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Un grand amateur de sciences au XVIIe siècle : Nicolas-Claude Fabri de Peiresc et l’écriture des savoirs

A Great Amateur Scientist in the 17th Century: Nicolas-Claude Fabri de Peiresc and Knowledge Writing
Julien Gominet-Brun
p. 35-48

Résumés

La science est un domaine où se développe une pratique d’amateur au XVIIe siècle. Le cas de Peiresc en est le parfait exemple. Ce magistrat au parlement d’Aix-en-Provence fréquenta les milieux savants européens et laissa des travaux importants dans plusieurs domaines. Il fut aussi l’auteur d’une riche Correspondance qui rassemble ses réflexions. Dans cet article, nous étudions la manière dont Peiresc pratiquait la science. Nous situons le contexte culturel de ses recherches, ainsi que leurs finalités. Nous analysons aussi les particularités de son écriture et les fonctions du dialogue épistolaire chez ce savant amateur.

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Texte intégral

  • 1 Sur la diffusion du savoir au XVIIe siècle et ses acteurs, voir Simone Mazauric, Histoire des scien (...)

1La science semble peu accessible aux amateurs. Elle fut pourtant au XVIIe siècle l’affaire d’un public grandissant. Curieux et honnêtes gens se passionnèrent pour les découvertes de Galilée et de Descartes. D’aucuns s’essayèrent également aux sciences dans leurs cabinets, à l’écart de toute prétention éditoriale ou académique1.

  • 2 Pour un état des lieux des recherches de Peiresc et son engagement pour la science galiléenne, voir (...)
  • 3 La meilleure synthèse sur la bibliothèque et les manuscrits de Peiresc a été réalisée par Anne-Mari (...)

2Nicolas-Claude Fabri de Peiresc est le témoin de cet engouement et il illustre de façon exemplaire le modèle du savant amateur. Le magistrat d’Aix-en-Provence fréquenta le cabinet des frères Dupuy et tissa des liens dans la République des Lettres. Cet ami de Gassendi pratiquait aussi les sciences à haut niveau, comme la géologie et l’astronomie, au point d’apparaître comme une figure centrale de la vie intellectuelle de l’âge baroque et un promoteur du mécanisme2. Peiresc ne publia toutefois aucun texte. Ses réflexions sont consignées dans des brouillons manuscrits ainsi que dans la riche Correspondance qu’il entretint avec des savants chevronnés, à l’image de Mersenne, ou de célèbres curieux comme les Dupuy3.

  • 4 Pierre Gassendi, La Vie de l’illustre Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, conseiller au parlement d’Ai (...)

3Dans la Vita Peireski, Gassendi considérait d’ailleurs les lettres comme « des éléments de livres »4 à part entière : une œuvre de science conçue dans un cadre privé mais digne d’être mise en lumière. La Correspondance est aujourd’hui une source de première importance dans l’étude des travaux du magistrat. Mais elle offre aussi un témoignage précieux de ses méthodes de recherche et de son activité d’écrivain.

4Ces derniers aspects ont toutefois peu retenu l’attention de la critique. Nous voudrions montrer que la Correspondance reflète une pratique de la science propre à cet amateur éclairé que fut Peiresc. Il s’agira de replacer ses travaux dans leur contexte culturel et d’étudier les enjeux littéraires liés à l’écriture des lettres.

Le loisir des sciences

5L’étude des sciences s’inscrit dans l’otium lettré du magistrat. Elle est finalisée par le divertissement intellectuel et agrémente le dialogue entre érudits.

  • 5 Nous nous référons dans cette étude à quelques thèmes majeurs des travaux de Peiresc. Pour une synt (...)

6La curiosité de Peiresc en est le rouage principal. Ses réflexions touchent à divers domaines dans la Correspondance mais c’est aux choses les plus étonnantes, aux phénomènes rares ou déstabilisants pour le sens commun, qu’il porte en priorité son attention5. L’orientation ludique de ses recherches définit une démarche personnelle, fondée sur le plaisir et le goût de l’énigme.

  • 6 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 7 avril 1628, in Lettres de Peiresc, Philippe Tamizey de (...)
  • 7 Ibid.
  • 8 Sur l’observation chez Peiresc, voir Agnès Bresson, « Un zoologiste en quête de nouveaux savoirs », (...)
  • 9 Sur la question du merveilleux dans la science renaissante, voir Jean Céard, La Nature et les Prodi (...)

7Cet aspect est sensible dans ses travaux sur les minéraux et les coquillages. Peiresc est un collectionneur reconnu qui informe régulièrement sur ses acquisitions et livre des analyses des artefacts. En avril 1628, il évoque aux frères Dupuy une variété de « conques anatiferes », parmi ses « curiositez maritimes », et la décrit : il s’agit d’une « certaine sorte de poisson », semblable à des « verz […] qui sont gros comme le petit doigt de la main environ, […] et aboutissent chascun à des morceaulx de coquille » qui « sont en nombre de cinq principaulx »6. Et l’auteur de continuer par une analyse détaillée des « tiges » dont « chascune faict un animal tout distinct »7. L’importance de l’observation montre l’accord de Peiresc avec les idées de la nouvelle science et son culte de l’expérience8. Dans le même temps, il reste toutefois attaché à une conception plus traditionnelle du savoir. Le magistrat livre en effet une analyse qui n’est pas sans rappeler les tableaux naturalistes de la Renaissance, comme ceux de Conrad Gessner dans les Historiæ animalium. Son travail a dans ce cadre pour but de dresser l’inventaire d’un coquillage présenté comme un prodige de nature, selon une logique propre à la science humaniste des mirabilia9.

  • 10 La Correspondance contient des lettres sur des animaux que Peiresc a observés. Il y décrit leur mor (...)
  • 11 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 12 novembre 1635, in Lettres de Peiresc, t. 4, 1893, p.  (...)
  • 12 Ibid.
  • 13 Herbert H. Knecht, « Le fonctionnement de la science baroque : le rationnel et le merveilleux », Ba (...)

