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Sur le champ

L’essor de l’activité minière à l’Ouest du Kenya

Imbrication des pratiques et des acteurs au service d’un développement local
The rise of artisanal mining in western Kenya: Interweaving of Working Practices and Actors at the service of local development
Joseph Bohbot

Résumés

Dans le comté de Kakamega, à l’Ouest du Kenya, l’activité minière et en particulier l’orpaillage offre aujourd’hui des revenus plus intéressants que l’agriculture, secteur économique historique. Néanmoins, les mineurs artisanaux restent limités dans l’exploitation des ressources en or du fait d’un manque de capitaux et de connaissances techniques. Cela permet à d’autres acteurs, aux moyens plus importants, de se positionner dans l’exploitation aurifère tout en cohabitant avec les orpailleurs. Nous assistons alors à un certain dynamisme économique porté par l’activité minière, qui accélère le développement de cet espace Ouest du Kenya.

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Texte intégral

Introduction

1Cent ans après la première ruée vers l’or des Britanniques (Shilaro, 2007), le comté de Kakamega et plus généralement l’Ouest du Kenya connait une nouvelle fièvre de l’or. Cette aventure mobilise un large éventail d’acteurs, allant des compagnies minières internationales, aux fermiers, en passant par une partie de la jeunesse scolarisée, refoulée du marché du travail formalisé.

  • 1 La pandémie mondiale puis la guerre en Ukraine ont participé à faire exploser les cours. L’once d’o (...)

2L’orpaillage apparaît comme une source de revenus importants et un moyen de sortir de la pauvreté, avec deux ou trois fois les revenus générés dans des secteurs comme l’agriculture (Siegel et Vega, 2009 ; Hilson et Garforth, 2012 ; Mulinya, 2020). Dans le cas du comté de Kakamega, l’orpaillage est pratiqué par les communautés locales habitant à proximité immédiate des zones aurifères. Le comté bénéficie donc directement des revenus générés par l’orpaillage et du développement économique et humain qui en découle. Ces revenus ont d’ailleurs largement augmenté du fait de l’explosion des cours de l’or depuis le début des années 2020, années marquées par différentes crises internationales1, qui participent à faire de l’or une valeur refuge pour les investisseurs.

  • 2 Données obtenues auprès d’un membre du County Artisanal Mining Committee en 2022.

3Deux rapports récents éclairent la dimension humaine de l’activité minière artisanale ; l’East Africa Research Fund estime ainsi à 800 000 le nombre d’individus dépendants de l’orpaillage au Kenya (EARF, 2018). Quant au Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), il avance le chiffre de 250 000 mineurs artisanaux pour la seule région des Grands Lacs en 2022. Dans le cas du comté de Kakamega, nous parlons d’environ 8 000 mineurs et 50 000 personnes dépendantes des revenus de l’orpaillage2.

4Cette ruée vers l’or s’inscrit dans une dynamique plus large en faveur d’une revalorisation du secteur minier voulue par l’Etat. Ainsi, depuis le milieu de la décennie 2010, le gouvernement kenyan a modifié sa politique en la matière et entend désormais profiter de cette manne dans les prochaines années (Republic of Kenya, Vision 2030), avec l’objectif de générer 10 % du Produit Intérieur Brut (PIB) grâce à l’industrie minière. Cependant, malgré les objectifs annoncés, le secteur minier stagne à seulement 0,8 % du (PIB) en 2015. Quant aux revenus tirés de l’or produit, ils ne représentaient que 5 millions d’euros en 2020 (KNBS, 2021). Ces chiffres indiquent alors deux choses : la quasi-totale informalité du secteur artisanal et l’absence d’une production aurifère industrielle.

5Au-delà des perspectives liées à l’accroissement du PIB, les objectifs sont aussi ceux d’un plus grand encadrement du secteur, notamment des mineurs artisanaux – artisanal and small scale mining – que nous qualifierons d’orpailleurs, des lixiviateurs – artisanal gold production by leaching –, qui retraitent les rejets broyés d’orpaillage à l’aide de cyanure et des acteurs industriels – large scale mining – selon la terminologie du code minier kenyan de 2016. Cette volonté politique s’incarne dans la refonte de ce code (Mining Act, 2016), pour définir les étapes de la formalisation de l’activité minière : permis, délimitation spatiale des opérations minières, taxation et limitation des impacts environnementaux. Si le cadre légal est aujourd’hui mieux défini, la formalisation du secteur ne connait pas encore de mise en œuvre sur le terrain.

6Pourtant, l’orpaillage est en pleine expansion et génère indéniablement un développement, aussi chaotique soit-il du fait des enjeux environnementaux et des conséquences sur la santé humaine. De prime abord, l’orpaillage apparait comme le stade le moins avancé de l’exploitation aurifère. Dans une logique institutionnaliste, l’idée est de tendre progressivement vers une exploitation à petite échelle et dans l’idéal, une exploitation menée par un acteur industriel, souvent exogène dans le cas de l’Afrique subsaharienne (Magrin, 2013).

7L’étude de la ruée vers l’or à Kakamega invite à dépasser ce constat entre les acteurs de l’activité minière pour s’inscrire dans une approche où l’opposition n’est pas le moteur des relations entre orpailleurs, lixiviateurs et industriels de la mine. Les acteurs s’articulent alors en fonction des possibilités liées à leurs capitaux mais aussi par les caractéristiques des gisements aurifères (Luning et Pijpers, 2017). La réflexion portée sur l’exploitation aurifère dans l’espace de Kakamega s’appuie sur les travaux récents de Boris Verbrugge et Sara Geenen (2018) qui dépassent l’opposition entre mines artisanales et mines industrielles pour éclairer de façon plus nuancée, mais aussi plus complexe, l’arène minière et les différents acteurs qui en bénéficient, cela en fonction de leurs relations politiques, sociales, techniques ou écologiques. De fait, si des tensions peuvent exister entre les différents acteurs impliqués, une forme de complémentarité l’emporte, qui permet l’émergence d’un développement économique dont profitent les orpailleurs mais aussi les propriétaires fonciers, les marchands d’équipements et les petits commerçants en tous genres.

