Navigation – Plan du site

Accueilnumeros66Sur le champ(Re)devenir Hui : l’ethnicisation...

Sur le champ

(Re)devenir Hui : l’ethnicisation d’une municipalité autonome à Baiqi (Fujian)

(Re)becoming Hui: Ethnicised construction of an autonomous municipality in Baiqi (Fujian)
Pascale Bugnon

Résumés

Cet article traite de la fluidité de la catégorisation ethnique aux abords de la ville-préfecture de Quanzhou (province du Fujian), où le lignage Han des Guo a été récemment reconnu comme Hui. Cette transformation catégorielle a impliqué la création d’une municipalité autonome Hui en 1990 et une nouvelle visibilité de la « musulmanité » de ce groupe. Si le rôle politique de catégorisation ethnique se doit d’être souligné, l’identité Hui ne peut être réduite à une invention de l’État. En observant les pratiques cultuelles de ce lignage et les interactions interethniques avec les Hui du nord-ouest, il est possible d’appréhender la plasticité catégorielle de ce groupe ethnique, faite de réappropriation et de controverses.

Haut de page

Texte intégral

Introduction

  • 1 duoyuan wenhua 多元文化
  • 2 kua wenhua duihua 跨文化对话
  • 3 heping xiangchu 和平相处
  • 4 Shijie zongjiao bowuguan 世界宗教博物馆
  • 5 Quanzhou ren de kaifang yishi he guangbo xiongjin 泉州人的开放意识和广博胸襟

1Dans une grandiloquence répétée à satiété, la ville-préfecture de Quanzhou, située dans la province côtière du Fujian, est dépeinte dans les promotions institutionnelles comme une entité « multiculturelle »1, empreinte de « dialogue interculturel »2, ou encore de « coexistence pacifique »3 entre les diverses cultures et religions ayant foulé ces terres chinoises dès la dynastie des Tang (Wu, 2014, p. 51 ; Ding, 2010, p. 146 ; Ding et Lin, 2014). En effet, les autorités municipales de Quanzhou ont depuis longtemps valorisé le patrimoine religieux foisonnant de ce territoire, rattaché aux principales religions du monde (bouddhisme, islam, christianisme, manichéisme, hindouisme, judaïsme), permettant ainsi de le désigner comme un « musée des religions du monde »4 (Chen, 2013, p. 363 ; Wu, 2017) et de démontrer « la tolérance et la large ouverture d’esprit du peuple de Quanzhou »5 (Huang, 2009, p. 20).

  • 6 La tradition musulmane chinoise attribue l’arrivée de l’islam en Chine aux compagnons du Prophète s (...)
  • 7 回族, « Chinois musulmans ».
  • 8

2Ce panégyrique, devenu une litanie incontournable dans les descriptions de Quanzhou émergeant dans les années 1990, s’appuie essentiellement sur les vestiges archéologiques découverts à partir des années 1920 sur l’ensemble du territoire de la préfecture, dont une quantité impressionnante d’inscriptions lapidaires. Parmi ces dernières, un important matériel épigraphique sino-arabe a été peu à peu étudié, servant de base au développement d’une historiographique sur l’islam dans cette région6 et à la redéfinition de certains lignages Han, (re)classés comme « Huizu »7 entre les années 1950 et 1970. Parmi ces derniers, les membres appartenant à la lignée des Guo8 est un exemple archétypique des processus de recatégorisation ethnique ayant eu cours dans la province du Fujian et ailleurs. A l’instar de l’article classique de Joël Thoraval (1991) portant sur la tentative d’islamisation manquée d’un lignage Han de Hainan, les membres Guo ne pratiquent plus l’islam. Par ailleurs, ce label ethnique n’est pas unanimement accepté, que ce soit par cette lignée ou par les Hui venant du nord-ouest ou de la plaine centrale, installés dans ce territoire du sud de la Chine. En effet, le terme « Huizu » présente différentes interprétations qui indiquent une grande variété catégorielle et attributive, révélant une disjonction importante entre les différents membres d’un même groupe ethnique.

