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Figure du martyr chez René Char

Yoann Debuys
p. 101-119

Résumés

La violence de la Première Guerre mondiale a engendré de nombreux questionnements et de nombreux changements littéraires et esthétiques. La poésie n’échappe pas à la règle. Elle s’éloigne de son modèle épique qui intègre le récit dans des poétiques reformulées. Cette réaction représente un déclassement de l’écriture poétique face à la violence du conflit. Elle forme une impasse qui amène à inventer de nouvelles voies illustrées par les avant-gardes dadaïstes ou surréalistes. Ces nouveaux modèles se définissent notamment par le retournement de la violence historique en une véhémence verbale qui s’appuie sur un fond sadien et relaie la laideur et le « mal » progressivement intégrés à l’écriture poétique depuis Baudelaire. Prise dans sa globalité, cette réponse est le signe d’un certain désarroi ou d’une difficulté à appréhender la violence moderne dont la guerre incarne l’acmé. En effet, le modèle surréaliste connaît également des limites. Son rapport à la violence est ambigu. Sa puissance et sa pertinence sont remises en cause. René Char reproche au mouvement son inefficacité. La question de la poursuite de l’engagement par l’écriture poétique alors que ses modèles sont soit périmés, soit insuffisants se pose par conséquent de manière aiguë. Char cherche de nouveaux modèles d’écriture. Il se tourne alors vers la figure du martyr et particulièrement d’enfants martyrs qui évoquent en filigrane l’épisode biblique du massacre des Innocents. Placard pour un chemin des écoliers et Dehors la nuit est gouvernée portent le témoignage de ce mouvement. Néanmoins, le modèle ne lui est pas propre. Il lui semble même imposé par l’année 1937 au cours de laquelle il rédige les poèmes du Placard en réponse à la violence de la guerre d’Espagne. Ce modèle, néanmoins, trouve rapidement ses limites. Dehors la nuit est gouvernée dépasse ces limites et devient une période de questionnements intenses sur les capacités de l’écriture poétique à répondre et à représenter la violence et la mort. L’étude de ces deux recueils permet alors de se demander dans quelle mesure Char, en revisitant la figure du martyr, cherche une écriture à même de répondre à la violence du conflit moderne auquel il prend part peu après.

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Texte intégral

  • 1 Jacques Dupin, « Dehors la nuit est gouvernée », L’Arc, no 22, 1963, p. 64.
  • 2 René Char, Dehors la nuit est gouvernée, in Œuvres complètes, introduction de Jean Roudaut, Paris, (...)
  • 3 René Char, « Le bouge de l’historien », in Fureur et Mystère, in Œuvres complètes, p. 145.
  • 4 Ibid.
  • 5 René Char, Placard pour un chemin des écoliers, in Œuvres complètes, p. 89-100.
  • 6 René Char, Le Marteau sans maître, feuillet pour la 2e édition, 1945, in Œuvres complètes, p. 3.

1Les premiers recueils de René Char enracinent son œuvre dans une esthétique de la véhémence poétique qui entremêle érotisme sadien et violence verbale. Cette violence, fruit de la lecture surréaliste de la Première Guerre mondiale, ne se donne pas d’autre but que la destruction des fondements de la société qui a engendré le conflit par le retournement de la violence historique en véhémence esthétique. L’engagement ultérieur du poète dans la Résistance confère à cet ancrage esthétique et historique une valeur matricielle qui guide la totalité de l’œuvre tendue alors vers l’expression prophétique d’une révolte. Cette première période ne s’étend pourtant que sur une dizaine d’années, que Char qualifie lui-même, comme le souligne Jacques Dupin1 dans son étude consacrée à Dehors la nuit est gouvernée2, de « onze hivers [de renoncement] au quantième de l’espérance »3. Char, dès 1942 au cœur même des années les plus troubles, s’oriente vers un autre rapport à la violence historique de son époque et à la véhémence esthétique de ses premiers écrits. Il commence à nuancer son écriture « afin de pouvoir encore mieux aimer un jour ce que [ses] mains autrefois n’avaient fait qu’effleurer sous l’olivier trop jeune »4. Les deux recueils qui couvrent la fin des années 1930, Placard pour un chemin des écoliers5 et Dehors la nuit est gouvernée, apparaissent dans cette perspective comme un moment de vive confrontation entre une écriture poétique qui se cherche et une violence historique et personnelle qui, par son incarnation, remet en cause la vision programmatique de la véhémence esthétique. C’est un moment d’interrogation pendant lequel Char, tout en maintenant son exigence éthique d’engagement notamment dans le conflit de la guerre civile espagnole, tente d’appréhender des situations inédites qui semblent dépasser son écriture. Au cours de ce mouvement, Char investit la figure de l’enfant martyr particulièrement dans Placard pour un chemin des écoliers. Le détour ne semble pas néanmoins s’imposer de lui-même et paraît se lester du poids de la circonstance, comme la figure d’éploration et d’indignation d’un art se devant de s’engager dans les grands combats de son époque. L’émergence de la figure du martyr chez Char offre alors un éclairage particulièrement sensible des rapports que son écriture, issue de la modernité poétique, entretient avec la violence moderne. Elle interroge la capacité de sa poésie à appréhender un objet qu’elle avait jusqu’alors pris en compte sous le seul l’angle de l’injonction programmatique. De ce point de vue, les recueils de cette époque jouent le rôle d’un pivot permettant d’observer comment, faute de modèles anciens rendus caducs par la violence inédite du premier conflit mondial, resurgit sous de nouveaux traits une figure qui tire sa force principale de sa faiblesse et de son innocence. Néanmoins en s’imposant, ce modèle impose également une forme de conservatisme esthétique et moral qui ne répond que très partiellement aux désirs de Char d’échapper à l’implacabilité de la violence. Confronté aux limites de la figure, Char est alors amené à reconsidérer une poétique de la véhémence dont les accentuations, à l’aune des convulsions de la violence moderne, rythment une « allégorie de l’horreur »6 qui était déjà en train de se concrétiser.

Apparition de la figure du martyr

  • 7 René Char, « Dédicace », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 89.
  • 8 René Char, « 1939, Par la bouche de l’engoulevent », in Fureur et Mystère, p. 143.

2La figure du martyr apparaît chez Char entre 1936 et 1937 dans Placard pour un chemin des écoliers, un recueil qu’il dédie aux enfants d’Espagne victimes des combats de la guerre civile. Prise dans une temporalité courte, la figure surgit plus qu’elle n’émerge à l’image de la « Dédicace »7 qui s’ouvre directement par une interpellation des « Enfants d’Espagne ». Aucun de ses recueils précédents ne la convoque. Sa succession est par ailleurs limitée. Seul « 1939, Par la bouche de l’engoulevent »8 écrit deux ans plus tard réinvestit ce qui apparaît dès lors comme un moment bien singulier dans l’univers du poète.

  • 9 René Char, « Dédicace », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 89.
  • 10 Ibid.

