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Regards linguistiques

Antoine Meillet, parrain de la linguistique arménienne*

Robin Meyer
p. 73-96

Résumés

Alors que Heinrich Hübschmann est généralement considéré comme le fondateur de la linguistique arménienne moderne, les travaux d’Antoine Meillet dans ce domaine ont eu, durant tout le XXe siècle, et ont encore un impact plus profond et continu. Cet article examine son rôle dans le développement d’un nombre de sous-disciplines au sein de la linguistique et de la philologie arméniennes, notamment l’étymologie, la reconstruction et la phonologie historique, la syntaxe diachronique, les études de contact des langues et de traduction. En raison de la pertinence continue de son travail, Meillet mérite la même reconnaissance que son collègue allemand, à savoir celle de «parrain» de la linguistique arménienne.

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Notes de l’auteur

* Je suis très reconnaissant à Sébastien Moret et à Charles de Lamberterie pour leurs remarques lors de ma conférence qui m’ont permis de compléter et préciser cet article; toutes les erreurs et omissions sont, bien sûr, miennes.

Texte intégral

Introduction

  • 1 Cf. J. J. Schröder, Aramean lezuin gandzi et, sur ce sujet, G. Bolognesi, «La stratificazione del l (...)

1En comparaison d’autres traditions linguistiques de langues indo-européennes, comme celles du sanskrit, du latin ou du grec ancien, le traitement scientifique de l’arménien classique est relativement jeune: bien qu’il y eût des travaux au siècle des Lumières, comme celui de Johann Joachim Schröder1, c’est l’Allemand Heinrich Hübschmann qui lança l’étude sérieuse et scientifique de cette langue en la découplant des langues iraniennes et en lui attribuant une branche indépendante dans la famille indo-européenne.

2Cette découverte donna l’impulsion à la recherche en linguistique arménienne – surtout qu’elle soulevait autant de questions qu’elle en résolvait –, et valut à Hübschmann le titre de «père de la linguistique arménienne». Bien qu’il soit encore considéré, et même vénéré, en tant que fondateur de la discipline, Hübschmann n’est pas le chercheur le plus influent des 150 dernières années. Ce titre appartient à Antoine Meillet, linguiste français et touche-à-tout philologique. Ce sont ses contributions, ses notes et même ses questions irrésolues qui informent encore les linguistes du XXIe siècle qui travaillent sur l’arménien.

3Le but de cette contribution sera de confirmer, en traçant ses influences multiples, pourquoi Meillet fut un personnage de premier ordre dans la linguistique arménienne et pourquoi il mérite donc le titre, sinon de «père», assurément de «parrain» de ce domaine. Cette proposition sera étayée en prenant en compte plusieurs perspectives: l’estime qui lui était attribuée de son vivant; les chercheurs qu’il forma; l’ampleur et l’influence générale de son œuvre; et l’actualité et la pertinence continues de ses pensées même plus que quatre-vingts ans après son décès. À cette fin, l’article sera divisé en quatre sections qui traitent, dans l’ordre, du personnage de Meillet et de ses réussites en général; de ses recherches diverses dans trois domaines de la linguistique arménienne, à savoir les questions lexicales et étymologiques; ses idées sur l’interaction de l’arménien avec d’autres langues; et ses études sur la syntaxe de l’arménien.

4Afin d’éviter des répétitions de détails et des explications déjà décrites par d’autres auteurs, notamment dans l’ouvrage Meillet aujourd’hui publié en 2006, nous nous limiterons aux points les plus saillants pour la compréhension du rôle d’Antoine Meillet dans l’histoire de la linguistique arménienne des XXe et XXIe siècles. De plus, au lieu de relever uniquement les réussites scientifiques du maître, le but secondaire de cet article sera de souligner que même des questions ouvertes, des solutions partielles ou des solutions qui, après considération ultérieure ou la découverte de nouvelles données, s’avèrent être erronées, sont bénéfiques, voire essentielles, pour l’avancement d’un champ de recherche.

Antoine Meillet, explorateur de l’arménien

  • 2 É. Benveniste, «Avant-propos».
  • 3 Ch. de Lamberterie, «La place de l’arménien dans la vie et l’œuvre d’Antoine Meillet».
  • 4 J. Clackson, The Linguistic Relationship between Armenian and Greek.
  • 5 B. A. Olsen, The Noun in Biblical Armenian.
  • 6 H. K. Martirosyan, Etymological Dictionary of the Armenian Inherited Lexicon.
  • 7 R. Meyer, Iranian Syntax in Classical Armenian.

5Alors que les intérêts linguistiques et philologiques de Meillet étaient variés, comme le démontrent clairement les différents articles de ce volume et l’ouvrage de 2006, l’arménien occupe une place spéciale dans sa vie et ses recherches; ce fait, déjà mis en relief par É. Benveniste2 et Ch. de Lamberterie3, devient de plus en plus évident au vu du nombre de citations de ses articles et livres vers la fin du XXe et au début XXIe siècle dans la recherche en linguistique arménienne: dans son livre sur les liens entre le grec et l’arménien, J. Clackson4 cite seize différentes publications de Meillet; dans son magnum opus sur le nom en arménien biblique, B. A. Olsen5 s’y réfère à trente-quatre reprises; H. K. Martirosyan6 dans son dictionnaire étymologique même soixante et une fois; et, dans le livre le plus récent, nous incluons encore treize travaux différents7.

6Les contributions de Meillet à la recherche en linguistique arménienne restent fondamentales, soit en représentant toujours, presque un siècle plus tard, l’état actuel de la recherche sur un sujet particulier, soit en constituant le point de départ de nombreuses explorations nouvelles dans telle ou telle direction. Cependant, déjà de son vivant, Meillet fut reconnu comme coryphée du domaine. Le père de la linguistique arménienne lui-même, H. Hübschmann, en se référant à l’Esquisse d’une grammaire comparée de l’arménien classique (1903), exprime son estime comme suit:

  • 8 H. Hübschmann, «Meillet, A., Esquisse d’une grammaire comparée de l’arménien classique. Vienne, 190 (...)

Si A. Meillet, le vrai représentant de la grammaire comparée et arménienne en France, entreprend d’écrire une esquisse de la grammaire arménienne du point de vue linguistique, on peut attendre sans doute qu’il produise quelque chose d’excellent8.

  • 9 A. Meillet, Esquisse d’une grammaire comparée de l’arménien classique (1936), p. 7.
  • 10 A. Meillet, «Compte rendu de Hübschmann, Heinrich (1897) Armenische Grammatik. I Theil, Armenische (...)

