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Regards historiques

Les comptes rendus doubles de Meillet

Hava Bat-Zeev Shyldkrot
p. 155-188

Résumés

Le but de cet article qui fait partie d’un travail de longue haleine est d’analyser les écrits de Meillet en nous focalisant sur ce que nous appelons ses «écrits mineurs». Ce terme inclut les comptes rendus, les préfaces, les notes, les actes de conférence, les chroniques de journaux, qui, tous, concernent les langues romanes et le français en particulier. Ce faisant, nous mettons en avant l’idée de «compte rendu double» qui concerne des livres que Meillet a recensés plus d’une fois, soit sur la même plateforme à l’occasion d’une nouvelle édition ou de la parution d’un volume supplémentaire, soit dans des revues différentes, probablement pour faire connaître le livre à un public varié. Nous expliquerons les raisons pour lesquelles un livre a été évalué plusieurs fois, démontrant ainsi l’importance que Meillet accordait à certains sujets ou chercheurs, définissant ainsi le domaine de la linguistique de son époque.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 A. Chervel, Histoire de l’agrégation, p. 281-285.
  • 2 Le sujet de sa dissertation était «On disait au siècle dernier: Les Français sont les grammairiens (...)
  • 3 H. Bat-Zeev Shyldkrot, «Antoine Meillet devant la linguistique contemporaine» et «Antoine Meillet p (...)

1Le nom d’Antoine Meillet (1866-1936) a toujours été réputé au sein de la communauté linguistique, surtout pour sa contribution à la linguistique historique et comparée des langues indo-européennes. Déjà à l’épreuve écrite de l’agrégation1, alors qu’il n’avait que 23 ans, il soutient avec conviction la primauté des Allemands sur les Français en matière de grammaire, sujet qu’il abordera à maintes reprises et qui le touchera profondément2. Quelques années plus tard, il est considéré comme l’autorité incontestée dans le domaine indiqué et est cité d’innombrables fois par ses collègues comparatistes et indo-européanistes dans le monde entier, ainsi que par les chercheurs d’autres familles de langues. Jusqu’à nos jours, les recherches de Meillet concernant divers aspects de la linguistique historico-comparée, la sociologie et les politiques linguistiques font l’objet de débats incessants3.

  • 4 A. Meillet, «L’évolution des formes grammaticales».
  • 5 H. Bat-Zeev Shyldkrot, «Antoine Meillet devant la linguistique contemporaine».
  • 6 É. Benveniste, «Les transformations des catégories linguistiques».
  • 7 T. Givón, «Historical Syntax and Synchronic Morphology».
  • 8 On trouve également ce terme dans J. Kuryłowicz, «L’évolution des catégories grammaticales», p. 69. (...)

2Environ cinquante ans après sa disparition, au début des années 1980, grâce à l’attention portée à la linguistique historique et au changement linguistique aux États-Unis, le terme «grammaticalisation» qu’il avait forgé pour décrire le passage d’un mot autonome à un mot-outil4 devient le mot clé pour la description de certains changements linguistiques. La grammaticalisation constitue un objet de recherche en Europe bien après s’être étendue dans les grands centres universitaires des États-Unis. L’Université de Stanford organise un colloque important en 1983 intitulé «Grammaticalisation» avec la participation d’éminents linguistes américains (E. C. Traugott, P. J. Hopper, B. Heine, W. P. Lehmann). Les chercheurs américains continuent d’ailleurs de citer Meillet abondamment, souvent même sans référence directe à son travail5. Il est vrai que des conceptions semblables concernant le processus de changement catégoriel ont été exprimées par Benveniste en 19686 et par Givón en 19717 sans qu’ils n’aient pour autant mentionné le nom de Meillet ni, non plus, le terme «grammaticalisation»8. C’est en effet à Meillet que l’on pense quand on évoque la grammaticalisation et c’est certainement à lui que l’on doit l’introduction d’une toute nouvelle terminologie concernant ce processus (regrammaticalisation, dégrammaticalisation, réanalyse, transcatégorisation, gradation, etc.). On peut effectivement considérer que c’est par le biais de la linguistique américaine que certaines idées de Meillet ont été reconnues en Europe et en particulier en France.

  • 9 A. Quattordio Moreschini (a cura di), L’opera scientifica di Antoine Meillet; S. Auroux (dir.), Ant (...)
  • 10 S. Auroux (dir.), Antoine Meillet et la linguistique de son temps.
  • 11 Deux linguistes juifs de notoriété internationale qui se sont enfuis d’Allemagne pour s’installer a (...)
  • 12 C. Normand, Ch. Puech, «Meillet et la tradition française».
  • 13 Pour les actes, voir G. Bergounioux, Ch. de Lamberterie (dir.), Meillet aujourd’hui.

3À ce moment-là, plusieurs événements linguistiques consacrés à l’œuvre de Meillet ont eu lieu et un certain nombre d’ouvrages scientifiques, traitant de son héritage, ont été publiés9. Le colloque organisé par S. Auroux et K. Koerner à Nanterre10 a connu un grand succès et a accueilli des sommités linguistiques telles que Y. Malkiel et H. M. Hoenigswald11. Lors du colloque qui s’est tenu en Italie, C. Normand et Ch. Puech soulèvent quelques problèmes qui ne cessent de préoccuper les linguistes. À leurs yeux, Meillet reste une figure énigmatique et le désir de mieux le connaître n’arrête pas de les poursuivre. Pour eux, il incarne une certaine continuité française qui établit un rapport entre la philologie, la grammaire comparée, la linguistique historique et les aspects sociaux du langage. Ils voient dans l’importance attribuée par Meillet à l’autonomie de la langue – «la langue en elle-même» – un des principes fondamentaux de la linguistique12. Ces événements et la parution des ouvrages cités octroient à Meillet une grande autorité, incitent les chercheurs à comprendre, à explorer ses positions qui restent assez indéchiffrables, malgré les multiples efforts pour les analyser. Un autre colloque consacré à Meillet s’est tenu en 2000 à l’Abbaye de Noirlac. À cette occasion, outre les études meilletiennes des langues indo-européennes et indo-iraniennes, G. Bergounioux et A.-M. Fryba-Reber présentent les journaux de Meillet et P. Swiggers tente de compléter encore la bibliographie de ses travaux13.

  • 14 En particulier: É. Benveniste, «Bibliographie des travaux d’Antoine Meillet»; A. Mazon, «Antoine Me (...)

4Une grande partie de ses écrits est constituée de comptes rendus qui avaient intéressé les linguistes, mais qui exigeaient un travail de recensement considérable. Or, en dehors de tentatives isolées14, les quelque deux mille comptes rendus de Meillet sont restés plutôt à l’écart. Il est vrai que leur nombre est si impressionnant, abordant des sujets si variés et figurant dans tant de revues qu’il est extrêmement difficile d’en dresser un inventaire complet. D’autant plus que certains ouvrages ont été recensés plus d’une fois sur des plateformes différentes et que certains comptes rendus ont été publiés dans des revues locales à accès compliqué. Ainsi É. Benveniste:

  • 15 É. Benveniste, «Bibliographie des travaux d’Antoine Meillet», p. 43.

Il a fallu renoncer à dresser une liste, même approximative, des comptes rendus: ceux-ci ne remplissent pas seulement le fascicule bibliographique annuel du Bulletin depuis 1907; on en trouve beaucoup dans la Revue Critique (depuis 1890) et dans nombre de revues linguistiques ou philologiques françaises ou étrangères. Je n’ai fait exception que pour quelques recensions particulièrement développées, parues hors du Bulletin et publiées parfois en forme d’article15.