3Prise dans une temporalité plus longue, cette singularité trouve son origine dans la convergence de facteurs historiques qui redéfinissent les rapports entretenus par la violence et l’écriture. D’un point de vue historique, la figure du martyr émerge sur le fond d’un appauvrissement général des modèles d’écriture épique. Sous bien des aspects, en effet, la cartographie du champ de bataille qui se dessine en filigrane de la « Dédicace » de Placard pour un chemin des écoliers évoque le changement de régime que la confrontation militaire a connu lors de la Première Guerre mondiale. Les temps employés par Char créent une chronologie qui distingue deux types de combat radicalement opposés. Le premier type de combat recoupe un passé idéalisé mais révolu. Il minimise, par la métaphore de la « marée meurtrière […] qu’un détour permettait d’éviter »9, la portée et les effets de la violence. Le deuxième type est nettement délimité par un saut typographique et se concentre dans un court paragraphe qui accentue ainsi la brutalité des nouvelles formes de combat et brise les frontières entre le paysage d’antan et l’espace clos du champ de bataille : « Les temps sont changés. […] La fosse commune a été rajeunie. Elle est vaste comme un dortoir, profonde comme un puits »10.

  • 11 John Keegan, Anatomie de la bataille : Azincourt 1415, Waterloo 1815, La Somme 1916, Jean Colonna ( (...)

4Replacés dans une perspective historique large, les champs de bataille esquissés dans ce texte liminaire s’expliquent par les nouvelles formes de violence héritées de la Première Guerre mondiale. L’historiographie récente de ce conflit souligne en effet comment le combat évolue radicalement à cette époque. À la suite de John Keegan11, Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker rappellent les traits particuliers de cette violence qui ne se caractérise pas tant par de nouveaux moyens techniques de combat ou par de nouvelles options tactiques que par le franchissement d’un seuil qui a transformé l’intensité et la durée de leur application. En somme, la guerre 1914-1918 radicalise en étendant dans l’espace et en installant dans le temps des inventions et des techniques qui s’étaient déployées de façon limitée et ponctuelle tout au long des guerres du XIXe siècle, voire tout au long de l’histoire militaire. S’en trouvent ainsi annulées, dans le même mouvement, les règles de contention qui légiféraient jusqu’à cette époque le combat. D’après les deux historiens :

  • 12 Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker, 14-18, retrouver la guerre, Paris, Gallimard (Bibliothèque (...)

Avec la Grande Guerre est apparue une nouvelle forme d’affrontement armé qui fait de 1914-1918 une rupture historique dont les conséquences ont été déterminantes pour l’histoire ultérieure du XXe. Rupture complexe dès lors qu’on l’aborde sous l’angle d’un franchissement de seuil dans les modalités de l’activité guerrière telles qu’elles avaient été jusque-là mises en œuvre. Dès l’année 1914, la guerre s’est présentée comme beaucoup plus violente qu’elle ne l’avait jamais été auparavant12.

  • 13 Ibid., p. 40.
  • 14 René Char, « Dédicace », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 89.
  • 15 René Char, « Les oursins de Pégomas », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 97.
  • 16 Jean Kaempfer, Poétique du récit de guerre, Paris, J. Corti, 1998, p. 11.
  • 17 Ibid., p. 12-13.
  • 18 Carine Trévisan, Les Fables du deuil, Paris, PUF (Perspectives littéraires), 2001, p. 41.
  • 19 René Char, « Dédicace », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 89.

5Ces évolutions engendrent un changement de fond qui remet en cause une représentation majeure du combat. La violence du conflit entraîne la « disparition d’une esthétique et d’une éthique de l’héroïsme, du courage et de la violence guerrière […] »13. Ainsi, le combattant, chez Char, ne parvient plus à incarner une valeur positive même lorsqu’il devient une victime. Il diverge en ce point du traitement photographique ou romanesque du combattant si l’on pense à La Mort d’un soldat républicain de Robert Capa ou à L’Espoir de Malraux. La figure du héros épique est remplacée par une série de dénominations péjoratives qui renvoient à la brutalité du « bourreau » ou à l’inconséquence du « candide » ou du « fanatique »14. Lorsqu’une figure positive comme celle du « chevalier » apparaît, c’est aussitôt pour être associée à la violence des « gémonies »15, lieu de supplice des condamnés. Dans cette configuration, le combattant n’est jamais un corps en action ou en souffrance mais une silhouette anonyme réduite à une fonction destructrice et brutale. En ce sens, Placard pour un chemin des écoliers ne reformule pas la figure du guerrier épique mise à mal par la violence de la Première Guerre mondiale. Il enregistre plutôt l’effacement d’un motif sur lequel il ne peut plus s’appuyer. Le recueil de Char, dans cette perspective, diverge de ce que Jean Kaempfer perçoit pour le récit de guerre. Celui-ci ne peut exister en effet « sans guerre des récits »16, des récits qui se caractérisent alors par leur dialogisme et leur intertextualité dont les narrations de leurs auteurs « déploient polémiquement l’horizon des fables héroïques […]. Lisant Stendhal, Tolstoï ou Claude Simon, [on] tombe sur des personnages qui ont lu César, l’Arioste… ou Stendhal »17. Il ne s’agit pas en effet pour Char de réactiver d’anciennes figures guerrières positives ni même de les contester mais bien de couvrir les stigmates de la guerre moderne. Le traitement particulier que Char offre aux victimes est, à cet égard, symptomatique. À l’image de ce que Carine Trévisan note dans Les Fables du deuil, Char rompt avec le modèle de la « mort héroïque »18. À la mort individualisée et magnifiée, il oppose « la chair pantelante d’enfants »19 anonymes.

  • 20 Didier Lett, Danièle Alexandre-Bidon, Les Enfants au Moyen Âge, Ve-XVe siècles, Paris, Hachette lit (...)
  • 21 Philippe Ariès, L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Seuil (L’univers historiq (...)
  • 22 René Char, « Dédicace », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 89.

6La figure du martyr émerge par défaut, comme le seul motif disponible pour évoquer la violence de la guerre moderne. Elle s’inscrit également dans la péremption d’un modèle plus large. Char, en effet, ne rejette pas que la figure du guerrier, il rejette également à travers elle la figure de l’adulte et du monde violent qu’il représente en mettant particulièrement en avant le motif de l’enfant martyr. Il s’inscrit alors dans le lent mouvement de la constitution de l’enfant comme une figure autonome à protéger dont Didier Lett et Danièle Alexandre-Bidon20, après Philippe Ariès21, soulignent la présence dès le Moyen Âge dans des récits édifiants de martyr inspirés de l’épisode biblique du massacre des Innocents. La figure, par la mise en scène de la faiblesse, offre un double avantage. Elle accentue la violence par une relation dissymétrique entre l’agresseur et la victime. Elle renforce par ailleurs la puissance de l’intervention de celui qui sauve l’enfant ou lui redonne vie par sa représentation. Char met en scène cette dissymétrie. À la puissance militaire, il oppose un simple « placard » dont la désuétude contraste avec la modernité de la violence. À « l’éclat de l’acier qui […] déchiquette » les enfants et défigure le paysage, le poète oppose une parole, celle portée par le verbe « embuer »22 dont la consonne labiale centrale souligne la force mais dont le sens même, « couvrir de buée », montre l’extrême fragilité. Le souffle fragile de l’enfant et du poète s’opposent au bruit et à la fureur du combat et tirent leur force de cette faiblesse.

  • 23 Nicolas Poussin, Le Massacre des innocents, Chantilly, musée de Condé, 1625-1629.
  • 24 René Char, « Exploit du cylindre à vapeur », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 95-96.
  • 25 René Char, « Allée du confident » et « Quatre âges », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 91 (...)
  • 26 René Char, « Exploit du cylindre à vapeur », p. 96.
  • 27 René Char, « Les oursins de Pégomas » et « Compagnie de l’écolière », in Placard pour un chemin des (...)
  • 28 René Char, « Allée du confident », p. 92.
  • 29 Ibid., p. 93.
  • 30 René Char, « Compagnie de l’écolière », p. 99.

