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Comptes rendus

Claude Coste, Bêtise de Barthes

Julie Wolkenstein
p. 242-243
Référence(s) :

Claude Coste, Bêtise de Barthes, Paris, Klincksieck (Hourvari), 2011

Texte intégral

1La collection « Hourvari » se propose d’explorer comment la pensée, en se pétrifiant, en se répétant, peut devenir bêtise et fait, a contrario, l’éloge de la liberté de l’esprit. Dans la mesure où l’auteur des Mythologies nous y invite lui-même (« Depuis quelques années, un projet unique, semble-t-il, explorer ma propre bêtise, ou, mieux encore, la dire, en faire l’objet de mes livres », écrit-il dans « Délibération », et la formulation de ce projet sert d’épigraphe à ce nouvel opus), Claude Coste nous propose de définir et d’expliquer la bêtise selon Barthes, mais aussi la bêtise de Barthes.

2Il rappelle pour commencer la fascination exceptionnellement continue et durable qu’exercent l’œuvre et son auteur, mais aussi la violente hostilité des réactions qu’ils ont suscitées, touchant essentiellement leur langage, qualifié de jargon, taxé de préciosité. Cette préciosité, précisément, serait le signe, le « symptôme » d’un décalage : « Ce qui choque chez Barthes », selon Claude Coste, « ce qui le tient au bord de la bêtise, c’est le grand écart entre l’ambition de dire le monde et la grossièreté des réponses qui sont données ». C’est ce même « décalage » qui caractérise, aux yeux de certains dix-septiémistes, la lecture critique que Barthes donne de Racine, et dont souffre plus généralement une pensée à la fois vaine et parée d’un « éclat emprunté ». À en croire ses détracteurs, la bêtise de Barthes ne serait autre qu’une « illusion d’intelligence ».

3En cinq chapitres, Claude Coste s’attache à retracer et à expliquer à la fois comment Barthes a pensé la bêtise et comment cette pensée a été reçue. Partant de la célèbre affirmation, énoncée lors de sa Leçon inaugurale au Collège de France en 1977, que « la langue est tout simplement fasciste, car le fascisme, ce n’est pas d’empêcher de dire, c’est d’obliger à dire » et rappelant la gêne qu’elle a, dans le meilleur des cas, provoquée, Coste constate que, si cette phrase passe pour bête, c’est parce que Barthes qui, toute sa vie a combattu la doxa et les stéréotypes, a quelquefois aussi le tort d’y céder et de reproduire « une des pires platitudes du moment ». Ce combat contre le prêt-à-penser est lié, chez Barthes, à une réflexion sur la subjectivité, sur la singularité qui seule sauverait des lieux communs acceptés par la collectivité et donc de la bêtise. Cette première exigence se complique d’une autre nécessité, celle d’échapper à l’injonction de la modernité, Barthes revendiquant aussi la fidélité au passé et à sa culture, au risque de la répétition. Explorant sa propre bêtise, il cherche, nous dit Claude Coste, à définir le « moi », postule que l’intime est la réalité fondatrice de toute forme d’évaluation et se demande « comment écrire sans ego ». Le sujet barthésien n’est plus le sujet cartésien : la psychanalyse, la phénoménologie, l’existentialisme sartrien, la sociologie l’ont modifié et cette nouvelle subjectivité se heurte à l’impossibilité de donner une forme identitaire à l’ensemble d’affects, de sensations, de pensées qui lui prouvent cependant, à l’évidence, son existence. Sa position est paradoxale : il œuvre à défendre la singularité contre la doxa et se laisse simultanément griser par une forme de dépersonnalisation littéraire. Pour combattre l’identité figée, dénoncée comme imaginaire, il choisit donc le travail et l’action : la musique notamment lui en offre le moyen, car elle est à la fois active et contemplative, subjective et collective.

4Cette pensée de la bêtise, Claude Coste l’analyse ensuite telle qu’elle se déploie dans les lectures que fait Barthes de Flaubert et de Racine, dans sa réflexion sur le corps, dans le champ politique et dans les réflexions que lui inspirent ses voyages, pour conclure enfin que le pari de Barthes consiste à « échapper à la bêtise en misant sur la littérature ».

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Pour citer cet article

Référence papier

Julie Wolkenstein, « Claude Coste, Bêtise de Barthes »Elseneur, 27 | 2012, 242-243.

Référence électronique

Julie Wolkenstein, « Claude Coste, Bêtise de Barthes »Elseneur [En ligne], 27 | 2012, mis en ligne le 12 avril 2024, consulté le 16 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/elseneur/2144 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/elseneur.2144

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