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Comptes rendus

Blaise Cendrars, La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France1

Claude Leroy
p. 237-239
Référence(s) :

Blaise Cendrars, La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France, Paris, Presses universitaires de France – Fondation Martin Bodmer (Sources), 2011
Réédition en fac-similé (réduite d’un dixième) de l’édition originale de 1913. Couleurs simultanées de Sonia Delaunay. Présentation sous coffret avec un livret et une introduction par Miriam Cendrars. Tirage limité à 2 000 exemplaires.

Texte intégral

  • 1 Sur l’édition originale le poème présente deux titres différents : La Prose du Transsibérien et de (...)

1Grande nouvelle pour les bibliophiles ! Qui se souvenait, hormis les happy few, que la Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France a fait date, en 1913, dans l’histoire du livre ? Or voici que l’édition originale du plus célèbre poème de Blaise Cendrars vient enfin d’être rééditée en fac-similé par les Presses universitaires de France, en collaboration avec la Fondation suisse Martin Bodmer. Et c’est toute l’aventure de ce livre unique qui se joue à nouveau sous les yeux du lecteur. Au tout début de 1913, le poète a rencontré Sonia et Robert Delaunay chez Apollinaire, au 202 boulevard Saint-Germain. « Coup de foudre de l’amitié », se souviendra Sonia. Enthousiasmée par la beauté du poème, l’artiste d’origine russe propose à Cendrars de créer un livre vertical. S’inspirant du texte, elle compose « une harmonie de couleurs qui se déroulait parallèlement au poème ». Les lettres d’impression furent choisies ensemble, de différents types et grandeurs, et le fond du texte fut coloré pour s’harmoniser avec l’illustration. C’est ainsi qu’est né un livre à la double identité, à la fois poème et tableau, composé de quatre feuilles collées et formant un dépliant plié en deux dans le sens de la longueur, puis dix fois dans le sens de la hauteur. Déployé, le poème atteint une hauteur de 200 cm sur une largeur de 36 cm. Le texte est à lire verticalement sur la partie droite du dépliant, tandis que la partie gauche est illustrée par des compositions en couleurs ajoutées au pochoir par Sonia Delaunay sur chaque exemplaire, ce qui fait de chacun d’eux un livre tableau original.

  • 2 L’exemplaire est signé des deux artistes et même deux fois par Cendrars : l’une de sa main droite d (...)

2Placés les uns au-dessus des autres, les 150 exemplaires prévus (8 sur parchemin, 28 sur japon et 114 sur simili japon) auraient atteint la hauteur de la Tour Eiffel, ce qui réjouissait Cendrars qui célèbre dans le dernier vers un monument dont il s’est fait le champion. 300 mètres de poésie ! Mais tous les exemplaires n’ont pas été assemblés (ils l’étaient à la demande) et l’on ignore le nombre exact de ceux qui subsistent, montés ou non, probablement un peu plus de soixante. Aussi rares que fragiles (ce qui interdit de les exposer durablement), ils figurent au catalogue des musées aussi bien qu’à celui des bibliothèques. Dans les salles de ventes, ils atteignent des prix considérables. L’exemplaire no 1 (l’exemplaire personnel de Sonia sur parchemin) a été vendu 349 250 € chez Christie’s, le 29 avril 2004. Celui qui est ici repris en fac-similé porte le no 112 (sur japon) et appartient à la Bibliothèque Jean Bonna.

3À sa parution, à l’automne 1913, le poème-objet est présenté par ses deux auteurs comme le « premier livre simultané ». Se déclenche alors une querelle sur l’emploi de ce mot. Au nom de l’antériorité un poète aujourd’hui oublié, Henri-Martin Barzun, en revendique la propriété bien qu’il l’entende tout autrement que les Delaunay et Cendrars, appuyés par Apollinaire : « Cendrars et Mme Delaunay-Terk ont fait une première tentative de simultanéité écrite ou contrastante de couleurs : habituer l’œil à lire d’un seul regard l’ensemble d’un poème, comme un chef d’orchestre lit les notes superposées dans la partition, comme on voit d’un seul coup les éléments plastiques et imprimés d’une affiche. » Campagnes de presse et lettres ouvertes se multiplient jusqu’à la déclaration d’une autre guerre – celle de 1914.

  • 3 L’exemplaire (no 131) conservé à l’université de Yale avait toutefois fait l’objet d’une reproducti (...)

4En 1919, Cendrars a recueilli son poème dans Du monde entier aux Éditions de la Nouvelle Revue française, avec Les Pâques à New York et Le Panama ou les Aventures de mes sept oncles. Les contraintes habituelles du livre l’ont conduit à séparer le poème des compositions de Sonia Delaunay. Mais à cette occasion, la Prose s’est vue « dédiée aux musiciens », une mention absente de l’édition originale. Sonia s’est étonnée de ce changement de partenaire dans lequel elle fut près de voir un reniement de leur collaboration. Après avoir souvent travaillé avec des artistes (Léger, Modigliani, Kisling, Picabia…), il est vrai que Cendrars s’était peu à peu éloigné d’eux jusqu’à rompre par un retentissant « Pour prendre congé des peintres » dans Aujourd’hui (1931). Et depuis 1919 La Prose n’avait jamais été rééditée sous sa forme originelle3. C’est une très longue absence à laquelle l’édition des PUF vient de mettre fin mais ses 2 000 exemplaires ayant vite disparu des librairies, on souhaite vivement que l’éditeur procède à un nouveau tirage pour célébrer, en 2013, comme il se doit, le centenaire de ce grand poème du voyage initiatique.

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Notes

1 Sur l’édition originale le poème présente deux titres différents : La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France (au-dessus des compositions de Sonia Delaunay) et Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France (au-dessus du poème). À partir de 1919, c’est le second que garde Cendrars en remplaçant Jehanne par Jeanne.

2 L’exemplaire est signé des deux artistes et même deux fois par Cendrars : l’une de sa main droite dont il sera amputé le 28 septembre 1915, la seconde de la main gauche attestant la première : « N. B. / Cette signature est de ma main droite / Blaise Cendrars / 1937. »

3 L’exemplaire (no 131) conservé à l’université de Yale avait toutefois fait l’objet d’une reproduction en fac-similé aux dimensions de l’édition originale, mais elle a été mise en vente sans autorisation des ayants droit.

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Pour citer cet article

Référence papier

Claude Leroy, « Blaise Cendrars, La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France »Elseneur, 27 | 2012, 237-239.

Référence électronique

Claude Leroy, « Blaise Cendrars, La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France »Elseneur [En ligne], 27 | 2012, mis en ligne le 12 avril 2024, consulté le 15 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/elseneur/2130 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/elseneur.2130

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