7Le recours à l’enfant martyr ne s’arrête cependant pas à ce seul déséquilibre. Char construit également l’ensemble de son recueil sur des effets d’organisation et de dramatisation appelés par le motif du massacre des Innocents que le traitement qu’en donne Nicolas Poussin23 éclaire particulièrement. Tiré du Nouveau Testament, le thème a son importance dans la mesure où il anticipe, dans une lecture religieuse, la rédemption et la résurrection du Christ. Le massacre d’enfants prépare le rachat des pécheurs. Le peintre renforce l’effroi provoqué par la scène en structurant son tableau par des diagonales orientant toutes les lignes vers son centre où se trouve la figure effrayée d’une mère dont l’enfant est placé sous la menace d’un coup de glaive. Il concentre par ailleurs le motif autour d’un sujet unique, un enfant, un soldat, une mère, là où la tradition, majoritairement, traitait le sujet par la masse. Poussin traite le sujet à rebours de ses représentations dominantes. Char adopte le contrepoint du peintre. D’une part, il évoque un massacre de masse là où la tradition poétique individualisait la mort. D’autre part, Placard pour un chemin des écoliers, par contraste avec Dehors la nuit est gouvernée, reprend une forme d’organisation symétrique en s’organisant autour d’un point central formé par « Exploit du cylindre à vapeur »24 vers lequel convergent deux états de l’enfance et deux états du poète. La première série de poèmes formée par les deux parties de « Allée du confident » et de « Quatre âges »25 met en scène des enfants tendus vers la vie et un poète hésitant dont la maturité emprunte le chemin d’une chute progressive d’un âge d’or vers un âge de fer. Le poème central joue le rôle d’un nœud où enfants et poète se retrouvent dans une relation symbiotique et enchantée qui contraste avec la vision mortifère portée par le monde des adultes respirant de « la vapeur de fantôme »26. La deuxième série de poèmes, « Les oursins de Pégomas » et « Compagnie de l’écolière »27, s’organise en parallèle de la première. Les garçons initialement symbolisés par l’image phallique de « l’aiguille » tendue après une « vive nuit »28 sont morts perdus dans un monde glacé. Les filles, dans un premier temps vives et « imprudentes »29, ont perdu leur innocence au contact d’un « mal pur bordé de mouches »30 aux accents baudelairiens. La figure du poète, quant à elle, se retrouve scindée en deux parties qui s’opposent et ne se comprennent plus. L’image d’un vagabond attirant, qui reprend la filiation du poète des Fleurs du Mal, avec lequel s’accorde « l’écolière », précède l’image d’un poète paternel qui ne parvient plus à transformer le mal en beauté et pour lequel les mots ne sont plus que source de méfiance.

  • 31 René Char, « Maintien de la reine », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 99.
  • 32 René Char, « Les vivres du retour », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 99.
  • 33 Ibid.
  • 34 René Char, « Dédicace », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 89.
  • 35 René Char, « Les vivres du retour », p. 100.

8La comparaison des deux œuvres ne peut toutefois s’étendre aux effets produits par l’une et l’autre. La composition du tableau de Poussin, en se rapprochant d’une esthétique classique, se donne, en effet, pour but premier de susciter l’effroi et la pitié. Hormis le resserrement de l’action et du lieu sur un petit groupe de personnages, le peintre s’efface et se met au service de son sujet et du spectateur. Char, de son côté, tisse une relation différente. Dans sa première partie, le recueil laisse une large place aux enfants victimes de la guerre. De ce point de vue, il s’efface également devant son sujet et se met à son service à l’image de la modestie qui caractérise la fin de la « Dédicace ». Néanmoins, la structure du recueil s’éloigne de cette lecture initiale en mettant en œuvre un mouvement qui finit par inverser le processus de création. « Allée du confident », divisé en deux poèmes, consacre de part et d’autre de ses parties des figures masculines puis féminines empreintes d’une sexualité qui s’émancipe. La figure du poète n’émerge qu’après cette union à travers les « Quatre âges » de la vie. Les deux figures réapparaissent, dans la deuxième partie, altérées par la mort, la souffrance et la lucidité. C’est au prix de cette nouvelle union que se maintient la poésie sous les traits d’une vieille reine dont le port altier masque difficilement que « la terre s’est éteinte »31 et que le poète peut constituer ses « vivres du retour »32 à l’issue duquel il fait de son corps un gîte pour les victimes. Dans cette configuration, c’est la figure même du martyr qui engendre le poète et non le poète qui engendre son sujet. Cette figure oblige également la poésie à se maintenir aussi moribonde soit-elle. Enfin, la souffrance supportée par le martyr entraîne la résurrection du poète. Char dépasse ainsi la dichotomie qu’avait instituée « Compagnie de l’écolière ». Le poète ne soutient plus la beauté du mal. Il la reçoit pour l’ensevelir dans le « lierre de [son] corps »33 qui devient alors un creuset où s’effacent les souffrances des enfants martyrs. Il devient le lieu d’une résurrection d’où lui-même s’élève à nouveau. Condensé dans la relation entre les derniers mots de la « Dédicace », qui lancent la « dernière réserve d’espoir »34 du poète, et le dernier mot du recueil, « résistance »35, le glissement de la figure du martyr à la renaissance du poète apparaît nettement. En évitant l’effroi que peut susciter une telle scène et en prenant à sa charge la souffrance des victimes, Char renoue immanquablement avec la rédemption et la résurrection christique portées en filigrane par le motif qu’il choisit pour évoquer la violence moderne de la guerre d’Espagne.

Conservatisme de la figure du martyr

  • 36 René Char, « La torche du prodigue », in Arsenal, in Le Marteau sans maître, p. 7.
  • 37 René Char, « Les poumons », in Arsenal, p. 14.
  • 38 René Char, Arsenal, in Le Marteau sans maître, p. 5-14.
  • 39 René Char, Le Marteau sans maître, in Œuvres complètes, p. 1-81.
  • 40 René Char, « La main de Lacenaire », in L’Action de la justice est éteinte, in Le Marteau sans maît (...)
  • 41 René Char, Artine, in Le Marteau sans maître, p. 19.

9Au regard du rapport que Char entretient avec la religion, le détour surprend par son incongruité voire son incompatibilité. La figure du martyr, en effet, s’alourdit d’une déférence qui sied mal au modèle d’écriture mis en œuvre par le poète depuis les années 1920. Sous bien des aspects la figure contrevient à l’esthétique que Char avait développée jusqu’à la rédaction de Placard pour un chemin des écoliers. Le motif christique de la rédemption et de la résurrection s’oppose aux premiers fondements de l’œuvre placée sous le signe de « La torche du prodigue », seule capable d’appeler un « entraîneur d’hypnose »36. Les deux axes d’écriture se contredisent frontalement. Le rachat des péchés annule la prodigalité, le retour à la vie corrige l’état de passivité et de fascination provoqué par le sommeil artificiel. La violence de l’acte en lui-même donne un écho particulier à la valeur que Char confère initialement à la poésie perçue alors comme des « poumons » qui permettent « l’apparition de l’arme à feu »37. Le mot sert d’arme non encore de linceul. On remarque par ces quelques passages tirés de Arsenal38, le recueil ouvrant Le Marteau sans maître39, à quel point Char en empruntant le motif de l’enfant martyr prend une voie qui lui est radicalement étrangère. La démarche s’alourdit davantage lorsqu’on rappelle comment Char tente dans ses premières œuvres de s’émanciper de tout modèle en constatant que « les mondes éloquents ont été perdus »40 ou que « le poète a tué son modèle »41. Ces quelques citations soulignent l’écart qui s’est creusé entre une première poésie qui s’était forgée sur les décombres de modèles esthétiques devenus sans pertinence et une deuxième période qui veut se construire contre les effets de la violence réelle qu’elle soit historique et collective ou personnelle et intime.

