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Comptes rendus

David Steel, Émile Souvestre. Un Breton des lettres, 1806-1854

Julie Anselmini
p. 215-217
Référence(s) :

David Steel, Émile Souvestre. Un Breton des lettres, 1806-1854, Rennes, Presses universitaires de Rennes (Histoire), 2013, 326 p.

Texte intégral

1D’Émile Souvestre (1806-1854) on sait, dans le meilleur des cas, qu’il a été un chroniqueur des mœurs bretonnes, ainsi qu’un dramaturge populaire et un romancier prolixe qui eut son heure de gloire sous la monarchie de Juillet. Par cette première biographie consacrée à Souvestre et malgré la difficulté de la tâche (les sources documentaires sont peu nombreuses ; les œuvres elles-mêmes ne sont pas toutes faciles d’accès), David Steel fait sortir de l’ombre une figure tombée aux oubliettes de l’histoire littéraire et ressuscite un homme de lettres à l’audience et à l’influence considérables, un écrivain polyvalent qui s’illustra en effet comme acteur de la « renaissance bretonne », mais aussi dans tous les grands genres littéraires : poésie, roman, théâtre, critique.

2Une première partie de l’ouvrage (non délimitée comme telle, mais qui englobe les chapitres i à v) retrace d’abord l’enfance et la jeunesse de Souvestre (à Morlaix, puis Pontivy et Rennes, où il fit des études de droit), jeunesse assombrie par la mort du père puis du frère aîné (en 1831, Souvestre perdra également sa première épouse et son fils de quelques mois), puis les débuts difficiles de l’auteur, qui subit un fiasco en voulant « monter » de la Bretagne à Paris (en 1827-1828 : impossible notamment pour le Breton de faire jouer sa tragédie Le Siège de Missolonghi). Installé à partir du printemps 1828 à Nantes, où il enseigne les lettres, il collabore au Lycée armoricain et au Magasin pittoresque de son ami Édouard Charton ; il s’ouvre par ailleurs aux idées saint-simoniennes.

3De retour à Morlaix en juin 1832, puis établi à Mulhouse (à partir de 1835), c’est ensuite une période d’essor productif et de notoriété croissante que connaît Souvestre, période évoquée dans les chapitres vi et vii. Remarié avec « Nanine », qui lui donnera trois filles et auprès de laquelle il connaîtra toutes les félicités du foyer – terme cher à l’écrivain –, Souvestre, tout en occupant un poste d’enseignant, se fait une niche de plus en plus confortable à la Revue des Deux Mondes, dont il devient un collaborateur régulier (il se spécialise notamment dans les articles sur la vie bretonne et les reportages ethno-topographiques sur les villes), tout en continuant d’écrire pour le Magasin pittoresque ou, plus ponctuellement, la Revue de Paris. Il place par ailleurs deux romans chez Charpentier, L’Échelle de femmes (1835) et Riche et Pauvre, qui est adapté pour la scène en 1837 et devient une pièce à succès.

  • 5 Le dernier chapitre, intitulé « Le Verdict du temps », fait office de conclusion.

4Les six derniers chapitres de l’ouvrage (viii à xiii5) correspondent à l’apogée de la carrière et de la notoriété de l’écrivain. Établi depuis juin 1836 à Paris (rue du Faubourg-Poissonnière), où il se lie d’amitié avec Michelet, dont il partage les idées républicaines, mais aussi avec Béranger, puis Quinet, Souvestre, tout en restant journaliste, devient l’un des dramaturges et romanciers en vogue de la monarchie de Juillet. Figure marquante de la grande époque du vaudeville et du mélodrame, il fait jouer en moyenne deux pièces par an ; il est aussi l’auteur reconnu des Derniers Bretons (1835-1837) et du Foyer breton (1845) ; son roman-journal Un philosophe sous les toits (Michel Lévy, 1849) obtient surtout un succès considérable : l’œuvre sera diffusée, du vivant de Souvestre et après sa mort, à des centaines de milliers d’exemplaires, dans toute l’Europe, et l’expression de « philosophe sous les toits » en vient même à se lexicaliser (on la retrouve par exemple sous la plume de Proust). À partir de la fin 1849, il donne également plusieurs cycles de conférences, en France et en Suisse. En juillet 1854, il meurt en pleine gloire, frappé d’un accident vasculaire et probablement usé par trente ans de labeur et de production frénétique, à quarante-huit ans.

5Témoignant beaucoup d’empathie pour le personnage de Souvestre sans manquer pour autant de la distance nécessaire (le biographe épingle non sans ironie certains ridicules de l’homme et juge sans complaisance certaines de ses œuvres, notamment Les Réprouvés et les Élus ou Les Souvenirs d’un vieillard), David Steel, à travers un récit minutieux mais très vivant, restitue ainsi les multiples facettes de cet « ouvrier en livres » qui fut une figure importante du monde littéraire, et nous invite à approfondir notre connaissance, encore très partielle, d’une œuvre qui a été l’une des plus abondantes du XIXe siècle et qui a « diverti, instruit et influencé son époque ».

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Notes

5 Le dernier chapitre, intitulé « Le Verdict du temps », fait office de conclusion.

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Pour citer cet article

Référence papier

Julie Anselmini, « David Steel, Émile Souvestre. Un Breton des lettres, 1806-1854 »Elseneur, 28 | 2013, 215-217.

Référence électronique

Julie Anselmini, « David Steel, Émile Souvestre. Un Breton des lettres, 1806-1854 »Elseneur [En ligne], 28 | 2013, mis en ligne le 02 avril 2024, consulté le 16 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/elseneur/1958 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/elseneur.1958

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Auteur

Julie Anselmini

Université de Caen Basse-Normandie
LASLAR EA 4256

Julie Anselmini est maître de conférences en littérature française à l’université de Caen Basse-Normandie et membre du LASLAR (EA 4256 – Lettres, Arts du spectacle, Langues romanes). Elle a consacré de nombreux articles à l’œuvre de Dumas et est l’auteure du Roman d’Alexandre Dumas père ou la Réinvention du merveilleux paru en 2010 aux éditions Droz (Genève). Elle a dirigé l’ouvrage Dumas critique, paru en 2013 aux Presses universitaires de Limoges, et prépare actuellement l’édition chez Garnier de Gaule et France de Dumas. Elle a aussi coordonné un numéro de la revue Recherches & Travaux (Grenoble, ELLUG, no 71, 2007) sur L’Idiot de la famille de Jean-Paul Sartre (en collaboration avec Julie Aucagne).

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