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Regards historiques

Antoine Meillet et Matteo G. Bartoli: la langue comme outil de civilisation au service de l’idéologie nationale

Vladimir Jaboyedoff
p. 125-154

Résumés

Antoine Meillet (1866-1936) en France et Matteo G. Bartoli (1873-1946) en Italie travaillent simultanément à l’élaboration de leur linguistique respective: grammaire comparée et sociolinguistique pour le premier, et néolinguistique pour le deuxième. Revendiquant une certaine porosité à l’extralinguistique, ils apparentent la langue à un «instrument de culture nationale» identifiable à une civilisation spécifique. L’expansion, la régression ou la disparition d’une langue permettent dès lors au linguiste de témoigner des forces et des faiblesses des peuples, évaluables selon des critères souvent flous, comme l’unité et le prestige. En cette première moitié de XXe siècle mouvementée, ces conceptions communes structurent non seulement leur système théorique respectif, mais également des positions glottopolitiques. Il s’agit dès lors de saisir les modalités qui rendent l’avènement de ce type de discours possible. Quel impact les contextes nationaux et internationaux ont-ils? Quels présupposés théoriques communs sont à l’œuvre? L’examen de cette dialectique entre science et conditionnements d’époque offre l’occasion d’analyser et de mieux comprendre les accents semblables ou dissonants des raisonnements des deux linguistes.

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Texte intégral

  • 1 G. Mounin, Histoire de la linguistique des origines au XXe siècle, p. 220.
  • 2 A. Meillet, «La linguistique», p. 122.

1L’historiographie de la linguistique présente traditionnellement la première moitié du XXe siècle comme un moment de diversification des méthodes, d’ouvertures théoriques et d’explorations pratiques1. Cette émergence «de vues neuves et de directions originales»2 amène de plus en plus de chercheurs à porter attention aux dimensions socio-historiques du langage, sans se défaire pour autant des fondamentaux de la recherche comparatiste.

2Antoine Meillet (1866-1936) et Matteo G. Bartoli (1873-1946) sont aussi les instigateurs de perspectives enrichies d’horizons disciplinaires nouveaux. Ils offrent ainsi l’occasion de se pencher sur deux sillons originaux de la recherche, qui tendent à considérer la langue en tant qu’une activité largement influencée par diverses dispositions des populations qui les parlent. Le Français insistera sur le social, l’Italien sur le spatial, tendant tous deux à rendre la linguistique perméable à des considérations nouvelles. Observant les innovations de ces tendances par rapport au modèle néogrammairien dominant, Daniel Baggioni a souligné l’existence au début du XXe siècle d’une «voie franco-italienne» en linguistique, qui associe étroitement langue, histoire et civilisation dans son appréhension du changement linguistique:

Si on y regarde bien, le concept de «civilisation» cher aux linguistes français est plus proche de la conception ascolienne, puis «néolinguiste» des centri di civiltà […] que celle-ci n’est compatible avec la vision plus ou moins organiciste de la langue porteuse d’une Kultur et liée à un Volk de manière irréversible. Les linguistes transalpins savaient, autant que leurs confrères français, que leur nation était née de la fusion de multiples ethnies qui avaient changé de langue au cours des siècles, et c’est à bon droit que la Revue de linguistique romane pourra placer en exergue sur sa page de couverture:

  • 3 D. Baggioni, Langues et nations en Europe, p. 227.

Le razze latine non esistano, esiste la latinità3.

3En se penchant sur les travaux des deux linguistes, leurs interventions «hors chaire» et sur les conceptions théoriques qui y apparaissent, il est possible, à notre échelle, d’interroger l’existence d’un tel paradigme franco-italien au sein de la science linguistique. Dans ce champ, les acteurs paraissent de plus en plus interconnectés par des réseaux formels et informels favorisant la circulation des idées. Cette étude de cas, qui permet la mise en évidence de conceptions communes et de diverses implications glottopolitiques, ne doit toutefois pas éluder les différences dues à l’inscription dans des contextes nationaux.

Au cœur d’un champ linguistique transnational

  • 4 Linguiste suisse-allemand, professeur à Vienne, puis à Bonn, il applique la méthode comparative aux (...)
  • 5 Linguiste italien originaire de Dalmatie, professeur de philologie romane à l’Université de Vienne. (...)
  • 6 Indo-européaniste allemand et professeur à Strasbourg, Hübschmann travaille notamment à une descrip (...)
  • 7 À deux reprises dans Scientia par exemple, revue italienne de synthèse scientifique: A. Meillet, «D (...)
  • 8 Il occupe par ailleurs une place importante dans l’organisation des Congrès internationaux des ling (...)
  • 9 S. Bouquet, «Les archives d’Antoine Meillet au Collège de France».

4Très intégrés à l’espace académique européen, les deux linguistes participent activement aux échanges des savoirs à l’échelle internationale. Matteo Bartoli représente à ce titre un exemple frappant: né en Istrie austro-hongroise, il étudie à Vienne auprès des romanistes Wilhelm Meyer-Lübke (1861-1936)4 et Adolfo Mussafia (1835-1905)5, puis à Strasbourg (alors allemande) où il suit l’enseignement de Heinrich Hübschmann (1848-1908)6. Il se rend ensuite à Paris, profitant des cours dispensés par Gaston Paris (1839-1903) et Jules Gilliéron (1854-1926) qui aura bientôt un impact décisif sur sa linguistique. Quant à Meillet, s’il reste attaché toute sa vie à l’institution académique française, il intervient dans diverses revues étrangères7, écume les rencontres internationales8 et correspond avec des collègues de tous pays9.

  • 10 Archives, Collège de France. Fonds Antoine Meillet, 83 CDF 6-19. L’une est en date du 29 mai 1910, (...)
  • 11 A. Meillet, Caractères généraux des langues germaniques, 1917 pour la première édition.
  • 12 Vœux probablement bien reçus par Meillet qui, un an auparavant, s’était félicité que l’Italie ait e (...)

5Comme en attestent deux lettres envoyées par Bartoli à Meillet en 1910 et 191710, les deux hommes se connaissent et s’échangent des travaux respectifs. Dans l’une d’entre elles, pleine de déférence, Bartoli sollicite notamment l’«opinion» de son collègue au sujet de plusieurs de ses recherches et le remercie pour ses précédents envois, parmi lesquels le «remarquable et bienvenu» Caractères généraux des langues germaniques11, dont il souhaite alors publier un compte rendu. Toutefois, le contenu de cette correspondance n’est pas strictement professionnel: le premier envoi contient une carte ethnolinguistique qui n’a pas été innocemment choisie, représentant les terres irrédentes encore sous domination autrichienne (Trentin, Trieste et Istrie) (fig. 1). La seconde, alors que la guerre dure toujours, se conclut par l’enthousiasme des «meilleurs vœux pour notre victoire»12.

Fig. 1 — Carte postale de Matteo Bartoli à Antoine Meillet en date du 29 mai 1910. Archives, Collège de France. Fonds Antoine Meillet, 83 CDF 6-19.

  • 13 V. Chepiga, «Correspondre dans un espace socioculturel linguistique particulier», p. 34.
  • 14 Ibid.
  • 15 V. Karady, «L’émergence d’un espace européen des connaissances sur l’homme en société», p. 63 sq.
  • 16 «Séance du 23 mars 1929», p. xviii.
  • 17 Procédure conforme aux articles 7 et 8 des statuts de la SLP. «Séance du 23 mars 1929», p. xx.
  • 18 «Liste des membres de la Société au 31 mai 1925», p. vi et ix.
  • 19 Récemment signalés par Romain Descendre et Jean-Claude Zancarini dans un ouvrage consacré aux rappo (...)
  • 20 Deux sont consacrés au Breviario di neolinguistica et un à l’Introduzione alla neolinguistica: A. M (...)
  • 21 Voir par exemple M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, «Studi sulla stratificazione dei (...)
  • 22 A. Meillet, «Sur la valeur du mot français jument».