  • 42 René Char, « Tous compagnons de lit », in Dehors la nuit est gouvernée, p. 104-105.
  • 43 Fernand Léger, Le Transport des forces, Biot, musée national Fernand Léger, 1937.
  • 44 Char écrit Placard pour un chemin des écoliers avant le bombardement de Guernica.

10La figure du martyr, en effet, si elle comble les inconséquences d’un modèle épique périmé, se leste d’un poids moral qui annule toute liberté esthétique et qui l’impose par sa seule force d’indignation. L’année 1937 réfracte particulièrement cette force centrifuge en plaçant le motif artistique comme le mieux disposé à répondre aux effets de la violence moderne. L’année 1937, c’est l’année de l’Exposition universelle de Paris où les peintres issus des avant-gardes s’institutionnalisent en accompagnant le gouvernement du Front Populaire. Comme un écho à « Tous compagnons de lit »42, hommage fraternel de Char au vote prolétaire, Fernand Léger chante les mérites de la modernité industrielle dans le tableau que le pavillon français lui commande, Le Transport des forces43. C’est aussi pendant cette même année et cette même exposition que Picasso présente Guernica, tableau éponyme de l’événement historique qui succède au recueil de Char44, et dont une partie cite le tableau de Poussin par la reprise du visage en effroi de la mère. C’est à la suite encore de ce dernier événement qu’Eluard écrit « La Victoire de Guernica ». La convergence de ces œuvres vers le motif du massacre ou la figure du martyr au détriment de celui du combat et du guerrier souligne un changement dans les rapports entre la violence et son expression artistique en raison de la guerre d’Espagne. À la suite du Front Populaire qui s’invite dans le champ esthétique comme un horizon d’espoir qu’il convient d’accompagner, la guerre d’Espagne s’invite comme l’expression extrême d’une montée réelle et violente du fascisme qu’il convient de réprouver et de combattre. Les deux événements cependant accentuent la prédominance de facteurs politiques et moraux sur la création artistique des avant-gardes.

11La genèse de Placard pour un chemin des écoliers et de Dehors la nuit est gouvernée permet de mesurer le poids exercé par ces deux facteurs. L’expression de la souffrance dans les deux recueils montre comment des impératifs extérieurs soumettent l’écriture poétique. Tous deux sont en effet rédigés pour répondre à l’expression d’une violence paroxystique. Néanmoins, l’origine de cette violence module le poids de l’expression personnelle de la souffrance. La souffrance intime peine à imposer sa légitimité face à la souffrance collective des enfants martyrs dont la légitimité n’est pas questionnée. La biographie de Char apprend que Dehors la nuit est gouvernée est rédigée suite à une septicémie mal diagnostiquée. Le poète frôle la mort. Le recueil se forme pendant une longue convalescence au cours de laquelle les huit textes qui composent Placard pour un chemin des écoliers se détachent à la faveur de la guerre d’Espagne. Ce dernier recueil est exclusivement consacré aux enfants espagnols. Le deuxième recueil, quant à lui, laisse place aussi bien à une violence personnelle et intime qu’à une violence collective telle qu’elle commençait déjà à émerger dans Le Marteau sans maître, selon Jacques Dupin qui évoque un transfert.

  • 45 Jacques Dupin, « Dehors la nuit est gouvernée », p. 65.

Ce transfert sur le plan physiologique de la tension psychique dont témoigne Le Marteau sans maître apparaît à distance comme un épisode secondaire de sa lutte avec les monstres, une ruse pathétique et vaine pour détourner sur le corps physique les assauts auxquels la conscience poétique ne pouvait plus momentanément répliquer. Mais l’ennemi ne pouvait se suffire de ce que le poète lui abandonnait. Il fallait revenir l’affronter, jusqu’au dénouement, sur son vrai terrain. Dehors la nuit est gouvernée marque la reprise et l’aggravation de la lutte ouverte du Marteau sans maître, mais dans des conditions tout à fait différentes45.

  • 46 Ibid., p. 64.

12La lecture de Dupin entremêle en profondeur souffrance personnelle et violence collective. Elle fond l’épreuve de la violence intime dans un combat plus large contre un ennemi qui devient l’incarnation du mal. Au cœur même d’une souffrance personnelle s’infiltrent les exigences de l’Histoire. La souffrance personnelle se soumet ainsi aux exigences de la violence collective. Violence intime et violence collective sont hiérarchisées au profit de cette dernière. En s’appuyant sur « Le bouge de l’historien », Dupin confère à l’épreuve de la maladie « le masque de l’oppresseur [nazi], la gueule même du Monstre acharné contre lui […]. Les convulsions du monde et les formes modernes de la barbarie contre laquelle [le poète avait] pris les armes […] »46. Cette lecture accentue le poids des exigences éthiques du poète par rapport à l’expression de ses propres souffrances.

  • 47 René Char, « Introduction » à Dehors la nuit est gouvernée précédé de Placard pour un chemin des éc (...)

13Néanmoins, le mélange des souffrances n’apparaît de façon évidente qu’à la faveur d’une lecture rétrospective de Char. En effet, Placard pour un chemin des écoliers se détache bien dans un premier temps de l’ensemble de Dehors la nuit est gouvernée. Initialement publiés respectivement en 1937 et en 1938, Placard pour un chemin des écoliers et Dehors la nuit est gouvernée ne sont réunis, sous ce dernier titre précédé du premier, qu’en 1949. Seules la préface de la réédition du Marteau sans maître et l’introduction de Dehors la nuit est gouvernée précédé de Placard pour un chemin des écoliers réorganisent la totalité de l’œuvre à partir des impératifs de l’Histoire. L’introduction de Dehors la nuit est gouvernée souligne le trouble de Char à légitimer de façon égale les deux souffrances et les deux violences évoquées dans les recueils à l’image de la litote en clôture de l’introduction qui affirme dans une tournure impersonnelle, signe de modestie, qu’« on n’a pas craint de réunir »47 les deux œuvres. L’état initial du manuscrit renforce l’expression du trouble. Char y écrit en effet,

  • 48 Manuscrit cité dans Jean-Claude Mathieu, La Poésie de René Char ou le sel de la splendeur, t. II, P (...)

On n’a pas craint de joindre ensemble ces deux choses hors de proportion [puisque aussi bien] elles décèlent chacune une part égale d’appréhension. Les mains sont légères quoique l’objet soit loin48 !

14Le manuscrit initial sépare nettement les deux souffrances. Le rapport qu’elles entretiennent n’est pas un rapport de filiation ou de transfert mais d’égalité de deux expériences fondamentalement différentes. L’égalité d’expérience de la souffrance intime et de la souffrance collective s’est néanmoins effacée dans le passage du manuscrit initial au texte définitif. Seule la réunion de deux œuvres thématiquement proches est conservée. Cet effacement souligne en creux des règles de bienséances implicites qui pèsent sur l’évocation de drames collectifs et d’épreuves personnelles. L’un et l’autre ne peuvent recevoir la même légitimité. L’idée que l’expérience personnelle de la mort dont Dehors la nuit est gouvernée porte l’écho, dépasse la souffrance collective que Char a tenté de mettre en scène dans Placard pour un chemin des écoliers pointe en effet dans cette « égale appréhension ». Ce changement souligne l’évolution du rapport que Char entretient avec l’expression de la violence. La première publication individuelle de Placard pour un chemin des écoliers revêt tous les atours de la circonstance qui se donne pour but l’édification de son sujet. La réunion des deux titres, une dizaine d’années plus tard, marque un reflux du poids de l’actualité et de l’indignation. Elle marque également le retour de la complexité de l’expression personnelle de la mort et de la souffrance.

