Navigation – Plan du site

AccueilNuméros38Marie de Flavigny, comtesse d’Ago...

Marie de Flavigny, comtesse d’Agoult, Correspondance générale. Tome XIII : 1863-1865

Samantha Caretti
p. 159-161
Référence(s) :

Marie de Flavigny, comtesse d’Agoult, Correspondance générale. Tome XIII : 1863-1865, Charles F. Dupêchez (éd.), Paris, H. Champion (Bibliothèque des correspondances, mémoires et journaux ; 127), 2022, 762 p.

Texte intégral

1L’édition chez Honoré Champion de la correspondance de Marie d’Agoult, connue sous le nom de plume de Daniel Stern, se distingue dans le paysage des publications épistolaires par sa profusion et sa constance. Chaque année, un volume paraît – voire deux pour l’année 2022 – et tous sont aussi passionnants, tant pour ce qui concerne Marie d’Agoult elle-même que pour ses correspondants : le tome XIII ne fait ici pas exception. Nous saluerons d’emblée la précision et le souci d’exhaustivité dont fait preuve l’éditeur de cette correspondance, Charles F. Dupêchez, pour nous exposer l’ampleur de ce trésor épistolaire : en plus des nombreuses lettres auxquelles nous avons accès, tout aussi nombreuses sont celles attestées et référencées, sans qu’elles n’aient encore été retrouvées. Nous savons d’avance que cette correspondance, par sa nature même, reste un objet mouvant, soumis aux aléas des découvertes ultérieures et espérées.

  • 1 « Ma vie et mon âme semblent de plus en plus mystérieux [sic]. Je cherche le sens de to (...)

2Ce treizième tome de la correspondance de Marie d’Agoult consacré à la période s’étendant de 1863 à 1865, pourrait aisément s’intituler le tome des souvenirs, et c’est à ce titre qu’il suscite un intérêt tout particulier. Le passé et les ombres de la vie de la comtesse y surgissent presque perpétuellement dans son quotidien, ses voyages, ses pensées et ses rêves. Ainsi, la Suisse ravive le souvenir des moments partagés avec ses amis Herwegh. Ainsi, l’Italie et son lac de Côme séducteur ressuscitent sa passion pour Franz Liszt. Vingt ans après leur rupture, cet amour a, chez Marie d’Agoult, gardé toute sa force. À l’émotion des retrouvailles en 1864 s’ajoutent les rêves qu’elle fait du compositeur – depuis devenu l’abbé Liszt – et qu’elle note dans son journal de 1865 : une nuit, elle s’entend lui proposer de demeurer ensemble à jamais (p. 682) et une autre, elle l’imagine vêtu de sa soutane (p. 686). Envahie par les souvenirs de sa vie, c’est précisément à cette période que la comtesse va mettre en œuvre le projet qu’elle nourrissait depuis déjà quelques années : l’écriture de ses Mémoires qu’elle entend bien publier de son vivant, n’ayant pas le goût de Chateaubriand « pour l’Outre-tombe » (p. 558). Si la correspondance garde la trace de cette entreprise en pleine maturation, son journal – ici retranscrit en annexes pour les années 1863, 1864 et 1865 – en est le laboratoire. Dans cet espace de l’expression intime, plus encore que dans les lettres à ses proches et admirateurs – souvent courtes et davantage informatives et mondaines –, Marie d’Agoult s’autorise à être véritablement elle-même et interroge le sens de sa vie et de son âme dont elle perçoit l’infini mystère1. En plus de pratiquer l’introspection, elle prépare, plus ou moins consciemment, le matériau qui servira à ses mémoires à partir de ses pensées, ses sentiments, ses fiertés, ses opinions, la narration d’événements et d’anecdotes, mais aussi la transcription de conversations. Ainsi le journal complète-t-il admirablement la correspondance.