3Basé sur une enquête de terrain menée en 2017 et 2018 dans le cadre d’une recherche doctorale portant sur la patrimonialisation des tombeaux de saints musulmans dans le sud-est chinois (Guangzhou, Quanzhou et Yangzhou), cet article explore les mécanismes qui ont mené à la redéfinition du lignage Guo en tant que Hui tout comme la perception de cette catégorisation par des musulmans Hui, souvent venus d’ailleurs. A travers des entretiens semi-directifs et informels en langue chinoise – avec des imams officiant dans la ville-préfecture de Quanzhou, des officiels municipaux, des Hui nouvellement installés dans la région et des membres du lignages Guo – complétés par une observation participante, il s’agira de mettre en lumière les dimensions expressives et performatives des processus catégoriels ethniques et leur contestation par ces populations homonymiques.

Requalification ethnique : de Han à Hui

  • 9 Selon le recensement de 2002, la population Guo est composée d’environ 15 000 membres, essentiellem (...)

4Selon le recensement de 2002, la population Hui de la ville-préfecture de Quanzhou s’élèverait à 63 397 personnes (Ding Y., 2005, p. 32 ; Ding L., 2010, p. 144), dont un quart est rattaché au lignage Guo, répartis essentiellement dans la municipalité de Baiq9. Cependant, cette reconnaissance ethnique ne sera effective que dans les années 1980 et s’inscrit dans un long processus de requalification ethnique commencé dans les années 1950. Étant donné que la plupart des Guo n’adhèrent plus (ou pratiquement plus) à l’islam et partagent les croyances du bouddhisme, du taoïsme, du christianisme ou de la religion « populaire chinoise » avec le reste de la population du Fujian, ils ne furent officiellement (re)catégorisés comme membres de l’ethnie Hui qu’en 1957 (Abt, 2012, p. 2).

Illustration 1 - Carte de Baiqi

Illustration 1 - Carte de Baiqi

Source : https://en.wikipedia.org/​wiki/​Quanzhou#/​map/​0, modifié par P. Bugnon.

  • 10 Hanhua 汉化
  • 11 Selon les documents officiels analysés par Fan Ke et Ding Yuling, le travail gouvernemental à cette (...)

5Comme le montre l’anthropologue Fan Ke, lors des premières enquêtes ethnologiques menées en 1953 à Baiqi, les membres de ce lignage ne se reconnurent pas comme « Hui » quand les agences gouvernementales les interrogèrent à propos de leur statut ethnique : si certains ignoraient la signification même du terme « Huizu » (ethnie Hui), nombreux firent valoir qu’ils se considéraient comme complètement « assimilés aux Han »10 ou pensaient que leurs ancêtres étaient des Han convertis à l’islam (2001 : 99, 164). En définitive, malgré des réponses variées quant à leur « statut originel », il en ressort que les Guo refusèrent de se laisser considérer comme « Hui », une catégorie qui ne faisait pas sens pour eux et qui impliquait la pratique d’une religion qui ne faisait pas (ou plus) partie de leurs pratiques usuelles (Fan, 2001, p. 99 et 213). En effet, en raison de la nature diffuse et diverse des Hui et de la large variété de leur expression ethnoreligieuse dépendant de leur implantation sur le territoire, ce processus de reconnaissance ethnique manquait de critères linguistiques, culturels, territoriaux ou religieux uniformes pour déterminer cette catégorie ethnique (Abt, 2020, p. 124). Cependant, le gouvernement attribua le statut de nationalité Hui aux Guo en 1957, s’appuyant essentiellement sur les textes généalogiques attestant de l’origine musulmane de leurs ancêtres (Gladney, 1996 [1991], p. 65-79 et 328-333 ; Fan, 2012 ; Abt, 2020, p. 125). Son objectif était de satisfaire le besoin de remplir les quotas ethniques formalisés par le Gouvernement populaire du Fujian et le gouvernement militaire11 ainsi que d’afficher une volonté de « revitaliser l’économie régionale par la culture » (Fan, 2001, p. 231 et 267-270). Mais il fallut attendre la fin des années 1970 pour que ces questions portant sur l’ethnicité refassent surface, engendrant un renouvellement du statut territorial de Baiqi et une nouvelle visibilité des pratiques cultuelles locales. En effet, c’est durant cette période de libéralisation politique et économique que l’on assiste à « un bouleversement dans l’attitude générale à l’égard des cultures des peuples minoritaires considérées bientôt comme un patrimoine à même de servir le développement économique par le tourisme […], ainsi que par une « exotisation » de ces peuples et une réification de leur culture » (Gros, 2001, p. 35). Dans ce contexte, le lignage Guo s’est (vu) attribué de nombreuses pratiques ethniques associées à la minorité Hui afin d’administrer la preuve de leur ancestralité musulmane, en lien avec l’émergence du discours sur les Routes maritimes de la soie (Gladney, 1991, p. 2 et 19 ; Fan, 2001, p. 130 ; Fan, 2001b, p. 309).

