Navigation – Plan du site

AccueilNuméros32Stephanie Bung, Spiele und Ziele....

Stephanie Bung, Spiele und Ziele. Französische Salonkulturen des 17. Jahrhunderts zwischen Elitendistinktion und belles lettres

Miriam Speyer
p. 198-200
Référence(s) :

Stephanie Bung, Spiele und Ziele. Französische Salonkulturen des 17. Jahrhunderts zwischen Elitendistinktion und belles lettres, Tübingen, G. Narr (Biblio 17), 2013, 419 p.

Texte intégral

1Depuis le début du XIXe siècle, le terme « salon » ne désigne pas seulement un lieu où se réunissent des groupes de mondains, mais également la pratique culturelle qui leur est spécifique. Aussi, la critique depuis Sainte-Beuve n’a-t-elle pas hésité à assimiler les deux. C’est du constat de cette confusion sémantique que part l’étude de Stephanie Bung. Un lieu convenu de réunion n’étant pas suffisant pour créer une cohésion de groupe, l’auteur se propose d’interroger le rôle des jeux, jeux d’écriture principalement, qui s’y firent et leur importance dans la création de ce groupe même. Son travail prend alors comme point de départ les recueils, manuscrits et imprimés qui apparaissent comme intrinsèquement liés à ces assemblées.

2À l’issue du panorama historique des approches critiques qui occupe la première partie de l’étude, l’auteur conclut que le référent du terme « salon » (s’agit-il d’un lieu ou d’une pratique ?) n’a jamais été défini clairement. Ce constat l’amène à considérer le « salon » non comme un lieu concret, mais comme un phénomène, ancré dans les relations entre les personnes qui s’y fréquentent (relationales Phänomen) (p. 101). L’identité du « salon » ne réside par conséquent guère dans le lieu, mais, au contraire, dans des pratiques culturelles. Or comment analyser celles-ci si toutes les relations, comme les Historiettes de Tallemant entre d’autres, sont partisanes ? Stephanie Bung fait alors le choix de ces productions mondaines qui ont perduré dans leur matérialité, à savoir des recueils contenant des séries de textes cohérents, parfois enrichis d’illustrations, qui permettent de supposer une gestation collective.

3De l’analyse des différents types de recueils, des alba amicorum manuscrits jusqu’aux recueils collectifs de poésies imprimés inventoriés par Frédéric Lachèvre, il ressort que ces textes ne rendent pas compte d’un lieu réel de réception, mais que ces lieux sont seulement créés par l’écriture. L’album ou le recueil deviennent ainsi un espace d’interaction sociale au-delà des différences hiérarchiques, espace parallèle et loin de correspondre à l’espace physique et concret d’un lieu de réception. Aussi, ces recueils spécifiques, pour lesquels Stephanie Bung introduit, à la suite de Margarete Zimmermann, le terme d’« album de salon » (Salonalbum), témoignent-ils de la création d’un groupe qui ne va pas de soi. Les procédés de fictionnalisation qui s’observent régulièrement dans ces albums sont nécessaires à la création du groupe : la mise en narration des jeux ainsi que le choix d’un pseudonyme galant par exemple permettant de gommer les différences sociales.