  • 49 René Char, « Allée du confident », p. 91.
  • 50 Ibid., p. 92.
  • 51 Ibid., p. 93.

15Cette édification n’est pas sans conséquence. Elle s’accompagne d’une redéfinition du champ poétique dans lequel le poète s’était inscrit jusqu’à présent. Placard pour un chemin des écoliers interroge et réorganise les fondements de son écriture à l’image de la première partie d’« Allée du confident », poème liminaire du recueil. Le texte place la poésie dans une carte du Tendre suggérée par plusieurs références au jardin et à une nature foisonnante. Le partage entre les deux types de paysage est fortement sexualisé. Le jardin associé à une masculinité peu à peu amputée devient le lieu de découverte d’une création poétique qui se formalise au fil des siècles. D’une évocation de la poésie des troubadours et de Villon à travers « la mendicité [qui s’appuyait autrefois] les coudes entre deux sabres de verres / Et la capote retroussée », des poètes alchimistes puis de l’écriture galante incarnée par la figure de Le Nôtre « qui n’a pas fait relever / Le factionnaire aux gros fruits barbelés », le texte passe à un « gourbi » dans lequel des « fourmis […] invétérées » traînent leur « gibier »49. Ainsi, se trouvent défigurés l’ordonnancement et la légèreté qui caractérisaient jusqu’à présent le jardin. Le passage devient le reflet d’une évolution puis d’une rupture esthétique entre une écriture marquée par une liberté s’entremêlant progressivement à un environnement de plus en plus maîtrisé et une écriture finalement absorbée par la médiocrité de la modernité. Chaque strophe, en effet, resserre un paysage qui se trouve en dernier lieu administré par des « créanciers » et garanti par des « prisons ». Sur ce fond de normalisation de l’écriture poétique, Char installe une figure sadienne et nocturne qu’il retourne par un appel à l’espoir en une « aurore »50 qui réinvestit une masculinité créatrice mais perdue. La deuxième partie du diptyque par opposition à la première associe clairement, dans le prolongement de figures rimbaldiennes, une nature sauvage à une féminité naissante et frémissante. Il s’agit pour la jeune amante de rejoindre un puma haletant, image d’un amour brûlant, sauvage et destructeur de toutes normes. Dans une lecture sadienne de la nature humaine, cette destruction reste nécessaire. Elle conduit à la régénération. Char, cependant, tout en reprenant la figure, la met à distance par le biais d’un reflet qui surgit d’une flamme. Il conseille aux jeunes filles de la mouiller, de leurs « lèvres »51, terme au double sens évident, pour la faire disparaître. Le dédoublement de l’image érotique des lèvres, évocation de la parole de la jeune fille aussi bien que de sa matrice, lisse la violence de la posture sadienne. La relation érotique voire incestueuse qui pouvait s’établir entre les différents protagonistes de l’ouverture du recueil s’annule dans l’avertissement lancé par le poète. L’aplanissement de la figure sadienne souligne particulièrement le poids moral qu’exerce la figure du martyr sur l’écriture. L’érotisme n’est plus source de liberté créatrice. Il se met au service de la protection des corps non de leur émancipation.

  • 52 René Char, « Quatre âges », p. 94.

16Le recueil se livre à un ordonnancement de l’écriture mise ainsi dans l’obligation de se redéfinir face un événement qui la dépasse. Les images de la véhémence esthétique sont ainsi bousculées voire rejetées comme dans le dernier texte de « Quatre âges », l’âge de la maturité, qui met à l’écart successivement le collage surréaliste, un « journal [tombé] de la poche » ou l’isolement romantique, une simulation de « la tristesse ». Char tente de construire une position médiane entre la force intrusive du réel et le déni de réalité. La tâche n’est en effet pas aisée dans la mesure où le poète a reçu de la « liberté [ses] courroies de sable »52. Cette métaphore à valeur d’oxymore suggère un trouble de l’écriture. La liberté sadienne se crispe. L’écriture se cherche. Le vers se normalise. L’alternance de vers courts et de vers longs des premiers poèmes laisse place à un vers plus régulier qui s’équilibre dans le genre de la chanson adopté par « Compagnie de l’écolière ».

17La difficulté pour Char n’est pas mince. Elle pose en effet le problème crucial de la violence de l’écriture et de la création face à la violence du réel. Elle pose la question de la concurrence et de la confrontation des violences. Les premiers surréalistes, contemporains de la grande guerre, avaient balayé la question par leur volonté de faire table rase des fondements esthétiques de l’ancien monde. Char se trouve confronté de plein fouet à cette question par le retour de la violence historique dont l’expression la plus saisissante s’incarne dans les conséquences engendrées par la montée du fascisme, cette « allégorie de l’horreur » qui innerve silencieusement, d’après la relecture que Char dresse de son œuvre, tous les recueils d’avant-guerre. Dans cette perspective, les limites de la figure du martyr renforcent la prise de conscience du décalage que Char perçoit entre une esthétique de la véhémence et la réalité des violences historique et intime.

De « l’allégorie de l’horreur » à « une marche forcée dans l’indicible »

  • 53 René Char, Dans l’atelier du poète, Marie-Claude Char (éd.), Paris, Gallimard (Quarto), 1996, p. 22 (...)
  • 54 René Char, « Commune présence », in Moulin premier, in Le Marteau sans maître, p. 80-81.

18La perception de ce décalage ne date pas de Placard pour un chemin des écoliers et de Dehors la nuit est gouvernée. On sait, en effet, par la lettre à Benjamin Péret comment Char avait vivement soulevé l’écueil dans lequel était en train de tomber, selon lui, une écriture de la provocation. « La descendance de Sade, de Rimbaud et de Lautréamont [ne] serait-elle [pas] toute intellectuelle »53, s’interroge-t-il à propos de ses anciens amis surréalistes. Char évite toutefois l’impasse de la surenchère. L’attaque frontale ne s’accompagne pas d’un renforcement de la véhémence de l’écriture. Elle prend le visage, au contraire, d’une réflexion sur le poème, d’une recherche de nouvelles formes d’écriture et d’un réinvestissement poétique notamment de l’héritage hugolien. Moulin premier porte l’écho de ces évolutions. Le recueil, publié en décembre 1936 représente la traduction poétique de l’éloignement opéré par la lettre à Péret. Il se conclut par l’image d’un poète qui se sermonne tant il est « pressé d’écrire / Comme s’[il était] en retard sur la vie » et qui doit se hâter de « transmettre [sa] part de merveilleux de rébellion de bienfaisance » pour essaimer « la poussière » car « Nul ne décèlera [leur] union ». Ce recueil marque la fin d’une posture. Le poète y « offre [sa] soumission » mais pas encore ses « armes »54. Il représente les premiers signes de la reformulation de son écriture et annonce l’arrivée de nouveaux objets d’écriture dont les paysages ruraux de l’enfance à l’image même du titre choisi pour le recueil et la redéfinition du sentiment amoureux ne sont pas les moins importants. Placard pour un chemin des écoliers et Dehors la nuit est gouvernée, dans l’économie de cette transition, mettent en valeur la difficile reformulation d’une écriture de la véhémence face à une violence qui n’est plus un objet abstrait mais une réalité incarnée. La figure de l’enfant martyr sert de point de fixation sur lequel le projet poétique vient buter. Les deux recueils, en effet, soulignent la difficulté voire l’impossibilité de démobiliser une écriture alors même que les périls prennent forme et que la mort est devenue une épreuve palpable. Ils éclairent contradictoirement comment un sujet lourd d’indignation peut happer la création.

