n’en seroye ! »
     Adonc ma dame pensa
     Un petit puis commença
     A dire : « Beau cousin, certes,
     Mieulx vous vault pour voz dessertes
     D’autre dame avoir present,
     […]
     Si soit vo peine merie
     De vo maistresse et amie,
     Non de moy. Mais ne dis mie
     Que reffuser je vous vueille
     Vo requeste et que me dueille
     De ce faire, car feroye
     Plus pour vous, et toutevoye
     Ne vueil je que nul le sache. »
     Adonc elle mesme sache
     Un coutel soubz ses courtines,
     Et la manche o les hermines
     D’un de ses corsez hors taille
     (v. 860-903)

(4) Si me prist a dire : « Avoy !
     Bien congnoys que pou d’avoy
     Et d’arroy vers vous se tire.
     Quel cause avez vous, beau sire,
     De vous ainsi demener ?
     […]
     Coment puet tel desplaisir
     En vo nyce cuer s’embatre
     D’ainsi vous laissier rabatre
     Et tuer a desespoir ?
     […]
     […] Et ne sçay mie
     Comment si fol vous estiez
     Quant a loisir vous estiez
     Avecques elle sans dongier
     Que, sans longuement songier,
     Ne lui disiez l’amour toute
     Dont l’amiez ! » Adonc, sans doubte,
     Dis : « Cousin, las ! Je n’osasse,
     Si avoye je assez espace
     Voirement, mais je doubtoye,
     […] » (v. 1898-1948)

7La lecture de ces échanges met d’entrée en évidence la signalisation très précise et systématique des différentes frontières énonciatives, qu’il s’agisse de celles entre la narration et le discours des personnages ou de celles entre les différentes interventions à l’intérieur du dialogue rapporté.

8Dans (3), chaque prise de parole est ainsi annoncée par un discours citant, et de ce fait explicitement attribuée à un locuteur précis :

Et elle amoureusement / Dist : (v. 860-861)
Lors commençay a soubzrire / Et pris hardement de dire : (v. 865-866)
Adonc ma dame pensa / Un petit puis commença / A dire : (v. 877-879)

Et nous pouvons faire le même constat dans (4) :

Si me prist a dire : (v. 1898)
Adonc, sans doubte, / Dis : (v. 1945-1946)

9Les discours citants postposés au discours cité ou figurant en incise sont très rares. Nous pouvons toutefois relever « dist celle » dans l’échange suivant :

(5) Touteffois dis : « Doulce dame
     Dieu vous sault et corps et ame.
     – Amis, bien viengnez », dist celle.
     Lors me fist seoir coste elle.
     (v. 2672-2675)

10Par ailleurs, le discours cité s’ouvre régulièrement sur des indices soulignant le changement de situation d’énonciation déjà indiqué par le discours citant. Parmi eux, on relève en particulier la présence de termes d’adresse en tête d’énoncé : Beau cousin et Ma dame dans (3), Doulce dame et Amis dans (5).

  • 10 Avoy correspond à un « indice de discordance » par lequel le locuteur exprime son désaccord par rap (...)

11Le début d’un discours cité peut aussi être occupé par une exclamation ou un adverbe modalisateur révélant la subjectivité de son locuteur, et un changement de ton par rapport à ce qui précède. C’est le cas dans (4), où le cousin débute son discours par Avoy !10. Mais ces éléments expressifs n’excluent pas la présence d’un terme d’adresse : le dernier discours direct de (3) débute ainsi par Beau cousin, certes, celui de (4) par Cousin, las !.

12Si le début d’une intervention est de ce fait toujours clairement marqué, nos dialogues rapportés disposent aussi d’indices dans la narration qui nous signalent la fin d’un tour de parole, voire d’un dialogue, et qui nous aident ainsi à « fermer les guillemets ». On remarque ainsi l’emploi fréquent d’adverbes temporels tels que adonc et lors, qui soulignent le retour à la temporalité du récit :

Lors commençay a soubzrire (3) (v. 868)
Adonc ma dame pensa (3) (v. 877)
Adonc elle mesme sache / Un coutel (3) (v. 900-901)
Adonc, sans doubte, / Dis : (4) (v. 1945-1946)
Lors me fist seoir coste elle. (5) (v. 2675)

13Le retour à la narration peut aussi être indiqué par une proposition temporelle, qui est en principe introduite, comme dans (6), par la conjonction de subordination Quant :

(6) « […] Car ne s’appareille
     Dame autre, plus ne le dites,
     A ceste ne que petites
     Flammeches font ou chandoilles
     A la lueur des estoilles. »
     Quant cil m’ouÿ ainsi dire,
     Tout bas s’en prist a soubzrire,
     (v. 416-422)

  • 11 Aux différents indices que nous avons énumérés s’ajoutent aussi les changements affectant l’emploi (...)