8L’objet de cet article est de saisir, à travers les trajectoires des individus engagés dans l’orpaillage, la manière dont l’activité minière artisanale permet un développement, à la fois humain et économique. Une attention particulière est portée aux relations entre les orpailleurs et les autres acteurs du secteur – lixiviateurs et industriels – pour analyser l’imbrication des pratiques et les complémentarités qui permettent aussi l’essor de l’activité minière à une échelle plus large.

9Cette étude s’appuie sur un travail de terrain de sept mois, mené principalement dans le comté de Kakamega. La méthode repose sur des entretiens qualitatifs avec les orpailleurs et les institutions locales concernées par l’or : Ministry of Petroleum and Mining & National Environment Management Authority of Kenya (NEMA). Un travail de documentation photographique portant notamment sur les techniques et le matériel utilisé par les mineurs artisanaux a aussi été réalisé. Certaines photographies sont intégrées à cette étude. Enfin, ce travail est complété par une série d’entretiens avec Jean-Luc Nagel, ingénieur géologue minier ayant effectué des recherches minières à Kakamega durant six ans.

L’orpaillage, une source de revenus des communautés rurales du comté de Kakamega

  • 3 Les puits réutilisés visités sur le site de Rosterman sont relativement élaborés, avec des circuits (...)
  • 4 Les espaces les plus densément peuplés du Kenya se concentrent au Sud-Ouest du pays, en incluant le (...)

10Si l’orpaillage n’a jamais vraiment cessé dans le comté de Kakamega depuis le départ des compagnies minières britanniques au fil des années 1950, celui-ci a vraiment pris de l’ampleur au cours de la décennie 2010. L’orpaillage a aujourd’hui cette capacité d’intégrer un panel extrêmement large d’emplois directs ou associés : hommes, femmes, qualifiés, peu qualifiés3. Le profil démographique du comté aide à saisir la nécessité de nouvelles opportunités professionnelles pour les populations, dans un contexte de forte pression sur le foncier. Ce territoire est l’un des plus densément occupé du pays, avec plus de 600 habitants par km² à la fin de la décennie 20104. Les sous-comtés de Kakamega Central et Kakamega South, particulièrement concernés par l’orpaillage, concentrent des densités encore supérieures, avec 1 200 habitants par km² (KNBS, 2019). Enfin, si la croissance démographique ralentit, celle-ci reste soutenue avec une moyenne de quatre enfants par femme au début des années 2020 (County Goverment of Kakamega, 2018).

  • 5 Cette organisation, qui repose sur une division des terres à chaque génération entre le ou les fils (...)

11La réduction des parcelles agricoles familiales du fait de la démographie mais surtout de l’organisation patrilinéaire de la société5, contraint une partie de la population à se réorienter vers la production aurifère artisanale et ses nombreux métiers associés, dont le commerce d’appui aux mineurs, le transport, etc. (KNBS, 2015).

  • 6 Le capital utilisé pour l’achat du sac vient alors d’une autre activité : petit commerce, transport (...)
  • 7 Les rampes de lavage sont, dans la majorité des cas étudiés, installées à proximité du concasseur e (...)

12L’orpaillage peut s’organiser de différentes manières, ainsi les individus peuvent-ils le pratiquer individuellement en achetant, par exemple, un sac de 50 kg de roches aurifères directement à des mineurs à la sortie d’un puits6 qu’ils feront ensuite concasser, avant de procéder à l’extraction de l’or contenu. Ce sac de minerais est acheté 3 euros puis concassé pour la même somme, reste à séparer l’or des rejets broyés par lavage7 puis à amalgamer l’or au moyen de mercure. Un indépendant peut ainsi espérer un gain net de 35 euros grâce à un gramme d’or sur un sac et un ou deux jours de travail pour traiter l’intégralité des 50 kg de roches aurifères.

  • 8 Échelle de classification de l’or : la pépite avec une taille supérieure à 2 mm, le gros grain entr (...)
  • 9 Dans le cas de l’ancien puits colonial de Rosterman, la mine visitée comptait 30 orpailleurs lors d (...)
  • 10 Le partage s’effectue souvent selon la règle 70/30 : 70% pour l’entrepreneur (à repartager avec son (...)

13Le travail s’organise aussi en groupe, avec des équipes plus stables, dans le sens où les mineurs se consacrent uniquement à l’orpaillage et n’articulent pas cette activité avec une autre. Dans ce cas-là, plusieurs individus s’associent pour creuser un puits et le rendre exploitable par étayage, ventilation, exhaure par pompes à eau. Ils partagent les frais, le travail et les gains potentiels. Cette forme d’organisation nécessite de travailler plusieurs jours voire semaines sans rentrées d’argent, le temps d’atteindre la profondeur nécessaire pour rejoindre la zone minéralisée : environ 50 mètres, jusqu’à atteindre la roche saine et dure. Néanmoins, lorsque l’or est atteint, les sommes générées et partagées peuvent être très intéressantes pour les mineurs associés si l’objectif se révèle suffisamment riche avec un or au grain assez gros et récupérable8. Enfin, lorsque les chantiers sont d’une importance plus grande, un entrepreneur – sponsor – investit dans du matériel et embauche un manager d’équipe. Le puits est généralement beaucoup mieux équipé, avec un treuil, des outils pneumatiques, un système de ventilation plus élaboré et un nombre conséquent de mineurs9. Dans tous les cas, les mineurs sont payés en sacs de roches aurifères et non en or ou en schillings. Les stratégies de partage des sacs sont toujours organisées de la même manière, c’est-à-dire un partage entre l’entrepreneur, les mineurs et le propriétaire du foncier10. Le paiement en sacs de roches aurifères évite ainsi une avance de trésorerie. Cela permet aussi de répartir le risque sur l’ensemble des travailleurs dans le cas où l’exploitation donne peu de résultats. Dans le sens inverse, c’est aussi l’espoir de gagner beaucoup, le hasard de la distribution des sacs offrant la même chance à chacun.