De même, A. Mazon, qui a recensé l’œuvre de Meillet pour le domaine slave, signale, lui aussi, que:

  • 16 A. Mazon, «Antoine Meillet», p. 211.

Il ne saurait être question de donner ici la bibliographie complète, même pour les slavica, de l’œuvre que laisse Antoine Meillet. Cette bibliographie sera publiée prochainement par les soins de la Société de linguistique, sous la direction de M. Benveniste, en même temps qu’une notice biographique détaillée due à J. Vendryes16.

5Pourtant, un examen minutieux de ces comptes rendus pourrait éclairer quelques-unes de ses positions et déceler une certaine évolution dans ses conceptions. Certaines pensées qui ont été élaborées dans ces comptes rendus ont eu moins d’écho dans les autres travaux. En revanche, quelques idées significatives admises par la linguistique moderne ont été émises par Meillet il y a déjà plus d’un demi-siècle.

  • 17 J. Loicq, Mémorial Antoine Meillet publié à l’occasion du centenaire de sa nomination au Collège de (...)
  • 18 J. Loicq, «Compléments au Mémorial Antoine Meillet».
  • 19 S. Moret, «Un petit texte inédit d’Antoine Meillet».

6Ainsi, J. Loicq17, qui a, il y a plusieurs années, dressé une liste des écrits de Meillet, s’est vite aperçu que certains travaux, notamment des comptes rendus, ont été laissés de côté et il a publié un complément à son mémorial en 201518. Il semble qu’il y ait encore des difficultés à récupérer tous les écrits de Meillet, même si on arrive à en recenser de plus en plus19.

  • 20 Par écrits mineurs nous entendons tout ce qui n’est pas livre ou manuel de grammaire.

7Le but de cet article, qui constitue une partie d’un travail de longue haleine, est de scruter et d’analyser les écrits de Meillet que nous intitulons mineurs20 et qui concernent les langues romanes, en particulier le français, à savoir les comptes rendus, les préfaces, les notes, les mélanges, les actes de conférences, les chroniques de journaux et quelques articles. Ce faisant, nous nous sommes aperçue que Meillet avait recensé certains livres plus d’une fois, quelques-uns même jusqu’à trois fois, soit sur la même plateforme à l’occasion d’une nouvelle édition ou de la parution d’un volume supplémentaire, soit dans des revues différentes, probablement pour faire connaître le livre à un public varié. Nous intitulons ces recensions «comptes rendus doubles». Un exemple de ce processus est mentionné par Meillet lui-même dans une lettre écrite à Charles Bally le 25 novembre 1916, à propos du livre de Saussure:

  • 21 Note d’Amacker: BSL 20 (no64), 1916, 32-36; puis Revue critique d’Histoire et de Littérature 83, 19 (...)
  • 22 R. Amacker, «Correspondance Bally-Meillet (1906-1932)», p. 111.

Je suis heureux que vous soyez content de mon compte rendu de Saussure. Je serai obligé d’en faire deux autres, l’un pour la Revue critique (il est fait), l’autre pour Scientia (la revue italienne)2122.

  • 23 Ibid.
  • 24 M. Grammont, La dissimilation consonantique dans les langues indo-européennes et dans les langues r (...)

8On comprend qu’il se voyait obligé de faire une recension pour le Bulletin de la Société de linguistique de ce livre dont il disait qu’il «répond[ait] à un besoin»23, en écrire deux autres était vraisemblablement à la demande des revues, probablement pour faire connaître le livre aux lecteurs de celles-ci. Notons également que jusqu’en 1896 Meillet s’est contenté d’évaluer uniquement des ouvrages concernant la linguistique comparée indo-européenne. C’est à partir de cette date qu’il a commencé à analyser des écrits ayant trait au français et aux langues romanes24. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que Meillet, à lui seul, était chargé des comptes rendus pour le Bulletin de la Société de linguistique pendant une période assez longue et avait pris l’habitude de recenser même les livres dont le sujet ne faisait pas partie de sa spécialité. Signalons aussi qu’il lui arriva de recenser ses propres livres.

  • 25 G. Bergounioux, «Meillet et les études sur le français».
  • 26 J. E. Joseph, «Structure, mentalité, société, civilisation».
  • 27 Ibid.

9G. Bergounioux25 et J. E. Joseph26 ont tous les deux essayé de commenter l’apport de Meillet au français. Bergounioux a retrouvé dans la bibliographie faite par Benveniste seulement dix-huit publications sur le français et attribue ce fait au partage universitaire rigide entre romanistes et indo-européanistes dû à la politique interne au sein des facultés françaises. Joseph27 estime que Meillet a construit son cadre théorique avec sa connaissance d’un grand nombre de langues anciennes et modernes, mais c’est sûrement sa langue maternelle, le français, qui l’a informé plus qu’aucune autre. En effet, il écrit la plupart du temps dans sa langue maternelle et se sert essentiellement d’exemples français même quand il élabore des théories générales telles que le bilinguisme, la grammaticalisation, les aspects sociaux, l’évolution des langues, le sort des parlers locaux ou l’enseignement.

10La première partie de cet article sera consacrée à l’explication de la méthode adoptée pour la constitution du corpus et de son classement. Dans la seconde, nous analyserons, en guise d’exemples, quelques comptes rendus significatifs qui témoignent d’un double recensement et qui semblent démontrer certaines de ses orientations ou dispositions à l’égard de la famille des langues romanes. Dans la troisième et dernière partie, nous chercherons à démontrer que l’intérêt de Meillet pour les langues romanes, et pour le français en particulier, était considérable, même s’il n’y a pas consacré un volume entier. Nous nous proposons d’analyser rétrospectivement ses conceptions telles qu’elles apparaissent dans les écrits mineurs, afin d’évaluer la contribution de ses idées à la linguistique contemporaine et dégager son originalité posthume.

Constitution du corpus et classement

  • 28 Plusieurs ouvrages ont été évalués dans la Revue critique et dans le Bulletin de la Société de ling (...)

11La première étape de ce travail a consisté à collecter et à répertorier tous ces comptes rendus. Nous avons donc dépouillé toutes les revues susceptibles d’avoir publié un compte rendu ou un écrit mineur quelconque se référant essentiellement aux langues romanes, laissant de côté les revues dédiées à d’autres familles linguistiques. Un corpus de plus de 400 comptes rendus et écrits mineurs a été constitué. La Revue critique (1890-1933), le Bulletin de la Société de linguistique de Paris (1908-1935)28 et une trentaine d’autres plateformes qui abordent des problèmes touchant à ces langues ont été consultés et les recensions analysées selon divers paramètres. Voici la liste des revues inventoriées:

L’Année psychologique
Bulletin de la Société de linguistique de Paris
Bulletin de la Société française de pédagogie
Revue critique d’histoire et de littérature
Revue bleue
Revue bourguignonne de l’enseignement supérieur
Revue de philologie française
Revue internationale de sociologie
L’Année sociologique
Les Semailles
[bulletin officiel du syndicat des membres de l’enseignement de la Seine]
Scientia
Bulletin de l’Alliance française
Rivista di Scienza
The Romanic Review
Zeitschrift für französische Sprache und Literatur
Revue de métaphysique et de morale
Revue des idées
Revue du mois
Revue philosophique de la France et de l’étranger
Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres
Annuaire de l’École pratique des hautes études
Bulletin de l’Association Guillaume Budé
Journal des savants
Revue internationale de l’enseignement
Archivio Glottologico Italiano
Germanisch-romanische Monatsschrift
Litteris
Revue belge de philologie et d’histoire
Revue de linguistique romane
Société d’émulation du Bourbonnais
Wörter und Sachen
La Science française
Le Temps
[quotidien]
L’Europe nouvelle [revue hebdomadaire]

  • 29 M. Ruhlen, A Guide to the World’s Languages ou M. Haspelmath et al. (ed.), Language Typology and La (...)

