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Raphaële Mouren, Biographie et éloges funèbres de Piero Vettori. Entre rhétorique et histoire

Bénédicte Boudou
p. 175-176
Référence(s) :

Raphaële Mouren, Biographie et éloges funèbres de Piero Vettori. Entre rhétorique et histoire, Paris, Classiques Garnier, 2014, 226 p.

Texte intégral

1Le livre de Raphaële Mouren est l’édition d’un texte inédit accompagnée de la réédition des trois éloges funèbres consacrés à Piero Vettori. Ce travail est très original, puisqu’il n’y a pas jusqu’à présent d’étude sur l’éloge funèbre. L’édition concerne des textes latins, qui sont très richement introduits, situés, mis en perspective et commentés, et le paratexte propose de nombreuses traductions partielles des textes proposés. La construction et le contenu de ces documents font en particulier l’objet d’une étude détaillée.

2Qui est Piero Vettori ? Né en 1499 à Florence, il est le cousin de Francesco Vettori et lié par là aux grands historiens de Florence. Francesco Vettori est en effet l’ami de Machiavel et de Guichardin qui impose le remplacement d’Alexandre de Médicis, assassiné en 1537, par son cousin Côme de Médicis et s’oppose à Philippe Strozzi qui voulait prendre la tête des exilés. Piero Vettori est éduqué à Florence, il apprend le grec et les mathématiques, étudie les sciences à l’université de Pise, puis la philosophie morale et naturelle d’Aristote. Après l’échec de la République, il quitte Florence dans les années 1531 pour se livrer à des activités agricoles à Val in Pesa. À Rome, où il se rend ensuite, il rencontre Cervini (le futur pape Marcel II) et le futur cardinal Alexandre Farnèse, Annibal Caro. Il finit par se rallier aux Médicis à Florence et, nommé par Côme de Médicis en 1538, il devient professeur au Studio : il y a la chaire de latin et de grec, puis de grec seulement. Sans ambition politique, Piero Vettori, qui a pris pour modèle Ange Politien, enseignera presque jusqu’à sa mort en 1585. Mais Politien n’avait pas édité de textes classiques. Vettori se démarque de lui et, de 1537 à 1584, il mène encore une carrière d’éditeur de textes anciens : il se veut utile au public en sortant des ténèbres les auteurs anciens. Il édite ainsi Cicéron, Caton, Varron, Euripide (une tragédie d’Electre, jusqu’alors inconnue). En 1571, il publie les Lettres familières de Cicéron et il édite Salluste en 1576, puis il s’occupe surtout de textes grecs. Il propose seulement quelques traductions latines pour des textes grecs d’Aristote : la Rhétorique, la Poétique, et l’Éthique à Nicomaque. Il ne s’intéresse pas du tout à la discussion (commencée avec Dante) sur la langue vernaculaire ; réservant le vernaculaire à des sujets vulgaires, il n’écrit en toscan qu’un livre concernant la culture des oliviers.

3L’Instruttione au chevalier Salviati est un texte jusqu’ici inédit, qu’a écrit peu après la mort de Vettori son petit-fils, qui était à la fois son principal collaborateur et un excellent connaisseur de la rhétorique antique. Le texte adopte une forme épistolaire pour faire le récit de la vie de Piero Vettori sur le modèle des biographies de Plutarque, en particulier celle de Scipion l’Africain et celle de Fabius Maximus. Le texte se veut récit véridique, il s’appuie sur des archives et des sources vérifiables. Simultanément, il est construit sur la structure d’un éloge funèbre et la vie de Piero Vettori reproduit à l’avance les différentes parties d’un discours épidictique.

4C’est ainsi que Raphaële Mouren publie, à la suite d’une biographie de Vettori, trois éloges funèbres du même personnage : l’un est signé de Lionardo Salviati, les deux autres de Francesco Bocchi. Le rassemblement de ces textes permet de faire le point sur la rhétorique épidictique de la fin du XVIe siècle, ce qui n’est pas sans importance, car cette rhétorique influence la rhétorique sacrée qui se développe alors à l’usage des prêcheurs. L’éloge de Vettori par Salviati est d’ailleurs dédié à un prédicateur, Francesco Panigarola, auteur d’un traité intitulé Il Predicatore.

5Le discours de Lionardo Salviati en latin est marqué par le genre de l’éloge funèbre, qui émerge à partir du début du XIVe siècle. Salviati calque sa rhétorique sur celle de Vettori qui avait prononcé en latin plusieurs éloges funèbres de membres de la famille des Médicis.

6Les deux éloges de Francesco Bocchi sont l’un en latin, dans une langue remarquablement maîtrisée, et l’autre en italien, qui est plus centré sur la personne de Piero Vettori.

7Dans ces textes ici heureusement réunis, on a des documents précieux sur Vettori, sur le genre de l’éloge funèbre et plus largement sur la rhétorique de l’éloge.

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Pour citer cet article

Référence papier

Bénédicte Boudou, « Raphaële Mouren, Biographie et éloges funèbres de Piero Vettori. Entre rhétorique et histoire »Elseneur, 31 | 2016, 175-176.

Référence électronique

Bénédicte Boudou, « Raphaële Mouren, Biographie et éloges funèbres de Piero Vettori. Entre rhétorique et histoire »Elseneur [En ligne], 31 | 2016, mis en ligne le 18 octobre 2023, consulté le 14 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/elseneur/1334 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/elseneur.1334

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Auteur

Bénédicte Boudou

Université de Picardie – Jules Vernes

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Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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