8La même attitude transparaît dans ses travaux de zoologie10, ainsi qu’en anatomie, une science pourtant austère au demeurant. Le magistrat entreprit plusieurs dissections sur des hommes et des animaux dont il rendait compte dans la Correspondance. L’une des plus détaillées est celle menée sur un œil de chevreuil que Peiresc rapporte à Gassendi en novembre 1635, avec admiration : « nous trouvasmes […] le miroir concave du fonds avec sa teinture et lustre metallique argentin, accompagné des couleurs de l’opale ou nacre de perle admirables »11. Peiresc développe ensuite son analyse et décrit « la membrane garnie d’un cartilage en forme de ressort cappable de recouvrir la prunelle de l’œuil »12. Comme pour les coquillages, le magistrat s’appuie sur des observations précises. Mais il manifeste aussi une émotion qui contraste avec la technicité du propos. Cette approche est parfaitement révélatrice de l’esprit scientifique baroque, au sens défini par Herbert H. Knecht : tout en promouvant la démarche expérimentale, Peiresc laisse place à la subjectivité. Le travail de l’amateur se situe donc à la croisée de deux tendances13.

  • 14 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 15 juillet 1608, in Lettres à Malherbe, Raymond Lebègue (...)
  • 15 C’est Gassendi qui l’évoque dans La Vie de l’illustre Nicolas-Claude Fabri de Peiresc…, p. 101. Sur (...)
  • 16 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 10 mai 1631, in Lettres de Peiresc, t. 7, 1898, p. 93-94 (...)
  • 17 Cette curiosité était légendaire selon Gassendi (La Vie de l’illustre Nicolas-Claude Fabri de Peire (...)

9Cette ambiguïté est encore visible dans les lettres narrant des faits extraordinaires. Le 15 juillet 1608, Peiresc rapporte à Malherbe un phénomène qui s’est produit à Aix-en-Provence : au début du mois, on vit que « la pluspart des murailhes de tout le terroir de ceste ville estoyent tachees de quelques tasches rouges », ce qui fit immédiatement penser les habitants à « des pluyes de sang »14. Ce récit révèle la fascination du parlementaire pour le surnaturel et le merveilleux. Dans la suite de la lettre, il mène cependant une vraie enquête de terrain pour expliquer l’origine des marques. Il remonte alors à une espèce locale de papillon dont il vit que leurs chrysalides sécrétaient un liquide rouge similaire aux fausses traces de sang15. Un autre fait merveilleux concerne l’existence des géants. Le problème occupe Peiresc à partir de 1630, après que des ossements imposants ont été découverts à Tunis. Ceux-ci lui sont envoyés et, un an plus tard, le magistrat signale à son correspondant sur place, Thomas d’Arcos, que « la grosse dent petriffiée » est vraisemblablement celle d’un « Hippopotame […] ou bien quelque espèce de Balenne ou mesmes de Crocodyle »16 qu’il a déjà observés. Dans la Correspondance, le sérieux côtoie l’occulte et la merveille sans discrimination des savoirs, et c’est avec la même rigueur que le magistrat traite de tous les problèmes17.

10La curiosité est perceptible dans les domaines les plus techniques qui l’ont intéressé. Peiresc était l’ami de Galilée et il réalisa des découvertes majeures qui font de lui un acteur de la nouvelle science astronomique. Dans sa Correspondance, il relate souvent des expériences, comme dans une lettre de décembre 1633, où il raconte avec émotion à Gassendi avoir observé sous un nouvel angle la région de Jupiter :

  • 18 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 20 décembre 1633, in Lettres de Peiresc, t. 4, p. 395.

Cependant je voulus, jeudy dernier, voir Juppiter dans cette grande lunette par laquelle je ne l’avoys encores veu, et eu un plaisir non pareil d’y distinguer troys de ces petits planettes sur les dix heures du soir orientaulx et distants du corps de Juppiter de la distance de deux foys son diamettre ; mais ils estoient si proches que deux sembloient s’entretoucher et le troisiesme desbordoit hors de la ligne de leur commune course, d’où je tirois argument que si ce n’estoit quelque estoille fixe, il falloit que ce fust celle qui roulle par le plus grand cercle18.

  • 19 L’émotion n’est pas non plus absente chez Galilée, quoiqu’elle soit plus retenue (Fernand Hallyn, « (...)

11Peiresc réalise une observation dont Galilée fait part dans Le Messager des étoiles. Sur le plan scientifique, rien ne semble distinguer le savant de l’amateur avec lequel il rivalise en menant ses propres calculs. La dimension ludique de l’expérience n’est pourtant pas absente et Peiresc exprime sans détour le « plaisir » de cette étude19. Dans ses travaux, l’amateur ne sépare jamais l’émotion de la science, et la curiosité oriente ses réflexions au point de constituer un moteur de la recherche.

12L’agrément s’inscrit par ailleurs dans la dynamique collective des conversations épistolaires. Ce sentiment guide la plume du parlementaire dans ses diverses activités littéraires.

  • 20 Sur le réseau épistolaire de Peiresc et ses fonctions, voir Anne-Marie Cheny, Une bibliothèque byza (...)

13La lettre lui sert d’abord à transmettre des connaissances et à faire circuler l’information. Cette pratique est primordiale chez Peiresc dont le réseau, étendu à l’Europe et au bassin méditerranéen, fait de lui un correspondant recherché dans la République des Lettres20. Mais ce travail a aussi un agrément qui enrichit les échanges entre érudits. On le voit dans les récits d’observations, comme celle de Jupiter, où l’émotion de la découverte se veut contagieuse. On le retrouve également dans les narrations relatives à des événements marquants de la vie scientifique. C’est le cas dans une lettre adressée aux frères Dupuy, le 4 juillet 1633, où Peiresc les informe d’une catastrophe qui s’est déroulée en Égypte :

  • 21 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 4 juillet 1633, in Lettres de Peiresc, t. 2, 1890, p. 55 (...)