12La seconde étape suit deux axes distinctifs. Une liste des langues romanes mentionnées dans les écrits de Meillet est dressée. Cette tâche est assez complexe en raison des variations potentielles d’une telle liste selon le cadre typologique adopté29. Même à l’intérieur d’un cadre théorique similaire, les critères peuvent varier considérablement – ce qui modifie le nombre de langues incluses. La classification indique également si chaque élément concerne l’unité romane dans son ensemble, plusieurs langues romanes ou une seule langue romane. Des sections distinctes couvrent le vieux français, que Meillet a souvent abordé, ainsi que les dialectes français contemporains à l’intérieur ou à l’extérieur de la France. Voici comment se présente le classement des langues:

A. Les langues
a. Toutes les langues romanes
b. Plusieurs langues romanes
c. Langue individuelle
c.1. Le français
c.1. A. Le vieux français
c.1. B. Dialectes sur le territoire français
c.1. C. Le français et une autre langue
c.1. D. Dialectes du français hors du territoire
c.2. L’italien
c.3. L’espagnol
c.4. Le portugais
c.5. Le roumain
c.6. Le catalan
c.7. Le provençal/l’occitan
c.8. Le sarde
c.9. Le dalmate
c.10. Le rhéto-roman
d. Langues romanes et une ou plusieurs autres langues
B. Langues de plusieurs familles linguistiques

13 Le deuxième axe s’appuiera sur les branches de la linguistique traitées dans les écrits de Meillet. Sa perspective montrera que certaines disciplines linguistiques contemporaines n’existaient pas en tant que telles, certaines ont été étudiées comme faisant partie d’autres et leur importance relative a beaucoup changé depuis l’époque de Meillet. De même, les frontières entre les disciplines linguistiques (phonologie et phonétique; dialectologie et linguistique géographique) ont été transformées ou tout au moins modifiées, tout comme le rapport entre la linguistique et d’autres disciplines (anthropologie, littérature, histoire, sociologie, psychologie).

14 Cette classification comprendra des disciplines linguistiques majeures telles que la syntaxe, la morphologie, la phonologie et la linguistique historique, ainsi que des domaines moins centraux tels que la versification et la stylistique, essentiels dans la pensée de l’époque. Certaines disciplines telles que la sémantique sont étudiées avec la lexicologie et ne forment pas un domaine théorique distinct. La sociolinguistique, qui à son époque n’en était qu’à ses débuts – étudiée sous le titre «aspects sociaux de la langue» –, et l’étude de la dialectologie semblent avoir repris de l’importance avec la montée de l’intérêt pour les études culturelles et la conservation du patrimoine culturel local dont les langues et les dialectes régionaux. Compte tenu de cela, le classement que nous proposons représente une vision moderne de sa perspective, tout en tentant de refléter fidèlement les conceptions de Meillet. Voici la liste des rubriques mentionnées:

C. Les rubriques
I. Grammaire
II. Grammaire historique et histoire de la langue
III. Phonétique et phonologie
IV. Morphologie
V. Syntaxe
VI. Sémantique et lexicologie
VII. Étymologie
VIII. Stylistique
IX. Aspects sociaux de la langue
X. Dialectes et géographie linguistique
XI. Versification
XII. Orthographe
XIII. Onomastique
XIV. Évolution de la langue et changements linguistiques
XV. Enseignement et pédagogie
XVI. Linguistique générale
XVII. Histoire externe
XVIII. Dictionnaires
XIX. Bibliographie
XX. Festschrift / Mélanges / Étrennes
XXI. Nécrologies
XXII. Actes de colloques et de conférences
XXIII. Revues et périodiques
XXIV. Préfaces et avant-propos

15Lors de notre recherche, nous avons trouvé un certain nombre de livres recensés deux fois et au moins trois ouvrages évalués trois fois, parmi lesquels le Cours de linguistique générale (1916) de Ferdinand de Saussure, analysé dans le Bulletin de la Société de linguistique de Paris, dans la Revue critique et dans Scientia. Parmi les livres qui ont bénéficié d’une critique double, on trouve Le vers français de Maurice Grammont (1895), analysé dans la Revue critique et dans la Revue du mois; et l’Essai de sémantique (1897) de Michel Bréal, recensé dans la Revue critique et dans L’Année sociologique.

Exemples de comptes rendus

16Dans cette partie, nous analysons certains comptes rendus des ouvrages de Charles Bally, de Ferdinand Brunot et de Michel Bréal, rédigés peu après leur parution. Nous avons choisi ces trois éminents chercheurs, vu que Meillet n’a pas manqué d’exprimer son avis à l’occasion de la publication de chacun de leurs écrits.

Comptes rendus d’Antoine Meillet

Revues
et livres

Tome

Pages

Titre

Année

Auteur
et éditions

Thèmes

Langues

Commentaires de Meillet

Revue
critique

61

16

Précis de stylistique. Esquisse d’une méthode fondée sur l’étude du français moderne

1906

Ch. Bally, Genève, Eggimann

VIII. Stylistique

A.c.1.
Le français

M. reconnaît que les questions qu’examine Bally ne sont pas entièrement nouvelles: la valeur des mots, le langage figuré, les synonymes et l’expression des sentiments. La particularité du livre consiste à rapprocher ces données entre elles. L’auteur offre une méthode de travail plus qu’il n’expose un éventail de faits. Meillet signale qu’il y a autant de manières de s’exprimer que de groupes sociaux distincts. Ces considérations auraient dû être discutées.

L’Année
sociologique

11e année

796-798

Traité de stylistique française. 2 volumes

1909

Ch. Bally,
Klincksieck, Paris,
Winter, Heidelberg

VIII. Stylistique

IX.

Aspects sociaux de la langue

A.c.1.
Le français

Cette publication pertinente montre comment tirer profit de la langue sans se focaliser sur la morphologie ou la grammaire. Bally évoque l’importance du groupe social et du contexte de situation. C’est la première fois que la langue est examinée systématiquement au point de vue de l’usage. Bally introduit par-là une science qui s’intitulera la sociolinguistique et qui sera plus tard appliquée à la linguistique générale également.

Bulletin de la Société de linguistique de Paris

16

118-122

Traité de stylistique française. Vol. 1

1909

Ch. Bally,
Klincksieck, Paris,
Winter, Heidelberg

II. Grammaire historique et

histoire de la langue

A.c.1.
Le français

Ce livre dédié à F. de Saussure est né de l’enseignement de Bally à l’Université de Genève. C’est l’un des ouvrages de linguistique les plus originaux des dernières années. Bally cherche une nouvelle façon d’observer la vie réelle des langues. Le mot stylistique dans le titre risque de tromper le lecteur français. Or, la langue écrite n’est nullement abordée dans ce livre dont l’objet est d’étudier la langue dans son fonctionnement actuel en faisant abstraction de l’histoire. Pour Bally, la stylistique est l’expression des faits de la sensibilité par le langage. Ce faisant, l’auteur engage une réelle révolution. À l’intérieur de la langue française, il y a autant de manières de parler que de classes sociales distinctes. Le traité de Bally souligne toutes ces différences. M. préconise que la forme est la seule chose précise et le seul point à partir duquel on puisse entamer une recherche rigoureuse.