3Au-delà de ces Mémoires à venir qu’elle pressent comme l’œuvre capitale de sa vie, Marie d’Agoult, sérieuse, consciencieuse et désireuse de vérité, s’emploie à d’autres activités intellectuelles. Dans ses lettres, elle évoque ses lectures, nombreuses, enthousiastes et souvent objet d’analyses, allant des Anciens et de Shakespeare à la Vie de Jésus d’Ernest Renan, ses conversations, ses aspirations politiques pour « une république sérieuse et bien assise » (p. 501-502), son scepticisme à l’égard de la religion, ses premiers poèmes, ainsi que ses articles qu’elle veut « signe des temps » (p. 63). Entre 1863 et 1865, les œuvres qui vont alors l’occuper pleinement sont son Histoire de Hollande, ainsi que son étude comparée sur Dante et Goethe et des lettres sur le Jura, publiées sous la forme d’articles dans Le Temps. Si Marie d’Agoult n’accède pas encore à la notoriété qu’elle convoite, elle recueille l’admiration de ses amis français, mais aussi anglais, allemands et italiens. Ainsi, tout en se sachant « ni Walter Scott ni George Sand » (p. 514), ni même Lamartine, espère-t-elle avoir, dans la littérature, comme « dans l’histoire de ce temps », « une place à part » (p. 673).

4Le bouillonnement intellectuel qui ne cesse d’animer volume après volume la correspondance générale est cependant terni par la persistance de ce qu’elle nomme tantôt son spleen, tantôt son hypochondrie [sic], qui l’empêche de s’adonner autant qu’elle le souhaiterait à son travail. Les années 1863, 1864 et 1865 dessinent la succession permanente de cycles de découragement et de plein réenchantement, la plupart du temps ramené par le voyage, Saint-Lupicin chez son ami Louis de Ronchaud dans le Jura, Schlagenbad et ses eaux thérapeutiques en Allemagne, mais surtout l’Italie qui fait toujours le miracle : « Fi du paradis s’il ne ressemble pas aux bords du lac de Côme ! » (p. 125), écrit-elle au journaliste Charles Dollfus, tout en contemplant Bellagio en septembre 1863. En 1865, elle envisage même de visiter l’Égypte qui serait la première étape d’un voyage à la découverte des grandes civilisations.

5Cette correspondance, au fur et à mesure de la publication de ses tomes, conserve une même exigence éditoriale : les notes de bas de page, synthétiques, n’en sont pas moins développées et s’enrichissent de références historiques bienvenues, les lettres échangées entre Cosima et Claire, les deux filles survivantes de Marie d’Agoult, apportent un autre éclairage sur les années parcourues, enfin l’index des correspondants, déjà largement entamé dans les précédents volumes, continue d’offrir des notices biographiques, particulièrement intéressantes pour la mise en lumière qu’elles offrent de personnages souvent oubliés de l’histoire, tels le révolutionnaire italien Giuseppe Mazzini ou encore la poétesse Louise Ackermann. Si l’histoire n’a pas oublié Marie d’Agoult, cette correspondance révèle ses qualités d’épistolière, annonce les talents de la future mémorialiste mais surtout, dessine le portrait juste et nécessaire de celle qui fut une véritable femme d’esprit de son temps, passionnée par tous les domaines du savoir et intéressée « plus que jamais » par « le spectacle du monde » (p. 467).

Haut de page

Notes

1 « Ma vie et mon âme semblent de plus en plus mystérieux [sic]. Je cherche le sens de tout cela » (Paris, 10 octobre 1864, « Journal du 7 septembre 1860 au 10 octobre 1864 (fin) », « Annexes », p. 630).

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Samantha Caretti, « Marie de Flavigny, comtesse d’Agoult, Correspondance générale. Tome XIII : 1863-1865 »Elseneur, 38 | 2023, 159-161.

Référence électronique

Samantha Caretti, « Marie de Flavigny, comtesse d’Agoult, Correspondance générale. Tome XIII : 1863-1865 »Elseneur [En ligne], 38 | 2023, mis en ligne le 14 novembre 2023, consulté le 15 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/elseneur/1456 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/elseneur.1456

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search