Cez jours cy depuis la closture de nostre parlement ont esté employez en une conversation bien agreable avec un marchand de Marseille qui a esté vingt ans au Cayre, de qui j’ay bien appris de plus belles curiositez que de toutes les relations que j’en avois veües soit imprimées ou manuscrites. […] Le mesme hyver, y eult un tremblement de terre jusques au Cayre mesme, et peu de temps devant, aprez une furieuse tempeste à la Mecque dans les ruines de la grande mosquée qui en fut abbattüe, la terre s’entr’ouvrit et en sortit quelque peu de temps un vent si puant et si infect, si chauld et si mallin que plusieurs en furent malades, et aulcuns en perdirent la vie21.

  • 22 Sur cette vocation, voir Marc Fumaroli, La République des Lettres, Paris, Gallimard (Bibliothèque d (...)
  • 23 Sur le genre de l’anecdote savante, voir Karine Abiven, « Eurêka ! Anecdotes emblématiques au temps (...)

14Peiresc joue le rôle d’un intermédiaire qui écrit des chroniques comme un gazetier, au point d’ailleurs que cette activité constitue chez lui une véritable vocation22. Mais cette tâche est aussi l’occasion de s’essayer à des expérimentations littéraires. Peiresc ne rapporte pas les événements de façon neutre et distancée, mais il donne à son récit une dimension dramatique. Celle-ci est mise en valeur par la figure d’hypotypose qui expose au lecteur la catastrophe, ainsi que par l’usage de tournures expressives. L’écrivain exploite une rhétorique de l’étonnement qui participe à l’agrément du texte. Ce goût du spectacle est souvent visible dans la Correspondance, où le magistrat multiplie les anecdotes et les narrations plaisantes23.

  • 24 « Je recognay particulièrement que ces gros solides […] sont tous composez d’autres moindres, de me (...)

15La lettre est aussi un lieu où se construit le savoir. Peiresc y partage des hypothèses, il propose des théories et débat avec ses interlocuteurs. Les échanges se font alors plus techniques et l’amateur soumet aux savants les plus aguerris ses opinions sans timidité. Ces conversations demeurent pourtant aisées et ne sont pas non plus privées d’agréments. On le voit dans une série de lettres échangées avec Gassendi sur le problème de la formation des cristaux de sel en 1635. Intéressé de près par la question, le philosophe de Digne ouvre le débat en décrivant la constitution du sel en « atomes », dans un esprit cher à la doctrine épicurienne24. Dans sa réponse, Peiresc donne sa propre explication du phénomène :

  • 25 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 12 juillet 1635, in Lettres de Peiresc, t. 4, p. 519-520

J’ai esté infiniment aise d’apprendre les belles observations que vous avez commancé de faire pour les sels. […] L’effect mesmes que vous avez remarqué des premiers grains cubiques qui se forment en la surface de l’eau et y surnagent, monstre bien que ce n’est pas au fonds qu’ils vont commancer à se former, et je l’ay fort bien observé comme vous et plusieurs foys, mais je me suis aussy apperceu que c’est le changement de temps au marin qui les faict dissouldre et descendre plus bas que la superficie […]. Cela ne détruit pas la presupposition que je vous en ay faicte, car au contraire je vous ay dict que quand les pierres sont achevées de former ou les sels, tout va droit au fonds et à plomb, s’il n’a trouvé d’aultre corps solide à s’attacher en se formant25.

  • 26 Voir Marc Fumaroli, La République des Lettres, « La conversation savante », p. 207-210.
  • 27 Gassendi insiste dans sa biographie sur le goût marqué de Peiresc pour la conversation érudite (La  (...)

16Peiresc se réfère à ses propres expériences et non aux idées de Gassendi. L’amateur n’hésite pas à débattre avec son correspondant, et à prolonger ses vues, au point de rivaliser avec lui. Mais il le fait en conservant la liberté de ton et l’amabilité d’une conversation familière. On reconnaît là un des ressorts de la conversation savante et de son éthique du bien commun décrite par Marc Fumaroli26. Peiresc souscrit à ces exigences : il fait du dialogue un instrument de la recherche et un ferment de l’amitié qui unit le philosophe et l’amateur. L’agrément forme dans les lettres un ressort de l’art d’écrire du magistrat qui conserve avec ses correspondants, comme avec Gassendi, le goût de l’échange et de la discussion27.

Une science masquée

17Le savoir reste contenu et comme masqué dans les lettres. Cette réserve est un autre trait de l’amateurisme éclairé de Peiresc.

  • 28 Sur la variété comme idéal épistolaire, voir Marc Fumaroli, La République des Lettres, « Genèse de (...)

18Elle se traduit en premier lieu par l’économie relative du discours scientifique. Les lettres touchent en effet en premier lieu aux affaires politiques du magistrat et à la vie parlementaire, mais aussi à des questions domestiques. Les sciences viennent au second rang, à côté d’autres centres d’intérêt de Peiresc comme les arts, la numismatique, la philologie ou l’histoire. Une telle variété inscrit sa Correspondance dans la grande tradition des œuvres épistolaires humanistes. La science, prise dans son acception moderne, se fond dans cette somme d’érudition qui fait fi des frontières entre les disciplines et les spécialités. La diversité concerne aussi les correspondants puisque le réseau épistolaire de Peiresc s’étend au-delà du monde savant. Outre les érudits, il comprend des parlementaires, des notables, des religieux ainsi que sa famille. Peiresc ne parle de science qu’avec certains et il accorde sa plume aux goûts et aux dispositions de chaque interlocuteur. Avec les curieux comme les frères Dupuy, il se contente de rapports sur ses travaux ou les nouvelles de la République savante. Avec les spécialistes de la trempe de Gassendi, la science occupe un espace plus large mais qui n’a rien d’exclusif, là non plus. Chez le parlementaire, cette discrétion se veut conforme à l’aptum nobiliaire et à son exigence de retenue. Elle est aussi la marque d’un esprit universel qui ne se pique de rien et conserve l’attitude d’ouverture qui sied à l’honnête homme. La varietas forme ainsi un principe clé de composition des lettres du magistrat28. Celles-ci n’ont, à cet égard, que peu de rapport avec les correspondances savantes de Descartes ou de Mersenne, qui sont plus techniques mais aussi davantage centrées sur les sciences. Peiresc appartient aux mêmes cercles érudits mais il est aussi un acteur du monde dont la parole est soumise à des exigences sociales.