Bulletin de la Société de linguistique de Paris

22

232

Traité de stylistique française. Seconde édition. II volumes

1920

Ch. Bally,
Winter, Heidelberg

VIII. Stylistique

A.c.1.
Le français

Ce livre est important tant pour l’étude du français que pour l’étude de la linguistique générale. Les difficultés d’impression ont obligé l’éditeur à réimprimer la première édition mécaniquement.

Bulletin de la Société de linguistique de Paris

32

123

La crise du français. Notre langue maternelle à l’école

1930

Ch. Bally,
Delachaux et Niestlé,

Neuchâtel, Paris

I.

Grammaire

II. Grammaire historique et histoire de la langue

A.c.1.
Le français

Meillet conteste la tentative de Bally de former une discipline pédagogique à partir de faits linguistiques. La démarche de l’auteur qui consiste à fixer comme point de départ l’usage courant de la langue risque de causer la perte du «français normal».

Bulletin de la Société de linguistique de Paris

34

84-

87

Linguistique générale et linguistique française

1932

Ch. Bally,
Leroux, Paris

II. Grammaire historique et histoire de la langue

A.c.1.
Le français

Le livre de Bally retrace l’histoire des langues pour mettre en évidence l’usage actuel du français et prédire le développement de la langue. L’objet principal de l’auteur est de présenter les faits de la langue française. Il y parvient d’une certaine manière. Bien que l’auteur soit parti du sens et non du signe, les résultats qu’il a obtenus sont intéressants.

Bulletin de la Société de linguistique de Paris

16

332-334

Histoire de la langue française des origines à 1900. T. III – La formation de la langue française (1600-1660). Partie I

1909

F. Brunot,

Colin, Paris

II. Grammaire historique et histoire de la langue

A. c.1.

Le français

A.c.1.D.

Le français hors de France

L’auteur expose l’histoire du français de 1600-1660 pour indiquer le moment où s’est fixé l’usage classique de la langue. Il suit l’histoire de la langue avec précision en faisant ressortir les grandes lignes du français de la Cour royale et de Paris sans toutefois mentionner l’information concernant l’état du français en dehors de ces salons. Le deuxième et le troisième chapitre permettent de comprendre à quel point la langue était déjà fixée. Brunot renvoie constamment aux auteurs spécialistes du français de la période étudiée. Les données sont conséquentes. Les dialectes les moins pertinents ne sont pas traités. L’amuïssement des désinences permet au français de devenir une langue à préfixation plutôt qu’une langue à suffixation.

Bulletin de la Société de linguistique de Paris

16

122-123

L’enseignement de la langue française (cours de méthodologie professé à la Faculté des Lettres de Paris en 1908-1909)

1909

F. Brunot,

Colin, Paris

I.

Grammaire

V. Enseignement et pédagogie

A.c.1.

Le français

Ce petit livre expose l’enseignement de la langue française dans les écoles primaires et suggère comment il devrait être. Toutes les notions abstraites y sont dénoncées. L’analyse logique est mise en lumière. L’auteur répète que la linguistique est une science historique et que le langage est un fait social.

Bulletin de la Société de linguistique de Paris

17

96-

99

Histoire de la langue française des origines à 1900. T. III – La formation de la langue classique (1600-1660). Partie II

1911

F. Brunot, Colin, Paris

II. Grammaire historique et histoire de la langue

A.c.1.

Le français

Cette deuxième partie du IIIe tome est l’une des plus importantes de l’ouvrage. L’auteur examine la période où le français s’est fixé définitivement. Les faits de syntaxe qui y sont examinés sont ceux qui intéressent les gens qui ont fixé la langue. Brunot tente de montrer, à travers les opinions des grammairiens, quels étaient les critères qui ont permis à la langue de se développer dans cette direction. L’examen de certaines formes telles que les formes de prétérit est négligé. En revanche, d’autres formes comme l’usage obligatoire des articles définis et indéfinis sont bien mises en évidence tout comme la cohésion de l’auxiliaire et du participe dans le groupe nominal. Les questions de syntaxe et de style sont liées les unes aux autres et une partie du livre touche à la formation du style français. Il importe que d’autres suivent la voie très appréciable de Brunot et éclairent davantage le développement de la langue.

Bulletin de la Société de linguistique de Paris

19

76-79

Histoire de la langue française des origines à 1900. T. IV – La langue classique (1660-1715). Partie I

1913

F. Brunot, Colin, Paris

II. Grammaire historique et histoire de la langue

A.c.1.

Le français

Ce volume constitue la première partie du tome IV. On y trouve un exposé d’une partie de la période proprement classique. Il en ressort que tous les termes vulgaires, techniques, des métiers, de la science, de l’art, les mots provinciaux et les parisianismes vulgaires sont évités. Le français que l’on fixe est celui des gens sans aucune profession et qui vivent seulement de la vie en société. M. insiste sur le fait que le langage français et poli de la Cour s’est fixé aux alentours de 1660. Il note que Brunot n’a pas su mettre le doigt sur cette langue. Pourtant, le français n’a pas été fixé comme langue littéraire par les écrivains, mais plutôt comme une langue de société. Pour mieux se rendre compte de l’histoire du français, il conviendrait de savoir quelle était, à ce moment-là, la situation des parlers locaux. L’ouvrage démontre comment les influences sociales ont déterminé la fixation de la langue.

Bulletin de la Société de linguistique de Paris

21

75-78

Histoire de la langue française des origines à 1900. T. V. – Le français hors de France au XVIIe siècle

1917

F. Brunot, Colin, Paris

II. Grammaire historique et histoire de la langue

A. c.1.

Le français

A.c.1.D.

Le français hors de France

Ce volume paru pendant la guerre fait honneur à la France et à la langue nationale du peuple français, tout en démontrant comment le français est devenu «langue universelle». Notons également que sous le règne de Louis XIV le français est devenu une langue diplomatique. L’ouvrage est constitué de petits mémoires originaux dont l’ensemble donne une idée claire. Le français de Paris en usage dans les cercles bourgeois et chez les nobles exclut les habitants des campagnes et des petites villes, qui employaient des parlers locaux. M. regrette que le livre de Brunot, si riche en faits sur le français, ne prenne pas en considération le rapprochement avec l’histoire des langues voisines. La vie de Cour et des salons de France qui était la plus brillante de l’Europe a été pour beaucoup dans ce prestige.

Bulletin de la Société de linguistique de Paris

36

65-67

Histoire de la langue française des origines à 1900. T. VIII – Le français hors de France au XVIIIe siècle. Partie I

1935

F. Brunot, Colin, Paris

II. Grammaire historique et histoire de la langue

A. c.1.

Le français

A.c.1.D.

Le français hors de France

F. Brunot étudie l’effet qu’exerce le français sur les langues voisines. Afin d’en mesurer l’impact, il conviendrait d’examiner les altérations qui s’y sont produites. Le livre pose des questions pertinentes et permet de considérer les principes d’expansion linguistique. Cependant Brunot n’a pas assez exploré l’effet produit par le français sur les différentes classes sociales ni sur les régions géographiques où celui-ci s’est exercé.

  • 30 R. Amacker, «Correspondance Bally-Meillet (1906-1932)».
  • 31 Ibid., p. 105.