  • 11 La situation est similaire dans le comté de Migori, au Sud-Ouest du Kenya, non loin de la frontière (...)
  • 12 Si les mineurs n’ont pas de données géologiques, celles-ci existent pourtant ; le BRGM (Bureau de r (...)

14La réappropriation spatiale des anciennes mines coloniales représente un élément particulièrement intéressant dans le cas du comté de Kakamega11, avec réouverture et exhaure des anciennes galeries. La méconnaissance des données géologiques et minières plus récentes12 conduit les mineurs artisanaux à se lancer dans une approche très empirique, en creusant autour des anciens puits coloniaux voire en rouvrant les galeries du siècle dernier.

Illustration 1 - Escaliers d’accès aux galeries coloniales (site de Rosterman)

Illustration 1 - Escaliers d’accès aux galeries coloniales (site de Rosterman)

Les escaliers sont ici photographiés du bas vers le haut. Les galeries sont réemployées par les orpailleurs du comté de Kakamega.

Auteur : Joseph Bohbot, mars 2022.

15Parallèlement à l’orpaillage primaire, c’est-à-dire en roche, il existe dans le comté de Kakamega, un orpaillage alluvionnaire. Celui-ci est particulièrement présent au sud du comté, sur les berges de la rivière Yala. L’alluvionnaire se prête davantage à des aventures individuelles ou de petits groupes, cette pratique ne nécessitant pas de matériel particulier, à l’exception d’une bâtée et éventuellement d’une rampe de lavage.

Illustration 2 - Orpaillage alluvionnaire en rivière Yala, sud du comté de Kakamega

Illustration 2 - Orpaillage alluvionnaire en rivière Yala, sud du comté de Kakamega

Auteur : Joseph Bohbot, mars 2023.

16De manière à offrir un aspect visuel à l’organisation de ce travail propre au comté de Kakamega, une coupe schématique transversale dessine la répartition de l’or depuis sa source jusqu’au lit de la rivière (illustration 3).

Illustration 3 – Coupe schématique d’une vallée aurifère de la région de Kakaméga (socle archéen)

Illustration 3 – Coupe schématique d’une vallée aurifère de la région de Kakaméga (socle archéen)

Auteurs : Jean-Luc Nagel et Joseph Bohbot, mars 2022.

  • 13 Cela est possible grâce au delta entre le salaire d’un orpailleur et d’un ouvrier agricole. Un orpa (...)

17Dans tous les cas, le développement de l’activité d’orpaillage est corrélé à une montée en capital des orpailleurs. Ce constat repose à la fois sur les résultats de l’étude qualitative menée et ceux de Caroline Mulinya sur le secteur de Rosterman en 2020, avec une approche cette fois-ci quantitative (Mulinya, 2020). De fait, les revenus tirés de la vente de l’or extrait sont réinvestis sous plusieurs formes, notamment dans l’agriculture, avec l’achat de semences ou de bétails. L’orpailleur peut faire le choix d’utiliser une partie de ses revenus dans l’embauche d’un ouvrier agricole pour s’occuper de ses cultures ou de son bétail alors qu’il consacre son travail à la production d’or13. Des démarches sont similaires dans le secteur du petit commerce ; les revenus issus des mines seront réinvestis dans l’achat de marchandises. L’orpailleur consacrera alors une journée ou deux aux marchés pour écouler ses stocks et survaloriser ses gains.

18Parallèlement à ces réinvestissements et au développement économique du comté, les revenus issus de l’orpaillage participent aussi au développement humain dans un sens plus large : financement des frais de scolarité des enfants de mineurs, des études supérieures, amélioration de l’habitat avec une construction plus élaborée, des transports individuels – achat d’une moto notamment – (Mulinya, 2020).

  • 14 Le cas des ruées vers l’or au Burkina Faso est emblématique avec la présence de populations des Eta (...)

19Ajoutons la dimension locale de l’actuelle ruée vers l’or dans le comté de Kakamega, contrairement aux phénomènes comparables développés en Afrique de l’Ouest14 (Grätz, 2004) ou même en Amérique du Sud comme en Guyane (Le Tourneau, 2020). Ainsi les orpailleurs de Kakamega sont-ils originaires des villages voisins de la zone aurifère voire des alentours immédiats des sites exploités, dans ce qu’on pourrait qualifier un orpaillage domestique (illustration 4). De fait, nous assistons à une grande homogénéité ethnique autour du peuple Luhya dans les mines artisanales de Kakamega. Les gains issus de l’activité sont donc directement réinvestis dans le comté et majoritairement dans les villages à proximité immédiate des centres de production. Nous sommes donc loin des phénomènes de villes champignons observées au Burkina Faso (Bohbot, 2017) avec l’or ou à Madagascar pour les saphirs et gemmes (Guérin et Moreau, 2000).

  • 15 Ces derniers sont fabriqués par des équipes de soudeurs et vendus le long des routes menant aux min (...)

20Au-delà des mineurs et des revenus générés par la vente de l’or lui-même, la ville de Kakamega et les alentours des mines profitent d’un dynamisme commercial porté par le commerce et la fabrication des équipements nécessaires à l’orpaillage. Dans les alentours des mines se développe une profusion de petits commerces de détails, non pas tournés vers le côté technique, mais vers la vente de nourriture et de boissons. A contrario, c’est à Kakamega Town qu’émerge un commerce technique spécialisé : petits outillages de terrassement, pompes, générateurs électriques, outils pneumatiques, compresseurs fabriqués en Chine. Néanmoins, nous n’observons pas encore le développement d’une proto-industrie de l’équipement minier à destination des mineurs artisanaux comme cela est visible dans les comtés plus au sud. Ainsi, des éléments majeurs du traitement des minerais comme les concasseurs sont fabriqués localement dans le comté de Migori15.