7L’admiration était réciproque: Meillet loue à plusieurs reprises son collègue allemand, en exprimant sa révérence à Hübschmann lui-même en tant que «maître incontesté des études de linguistique arménienne»9, ainsi qu’à son œuvre, «un modèle de précision philologique et de correction linguistique»10.

  • 11 H. Pedersen, Les pronoms démonstratifs de l’ancien arménien, p. 26.

8De même, l’autre expert de linguistique arménienne et parfois adversaire scientifique de Meillet, le Danois Holger Pedersen, lui attribua une place dans le panthéon arménologique à côté de Hübschmann: «Les travaux de M. Meillet sont, après les œuvres de M. Hübschmann, le point de départ le plus indispensable à toute étude de linguistique arménienne»11. Comme on l’a vu au début de cette partie, cette constatation de Pedersen est toujours d’actualité.

  • 12 H. Ačaṙean, M. G. Nersisyan, Hayeren Armatakan Baṙaran (HAB) [Dictionnaire étymologique de l’arméni (...)

9Parmi ses nombreux élèves, dont les linguistes É. Benveniste, G. Dumézil et A. Martinet, ce fut l’Arménien Hač‘eay Ačaean, éditeur du Dictionnaire étymologique de l’arménien (HAB)12, qui souligna le plus clairement la place qu’occupait son ancien maître dans ses propres recherches:

  • 13 HAB, p. 15: «Հիւբշմանի մահից յետոյ հայ լեզուաբանութեան մեծագոյն հեղինակութիւնը եղաւ Meillet, լեզուա (...)

Après la mort de Hübschmann, c’est M. Meillet, mon ancien professeur de linguistique, qui est devenu la plus grande autorité en linguistique arménienne, qui même aujourd’hui reste une autorité mondiale de la linguistique générale. En 35 ans de correspondance, j’ai reçu de lui divers conseils, vérifié par son intermédiaire de nombreuses étymologies, reçu son approbation ou son refus, que je mentionne souvent dans mon dictionnaire13.

10Érudit reconnu de son vivant, maître vénéré de la génération suivante et auteur de dizaines d’articles auxquels se réfèrent toujours les chercheurs et chercheuses même un siècle plus tard, Antoine Meillet mérite sans doute le titre de «parrain» de la linguistique arménienne. Cependant, en lui attribuant cette distinction, se pose la question des raisons de son influence. Pourquoi Meillet est-il devenu (et reste-t-il) plus influent que Hübschmann ou Pedersen, les deux autres grands noms de son époque?

11La suite de cet article sera donc consacrée à la résolution de cette question, en nous appuyant sur les indices qui se trouvent dans les recherches de Meillet, en particulier dans l’ampleur de ses intérêts, sur ses grandes découvertes, ainsi que sur les premières explications qu’il donna (mais qui se révélèrent parfois erronées) à certains points mystérieux complexes. Dans ce sens, son approche est peut-être résumée dans l’ancien proverbe «qui ne tente rien n’a rien».

Le lexique et l’étymologie

  • 14 Par exemple, parmi beaucoup d’autres, A. Meillet, «Arm. cicałim», «Arm. hawasar», «Arm. khakor», «A (...)
  • 15 Par exemple, parmi de nombreux autres, A. Meillet, «Étymologies», «Varia», «Étymologies arméniennes (...)

12Le commentaire cité ci-dessus d’Ačaean a mentionné l’étymologie comme l’un des domaines dans lesquels Meillet excellait. Dans nombre de petites études14 ou dans des articles de type varia15, il proposa de nouvelles explications, signala des problèmes avec des points déjà résolus et discuta les enjeux de telle ou telle approche. Deux exemples doivent suffire pour éclairer la valeur actuelle de ses propositions.

  • 16 A. Meillet, «Étymologies arméniennes» (1898), p. 279.
  • 17 A. Meillet, «Étymologies arméniennes» (1900), p. 392.

13Parmi les étyma que discute Meillet, il y a le composant *աղջ- (*ałǰ-) «brouillard, crépuscule», présent par exemple dans les composés աղջաղջ (ałǰǰ) «brouillard» ou աղջամուղջ (ałǰamułǰ) «ténèbres»16. Sur la base de ce dernier exemple, qu’il présente comme un redoublement (alternance de la voyelle, type սպառ սպուռ [spa spu] «entièrement», avec addition de m- au début de mot ou substitution de la consonne initiale à m-, type շոգմոգ [šogmog] «médisant, délateur»), il arrive au composant *աղջ- (*ałǰ-). Ensuite, il le relie au grec ἀχλῡ́ϲ «brume; ténèbres» et au vieux prussien aglo «pluie», tout en supposant qu’il s’agit d’un mot thématique en -i-, dont le -ǰ- en arménien est le résultat de la palatalisation de *-gh- avant voyelle antérieure, analyse qui produit par conséquent une forme reconstruite *alghi-17.

  • 18 Pour des objections, voir H. K. Martirosyan, Etymological Dictionary of the Armenian Inherited Lexi (...)
  • 19 Comparez la proposition de J. Clackson (The Linguistic Relationship between Armenian and Greek, p. (...)

14Malgré les doutes d’un petit nombre de chercheurs18, cette étymologie de base représente aujourd’hui la forme consensuelle, mais uniquement pour le proto-arménien. Les cognats en grec et vieux prussien indiquent qu’une métathèse a eu lieu (proto-arménien *-lgh < proto-indo-européen *-ghl-); ce type de changement est bien établi, par exemple եղբայր (ełbayr) «frère» < *bhréh2tēr. Prenant en considération de plus les conventions de notation de la théorie laryngale, l’étymon au niveau p.-i.-e. se manifeste donc comme *h2eghl-. Reste la question de la résolution du thème divergent (-i- en arménien, -u- ailleurs): omettant la possibilité d’un thème en -i- secondaire, la proposition la plus nette est celle d’un locatif fossilisé en -i-19, qui explique à la fois la différence thématique et établit l’environnement nécessaire pour la palatalisation de *-gh-.