L’art d’accommoder une « origine islamique »

  • 12 Baiqi huizu xiang 百崎回族乡
  • 13 minzu tese 民族特色

6Dans un mouvement progressif et continu, la résurgence de certains « marqueurs Hui » se manifesta rapidement dans les programmes politiques locaux. Le village de Baiqi fut par exemple déclaré « municipalité autonome Hui »12 en 1990 et un vaste programme urbain fut mis en place afin de rendre visible la « culture musulmane » locale : les bâtiments officiels furent construits avec des formes architecturales arabisantes, permettant ainsi d’utiliser l’ « origine islamique » des Hui pour « entrer en contact avec des hommes d’affaires musulmans afin d’exporter des marchandises vers les marchés arabes » (Fan, 2001 : 284 ; Wang, 2013 : 107). Conformément à sa stratégie de développement, le gouvernement local décida donc de construire un territoire empreint de « caractéristiques ethniques »13, reflétant ainsi l’importance apportée aux représentations de la diversité culturelle locale. Cette architecture arabo-islamique et ses déclinaisons spatiales soutiennent le processus d’assignation ethnique : coupoles, bulbes et arcs en accolades habillent les bâtiments publics et servent d’assises aux transformations catégorielles émises par les officiels de la province du Fujian et de la municipalité de Baiqi (Fan, 2001 : 279-290).

Illustration 2 - Bâtiment administratif de la municipalité de Baiqi

Illustration 2 - Bâtiment administratif de la municipalité de Baiqi

Source : P. Bugnon, 2018.

Illustration 3 - Bâtiment administratif de la police

Illustration 3 - Bâtiment administratif de la police

Source : P. Bugnon, 2018.

Illustration 4 - Siège du comité de Baiqi

Illustration 4 - Siège du comité de Baiqi

Source : P. Bugnon, 2018.

  • 14 Selon la généalogie de la famille Guo, au début du XVIIe siècle, « dès la huitième et neuvième géné (...)
  • 15 Pour plus de détails sur le culte des ancêtres, voir par exemple : Ahern, 1973 ; Freedman, 1970 ; W (...)
  • 16 Le festival eut lieu, en 2018, le 4 avril et l’entièreté du rituel au temple ancestral a fait l’obj (...)
  • 17 musilin houyi 穆斯林后裔
  • 18 Guoshi citang 郭氏祠堂
  • 19 Vidéo tournée par l’autrice, en 2018, où l’on aperçoit les officiants du rituel apporter l’offrande (...)