6Ces échanges épistolaires – haut lieu de «discussion théorique, de transmission et de circulation d’informations scientifiques»13 – participent plus largement d’une sociabilité professionnelle alors nécessaire au linguiste qui souhaite prendre part aux évolutions de la recherche, visibiliser sa production d’idées ou obtenir l’approbation de ses paires14. L’ampleur des correspondances d’Antoine Meillet, de Ferdinand de Saussure ou de Hugo Schuchardt renseigne à propos de cette exigence sociale. Par ailleurs, d’autres moyens existent pour assurer une visibilité européenne au linguiste. Dès la fin du XIXe siècle, la mise en place de nouveaux dispositifs – sociétés savantes, revues et colloques – vient en effet soutenir l’institutionnalisation du champ de la linguistique européenne et permettre des rencontres ponctuelles entre ses praticiens15. Les deux linguistes appartiennent ainsi à deux mêmes sociétés de linguistique d’importance: la Société de linguistique de Paris (SLP) et la Société de linguistique romane (SLR). Meillet, qui succède à Michel Bréal à la direction de la SLP dès 1916, y présente Bartoli en mars 192916 avant que ce dernier n’en soit élu membre un mois plus tard17. Quatre ans auparavant, en 1925, tous deux étaient déjà membres de la SLR, comme le stipule le premier numéro de la Revue de linguistique romane18. Les «liens scientifiques étroits» existant entre les deux hommes19 se nourrissent par ailleurs d’une bonne interconnaissance de leur œuvre respective: trois comptes rendus écrits par Meillet portent sur les ouvrages théoriques phares de Bartoli20, alors que les citations des travaux du professeur au Collège de France se multiplient chez le Cisalpin21. En 1926, Meillet collabore au vingtième volume de l’Archivio glottologico italiano dirigé par Bartoli, y publiant un article «Sur la valeur du mot français jument»22, dans lequel il invite à porter une meilleure attention aux importantes variations interindividuelles du lexique.

Deux nouvelles voies de la linguistique

  • 23 M. G. Bartoli, «Alle fonti del neolatino», p. 889.
  • 24 M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, p. 63.
  • 25 A. Meillet, «Le langage», p. 853 sq.
  • 26 M. G. Bartoli, G. Bertoni, Breviario di neolinguistica; M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguis (...)
  • 27 M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, p. 17.
  • 28 Professeur de philologie romane à l’Université de Turin et de Fribourg, Bertoni s’est également for (...)
  • 29 M. G. Bartoli, G. Bertoni, Breviario di neolinguistica, p. 66.
  • 30 M. G. Bartoli, Saggi di linguistica spaziale, p. viii.

7S’ils sont formés à l’école du comparatisme – Bartoli avec Meyer-Lübke, principal instigateur de la méthode comparée aux langues romanes, et Meillet avec Saussure et Bréal –, les deux linguistes n’en sont toutefois pas de stricts continuateurs. Au contraire, ils s’en distancient progressivement, tout en procédant diversement et de manière plus ou moins disruptive. En ce sens, Bartoli est le plus virulent: avec sa «néolinguistique» (ou «linguistique spatiale»), il s’attaque frontalement aux néogrammairiens et propose une tout autre acception du changement linguistique que celui du primat de la loi phonétique. Il la théorise pour la première fois en 1910: «chaque innovation dans la langue est création et naît de l’imitation d’une autre langue, c’est-à-dire de la langue d’un autre individu»23. Le contact linguistique prend ainsi une importance majeure dans l’explication des changements linguistiques. Ces premiers contours théoriques – notamment influencés par la philosophie esthétique de Benedetto Croce24 – sont bien reçus par Antoine Meillet: «Nul savant, plus que M. Bartoli, n’a mis en évidence cette extrême complexité du développement linguistique»25. Le système bartolien, qui se précise en 192526, attribue alors au linguiste la tâche de retracer la succession chronologique de l’innovation en se penchant sur son expansion géographique pour en déterminer le «centre d’irradiation»27. C’est à cette fin que Bartoli et son collègue Giulio Bertoni (1878-1942)28 élaborent un cadre théorique qu’ils regroupent sous le nom de «normes des aires»29, rebaptisées plus tard «normes spatiales»30. Largement inspirées de la géographie linguistique de Jules Gilliéron, elles permettent d’expliquer les changements linguistiques selon la répartition des phénomènes sur la carte: la phase linguistique antérieure, par exemple, se conserve d’habitude dans la région la plus isolée.

  • 31 A. Meillet, «[Compte rendu de:] M. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, 1925», p. 4.
  • 32 Ibid., p. 8.
  • 33 Ibid.
  • 34 Voir par exemple Ch. Puech, A. Radzynski, «La langue comme fait social»; L. Mucchielli, La découver (...)
  • 35 A. Meillet, «Comment les mots changent de sens», p. 1.
  • 36 A. Meillet, «Ce que la linguistique doit aux savants allemands», p. 268.
  • 37 M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, p. 102.

8Meillet juge cette fois l’entreprise de manière nuancée. Dans un compte rendu, il reconnaît qu’«en posant une néolinguistique», son collègue italien «énonce une vérité certaine» et «a le charme des inventeurs et des apôtres»31, tout en lui reprochant le caractère péremptoire des critiques adressées au comparatisme indo-européen. Toutefois estime-t-il que «le différend est ailleurs» avec son collègue turinois. En effet, Meillet est loin de partager sa conception individualiste du changement linguistique qui «envisag[e] de préférence le sujet parlant», priorisant la recherche des «points de départ d’où les innovations s’irradient»32. Là est la principale scission théorique: pour Bartoli, la langue se diffuse verticalement dans le groupe par la force de l’imitation, tandis que, pour Meillet, elle est une «institution sociale»33 préexistante qui s’impose horizontalement aux individus. La voie sociologique qu’il emprunte, originalité de sa linguistique largement commentée depuis34, adhère au sillon proto-structuraliste creusé par son ami Durkheim: «le langage est éminemment un fait social» puisqu’«une langue existe indépendamment de chacun des individus qui la parlent»35. Le ralliement de sa linguistique à la sociologie française – qui s’acte progressivement au tournant du siècle – constitue une proposition d’issue face au constat des «signes de déclin» de la grammaire comparée, «machine fatiguée par un long usage perda[nt] son rendement»36. Il s’agit alors pour Bartoli et son collègue français – qu’il considère comme l’«enseignant qui fait le plus autorité dans le domaine de la linguistique aryo-européenne» et un «érudit de grande valeur»37 – de dépasser cet essoufflement.

Faire de la place à l’extralinguistique: langue, race et civilisation

  • 38 A. Meillet, «Comment les mots changent de sens», p. 2.
  • 39 A. Meillet, «Le langage», p. 856.
  • 40 F. de Saussure, Cours de linguistique générale, p. 317 [en italique dans l’original].
  • 41 P. Swiggers, «Le problème du changement linguistique dans l’œuvre d’Antoine Meillet», p. 158.
  • 42 A. Meillet, «Le problème de la parenté des langues», p. 79. Sur la question, voir également Ch. Pue (...)
  • 43 M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, p. 66.
  • 44 A. Meillet, «Le langage», p. 850.

9La langue n’étant plus considérée comme explicable «uniquement à l’aide de considérations physiologiques et psychologiques»38, les deux linguistes insistent sur la nécessité de la prise en compte des facteurs extralinguistiques. Pour comprendre les causes des évolutions, il faut également se référer à autre chose, soit «sortir des faits de langues et ne pas se limiter à la linguistique pure»39. Pierre Swiggers a souligné la réception critique que Meillet réserve aux prémisses épistémologiques du Cours de linguistique générale, jugeant qu’en envisageant la langue «en elle-même et pour elle-même»40, Saussure prive le changement linguistique de réalité et le «réduit à une abstraction»41. Aussi, aux critères sociaux du Français et géographiques de l’Italien, s’ajoute chez eux un intérêt marqué pour l’histoire: «Une langue est une institution propre à une collectivité sociale, et les modifications qu’elle subit sont liées à l’histoire de cette collectivité»42 détaille Meillet, quand Bartoli affirme que «la linguistique est avant tout histoire, et s’apparente à l’histoire des coutumes…»43. Dès lors, les prérogatives du linguiste s’élargissent, outrepassant l’étude du seul cadre de la langue et se portant sur les «circonstances extérieures à la langue même»44. Cette perméabilité à l’extralinguistique entraîne naturellement les deux linguistes sur le terrain de grandes questions scientifiques plus largement traitées en cette première moitié de XXe siècle.