21Ce constat nous appelle à nuancer le concept de poverty traps dans la mine artisanale à partir de l’étude menée au Ghana par Gavin Hilson (Hilson, 2012). Si la situation présente des similarités – faiblesse des moyens techniques, pas ou peu d’accès à des financements, incertitudes géologiques – les orpailleurs du comté de Kakamega génèrent tout de même un capital. Ils sont capables de réinvestir leurs gains à la fois dans l’activité minière mais aussi dans d’autres activités comme le petit commerce informel, cela sans dégrader leurs situations socio-économiques, par rapport à la situation antérieure à la ruée vers l’or.

22Néanmoins, l’orpaillage reste marqué par de nombreuses difficultés, qui limitent les capacités de développement et d’investissements. Ces difficultés se matérialisent par des arrêts d’exploitation intempestifs du fait des limites techniques qui empêchent de suivre le filon lorsque la roche devient plus dure. Il en est de même pour les périodes humides, moments où les puits se retrouvent inondés et où les pompes de mauvaise qualité ne suffisent plus à assécher les galeries. La situation est similaire pour les exploitations alluvionnaires, devenues impraticables du fait des crues. De fait, l’activité connait des ralentissements et des accélérations en fonction des changements dans les conditions d’extraction ou météorologiques. Nous assistons aussi à des mobilités des individus entre les quatre grands sites selon les conditions d’accessibilité permises. Citons Rosterman, Ikolomani, Bushiangala ou Shikokho, séparés de seulement quelques kilomètres (illustration 4). Au-delà de ces difficultés, la pratique de l’extraction aurifère reste rudimentaire au détriment des rendements.

Illustration 4 - Essor de l’exploitation aurifère dans le comté de Kakamega : une activité caractérisée par une diversité d’acteurs et de pratiques

Illustration 4 - Essor de l’exploitation aurifère dans le comté de Kakamega : une activité caractérisée par une diversité d’acteurs et de pratiques

Source : Joseph Bohbot - Réalisation : Quentin Malouitre, septembre 2023.

Des difficultés techniques comme freins au développement porté par l’activité minière artisanale

  • 16 Le programme PlanetGold est un programme déployé dans plusieurs pays de la planète et dont l’object (...)

23Le manque de formation et l’absence d’un matériel adapté des mineurs apparaissent comme autant de difficultés qui limitent les revenus des orpailleurs. Malgré les ambitions du gouvernement Kenyan et du programme des Nations Unies PlanetGold16 de faire monter les mineurs artisanaux en compétences, les techniques d’orpaillage apparaissent rudimentaires et peu efficaces, comparativement aux exploitations aurifères de même niveau artisanal de la plupart des autres provinces aurifères du monde. Malgré des réunions publiques régulières organisées dans le comté de Kakamega par le Ministry of Petroleum and Mining et par PlanetGold Project, les rendements restent faibles et de grandes quantités d’or sont perdues, influençant directement les revenus des mineurs artisanaux. Les éléments présentés ci-dessous s’intègrent à une première phase de traitement de l’or à Kakamega.

Illustration 5 - Un orpailleur lave des boues aurifères dans la mine de Shikoye Ikolomani (Kakamega County)

Illustration 5 - Un orpailleur lave des boues aurifères dans la mine de Shikoye Ikolomani (Kakamega County)

Auteur : Joseph Bohbot, avril 2022.

24L’illustration 5 souligne parfaitement les faiblesses techniques de l’orpaillage local. L’outil technique simple et transportable utilisé ailleurs internationalement est nommé indifféremment Sluice, Sluice-box, Riffle box, Long-Tom ou rampe de lavage du minerai. Il comprend un réceptacle (caisse) de débourbage et de tri des blocs, suivi d’un canal où l’or est piégé par des perturbateurs du flux laminaire : les rifles, petites barrettes en bois ou métal disposées perpendiculairement au fluide composé d’eau, de grains minéraux, d’argiles et d’or.

25La pratique à Kakamega ne respecte pas ce dispositif : le seul équipement piégeant consiste en une simple moquette, sans rifle et sans caisse de débourbage efficace. Par ailleurs, la pente est trop forte, trop courte pour permettre la capture des particules d’or. L’eau colorée en marron, visible sur la rampe et en sortie indique que celle-ci est beaucoup trop chargée d’argile, confirmation d’un mauvais débourbage préalable et cause d’un non-piégeage majeur des particules d’or fin. L’ensemble du concentrateur ne permet pas des rendements optimaux. Ce dispositif technique peu onéreux, facilement maitrisable à un niveau artisanal, est appliqué partout dans le monde, citons la Guyane (Le Tourneau, 2020). Cette faible maitrise des procédés techniques de l’orpaillage se retrouve dans l’ensemble des sites aurifères étudiés lors du travail de terrain.

  • 17 Ces données proviennent sur du Ministry of Environment and Forestry. L’objectif premier de la signa (...)

26Par-delà la technique du lavage, les procédés d’extraction de l’or font l’objet, dans les communications publiques et politiques, d’une plus grande attention. Ainsi, si le gouvernement kenyan s’est engagé à en finir avec le mercure, il est encore largement utilisé par les mineurs artisanaux. Cela, malgré la signature de la convention de Minamata, en 2013 et son entrée en vigueur en 2023, avec l’objectif précis d’agir sur le secteur de la mine d’or artisanale17.