14Les tours de paroles des différents dialogues rapportés sont alors littéralement encadrés par des marques11 permettant de repérer, sans la moindre ambiguïté, l’ensemble des frontières énonciatives.

Des propriétés de la prose médiévale

  • 12 Nous renvoyons sur ce point en particulier aux deux ouvrages suivants : Bernard Cerquiglini, La par (...)

15Dans la littérature médiévale, ces propriétés liées à l’enchâssement des discours directs dans la narration, et en particulier le cumul des différentes marques que nous venons de relever, caractérisent en premier lieu les textes narratifs en prose. Les travaux consacrés à cette question prennent en compte essentiellement la période de l’ancien français, et opposent le (sur)marquage du discours direct dans la prose naissante du XIIIe siècle à une signalisation plus souple des dialogues rapportés dans les romans en vers du XIIe siècle12.

  • 13 La cooccurrence des verbes de parole et des termes d’adresse est un phénomène régulier dans les dis (...)

16Ainsi, la prose médiévale indique, tout comme notre texte de Christine de Pizan, explicitement toutes les frontières énonciatives : nous retrouvons, dans (7), daté du XIIIe siècle, et dans (8), daté du début du XVe siècle (donc de la même période que Le Livre du Duc des vrais amants), l’emploi de discours citants pour chaque intervention et la présence régulière, en début de discours cité, de termes d’adresse13 – Dame et Sire dans (7), Mon amy, M’amie, Sire dans (8) – et d’adverbes ou de locutions adverbiales à valeur subjective – Certes, Par Dieu, Vrayement dans (8) :

  • 14 La Mort le roi Artu. Roman du XIIIe siècle, Jean Frappier (éd.), Genève, Droz (TLF), 1996, p. 72.

(7) « […] Dame, fet Boorz, sachiez veraiement que vos ne m’en orrez jamés parler, se vos avant ne m’en aresniez. » Atant se part Boorz de la reïne et vient a Lancelot ; si li dist a conseill, quant il l’a tret a une part loing des autres : « Sire, fet il, ge loeroie moult que nos nos en alissons fors de ceanz ; que nos n’i avons pas bon demorer, ce m’est avis. – Por quoi ? fet Lancelos. – Sire, sire, fet Boorz, ja a madame la reïne veé son ostel a vos et a moi et a touz ceus qui de par vos i vendront. […] » Lors vint Lancelos a monseigneur Gauvain, si li dist : « Sire, partir nos couvient de ceanz, et moi et toute ma compaignie […] »14.

  • 15 Les XV joies de mariage, Jean Rychner (éd.), Genève – Paris, Droz – Minard (TLF), 1967, p. 7.

(8) Lors commence et dit ainxin la dame : « Mon amy, lessez moy, car je suis a grant malaise. – M’amie, dit il, et de quoy ? – Certes, fait elle, je le doy bien estre, mais je ne vous en diroy ja rien, car vous ne faites conte de chose que je vous dye. – M’amie, fait il, dites moy por quoy vous me dites telles parolles ? – Par Dieu, fait elle, sire, il n’est ja mestier que je le vous dye, […] – Vrayement, fait il, vous le me direz. » Lors elle dit : « Puis qu’il vous plest, je le vous diroy. […] »15.

  • 16 Pour la période de l’ancien français, les marques de fin de discours direct sont étudiées dans : Mi (...)

De même, la fin d’un discours direct rapporté est indiquée par les adverbes temporels Atant (7) et Lors (7, 8), procédé que nous avons aussi relevé chez Christine16.

  • 17 Bernard Cerquiglini montre ainsi dans La parole médiévale, p. 33, que, dans le Roman de l’Estoire d (...)

17Dans les romans en vers du XIIe siècle, en revanche, les frontières des tours de parole rapportés au discours direct ne sont pas toujours indiquées explicitement. Cela s’explique notamment par le fait que les échanges entre personnages s’intègrent à la structure rythmique du vers, qui joue alors pleinement son rôle dans la délimitation des différents discours17. C’est ce que nous constatons, dans (9), à la fin du dialogue entre le nain et Érec, où les interventions, sans verbe de parole introducteur, se limitent chacune à un hémistiche :

  • 18 Les Romans de Chrétien de Troyes, t. I : Érec et Énide, Mario Roques (éd.), Paris, Honoré Champion (...)