  • 29 La clarté du style est un idéal commun aux savants de l’époque. Voir Fernand Hallyn, « Dialectique (...)

19Ce souci se traduit en outre par la modestie affichée de l’écrivain et son rejet de toute marque de pédantisme. Une telle attitude façonne l’ethos discret de l’amateur de sciences qui cultive en tous lieux retenue et humilité. On le constate dans les comptes rendus comme celui des anatifères, où l’épistolier se cache derrière la description du coquillage29. A contrario, dans les lettres où il livre des réflexions plus personnelles, Peiresc voile son propos de formules de civilité et de figures de modestie qui pardonnent ses traits d’esprit. Un bon exemple se trouve dans le récit de la dissection d’un homme menée avec Gassendi en juillet 1634. Peiresc rend compte aux Dupuy de cette expérience édifiante où ils vérifièrent l’existence des veines lactées :

  • 30 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 25 juillet 1634, in Lettres de Peiresc, t. 3, 1892, p. 1 (...)

Nous avons cez jours passez avec ledict sieur Gassendi, faict l’experiance des venes lactées sur le corps d’un homme, plus d’une grande heure aprez qu’il avoit esté pendu par arrest de la cour, lequel corps j’avoys faict donner à Messieurs de la Faculté avec ordre d’anticiper un peu l’execution et permission de commancer dez ce soir mesmes la dissection, qui s’en fit dans le theatre publique à ce destiné en l’université en presence de plus de 30 ou 40 tesmoings. […] J’y avoys faict user d’une precaultion, à laquelle j’en attribüe une partie du bon succez, car j’avoys moyenné qu’on fit bien et copieusement disner le patient avant qu’il eusse notice de sa condamnation. Et chargeay le chirurgien d’ouvrir le plus diligemment qu’il pourroit le corps, et d’y chercher d’abbord touts les rameaux qui s’inseroient au foye, pour les attacher tant venes, artères, que aultres vases, et que par ce moyen le chile ou le laict qui estoit dans les venes lactées n’eust pas moyen de s’escouller dans le foye et nous donna le loisir de le voir et considerer en diverses branches prez d’une heure entiere30.

  • 31 Peter Dear, « Mersenne et l’expérience scientifique », Les Études philosophiques, no 1-2, 1994, p.  (...)
  • 32 Descartes agit de même dans le Discours de la méthode pour justifier la philosophie de l’ego. Voir (...)

20L’implication de Peiresc est atténuée dans cette découverte qu’il a pourtant supervisée : l’initiative de l’expérience est partagée avec Gassendi ; il insiste aussi sur le cadre institutionnel, avec les médecins de la faculté d’Aix qui réalisent la dissection, et les spectateurs du théâtre d’anatomie. Le moi de l’épistolier est ramené dans le nous de l’expérience collective. Ce procédé est, comme l’a montré Peter Dear, un moyen d’asseoir des observations réalisées devant un public compétent et pris comme caution31. Mais il est aussi une façon pour Peiresc de justifier la présence ambiguë du je qui est le véritable inventeur. Sous sa plume, le savoir s’impose avec douceur et civilité, sans offenser l’autre ni ruiner la persona aimable de l’écrivain32.

21La langue du parlementaire contribue à la même impression. Peiresc écrit dans un style simple et naturel, même s’il recourt parfois à des termes techniques dont il limite cependant l’usage. Par ailleurs, sa phrase est souple et aisée, à l’image d’un entretien familier, avec sa liberté de ton et sa spontanéité. Le magistrat cultive une forme de négligence soignée qui s’accorde davantage à la politesse mondaine qu’à la rigueur du style géométrique. Ce souci est manifeste dans les lettres écrites aux amateurs comme les Dupuy. Les propos sont faciles, concis, et prennent souvent la forme d’anecdotes, comme celui du théâtre d’anatomie. Dans les autres lettres, la plume du magistrat devient plus savante, mais elle conserve une certaine simplicité. On l’observe dans une lettre adressée à Mersenne en 1634. Le magistrat accuse réception du traité de musique de l’Harmonie universelle, que le religieux minime fait publier. La lettre est l’occasion d’exposer une brève réflexion sur la vibration des cordes effectuée en compagnie de Gassendi :

  • 33 Lettre de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc à Marin Mersenne du 18 juin 1634, in Marin Mersenne, Corr (...)

Nous avons veu et ouy respondre ces jours passés [l’écho du luth ou de la guitare], lorsqu’on en trouvoit quelque son convenable à quelq’une des cordes de l’instrument, auquel cas les cordes de mesme son faisoient paroistre leur mouvement conjointement avec la responce de l’eccho de l’instrument. Et quand on prononçoit un aultre ton accordé avec des aultres cordes du mesme instrument, les autres cordes se mouvoient aussy visiblement et l’eccho ne manquoit pas de respondre, mais quant on prononçoit un aultre ton auquel ne s’accordoit aulcune des cordes de l’instrument, toutes les cordes y demeuroient immobiles33.

  • 34 Voir Brigitte Van Wymeersch, « Peiresc et la musique », Sciences et techniques en perspective, 2e s (...)
  • 35 Peiresc a théorisé cette exigence dans une lettre à Guillemin : « La naïveté ordinaire vaut trente (...)
  • 36 C’est le cas dans la lettre à Malherbe sur les pluies de sang où Peiresc passe en revue les auctori (...)

22Peiresc décrit la vibration par sympathie sur un luth : une corde étant touchée, celles dont les hauteurs sont proportionnelles entrent en résonance avec elle. L’expérience intéresse les acousticiens comme Mersenne et, dans son compte rendu, Peiresc montre une compréhension claire du phénomène. Il demeure pourtant allusif et ne rentre pas dans le détail des explications. Il ne clarifie pas non plus la cause des tremblements et laisse le soin à son interlocuteur d’interpréter les résultats34. En outre, l’expérience prend la forme d’une anecdote plaisante que Peiresc rapporte de façon inopinée, dans une langue peu technique. Ce style naturel, fait d’allusions et de tournures elliptiques, joint la science à la sprezzatura, dont le magistrat étend l’esprit à l’ordre du savoir35. Toutes les pages de la Correspondance n’atteignent pas toutefois la même simplicité. Le cas échéant, Peiresc use d’un style relevé, parfois dans la même lettre, avec ses batteries d’arguments, ses énumérations ou ses citations latines qui lui donnent un tour plus érudit36. L’amateur sait également parler la langue des savants avec ceux qui la comprennent. Ces jeux de métamorphose confèrent à ses lettres une ambivalence esthétique représentative de sa démarche, partagée entre deux sphères culturelles.