27Le mercure est un assistant pour la séparation de l’or des concentrés lors du lavage. L’amalgame d’or et de mercure est par la suite chauffé à l’aide d’un réchaud à gaz, l’objectif étant de faire évaporer le mercure pour obtenir une éponge d’or. Ces vapeurs de mercure libérées dans l’environnement, extrêmement toxiques et respirées, ne sont pas récupérées. Notons par ailleurs que le mercure représente un coût non négligeable dans le processus, d’autant plus qu’il est non-recyclé. Cela interroge puisqu’il existe au Kenya un savoir-faire dans la fabrication d’outils artisanaux à l’instar des cornues à mercure permettant de récupérer les vapeurs et de limiter la déperdition de mercure dans l’environnement. Néanmoins, malgré les formations dispensées dans le comté de Kakamega, mises en avant dans les rapports de l’organisation Impact Facility et relayées par le PlanetGold, les mineurs interrogés sur le terrain n’avaient pas connaissance d’un tel dispositif. Lors du dernier terrain de recherches, au printemps 2023, les orpailleurs semblaient s’intéresser aux possibilités d’un traitement au cyanure à très petite échelle de manière à délaisser le mercure. Cette tendance irait alors dans le sens de ce qui a été étudié ces dernières années au Ghana (Ferring et al., 2016) ou aux Philippines (Verbrugge, 2014).

  • 18 Notamment l’État central, les autorités du comté et les ONG ou les Nations Unies à travers le PNUD.
  • 19 Lors des enquêtes, la quasi-totalité des orpailleurs ont appris l’orpaillage grâce à un parent, un (...)

28Ces exemples sont donc révélateurs des lacunes des différents acteurs impliqués18 dans la formation et la mise en vigueur du cadre réglementaire – convention de Minamata en tête – pour atteindre les orpailleurs. Les entretiens ainsi que les mois passés sur place dans le cadre de ces recherches tendent à expliquer cela par une absence de réel soutien aux orpailleurs pour monter en compétences. Ainsi, les procédés techniques artisanaux pourtant simples, qui permettraient à la fois une montée en efficacité et en protection des individus et de l’environnement ne sont pas maitrisés. Cette faible maitrise des procédés techniques peut aussi s’expliquer comme un effet pervers de cet orpaillage domestique propre au comté de Kakamega. Contrairement aux autres ruées vers l’or à travers le monde, nous n’avons pas, dans le cas de Kakamega, d’individus venant d’autres régions concernées par l’orpaillage. Il n’y a donc pas l’arrivée d’un savoir-faire extérieur, qui permettrait une montée en compétence de l’ensemble du secteur et notamment des orpailleurs locaux (Bolay, 2014)19.

Cohabitation des acteurs dans l’espace de la ruée vers l’or de Kakamega : à chacun son échelle de développement

  • 20 La lixiviation par cyanuration consiste à dissoudre l’or contenu dans le minerai. Pour ce faire, le (...)
  • 21 Sont désignés « pseudo-stériles » des rejets broyés encore riches en or mais non récupérable par le (...)

29Les limites techniques des mineurs artisanaux, évoquées précédemment, permettent à d’autres acteurs de développer leurs activités et de profiter pleinement du boom des cours de l’or. Le comté de Kakamega est donc parsemé d’exploitations aurifères artisanales de type Small Scale Mining, mais aussi de sites plus avancés techniquement utilisant la lixiviation20, que nous considérons comme une seconde phase de traitement. Ces sites sont tenus par des acteurs au capital bien plus important que les mineurs artisanaux. La lixiviation au cyanure permet aussi de récupérer l’or, même à des faibles teneurs et offre une forte rentabilité aux propriétaires des sites de traitement car l’intrant est prêt à traiter. Tout un système de récupération des pseudo-stériles21 à l’aide de camions s’est organisé entre les orpailleurs et les lixiviateurs.

Illustration 6 - Des ouvriers récupèrent les pseudo-stériles d’orpaillage d’une exploitation artisanale à Museno (comté de Kakamega)

Illustration 6 - Des ouvriers récupèrent les pseudo-stériles d’orpaillage d’une exploitation artisanale à Museno (comté de Kakamega)

Auteur : Joseph Bohbot, juin 2022.

30Les sites de lixiviation répondent à des tailles et des organisations différentes, selon les moyens de l’investisseur. Contrairement aux sites d’orpaillage où les non-résidents sont rares, voire absents, les sites de lixiviation sont tenus par des Kenyans autres que Luhya, avec en particulier des Kenyans-Somalis mais aussi des étrangers, Chinois ou Tanzaniens (Mulinya, 2020). Cette absence des Luhya dans la sphère de la lixiviation s’explique avant tout par un manque de capital de ces derniers, la lixiviation demandant un investissement initial plus important. Des sites de lixiviation s’inscrivent aussi dans l’héritage minier du comté, avec l’ambition de traiter de nouveau les stériles des anciennes mines coloniales. C’est le cas de la société Mohzel Investments, qui déploie d’importants moyens matériels autour de l’ancienne mine de Rosterman.

31Cependant, au même titre que la mine artisanale, ces sites de traitement par lixiviation soulèvent d’importants problèmes pour la santé humaine et pour l’environnement, avec des pratiques peu ou pas encadrées par l’agence gouvernementale NEMA. Ainsi assiste-t-on à des rejets massifs de cyanure de sodium dans les rivières du comté de Kakamega du fait de la faible étanchéité des installations. Ces situations problématiques ont été constatées lors du terrain d’étude à Museno mais aussi autour de la mine de Rosterman (Mulinya, 2022). L’aspect le plus visible de ces pollutions est la mort du bétail autour des sites de traitement au cyanure (Byron, 2021). Par ailleurs, on assiste à des déplacements très importants de terres de sites naturels vers les lieux de lixiviation, où ils sont accumulés en stériles. On assiste donc à un appauvrissement des sols aussi bien sur les lieux d’extraction que sur les lieux de lixiviation, dans un espace fortement peuplé et marqué par l’agriculture de subsistance.

Illustration 7 - Site de traitement de l'or par lixiviation à Museno (Kakamega)

Illustration 7 - Site de traitement de l'or par lixiviation à Museno (Kakamega)

L’absence d'étanchéité des cuves est manifeste.