7Les membres du lignage Guo ne furent ni absents ni passifs dans ce processus de transformation de leur catégorie ethnique. Dès les années 1980, ils commencèrent également à revendiquer cette appartenance au monde Hui et entreprirent de l’incarner à travers une représentation qui pourrait être qualifiée d’ethnicisante dans divers aspects de leur vie social14. Parmi ces symboles « islamisants » si souvent invoqués, citons plusieurs exemples éclairants durant un festival emblématique de commémoration des ancêtres et de la culture lignagère en Chine, le festival Qingming15. Régulièrement convoquée, cette célébration16 pratiquée par le lignage Guo de Baiqi est un exemple archétypique de cette reconfiguration ethnicisante, apparue dans les années 1980, des « descendants de musulmans »17, qui auraient adopté certaines coutumes de leurs voisins Han tout en préservant certaines caractéristiques uniques indiquant l’identité musulmane de leurs ancêtres. Durant ce festival annuel, les membres du lignage honorent leurs ancêtres dans le temple ancestral local18 et certaines pratiques, comme le tabou de viande de porc ou toutes autres productions ou représentations liées au cochon, sont proscrites en ce jour, car « nos ancêtres étaient musulmans » comme on me le répéta à plusieurs reprises. En plus de ce tabou alimentaire, qui ne prend place que lors de cet événement, certaines offrandes distribuées lors de ce rituel se démarquent du monde han et viennent renforcer cet ancrage dans une ancestralité d’origine étrangère. Ainsi, trois types d’offrandes retiennent particulièrement l’attention durant ce festival : une offrande symbolisant une tombe musulmane, une autre sous forme de rahlé, le porte Coran19, ainsi qu’une copie du Coran. Dernier aspect et non des moindres, l’autel est décoré d’une représentation de La Mecque et de la Kaaba – la pierre noire sacrée – devant lequel les Hui locaux effectuent un kowtow, mouvement qui consiste à se mettre à genoux et s’incliner jusqu’au sol en signe de respect manifesté aux défunts à la fin de la célébration. Comme le souligne l’historien Zvi Ben-Dor Benite, la référence aux lieux saints de l’islam permet non seulement d’établir la « musulmanité » du lignage mais renforce et entretient sa « diasporicité », au sens de mémoire d’ascendance étrangère (2005, p. 70).

Illustration 5 - Autel ancestral à Baiqi décoré avec une représentation de La Mecque

Illustration 5 - Autel ancestral à Baiqi décoré avec une représentation de La Mecque

Source : P. Bugnon, 2018.

Illustration 6 - Kowtow en face de l’autel ancestral à Baiqi

Illustration 6 - Kowtow en face de l’autel ancestral à Baiqi

Source : P. Bugnon, 2018.

8Dans ce processus spécifique de réappropriation, ce qui compte, ce qui est raconté, c’est l’origine étrangère de leurs ancêtres par l’entremise d’artefacts fortement identifiables car universellement partagés. Cependant, les rituels islamiques à proprement parler, comme la participation d’un imam au rituel ou la récitation collective du Coran, ne sont pas des dimensions pratiquées par ce lignage. Bien au contraire, les rituels sont ancrés du côté du culte des ancêtres et de leur héritage familial. Cette approche mémorielle de la catégorisation ethnique de ce lignage pose cependant problème aux Hui installés à Quanzhou, venus du nord-ouest ou de la plaine centrale, qui ne les reconnaissent pas comme membres de leur groupe ethnique, et donc à leurs yeux, comme musulmans.

« Eux, ce ne sont pas de vrais Hui »

  • 20 bendi Huizu 本地回族
  • 21 Huizu 回族

9La reconnaissance ethnique d’un lignage par le gouvernement n’implique pas que ce statut soit automatiquement reconnu par d’autres groupes. La diversité des expressions de l’identité ethnique et la confrontation de divers groupes catégorisée comme « Hui » au sein d’un même contexte local permet d’analyser rigoureusement ces populations homonymiques où apparaissent des différences considérables, perçues par les acteurs eux-mêmes comme incompatibles. Alors que je mangeais dans un restaurant Hui, je me mis à discuter avec les propriétaires des lieux originaires du Gansu. Au détour d’une de mes questions, leurs réponses me firent réaliser à quel point cette catégorisation récente des membres du lignage Guo en « Hui locaux »20 – comme ils les désignaient – ne faisait pas sens pour ceux venant du nord-ouest. Ils mobilisaient toutes sortes d’arguments sur les « pratiques incorrectes » pour le démontrer. Le propriétaire me rétorqua alors : « Eux, ce ne sont pas de vrais Hui21. Ils effectuent des rituels Han, se recueillent sur les tombes de leurs ancêtres, font des offrandes. De plus, ils mangent du porc et boivent de l’alcool ».