(9) Li nains cuiverz venir le voit,
     a l’ancontre li est alez :
     « Vasax, fet il, arriers estez ;
     […]. »
     « Fui ! » fet Erec, « nains enuieus !
     Trop es fel et contralïeus.
     Lesse m’aler ! » – « Vos n’i iroiz ! »
     « Je si ferai ! » – « Vos nel feroiz ! »18.

Quel est alors le rôle du vers ?

18Les propriétés du discours direct dans Le Livre du Duc des vrais amants sont donc, à première vue, paradoxales. Étant donné que la structure du vers peut être considérée comme un indice permettant de délimiter les différentes frontières énonciatives, nous aurions en effet pu nous attendre à une présence moins systématique des discours citants et à la volonté du narrateur d’éviter le cumul de plusieurs indices linguistiques signalant un changement de situation d’énonciation.

19De nombreux discours directs exploitent d’ailleurs ce critère prosodique : les discours cités se terminent de ce fait majoritairement en fin de vers. Nous le voyons dans (6), cité ci-dessus, et dans les trois interventions de (3) :

(3)« […]
     Et qui belle dame ara
     A la jouste ja parra ! »
     (fin de la 1e intervention, v. 863-864)

     « […]
     Se me donnez un royaume,
     Je croy mieulz ne l’aimeroie
     Ne plus joyeux n’en seroye ! »
     (fin de la 2e intervention, v. 874-876)

     « […] car feroye
     Plus pour vous, et toutevoye
     Ne vueil je que nul le sache. »
     (fin de la 3e intervention, v. 897-899)

20Dans le cas d’un discours citant postposé, celui-ci termine alors le vers :

(5) « […]
     – Amis, bien viengnez », dist celle. (v. 2674)

21Le début du discours direct coïncide aussi souvent avec le début d’un vers, celui-ci pouvant alors commencer par le discours citant, comme dans la première intervention de (4) et de (5),

(4) Si me prist a dire : « Avoy !
     Bien congnoys que pou d’avoy
     Et d’arroy vers vous se tire.
     […] » (v. 1898-1900)

(5) Touteffois dis : « Doulce dame
     Dieu vous sault et corps et ame.
     […] » (v. 2672-2673)

ou par le discours cité, comme dans la deuxième intervention des deux extraits suivants :

(3) « Ma dame, je vous vueil faire
     Requeste, et se la perfaire
     Voulez, j’en seray moult ayse :
     […]. » (v. 867-869)

(5) « […]
     – Amis, bien viengnez », dist celle. (v. 2674)

22Mais, en choisissant de mettre en œuvre des procédés d’enchâssement du discours direct employés dans la prose, Christine de Pizan se donne aussi les moyens de détourner le vers de son rôle structurant premier, en jouant sur la non-coïncidence possible de la frontière du vers avec celle de l’énoncé.

(10) Lors la bonne et gracïeuse
       S’en rist, puis dist : « Or alons
       Jouer. » Adonc devalons
       En un prael verdoyant.
       (v. 176-179)

23Dans (10), seules les marques linguistiques, à savoir le discours citant et les différents adverbes temporels – Lors / Adonc (alors), relevant de la temporalité du récit et Or (maintenant, à présent), correspondant au présent d’énonciation du personnage – permettent le repérage des frontières énonciatives ; le discours cité n’épouse pas la forme du vers, ce qui donne alors à celui-ci une fonction particulière : il met en relief le prédicat Jouer, rejeté au début du vers suivant.

24Nous pouvons faire un constat comparable au sujet de (11) :

(11) Bien croy que coulour muay,
       Si dis : « Ma dame, il est heure
       De soupper. » Lors sans demeure
       La prins et menay en la sale.
       (v. 740-743)

25Le discours cité, attribué au narrateur-amant, y est également délimité par des éléments linguistiques : le discours citant, le terme d’adresse Ma dame en début de discours cité et l’adverbe Lors, marquant le retour à la temporalité du récit ; le rythme du vers permet de ce fait, comme dans (10), d’emphatiser la fin de l’énoncé rapporté (De soupper).