4Après cette approche plus globale des formes de recueil du XVIIe siècle, Stephanie Bung consacre les deux dernières parties de son travail à deux « albums » particuliers, à savoir la Guirlande de Julie et les Chroniques du samedi. En faisant le choix de l’analyse génétique, l’auteur porte ainsi son attention moins sur la création des textes que sur la constitution de ces deux manuscrits fameux et sur leurs fonctions. Dans le cas de la Guirlande, elle relève ainsi que si les madrigaux sont d’abord issus d’un jeu, d’une compétition poétique qui eut lieu dans les années 1630, les poèmes, de même que leurs scripteurs, n’attirent l’attention des contemporains qu’au moment où les pièces sont disposées dans le beau manuscrit d’apparat offert à Mlle de Rambouillet. Partant, cette Guirlande de 1641 constitue la mémoire du groupe dotée d’un effet publicitaire important pour ce dernier, comme le prouve aussi sa postérité éditoriale. C’est avec une démarche similaire que Stephanie Bung appréhende le manuscrit des Chroniques du samedi. La comparaison de ce manuscrit avec des séries de textes contenus dans les Recueils Conrart ainsi qu’une analyse très précise du manuscrit même dans lequel certaines informations, dont les noms, ont manifestement été rajoutées a posteriori permettent en effet de constater à quel point les Chroniques aussi sont un montage. L’importance du travail d’arrangement invite dès lors à penser qu’une volonté de publication véritable présida à la préparation. Stephanie Bung conclut dès lors que les Chroniques sont à la fois « l’expression et l’instrument d’une façon spécifique de créer un groupe » (p. 348). Mais en même temps, ce manuscrit – et c’est ce qui le distingue de la Guirlande – participait aussi d’une stratégie, l’écriture étant au service de la reconnaissance, voire de l’ascension sociale.

5Dans ce sens, les manuscrits de la Guirlande et des Chroniques, malgré leurs différences évidentes, ont été composés pour être montrés et lus par des personnes extérieures au groupe. Partant, l’auctorialité collective du départ s’y voit brouillée par le travail important du compilateur qui dispose les textes en vue d’une réception précise. Dès lors, ces deux manuscrits, loin de permettre de reconstruire l’espace social du « salon », sont des preuves de son autopromotion.

6L’album – recueil témoignant de la création d’un groupe – est un objet qui, du fait des interpénétrations importantes entre les pratiques littéraires et sociales au XVIIe siècle, peut permettre l’ascension sociale des membres du groupe. En revenant à la confusion sémantique constatée en introduction, Stephanie Bung propose de ne pas parler des « salons » du XVIIe siècle, mais d’opter pour le pluriel « cultures de salon » (Salonkulturen) pour désigner ces écritures et jeux collectifs. La conclusion de l’étude est de plus le lieu où elle relativise in fine l’importance de la Guirlande et des Chroniques : quoique ces deux manuscrits aient eu une influence déterminante sur la définition des « salons » par la critique, il ne faut pas oublier qu’ils constituent de fait des exceptions.

7L’ouvrage Spiele und Ziele offre ainsi une remise en question féconde des conceptions du « salon » du XVIIe siècle. L’approche génétique des deux manuscrits fameux que sont les Chroniques et la Guirlande de Julie, qui propose une distinction nette entre la production textuelle du groupe et la forme écrite qui en assure la visibilité et même la renommée, apporte ainsi des éclairages importants sur les pratiques littéraires et sociales de ces assemblées mondaines. Plus généralement, l’analyse fine de divers recueils manuscrits souligne de manière convaincante à quel point c’est l’écriture qui forme et forge le groupe. On peut en revanche déplorer l’analyse un peu rapide des recueils imprimés, qui se satisfait d’un choix hétérogène qui laisse par exemple de côté le Petit Recueil de poésies choisies (1660), pourtant fameux parce qu’il donne à lire pour la première fois des séries textuelles issues des « samedis » de Mlle de Scudéry, et qui fait entièrement l’impasse sur le Mercure galant alors qu’il constitue, en ce dernier tiers du XVIIesiècle, l’espace par excellence de création du groupe par l’écrit.

Haut de page

Pour citer cet article

Référence papier

Miriam Speyer, « Stephanie Bung, Spiele und Ziele. Französische Salonkulturen des 17. Jahrhunderts zwischen Elitendistinktion und belles lettres »Elseneur, 32 | 2017, 198-200.

Référence électronique

Miriam Speyer, « Stephanie Bung, Spiele und Ziele. Französische Salonkulturen des 17. Jahrhunderts zwischen Elitendistinktion und belles lettres »Elseneur [En ligne], 32 | 2017, mis en ligne le 18 octobre 2023, consulté le 13 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/elseneur/1204 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/elseneur.1204

Haut de page

Auteur

Miriam Speyer

Université de Caen Normandie

Articles du même auteur

Haut de page

Droits d’auteur

Le texte et les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés), sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search