  • 55 René Char, Feuillets d’Hypnos, in Œuvres complètes, p. 171-233.
  • 56 René Char, Le Marteau sans maître, feuillet pour la 2e édition, 1945, p. 3.

19La relecture proposée par Char dès la fin de la Deuxième Guerre mondiale de ses premières œuvres permet d’observer la façon dont l’écriture a été tiraillée par ces exigences contradictoires. Au fil des trois textes introductifs (préfaces et introduction) du Marteau sans maître suivi de Moulin premier, des Feuillets d’Hypnos55 et de Dehors la nuit est gouvernée précédé de Placard pour un chemin des écoliers, respectivement publiés en 1945, 1948 et 1949, Char réorganise la cohérence de son travail autour de deux axes. D’une part, il place l’ensemble de ses poèmes sous la tension historique de l’entre-deux-guerres. D’autre part, il redéfinit le rôle du poète par une réduction ambivalente de son champ d’action. La préface de la réédition du Marteau sans maître, dans cette perspective, confère aux poèmes du recueil la valeur d’une « réalité pressentie » qui se matérialise sous la forme de la métaphore romantique d’une « mer enragée », symbole d’une époque troublée politiquement. Le poète puise dans ce fond du XIXe siècle pour évoquer la montée du péril fasciste en opposition à un monde idéal et idyllique structuré par « les accords de la fertilité »56. Char réinvestit également la figure hugolienne du poète visionnaire et rimbaldienne du poète voyant. La prescience conférée au recueil n’adopte pas toutefois la pleine puissance de la vision romantique et marque un reflux de la force prémonitoire accordée au poème, une position de modestie en somme où l’intuition, modérée par une tournure interrogative, annonce une certaine forme de lucidité sur les limites du poète :

  • 57 Ibid.

Vers quelle mer enragée, ignorée même des poètes, pouvait bien s’en aller, aux environs de 1930, ce fleuve mal aperçu qui coulait dans des terres où les accords de la fertilité déjà se mouraient, où l’allégorie de l’horreur commençait à se concrétiser, ce fleuve radiant et énigmatique baptisé Marteau sans maître57 ?

  • 58 René Char, « Introduction » à Dehors la nuit est gouvernée précédé de Placard pour un chemin des éc (...)

20Cette incertitude ne se dément pas dans l’introduction de la réédition de Dehors la nuit est gouvernée alors que le contexte historique s’est clarifié. Char accentue en effet la difficulté de se faire voyant et achève ainsi le repli de l’héritage hugolien d’un poète guidant le peuple en évoquant « une marche forcée dans l’indicible avec, pour tout viatique, les provisions hasardeuses du langage et la manne de l’observation et des pressentiments »58.

  • 59 René Char, Feuillets d’Hypnos, p. 173.
  • 60 René Char, Le Marteau sans maître, feuillet pour la 2e édition, 1945, p. 3.
  • 61 René Char, « Introduction » à Dehors la nuit est gouvernée précédé de Placard pour un chemin des éc (...)
  • 62 René Char, Feuillets d’Hypnos, p. 173.
  • 63 René Char, « Introduction » à Dehors la nuit est gouvernée précédé de Placard pour un chemin des éc (...)
  • 64 Ibid.
  • 65 René Char, Seuls demeurent, in Fureur et Mystère, p. 129.

21Parallèlement au recul de la figure d’un poète visionnaire, Char esquisse celle d’un poète qui, marqué par la violence de l’Histoire, renoue avec une certaine forme d’humanisme et plus modestement une certaine forme d’humanité. Le mot n’apparaît véritablement sous cette forme que dans la préface des Feuillets d’Hypnos. Char l’introduit comme la dernière explication des notes de son carnet de guerre qui « marquent la résistance d’un humanisme conscient de ses devoirs […] »59. Cette première apparition est préparée dès la préface du Marteau sans maître avec « l’hallucinante expérience de l’homme noué au Mal, de l’homme massacré et pourtant victorieux »60. Elle se poursuit par ailleurs dans l’introduction de la réédition de Dehors la nuit est gouvernée sous la forme du « ciel intérieur de l’homme »61 qui reçoit les poèmes du recueil. Le passage de l’homme à la notion d’humanisme du Marteau sans maître au Feuillets d’Hypnos souligne une réification qu’impose, par l’épithète déterminative « conscient », la violence de l’Histoire. Le poète y crée une distance qui tente de briser « le mimétisme parfois hallucinant » entre lui et son écriture afin de « réserver l’inaccessible champ libre à la fantaisie de ses soleils […] ». Une seule fois, note-t-il, « la vue du sang supplicié en a fait […] perdre le fil »62. Une brèche s’est donc ouverte. Dans l’écart qui se creuse entre l’écriture et son objet se glisse alors le corps en souffrance. Au-delà de l’humanisme revient la simple humanité du poète telle qu’elle apparaît dans l’introduction de 1949 de Dehors la nuit est gouvernée. Dans cette configuration, le poète, tout en étant irrémédiablement attaché aux effets de l’Histoire, maintient une certaine distance avec sa fonction prophétique. Le volontarisme du poète sacré laisse place, au hasard et à la providence que connaît tout être humain. La référence à la « chemise trempée »63 causée par la rédaction de Placard pour un chemin des écoliers vient achever la sécularisation de l’écrivain. Certes, Char évoque bien la montée de la violence mais il ne peut que constater sa présence concomitante à son écriture, non la prévoir. Il aplanit ainsi la hauteur où s’était hissé le poète et marque de cette manière les premiers pas de la fin d’un cycle et de la fin d’une position d’autorité qu’avaient tenté de maintenir, dans le sillage du romantisme, les surréalistes. De l’homme aveugle confronté aux pires errements de l’histoire du Marteau sans maître, on passe à un devoir humaniste avant finalement de découvrir un homme tourmenté pris dans les obligations du jeu social qui l’oblige à « se montrer aux autres et à soi […] hardi, modeste et mortel », un homme qui s’interroge et qui court après « la persécution et l’horreur [qui] mijotaient déjà leur branle-bas »64. Le poète ne guide plus l’Histoire, il la suit. La lecture a posteriori des recueils des années 1937 et 1938 marque une hésitation, pour ne pas dire une tension permanente, entre le poids du devoir et « la transhumance du Verbe »65 tant recherchée, comme un dilemme perpétuel entre la violence du verbe et la violence des hommes. Elle présente un Char écrasé par le poids des circonstances, contrairement aux Feuillets d’Hypnos, et placé dans l’impossibilité de maintenir à distance son projet poétique de l’emprise de l’immédiateté.

  • 66 Cité par Carine Trévisan, Les Fables du deuil, p. 133.