  • 22 jia Huizu 假回族
  • 23 caochang 操场
  • 24 bu zunzhong yisilan jiao jiben jiaoyi 不尊重伊斯兰教基本教义
  • 25 Même si je sentais parfois une certaine réticence à concéder aux Hui locaux une légitimité ethnique (...)
  • 26 shiying 适应
  • 27 chuantong 传统
  • 28 yiwu 义务

10À une autre occasion, en discutant avec la femme de l’iman de Chendai (une ville proche de Baiqi), originaire du Shaanxi, cette distinction entre Hui était également au cœur de discussions animées. Ces « faux Hui »22, comme elle les appelait, avaient acquis leur statut uniquement par intérêts économiques (en se frottant le pouce et l’index pour m’indiquer leur amour de l’argent), sans rien connaître des préceptes de l’islam. Du reste, poursuivit-elle, ils n’utilisent la mosquée que comme « lieu de divertissement »23 pour danser en soirée, jouer de la musique ou aux cartes, boire de l’alcool, « sans respecter les principes fondamentaux de l’islam »24 et préfèrent se rendre dans leur temple ancestral ou d’autres lieux de culte. Pour les imams de Quanzhou et de Chendai, ce malaise quant à la reconnaissance ethnique de ce lignage était également très présent (bien que très diffus) : de par leur position officielle de représentant de l’islam dans une région aux pratiques musulmanes très distendues, il est de leur devoir de représenter la diversité de l’islam local et de ne pas discréditer leurs condisciples Hui25, même si leurs pratiques religieuses sont très éloignées de leur propre conception de la religion musulmane. Se rendre sur les tombeaux des ancêtres des Hui locaux, dans leur temple ancestral ou encore participer au festival Qingming n’est pas une situation confortable pour eux, même s’ils doivent parfois s’y résoudre. À demi-mot, l’imam de Quanzhou me concéda que son travail demandait des « adaptations »26 même s’il arrivait parfois à s’y soustraire, car les pratiques décrites comme « traditionnelles »27 ne s’inscrivent pas dans une démarche officielle, dont le caractère péremptoire est très relatif. Sans le dire de manière aussi frontale, les imams de Quanzhou et de Chendai m’expliquaient donc qu’ils avaient d’autres priorités et considéraient que participer à ces rituels ou à la visite d’un temple ancestral ne faisait pas partie de leur « devoir »28.

  • 29 shifen duoyu 十分多余
  • 30 Juyou huizu tese de jizu yishi, duome ke’ai de xiao baimao, jiazhuang ziji shi musilin 具有回族特色的祭祖仪式, (...)

11Le caractère « fabriqué » que revêt cette attribution ethnique est également questionné par les Hui locaux eux-mêmes : certains en font un sujet de plaisanterie alors que d’autres la considère comme un élément « superflu »29 (Ding, 2005, p. 38) ayant peu ou rien à voir avec l’héritage de leurs ancêtres. Dans un post sur le média social chinois WeChat, un des membres du lignage Guo décrivit, de façon ironique, le festival Qingming au temple ancestral de Guo en ces termes : « Une cérémonie du culte des ancêtres aux caractéristiques Hui, d’adorables petits chapeaux blancs, où l’on fait semblant d’être soi-même musulman »30. Cette appréciation de la cérémonie illustre bien la tension entre la revendication d’une « musulmanité » qui serait issue d’une lointaine ancestralité étrangère et l’ancrage dans les rituels d’une société majoritairement Han. En effet, pour un certain nombre des membres de ce lignage, le statut de Hui est une importation récente et, par conséquent, ils ne se perçoivent pas comme les membres d’un groupe ethnique différent des Han, et encore moins, les tenants de la religion musulmane.