Un art d’écrire et d’agréer

23La conversation a également ses attraits sur le plan stylistique. Ceux-ci tiennent à la simplicité de la langue et à des procédés tributaires de l’éloquence du temps.

  • 37 Cette rhétorique est commune aux poètes ainsi qu’aux savants comme Mersenne. Voir sur ce point Fern (...)

24Le premier aspect de cet art est le caractère éclatant de la plume. Peiresc rapporte des phénomènes souvent rares et curieux qui confèrent aux lettres une dimension spectaculaire. L’émerveillement tient aussi au relief visuel de son écriture qui exploite toutes les ressources de l’energeia37. Peiresc en tire parti et il mise sur l’attrait de cette technique pour séduire le lecteur.

  • 38 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 7 août 1634, in Lettres de Peiresc, t. 3, p. 161-162. De (...)

25On le voit dans les portraits animaliers où le souci d’instruire est inséparable de l’étonnement. L’exemple de l’alzaron est très révélateur de son esthétique. Peiresc fait part dans une lettre d’août 1634 aux Dupuy de sa rencontre avec cet animal, variété de gazelle venue de Tunisie qu’il a observée. Dans le portrait, il insiste sur l’étrangeté de l’animal, inconnu des Européens : l’alzaron a en effet « le corsage ou corpulence et gracilité des membres d’un cerf », et le « manteau, la queüe et les cornes d’un bœuf », tandis que ses « cornes […] sont posées sur une base couverte du mesme poil de la beste, d’extraordinaire haulteur pour la petitesse des cornes »38. Dans cette description en forme d’hypotypose, Peiresc use de comparaisons et d’antithèses pour surprendre le lecteur et lui représenter l’inconnu.

26On pourrait faire le même constat dans les comptes rendus d’astronomie et d’anatomie, volontiers spectaculaires. Mais aussi dans les chroniques savantes où la plume du magistrat prend parfois une allure dramatique. L’histoire des pluies de sang qui frappèrent Aix-en-Provence est exemplaire. Dans sa lettre de juillet 1608, Peiresc retrace à Malherbe la chronologie de cet événement avec un art consommé de la narration. L’exorde plonge le lecteur in medias res :

  • 39 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 15 juillet 1608, in Lettres à Malherbe, p. 26.

Le cinquiesme de ce moys on s’apperceut que la pluspart des murailhes de tout le terroir de ceste ville estoyent tachees de quelques tasches rouges comme sang. On creust au commencement que ce feust quelque fourbe de quelques cocquins, de quoy on ne fist pas grand cas, parce qu’il ne s’en treuvoit point par terre, et que ce n’estoit que sur les plus bas endroictz des murailhes. Toutesfois, s’estant veriffié despuis que tout le terroir universellement en estoit plain, et non seulement en ceste ville, mais encore aux Martigues, Lambesc, à Malamort et le Cenas, on a commencé d’en doubter davantage39.

La relation se prolonge avec le rapport des témoins :

  • 40 Ibid., p. 26-27.

Quelques-ungs ont creu que ce soit de fiante de pappillons, dont il en passa grand nombre ces jours passez. […] Il y en a d’autres qui croyent que ce soit quelques exhallement tiré de quelque terre rouge, comme il y en a en plusieurs quartiers de ceste province, retumbée par apprès en pluye rouge. D’aultres tiennent le mesme, et adjoutent que les malins espritz s’y peuvent estre meslez, comme font souvent aux foudres, pour rougir les gouttes rouges le long des murailles, et la pluspart des pierres eminentes40.

27Peiresc exploite les ressources romanesques de l’épisode. L’exorde se veut sensationnel avec l’évocation des « tasches rouges comme sang ». Puis la narration se déploie sous la forme d’une énigme qui suscite de la stupeur et de la curiosité. Le récit des témoins ajoute à la confusion puisque les opinions sont rapportées pêle-mêle, avec un certain goût du tragi-comique : les taches sont décrites comme le résultat d’une « fourbe », puis assimilées à des « fiante[s] » de papillons et à de la terre ocre, avant que Peiresc n’évoque l’hypothèse des « malins espritz ». Le trivial et le merveilleux se mêlent dans cette hypotypose qui relève le récit. Le compte rendu devient prétexte à un jeu littéraire qui relègue temporairement l’enquête scientifique au second plan. Toutes les lettres n’atteignent pas cette intensité mais l’evidentia constitue, dans les récits et les descriptions, un principe clé de l’art épistolaire.

28Le goût de l’éclat s’allie à une forme d’esprit qui donne du sel au propos du parlementaire. Chez lui, toutefois, cet agrément ne repose pas sur le culte du bon mot ou des pointes spirituelles. Il est lié à l’ingéniosité du savant, à sa capacité à présenter des énigmes, comme celles des pluies de sang, à énoncer des hypothèses ou à proposer des théories. L’ingenium contribue à l’agrément des lettres qui façonnent l’image d’un écrivain curieux et perspicace. En témoigne son échange avec Gassendi sur le problème de la formation des cristaux où Peiresc se livre à de savantes réflexions. On trouve un autre exemple dans l’échange tenu avec Fortin de la Hoguette sur la formation de la croûte terrestre. Dans une lettre de 1633, Peiresc revient sur une série d’éruptions et de cataclysmes qui ont frappé une vaste région allant de Naples à La Mecque. Il en informe son correspondant et présente à l’occasion une explication audacieuse de l’origine de ces événements :

  • 41 Lettre de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc à Philippe Fortin de La Hoguette du 6 décembre 1633, in P (...)