15Ce bref exposé démontre nettement l’ingéniosité de Meillet et sa connaissance profonde de l’arménien et des autres langues indo-européennes qui lui permettaient de remarquer l’application de deux types de redoublement, les conditions nécessaires pour la palatalisation de la vélaire aspirée, ainsi que les cognats dans d’autres langues. Cette explication enrichit par conséquent la compréhension (et la banque d’exemples) de plusieurs processus diachroniques entre le proto-indo-européen et l’arménien classique. En même temps, Meillet, dans ses étymologies souvent très succinctes, ne touche pas à toutes les questions encore ouvertes, comme le thème dans ce cas-ci; ces dernières furent relevées ultérieurement par des chercheurs et des chercheuses, ce qui explique d’une certaine façon la pertinence continue et la fréquence des citations de l’œuvre de Meillet.

  • 20 A. Meillet, «De quelques difficultés de la théorie des gutturales indo-européennes», p. 280.
  • 21 Comparez par exemple le nom գան (gan) «rossée, bagarre» < *gwhṇ-(n)i- (HAB, s.v.; H. K. Martirosyan (...)
  • 22 H. Pedersen trouva à redire sur le traitement de *-u-/-w-, qui selon lui ne devint arm. -v- qu’à la (...)
  • 23 Comparez H. K. Martirosyan, Etymological Dictionary of the Armenian Inherited Lexicon, p. 226 avec (...)
  • 24 Pour un aperçu de ces influences, voir R. Meyer, «Languages in Contact»; R. Schmitt, «Iranisches Le (...)

16En même temps, le deuxième exemple illustre qu’en dépit de ses connaissances prodigieuses et sa pénétration du matériau, même Meillet ne réussit pas toujours à trouver la bonne solution. L’une des étymologies désormais abandonnées est celle de գովեմ (govem) «louer» et des mots liés, qu’il met en connexion avec le latin faveō «louer», le vieux slave d’église govĕti «vénérer, être dévot» et d’autres20. Cette connexion évoque une reconstruction de forme *gwhou- pour la racine, résultat attendu pour une vélaire labialisée et aspirée21. Déjà remise en question par Pedersen pour des raisons de régularité de changement22 et malgré d’autres propositions postérieures23, govem appartient sans doute au groupe des mots empruntés au moyen iranien occidental, source d’innombrables influences lexicales, morphologiques et même syntaxiques24. H. Ačaean (HAB, I.582b) le lie au moyen persan gōw- <gw-> «dire, parler», au sogdien γwβ- «louer» et au vieux perse gaub- «se dire; professer», qui reflètent les formes iraniennes de l’étymon d’origine sans que la langue spécifique d’origine puisse être établie.

17Bien sûr, cet exemple d’une explication moins adroite ne diminue pas le statut du maître. Au contraire, son approche, qui s’appuyait sur les données disponibles au moment de l’écriture, était entièrement valable, même si elle s’est finalement révélée incorrecte. De telles erreurs mettent en relief à la fois la pratique de la méthode scientifique – une théorie prometteuse rejetée par suite de nouvelles découvertes – et l’importance de revenir de temps en temps sur d’anciennes propositions pour réévaluer leur valeur.

L’arménien et d’autres langues

18Meillet lui-même prouva cette nécessité d’actualisation en 1912, en revenant sur la question de l’influence des langues iraniennes sur l’arménien. Là, il souligna les défis auxquels les études de Hübschmann avaient été confrontées et remarqua à quel point de nouvelles données permettent une révision d’une situation plus spécifique:

  • 25 A. Meillet, «Sur les mots iraniens empruntés par l’arménien», p. 142 sq.

[L]’aristocratie parthe a exercé une action considérable dont la langue porte le témoignage. [… A]u moment où Hübschmann publiait ses Persische Studien (1895), on n’avait pas encore le moyen de bien distinguer les parlers du Sud-Ouest de ceux du centre et du Nord, au moins en ce qui concerne les formes anciennes de ces dialectes. […]
L’influence qui s’est exercée en Arménie étant parthe, c’est sous la forme du Nord que les mots doivent apparaître, et les particularités des emprunts s’expliquent alors d’une manière saisissante. Chacune des caractéristiques phonétiques notables du pehlevi manichéen du Nord se retrouve dans les anciens emprunts de l’arménien à l’iranien
25.

19C’est la publication des textes découverts à Tourfan par F. C. Andreas et d’autres qui permit à Meillet de faire une nouvelle évaluation de l’origine des emprunts iraniens en arménien. Les critères proposés n’ont pas changé au fil du temps: ce sont toujours les différents reflets en moyen iranien du nord-ouest (= parthe) et du sud-ouest (= moyen perse) d’un nombre de sons hérités du vieil iranien. Dans l’article cité, Meillet liste sept différences clés, ici représentées dans le tableau 1; les exemples donnés ne sont pas exclusivement ceux cités par Meillet, qui n’aurait parfois pas pu accéder à des correspondances si claires.

20En se servant de nouveaux textes en moyen perse et en parthe, qui n’étaient pas disponibles auparavant, Meillet était en mesure de signaler plus précisément l’origine des emprunts arméniens. Les correspondances consonantiques indiquent clairement la prévalence des sons attribuables au parthe, même si parfois les indices ne sont qu’indirects: dans les cas où manquent les mots correspondants en parthe, des formes divergentes en moyen perse ou même en farsi suffisent pour constater qu’elles n’étaient pas le modèle pour les emprunts arméniens. De plus, certains exemples illustrent l’importance de la Nebenüberlieferung, «l’attestation secondaire», des mots iraniens autrement inconnus en arménien; dans le tableau 1, l’exemple de նիրհ (nirh) «sommeil» illustre bien ce point.

moyen perse

parthe

arménien

h

s

վնաս (vnas) «dommage», cp. moyen perse wināh <wn’h>, farsi گناه (gunāh)

d

z

պարզ (parz) «pur, propre», cp. farsi پالودن (pālūdan) «purifier, filtrer» < moyen perse *pārūdan <p’rwdn>

y

δ

բուրաստան (burastan) «jardin, verger» < pth. δestān <bwdyst’n>

l

rd

վարդ (vard) «fleur, rose» < parthe wār <w’r>, cp. géorgien ვარდი (vardi), mais farsi گل (gol)

s

hr

նիրհ (nirh) «sommeil», cp. sanskrit nidrā́ < proto-indo-iranien *HnidráH

d-

b-

բարապան (barapan) «portier» < parthe barbān <brb’n>, cp. moyen perse darbān <drb’n>, farsi دربان (darbân)

st

št

հրեշտակ (hreštak) «ange, messager» < parthe frēštag <fryštg>, cp. moyen perse frēstag <frystg>

Tab. 1 - Différences consonantiques entre moyen perse et parthe.

