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Comptes rendus

Gisèle Bienne, Katherine Mansfield dans la lumière du Sud4

Colette Camelin
p. 240-242
Référence(s) :

Gisèle Bienne, Katherine Mansfield dans la lumière du Sud, Actes Sud (Un endroit où aller), juin 2011

Texte intégral

  • 4 Gisèle Bienne a récemment publié La ferme de Navarin (sur la blessure de Blaise Cendrars en 1915), (...)

1« Il y a un monde au bord du monde. Il y a un monde qui l’attend dans sa splendeur muette, dans sa lumière magique. Il y a le Sud. » Telles sont les premières phrases de l’essai de Gisèle Bienne. Le Sud c’est d’abord l’hémisphère où se trouve « le beau pays natal », la Nouvelle-Zélande : Katherine Mansfield y est née et y a vécu son enfance jusqu’à l’âge de quatorze ans – jardins luxuriants, fleurs, eucalyptus et palmiers, joies de la plage, ivresse des jeux et des sensations, présence énigmatique et fascinante des Maoris, volcans et grands espaces sauvages. Pourtant, elle a voulu s’affranchir du destin d’épouse respectable qui lui était assigné en Nouvelle-Zélande. À Londres, s’ouvrait pour elle une vie libérée des convenances qui, écrit-elle, enferment notre corps comme un « violon rare, très rare, dans son étui ». Elle-même jouait du violoncelle et, après avoir lu Wilde et Nietzsche, elle s’est lancée avec intrépidité dans des aventures amoureuses dont les conséquences ont été tragiques : elle a contracté sa « maladie de l’ombre » ; elle se voyait comme « une femme souillée ». Devenue fragile, elle a attrapé la tuberculose. Elle a vécu les cinq dernières années de sa brève existence (elle est morte à trente-quatre ans) poursuivie par « cet affreux chien errant qu’est la phtisie », en proie à un triple exil : de son île natale, de son corps épuisé, de son mari, John Murry, occupé par ses activités d’homme de lettres à Londres. Pour elle, Londres est un lieu d’exil ; malgré la part qu’elle a prise à la vie littéraire, elle déteste l’attitude que les grands et les riches ont envers l’art. Elle préfère une vie simple, parmi des fleurs, des animaux domestiques, et au soleil. Très exigeante envers elle-même, elle aspire à un renouvellement de ses forces créatrices : « elle aime la vie de façon infernale. »

2Alors, le Sud, c’est aussi la Méditerranée, une même vague scintillante la mène des plages de son île à celles de Bandol ou de Menton. Mais c’est aussi la grande vague cruelle de la guerre qui a emporté son jeune frère, tué en 1915. Elle cherche, grâce aux sensations présentes, à retrouver celles de son enfance avec lui qu’elle fait revivre dans Préludes. « Elle est orpheline d’un monde qui ne peut renaître, métamorphosé, allusif et profond, que dans ses cahiers ». Le Sud, c’est « son pays inexploré […], mystérieux et comme suspendu sur les eaux ». C’est « l’écran brillant du temps » où elle projette « ses petits personnages ». « Imaginer, c’est tout ce qu’elle possède », écrit Gisèle Bienne. C’est le Sud intérieur, un rayonnement lumineux intensifié par la maladie et par l’écriture : « le Sud lui restitue son regard ; le passé en émerge, sublimé ».

3Gisèle Bienne nous conduit à travers les différentes stations du Sud de Katherine Mansfield à la recherche d’un lieu où échapper à la souffrance, à la solitude, au désespoir. Il est pourtant des moments de « félicité » où la lumière l’apaise : « elle devient le pin qu’elle regarde, les papillons dans les héliotropes, les abeilles, les gros frelons ». Il y a là « une sorte de tout » qui la comble. Mais elle est toujours rattrapée par l’angoisse : le seul lieu qu’elle ait réellement habité, c’est le lieu du déchirement. Elle y a beaucoup écrit : quatre-vingt-huit nouvelles, une correspondance abondante et un journal, où frémit son « esprit terriblement sensible », selon l’expression de Virginia Woolf.

4La complicité entre Gisèle Bienne et Katherine Mansfield est grande, leurs voix se mêlent en un duo subtil de « phrases fluides, précises, attractives ». L’intimité la plus poignante nous est donnée à travers la prose du monde : « pour écrire aller tout droit à la vie ».

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Notes

4 Gisèle Bienne a récemment publié La ferme de Navarin (sur la blessure de Blaise Cendrars en 1915), Gallimard (2008) et Le blues du tram, Éditions Châtelet-Voltaire (2011).

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Pour citer cet article

Référence papier

Colette Camelin, « Gisèle Bienne, Katherine Mansfield dans la lumière du Sud »Elseneur, 27 | 2012, 240-242.

Référence électronique

Colette Camelin, « Gisèle Bienne, Katherine Mansfield dans la lumière du Sud »Elseneur [En ligne], 27 | 2012, mis en ligne le 12 avril 2024, consulté le 15 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/elseneur/2159 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/elseneur.2159

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Droits d’auteur

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