12Durant mon terrain, j’ai relevé à de nombreuses reprises les contradictions liées à cette catégorisation et l’exaspération de certains de mes interlocuteurs Guo : « Je suis Hui, pas musulman. Il n’y a pas forcément de relations entre les deux. On peut être Hui sans être musulman et musulman sans être Hui. L’ethnicité et la religion sont deux choses différentes ». L’on se retrouve en fait dans un questionnement assez classique dans la littérature anthropologique sur le cas spécifique des Hui, entremêlant des enjeux d’ethnicité et de religion (Thoraval, 1991 ; Erie, 2014 ; Caffrey, 2014 ; Turnbull, 2014 ; Chang, 2015 parmi d’autres). Dans le cas de la municipalité de Baiqi et des Hui locaux, être Hui se définit sur la base de catégories ethniques et un rapport spécifique à l’ancestralité, qui consiste à se considérer comme descendant d’ancêtres arabes ou perses. A contrario, pour ceux venant du nord-ouest ou de la plaine centrale, être Hui, c’est adhérer à une pratique religieuse, insistant sur l’orthodoxie et l’orthopraxie islamiques (Gladney, 1996, p. 290). Ces compréhensions différenciées de l’« ethnie Hui », où l’islam lui-même ne constitue pas (ou plus) un socle unificateur, montrent la plasticité catégorielle en jeu, sa perméabilité tout comme son caractère local. Ce point fait l’objet d’une analyse minutieuse dans l’ouvrage de Dru Gladney (2004), qui montre habilement les différentes expressions de l’identité Hui à travers de multiples études de cas en Chine, dont la signification et le contenu varient en fonction de la nature des configurations structurelles de la communauté. A l’instar de Jonathan Lipman, il est nécessaire de passer par l’analyse locale des communautés musulmanes qui permet elle seule de dépasser l’appartenance religieuse et/ou ethnique définie par l’État. Car il existe une large variété d’« être musulman » (ou Hui, ou Ouïghour, ou Turki) (Lipman, 2004, p. 148). Selon le contexte et les registres ethniques disponibles, les communautés occupent de multiples positions, élaborant des stratégies hybrides et jouant des différents niveaux d’identités (personnelles, collectives, communautaires, nationales, professionnelles…) selon les circonstances et leurs capitaux culturels, sociaux, symboliques et économiques.

Un sentiment d’appartenance polymorphe

  • 31 Voir également Stroup, 2017 pour une discussion approfondie sur les frontières de la croyance et la (...)
  • 32  Malheureusement non daté et je n’ai pas pu avoir une information claire à ce sujet. Cependant, les (...)

13Le remaniement ethnique dont a fait l’objet le lignage Guo a fréquemment été analysé à travers le prisme des politiques ethniques (Gladney, 1996, p. 290 ; Lipman, 1997, p. 112) : grâce à « un processus dialogique d’autoperception et de reconnaissance par l’État, les Hui sont apparus pleinement comme une nationalité, un minzu, seulement après leur institutionnalisation par l’État » (Gladney, 1996, p. 97). En effet, le passage « du groupe religieux au groupe ethnique », selon les mots d’Elisabeth Allès, est un processus récent, lié à la légalisation par la République populaire de Chine du statut de « minorité nationale » (2013, p. 15)31. Ce constat se trouve renforcé par les photographies que j’avais prises lors de mes visites au Musée de l’histoire du transport maritime de Quanzhou, présentant le festival Qingming dans le temple ancestral des Guo à Baiqi32.

Illustration 7 - Scène lors du festival Qingming dans le temple ancestral à Baiqi : les officiants du culte devant l’autel aux ancêtres sans la représentation de La Mecque

Illustration 7 - Scène lors du festival Qingming dans le temple ancestral à Baiqi : les officiants du culte devant l’autel aux ancêtres sans la représentation de La Mecque

Source : P. Bugnon, 2018. Photographie du festival Qingming exposée au Musée de l’histoire du transport maritime de Quanzhou

Illustration 8 - Scène lors du festival Qingming dans le temple ancestral à Baiqi : des musiciens accompagnent le déroulé de la cérémonie sans porter le maozi, couvre-chef devenu symbole de la « musulmanité » du lignage