  • 26 Cf. R. Meyer, «Alignment Change and Changing Alignments».
  • 27 À côté du mot բարապան (barapan) «portier» d’origine parthe (cité ci-dessus), l’arménien connaît aus (...)

21Cette constatation du lien particulier entre l’arménien et le parthe ne fut pas, évidemment, la fin de l’histoire sur ce sujet. Bien au contraire, un nombre considérable de chercheurs et de chercheuses ont consacré leurs recherches à l’actualisation et à l’augmentation des connaissances sur ce lien; il faut sous ce rapport mentionner surtout les travaux de Giancarlo Bolognesi. Ce dernier réussit non seulement à stratifier les emprunts parthes dans deux couches chronologiques (sans que les termini post ou ante quos soient connus exactement)26, mais aussi à établir et à expliquer l’existence des Doppelentlehnungen («emprunts doubles»)27. On voit donc à nouveau que l’œuvre de Meillet a été essentielle pour l’établissement et le développement d’une sous-discipline de la linguistique arménienne: la recherche sur les contacts.

22Enfin, il faut ajouter que même concernant des aspects de la linguistique et de la philologie arméniennes qui ne l’occupaient pas trop, Meillet était perspicace et visionnaire. Dans la préface de son Altarmenisches Elementarbuch (1913), il fait la remarque suivante sur la traduction de textes grecs en arménien, traductions fondamentales pour le développement de la littérature scientifique et philosophique en arménien et parmi les premières traductions en général:

  • 28 A. Meillet, Altarmenisches Elementarbuch, p. 4: «In einigen Übersetzungen philosophischer griechisc (...)

Dans certaines traductions d’œuvres philosophiques du grec, qui […] commencent déjà au VIe (ou Ve?) siècle, on trouve quelques particularités grammaticales […]; le lexique de ces traductions, qui est une reproduction servile des mots grecs, exerça une grande influence sur les auteurs plus tardifs; l’arménien classique ne connaît rien de ce type28.

  • 29 Des compositions normales se servent habituellement de plusieurs éléments autrement indépendants et (...)
  • 30 Pour une discussion plus détaillée de la différence structurelle entre ces trois termes, voir I. Ti (...)

23Ces propos concernent la création de calques, c’est-à-dire de traductions morphème par morphème des mots grecs en arménien, alors même que d’autres mots natifs avec (presque) la même signification existaient déjà. La proximité du vocabulaire (et souvent aussi de la structure) de certaines versions arméniennes par rapport à leurs originaux grecs peut être facilement illustrée sur la base d’exemples tirés de la τέχνη γραμματική (L’art de la grammaire), attribuée au grammairien du IIe s. av. J.-C. Denys de Thrace, l’un des premiers textes profanes traduits en arménien. Là, l’exemple du mot grec ἐνέργεια «activité; voix active» démontre bien une formation morphologiquement inhabituelle pour l’arménien: il est rendu en arménien morphème par morphème, donc comme ներգործութիւն (nergorcut‘iwn), où le préfixe ներ- (ner-) correspond au grec ἐν- «dans, à l’intérieur» (cp. arm. ներքո [nerk’o] «sous, dans»), tandis que le substantif գործ (gorc) «travail, action» est considéré comme l’équivalent du grec ἔργον et le suffixe abstrait arm. -ութիւն (-ut‘iwn) sert à refléter le grec -ια. Bien que l’arménien «standard» n’hésite pas à composer des mots, il le fait rarement à l’aide de préfixes tels que ներ- (ner-), mais utilise plutôt d’autres éléments nominaux ou verbaux29. En revanche, le concept du grec ϲυλλαβή «syllabe» n’est pas exprimé par une seule traduction, mais peut être rendu par վանգ (vang) «son, voix; syllabe», փաղառութիւն (p‘ałaut‘iwn) ou շաղաշար (šałašar) «entrelacé, uni; syllabe», sans qu’une distinction sémantique se manifeste étroitement dans le grec ou l’arménien30; les traductions de ce mot indiquent également qu’à côté du calque, l’extension sémantique est l’autre grand moyen de traduire les termes grecs qui n’ont pas d’équivalent immédiat en arménien, permettant ainsi la création d’un vocabulaire technique arménien et d’un métalangage linguistique.

  • 31 H. Manandyan, Hunaban dproc‘ə ew nra zargac‘man šrǰannerə.
  • 32 G. Muradyan, Grecisms in Ancient Armenian.

24L’étude de ces traductions, résumées sous l’appellation Յունաբան դպրոց (Yunaban dproc‘, «école hellénisante») depuis le livre fondateur de H. Manandyan31, est devenue au cours du XXe siècle une autre sous-discipline de la linguistique et de la philologie arméniennes dont l’apogée (relativement) récent est la compilation effectivement encyclopédique des grécismes en arménien rédigée par G. Muradyan32. Le fait que Meillet, sans avoir contribué au développement de ce champ de recherche en tant que tel, prévit la pertinence des différences fondamentales entre l’arménien autochtone et l’arménien de traduction une quinzaine d’années avant la parution du premier traité systématique met en relief à nouveau ses connaissances hors pair des moindres détails de la langue arménienne.

Les études syntaxiques

  • 33 Tous ces articles sont réunis dans un volume collectif sous la direction d’Émile Benveniste; voir A (...)

25La recherche sur la syntaxe diachronique de l’arménien représente l’un des domaines dans lesquels Meillet était pionnier. Ses études, datant du tournant du siècle, discutent, entre autres sujets, du rôle et de la place des démonstratifs, des règles d’accord de l’adjectif, de l’emploi des cas, des formes personnelles des verbes et du pluriel des substantifs33. Dans ses articles, Meillet décrit exhaustivement le comportement de l’arménien classique qui, en comparaison avec d’autres langues indo-européennes, manifeste parfois des structures moins clairement liées au niveau de la langue mère commune et plus complexes. Deux exemples, les accords morphosyntaxiques nominal et verbal, suffiront comme illustration.

  • 34 Ceci est une simplification; pour les détails, voir A. Meillet, «Recherches sur la syntaxe comparée (...)