Auteur : Joseph Bohbot, mars 2022.

  • 22 Certains sites de lixiviation non déclarés et appartenant à des étrangers ont été vraisemblablement (...)

32Les effets délétères sur l’environnement, la faune et la santé humaine ne sont pourtant pas suffisants pour motiver la fermeture des sites de lixiviation et des sites alluviaux par les autorités et notamment NEMA. Ainsi, les revenus générés et l’appui de certaines personnalités politiques du comté aux lixiviateurs participent à freiner l’encadrement des pratiques22.

33La matière première – c’est-à-dire les pseudo-stériles d’orpaillage – est aujourd’hui relativement peu coûteuse pour les lixiviateurs, puisqu’ils sont les seuls à pouvoir la valoriser. Les sites de lixiviation sont donc exemptés de l’extraction et du broyage, laissés à la charge des mineurs artisanaux. Néanmoins, les stériles étant vendus par les orpailleurs aux lixiviateurs, il y a une possibilité de valoriser financièrement un produit qui ne pourrait pas l’être sans la présence des acteurs de la lixiviation. Cette relation est représentative de cette constellation d’acteurs dans l’exploitation aurifère artisanale et à petite échelle, imbriqués les uns avec les autres en fonction de leurs capitaux et de leurs possibilités. La finalité est un élargissement de la frontière de l’orpaillage, poussé par l’augmentation des cours de l’or et l’arrivée de nouvelles méthodes comme la lixiviation (Verbrugge et Geenen, 2019).

  • 23 Ces espaces correspondent d’ailleurs aux emplacements des anciennes mines coloniales. En l’absence (...)

34À une autre échelle encore, un acteur industriel international cherche à s’inscrire dans cette nouvelle ruée vers l’or. Ainsi, à partir de 2017, la compagnie Acacia Gold Mining s’engage-t-elle dans une large prospection dans le comté. La prospection est poursuivie par Shanta Gold Limited à partir de 2019, en reprenant les activités d’Acacia. Il apparait alors une cohabitation spatiale entre les orpailleurs et la compagnie minière puisque les sites de prospection et de forage correspondent, dans les cas étudiés, à un espace d’orpaillage23.

35Cette concurrence foncière n’est pas sans poser problème, notamment dans la localité de Bushiangala, au Sud-Ouest du comté. Site important de traitement des échantillons et de forages préliminaires de la compagnie, c’est aussi un lieu important d’orpaillage, avec plusieurs centaines de personnes impliquées : minage, lavage, traitement au mercure. Nous avons donc, sur des espaces relativement restreints, de l’ordre de 2 ou 3 km2, une forte pression sur le foncier à la fois de la compagnie privée et des petits mineurs. Au-delà de la question foncière liée à l’activité minière, il est important de souligner la forte pression sur les terres, qui est préexistante à l’orpaillage ou à l’exploration par des industries de grande envergure. Cette pression foncière est ancienne et liée aux fortes densités de population et à la prédominance des activités agricoles de subsistance. Cette particularité de l’Ouest du Kenya, autour du lac Victoria, était déjà observée par Valérie Golaz (2002), dans sa thèse de doctorat, au début des années 2000, en pays Kisii, au sud de Kakamega.

  • 24 Ces informations proviennent d’un document produit par Shanta Gold dans lequel l’importance de l’or (...)

36Pour revenir plus spécifiquement à la question minière, les orpailleurs informels ne bénéficient pas d’une protection de leur activité, notamment d’un point de vue foncier. Ce n’est pas le cas de Shanta Gold qui bénéficie de licences d’exploration délivrées par le Ministry of Petroleum and Mining conformément au Mining Act de 2016. Ce rapport déséquilibré entre les différentes formes d’activités minières et l’absence de protection des orpailleurs participent à générer des tensions et un sentiment de précarité de l’activité minière artisanale, avec la peur d’être déguerpis (Walufa et Luvega, 2020). Ainsi, lors des entretiens à Bushiangala, les mineurs interrogés se plaignent de l’impossibilité d’agir contre les nuisances de Shanta Gold, l’entreprise étant protégée par sa licence. Pourtant, l’entreprise minière semble prendre conscience de l’importance des revenus générés par l’orpaillage et semble disposée à une forme de cohabitation24. Au-delà d’une forme de philanthropie, il y a là l’idée d’une cohabitation possible liée à une approche de l’espace minier différente et faiblement concurrentielle. Les orpailleurs, limités par leurs moyens techniques et leurs capitaux, se concentrent à de faibles profondeurs, quand l’industriel travaille à cent mètres ou plus. Les gisements exploités par les orpailleurs ne sont pas intéressants à exploiter pour une mine industrielle mais le sont dans le cadre d’un travail à petite échelle. Ainsi, et comme avec les lixiviateurs, c’est une cohabitation à la fois spatiale et des pratiques qui semblent l’emporter, même s’il ne faut pas occulter les tensions, notamment foncières.

Illustration 8 - Forage exploratoire de la compagnie Shanta Gold (Bushiangala, Kakamega)

Illustration 8 - Forage exploratoire de la compagnie Shanta Gold (Bushiangala, Kakamega)

Auteur : Joseph Bohbot, avril 2022.

Conclusion

37La production aurifère artisanale dans le comté de Kakamega est incontestablement devenue une source de revenus réguliers pour une partie de la population. Sa dimension locale voire ultra locale induit un développement direct des communautés résidant à proximité des mines. C’est d’ailleurs l’une des originalités de l’activité minière artisanale de Kakamega, avec cet orpaillage domestique, qui vient s’imbriquer avec d’autres activités beaucoup plus anciennes comme l’agriculture. De plus, la diversité des pratiques de l’orpaillage à Kakamega – primaire, alluvionnaire – permet à un large spectre de la population du comté de se lancer dans cette nouvelle ruée vers l’or. Néanmoins, l’activité minière artisanale ne résout pas à elle seule la faiblesse structurelle de l’économie du comté ; le manque de capitaux des mineurs Luhya reste un problème pour monter en technicité et donc en rendements. Ce manque de capital se combine alors avec l’aspect domestique de l’orpaillage, qui restreint lui aussi le partage d’expériences techniques.