  • 45 S. Venayre, Les origines de la France, p. 176-181.
  • 46 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 86 (1918).
  • 47 A. Meillet, «Linguistique et anthropologie», p. 87.
  • 48 M. G. Bartoli, G. Bertoni, Breviario di neolinguistica, p. 48.
  • 49 Ibid.
  • 50 Ibid.
  • 51 Ibid.
  • 52 M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, p. 1.

10D’abord, il y a la relation entre la langue et la race, thème que des philologues et linguistes francophones (Hovelacque, Renan, Pictet) et germanophones (Pott, Steinthal, Müller) s’étaient déjà activé à considérer, que ce soit positivement ou négativement45. Dans ce débat, Meillet et Bartoli se positionnent nettement, proscrivant toute possibilité de lien entre langue et traits phénotypiques. Leur réaction aux théories de Friedrich Müller de la fin du XIXe siècle est un rejet quasi total: «Frédéric Müller a classé les langues suivant le caractère physique des hommes qui les parlent. Il ne pouvait trouver un principe de classement moins heureux»46 juge Meillet, pour qui «[l]’aire occupée par des langues d’un même type ne dépend pas […] de faits de race, mais seulement de circonstances historiques»47. Bartoli et son collègue Bertoni fustigent également son procédé d’«ethnologisation» des langues, «comme si leurs traits, transmissibles de personne à personne, pouvaient être confondus avec les caractéristiques ethniques des personnes aux cheveux crépus ou lisses»48. Comme pour Meillet, tout changement relève de l’histoire. Aussi, la langue ne relevant que de l’«activité mentale» et non d’«un élément organique passif»49, il se peut qu’un peuple entier adopte un nouvel idiome. Bartoli et Bertoni usent alors du concept de «réactions ethniques» pour qualifier les «différentes couleurs et stries que subit une langue lorsqu’elle est transmise à des personnes d’histoires différentes»50. Il s’agit là d’un «facteur historique»51, référence directe à la notion de substrat développée par Graziadio I. Ascoli (1829-1907), dont Bartoli se réclame fort volontiers de l’héritage52. Traitant du processus de différenciation des langues indo-européennes, Meillet n’affirme pas autre chose:

  • 53 A. Meillet, «Sur l’état actuel de la grammaire comparée», p. 167.

Les différences profondes qu’on observe entre les langues indo-européennes s’expliquent, sans doute pour une part, pour une large part peut-être, par le fait que des habitudes et des tendances provenant de langues pré-indo-européennes se seraient maintenues53.

  • 54 Ibid., p. 167 sq.
  • 55 Ibid., p. 168.
  • 56 A. Meillet, A. Sauvageot, «Le bilinguisme des hommes cultivés», p. 9.
  • 57 E. Doutté, É. Durkheim, H. Hubert, J. Marx, M. Mauss, «Note sur la notion de Civilisation», p. 47 s (...)
  • 58 Ibid., p. 49.
  • 59 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 101 (1918).
  • 60 J. E. Joseph, «Structure, mentalité, société, civilisation».
  • 61 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 13 (1918).

11Tributaire des vicissitudes de l’histoire, la langue apparaît ainsi comme une manifestation majeure des mouvements des sociétés humaines: «toute extension de langue, et toute influence d’une langue sur une autre, traduisent des actions de civilisation»54, puis plus loin: «Tout fait de langue manifeste un fait de civilisation»55. Cette notion de civilisation prend chez Meillet des contours variables, désignant tantôt de vastes ensembles historico-culturels (indo-européen ou hellénique, par exemple), tantôt les pratiques socio-culturelles associées aux sociétés européennes «qui marchent en tête du progrès»56. Parfois aussi, elle se trouve synonyme de «nation», aussi réduite démographiquement soit-elle. Sa définition en est ainsi quelque peu élargie par rapport à celle donnée en 1913 dans L’Année sociologique par ses collègues Durkheim, Mauss et d’autres, qui caractérisent la civilisation comme «un fond commun d’idées et d’institutions» soudé par des «systèmes complexes et solidaires» transnationaux, dont la langue est l’une des manifestations57. Pour eux, il s’agit donc de comprendre pourquoi «[i]l y a des langues qui se sont répandues sur de vastes territoires» tandis qu’«il y en a d’autres qui servent à caractériser des nationalités»58. Question à laquelle Meillet s’attèle à répondre: la singularité d’une langue est essentielle à son expansion et à sa survie, puisqu’«[u]ne langue ne vaut que si elle est l’organe d’une civilisation originale» qui «ait une personnalité»59. Cette personnalité consiste surtout, d’un point de vue de la langue, en une littérature capable de charrier termes, concepts et formes artistiques. Aussi, comme l’a montré John Joseph60, une langue ne peut être pérenne diachroniquement dans l’Europe contemporaine pour Meillet que si elle est véritablement porteuse de «la civilisation universelle»61. Compte tenu des préférences affichées par le linguiste pour l’approche sociologique des faits de langue, ce discours vague teinté d’un imaginaire colonial mérite d’être souligné. Apparaissent alors de fortes inégalités entre groupes ethnolinguistiques que Meillet, tout autant que Bartoli – moins prolixe sur la notion de civilisation –, n’hésitent pas à mettre en avant.

Prestige et imitation: pierres angulaires d’une approche hiérarchisante

  • 62 Occasion de rappeler que Meillet participe en tant qu’expert au Comité d’études chargé de clarifier (...)
  • 63 Joseph a analysé le traitement plutôt négatif réservé par Meillet à la multiplication de ces langue (...)
  • 64 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 279 (1918).

12Durant l’entre-deux-guerres, une série de nouveaux États-nations se stabilisent en Europe, favorisés par le principe d’autodétermination des peuples sur lequel s’étaient appuyés les traités signés lors de la Conférence de la Paix de Paris de 191962. Le moment est à l’essor politique pour de nombreuses langues nationales, promues langues officielles d’État: serbo-croate, tchèque, slovaque, estonien, etc.63. Constatant cette «multiplicité des petites langues»64, Meillet et son disciple spécialiste des langues finno-ougriennes Aurélien Sauvageot partitionnent les langues de l’Europe moderne «en deux groupes distincts»:

  • 65 A. Meillet, A. Sauvageot, «Le bilinguisme des hommes cultivés», p. 8.

Les unes sont l’expression d’une civilisation à grand rayonnement. Ceux qui les parlent et les écrivent sont dotés du moyen le plus adéquat pour exprimer le contenu de la civilisation de notre temps.
Les autres idiomes sont parlés par des collectivités dans le sein desquelles la civilisation de notre temps ne s’élabore pas ou s’élabore moins intensivement. Ces collectivités sont plus ou moins tributaires des grands foyers de civilisation. Elles n’innovent pas ou n’innovent guère. Elles imitent
65.

  • 66 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 279 (1918).
  • 67 Ibid., p. 279.
  • 68 A. Meillet, A. Sauvageot, «Le bilinguisme des hommes cultivés», p. 9.
  • 69 F. Fodor, «L’imaginaire des langues chez Meillet ou la contamination de l’univers discursif scienti (...)
  • 70 Sur les vues négatives de Meillet à propos du hongrois, voir J. Perrot, «Antoine Meillet et les lan (...)

13Dans la première catégorie se retrouvent surtout les grandes langues nationales européennes. La seconde comprend les «petites langues nationales»66 telles que, notamment, le finnois, le bulgare ou le roumain, qui sont une «étape par où passent les peuples peu cultivés pour s’approcher de la civilisation universelle»67. Ce sont des langues porteuses d’une «civilisation nationale» qui, toutefois, «n’est pas assez ample pour alimenter à elle seule la pensée de l’homme cultivé»68. Il est notable que, selon l’appréciation de Meillet – dont Ferenc Fodor a montré toute la subjectivité69 –, ce déficit de civilisation propre est souvent total, comme c’est le cas, entre autres, pour le hongrois70, le provençal, le breton ou l’albanais:

  • 71 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 33 sq. (1918).

L’albanais n’a jamais été l’organe d’une grande nation; il n’a jamais servi à exprimer une civilisation originale. On l’a écrit très tard […]. Il n’a donc, à proprement parler, pas d’histoire. Les mots très nombreux qu’ils ont pris à toutes les langues qui les entourent montrent que les Albanais ont subi l’influence de la civilisation de tous leurs voisins; mais eux-mêmes n’ont jamais exercé une influence de civilisation ni fourni de mots aux langues voisines71.