22Lus dans l’ordre chronologique de la rédaction des recueils, les trois textes introductifs créent immanquablement une dramaturgie qui met en scène l’écriture et le poète. Après une phase d’incertitude, le poète s’interroge sur son rôle puis se relève et relève une écriture renforcée par l’épreuve. On retrouve dans ce schéma les grandes lignes qui structuraient la construction de Placard pour un chemin des écoliers : la résurrection d’une écriture et d’un poète. La dramaturgie déployée d’un texte introductif à l’autre se lit alors tout autant comme le sens que Char souhaite donner à son œuvre au moment de leur rédaction que comme le signe de la violence permanente dans laquelle il maintient son écriture. D’une part en effet, les trois textes d’introduction dessinent un parcours linéaire sur le mode du crescendo dans lequel la violence réelle étend son emprise. D’autre part, le poète s’évertue à éloigner l’écriture de ses circonstances pour préserver sa capacité de création. Toute la difficulté consiste à relier la violence de la création à la violence de la modernité. Elle consiste encore à échapper à l’écueil que soulève Walter Benjamin : l’esthétisation de la mort qui constitue, selon lui66, l’un des fondements du fascisme. Il s’agit pour Char d’échapper à la relation manichéenne qui s’était construite entre une écriture de la véhémence, « allégorie de l’horreur » et une écriture qu’il ne maîtrise plus et l’oblige à « une marche forcée dans l’indicible ».

  • 67 Le poète rejette la facilité du recueil dans une lettre qu’il adresse à Eluard. Voir Jean-Claude Ma (...)
  • 68 Carine Trévisan, Les Fables du deuil, p. 120.

23La réunion des deux recueils que Char avait, sous le poids des circonstances, initialement séparés s’explique. Placard pour un chemin des écoliers et Dehors la nuit est gouvernée représentent les deux versants d’un même cheminement, la difficile reformulation d’une écriture confrontée à la violence du réel, la recherche d’une écriture qui sans esthétiser la mort garde les fondements modernes de sa véhémence. Placard pour un chemin des écoliers et la figure de l’enfant martyr que le recueil déploie relèvent dans cette perspective d’une forme d’esthétisation de la mort mais une forme qui ne satisfait par Char67. La destruction des paysages de l’enfance rurale appelle en effet en filigrane le lieu commun patriotique du viol de la terre mère nourricière68. La souffrance de l’enfant martyr oblige l’ordonnancement de la démesure sadienne. Les violences de la guerre moderne remettent alors non seulement en cause « l’habitation poétique du monde » mais également les liens fragiles qu’avait pu établir avec elle la modernité poétique. Jean-Claude Pinson s’interroge :

  • 69 Jean-Claude Pinson, Habiter en poète : essai sur la poésie contemporaine, Seyssel, Champ Vallon, 19 (...)

Poser la question d’une « habitation poétique » […], c’est d’emblée se heurter à l’objection d’une pensée critique de la modernité qui demande avec inquiétude comment le monde désenchanté qui est le nôtre pourrait bien encore être habité poétiquement. Car offre-t-il encore, à l’homme en général […], un siècle après Baudelaire, ce « côté épique » que celui-ci croyait y déceler […] ? Les éléments d’une réponse négative pourraient d’abord se fonder, dans le droit fil d’une analyse socio-politique empruntant au jeune Marx ou à Hannah Arendt, sur le constat désolant que lorsque la modernité en vient à réduire l’être humain au statut d’animal laborans, il ne peut que faire l’expérience d’une habitation non seulement aliénée mais encore désolée69.

  • 70 René Char, « Validité », in Dehors la nuit est gouvernée, p. 123.
  • 71 Marcel Lachiver, Dictionnaire du monde rural, les mots du passé, Paris, Fayard, 1997.

24Placard pour un chemin des écoliers témoigne de ce trouble, décrit par Pinson, qui saisit l’écriture de la modernité lorsqu’elle se trouve confrontée à ses manifestations les plus extrêmes. Le poète y réifie son écriture jusqu’à son point de rejet et se voit dans l’obligation d’y substituer pour la maintenir sa propre personne. Mais c’est au prix de l’aplanissement de son écriture dans une résistance factuelle qu’elle récuse. Dehors la nuit est gouvernée, à travers l’appréhension intime de la mort, esquisse le reflux de cette tension. À l’issue d’un parcours beaucoup plus sinueux que l’ordonnancement de Placard pour un chemin des écoliers, Char commence à redessiner les contours de son projet poétique. Il reformule l’érotisme sadien en l’arrimant en profondeur au paysage rural de l’enfance là où Placard pour un chemin des écoliers avait créé un sanctuaire en guise de sépulture aux enfants martyrisés et avait permis au poète de se relever. En concluant le recueil, dans « Validité »70, sur l’image des « épingles [de sutures sautant] de la chair » et sur le rappel « au sein de l’arbitraire, le désir débardeur de chaume […] » de « l’ordre de l’amour », Char s’appuie sur la polysémie du débardage du chaume71 dans le monde rural, pour renouveler la portée érotique de son écriture. Implicitement en effet, il décrit le repos d’une terre endormie sous le paillage du chaume. Le monde paysan utilisait cette technique après la moisson pour favoriser la nouvelle récolte. Celle-ci devient chez Char la métaphore d’un renouveau. Le contact avec la terre de l’enfance se renoue sous la forme d’une relation charnelle où la violence de l’Éros sadien, marqué par « l’arbitraire », se fond dans le désir amoureux.

Conclusion

  • 72 Voir Michel Collot, Paysage et Poésie du romantisme à nos jours, Paris, J. Corti, 2005.
  • 73 Manuscrit cité dans Jean-Claude Mathieu, La Poésie de René Char…, p. 328.
  • 74 Jean-Claude Pinson, Habiter en poète…, p. 24.
  • 75 Ibid.

25La figure du martyr chez René Char surgit à la faveur de la violence de la guerre d’Espagne. Elle apparaît à la suite de la Première Guerre mondiale qui a enlevé toute légitimité au modèle épique en vigueur jusqu’à cette époque. Elle se trouve par ailleurs renforcée par une épreuve de souffrance personnelle traversée par le poète. Toutefois, la figure dotée d’une lourde tradition religieuse qui entre en contradiction avec les fondements du projet poétique de Char montre vite ses limites. Le poète se trouve alors pris entre deux exigences contradictoires. La montée du fascisme, expression la plus poussée de la violence moderne, l’oblige à démobiliser une écriture toute tendue vers le dépassement, par la surenchère verbale, de l’ordre qui avait engendré cette nouvelle puissance. Les contraintes mêmes de la figure, l’absence de modèles pertinents de remplacement pour évoquer des souffrances nouvelles, le conduisent, guidé par l’expression de ses souffrances personnelles, à ne pas rompre avec la violence de la modernité esthétique. Placard pour un chemin des écoliers et Dehors la nuit est gouvernée apparaissent alors comme un moment d’hésitation, d’errement et de remise en question au cours duquel Char reformule tout en les maintenant les fondements sadiens de son écriture et accueille comme nouvel objet poétique les paysages ruraux72 de son enfance. Cette courte période de deux ans que Char hésite un moment à compter au nombre de ses « hivers de renoncement »73 devient une invitation à considérer qu’au-delà de la « vocation ontologique »74 que l’on peut lire chez lui se maintient un très discret, mais inaccessible, « lyrisme subjectif »75 seul disposé à résister aux remises en cause ontologiques de la violence moderne.

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Notes

1 Jacques Dupin, « Dehors la nuit est gouvernée », L’Arc, no 22, 1963, p. 64.

2 René Char, Dehors la nuit est gouvernée, in Œuvres complètes, introduction de Jean Roudaut, Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 1983, p. 101-123.