Illustration 8 - Scène lors du festival Qingming dans le temple ancestral à Baiqi : des musiciens accompagnent le déroulé de la cérémonie sans porter le maozi, couvre-chef devenu symbole de la « musulmanité » du lignage

Source : P. Bugnon, 2018. Photographie du festival Qingming exposée au Musée de l’histoire du transport maritime de Quanzhou

Illustration 9 - Offrandes de papier et pétards lors du festival Qingming dans le temple ancestral à Baiqi (pratique communément attribuée aux Han et non aux Hui)

Illustration 9 - Offrandes de papier et pétards lors du festival Qingming dans le temple ancestral à Baiqi (pratique communément attribuée aux Han et non aux Hui)

Source : P. Bugnon, 2018. Photographie du festival Qingming exposée au Musée de l’histoire du transport maritime de Quanzhou

14Sur ces quelques saynètes, on découvre les membres du lignage dans une posture moins « ethnicisée » : hormis les officiants, le port du maozi n’est pas généralisé (il le sera lors de mes observations en 2018 durant lesquelles ces couvre-chefs seront distribués à chacun des participants avant le début de la cérémonie alors qu’ils ne sont pas portés usuellement dans l’espace public), les représentations de La Mecque et de la Kaaba n’ont pas encore fait leur apparition et les pratiques immortalisées (musique, kowtow, pétards et offrandes de papier) semblent identiques aux autres lignages Han. Ces symboles, qui servent de base à expliquer et valider le changement de catégorie ethnique dont sont l’objet les Hui de Quanzhou, sont des ajouts ultérieurs dont la lecture historiographique est clairement politisée. En effet, les vestiges archéologiques, les rituels et la symbolique les accompagnant sont une manière de transmettre une certaine conception de « l’altérité » (Gladney, 1996, p. 265 ; Szonyi, 2002) et ce même si ce souvenir de très lointains et vagues ancêtres venus du monde arabe et perse peut être décrit comme « savant », c’est-à-dire basé sur des histoires officielles ou des recherches contemporaines plutôt que sur une mémoire vivante (Ding, 2005, p. 37 ; Abt, 2012, p. 66-67).

15Le recours aux recherches ethnologiques est ainsi une ressource non négligeable qui accentue la validité de cette nouvelle légitimité. Combien de fois ne m’a-t-on pas affirmé qu’il « fallait » que je lise tel ou tel ouvrage pour comprendre ce phénomène : « Lisez ce livre, toutes les réponses à vos questions se trouvent ici ! », m’affirma le gouverneur de Baiqi face à mes questions insistantes en me tendant un vieil exemplaire du fameux ouvrage Recherches sur les Hui de Baiqi, écrit par les anthropologues locaux Chen Guoqiang et Chen Qingfa. Ce recueil d’études, publié dans les années 1990, sert de base scientifique pour étayer le discours ethnicisant des « Hui locaux » actuels. Cependant, il ne s’agissait pas d’entrer dans le détail de cet ouvrage : ce qui importait, c’était de pouvoir désigner cette référence comme preuve tangible de ce qu’ils affirmaient. L’inscription textuelle effectuée par des scientifiques reconnus suffit à rendre l’explication irrécusable et sert de support pour les futures recherches.

  • 33 Tianxia Huihui shi yi jia 天下回回是一家
  • 34 Les textes généalogiques ont été révisées suites aux découvertes archéologiques des années 1920 et (...)