26Cette mise en relief du prédicat caractérise aussi certains discours citants qui dépassent le cadre du vers. C’est alors en principe le verbe de parole qui se trouve au début du vers suivant, ce qui le met en évidence et contribue à insister sur la rupture énonciative qui suit. Nous en avons des exemples à l’intérieur des dialogues rapportés de (3) et (4) :

Et elle amoureusement / Dist : (3) (v. 860-861)
Adonc ma dame pensa / Un petit puis commença / A dire : (3) (v. 877-879)
Adonc, sans doubte, / Dis : (4) (v. 1945-1946)

C’est aussi le cas dans (12) et (13) :

(12) Adés pour tout l’or du monde
       Ne me teusse. Ains de perfonde
       Pensee je souspiray
       Et dis : « Certes, j’en diray
       Mon avis. Mais ne croy mie
       Que, se maistresse et amie
       Dieu voulsist choisir en terre,
       Qu’il convenist aultre querre
       Pour avoir la plus souveraine
       Du monde. Chose est certaine !
       […]. » (v. 401-410)

(13) Et ainsi m’amonnestoit
       Mon chier ami de reprendre
       Joye en moy. Lors, sans attendre,
       Dis : « Doulz cousin et ami,
       Je sçay bien qu’avez a my
       Grant amour, si ay je certes
       A vous, […]. »
       (v. 1740-1746)

27Si, dans notre texte, le vers ne coïncide pas obligatoirement avec une frontière syntaxique et énonciative, il arrive même qu’il ne respecte pas celle du mot :

(14) […] et elle passe
       Avant un petit d’espace
       Et me prent par la main nue,
       Me baise et dist : « Vo venue,
       Beau cousin, pas ne savoie.
       Bien viengniez ! Et quelle voye
       Si seulet ores vous meine ? »
       Lors mon cousin dist : « Certaine-
       Ment, ma dame, nous alions
       Jouer. Cy ne vous savions.
       […]. » (v. 161-170)

28Exemple unique dans notre corpus, (14) témoigne néanmoins, tout comme les extraits précédents, d’une exploitation du vers différente de celle qui s’observe dans les romans versifiés du XIIe siècle. Il serait intéressant d’examiner, à partir de corpus plus étendus, dans quelle mesure ces expérimentations avec la structure du vers sont liées au développement d’une littérature s’adressant davantage à des lecteurs qu’à des auditeurs, et dans laquelle le vers n’existe par conséquent, pour le récepteur, non seulement comme unité rythmique mais aussi comme unité visuelle dans l’espace matériel du texte.

Les variations à l’intérieur des discours rapportés

29Bien que les dialogues rapportés du Livre du Duc des vrais amants figurent très majoritairement au discours direct, et que ces discours directs soient la plupart du temps signalés par les mêmes indices, il est toutefois possible de relever des variations dans l’utilisation du discours rapporté dans notre texte.

Différentes propriétés du discours direct

30Ces variations, nous pouvons dans un premier temps les remarquer à l’intérieur même des dialogues figurant au discours direct. Comparons à ce propos les échanges (15) et (16) :

(15) Quant venu fu, lui demande
       Aprés que l’ot salué :
       « Y a il ame tué ?
       Ou quel cas si tart vous meine ?
       Ne vous vis de la sepmaine.
       Dites moi qu’alez querant. »
       Adonc cil dit qu’enquerant
       Plus ne lui voit de son estre :
       Puis que le seigneur et maistre
       N’a trouvé, dont il lui poise,
       Si convient qu’il s’en revoise.
       Celle dit que non fera,
       Et tout ce que affaire a
       Sans faille lui fault savoir.
       Dont dist il : « Convient avoir
       Mon varlet, qui a la porte
       Tient mes chevaulz […]. »
       (v. 2567-2583)

(16) L’amant

       Lors ma dame redoubtee
       De mon cuer crainte et doubtee
       Comença a dire :

       La dame

       « Ay je fait vos vueil, beau sire,
       Qui ycy si faittement
       Vous ay fait secretement
       Venir ? Est-ce fait d’amie ?
       Or ne me decevez mie
       Et me dites, se savez,
       Tandis que loisir avez,
       Vou penser entierement,
       Je vous en pry chierement. »

       L’amant

       Lors tout de joye esbaÿ
       En souspirant dis : « Haÿ !
       Doulce dame, et que diroye ?
       Par ma foy, je ne sauroye
       Parler ! Si le recevez
       En gré et apercevez
       Comment suis de corps et d’ame
       Tout vostre. Tres chiere dame,
       Plus ne vous savroie dire. »
       Et adonc celle se tire
       Plus pres et d’un bras m’acole.
       En riant dist tel parolle :

       La dame

       « Dont pour nous deux me convient
       Parler […]. »
       (v. 2682-2707)

  • 19 L’exemple (15) comporte par ailleurs deux discours indirects ainsi qu’un discours indirect libre, s (...)