  • 72 A. Meillet, La méthode comparative en linguistique historique, p. 56.

14Tout en bas de la hiérarchie civilisationnelle, les Albanais sont linguistiquement dépendants de «centres d’où la civilisation se répand»72. Outre l’importance du critère géographique mis en avant, la similitude avec le système bartolien est ici manifeste. Évoquant les substrats préromains, le romaniste turinois écrit par exemple:

  • 73 M. G. Bartoli, Saggi di linguistica spaziale, p. 107. Un pareil exemple se retrouve chez Meillet: « (...)

Confrontons les substrats préromains d’Italie avec ceux de la Gaule, de l’Ibérie et de la Dacie. Les éléments lexicaux et non lexicaux d’origine osque, ombrienne, grecque et étrusque qui ont pénétré dans le latin sont beaucoup plus nombreux que ceux d’origine gauloise, ibère ou dace. […] Le prestige de la civilisation grecque et de la civilisation étrusque était supérieur – il est superflu de le rappeler – à celui des civilisations gauloise, ibère et dace73.

  • 74 M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, p. 38 [en italique dans l’original].
  • 75 Ibid. [en italique dans l’original].
  • 76 G. Schirru, Appunti di glottologia 1912-1913, p. xxiii.
  • 77 Ovid Densușianu (1873-1938), linguiste et philologue roumain formé auprès de Meillet à l’École prat (...)
  • 78 Louis Havet (1849-1925) est professeur de philologie latine à l’EPHE, à la Sorbonne puis au Collège (...)
  • 79 M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, p. 78.
  • 80 A. Meillet, «Différenciation et unification dans les langues», p. 413.
  • 81 Ibid.
  • 82 Ibid., p. 410.
  • 83 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Fr. Lorentz, Geschichte der pomoranischen (Kaschubischen) Sprache, (...)
  • 84 M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, p. 78.

15La valeur d’une civilisation est corrélée à son prestige, garantie pour les peuples qui en disposent de constituer des modèles linguistiques, car ils «exercent un ascendant sur les imitateurs»74. C’est pourquoi, pour Bartoli, «on peut dire que les causes des innovations de la langue résident, en dernière analyse, dans l’imitation des autres langues, qui ont un plus grand prestige»75. Parmi les inspirations de cette idée, Giancarlo Schirru a signalé un ouvrage de 1899 du philologue et latiniste belge Friedrich G. Mohl76. En ce premier quart de siècle, l’idée de prestige semble toutefois faire partie de l’air du temps de la recherche linguistique. Elle se trouve partagée par plusieurs linguistes et académiciens cités par Bartoli: Gilliéron, Densușianu77, Havet78, et, bien sûr, Meillet79. Dans un article de 1911 paru dans la revue italienne Scientia, ce dernier se penche sur la question d’un point de vue théorique en soutenant que la «préoccupation d’un mieux dire» conduit les locuteurs à «emprunter le langage de ceux qui sont censés parler mieux»80. Pour le démontrer, il convoque plusieurs exemples de langues de groupes «doués d’un prestige supérieur»81: le français, s’étant répandu depuis Paris de manière précoce grâce à l’administration royale et l’attraction exercée par les classes dominantes; la fulgurante expansion de l’arabe, porteur d’une civilisation particulière faisant alors encore reculer les parlers berbères; ou le russe, garant de la «civilisation occidentale»82, qui s’impose en Sibérie, en Asie centrale ou dans le Caucase. Il s’agit là de phénomènes d’expansion qui se font au détriment de «langues qui n’ont par elles-mêmes aucun prestige et qui sont sans grande défense»83, formulation dont se sert directement Bartoli84. Les emprunts lexicaux révèlent par ailleurs souvent des disparités plus profondes entre populations:

  • 85 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 123 sq. (1918).

[…] il y a donc des influences visibles sur le vocabulaire, influences que déterminent ou la domination politique, ou la supériorité de civilisation, supériorité générale ou partielle, ou l’accord de la domination politique et de la supériorité de civilisation85.

16Dans un brûlot irrédentiste où il revendique l’italianité de l’Istrie et de la Dalmatie, Bartoli décrit le même type de dynamique:

  • 86 M. G. Bartoli, «Le parlate italiane della Venezia Giulia e della Dalmazia», p. 197.

[…] les éléments italiens des parlers slaves cisalpins sont de loin plus abondants que les éléments slaves dans nos parlers. Cela n’est pas étonnant à celui qui connaît le rapport spirituel entre les Italiens et les Slaves cisalpins, soit entre les imités et les imitateurs86.

  • 87 V. Jaboyedoff, Langues et linguistiques au service des nationalismes.

17Corrélée à sa valeur civilisationnelle, la langue des Slaves enregistre dans son vocabulaire et ses structures la relation de subordination et de dépendance entre les dialectes slovéno-serbo-croates et la – censément supérieure – langue italienne. Dès lors, le linguiste peut faire valoir un rapport de domination ethnoculturelle de plus large échelle qui sous-tend les relations entre ces populations en contact depuis des siècles. Bartoli n’hésite pas à en user afin d’alimenter un discours nationaliste italien friand d’arguments issus de production scientifique87.

L’homogénéité linguistique comme résultat d’un processus de civilisation

  • 88 D. Baggioni, Langues et nations en Europe, p. 227.
  • 89 A. Meillet, «Différenciation et unification dans les langues», p. 414 sq.
  • 90 Ibid., p. 419.
  • 91 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 89 (1918).

18À l’image des linguistes français et italiens décrits par Baggioni88, Bartoli et Meillet sont donc conscients que le partage d’une langue commune au sein d’un groupe linguistique ne relève jamais d’un état de fait originel et irrémédiable. En usant du concept de centres de civilisation ou d’irradiation, ils cherchent au contraire à démontrer qu’à partir d’eux se réalise une homogénéisation des pratiques linguistiques des marges. Meillet insiste sur les «actions diverses» comme «l’existence de rapports sociaux» qui mènent des populations sans «unité d’origine» à former un ensemble cohérent, une «unité linguistique»89, produit d’une «unité de civilisation»90. C’est le cas, notamment, des unités linguistiques romane, indo-européenne ou arabe, résultats de l’assimilation de peuples très composites. Aussi, l’histoire témoigne que, si les conditions socio-historiques sont réunies, rien n’empêche l’unité linguistique: «Jamais en Europe des différences de “race” n’ont été un obstacle à l’unité parfaite» puisque «presque toutes les populations d’Europe ont changé de langue une ou plusieurs fois»91. Néanmoins, les unités linguistiques ne représentent pas toujours un progrès civilisationnel.

  • 92 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 232 (1928).

19L’officialisation des langues des nouveaux États surgis après la Grande Guerre est par exemple jugée assez négativement par Meillet, ces dernières tendant à fragmenter l’unité linguistique de la «civilisation universelle» que portent les grandes langues européennes. Sa dépréciation de la langue ukrainienne, nouvellement choisie comme langue d’État au détriment du russe, est en ce sens significative: il s’agit d’un «idiome fondé sur le parler des paysans» qu’on «impos[e] aux populations urbaines» et donc qui «abaiss[e] la civilisation»92. Cette prise de position de Meillet outrepasse largement la seule linguistique et relève d’une appréciation socio-politique plus générale qui privilégie, dans un esprit positiviste, l’homogénéité à la diversité:

  • 93 Ibid., p. 288.

Les petites démocraties se complaisent aux petites langues nationales; comme les patois meurent aujourd’hui, ces petites langues mourront, et la démocratie universelle qui s’institue trouvera ses moyens universels d’expression93.

20L’action civilisatrice et son objectif unificateur apparaissent aussi chez Bartoli comme une fin positive. Abordant les revendications nationales des Yougoslaves de la côte adriatique, dont il récuse le pouvoir d’attraction linguistique, comme on l’a vu, il écrit:

  • 94 M. G. Bartoli, Le parlate italiane della Venezia Giulia e della Dalmazia, p. 21.