Et dict on que prez de la Meque il y eut cez années dernieres du vent pestifere venu dessoubz terre qui tua un nombre infiny de personnes et de chameaux dont estoit composée la caravane. Ce qui pourroit induire aussy je ne sçay quelle correspondance de là au mont de Sem par dessoubz ladite mer Rouge, si tant est que la matiere où s’entretiennent cez feux sousterrains soit assez profonde dans la terre pour prendre quelque correspondance d’un lieu à l’autre, par dessoubz la mer Rouge, comm’il semble qu’il y en ayt du mont Aethna au Vesuve et aux autres lieux d’autour de Pozzuolo, aussy bien qu’avec le Vulcan et le Stromboli. Car encores que la succession de temps fasse d’aulcunesfois cesser les embrasementz appartenant à l’exterieur, et combler les gueulles et ouvertures, je n’estime pas pourtant qu’elle cesse par dedans puis qu’on le void rallumer de temps en temps41.

  • 42 Sur cette théorie, voir Gaston Godard, « Peiresc et la proto-géologie… », p. 84-89.
  • 43 Gassendi insiste sur ce trait de caractère : « il était très ingénieux, et prompt à déterminer les (...)
  • 44 Lettre de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc à Philippe Fortin de La Hoguette du 6 décembre 1633, in P (...)

29Peiresc présente une théorie originale sur la structure terrestre. Celle-ci veut que les volcans soient reliés par des cavités où s’entretiennent des « feux sousterrains » à l’origine des explosions en Méditerranée42. Le savant amateur se plaît à construire des fictions scientifiques en racontant l’histoire de la nature comme un roman. Dans ce type de réflexion, l’imagination est donc partie prenante de l’exercice intellectuel43. Peiresc mise sur ses pouvoirs pour expliquer l’origine des phénomènes, avec une virtuosité qui a aussi son agrément. C’est ce qui le conduit d’ailleurs à rappeler, dans la suite du texte, le caractère fictif d’un récit qu’il conçoit avant tout comme une « resveri[e] de fiebvreux »44. Cette expression renvoie à la posture d’humilité de l’écrivain, mais elle est aussi pour lui un moyen de capter le lecteur.

30L’autre aspect de cet art littéraire tient à son caractère expressif. La Correspondance est marquée par la personnalité de l’écrivain qui, dans l’intimité des échanges, découvre une part de son caractère et de ses goûts. Cette familiarité suscite plaisir et intérêt de la part d’un lectorat familier, et cela même si le magistrat demeure toujours discret et respectueux des bienséances. Celui-ci ne se livre d’ailleurs qu’à quelques correspondants triés sur le volet, à l’image des frères Dupuy et de Gassendi.

31Certains sujets chers aux yeux de Peiresc favorisent ces épanchements, comme les observations astronomiques ou les lettres sur les animaux. On le voit dans celles échangées avec Honoré Aycard, gentilhomme de Toulon, à propos d’un caméléon que le magistrat a recueilli. Celui-ci le tient régulièrement informé des agissements de l’animal qui le fascine, comme en témoigne cette lettre de décembre 1635 :

  • 45 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 19 décembre 1635, in Lettres de Peiresc, t. 7, p. 337.

J’oubliois de vous dire sur le cameleon qu’il y a deux ou trois jours que l’ayant fait exposer en un beau soleil, je fis mettre auprez de luy une branche d’arbre avec des feuilles vertes, sur laquelle il grimpa incontinent, et se mit en des postures si gentiles et si extraordinaires qu’il nous donna bien du passe-temps, monstrant qu’il en prenoit sa bonne part à se gratter la teste, les oreilles et le dos, quasi comme font les chiens et les chats quand ils sont en bonne humeur. Il recouvra mesme un peu de couleur verdastre que je ne lui avois veüe plus de deux mois y a. Aujourd’huy il a mordu mon homme à mesure qu’il luy presentoit un ver et luy a englouty toute la pointe de son doit qu’il tenoit bien serré, mais il ne luy a pourtant pas fait de mal, car il n’a point de dents45.

  • 46 Sur cette familiarité, voir Raymond Lebègue, « Peiresc épistolier », in Les Fioretti du quadricente (...)

32Le magistrat se laisse aller aux confidences dans ce récit aux allures de fable en prose. L’écriture se fait douce et presque enfantine, tandis que l’enthousiasme l’emporte sur la froideur d’une observation scientifique. Là encore, la réflexion ne s’oppose pas à l’émotion et le moi de l’écrivain, si discret au demeurant, se découvre avec une netteté particulière. Cette familiarité est une autre qualité du discours de cet amateur de sciences, dont la parole amicale s’épanouit dans sa Correspondance, loin du décorum austère du palais46.

Conclusion

  • 47 Sur les traits du style savant pratiqué par les frères Dupuy et Peiresc, voir Marc Fumaroli, La Rép (...)

33Quelle est donc la situation de l’amateur de sciences au XVIIe siècle ? Peut-on discerner dans sa pratique une manière d’écrire qui lui serait particulière ? Certes, le cas de Peiresc n’épuise pas le champ des possibles dans un champ d’études qui reste encore largement à défricher. Mais son œuvre reflète, selon nous, certains traits caractéristiques d’une pratique en plein essor durant le Grand Siècle. Celle-ci se définit à la fois par sa finalité ludique, la fragmentation des centres d’intérêt et l’absence d’esprit de système. Elle s’inscrit en outre dans un espace culturel hybride, à la croisée du monde savant et de la société mondaine. Partagée entre deux sphères, la Correspondance de Peiresc reflète une approche singulière de la science, représentative de l’ouverture culturelle qui s’opère en faveur du public des honnêtes gens. Peiresc est un témoin précieux de ces bouleversements qui entraînent avec eux de nouvelles habitudes d’écriture. A priori, le choix de la lettre semble conforme aux pratiques de la République savante. Peiresc s’approprie les codes et les valeurs de la conversation érudite dont l’humanisme avait défini les règles. Il l’enrichit néanmoins d’une langue personnelle, à la fois simple, élégante et familière. Peiresc compte, de ce point de vue, parmi les principaux inventeurs du nouveau style savant qui se développe au XVIIe siècle, dans la lignée des Dupuy47. Telle est nous semble-t-il la contribution principale du magistrat d’Aix à l’histoire des lettres et de la science.