17En ce qui concerne Charles Bally, sa correspondance avec Meillet30 témoigne d’une grande estime mutuelle devenue avec le temps une amitié fidèle. Dans leurs lettres, on remarque bien que Bally le traite avec beaucoup de respect et que Meillet a de l’estime pour Bally. Leur relation se noue davantage lorsqu’ils préparent les Mélanges Saussure et s’écrivent régulièrement pour en discuter les détails. À plusieurs reprises, les commentaires rédigés dans les lettres évoquent et même développent certains désaccords exprimés dans les comptes rendus. Ainsi, à la suite de la parution du livre Le langage et la vie, Meillet explique dans une lettre (du 9 novembre 1913): «J’ai essayé d’y marquer en quoi nos avis diffèrent»31. De même, le 27 décembre 1913, Meillet déclare:

  • 32 Ibid., p. 107; souligné dans l’original.

[M]ême si vos idées différaient des miennes beaucoup plus que ce n’est le cas, je ne serais nullement indisposé pour cela. J’ai tenu à vous dire franchement ma pensée quand nous sommes en désaccord, mais c’est parce que nos relations sont profondément amicales et confiantes. S’il en était autrement, je ne dirais rien du tout. Je vous prie donc instamment de ne voir dans mes réserves sur certaines de vos idées qu’un acte parfaitement amical32.

  • 33 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Ch. Bally, Précis de stylistique, 1905».
  • 34 Ibid.
  • 35 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Ch. Bally, Traité de stylistique française, 1909», dans L’Année soc (...)
  • 36 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Ch. Bally, Traité de stylistique française, 1909», dans le Bulletin (...)
  • 37 Ibid., p. cxx.
  • 38 Ibid.
  • 39 Ibid.

18Les comptes rendus du Précis de stylistique ont paru en 1906 dans la Revue critique, en 1909 dans L’Année sociologique et en 1909, 1920, 1930 et 1932 dans le Bulletin de la Société de linguistique de Paris. À son sujet, Meillet33 signale que les points abordés, dont la valeur des mots, le langage figuré, les synonymes et l’expression des sentiments, ne sont pas nouveaux. L’originalité du livre consiste, selon lui, en la tentative de rapprocher les données entre elles: «l’auteur offre une méthode de travail plus qu’il n’expose un éventail de faits»34. Meillet reproche à Bally de ne pas tenir compte de la variété des groupes sociaux distincts. En revanche, dans la recension écrite à propos du Traité de stylistique (1909) parue dans L’Année sociologique, Meillet félicite Bally pour sa publication pertinente qui démontre que d’autres facteurs en dehors de la syntaxe et de la morphologie permettent de procéder à l’analyse de la phrase. Les valeurs accordées au groupe social et au contexte de situation sont mises en relief. C’est la première fois, signale-t-il, que la langue est examinée systématiquement du point de vue de l’usage35. Dans une autre recension publiée dans le Bulletin de la Société de linguistique de Paris de la même année, rendant toujours compte du Traité, Meillet qualifie le livre de Bally comme «l’un des ouvrages de linguistique les plus originaux qui aient paru en ces dernières années»36 et relève que Bally y cherche «une méthode nouvelle» «[p]our observer la vie réelle des langues»37. «L’unique objet du livre», dit Meillet38, «est d’étudier la langue dans son fonctionnement réel et actuel» en faisant «abstraction» «de l’histoire». Ce faisant, Bally engage une «véritable révolution»39. Meillet poursuit:

  • 40 Ibid., p. cxxi.

À l’intérieur d’une seule et même langue comme le français, il y a autant de manières de parler qu’il y a de groupes distincts. […] Il y a des parlers distincts suivant les classes sociales. […] Dans le Traité, M. B[ally] indique souvent toutes ces différences40.

  • 41 Ibid., p. cxxi sq.
  • 42 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Ch. Bally, Traité de stylistique française, 2e édition».
  • 43 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Ch. Bally, La crise du français. Notre langue maternelle à l’école, (...)
  • 44 Voir à ce sujet J.-L. Chiss, Ch. Puech, «De l’usage de la crise en matière linguistique»; J.-L. Chi (...)
  • 45 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Ch. Bally, Linguistique générale et linguistique française, 1932», (...)
  • 46 Ibid.
  • 47 Ibid., p. 87.

19Cependant, Meillet estime que la forme est la seule chose précise et le seul point à partir duquel on puisse entamer une recherche rigoureuse41, il rejette donc le lien que Bally cherche à établir entre la méthode historique et une étude basée sur la catégorie grammaticale. Néanmoins, il conclut qu’il s’agit d’une étude poussée et profonde de la langue. Il réitère les mêmes éloges en 1920 dans un compte rendu de la seconde édition du Traité: «ce livre [est] si important à la fois pour l’étude du français et pour la linguistique générale»42. À propos du livre de Bally La crise du français. Notre langue maternelle à l’école (1930) qui reprend un cycle de conférences données à l’Université de Genève, Meillet conteste la tentative de Bally de former une discipline pédagogique à partir de faits linguistiques. À son avis, considérer l’usage courant de la langue comme point de départ risque de causer la perte du français qu’il qualifie de «normal»43. Ce recueil constitue un objet de débats jusqu’à nos jours44. La priorité de la forme aux yeux de Meillet est répétée dans la recension de l’ouvrage Linguistique générale et linguistique française (1932) dans le Bulletin de la Société de linguistique de Paris en 1933: Bally retrace l’histoire des langues «pour mettre en évidence l’usage actuel»45 du français et prédire le développement de la langue. Bien que l’auteur «part[e] du sens à exprimer et non du signe», les résultats qu’il obtient sont intéressants46. C’est «un livre plein d’idées qui pousse parfois à la contradiction […], mais qui donne beaucoup à penser»47.

  • 48 Volume 16 (1910), p. 332-334; volume 17 (1911), p. 96-99; volume 19 (1914-1915), p. 76-79; volume 2 (...)
  • 49 J.-C. Chevalier, «F. Brunot (1860-1937), la fabrication d’une mémoire de la langue», p. 55.

20Plusieurs comptes rendus (treize retrouvés pour le moment) sont consacrés aux ouvrages de Ferdinand Brunot dans le Bulletin de la Société de linguistique de Paris48. Brunot, pour qui l’enseignement à tous les niveaux était un sujet d’importance capitale, a publié une grammaire dont le but est d’expliquer les règles du français aux enseignants. Cet ouvrage, intitulé La pensée et la langue (1922), est la première grammaire théorique du français moderne au XXe siècle en France. Il s’agit d’un livre monumental auquel Brunot a consacré, d’après lui, vingt ans de travail49. Cette grammaire est sévèrement critiquée par Meillet, qui dénonce les notions abstraites et les classifications:

  • 50 A. Meillet, «[Compte rendu de:] F. Brunot, La pensée et la langue, 1922», p. 13 et 15.

Mais un lecteur qui n’aurait jamais vu de grammaire française ne pourrait rassembler ces éléments épars pour se former une idée d’ensemble de la structure du français. […] [M]ais il est dommage que le plan du livre n’ait pas permis d’orienter le lecteur sur les divers types de français qu’utilise l’auteur […]50.

Meillet ajoute:

  • 51 Ibid., p. 13.

[Brunot] a désespéré de pouvoir enseigner le français tel que nous le sentons aujourd’hui en partant des formes de la langue; il a retourné le problème; il est parti des idées pour arriver au langage […]51.

  • 52 A. Meillet, «[Compte rendu de:] F. Brunot, Histoire de la langue française des origines à 1900. T. (...)
  • 53 Ibid., p. cccxxxiv.
  • 54 A Meillet, «[Compte rendu de:] F. Brunot, Histoire de la langue française des origines à 1900. Tome (...)
  • 55 A. Meillet, «[Compte rendu de:] F. Brunot, Histoire de la langue française des origines à 1900. Tom (...)
  • 56 Ibid., p. 77.
  • 57 Ibid., p. 76.
  • 58 J.-C. Chevalier, «F. Brunot (1860-1937), la fabrication d’une mémoire de la langue», p. 55.
  • 59 A. Meillet, «[Compte rendu de:] F. Brunot, Histoire de la langue française des origines à 1900. Tom (...)