38Ces limites permettent alors à des acteurs extérieurs, aux finances plus importantes et au capital politique plus développé, de lancer leurs activités dans le comté. Le cas des lixiviateurs est certainement le plus intéressant, puisqu’ils profitent d’une matière première abondante, fruit du travail des mineurs artisanaux. Cette cohabitation entre orpailleurs et lixiviateurs illustre l’élargissement progressif du champ de l’exploitation aurifère artisanale dans un contexte de forte augmentation des cours de l’or. C’est d’ailleurs ce qui motive l’arrivée d’un projet minier industriel avec la prospection de Shanta Gold Limited dans le comté ces dernières années. La multiplicité des acteurs engagés dans cette nouvelle ruée dans un espace relativement restreint ne se fait pas sans tensions. Néanmoins, un équilibre semble se dégager, chacun composant selon ses ressources et ses objectifs. Pourtant, il convient de ne pas occulter l’aspect contraint de ces cohabitations, du fait d’inégalités d’accès au capital, qu’il soit économique, foncier ou politique. Finalement, Il reste à savoir si l’État Kenyan, qui semble avoir saisi l’importance du secteur depuis la réforme du Mining Act en 2016, peut s’imposer comme un régulateur de cette arène minière et limiter les externalités négatives, avec en premier lieu les pollutions chimiques et les rivalités foncières.

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Bibliographie

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Notes

1 La pandémie mondiale puis la guerre en Ukraine ont participé à faire exploser les cours. L’once d’or est ainsi passée de 1 529 € le 8 mars 2020 à plus de 2 050 € le 7 mars 2022. Dans un temps plus long, l’once d’or était aux alentours de 300 € au début des années 2000, soit plus de 600 % d’augmentation en deux décennies.

2 Données obtenues auprès d’un membre du County Artisanal Mining Committee en 2022.

3 Les puits réutilisés visités sur le site de Rosterman sont relativement élaborés, avec des circuits électriques complexes, nous avons pu nous entretenir avec des mineurs titulaires de l’équivalent d’un brevet de technicien supérieur dans le domaine électrique.

4 Les espaces les plus densément peuplés du Kenya se concentrent au Sud-Ouest du pays, en incluant le comté de Kakamega. La population continue de croître à un rythme soutenu, passant de 546 habitants au km² en 2009 à 618 en 2019. Le comté dénombrait 1 867 000 personnes en 2019 et les projections envisagent 2 300 000 pour 2022 (KNBS, 2019, Government of Kakamega County, 2018).

5 Cette organisation, qui repose sur une division des terres à chaque génération entre le ou les fils d’une famille, accélère la fragmentation du foncier et la réduction rapide de la taille des terres agricoles avec, forcément, une baisse des revenus liés à l’agriculture.

6 Le capital utilisé pour l’achat du sac vient alors d’une autre activité : petit commerce, transport à moto, etc… Dans de rares cas, il a été observé de la prostitution en échange de sacs de roches aurifères, notamment dans la localité de Bushiangala.

7 Les rampes de lavage sont, dans la majorité des cas étudiés, installées à proximité du concasseur et mises à disposition des orpailleurs après le concassage. Elles sont la propriété de celui qui détient le concasseur.

8 Échelle de classification de l’or : la pépite avec une taille supérieure à 2 mm, le gros grain entre 1 et 2 mm, le petit grain d’environ 1 mm, les paillettes avec une surface de l’ordre du mm² mais moins épaisses puis le point de l’ordre de 0,1 ou 0,2 mm, enfin la poussière ou couleur d’or, avec une taille inférieure à 100 microns. La récupération de l’or par les orpailleurs se fait sur les grains et les paillettes. Les pépites, du fait de la nature de l’or à Kakamega, ne sont absolument pas communes. Aucune pépite n’a été vue au cours de nos terrains terrains.

9 Dans le cas de l’ancien puits colonial de Rosterman, la mine visitée comptait 30 orpailleurs lors des entretiens en mars 2022.

10 Le partage s’effectue souvent selon la règle 70/30 : 70% pour l’entrepreneur (à repartager avec son équipe), 30% pour le propriétaire du terrain.

11 La situation est similaire dans le comté de Migori, au Sud-Ouest du Kenya, non loin de la frontière tanzanienne.

12 Si les mineurs n’ont pas de données géologiques, celles-ci existent pourtant ; le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières) a réalisé plusieurs études avancées (prospections diverses et sondages) dans son permis de Kakamega à la fin des années 1980 et au début des années 1990. Les rapports et conclusions ont été remis pour chaque fin de phase au Ministry of Mines and Geology à Nairobi.

13 Cela est possible grâce au delta entre le salaire d’un orpailleur et d’un ouvrier agricole. Un orpailleur peut espérer 3 euros par jour quand un ouvrier agricole n’en gagnera que 1 ou 2.

14 Le cas des ruées vers l’or au Burkina Faso est emblématique avec la présence de populations des Etats voisins : Niger, Mali, Togo ou encore Bénin.

15 Ces derniers sont fabriqués par des équipes de soudeurs et vendus le long des routes menant aux mines. Cela a été largement observé lors d’un terrain comparatif en juin 2022.

16 Le programme PlanetGold est un programme déployé dans plusieurs pays de la planète et dont l’objectif porte principalement sur l’élimination du mercure dans les mines d’or artisanales. L’objectif du programme passe aussi par une formalisation des pratiques.