26Dans le cadre du système nominal, et contrairement à d’autres langues indo-européennes anciennes et modernes, l’imposition de l’accord morphosyntaxique entre le substantif et l’adjectif n’est que faiblement respectée en arménien classique. Alors qu’en latin, en grec ancien et en sanskrit, les adjectifs et les noms s’accordent en cas, en nombre et en genre dans la plupart des circonstances, l’arménien ancien ne suit ce modèle qu’à un certain point: ainsi, seuls les adjectifs qui suivent le nom s’accordent obligatoirement, mais ceux qui le précèdent ne le font que facultativement et pas forcément dans toutes les catégories nominales34:

(1) փառաւք մեծաւք
p‘a
awk‘ mecawk‘
gloire.ins.pl grand.ins.pl
«avec grande gloire»

(2) մեծ ցասամբք
mec c‘asambk‘
grand colère.
ins.pl
«avec grande colère»

(3) մեծաւ պաղատանաւք
mecaw pałatanawk‘
grand.
ins supplication.ins.pl
«avec de grandes supplications»

  • 35 Ce proclitique peut être répété plusieurs fois pour marquer l’objet lui-même, des adjectifs et d’au (...)
  • 36 Voir A. Meillet, «Chute de consonnes finales en arménien».

27Malgré cette absence de marquage d’accord obligatoire, il y a d’autres manifestations au niveau des phrases nominales, par exemple celles marquées comme complément d’objet direct spécifique par le proclitique զ= (z=)35. Ce manque d’accord morphosyntaxique s’explique facilement, selon Meillet, par l’amuïssement et la chute ultérieure de la consonne finale en proto-arménien. Ces changements entraînaient la perte des anciennes formes casuelles et la refonte du système nominal, dans le cadre de laquelle l’ancienne obligation d’accord fut également perdue36.

  • 37 Une deuxième édition, entièrement remaniée, fut publiée en 1936, l’année de la mort de Meillet. Les (...)

28En liant de manière aisée et claire ces développements phonétiques avec des idiosyncrasies morphosyntaxiques de l’arménien, Meillet démontre une capacité analytique qui lui permit d’avoir une vision d’ensemble sans pareil de cette langue et qui fit de lui le chercheur idéal pour entreprendre l’écriture d’une grammaire comparée de cette langue, un exploit qu’il accomplit en 190337.

29Dans son Esquisse d’une grammaire comparée de l’arménien classique, Meillet explore aussi, entre autres, la structure du parfait périphrastique, innovation de l’arménien qui ne remonte pas au proto-indo-européen. À la base, cette construction fait une distinction entre les sujets des verbes intransitifs, qui se trouvent au nominatif comme dans le reste du système verbal, et les sujets des verbes transitifs, pour lesquels le génitif est prescrit. Les exemples suivants illustrent bien cette dichotomie:

(4) եւ իբրեւ այլ ոք ոչ էր մնացեալ
ew ibrew ayl ok‘ oč‘ ēr mnac‘eal
et quand autre
indf.nom.sg neg être.3sg.pst rester.ptcp

յազգէն
y=azgē=n
de=clan.abl.sg=det
«Et quand personne ne restait plus de son clan, …» (P‘awstos Buzand, Buzandaran Patmut‘iwnk‘ III.9)

(5) բազում անհամար չարիս գործեալ է
bazum anhamar č‘aris gorceal ē
beaucoup innombrable mal.
acc.pl faire.ptcp être.3sg.prs

ձեր
jer
2pl.gen
«Tu as fait d’innombrables maux.» (Łazar P‘arpec‘i,
Patmut‘iwn Hayoc‘ III.36)

30À côté des sujets – ոք (ok‘) «personne» au nominatif dans (4), ձեր (jer) «vous» au génitif dans (5) –, cette construction du parfait se compose d’un participe en -եալ (-eal) et parfois d’une forme fossilisée de la copule (3sg). Pour les verbes transitifs, la combinaison d’un sujet au génitif avec une forme verbale non personnelle, donc pas en accord avec le sujet, représente une énigme complexe d’étiologie pour la linguistique arménienne. Comme presque attendu à ce point, c’est Meillet qui offrit la première tentative d’explication:

  • 38 A. Meillet, Esquisse d’une grammaire comparée de l’arménien classique (1936), p. 129.

[L]e participe en -eal -եալ [contient le] suffixe *-lo- qui répond au -lo- du participe des temps composés du slave: nes-lù jesmi «j’ai porté», littéralement «je suis porteur»; l’emploi, au premier abord étrange, du génitif […] provient sans doute de ce que les participes en -eal -եալ représentent d’anciens substantifs: nora bereal ē նորա բերեալ է «il a porté» a dû signifier originairement «il y a porter de lui», c’est-à-dire que l’infinitif et le participe seraient des formations également nominales, mais de structure distincte38.

  • 39 G. Deeters, Armenisch und Südkaukasisch, p. 80.
  • 40 É. Benveniste, «La construction passive du parfait transitif», p. 58.

31Cette théorie, en dépit de sa simplicité et de son élégance, fut réfutée par G. Deeters39 qui invoqua l’incompatibilité de la proposition avec l’absence d’une structure parallèle intransitive du type նորա եկեալ է (nora ekeal ē) «il y a arriver de lui». É. Benveniste développe ce raisonnement en ajoutant qu’«[i]l faudrait admettre que -eal est participe dans le parfait intransitif, mais nom d’action dans le parfait transitif et là seulement, sans qu’on discerne non plus de raison à cette répartition»40.

  • 41 É. Benveniste, «La construction passive du parfait transitif»; R. Stempel, Die infiniten Verbalform (...)
  • 42 J. Lohmann, «Ist das idg. Perfektum nominalen Ursprungs?»; R. Meyer, Iranian Syntax in Classical Ar (...)
  • 43 Pour un résumé succinct, voir R. Meyer, «Armenian Morphosyntactic Alignment in Diachrony»; le fait (...)

32La question de l’origine de la construction du parfait périphrastique continue à tourmenter le monde de la linguistique diachronique arménienne jusqu’à aujourd’hui. Un nombre non négligeable d’autres explications furent avancées lors de cette période, s’essayant à trouver des solutions internes41 ou externes42. Toutes, sauf la plus récente, ont été rejetées pour diverses faiblesses, omissions ou inexactitudes43. C’est donc la proposition de Meillet qui amena divers linguistes à entreprendre différentes approches au cours du siècle précédent, illustrant encore une fois le caractère fondateur de ses thèses, même celles qui furent réfutées encore de son vivant.

33Enfin, même au-delà des sujets dont il traita en détail, Meillet démontre aussi, dans le champ de la syntaxe diachronique de l’arménien, sa connaissance quasi universelle de cette langue. Concernant l’influence du grec sur l’arménien, il remarqua non seulement que dans des textes profanes traduits, traités ci-dessus, le lexique et la composition des mots complexes suivent celle du grec, mais, de plus, que même au niveau de la traduction de la Bible (raison pour laquelle l’écriture arménienne fut inventée) les traces du grec se retrouvent partout:

  • 44 A. Meillet, Altarmenisches Elementarbuch, p. 3: Die Übersetzung der heiligen Schrift ist ja ganz sk (...)