Mais encore aujourd’hui, et depuis des siècles, les Italiens de Vénétie julienne et de Dalmatie ont une «unité» de langue plus homogène que celle des Slaves cisalpins: unité de langue écrite mais aussi, en grande partie, unité de langue parlée.
En effet les Slaves cisalpins utilisent […] au moins deux langues écrites: le slovène et le serbo-croate. Et tous les Italiens de Vénétie julienne […] et de Dalmatie utilisent depuis des siècles une seule langue écrite, soit la langue nationale d’Italie.
Quant aux parlers, vous savez tout d’abord que les Slaves cisalpins […] sont arrivés sur ces terres à des époques variées et depuis diverses patries. Vous savez en outre que l’école n’a exercé quasiment aucune action de nivellement sur les multiples parlers des Slaves cisalpins. Pour ces deux raisons donc, ces parlers slaves […] sont très nombreux et très différents les uns des autres, par rapport aux nôtres d’aujourd’hui (vénitien, frioulan et istrien)
94.

  • 95 M. G. Bartoli, Il Dalmatico, p. 3.
  • 96 M. G. Bartoli, Le parlate italiane della Venezia Giulia e della Dalmazia, p. 20 sq.

21La désunion linguistique démontre l’absence de liens culturels, spirituels et nationaux entre ces populations. À ce titre, elle prouve aussi l’impossibilité pour les Slaves de l’Adriatique de s’émanciper par la formation d’un État-nation cohérent. L’examen de la situation linguistique auquel s’adonne Bartoli lui fait apparaître que «le soleil de la langue et de la civilisation»95 brillant sur ces régions n’était venu que d’Italie. Les conclusions lui sont claires: ces territoires à majorité slave reviennent davantage à l’Italie qu’à la Yougoslavie96.

Les effets des contextes nationaux

  • 97 F. Fodor, «L’imaginaire des langues chez Meillet ou la contamination de l’univers discursif scienti (...)
  • 98 S. Covino, Linguistica e nazionalismo tra le due guerre mondiali, p. 84.
  • 99 E. F. K. Koerner, Linguistic Historiography, p. 40.

22On l’a vu, les jugements de valeur et les affirmations de supériorité ethnoculturelle parsèment les travaux des deux linguistes. Conjugués à leur système théorique respectif, ces présupposés n’apparaissent cependant pas comme des sorties de route totales du discours scientifique, la non-distinction fondamentale entre le linguistique et l’extralinguistique étant revendiquée chez eux. Les incursions des facteurs externes à la langue sont pourtant si nombreuses que les frontières entre le scientifique et le non-scientifique sont poreuses. C’est à ce titre que Fodor Ferenc a souligné chez Meillet la «contamination de l’univers discursif scientifique par le politique et l’intime»97 et que Sandra Covino a décrit la «dévalorisation sociale et culturelle» impliquée «dans ses constructions idéologiques contraires au plurilinguisme»98. Il s’agit donc d’ébaucher quelques-uns des conditionnements d’époque, effets des «contextes extra-disciplinaires»99 qui ont pu influencer la formation intellectuelle et les travaux des deux hommes.

  • 100 D. Baggioni, Langues et nations en Europe, p. 227.
  • 101 Ch. Charle, J. Verger, Histoire des universités, p. 129.

23Le champ de la linguistique au sein duquel travaillent Bartoli et Meillet, que nous avons décrit plus haut comme transnational, est aussi lourdement structuré par les effets d’un autre mouvement d’apparence contradictoire: la nationalisation des espaces scolaires et académiques. Progressivement et diversement, les États européens mettent en place au cours du XIXe siècle des structures d’enseignement homogènes et coordonnées sur leur territoire, capables de former les élites dirigeantes et savantes de la nation. En France, la IIIe République acte définitivement l’instauration «d’un système scolaire universitaire cohérent et généralisé»100, tandis que le Royaume d’Italie tente, tant bien que mal, de réformer les universités du pays101. Les dates de naissance et de mort des deux linguistes couvrent quasiment toute la durée de ces deux régimes, dont ils restent toute leur vie tributaires des modes d’organisation sociaux et institutionnels.

  • 102 G. Bergounioux, «La science du langage en France de 1870 à 1885», p. 22.
  • 103 Ibid., p. 41.

24Après un passage à Louis Le Grand, l’étudiant Meillet fréquente quelques-unes des plus hautes instances universitaires du pays: Université de Paris, École pratique des hautes études (EPHE) et Collège de France. Il y suit les enseignements de figures majeures de la linguistique et de la philologie de l’époque, dont ceux de Louis Havet, Ferdinand de Saussure, Michel Bréal ou Gaston Paris. S’ils marquent tous le parcours intellectuel de Meillet, ces deux derniers linguistes ont également joué un rôle fondamental dans le processus d’institutionnalisation de la linguistique en France. Bréal, traducteur de Bopp et passeur de la science allemande, avait fait entrer la linguistique comparative au Collège de France, fondé la SLP, ainsi que dirigé la section des «sciences historiques et philologiques» de l’EPHE102. Paris avait introduit le souffle de la philologie romane de Friedrich Diez en France, enseigné au Collège de France, co-fondé la revue Romania et dirigé la même section que Bréal à l’EPHE103. Leur rôle dans l’orientation paradigmatique et idéologique de la science du langage en France est également déterminant, puisqu’ils s’attèlent à définir la nature du lien entre la langue et la nation. Partant de la langue, Gaston Paris fournit ainsi une lecture historique de l’émergence des nations romanes, distinguant leur essence civilisationnelle:

  • 104 G. Paris, «Romani, Romania, lingua romana, romanicum», p. 20 sq.

La Romania, ou l’union des nations romanes, n’a pas pour base une communauté de race. […] il n’y a pas de races latines. La langue et la civilisation romaines ont été adoptées, plus ou moins volontairement, par les races les plus diverses […]. C’est donc sur le sacrifice de la nationalité propre et originelle que repose l’unité des peuples romans […]. Dans le sein de cette association, les peuples romans forment un groupe plus étroitement uni, auquel s’opposent, tenant à l’ensemble par un lien de plus en plus lâche, les deux grandes nations des Germains et des Slaves. Chez ces peuples, la nationalité est exclusivement le produit du sang; la Romania au contraire est un produit tout historique. Son rôle paraît donc être, en face des sociétés qui ne sont que des tribus agrandies, de représenter la fusion des races par la civilisation104.

  • 105 C. Digeon, La crise allemande de la pensée française (1870-1914), p. 253.
  • 106 U. Bähler, «De la volonté d’échapper au discours racial et des difficultés d’y parvenir», p. 353 [e (...)
  • 107 S. Venayre, Les origines de la France, p. 180 sq.
  • 108 Question abondement traitée, notamment par J. Balcou, «Renan et la notion de race»; A. Caquot, «Ren (...)
  • 109 G. Bergounioux, «La science du langage en France de 1870 à 1885», p. 38.

25Se retrouve ici l’idée de civilisation que généraliseront les travaux de Meillet et de Bartoli – ce dernier, rappelons-le, ayant également suivi l’enseignement de Paris. Élaboré dans un climat de «patriotisme brusquement surexcité»105 par la défaite de 1871, son discours postule l’existence d’un «modèle fusionnel», matrice de la France et des nations romanes, antithétique des «nations-races»106 que représentent les Slaves et, surtout, les Allemands. Cette proposition de Paris va progressivement constituer un socle théorique de référence pour les linguistes et philologues de l’école française, au détriment de la pensée racialiste portée par des anthropologues d’influence comme Paul Broca ou Abel Hovelacque, au sein de laquelle langue et race sont étroitement liées107. L’adhésion de son mentor et ami du Collège de France Ernest Renan (1823-1892), au même moment, est à ce titre significative. Pourtant jusqu’ici sensible au concept de race108, ce dernier contribue à ce que Gabriel Bergounioux appelle «la formation de la doxa nationale et républicaine en gestation dans le champ politique»109 de la IIIe République. Ainsi, pour Renan:

  • 110 E. Renan, Qu’est-ce qu’une nation?, p. 65-69.

Le Français n’est ni un Gaulois, ni un Franc, ni un Burgonde. Il est ce qui est sorti de la grande chaudière où, sous la présidence du roi de France, ont fermenté ensemble les éléments les plus divers […]. Même aux origines, la similitude de langue n’entraînait pas la similitude de race […]. Les langues sont des formations historiques, qui indiquent peu de choses sur le sang de ceux qui les parlent […]110.

Un peu plus loin, il précise la réponse à sa question Qu’est-ce qu’une nation?:

  • 111 Ibid., p. 74 sq.