31Si nous continuons à relever, dans ces deux extraits, des discours citants devant tous les tours de parole rapportés au discours direct19, nous remarquons toutefois qu’en l’absence de terme d’adresse, d’adverbe modalisateur ou d’interjection, il n’y a pas le moindre indice suggérant un changement de ton et de situation d’énonciation au début des discours cités de (15). L’exemple (16), en revanche, correspond au début du seul dialogue rapporté dans lequel les discours citants sont doublés des indications scéniques La dame / L’amant, qui peuvent apparaître comme une redondance.

32Or, les deux dialogues rapportés sont liés à des moments particuliers du récit et s’inscrivent par conséquent dans des situations fort différentes.

33L’exemple (16) correspond ainsi à un dialogue central de l’œuvre, qui marque en quelque sorte l’aboutissement de la quête du narrateur : c’est en effet durant cet échange que les amants vont s’avouer leur amour. Leurs paroles, et la sincérité des sentiments exprimés, y revêtent donc une importance toute particulière. Le double marquage des différents discours directs – par un discours citant et par une indication scénique – peut alors être compris comme un moyen d’insister sur le double statut de nos personnages, qui ne sont pas de simples interlocuteurs mais aussi des énonciateurs prenant pleinement en charge le contenu de leurs propos.

34L’exemple (15), en revanche, rend compte d’une situation très différente. Ce dialogue entre le cousin et la dame, auquel le narrateur ne prend pas part (il ne rejoindra les interlocuteurs qu’à la fin, déguisé en valet), est une ruse ayant pour seul objectif d’introduire l’amant, sous une fausse identité, dans le château où séjourne la dame. Le lecteur sait parfaitement que cet échange n’est pas sincère, que les interlocuteurs n’en sont pas en même temps des énonciateurs. La surprise de la dame traduite par l’interrogation initiale est feinte (celle-ci ne s’ouvre donc pas sur une exclamation ou sur un terme d’adresse) et le cousin sait d’avance qu’il n’aura pas besoin d’insister pour que la dame accepte d’accueillir « son valet » ; il peut par conséquent également se contenter d’un énoncé simple, sans adverbe modalisateur ni terme d’adresse, pour mettre en œuvre son stratagème : « Convient avoir / Mon varlet… ».

35Le marquage du discours direct peut donc aussi varier en fonction du contenu des paroles rapportées, du rôle de l’échange dans la dynamique du récit et du statut des personnages (locuteurs-énonciateurs ou simples locuteurs n’assumant pas leur discours) mis en scène.

Le recours à des formes non marquées de discours rapporté

36De manière ponctuelle, les dialogues enchâssés dans notre texte comportent également, à côté de quelques discours indirects, des formes non marquées de discours rapporté. C’est ce que l’on observe dans (17) :

(17) A brief parler, sa response
       Fu telle que la semonse
       Que de s’amour lui faisoie
       Bien creoit que le disoie
       De bon cuer, et que faintise
       En si joenne cuer n’est mise
       Pas communement. Sy pense
       Qu’est voir et que sanz doubtance
       Jalousie partira
       Dedens III jours et yra
       Loins assez. Dongier, me semble,
       Yroit avec. Lors ensemble
       Pourrions parler a loisir.
       Et quant a l’eure choisir,
       Veult qu’au soir sanz mener noise
       Avec mon cousin je voyse,
       Vestu com s’un varlet fusse.
       (v. 2466-2482)

37Là encore, nous faisons l’hypothèse que ce choix est lié aux propriétés de l’échange concerné. L’épisode du récit dans lequel s’inscrit (17) nous raconte ainsi comment le cousin, devenu le messager du narrateur, s’est rendu auprès de la dame de celui-ci afin de lui révéler son amour ainsi que son désir d’une rencontre prochaine. La réplique de (17) correspond alors à la réponse de la dame à la demande transmise par le cousin. Elle est par conséquent plus complexe d’un point de vue énonciatif que les autres discours rapportés, pour lesquels on distingue en général deux situations d’énonciation : celle des personnages qui parlent entre eux, et celle du narrateur qui rapporte cet échange à ses lecteurs. Ici, la médiation du cousin ajoute un troisième niveau d’énonciation : après l’échange entre la dame et le cousin (première situation d’énonciation), celui-ci rapporte cette entrevue au narrateur (deuxième situation d’énonciation), qui, à son tour, la rapporte aux lecteurs (troisième situation d’énonciation).