Évidemment, la traduction des Saintes Écritures est complètement servile. Les auteurs des textes originaux et encore attestés, qui sont peu nombreux, imitèrent cette langue des traductions; leur culture était pareillement grecque ou syriaque. Les formes grammaticales employées sont bien sûr correctes et ne prêtent pas à des doutes; cependant la structure des propositions peut toujours démontrer des influences de langues étrangères; il faut donc se tenir sur ses gardes et prendre en compte les textes originaux autant que possible44.

34Un exemple de l’Évangile de Jean permettra d’examiner la proximité structurelle des deux versions dont parle Meillet; il est entendu que l’arménien respecte ses propres règles grammaticales, en ayant un article enclitique et non pas un article préposé comme le grec, et qu’il y a d’autres petites différences comme l’utilisation de cas spécifiques, dans notre cas un ablatif arménien, ի սկզբանէ (i skzbanē) «au commencement», au lieu du datif du grec, ἐν ἀρχῇ.

(6) ἐν ἀρχῇ ἦν ὁ λόγος
à début.dat.sg être.3sg.pst det.nom.sg.m mot.nom.sg.m

καὶ ὁ λόγος ἦν πρὸς
conj det.nom.sg.m mot.nom.sg.m être.3sg.pst chez

τὸν θεόν καὶ θεὸς
det.acc.sg.m dieu.acc.sg.m conj dieu.nom.sg.m

ἦν ὁ λόγος.
être.3sg.pst det.nom.sg.m mot.nom.sg.m

(7) ի սկզբանէ էր Բանն, եւ
i skzbanē ēr Ban=n ew
à début.
abl.sg être.3sg.pst mot.nom.sg=det conj

Բանն էր առ Աստուած, եւ
Ban=n ēr a Astuac ew
mot.nom.sg=det être.3sg.pst chez dieu.acc.sg conj

Աստուած էր Բանն
Astuac ēr Ban=n
dieu.nom.sg être.3sg.pst mot.nom.sg=det

«Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.» (Jean 1:1)

  • 45 La grammaire de H. Jensen (Altarmenische Grammatik) n’utilise guère d’exemples non bibliques et les (...)
  • 46 Voir, entre autres, B. Coulie, «Style et traduction»; G. Lafontaine, B. Coulie, La version arménien (...)

35L’arménien suit donc l’ordre des constituants et même, pour la plupart du temps, l’ordre des mots de l’original grec, sans abandonner entièrement les règles fondamentales de la grammaire arménienne comme l’accord entre les prépositions et les substantifs aux cas particuliers. En comparaison avec l’école hellénisante susmentionnée, la traduction de la Bible ne viole la grammaire qu’au niveau idiomatique. Les propos de Meillet ne doivent donc pas être pris au pied de la lettre; en même temps, des études linguistiques et même des manuels du XXe siècle s’appuyèrent beaucoup sur le matériau de la bible arménienne malgré cet avertissement45. Parfois, cette tendance se poursuit même au XXIe siècle en dépit de plusieurs études46 explicitant les différences non négligeables entre l’arménien biblique et l’arménien autochtone.

36Cependant, il y a assez d’exemples qui mettent en relief ce que Meillet avait à l’esprit quand il disait que la traduction de la Bible était «servile». L’exemple suivant l’illustre in extremis.

(8) Καὶ αὐτὸς ἦν ὁ Ἰησοῦς
conj int être.3sg.pst det.nom.sg.m Jésus.nom.sg.m

ὡσεὶ ἐτῶν τριάκοντα ἀρχόμενος
comme an.
gen.pl 30 commencer.ptcp.prs.act.nom.sg.m

ὢν ὡς ἐνομίζετο
être.
ptcp.prs.act.nom.sg.m comme croire.3sg.pst.pass

υἱός Ἰωσὴφ…
fils.
nom.sg.m Joseph.gen.sg.m

(9) Եւ ինքն Յիսուս էր ամաց իբրեւ
ew ink‘n Yisus ēr amac‘ ibrew
conj int Jésus être.3sg.pst an.gen.pl comme

երեսնից սկսեալ, որոց որպէս եւ
eresic‘ skseal oroc‘ orpēs ew
30.gen.pl commencer.ptcp.pf rel.gen.pl comme aussi

կարծէր, որդի Յովսեփայ
karcēr ordi Yovsep‘ay …
croire.
3sg.pst fils Joseph.gen.sg

«Jésus avait environ trente ans lorsqu’il commença [son ministère], étant, comme on le croyait, fils de Joseph …» (Luc 3:23)

  • 47 Cf. R. Meyer, «Translation and Transmission in the Armenian New Testament».

37Comme dans les exemples (6) et (7), il y a des différences dans l’ordre des mots qui sont dues à la grammaire arménienne. Or, la divergence la plus frappante consiste en la traduction du participe grec ὤν «étant» par un pronom relatif au génitif pluriel որոց (oroc‘) «desquels» en arménien, ce qui rend la traduction totalement incompréhensible. Cette erreur résulte de la dépendance excessive des traducteurs arméniens à la version grecque, dans le sens où, évidemment, la forme valait plus que le sens: car l’erreur s’explique facilement en rappelant la proximité phonétique et graphique du grec ὤν /ɔ́ːn/, participe déjà évoqué, et ὧν /hɔ̂ːn/. Ce dernier, qui est le génitif pluriel du pronom relatif, correspond donc exactement à la forme arménienne et suggère ainsi que la traduction provient de la méprise des deux formes citées47. Au moins dans cet exemple-ci, la traduction arménienne de la Bible était donc plus que «servile», puisque l’erreur résultant de la mauvaise traduction du texte est restée dans les manuscrits et les versions imprimées jusqu’à ce jour.

38Il est bien évident que les idées et les vues de Meillet sur la syntaxe diachronique de l’arménien ne constituèrent pas à chaque fois en même temps le début et la fin des considérations sur le sujet concerné; après tout, il fallait que ce champ de recherche se développe, d’autant plus que le domaine de la syntaxe diachronique était encore dans les limbes au temps de Meillet. Dans ce contexte, ses contributions doivent donc être comprises comme de premières tentatives d’exploration dans un domaine auparavant négligé. Les études, les progrès et les nouvelles questions issues de ces efforts initiaux témoignent sans équivoque de l’importance des travaux de Meillet pour cette sous-discipline aussi.