Avoir des gloires communes dans le passé, une volonté commune dans le présent, avoir fait de grandes choses ensemble, vouloir en faire encore, voilà les conditions essentielles pour être un peuple. […] Une nation est donc une grande solidarité […]111.

  • 112 S. Citron, Le mythe national, p. 178.

26Ce paradigme historiographique et idéologique – déjà en germe chez Jules Michelet (1798-1874)112 – imprègne l’ambiance intellectuelle dans laquelle se forme Meillet. Sa conception glottopolitique de l’espace national en est largement marquée:

  • 113 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 94 (1918).

En France, les parlers méridionaux sont inintelligibles à un Français du Nord; le provençal diffère du français à peu près autant que l’espagnol de l’italien. Néanmoins un Provençal ou un Gascon n’a pas le sentiment d’appartenir à une autre nation qu’un Français du Nord. Un Breton parle une langue d’autre famille que le français; mais il se sent de nation française. Bien que séparés politiquement de la France depuis 1871, beaucoup d’Alsaciens, qui emploient familièrement un parler alémanique, se sentent Français113.

Puis, il en tire des conclusions qui reformulent Renan:

  • 114 Ibid., p. 96 (1918).

Une nation n’est pas liée à tel ou tel soutien matériel, et pas même à la langue. Appartenir à une nation est une affaire de sentiment et de volonté114.

  • 115 Ch. Charle, Les élites de la République (1880-1900), p. 240.

27Cette reprise des motifs qui avaient permis l’élaboration d’un dogme national spécifique vis-à-vis de l’Allemagne nouvellement unifiée démontre le lien de filiation intellectuelle qui existe entre Meillet et plusieurs importants protagonistes de la linguistique universitaire française d’après 1871. Christophe Charle a montré tout l’impact que peuvent avoir les professeurs du Collège de France sur leurs successeurs à cette époque, en vertu de leur rôle central dans la transmission d’un habitus professionnel conforme au milieu intellectuel dans lequel ils évoluent115. Par ailleurs, l’implication professionnelle de Meillet au sein de structures de l’instruction publique fortement liées à l’État (Collège de France, EPHE) doit probablement être retenue comme l’une des circonstances déterminantes de sa stratégie de carrière – consciente ou non – qui le pousse à reconduire cette idéologie républicaine.

28S’il naît en Istrie, au cœur du Küstenland autrichien, Bartoli élabore une pensée très liée au contexte socio-politique et intellectuel du Royaume d’Italie. Son système théorique est aussi à l’image de son parcours académique européen, au croisement d’influences diverses, qu’elles soient germanophones, françaises ou italiennes. Par exemple:

  • 116 M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, p. 78 [en italique dans l’original].

W. v. Humboldt […] avait écrit: […] le principe décisif [à l’œuvre] dans l’évolution des langues et de leur territoire est le mélange des nations, c’est-à-dire les «influences diverses» réciproques (cf. Meillet […]) entre les différentes langues, qu’elles soient langues nationales ou dialectes. Ce principe n’exclut pas, et inclut même, le principe ascolien du substrat ethnique, qui est aujourd’hui admis par plusieurs chercheurs116.

  • 117 À titre d’exemple quantitatif, Ascoli est cité une quarantaine de fois dans l’Introduzione alla neo (...)
  • 118 Dont G. Lucchini a décrit les divergences de vues avec Ascoli, notamment sur la question du substra (...)
  • 119 Cité à huit reprises dans l’Introduzione alla neolinguistica.
  • 120 G. Paris, «Romani, Romania, lingua romana, romanicum», p. 22.
  • 121 M. G. Bartoli, «Questioni linguistiche e diritti nazionali», p. 17.
  • 122 Sur les dispositions légales et règlements propres aux politiques linguistiques d’assimilation dans (...)

29Cette citation est caractéristique de la charpente des travaux de Bartoli, où les références à Ascoli et à sa notion de substrat côtoient celles issues du paradigme de la linguistique française, dont Meillet est le porteur117. Le fondateur de la revue Romania, Gaston Paris118, semble aussi participer de cette toile de fond théorique119. Il est à supposer que ce dernier a pu inspirer le linguiste italien par le caractère programmatique de son analyse de l’espace néolatin: les peuples romans ont vocation à soutenir la «tendance vers une civilisation commune»120 face aux populations slaves et germaniques. Ces vues coïncident en effet avec celles décrites par Bartoli à propos de la dynamique des échanges linguistiques et culturels entre Italiens et Slaves. Car le linguiste istrien, porté par son sentiment national, vise toute sa vie durant à ce que l’État italien de jure recouvre aussi les populations des territoires «irrédents» comme la Dalmatie, le Quarnaro ou sa région natale. Ces terres, qu’il envisage comme dépendant de la civilisation romano-italienne, sont pourtant peuplées par une majorité de non-Italiens, des Slaves principalement. Pensées inférieures sur les plans linguistique et civilisationnel, ces populations n’ont à terme vocation qu’à s’assimiler à la nation italienne. Ainsi, pendant la période d’intégration de l’Istrie et de la province de Zara/Zadar au Royaume d’Italie (1923-1944), Bartoli affirme qu’en Dalmatie «les Italiens constituent aujourd’hui une partie malheureusement réduite» mais «très élue» de la population, celle qui «tir[e] le sentiment national d’une source d’une exquise spiritualité» et «marque le caractère d’un pays»121. Du fait de son statut de linguiste respecté, il légitime en ce sens les politiques linguistiques discriminatoires du régime fasciste dans ces territoires122.

  • 123 A. D’Orsi, Allievi e maestri, p. 174. Bartoli signale cette activité à Meillet dans sa lettre en da (...)
  • 124 A. D’Orsi, Allievi e maestri, p. 176.
  • 125 Archivio storico, Università degli Studi di Torino, IT ASUT Corrispondenza, Carteggio 1938, Profess (...)

30Foncièrement acquis à la cause irrédentiste, Bartoli soutient le projet nationaliste via des interventions discursives, mais également par un engagement volontaire actif au sein de l’armée italienne pendant la Première Guerre mondiale, en tant qu’attaché au bureau de révision de la toponymie des territoires occupés où il participe à l’entreprise d’italianisation concrète des noms des lieux conquis123. En 1931, il prête serment au régime, puis, deux ans plus tard, adhère au Parti national fasciste, comme il est exigé des fonctionnaires d’État124. En contrepartie, Bartoli peut continuer à exercer des fonctions d’importance, dont les financements sont garantis par l’État: directeur de l’Atlante linguistico italiano, président du Comité d’organisation et représentant du gouvernement italien au IIIe Congrès international des linguistes à Rome en 1933 et même remplaçant d’un professeur de philologie romane à l’Université de Turin, exclu pour des «motifs raciaux» en 1938125.

Conclusion

  • 126 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 219 (1928).
  • 127 M. G. Bartoli, Il Dalmatico, p. xiii. Une nuance existe entre ces deux acceptions, qui peut sembler (...)

31Au-delà des éléments qui singularisent leur système de pensée, le tronc théorique que partagent Meillet et Bartoli autour de la notion de civilisation permet de vérifier spécifiquement la validité de l’affirmation de Baggioni. Néanmoins, s’ils rejettent toute possibilité d’interaction entre la langue et la race, tous deux n’hésitent pas à activer un lien direct entre la langue et la nation: le Français affirme voir dans les langues le «seul caractère net auquel on reconnaît une nation ayant une culture propre»126 quand Bartoli envisage la «langue littéraire ou utilisée d’habitude dans l’écriture privée ou publique» comme «le caractère le plus sûr qui distingue les nations»127. Mais le rapport langue-nation qu’ils établissent n’est ni permanent, ni irréversible: au fil du temps, les peuples perdent, acquièrent, imposent ou assimilent les langues selon les conditions historiques et les forces de leur civilisation.

  • 128 G. Bergounioux, «La science du langage en France de 1870 à 1885», p. 26.
  • 129 M. G. Bartoli, Lettere giuliane, p. 20.
  • 130 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 7 (1918).