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Notes

1 Sur la diffusion du savoir au XVIIe siècle et ses acteurs, voir Simone Mazauric, Histoire des sciences à l’époque moderne, Paris, A. Colin (U Histoire), 2009, p. 143-154.

2 Pour un état des lieux des recherches de Peiresc et son engagement pour la science galiléenne, voir Georges Cahen-Salvador, Un grand humaniste : Peiresc, 1580-1637, Paris, A. Michel, 1951, p. 211-245 ; Les Fioretti du quadricentenaire de Fabri de Peiresc, Jacques Ferrier (dir.), Avignon, Aubanel, 1981.

3 La meilleure synthèse sur la bibliothèque et les manuscrits de Peiresc a été réalisée par Anne-Marie Cheny, Une bibliothèque byzantine. Nicolas-Claude Fabri de Peiresc et la fabrique du savoir, Ceyzérieux, Champ Vallon (Époques), 2015.

4 Pierre Gassendi, La Vie de l’illustre Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, conseiller au parlement d’Aix, Roger Lassalle (trad.), Agnès Bresson (collab.), Paris, Belin (Un savant, une époque), 1992, p. 306.

5 Nous nous référons dans cette étude à quelques thèmes majeurs des travaux de Peiresc. Pour une synthèse sur la notion de curiosité dans son œuvre, voir Catherine Dauvergne, Un moteur de la révolution scientifique : la curiosité dans la correspondance de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc (1580-1637), conseiller à la cour du parlement d’Aix-en-Provence, thèse de doctorat d’histoire, université Grenoble 2, 1998, 2 vol., 505 p.

6 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 7 avril 1628, in Lettres de Peiresc, Philippe Tamizey de Larroque (éd.), Paris, Imprimerie nationale (Documents inédits sur l’Histoire de France), 7 t., 1888-1898, ici t. 1, 1888, p. 584-585.

7 Ibid.

8 Sur l’observation chez Peiresc, voir Agnès Bresson, « Un zoologiste en quête de nouveaux savoirs », in Les Fioretti du quadricentenaire…, p. 325-341.

9 Sur la question du merveilleux dans la science renaissante, voir Jean Céard, La Nature et les Prodiges. L’insolite au XVIe siècle, en France, Genève, Droz (Travaux d’Humanisme et Renaissance ; 158), 1977.

10 La Correspondance contient des lettres sur des animaux que Peiresc a observés. Il y décrit leur morphologie, leur comportement, ou encore leurs habitudes alimentaires. Il étudie des animaux domestiques, comme le chat, et des espèces exotiques, comme l’éléphant, le crocodile ou le caméléon. Sur le sujet, outre l’article d’Agnès Bresson précédemment cité, voir Raymond Nardi, « Le naturaliste entre Pline et Fabre », in Les Fioretti du quadricentenaire…, p. 317-319.

11 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 12 novembre 1635, in Lettres de Peiresc, t. 4, 1893, p. 564-565.

12 Ibid.

13 Herbert H. Knecht, « Le fonctionnement de la science baroque : le rationnel et le merveilleux », Baroque, no 12, 1987, URL : https://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/baroque/578.

14 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 15 juillet 1608, in Lettres à Malherbe, Raymond Lebègue (éd.), Paris, CNRS, 1978, p. 26-27.

15 C’est Gassendi qui l’évoque dans La Vie de l’illustre Nicolas-Claude Fabri de Peiresc…, p. 101. Sur le sujet, voir Raymond Nardi, « Le naturaliste… », p. 319-320.

16 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 10 mai 1631, in Lettres de Peiresc, t. 7, 1898, p. 93-94. Sur cette fascination contemporaine et la contribution de Peiresc au débat, voir Antoine Schnapper, « Persistance des géants », Annales. Économies, sociétés, civilisations, 41e année, no 1, 1986, p. 185.

17 Cette curiosité était légendaire selon Gassendi (La Vie de l’illustre Nicolas-Claude Fabri de Peiresc…, p. 300-302).

18 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 20 décembre 1633, in Lettres de Peiresc, t. 4, p. 395.

19 L’émotion n’est pas non plus absente chez Galilée, quoiqu’elle soit plus retenue (Fernand Hallyn, « Galilée et le sublime », Littérature, no 82, 1991, p. 43-45). Sur les travaux astronomiques de Peiresc, voir Pierre Covillault, « L’explorateur de l’univers », in Les Fioretti du quadricentenaire…, p. 273-294.

20 Sur le réseau épistolaire de Peiresc et ses fonctions, voir Anne-Marie Cheny, Une bibliothèque byzantine…, p. 46-51.

21 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 4 juillet 1633, in Lettres de Peiresc, t. 2, 1890, p. 555.

22 Sur cette vocation, voir Marc Fumaroli, La République des Lettres, Paris, Gallimard (Bibliothèque des Histoires), 2015, « Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, prince de la République des Lettres », p. 76-81.

23 Sur le genre de l’anecdote savante, voir Karine Abiven, « Eurêka ! Anecdotes emblématiques au temps de la science expérimentale », in Histoires et savoirs. Anecdotes scientifiques et sérendipité aux XVIe et XVIIe siècles, Frédérique Aït-Touati, Anne Duprat (dir.), Berne, P. Lang (Nature, science et arts), 2012, p. 21-36.

24 « Je recognay particulièrement que ces gros solides […] sont tous composez d’autres moindres, de mesme figure, et ceux cy d’autres moindres […], dont je conclus que ceux cy se vont encores resolvant jusques aux atomes » (Pierre Gassendi, lettre du 6 juillet 1635, in Lettres de Peiresc, t. 4, p. 538). Sur ce débat, voir Gaston Godard, « Peiresc et la proto-géologie du début du XVIIe siècle », Sciences et techniques en perspective, 2e série, vol. 9, fasc. 1, 2005, p. 81-82.

25 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 12 juillet 1635, in Lettres de Peiresc, t. 4, p. 519-520.