Conclusions

39Cet article ne se veut pas comme un récit exhaustif de la carrière et de l’œuvre arménologique d’Antoine Meillet – c’est un exploit déjà réalisé de manière admirable par Ch. de Lamberterie en 2006. Il a plutôt comme objectif de mettre en évidence le rôle unique que ce maître de la linguistique arménienne a joué dans la création de cette discipline.

40Comme l’un des derniers universalistes, Meillet a émis, dans ses travaux sur l’arménien ainsi que dans le cadre de ses études sur d’autres langues indo-européennes, des idées plus ou moins développées sur diverses questions qui se sont avérées fondamentales pour les générations suivantes de chercheurs et de chercheuses. Comme les exemples donnés ci-dessus l’ont démontré, il n’est pas important de savoir si Meillet avait raison ou tort, si ses traités étaient exhaustifs et indépassables ou non: ce qui importe, c’est le fait que ses études et remarques furent des points de départ pour d’autres érudits, qui reprirent un problème seulement partiellement résolu ou enrichirent une constatation avec de nouvelles données.

41Avec sa vision panoramique de la linguistique arménienne et indo-européenne en général et avec ses diverses propositions, Meillet réussit donc à influencer foncièrement non seulement ses propres élèves, mais aussi son domaine entier pour des décennies. Par conséquent, alors que Heinrich Hübschmann reste sans aucun doute et avec raison le «père» des études scientifiques en linguistique arménienne, Antoine Meillet mérite de la même façon, à vrai dire, au vu de sa productivité énorme et vaste, du nombre des sujets auxquels il toucha et de la pertinence continue de ses perspectives, même presque un siècle après sa disparition, le titre de «parrain» de cette discipline.

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Notes

1 Cf. J. J. Schröder, Aramean lezuin gandzi et, sur ce sujet, G. Bolognesi, «La stratificazione del lessico armeno nell’opera di J. J. Schröder».

2 É. Benveniste, «Avant-propos».

3 Ch. de Lamberterie, «La place de l’arménien dans la vie et l’œuvre d’Antoine Meillet».

4 J. Clackson, The Linguistic Relationship between Armenian and Greek.

5 B. A. Olsen, The Noun in Biblical Armenian.

6 H. K. Martirosyan, Etymological Dictionary of the Armenian Inherited Lexicon.

7 R. Meyer, Iranian Syntax in Classical Armenian.

8 H. Hübschmann, «Meillet, A., Esquisse d’une grammaire comparée de l’arménien classique. Vienne, 1903, Impr. des PP. Mékhitaristes. (XX, 116 S. Gr. 8) Frcs. 6», p. 1732: «Wenn A. Meillet, der eigentliche Vertreter der vergleichenden und armenischen Grammatik in Frankreich, es unternimmt, einen Abriß der armenischen Grammatik vom sprachwissenschaftlichen Standpunkt zu verfassen, so läßt sich von ihm erwarten, daß er etwas Vorzügliches leistet.»

9 A. Meillet, Esquisse d’une grammaire comparée de l’arménien classique (1936), p. 7.

10 A. Meillet, «Compte rendu de Hübschmann, Heinrich (1897) Armenische Grammatik. I Theil, Armenische Etymologie. II Abtheilung, Die syrischen und griechischen Lehnwœrter im altarmenischen und die echtarmenischen Wœrter», p. 385.

11 H. Pedersen, Les pronoms démonstratifs de l’ancien arménien, p. 26.

12 H. Ačaṙean, M. G. Nersisyan, Hayeren Armatakan Baṙaran (HAB) [Dictionnaire étymologique de l’arménien].

13 HAB, p. 15: «Հիւբշմանի մահից յետոյ հայ լեզուաբանութեան մեծագոյն հեղինակութիւնը եղաւ Meillet, լեզուաբանութեան ուսուցիչս, որ եւ այսօր ընդհանուր լեզուաբանութեան համաշխարհային հեղինակէ: 35 տարիների թըղթակցութեամբ բազմատեսակ ցուցումներ եմ ստացել իրանից, իր միջոցով ճշտել բազմաթիւ ստուգաբանութիւններ, ստացել իր հաւանութիւնը կամ մերժումը, որ եւ յաճախ յիշաաակում եմ բառարանիս մէջ։»

14 Par exemple, parmi beaucoup d’autres, A. Meillet, «Arm. cicałim», «Arm. hawasar», «Arm. khakor», «Arm. lsem» et «Arménien çiwkh».

15 Par exemple, parmi de nombreux autres, A. Meillet, «Étymologies», «Varia», «Étymologies arméniennes» (1898, 1900 et 1903).

16 A. Meillet, «Étymologies arméniennes» (1898), p. 279.

17 A. Meillet, «Étymologies arméniennes» (1900), p. 392.

18 Pour des objections, voir H. K. Martirosyan, Etymological Dictionary of the Armenian Inherited Lexicon, p. 38 avec bibliographie.

19 Comparez la proposition de J. Clackson (The Linguistic Relationship between Armenian and Greek, p. 223 n. 98) pour այգ (ayg) «matin» < *hs(e)us(s)i et la discussion dans H. K. Martirosyan (Etymological Dictionary of the Armenian Inherited Lexicon, p. 98) de անուրջք (anurǰk‘) «rêve, vision» < *h3nōr-i-o- (avec thématisation d’un locatif fossilisé).

20 A. Meillet, «De quelques difficultés de la théorie des gutturales indo-européennes», p. 280.

21 Comparez par exemple le nom գան (gan) «rossée, bagarre» < *gwhṇ-(n)i- (HAB, s.v.; H. K. Martirosyan, Etymological Dictionary of the Armenian Inherited Lexicon, p. 198).

22 H. Pedersen trouva à redire sur le traitement de *-u-/-w-, qui selon lui ne devint arm. -v- qu’à la fin du mot, mais -g- dans l’environnement intervocalique. La formation verbale en arménien prévue par Meillet aurait donc dû produire **gogem. Pedersen note par la suite qu’une connexion avec faveō n’est possible que sur la base d’une dérivation dénominale et propose govem «louer» < gov «louange» (H. Pedersen, Les pronoms démonstratifs de l’ancien arménien, p. 199).

23 Comparez H. K. Martirosyan, Etymological Dictionary of the Armenian Inherited Lexicon, p. 226 avec bibliographie.

24 Pour un aperçu de ces influences, voir R. Meyer, «Languages in Contact»; R. Schmitt, «Iranisches Lehngut im Armenischen».