32Aussi, là où l’engagement explicite de Bartoli relève d’une scientifisation du discours nationaliste expansionniste (ou d’une politisation du scientifique), le système Meillet esquisse les contours du récit national républicain, ciment discursif de la IIIe République. Les idées qu’ils professent correspondent donc aux grandes lignes des dogmes socio-politiques dominant l’air du temps de leur espace national respectif. Très intégrés au sein des tissus académiques français et italien, les deux linguistes répondent en ce sens à une «demande sociale»128 des champs politiques et institutionnels. Davantage qu’une manière d’éviter de compromettre les financements des pouvoirs publics dont ils dépendent largement, l’adhésion à ces corpus idéologiques nationaux semblent chez eux profonde. C’est à ce titre que nous pouvons les qualifier de «linguistes d’État». Par ailleurs, Meillet et Bartoli sont eux-mêmes convaincus de l’utilité extrascientifique et civile de leurs activités. Le linguiste italien n’hésite pas à traiter de questions de relations internationales, car «la glottologie peut aider l’histoire»129, rejoint par son collègue français qui affirme que «le rôle du savant» est «d’éclairer ceux qui ont la charge d’agir»130. C’est pourquoi, dans l’objectif de comprendre comment se construit cette légitimité à l’expression hors du cadre universitaire, leur rapport aux contextes socio-politiques au sein desquels ils évoluent mérite, selon nous, d’être approfondi.

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Venayre, Sylvain, Les origines de la France. Quand les historiens racontaient la nation, Paris, Seuil, 2013.

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Notes

1 G. Mounin, Histoire de la linguistique des origines au XXe siècle, p. 220.

2 A. Meillet, «La linguistique», p. 122.

3 D. Baggioni, Langues et nations en Europe, p. 227.

4 Linguiste suisse-allemand, professeur à Vienne, puis à Bonn, il applique la méthode comparative aux langues romanes en travaillant à l’examen de nombreux dialectes de l’ensemble roman.

5 Linguiste italien originaire de Dalmatie, professeur de philologie romane à l’Université de Vienne. Outre la linguistique, son intérêt se porte sur les littératures italienne, latine et grecque.

6 Indo-européaniste allemand et professeur à Strasbourg, Hübschmann travaille notamment à une description approfondie de la langue arménienne qui l’amène à lui attribuer une place indépendante au sein de la famille indo-européenne. À son sujet, voir dans ce même numéro l’article de R. Meyer, «Antoine Meillet, parrain de la linguistique arménienne».

7 À deux reprises dans Scientia par exemple, revue italienne de synthèse scientifique: A. Meillet, «Différenciation et unification dans les langues» et «Ce que la linguistique doit aux savants allemands».

8 Il occupe par ailleurs une place importante dans l’organisation des Congrès internationaux des linguistes, dont il est membre du comité d’organisation dès la première édition. J. Schrijnen, «Le Premier Congrès International de Linguistes à la Haye du 10 au 15 avril 1928», p. 262.

9 S. Bouquet, «Les archives d’Antoine Meillet au Collège de France».

10 Archives, Collège de France. Fonds Antoine Meillet, 83 CDF 6-19. L’une est en date du 29 mai 1910, l’autre du 9 mars 1917. La correspondance pourrait être complétée par les lettres que Bartoli a reçues de Meillet.

11 A. Meillet, Caractères généraux des langues germaniques, 1917 pour la première édition.

12 Vœux probablement bien reçus par Meillet qui, un an auparavant, s’était félicité que l’Italie ait embrassé «la cause commune des Alliés», à laquelle elle «apporte sans réserve toutes ses forces». A. Meillet, «Les forces italiennes», p. 118.

13 V. Chepiga, «Correspondre dans un espace socioculturel linguistique particulier», p. 34.

14 Ibid.

15 V. Karady, «L’émergence d’un espace européen des connaissances sur l’homme en société», p. 63 sq.

16 «Séance du 23 mars 1929», p. xviii.

17 Procédure conforme aux articles 7 et 8 des statuts de la SLP. «Séance du 23 mars 1929», p. xx.

18 «Liste des membres de la Société au 31 mai 1925», p. vi et ix.

19 Récemment signalés par Romain Descendre et Jean-Claude Zancarini dans un ouvrage consacré aux rapports d’Antonio Gramsci – qui fut un étudiant prometteur de Bartoli – avec la France. R. Descendre, J.-C. Zancarini, «Le point de départ est national, mais la perspective est internationale», p. 15.

20 Deux sont consacrés au Breviario di neolinguistica et un à l’Introduzione alla neolinguistica: A. Meillet, «[Compte rendu de:] Giulio Bertoni, Matteo G. Bartoli, Breviario di neolinguistica, 1925» et «[Compte rendu de:] M. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, 1925». Sur les nombreux comptes rendus de Meillet et leur doublon, voir dans ce même numéro l’article de H. Bat-Zeev Shyldkrot, «Les comptes rendus doubles de Meillet».

21 Voir par exemple M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, «Studi sulla stratificazione dei linguaggi ario-europei» et Saggi di linguistica spaziale au sein desquels les travaux de Meillet sont abondamment mobilisés.

22 A. Meillet, «Sur la valeur du mot français jument».

23 M. G. Bartoli, «Alle fonti del neolatino», p. 889.

24 M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, p. 63.

25 A. Meillet, «Le langage», p. 853 sq.

26 M. G. Bartoli, G. Bertoni, Breviario di neolinguistica; M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica.

27 M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, p. 17.

28 Professeur de philologie romane à l’Université de Turin et de Fribourg, Bertoni s’est également formé à Paris auprès des dialectologues Paul Meyer et Jules Gilliéron. Il prend part au comité de rédaction de l’Atlante linguistico italiano porté par Bartoli.

29 M. G. Bartoli, G. Bertoni, Breviario di neolinguistica, p. 66.

30 M. G. Bartoli, Saggi di linguistica spaziale, p. viii.

31 A. Meillet, «[Compte rendu de:] M. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, 1925», p. 4.

32 Ibid., p. 8.

33 Ibid.

34 Voir par exemple Ch. Puech, A. Radzynski, «La langue comme fait social»; L. Mucchielli, La découverte du social, p. 359-381; J.-F. Bert, «Sociologie et linguistique».

35 A. Meillet, «Comment les mots changent de sens», p. 1.

36 A. Meillet, «Ce que la linguistique doit aux savants allemands», p. 268.

37 M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, p. 102.

38 A. Meillet, «Comment les mots changent de sens», p. 2.

39 A. Meillet, «Le langage», p. 856.

40 F. de Saussure, Cours de linguistique générale, p. 317 [en italique dans l’original].

41 P. Swiggers, «Le problème du changement linguistique dans l’œuvre d’Antoine Meillet», p. 158.

42 A. Meillet, «Le problème de la parenté des langues», p. 79. Sur la question, voir également Ch. Puech, A. Radzynski, «La langue comme fait social», p. 51 sq.

43 M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, p. 66.

44 A. Meillet, «Le langage», p. 850.

45 S. Venayre, Les origines de la France, p. 176-181.

46 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 86 (1918).

47 A. Meillet, «Linguistique et anthropologie», p. 87.

48 M. G. Bartoli, G. Bertoni, Breviario di neolinguistica, p. 48.

49 Ibid.

50 Ibid.

51 Ibid.

52 M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, p. 1.

53 A. Meillet, «Sur l’état actuel de la grammaire comparée», p. 167.

54 Ibid., p. 167 sq.

55 Ibid., p. 168.

56 A. Meillet, A. Sauvageot, «Le bilinguisme des hommes cultivés», p. 9.

57 E. Doutté, É. Durkheim, H. Hubert, J. Marx, M. Mauss, «Note sur la notion de Civilisation», p. 47 sq.

58 Ibid., p. 49.

59 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 101 (1918).

60 J. E. Joseph, «Structure, mentalité, société, civilisation».

61 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 13 (1918).

62 Occasion de rappeler que Meillet participe en tant qu’expert au Comité d’études chargé de clarifier et d’exposer scientifiquement diverses situations territoriales complexes à la diplomatie française en vue des négociations de la Conférence.

63 Joseph a analysé le traitement plutôt négatif réservé par Meillet à la multiplication de ces langues stato-nationales. J. E. Joseph, «Structure, mentalité, société, civilisation».

64 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 279 (1918).

65 A. Meillet, A. Sauvageot, «Le bilinguisme des hommes cultivés», p. 8.

66 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 279 (1918).