3 René Char, « Le bouge de l’historien », in Fureur et Mystère, in Œuvres complètes, p. 145.

4 Ibid.

5 René Char, Placard pour un chemin des écoliers, in Œuvres complètes, p. 89-100.

6 René Char, Le Marteau sans maître, feuillet pour la 2e édition, 1945, in Œuvres complètes, p. 3.

7 René Char, « Dédicace », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 89.

8 René Char, « 1939, Par la bouche de l’engoulevent », in Fureur et Mystère, p. 143.

9 René Char, « Dédicace », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 89.

10 Ibid.

11 John Keegan, Anatomie de la bataille : Azincourt 1415, Waterloo 1815, La Somme 1916, Jean Colonna (trad.), Paris, R. Laffont, 1993.

12 Stéphane Audoin-Rouzeau, Annette Becker, 14-18, retrouver la guerre, Paris, Gallimard (Bibliothèque des Histoires), 2000, p. 30.

13 Ibid., p. 40.

14 René Char, « Dédicace », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 89.

15 René Char, « Les oursins de Pégomas », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 97.

16 Jean Kaempfer, Poétique du récit de guerre, Paris, J. Corti, 1998, p. 11.

17 Ibid., p. 12-13.

18 Carine Trévisan, Les Fables du deuil, Paris, PUF (Perspectives littéraires), 2001, p. 41.

19 René Char, « Dédicace », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 89.

20 Didier Lett, Danièle Alexandre-Bidon, Les Enfants au Moyen Âge, Ve-XVe siècles, Paris, Hachette littératures, 2004.

21 Philippe Ariès, L’Enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime, Paris, Seuil (L’univers historique), 1973.

22 René Char, « Dédicace », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 89.

23 Nicolas Poussin, Le Massacre des innocents, Chantilly, musée de Condé, 1625-1629.

24 René Char, « Exploit du cylindre à vapeur », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 95-96.

25 René Char, « Allée du confident » et « Quatre âges », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 91-93 et p. 93-94.

26 René Char, « Exploit du cylindre à vapeur », p. 96.

27 René Char, « Les oursins de Pégomas » et « Compagnie de l’écolière », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 97 et p. 98-99.

28 René Char, « Allée du confident », p. 92.

29 Ibid., p. 93.

30 René Char, « Compagnie de l’écolière », p. 99.

31 René Char, « Maintien de la reine », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 99.

32 René Char, « Les vivres du retour », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 99.

33 Ibid.

34 René Char, « Dédicace », in Placard pour un chemin des écoliers, p. 89.

35 René Char, « Les vivres du retour », p. 100.

36 René Char, « La torche du prodigue », in Arsenal, in Le Marteau sans maître, p. 7.

37 René Char, « Les poumons », in Arsenal, p. 14.

38 René Char, Arsenal, in Le Marteau sans maître, p. 5-14.

39 René Char, Le Marteau sans maître, in Œuvres complètes, p. 1-81.

40 René Char, « La main de Lacenaire », in L’Action de la justice est éteinte, in Le Marteau sans maître, p. 26.

41 René Char, Artine, in Le Marteau sans maître, p. 19.

42 René Char, « Tous compagnons de lit », in Dehors la nuit est gouvernée, p. 104-105.

43 Fernand Léger, Le Transport des forces, Biot, musée national Fernand Léger, 1937.

44 Char écrit Placard pour un chemin des écoliers avant le bombardement de Guernica.

45 Jacques Dupin, « Dehors la nuit est gouvernée », p. 65.

46 Ibid., p. 64.

47 René Char, « Introduction » à Dehors la nuit est gouvernée précédé de Placard pour un chemin des écoliers, in Œuvres complètes, p. 85.

48 Manuscrit cité dans Jean-Claude Mathieu, La Poésie de René Char ou le sel de la splendeur, t. II, Poésie et Résistance, Paris, J. Corti, 1995, p. 317.

49 René Char, « Allée du confident », p. 91.

50 Ibid., p. 92.

51 Ibid., p. 93.

52 René Char, « Quatre âges », p. 94.

53 René Char, Dans l’atelier du poète, Marie-Claude Char (éd.), Paris, Gallimard (Quarto), 1996, p. 227-229.

54 René Char, « Commune présence », in Moulin premier, in Le Marteau sans maître, p. 80-81.

55 René Char, Feuillets d’Hypnos, in Œuvres complètes, p. 171-233.

56 René Char, Le Marteau sans maître, feuillet pour la 2e édition, 1945, p. 3.

57 Ibid.

58 René Char, « Introduction » à Dehors la nuit est gouvernée précédé de Placard pour un chemin des écoliers, p. 85.

59 René Char, Feuillets d’Hypnos, p. 173.

60 René Char, Le Marteau sans maître, feuillet pour la 2e édition, 1945, p. 3.

61 René Char, « Introduction » à Dehors la nuit est gouvernée précédé de Placard pour un chemin des écoliers, p. 85.

62 René Char, Feuillets d’Hypnos, p. 173.

63 René Char, « Introduction » à Dehors la nuit est gouvernée précédé de Placard pour un chemin des écoliers, p. 85.

64 Ibid.

65 René Char, Seuls demeurent, in Fureur et Mystère, p. 129.

66 Cité par Carine Trévisan, Les Fables du deuil, p. 133.

67 Le poète rejette la facilité du recueil dans une lettre qu’il adresse à Eluard. Voir Jean-Claude Mathieu, La Poésie de René Char…, p. 10.

68 Carine Trévisan, Les Fables du deuil, p. 120.

69 Jean-Claude Pinson, Habiter en poète : essai sur la poésie contemporaine, Seyssel, Champ Vallon, 1995, p. 65-66.

70 René Char, « Validité », in Dehors la nuit est gouvernée, p. 123.

71 Marcel Lachiver, Dictionnaire du monde rural, les mots du passé, Paris, Fayard, 1997.

72 Voir Michel Collot, Paysage et Poésie du romantisme à nos jours, Paris, J. Corti, 2005.

73 Manuscrit cité dans Jean-Claude Mathieu, La Poésie de René Char…, p. 328.

74 Jean-Claude Pinson, Habiter en poète…, p. 24.

75 Ibid.

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Pour citer cet article

Référence papier

Yoann Debuys, « Figure du martyr chez René Char »Elseneur, 29 | 2014, 101-119.

Référence électronique

Yoann Debuys, « Figure du martyr chez René Char »Elseneur [En ligne], 29 | 2014, mis en ligne le 27 mars 2024, consulté le 26 mai 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/elseneur/1773 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/elseneur.1773

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Auteur

Yoann Debuys

Université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense

Yoann Debuys est doctorant en 2e année, agrégé de lettres modernes. Il est membre du Centre des sciences de la littérature française (CSLF) et de l’école doctorale « Lettres, langues et spectacles » (ED 138) de l’université Paris-Ouest-Nanterre-La Défense. Sa thèse, dirigée par Dominique Viart, a pour sujet : « Barbarie, violence et écriture dans l’œuvre de René Char ». Il a participé en novembre 2013 au colloque « Martin Heidegger et le langage », à l’université de Tübingen, avec une communication intitulée « La métaphore, lieu d’une rencontre paradoxale entre Martin Heidegger et René Char » ; la publication des contributions est prévue ultérieurement. En mars 2014, il a présenté une communication intitulée « Entre pouvoir et contre-pouvoir, force et limite de l’écriture poétique de la véhémence et de la violence chez René Char », au colloque « Écriture et autorité », à l’université Moulay Ismaïl de Meknès.

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