25 A. Meillet, «Sur les mots iraniens empruntés par l’arménien», p. 142 sq.

26 Cf. R. Meyer, «Alignment Change and Changing Alignments».

27 À côté du mot բարապան (barapan) «portier» d’origine parthe (cité ci-dessus), l’arménien connaît aussi la forme դարապան (darapan), emprunté au moyen perse. Dans le champ lexical des termes administratifs, de tels doublets sont bien établis, par exemple aussi pour սպարապետ (sparapet) / սպայապետ (spayapet) «commandant en chef» ou մովպետ (movpet) / մոգպետ (mogpet) «grand prêtre». Il s’agit en effet de termes empruntés déjà au cours de la domination arsacide et puis supplantés (ou au moins mis en concurrence) par des équivalents sassanides après la chute de la dynastie arsacide en 428 apr. J.-C.

28 A. Meillet, Altarmenisches Elementarbuch, p. 4: «In einigen Übersetzungen philosophischer griechischer Werke, welche […] bis in das 6. (oder 5.?) Jahrhundert reichen, findet man einige grammatische Besonderheiten […]; der Wortschatz dieser Übersetzungen, der eine sklavische Nachbildung griechischer Wörter ist, hat auf die späteren Schriftsteller einen großen Einfluß geübt; das klassische Armenisch kennt nichts dieser Art.»

29 Des compositions normales se servent habituellement de plusieurs éléments autrement indépendants et les combinent avec une voyelle au milieu, par exemple բարեկամ (barekam) «ami» < bari-a-kam < bari «bon» et kam «désir, souhait»; ou այրուձի (ayruji) «cavalerie» < ayr «homme» et ji «cheval». Au sujet de la traduction de la τέχνη γραμματική, voir N. Adontz, Denys de Thrace et les commentateurs arméniens; J. Clackson, «The Technē in Armenian»; Ch. de Lamberterie, «De la Grèce à l’Arménie, et d’Homère à la Bible»; R. Meyer, «The Armenian Version of the τέχνη γραμματική».

30 Pour une discussion plus détaillée de la différence structurelle entre ces trois termes, voir I. Tinti, «Notes on the Armenian Names for the Syllable».

31 H. Manandyan, Hunaban dproc‘ə ew nra zargac‘man šrǰannerə.

32 G. Muradyan, Grecisms in Ancient Armenian.

33 Tous ces articles sont réunis dans un volume collectif sous la direction d’Émile Benveniste; voir A. Meillet, Études de linguistique et de philologie arméniennes I.

34 Ceci est une simplification; pour les détails, voir A. Meillet, «Recherches sur la syntaxe comparée de l’arménien I». Les exemples cités se trouvent passim dans les Buzandaran Patmut‘iwnk‘ (Epic Histories, une histoire de l’Arménie du Ve siècle).

35 Ce proclitique peut être répété plusieurs fois pour marquer l’objet lui-même, des adjectifs et d’autres phrases nominales qui le décrivent, ainsi que même des propositions subordonnées; voir R. Meyer, «Die “Präfixaufnahme” von z= im Altarmenischen».

36 Voir A. Meillet, «Chute de consonnes finales en arménien».

37 Une deuxième édition, entièrement remaniée, fut publiée en 1936, l’année de la mort de Meillet. Les changements consistent dans une mise à jour de certains passages, surtout sur le consonantisme et les types des présents, prenant en compte tous les développements linguistiques depuis 1902; ceci dit, certains problèmes demeuraient (voir plus bas).

38 A. Meillet, Esquisse d’une grammaire comparée de l’arménien classique (1936), p. 129.

39 G. Deeters, Armenisch und Südkaukasisch, p. 80.

40 É. Benveniste, «La construction passive du parfait transitif», p. 58.

41 É. Benveniste, «La construction passive du parfait transitif»; R. Stempel, Die infiniten Verbalformen des Armenischen; J. J. S. Weitenberg, «Infinitive and Participle in Armenian».

42 J. Lohmann, «Ist das idg. Perfektum nominalen Ursprungs?»; R. Meyer, Iranian Syntax in Classical Armenian; K. H. Schmidt, «Ergativkonstruktion und Aspekt»; E. G. Tumanyan, «Существует ли эргатив в индоевропейских языках? [Y a-t-il un cas érgatif dans les langues indo-européennes?]».

43 Pour un résumé succinct, voir R. Meyer, «Armenian Morphosyntactic Alignment in Diachrony»; le fait que la dernière proposition n’a pas encore été rejetée est très possiblement dû à sa relative nouveauté.

44 A. Meillet, Altarmenisches Elementarbuch, p. 3: Die Übersetzung der heiligen Schrift ist ja ganz sklavisch. Die Verfasser der wenigen originalen erhaltenen Texte haben diese Sprache der Übersetzungen nachgeahmt, und ihre Kultur war auch griechisch oder syrisch. Die angewendeten grammatischen Formen sind natürlich korrekt und geben zu keinem Zweifel Anlaß; aber die Struktur der Sätze kann immer von den fremden Sprachen beeinflußt worden sein; man muß daher stets auf der Hut sein und die Originale soviel wie möglich berücksichtigen.

45 La grammaire de H. Jensen (Altarmenische Grammatik) n’utilise guère d’exemples non bibliques et les manuels de R. W. Thomson (An Introduction to Classical Armenian) et J.-F. R. Mondon (GRABAR. ԳՐԱԲԱՐ. An Introduction to Classical Armenian) se basent pareillement surtout sur les évangiles et d’autres textes bibliques.

46 Voir, entre autres, B. Coulie, «Style et traduction»; G. Lafontaine, B. Coulie, La version arménienne des discours de Grégoire de Nazianze; R. Meyer, «Syntactical Peculiarities of Relative Clauses in the Armenian New Testament».

47 Cf. R. Meyer, «Translation and Transmission in the Armenian New Testament».

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Pour citer cet article

Référence papier

Robin Meyer, « Antoine Meillet, parrain de la linguistique arménienne* »Études de lettres, 322 | 2023, 73-96.

Référence électronique

Robin Meyer, « Antoine Meillet, parrain de la linguistique arménienne* »Études de lettres [En ligne], 322 | 2023, mis en ligne le 15 décembre 2023, consulté le 25 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/edl/6956 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/edl.6956

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Auteur

Robin Meyer

Université de Lausanne

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