17 Ces données proviennent sur du Ministry of Environment and Forestry. L’objectif premier de la signature de Minamata est « d’élaborer un plan d'action national du Kenya (NAP) pour réduire l'utilisation du mercure et des composés du mercure dans l'environnement, ainsi que les émissions et les rejets de mercure provenant du secteur minier aurifère artisanal et à petite échelle » (traduit de l’anglais par l’auteur). Ce projet est directement supporté par le programme des Nations Unies pour l’environnement et implanté dans plusieurs comtés dont celui de Kakamega.

18 Notamment l’État central, les autorités du comté et les ONG ou les Nations Unies à travers le PNUD.

19 Lors des enquêtes, la quasi-totalité des orpailleurs ont appris l’orpaillage grâce à un parent, un voisin ou un mineur des environs. Une transmission de savoir-faire s’est opérée localement lors de la période coloniale, lorsque les populations autochtones ont été employées dans les mines industrielles britanniques ou les exploitations alluvionnaires.

20 La lixiviation par cyanuration consiste à dissoudre l’or contenu dans le minerai. Pour ce faire, les pseudo-stériles achetés aux mines artisanales sont mis dans des cuves où ils sont mélangés à une solution cyanurée. Cette méthode d’extraction de l’or demande un certain savoir technique ainsi qu’un capital plus important, notamment pour traiter le lixiviat.

21 Sont désignés « pseudo-stériles » des rejets broyés encore riches en or mais non récupérable par les orpailleurs du fait de l’imprécision des techniques utilisées. Ces rejets contiennent notamment de la poussière d’or et des grains d’or (voir classification supra).

22 Certains sites de lixiviation non déclarés et appartenant à des étrangers ont été vraisemblablement fermés par les services de l’Etat central à la suite d’une importante pollution au cyanure de sodium en août 2023, cela malgré le soutien de personnalités politiques locales aux lixiviateurs (Luvega, 2023). Cependant, les orpailleurs ne sont pas concernés par ces fermetures de sites, ce qui irait dans le sens d’une prise en compte par les autorités nationales et locales de l’importance des revenus générés pour les communautés locales.

23 Ces espaces correspondent d’ailleurs aux emplacements des anciennes mines coloniales. En l’absence de données géologiques, les orpailleurs se sont installés autour des anciennes mines coloniales. Ces espaces correspondent toujours aux espaces les plus riches, ce qui explique la prospection de Shanta Gold Limited.

24 Ces informations proviennent d’un document produit par Shanta Gold dans lequel l’importance de l’orpaillage est reconnue : « Many Kenyans in our area of operation earn their living and support their families through artisanal mining activity ». Cela a été confirmé lors d’un entretien avec un responsable de l’entreprise minière.

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Table des illustrations

Titre Illustration 1 - Escaliers d’accès aux galeries coloniales (site de Rosterman)
Légende Les escaliers sont ici photographiés du bas vers le haut. Les galeries sont réemployées par les orpailleurs du comté de Kakamega.
Crédits Auteur : Joseph Bohbot, mars 2022.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/docannexe/image/25991/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 584k
Titre Illustration 2 - Orpaillage alluvionnaire en rivière Yala, sud du comté de Kakamega
Crédits Auteur : Joseph Bohbot, mars 2023.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/docannexe/image/25991/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 838k
Titre Illustration 3 – Coupe schématique d’une vallée aurifère de la région de Kakaméga (socle archéen)
Crédits Auteurs : Jean-Luc Nagel et Joseph Bohbot, mars 2022.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/docannexe/image/25991/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 310k
Titre Illustration 4 - Essor de l’exploitation aurifère dans le comté de Kakamega : une activité caractérisée par une diversité d’acteurs et de pratiques
Crédits Source : Joseph Bohbot - Réalisation : Quentin Malouitre, septembre 2023.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/docannexe/image/25991/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 822k
Titre Illustration 5 - Un orpailleur lave des boues aurifères dans la mine de Shikoye Ikolomani (Kakamega County)
Crédits Auteur : Joseph Bohbot, avril 2022.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/docannexe/image/25991/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 882k
Titre Illustration 6 - Des ouvriers récupèrent les pseudo-stériles d’orpaillage d’une exploitation artisanale à Museno (comté de Kakamega)
Crédits Auteur : Joseph Bohbot, juin 2022.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/docannexe/image/25991/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 831k
Titre Illustration 7 - Site de traitement de l'or par lixiviation à Museno (Kakamega)
Légende L’absence d'étanchéité des cuves est manifeste.
Crédits Auteur : Joseph Bohbot, mars 2022.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/docannexe/image/25991/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 915k
Titre Illustration 8 - Forage exploratoire de la compagnie Shanta Gold (Bushiangala, Kakamega)
Crédits Auteur : Joseph Bohbot, avril 2022.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/docannexe/image/25991/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 1,4M
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Pour citer cet article

Référence électronique

Joseph Bohbot, « L’essor de l’activité minière à l’Ouest du Kenya »EchoGéo [En ligne], 66 | 2023, mis en ligne le 31 décembre 2023, consulté le 17 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/25991 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/echogeo.25991

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Auteur

Joseph Bohbot

Joseph Bohbot, jsph.bohbot@gmail.com, est professeur agrégé de géographie et doctorant contractuel à Sorbonne Université - Laboratoire Médiations. Il a publié :
- Bohbot J., 2017. L’orpaillage au Burkina Faso : une aubaine économique pour les populations, aux conséquences sociales et environnementales mal maîtrisées. EchoGéo [En ligne], n° 42. URL : http://journals.openedition.org.icp.idm.oclc.org/echogeo/15150 ; DOI : https://doi-org.icp.idm.oclc.org/10.4000/echogeo.15150
- Bohbot J., 2023. L’or de Kakamega : étude du renouveau de l’activité minière artisanale dans l’Ouest du Kenya. Mambo! Le carnet de l’IFRA [En ligne], vol. XX, n° 1. URL: https://mambo.hypotheses.org/3857?fbclid=IwAR1g4p3naD0OEK2srFiP6AiKjKIW3vKaK2v-N1_zEkeS96GOqTXsgPOgVNg

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