21Il répète que le langage est un fait social et la linguistique une science historique. Il faut donc chercher les éléments concrets qui ont formé le langage. Pour ce qui est des comptes rendus des multiples volumes de l’Histoire de la langue française, Meillet les examine tous assidûment. En 1909 paraît la première partie du troisième volume qui expose la formation du français classique de 1600 à 1660. Meillet signale52 que Brunot suit avec précision l’histoire de la langue en faisant ressortir les grandes lignes de la Cour royale et de Paris. Brunot renvoie constamment aux auteurs de la période étudiée. Les dialectes les moins pertinents sont mis à l’écart. L’amuïssement des désinences permet au français de devenir une langue à préfixation plutôt qu’une langue à suffixation. Meillet aurait souhaité que l’état du français en dehors des salons de Paris fût également examiné53. La seconde partie du troisième volume (1911) a une valeur particulière. Brunot y étudie la période où le français s’est définitivement fixé. Il tente de montrer à travers les opinions des grammairiens quels étaient les critères qui ont permis à la langue de se développer dans cette direction. L’usage obligatoire des articles devant le nom et la cohésion de l’auxiliaire et du participe sont bien démontrés. Les questions de style et de syntaxe sont reliées et une partie du livre touche à la formation du style français54. La première partie du quatrième volume (1660-1715) expose la période que Meillet appelle «proprement classique»55. À cette époque, dit Meillet, «[l]e français qu’on fixe est celui des gens qui n’ont aucune profession» et qui existent seulement dans la vie en société. Tous les termes vulgaires, techniques, des métiers, de la science, de l’art, les mots provinciaux et les parisianismes vulgaires sont évités56. Meillet insiste sur le fait que le langage français poli de la Cour s’est fixé vers 166057. Quelque temps plus tard, Meillet écrira à Brunot: «J’admire une fois de plus la richesse de votre documentation et l’aisance avec laquelle vous vous mouvez dans une aussi aveuglante poussière de faits»58. Pourtant, d’après Meillet, Brunot n’a pas su totalement saisir cette langue. Pour mieux se rendre compte de l’histoire du français, dit-il, il faudrait savoir quelle était la situation des parlers locaux. L’ouvrage démontre comment les influences sociales ont déterminé la fixation de la langue59.

  • 60 A. Meillet, «[Compte rendu de:] F. Brunot, Histoire de la langue française des origines à 1900. Tom (...)
  • 61 Ibid., p. 76.
  • 62 Ibid., p. 77.
  • 63 Ibid., p. 78.
  • 64 A. Meillet, «[Compte rendu de:] F. Brunot, Histoire de la langue française des origines à 1900. Tom (...)
  • 65 Ibid., p. 65 sq.
  • 66 Ibid., p. 66 sq.

22La parution du cinquième volume (Le français en France et hors de France au XVIIe siècle) a lieu pendant la guerre et Meillet ne manque pas de signaler que le livre fait honneur à la France et à sa langue nationale60. Dans le compte rendu, il est répété que le français de Paris, parlé dans les cercles bourgeois, n’est pas celui des habitants des campagnes et des petites villes, qui emploient les parlers locaux. L’annexion des territoires alémaniques et catalans ne change pas la situation61. Il est regrettable que le livre, si riche en détails sur le français, ne prenne pas en considération le rapprochement avec l’histoire des langues voisines62. La vie de la Cour et des salons de France qui était la plus brillante d’Europe a contribué au prestige du français et l’a rendu langue diplomatique de l’époque63. Dans le tome VIII qui traite du Français hors de France au XVIIIe siècle (première partie en 1934), Brunot étudie l’effet, difficile à évaluer selon Meillet, qu’exerce le français sur les langues voisines64. Le livre permet de considérer les principes d’expansion linguistique65. Il est précisé que Brunot n’a pas assez exploré l’effet produit par le français sur les différentes classes sociales ni sur les régions géographiques où celui-ci s’est exercé66.

  • 67 Voir aussi l’article de P. Boutan, «Michel Bréal, un linguiste homme d’influence sous la IIIe Répub (...)
  • 68 A. Meillet, Lettres de Tiflis et d’Arménie, p. 111.
  • 69 Ibid., p. 120.
  • 70 Ibid., p. 140.

23Les relations entre Meillet et Bréal semblent plus complexes67. Au début de sa carrière, Meillet, qui appréciait beaucoup le travail de Bréal, le considérait comme un véritable soutien. Il le dit à plusieurs reprises dans ses lettres à sa cousine Berthe: «Moi, j’ai, ou plutôt j’avais l’appui des spécialistes: Saussure, Bréal, Darmesteter […]»68; «aussitôt que j’ai su que c’est Duvau mon concurrent, j’ai écrit à Bréal. J’ai posé nettement ma candidature à la place que Duvau laisserait vacante à Lille […]»69. Bréal lui-même semble plutôt encourageant à l’égard de Meillet: «Je ne suis bon à rien du tout, et, comme par une espèce d’ironie, je reçois une lettre de Bréal me disant que je suis choisi, et m’engageant à travailler tranquillement, sans me surmener»70. Cet échange de remarques, qui a lieu en 1891, témoigne d’une certaine confiance entre ces deux savants. Cependant, pour des raisons obscures, un peu plus de dix ans plus tard, Meillet écrit dans son journal le 28 novembre 1904:

  • 71 G. Bergounioux, Ch. de Lamberterie (dir.), Meillet aujourd’hui, p. 80.

[J]’ai rompu aujourd’hui avec le dernier désir extérieur qui me restait. Je suis libre désormais. Car il ne dépend plus de personne de troubler ma paix en m’accordant ou en me refusant quelque chose. Bréal, par sa manière de se comporter à mon égard, a atteint ce résultat; ce n’est sans doute pas le moindre service qu’il m’ait rendu71.

Une semaine plus tard (4 décembre 1904), il réitère:

  • 72 Ibid.

J’ai dégagé Bréal de toutes ses promesses envers moi. Je me sens plus libéré que lui.
Il faut choisir d’être quelqu’un ou quelque chose. Toute charge est une diminution de la liberté, et plus grande est la charge, plus grande la diminution d’indépendance
72.

  • 73 Cet article est reproduit dans le deuxième tome de Linguistique historique et linguistique générale(...)

24Cependant, dans deux nécrologies publiées, l’une dans Le Journal des débats du 21 décembre 1915 et l’autre, quinze ans plus tard, à l’occasion du quatrième centenaire du Collège de France73, Meillet fait l’éloge de Bréal tout en évoquant certains aspects de son travail qui se distinguent du sien. Il apprécie aussi bien son apport à la linguistique française qu’aux jeunes linguistes français (Havet, Darmesteter et Saussure). Bien qu’il ait pris une voie particulière dans la recherche, il a été très estimé par la communauté linguistique pour son libéralisme. Voilà ce que dit Meillet en 1915:

  • 74 A. Meillet, «Michel Bréal».

Et, tout en sachant que mes idées différaient notablement des siennes et que ma manière de travailler était autre, il a quitté, en 1905, quand il a commencé à se sentir vieillir, sa chaire du Collège afin d’y faire place à un homme plus jeune et de tempérament tout différent74.