38Cette complexité énonciative peut justifier l’absence d’énoncé rapporté au discours direct : le narrateur, n’ayant pas été témoin direct de ce qui s’est dit, ne met pas en évidence les mots employés par la locutrice. Il a en revanche recours, après un discours indirect introduit par « sa response fu telle », à plusieurs énoncés posant des problèmes d’analyses, dans la mesure où ils se révèlent compatibles avec des interprétations différentes.

  • 20 Sophie Marnette rappelle dans « Aux frontières du discours rapporté », Revue romane, no 37/1, 2002, (...)
  • 21 On pourrait donc comprendre, en réécrivant les paroles rapportées sous la forme d’un discours direc (...)

39Commençons par la proposition complétive introduite par le verbe penser (Sy pense) : s’il n’est pas exclu de la considérer comme un discours indirect, même s’il s’agirait alors plutôt de pensées rapportées20, nous pouvons aussi la traiter comme un discours indirect libre, le verbe de croyance faisant alors partie du discours cité, c’est-à-dire des paroles attribuées à la dame21. Un problème similaire se pose, au sujet des quatre derniers vers du passage, à cause du verbe régissant vouloir, qui n’est ni un verbe de parole ni un verbe de pensée. Son remplacement par demander (Elle demande qu’au soir, je vienne avec mon cousin…) ferait de l’énoncé un discours indirect ; vu la forme proposée, nous optons cependant plus volontiers pour un discours indirect libre (correspondant au discours direct (adressé au cousin) « je veux qu’au soir, il vienne avec vous… »).

40Mais ce qui attire avant tout l’attention dans (17), c’est l’irruption, aux vers 2476 et 2478, de déictiques, relevant respectivement de la première personne (me semble) et de la quatrième personne (Pourrions). Ces déictiques ne sont pas attribués à un locuteur précis et conservent de ce fait une certaine ambiguïté : soit les énoncés qui les comportent correspondent à un commentaire du narrateur (s’exprimant à la première personne), qui prolonge alors la réflexion de sa dame ; soit nous avons affaire aux paroles de la dame, le « je » employé étant alors celui de la locutrice. Dans le premier cas, les vers 2476 à 2478 ne relèvent pas du discours rapporté, mais du niveau d’énonciation du narrateur ; dans le second, en revanche, ils doivent être intégrés au discours rapporté et être analysés plus précisément comme un discours direct libre. Alors que, de manière générale, les frontières énonciatives sont toujours indiquées sans la moindre ambiguïté dans notre texte, les cartes se trouvent, dans cette réplique rapportée à deux reprises (par le cousin et par le narrateur), subitement brouillées.

41Une autre forme non marquée de discours rapporté se trouve dans l’extrait (15). Il s’agit d’un discours indirect libre, facilement repérable, dans la mesure où il se situe dans le prolongement d’un discours indirect et est attribué, comme celui-ci, au cousin :

(15) Adonc cil dit qu’enquerant
       Plus ne lui voit de son estre :
       Puis que le seigneur et maistre
       N’a trouvé, dont il lui poise,
       Si convient qu’il s’en revoise.
       Celle dit que non fera,
       (v. 2573-2578)

  • 22 Nous renvoyons entre autres à Sophie Marnette, « Réflexions sur le discours indirect libre en franç (...)

42Comme nous l’avons déjà mentionné ci-dessus (voir la section précédente), (15) rapporte, comme (17), un dialogue auquel le narrateur n’a pas pris part et dont il n’a pas pu être le témoin direct. Alors que le recours aux formes non marquées du discours rapporté, et en particulier au discours indirect libre, est fréquent dans les romans en vers du XIIe siècle et dans les lais22, son emploi s’avère beaucoup plus rare dans notre corpus, dans la mesure où il est conditionné par des propriétés énonciatives particulières du dialogue et des interlocuteurs mis en scène.

Conclusion

43Les échanges rapportés que nous venons d’examiner mettent en évidence le traitement original des dialogues versifiés dans Le Livre du Duc des vrais amants.

44Les répliques rapportées au discours direct se distinguent en effet nettement de celles figurant dans les romans versifiés du XIIe siècle (ainsi que dans les formes narratives brèves de la même époque), à cause des procédés d’enchâssement mis en œuvre, dont nous avons montré qu’ils relèvent en premier lieu des textes narratifs en prose. Une seconde propriété que les dialogues en vers de notre corpus partagent avec ceux des romans en prose est le recours très rare aux formes non marquées du discours rapporté, qui sont par contre bien représentées dans la littérature versifiée en ancien français.