67 Ibid., p. 279.

68 A. Meillet, A. Sauvageot, «Le bilinguisme des hommes cultivés», p. 9.

69 F. Fodor, «L’imaginaire des langues chez Meillet ou la contamination de l’univers discursif scientifique par le politique et l’intime».

70 Sur les vues négatives de Meillet à propos du hongrois, voir J. Perrot, «Antoine Meillet et les langues de l’Europe».

71 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 33 sq. (1918).

72 A. Meillet, La méthode comparative en linguistique historique, p. 56.

73 M. G. Bartoli, Saggi di linguistica spaziale, p. 107. Un pareil exemple se retrouve chez Meillet: «Si le latin a été accepté dans toute la partie occidentale de l’Empire romain, c’est qu’il portait avec lui une civilisation supérieure à celles des peuples soumis par Rome» dans A. Meillet, La méthode comparative en linguistique historique, p. 18.

74 M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, p. 38 [en italique dans l’original].

75 Ibid. [en italique dans l’original].

76 G. Schirru, Appunti di glottologia 1912-1913, p. xxiii.

77 Ovid Densușianu (1873-1938), linguiste et philologue roumain formé auprès de Meillet à l’École pratique des hautes études (EPHE), consacre l’essentiel de sa carrière à l’examen de sa langue maternelle. Il est l’auteur de l’importante Histoire de la langue roumaine parue en plusieurs volumes entre 1901 et 1938.

78 Louis Havet (1849-1925) est professeur de philologie latine à l’EPHE, à la Sorbonne puis au Collège de France, où Meillet suit attentivement son enseignement. La nécrologie que ce dernier rédige en son honneur témoigne d’une profonde reconnaissance à son égard. A. Meillet, «Louis Havet».

79 M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, p. 78.

80 A. Meillet, «Différenciation et unification dans les langues», p. 413.

81 Ibid.

82 Ibid., p. 410.

83 A. Meillet, «[Compte rendu de:] Fr. Lorentz, Geschichte der pomoranischen (Kaschubischen) Sprache, 1923», p. 207.

84 M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, p. 78.

85 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 123 sq. (1918).

86 M. G. Bartoli, «Le parlate italiane della Venezia Giulia e della Dalmazia», p. 197.

87 V. Jaboyedoff, Langues et linguistiques au service des nationalismes.

88 D. Baggioni, Langues et nations en Europe, p. 227.

89 A. Meillet, «Différenciation et unification dans les langues», p. 414 sq.

90 Ibid., p. 419.

91 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 89 (1918).

92 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 232 (1928).

93 Ibid., p. 288.

94 M. G. Bartoli, Le parlate italiane della Venezia Giulia e della Dalmazia, p. 21.

95 M. G. Bartoli, Il Dalmatico, p. 3.

96 M. G. Bartoli, Le parlate italiane della Venezia Giulia e della Dalmazia, p. 20 sq.

97 F. Fodor, «L’imaginaire des langues chez Meillet ou la contamination de l’univers discursif scientifique par le politique et l’intime».

98 S. Covino, Linguistica e nazionalismo tra le due guerre mondiali, p. 84.

99 E. F. K. Koerner, Linguistic Historiography, p. 40.

100 D. Baggioni, Langues et nations en Europe, p. 227.

101 Ch. Charle, J. Verger, Histoire des universités, p. 129.

102 G. Bergounioux, «La science du langage en France de 1870 à 1885», p. 22.

103 Ibid., p. 41.

104 G. Paris, «Romani, Romania, lingua romana, romanicum», p. 20 sq.

105 C. Digeon, La crise allemande de la pensée française (1870-1914), p. 253.

106 U. Bähler, «De la volonté d’échapper au discours racial et des difficultés d’y parvenir», p. 353 [en italique dans l’original].

107 S. Venayre, Les origines de la France, p. 180 sq.

108 Question abondement traitée, notamment par J. Balcou, «Renan et la notion de race»; A. Caquot, «Renan et la notion de race»; R. D. Priest, «Ernest Renan’s Race Problem».

109 G. Bergounioux, «La science du langage en France de 1870 à 1885», p. 38.

110 E. Renan, Qu’est-ce qu’une nation?, p. 65-69.

111 Ibid., p. 74 sq.

112 S. Citron, Le mythe national, p. 178.

113 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 94 (1918).

114 Ibid., p. 96 (1918).

115 Ch. Charle, Les élites de la République (1880-1900), p. 240.

116 M. G. Bartoli, Introduzione alla neolinguistica, p. 78 [en italique dans l’original].

117 À titre d’exemple quantitatif, Ascoli est cité une quarantaine de fois dans l’Introduzione alla neolinguistica. Meillet y apparaît à 23 reprises.

118 Dont G. Lucchini a décrit les divergences de vues avec Ascoli, notamment sur la question du substrat: G. Lucchini, «L’influence de Gaston Paris sur les philologues de son époque en Italie».

119 Cité à huit reprises dans l’Introduzione alla neolinguistica.

120 G. Paris, «Romani, Romania, lingua romana, romanicum», p. 22.

121 M. G. Bartoli, «Questioni linguistiche e diritti nazionali», p. 17.

122 Sur les dispositions légales et règlements propres aux politiques linguistiques d’assimilation dans les «nouvelles Provinces pas encore devenues italiennes», voir G. Klein, La politica linguistica del fascismo, p. 169-172.

123 A. D’Orsi, Allievi e maestri, p. 174. Bartoli signale cette activité à Meillet dans sa lettre en date du 9 mars 1917, où il écrit devoir retourner «très bientôt à [s]on poste militaire» (Archives, Collège de France. Fonds Antoine Meillet, 83 CDF 6-19). À propos des tentatives d’italianisation toponymiques de la Slovénie, voir P. Svoljšak, «La politica toponomastica dell’occupazione italiana 1915-1917 e la risposta slovena».

124 A. D’Orsi, Allievi e maestri, p. 176.

125 Archivio storico, Università degli Studi di Torino, IT ASUT Corrispondenza, Carteggio 1938, Professori incaricati. Pratiche generali, consultable en ligne: <https://atom.unito.it/index.php/professor-incaricati-pratiche-generali>.

126 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 219 (1928).

127 M. G. Bartoli, Il Dalmatico, p. xiii. Une nuance existe entre ces deux acceptions, qui peut sembler peu évidente. Elle rappelle néanmoins les particularités historiques respectives des deux processus de constitution et de propagation de la langue française et de l’italien. La position de Bartoli révèle l’importance du rôle que joua la littérature – en tant que vecteur d’une langue unifiée et normalisée – dans la questione della lingua, qui agita longtemps les discussions des élites intellectuelles italiennes, en particulier au tournant de l’unification politique de la péninsule (C. Stancati, «Les grammaires italiennes dans la deuxième moitié du XIXe siècle», p. 75). Celle de Meillet, plus abstraite, s’apparente davantage à une incantation idéaliste. Il faut dire qu’en France, la question de la codification de la langue est depuis longtemps tranchée: elle suit les prérogatives édictées par les institutions de l’État centraliste, d’abord royales, puis républicaines. Il en va de même pour le processus d’unification linguistique. Par la généralisation de l’instruction publique, la IIIe République s’attèle à intensifier les efforts, poursuivant l’impératif de monolinguisme fixé dès après la révolution de 1789 (A.-M. Houdebine, «Le centralisme linguistique», p. 47).

128 G. Bergounioux, «La science du langage en France de 1870 à 1885», p. 26.

129 M. G. Bartoli, Lettere giuliane, p. 20.

130 A. Meillet, Les langues dans l’Europe nouvelle, p. 7 (1918).

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Table des illustrations

Légende Fig. 1 — Carte postale de Matteo Bartoli à Antoine Meillet en date du 29 mai 1910. Archives, Collège de France. Fonds Antoine Meillet, 83 CDF 6-19.
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Pour citer cet article

Référence papier

Vladimir Jaboyedoff, « Antoine Meillet et Matteo G. Bartoli: la langue comme outil de civilisation au service de l’idéologie nationale »Études de lettres, 322 | 2023, 125-154.

Référence électronique

Vladimir Jaboyedoff, « Antoine Meillet et Matteo G. Bartoli: la langue comme outil de civilisation au service de l’idéologie nationale »Études de lettres [En ligne], 322 | 2023, mis en ligne le 15 décembre 2023, consulté le 22 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/edl/6708 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/edl.6708

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Vladimir Jaboyedoff

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