  • 75 Ibid.
  • 76 A. Meillet, «Michel Bréal et la grammaire comparée au Collège de France», p. 212.

25Meillet retrace l’état de la linguistique en France quand Bréal rentre de son séjour à Berlin auprès de Bopp et devient secrétaire de la Société de linguistique de Paris75: «Pour la première fois, dit Meillet, la grammaire comparée au sens moderne du mot était enseignée en France»76.

  • 77 Ibid., p. 222.
  • 78 Ibid., p. 224.

26Dans son article sur Bréal de 1930, dans le volume consacré au 400e anniversaire du Collège de France, Meillet signale encore que «Bréal était un humaniste qu’avait séduit la lumière projetée par la grammaire comparée sur les singularités des langues classiques»77. De même: «Tandis que l’on s’intéressait surtout aux formes régulières, Bréal reconnaissait l’importance des formes qui n’entrent pas dans le cadre de la déclinaison régulière»78. Pour conclure cet article, Meillet s’exprime en termes élogieux au sujet du travail de Bréal et de son Essai de sémantique:

  • 79 Ibid., p. 227.

M. Bréal avait porté l’effort sur l’essentiel. Son livre, qui est une œuvre d’art, demeure comme le plus sain de ceux qui doivent orienter les recherches. Parce qu’il pensait clairement et parce qu’il savait écrire et prenait la peine d’écrire, il a laissé un livre qui dure et qui durera79.

Conclusion

  • 80 W. Labov, Sociolinguistique, p. 259.
  • 81 Sur la filiation idéologique entre Labov et Meillet, voir L.-J. Calvet, «Aux origines de la socioli (...)

27Les comptes rendus d’ouvrages de ces trois grands maîtres permettent déjà de révéler plusieurs positions de Meillet. L’importance attribuée au groupe social et au contexte de situation est clairement manifestée. D’ailleurs, certains sociolinguistes, dont Labov80, estiment que l’acte de naissance de la sociolinguistique a été signé par Meillet81. Ce dernier revient à plusieurs reprises sur cet aspect social et signale qu’à l’intérieur de la langue française, il y a plusieurs manières de parler et plusieurs groupes distincts, il y a des parlers suivant les classes sociales et les régions. La portée significative des parlers locaux est bien signalée. Il estime également que les influences sociales ont déterminé la fixation de la langue française. Même si la sociolinguistique moderne applique d’autres méthodes et varie dans ses buts, les citations relevées témoignent bien de l’attachement qu’il porte à la langue française d’une part et à la sociolinguistique de l’autre.

  • 82 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Ch. Bally, Traité de stylistique française, 1909», dans L’Année soc (...)

28Deux autres faits intéressants méritent d’être soulevés. Dans une recension de Bally, Meillet affirme que «[c]’est la première fois que la langue est examinée systématiquement au point de vue de l’usage»82. On retrouve donc une conception qui connaît actuellement un grand succès aux États-Unis et même dans certains endroits en Europe, conception intitulée Usage-based approach («approche fondée sur l’usage»). Cette approche est assez fréquente chez les adhérents des théories cognitives telles que la psycholinguistique, la neurolinguistique, la sociolinguistique et l’acquisition des langues. Il s’agit de constituer des observables linguistiques à partir de données empiriques observables. Il n’est pas étonnant que Meillet ait favorisé une telle approche étant donné son intérêt pour les aspects sociolinguistiques. C’est le fait d’évoquer une telle nécessité à son époque qui semble pertinent.

  • 83 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Ch. Bally, Traité de stylistique française, 1909» dans le Bulletin (...)
  • 84 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Ch. Bally, Linguistique générale et linguistique française, 1932», (...)

29Le deuxième fait est l’importance qu’il accorde à la forme au détriment du sens. En examinant le Traité de stylistique de Bally, Meillet déclare clairement que «la forme est la seule chose précise et rigoureusement déterminable» et «le seul point d’où l’on puisse partir pour une recherche rigoureuse»83. Cette même idée est répétée une seconde fois: bien que l’auteur «part[e] du sens à exprimer et non du signe», les résultats qu’il obtient sont intéressants84. On s’aperçoit donc que Meillet n’appartient pas à une certaine école d’après laquelle il forme ses opinions. Le sentiment qu’il éprouve pour le français, sa langue maternelle, celle qu’il maîtrise plus qu’aucune autre, la valeur qu’il attribue aux aspects sociaux et sa position sur l’importance de la structure et de la forme font de lui le linguiste qu’il est pour des générations à venir.

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Rousselot, Jean-Pierre, Principes de phonétique expérimentale I, Paris, H. Didier, 1897.

Ruhlen, Merritt, A Guide to the World’s Languages, Stanford, Stanford University Press, 1987.

Spitzer, Leo, «Bally, Charles. La crise du français», Indogermanische Forschungen, 49/1 (1931), p. 165-166.

Swiggers, Pierre, «La linguistique historico-comparative d’Antoine Meillet: théorie et méthode», Cahiers Ferdinand de Saussure, 39 (1985), p. 181-195.

Swiggers, Pierre, «La linguistique historique devant la variation: le cas de Meillet», Recherches sur le français parlé, 7 (1986), p. 61-74.

Swiggers, Pierre, «La bibliographie des travaux d’Antoine Meillet: additions et corrections», in Meillet aujourd’hui, dir. par Gabriel Bergounioux, Charles de Lamberterie, Leuven/Paris, Peeters, 2006, p. 339-354.

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Notes

1 A. Chervel, Histoire de l’agrégation, p. 281-285.

2 Le sujet de sa dissertation était «On disait au siècle dernier: Les Français sont les grammairiens de l’Europe. En est-il de même aujourd’hui?». Il est reçu premier au concours.

3 H. Bat-Zeev Shyldkrot, «Antoine Meillet devant la linguistique contemporaine» et «Antoine Meillet précurseur de la linguistique moderne»; L.-J. Calvet, «Antoine Meillet, la politique linguistique et l’Europe»; J. E. Joseph, «Structure, mentalité, société, civilisation»; P. Swiggers, «La linguistique historico-comparative d’Antoine Meillet» et «La linguistique historique devant la variation».

4 A. Meillet, «L’évolution des formes grammaticales».

5 H. Bat-Zeev Shyldkrot, «Antoine Meillet devant la linguistique contemporaine».

6 É. Benveniste, «Les transformations des catégories linguistiques».

7 T. Givón, «Historical Syntax and Synchronic Morphology».

8 On trouve également ce terme dans J. Kuryłowicz, «L’évolution des catégories grammaticales», p. 69. Il n’est cependant pas évident qu’il se réfère au même processus.

9 A. Quattordio Moreschini (a cura di), L’opera scientifica di Antoine Meillet; S. Auroux (dir.), Antoine Meillet et la linguistique de son temps; G. Bergounioux, Aux origines de la linguistique française; G. Bergounioux, Ch. de Lamberterie (dir.), Meillet aujourd’hui; J. Loicq, Mémorial Antoine Meillet publié à l’occasion du centenaire de sa nomination au Collège de France (1906-2006) et «Compléments au Mémorial Antoine Meillet».

10 S. Auroux (dir.), Antoine Meillet et la linguistique de son temps.

11 Deux linguistes juifs de notoriété internationale qui se sont enfuis d’Allemagne pour s’installer aux États-Unis à cause de la guerre et qui ont personnellement réagi aux travaux d’Antoine Meillet.