45Cependant, il serait réducteur de considérer que Christine de Pizan se contente ici d’introduire, dans un texte en vers, des procédés utilisés dans la prose afin de permettre un contrôle strict des paroles de ses personnages. Les différents dialogues rapportés dans Le Livre du Duc des vrais amants témoignent aussi d’options stylistiques particulières de la part de l’autrice. Retenons avant tout ses expérimentations avec la forme versifiée et la possible non-coïncidence de la frontière du vers avec celle de l’énoncé, non-coïncidence qui rend alors nécessaire la mise en place des balises linguistiques que nous avons eu l’occasion de décrire. Mais il faut aussi insister sur les variations observées à l’intérieur des différents discours rapportés de ce récit : celles-ci ne sont en rien dues au hasard mais dépendent essentiellement de l’identité et du statut des interlocuteurs, et mettent, de ce fait, toujours en lumière les propriétés énonciatives des échanges concernés.

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Notes

1 Ce travail s’inscrit dans le cadre du projet PID2020-113017GB-I00 « Énonciation et pragmatique historique du français » financé par le Ministerio de Ciencia e Innovación d’Espagne. Il s’appuie sur l’édition suivante : Le Livre du Duc des vrais amants, Dominique Demartini et Didier Lechat (éd.), Paris, Honoré Champion (Champion classiques Moyen Âge ; 37), 2013.

2 L’appartenance de ce texte au genre du dit est soulignée par Christine elle-même, qui emploie le terme au début de l’œuvre : « […] / Vueil je d’aultrui sentement / Comencier presentement / Nouvel dit […] » (v. 7-9).

3 De la même période sont datés les ouvrages suivants : Le Chemin de longue étude, Le Livre de la Mutacion de Fortune, Le Livre des fais et bonnes meurs du sage roy Charles V. Voir Christine de Pizan, Le Livre du Duc des vrais amants, Dominique Demartini et Didier Lechat (éd.), p. 135.

4 Deux de ces lettres correspondent toutefois à un échange de la dame avec un autre personnage, son amie Sibylle de la Tour.

5 Elles comportent également des discours rapportés, dont les propriétés sont très différentes de celles que nous allons rencontrer dans la narration versifiée. Sur ce point, voir Évelyne Oppermann-Marsaux, « Quelques remarques sur les échanges rapportés et débats d’idées dans l’œuvre de Christine de Pizan », Studi Francesi, no 195, 2021 : Christine de Pizan en 2021 : traditions, filiations, genèse et diffusion des textes, Gabriella Parussa et Andrea Valentini (dir.), p. 546-558.

6 Dans ce cas, comme l’écrit Michèle Perret dans L’énonciation en grammaire du texte, Paris, Nathan (128. Lettres ; 45), 1994, p. 12, « ni le temps de l’énonciation ni le lieu de l’énonciation ne sont communs au locuteur et à l’allocutaire ».

7 Jacqueline Authier-Revuz, « Repères dans le champ du discours rapporté (suite) », L’information grammaticale, no 56, 1993, p. 11.

8 Comme nous travaillons sur un texte médiéval, la ponctuation, ajoutée par l’éditeur moderne, ne peut pas être prise en compte dans notre analyse.

9 Les italiques présents dans les exemples cités sont de moi.

10 Avoy correspond à un « indice de discordance » par lequel le locuteur exprime son désaccord par rapport à l’attitude de son interlocuteur, dans notre exemple par rapport à l’abattement du narrateur. Ce désaccord est par la suite explicité par le discours qu’introduit l’interjection. Voir Évelyne Oppermann-Marsaux, « “Avoi ! avoi ! Sire Achillés, vous dites mal” : les emplois de l’interjection “avoi” en français médiéval », Diachroniques, no 3, 2013 : Les marques d’oralité en français médiéval, p. 71-93.

11 Aux différents indices que nous avons énumérés s’ajoutent aussi les changements affectant l’emploi des déictiques (personnels et spatio-temporels), qui sont dus à l’autonomie énonciative du discours cité et qui caractérisent de ce fait tout discours direct.

12 Nous renvoyons sur ce point en particulier aux deux ouvrages suivants : Bernard Cerquiglini, La parole médiévale, Paris, Minuit, 1981 ; Sophie Marnette, Narrateur et points de vue dans la littérature française médiévale. Une approche linguistique, Berne, Peter Lang, 1998.