26 Voir Marc Fumaroli, La République des Lettres, « La conversation savante », p. 207-210.

27 Gassendi insiste dans sa biographie sur le goût marqué de Peiresc pour la conversation érudite (La Vie de l’illustre Nicolas-Claude Fabri de Peiresc…, p. 227-228).

28 Sur la variété comme idéal épistolaire, voir Marc Fumaroli, La République des Lettres, « Genèse de l’épistolographie classique : rhétorique humaniste de la lettre, de Pétrarque à Juste Lipse », p. 342-346.

29 La clarté du style est un idéal commun aux savants de l’époque. Voir Fernand Hallyn, « Dialectique et rhétorique devant la “nouvelle science” du XVIIe siècle », in Histoire de la rhétorique dans l’Europe moderne : 1450-1950, Marc Fumaroli (dir.), Paris, PUF, 1999, p. 616-619.

30 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 25 juillet 1634, in Lettres de Peiresc, t. 3, 1892, p. 151-152.

31 Peter Dear, « Mersenne et l’expérience scientifique », Les Études philosophiques, no 1-2, 1994, p. 63.

32 Descartes agit de même dans le Discours de la méthode pour justifier la philosophie de l’ego. Voir Marc Fumaroli, La Diplomatie de l’esprit. De Montaigne à La Fontaine, Paris, Gallimard (Tel ; 316), 2001, « La diplomatie au service de la méthode. Rhétorique et philosophie dans le Discours de la méthode », p. 392-396.

33 Lettre de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc à Marin Mersenne du 18 juin 1634, in Marin Mersenne, Correspondance du P. Marin Mersenne, religieux minime, C. de Waard (éd.), Paris, PUF, t. 4, 1955, p. 176.

34 Voir Brigitte Van Wymeersch, « Peiresc et la musique », Sciences et techniques en perspective, 2e série, vol. 9, fasc. 1, 2005, p. 117-119.

35 Peiresc a théorisé cette exigence dans une lettre à Guillemin : « La naïveté ordinaire vaut trente fois mieux que le langage affecté. […] J’ai aujourd’hui vu une lettre d’un prélat […], toute de phébus et de galimatiaz, laquelle avoit sans doubte donné la torture à son autheur » (lettre du 6 septembre 1624, in Lettres de Peiresc, t. 5, 1894, p. 30-31). Sur la question problématique du naturel en science, voir Marc Fumaroli, La Diplomatie de l’esprit…, « La diplomatie au service de la méthode… », p. 396-397. Cf. Henriette Trojani, « L’écrivain des lettres françaises », in Les Fioretti du quadricentenaire…, p. 53-55.

36 C’est le cas dans la lettre à Malherbe sur les pluies de sang où Peiresc passe en revue les auctoritates comme Grégoire de Tours ou Fulbert de Chartres (lettre du 15 juillet 1608, in Lettres à Malherbe, p. 27). Cette lettre mêle de façon exemplaire l’érudition au style de la chronique.

37 Cette rhétorique est commune aux poètes ainsi qu’aux savants comme Mersenne. Voir sur ce point Fernand Hallyn, La Structure poétique du monde : Copernic, Kepler, Paris, Seuil (Des travaux), 1987, p. 235-237.

38 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 7 août 1634, in Lettres de Peiresc, t. 3, p. 161-162. Depuis Quintilien, la comparaison est employée dans les descriptions pour rendre les choses sensibles (Georges Molinié, Dictionnaire de rhétorique, Paris, Librairie générale française, 1992, art. « Évidence », p. 144-145).

39 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 15 juillet 1608, in Lettres à Malherbe, p. 26.

40 Ibid., p. 26-27.

41 Lettre de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc à Philippe Fortin de La Hoguette du 6 décembre 1633, in Philippe Fortin de La Hoguette, Lettres aux frères Dupuy et à leur entourage (1623-1662), Giuliano Ferretti (éd.), Florence, L. S. Olschki, 1997, p. 325.

42 Sur cette théorie, voir Gaston Godard, « Peiresc et la proto-géologie… », p. 84-89.

43 Gassendi insiste sur ce trait de caractère : « il était très ingénieux, et prompt à déterminer les conditions des œuvres admirables tant de l’art que de la nature : il conjecturait très facilement » (La Vie de l’illustre Nicolas-Claude Fabri de Peiresc…, p. 285).

44 Lettre de Nicolas-Claude Fabri de Peiresc à Philippe Fortin de La Hoguette du 6 décembre 1633, in Philippe Fortin de La Hoguette, Lettres aux frères Dupuy…, p. 327.

45 Nicolas-Claude Fabri de Peiresc, lettre du 19 décembre 1635, in Lettres de Peiresc, t. 7, p. 337.

46 Sur cette familiarité, voir Raymond Lebègue, « Peiresc épistolier », in Les Fioretti du quadricentenaire…, p. 31-33.

47 Sur les traits du style savant pratiqué par les frères Dupuy et Peiresc, voir Marc Fumaroli, La République des Lettres, « Aux origines érudites du grand goût classique : l’optimus stylus gallicus selon Pierre Dupuy », p. 260-264.

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Pour citer cet article

Référence papier

Julien Gominet-Brun, « Un grand amateur de sciences au XVIIe siècle : Nicolas-Claude Fabri de Peiresc et l’écriture des savoirs »Elseneur, 38 | 2023, 35-48.

Référence électronique

Julien Gominet-Brun, « Un grand amateur de sciences au XVIIe siècle : Nicolas-Claude Fabri de Peiresc et l’écriture des savoirs »Elseneur [En ligne], 38 | 2023, mis en ligne le 14 novembre 2023, consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/elseneur/1408 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/elseneur.1408

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Auteur

Julien Gominet-Brun

Université de Montpellier

Julien Gominet-Brun est professeur agrégé de lettres modernes dans l’enseignement secondaire et docteur en littérature française de l’université Montpellier 3 (thèse intitulée : L’“Harmonie universelle” de Marin Mersenne : musique et théologie au XVIIe siècle, 2021). Il est membre associé de l’Institut de recherche sur la Renaissance, l’âge Classique et les Lumières à Montpellier (IRCL – UMR 5186). Il s’intéresse aux rapports entre la littérature et les savoirs au XVIIe siècle.

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