12 C. Normand, Ch. Puech, «Meillet et la tradition française».

13 Pour les actes, voir G. Bergounioux, Ch. de Lamberterie (dir.), Meillet aujourd’hui.

14 En particulier: É. Benveniste, «Bibliographie des travaux d’Antoine Meillet»; A. Mazon, «Antoine Meillet»; J. Loicq, Mémorial Antoine Meillet publié à l’occasion du centenaire de sa nomination au Collège de France (1906-2006) et «Compléments au Mémorial Antoine Meillet»; P. Swiggers, «La linguistique historique devant la variation» et «La bibliographie des travaux d’Antoine Meillet».

15 É. Benveniste, «Bibliographie des travaux d’Antoine Meillet», p. 43.

16 A. Mazon, «Antoine Meillet», p. 211.

17 J. Loicq, Mémorial Antoine Meillet publié à l’occasion du centenaire de sa nomination au Collège de France (1906-2006).

18 J. Loicq, «Compléments au Mémorial Antoine Meillet».

19 S. Moret, «Un petit texte inédit d’Antoine Meillet».

20 Par écrits mineurs nous entendons tout ce qui n’est pas livre ou manuel de grammaire.

21 Note d’Amacker: BSL 20 (no64), 1916, 32-36; puis Revue critique d’Histoire et de Littérature 83, 1917/I, 49-51 (no4, 27 janvier 1917); Scientia 22, 1917, 151-152.

22 R. Amacker, «Correspondance Bally-Meillet (1906-1932)», p. 111.

23 Ibid.

24 M. Grammont, La dissimilation consonantique dans les langues indo-européennes et dans les langues romanes; M. Bréal, Essai de sémantique; J.-P. Rousselot, Principes de phonétique expérimentale I.

25 G. Bergounioux, «Meillet et les études sur le français».

26 J. E. Joseph, «Structure, mentalité, société, civilisation».

27 Ibid.

28 Plusieurs ouvrages ont été évalués dans la Revue critique et dans le Bulletin de la Société de linguistique de Paris.

29 M. Ruhlen, A Guide to the World’s Languages ou M. Haspelmath et al. (ed.), Language Typology and Language Universals, entre autres.

30 R. Amacker, «Correspondance Bally-Meillet (1906-1932)».

31 Ibid., p. 105.

32 Ibid., p. 107; souligné dans l’original.

33 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Ch. Bally, Précis de stylistique, 1905».

34 Ibid.

35 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Ch. Bally, Traité de stylistique française, 1909», dans L’Année sociologique.

36 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Ch. Bally, Traité de stylistique française, 1909», dans le Bulletin de la Société de linguistique de Paris, p. cxviii.

37 Ibid., p. cxx.

38 Ibid.

39 Ibid.

40 Ibid., p. cxxi.

41 Ibid., p. cxxi sq.

42 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Ch. Bally, Traité de stylistique française, 2e édition».

43 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Ch. Bally, La crise du français. Notre langue maternelle à l’école, 1930».

44 Voir à ce sujet J.-L. Chiss, Ch. Puech, «De l’usage de la crise en matière linguistique»; J.-L. Chiss (éd.), Charles Bally (1865-1947); L. Spitzer, «Bally, Charles. La crise du français».

45 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Ch. Bally, Linguistique générale et linguistique française, 1932», p. 85.

46 Ibid.

47 Ibid., p. 87.

48 Volume 16 (1910), p. 332-334; volume 17 (1911), p. 96-99; volume 19 (1914-1915), p. 76-79; volume 21 (1918-1919), p. 75-78; volume 25 (1924), p. 90-93; volume 26 (1925), p. 119; volume 27 (1926-1927), p. 96-99; volume 28 (1928), p. 148-150; volume 30 (1930), p. 142; volume 31 (1931), p. 125-129; volume 33 (1932), p. 78-81; volume 34 (1933), p. 92-93; volume 36 (1935), p. 65-68.

49 J.-C. Chevalier, «F. Brunot (1860-1937), la fabrication d’une mémoire de la langue», p. 55.

50 A. Meillet, «[Compte rendu de:] F. Brunot, La pensée et la langue, 1922», p. 13 et 15.

51 Ibid., p. 13.

52 A. Meillet, «[Compte rendu de:] F. Brunot, Histoire de la langue française des origines à 1900. T. III. La formation de la langue classique (1600-1660). Première partie, 1909», p. cccxxxiii.

53 Ibid., p. cccxxxiv.

54 A Meillet, «[Compte rendu de:] F. Brunot, Histoire de la langue française des origines à 1900. Tome III. La formation de la langue classique (1600-1660). Partie II, 1911», p. xcvii sq.

55 A. Meillet, «[Compte rendu de:] F. Brunot, Histoire de la langue française des origines à 1900. Tome IV. La langue classique (1660-1715). Première partie, 1913», p. 76.

56 Ibid., p. 77.

57 Ibid., p. 76.

58 J.-C. Chevalier, «F. Brunot (1860-1937), la fabrication d’une mémoire de la langue», p. 55.

59 A. Meillet, «[Compte rendu de:] F. Brunot, Histoire de la langue française des origines à 1900. Tome IV. La langue classique (1660-1715). Première partie, 1913», p. 78.

60 A. Meillet, «[Compte rendu de:] F. Brunot, Histoire de la langue française des origines à 1900. Tome V. Le français en France et hors de France au XVIIe siècle, 1917», p. 75.

61 Ibid., p. 76.

62 Ibid., p. 77.

63 Ibid., p. 78.

64 A. Meillet, «[Compte rendu de:] F. Brunot, Histoire de la langue française des origines à 1900. Tome VIII. Le français hors de France au XVIIIe siècle. Première partie, 1934», p. 65.

65 Ibid., p. 65 sq.

66 Ibid., p. 66 sq.

67 Voir aussi l’article de P. Boutan, «Michel Bréal, un linguiste homme d’influence sous la IIIe République».

68 A. Meillet, Lettres de Tiflis et d’Arménie, p. 111.

69 Ibid., p. 120.

70 Ibid., p. 140.

71 G. Bergounioux, Ch. de Lamberterie (dir.), Meillet aujourd’hui, p. 80.

72 Ibid.

73 Cet article est reproduit dans le deuxième tome de Linguistique historique et linguistique générale; voir la bibliographie.

74 A. Meillet, «Michel Bréal».

75 Ibid.

76 A. Meillet, «Michel Bréal et la grammaire comparée au Collège de France», p. 212.

77 Ibid., p. 222.

78 Ibid., p. 224.

79 Ibid., p. 227.

80 W. Labov, Sociolinguistique, p. 259.

81 Sur la filiation idéologique entre Labov et Meillet, voir L.-J. Calvet, «Aux origines de la sociolinguistique la conférence de sociolinguistique de l’UCLA (1964)», p. 32 et J. E. Joseph, «Structure, mentalité, société, civilisation», p. 6.

82 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Ch. Bally, Traité de stylistique française, 1909», dans L’Année sociologique, p. 798.

83 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Ch. Bally, Traité de stylistique française, 1909» dans le Bulletin de la Société de linguistique de Paris, p. cxxi sq.

84 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Ch. Bally, Linguistique générale et linguistique française, 1932», p. 85.

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Pour citer cet article

Référence papier

Hava Bat-Zeev Shyldkrot, « Les comptes rendus doubles de Meillet »Études de lettres, 322 | 2023, 155-188.

Référence électronique

Hava Bat-Zeev Shyldkrot, « Les comptes rendus doubles de Meillet »Études de lettres [En ligne], 322 | 2023, mis en ligne le 15 décembre 2023, consulté le 12 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/edl/6821 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/edl.6821

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Auteur

Hava Bat-Zeev Shyldkrot

Université de Tel Aviv

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