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Comptes rendus

Jean-Claude Pinson, Poéthique. Une autothéorie

Anne Gourio
p. 224-226
Référence(s) :

Jean-Claude Pinson, Poéthique. Une autothéorie, Seyssel, Champ Vallon (Recueil), 2013, 326 p.

Texte intégral

1Figure désormais incontournable du discours critique sur la modernité poétique, Jean-Claude Pinson creuse avec Poéthique le sillon ouvert en 1995 par Habiter en poète. Essai sur la poésie contemporaine (Champ Vallon) et prolongé par deux essais décisifs, Sentimentale et Naïve (Champ Vallon, 2002) et À Piatigorsk. Sur la poésie (Cécile Defaut, 2007). Ce nouvel essai approfondit les positions des précédents et leur offre, dans le même temps, un nouvel éclairage. En empruntant à Georges Perros le mot-gigogne de poéthique – dont la postérité est aujourd’hui vivace dans le champ de la poésie moderne et contemporaine –, Jean-Claude Pinson entend lutter contre une certaine tendance actuelle à promouvoir la valeur gnoséologique de la littérature : la poésie ne saurait, au contraire, se définir qu’en termes d’« éthopée » et de « praxis », elle qui porte l’ambition d’une vita nova en se montrant capable de « réinventer l’être au monde ». Si ces vues sont déjà annoncées dans les essais précédents, le sous-titre de l’ouvrage (« une autothéorie ») éclaire toutefois toute l’originalité de ce nouvel opus : il s’agit d’explorer ici une veine critique qui s’alimente d’auto-biographèmes, et ce pour rendre effective l’alliance entre poétique et existence qui constitue la thèse de l’ouvrage.

2Le parcours intellectuel que retrace Jean-Claude Pinson éclaire alors la spécificité de ses choix actuels et la tournure très syncrétique que prennent ses essais : alors que l’engagement politique du jeune militant des UJC ml (Union des jeunesses communistes marxistes-léninistes) l’avait conduit, dans les années 1970, à se détourner de toute vocation littéraire, il choisit ensuite la voie de la philosophie politique et se consacre à Hegel, avant de revenir vers la poésie – celle des romantiques allemands (les frères Schlegel et Hölderlin, en particulier). Celle-ci devient paradoxalement le moyen de repenser son engagement politique, qui passera désormais par une réflexion sur « l’habitation poétique du monde » (Hölderlin). Loin de mener son auteur vers un désengagement radical – qu’un certain héritage heideggérien du romantisme allemand pourrait entraîner –, « l’habitation poétique du monde » est interprétée en des termes nouveaux inspirés de la philosophie de Toni Negri. La poésie propose une autre façon d’habiter le monde, soutient le philosophe politique italien, car elle serait une « fabrique de puissance », capable de nous engager « sur la voie d’une constitution autre de la société et de notre éthos ». Elle gagne ainsi une valeur de résistance : pour Jean-Claude Pinson, qui développe la thèse de Toni Negri sur le « cognitariat » apparu dans notre âge postindustriel, on assiste ainsi, à l’heure actuelle, à l’émergence d’un « poétariat » qui combine précarité radicale et créativité prometteuse.

3Poéthique propose alors, à travers la série d’articles monographiques qu’il inclut, un dépassement des clivages si souvent présents dans le discours critique sur la modernité poétique : se penchant tout à la fois vers les poétiques de « l’Être » et celles de la « lettre », l’essai de Jean-Claude Pinson offre des analyses très stimulantes des œuvres de Bonnefoy, Michel Deguy, Christian Prigent ou Stéphane Bouquet, pour en dévoiler les points de contact. S’y ajoutent des textes sur quelques romanciers, de Gracq à Forest et Michon, et sur les essais critiques du dernier Barthes. L’essai dévoile ainsi l’ampleur de ses ambitions et offre en cela une définition élargie de la poésie, qui amène à réévaluer les critères de définition du genre. Revenant sur quelques thèses actuelles (Giorgio Agamben, Jean-Luc Nancy) alimentant les définitions littéralistes du genre, il entend au contraire donner un nouvel avenir à la « métaphore », en la repensant en termes wittgensteiniens : la métaphore ne « dit » pas, elle « montre » ; elle n’a pas une valeur sémantique mais s’apparente à un « geste ». Ainsi la « vérité métaphorique » – qui dépasse largement le cadre strict du poème – s’avère-t-elle désormais, pour Jean-Claude Pinson, une « vérité poéthique ».

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Pour citer cet article

Référence papier

Anne Gourio, « Jean-Claude Pinson, Poéthique. Une autothéorie »Elseneur, 28 | 2013, 224-226.

Référence électronique

Anne Gourio, « Jean-Claude Pinson, Poéthique. Une autothéorie »Elseneur [En ligne], 28 | 2013, mis en ligne le 02 avril 2024, consulté le 15 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/elseneur/1988 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/elseneur.1988

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Auteur

Anne Gourio

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Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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