13 La cooccurrence des verbes de parole et des termes d’adresse est un phénomène régulier dans les discours directs relevant du moyen français, comme l’a montré Dominique Lagorgette, « Termes d’adresses et verbes de parole en moyen français : une approche pragmatique », in Le discours rapporté dans tous ses états (Actes de colloque, Bruxelles, 8-11 novembre 2001), Juan Manuel Lopez Muñoz, Sophie Marnette et Laurence Rosier (dir.), Paris – Budapest – Turin, L’Harmattan, 2004, p. 194-203.

14 La Mort le roi Artu. Roman du XIIIe siècle, Jean Frappier (éd.), Genève, Droz (TLF), 1996, p. 72.

15 Les XV joies de mariage, Jean Rychner (éd.), Genève – Paris, Droz – Minard (TLF), 1967, p. 7.

16 Pour la période de l’ancien français, les marques de fin de discours direct sont étudiées dans : Michèle Perret, « Les marques de retour à la narration en français médiéval », L’information grammaticale, no 118, 2008, p. 22-26.

17 Bernard Cerquiglini montre ainsi dans La parole médiévale, p. 33, que, dans le Roman de l’Estoire dou Graal de Robert de Boron, ce n’est pas seulement le vers mais le couplet qui « participe de la mise en forme du discours. […] le couplet fonctionne alors comme cadre plus général du dialogue ; il est une structure naturelle où s’inscrit la parole médiévale ». Concernant l’importance du critère prosodique pour la délimitation du discours rapporté, voir aussi Michèle Perret, « Les marques de retour à la narration… », p. 23, ainsi que Sophie Marnette, « La signalisation du discours rapporté en français médiéval », Langue française, no 149, 2006, p. 41.

18 Les Romans de Chrétien de Troyes, t. I : Érec et Énide, Mario Roques (éd.), Paris, Honoré Champion (CFMA), 1968, v. 208-216.

19 L’exemple (15) comporte par ailleurs deux discours indirects ainsi qu’un discours indirect libre, sur lequel nous reviendrons dans la section suivante.

20 Sophie Marnette rappelle dans « Aux frontières du discours rapporté », Revue romane, no 37/1, 2002, p. 9, que, dans le cadre du discours rapporté, « le terme générique de discours est en principe utilisé pour désigner à la fois les paroles et les pensées rapportées » ; les discours citants peuvent de ce fait non seulement comporter des verba dicendi (dire, demander…) mais également des verba sentiendi (penser, se dire…).

21 On pourrait donc comprendre, en réécrivant les paroles rapportées sous la forme d’un discours direct : Elle [la dame] m’[au cousin] a dit : « Je pense que c’est vrai et que, sans aucun doute, Jalousie disparaîtra ».

22 Nous renvoyons entre autres à Sophie Marnette, « Réflexions sur le discours indirect libre en français médiéval », Romania, t. 114, no 453-454, 1996, p. 1-49 ; Évelyne Oppermann-Marsaux, « Quelques propriétés énonciatives du Roman d’Eneas et l’émergence de l’écriture romanesque », Styles, genres, auteurs, no 14, 2014 : Roman d’Eneas, La Boétie, Corneille, Marivaux, Baudelaire, Yourcenar, Karine Abiven et Hélène Biu (dir.), p. 13-28.

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Pour citer cet article

Référence papier

Évelyne Oppermann-Marsaux, « Quelques propriétés des dialogues versifiés dans Le Livre du Duc des vrais amants de Christine de Pizan »Elseneur, 37 | 2022, 19-36.

Référence électronique

Évelyne Oppermann-Marsaux, « Quelques propriétés des dialogues versifiés dans Le Livre du Duc des vrais amants de Christine de Pizan »Elseneur [En ligne], 37 | 2022, mis en ligne le 05 janvier 2023, consulté le 21 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/elseneur/285 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/elseneur.285

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Auteur

Évelyne Oppermann-Marsaux

Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3 (CLESTHIA, EA 7345)

Évelyne Oppermann-Marsaux est maîtresse de conférences en linguistique diachronique du français. Ses recherches sont situées dans une perspective pragmatico-énonciative et portent sur le français médiéval ainsi que sur le français préclassique et classique. Elle a ainsi eu l’occasion de travailler sur l’évolution de plusieurs marqueurs discursifs d’origine verbale – entre autres sur écoute / écoutez (dans Linx, no 73, 2016) et sur regarde / regardez (dans Langages, no 217, 2020 – et s’intéresse également à l’étude du discours rapporté dans les textes anciens, notamment en rapport avec la question de l’oral représenté.

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Droits d’auteur

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