16Durant mon terrain, il est clairement apparu que seuls certains lignages classés comme Hui acceptent cette catégorisation, de surcroit, de manière bien spécifique. Contrairement à l’affirmation proverbiale omniprésente qui argue que « sur Terre, tous les Hui sont une seule famille »33, il existe une grande variété catégorielle et attributive intra-ethnique des Hui en Chine. Pour de nombreux membres du lignage Guo, être Hui implique donc une démonstration de loyauté envers leurs ancêtres. De ce fait, comme le montre l’historien Oded Abt, « l’identité Hui nouvellement acquise n’est qu’une autre variété, contemporaine, d’employer des mécanismes chinois pour affirmer leur caractère distinctif », tout en révélant simultanément l’intégration totale de ces groupes à la société et à la culture locales (Abt, 2012, p. 14 et 139). Même s’ils marquent leur ascendance étrangère, les rituels menés par les descendants des musulmans, les preuves généalogiques34, etc. tous ces référents indiquent également (et surtout) leur assimilation aux codes rituels Han (Abt, 2012, p. 7 et 137). Ce processus n’est pas un mouvement unidirectionnel, mais sert une identité plurielle faite d’emprunts dialogiques qui permettent à ces lignages de se positionner dans la société chinoise, dans un contexte et une temporalité précise. Cela montre que les lignages locaux adoptent ou rejettent les référents de musulmanité comme un mécanisme permettant de favoriser une identité préférable à un moment donné.

17Sur le modèle proposé par Véronique Boyer dans le cas des Indiens brésiliens, les catégories et attributions ethniques peuvent également permettre de « sortir de l’invisibilité » et de construire une distinction avec leurs voisins : « en se mobilisant autour d’identités différenciées, des populations auparavant invisibles ont pu sortir d’un état d’indifférenciation […] et présenter une autre image aux autorités, une image qui leur permet de reprendre la main » (Boyer, 2015, p. 28). Les Hui locaux affirment leur singularité, et ce faisant leur différence, face aux autres en performant leurs rituels et en le proclamant publiquement. La décision de « s’assumer » en tant que Hui s’accompagne ainsi d’un travail pour revitaliser une culture tenue pour originelle. Le « besoin » de culture exprimé renvoie aux tentatives de manifester sa différence face aux autres, que ceux-ci soient proches ou plus lointains, en puisant dans un stock d’indicateurs pour construire le contraste et ainsi, conforter l’idée de la pluralité, radicale et effective, de ses expressions concrètes. Comme le souligne Ding Yuling, la recherche de l’assignation ethnique est également une « stratégie de survie » économique dans un monde de plus en plus concurrentiel. Ainsi, de nombreux Hui locaux en ont alors profité pour se concentrer sur le marché musulman en s’affublant de symboles islamiques (noms à consonance arabe, symboles musulmans divers et variés, etc.) afin de construire un pont de confiance entre eux et les pays musulmans et de développer ainsi leurs entreprises (Ding, 2005, p. 38). L’appartenance n’est donc pas univoque : elle n’existe qu’à travers les interprétations multiples, rétrospectives ou anticipatrices, que certains de ces membres se font de leur origine et de leur destin pour faire face à un environnement social, économique et géopolitique spécifique.

Conclusion : une certaine conception de l’islam localisé

18L’impulsion institutionnelle et gouvernementale a été déterminante dans la reconnaissance du lignage Guo en tant qu’appartenant à la catégorie de « Hui », mais n’a cependant pas impliqué une « réislamisation » des pratiques, bien au contraire. L’interprétation des origines peut recouvrir de nombreux degrés d’appartenance et permet à chaque groupe de se bricoler – au sens d’aménager – des références qui prennent en compte les trajectoires collectives, familiales et individuelles, mais également les contextes historiques et politiques particuliers. En somme, ce processus de relecture du passé est une pratique symbolique qui permet d’(r)établir des liens concrets, par le biais rituel et/ou architectural, avec des origines choisies en raison de leur caractère familial ou culturel. Ainsi, chacun utilise les signes à sa disposition pour construire ou interpréter ses origines et ses identités respectives (Kilani, 1992, p. 25). Cette revalorisation ethnique repose donc moins sur une pratique religieuse musulmane que sur une généalogie mythifiée qui situe les Hui de Baiqi au sein d’un processus ethnique mouvant et dynamique. La nature changeante, malléable et processuelle de l’identité promulguée est de ce fait bien connu des « Hui locaux », qui utilisent ces catégories pour illustrer des pratiques qu’ils considèrent (ou qui sont considérées) comme légitimantes et reflètent des négociations locales (Gladney, 1996, p. 329). Si certaines de ces pratiques (la présence du Coran, le kowtow devant une représentation de la Kaaba, le culte des ancêtres, etc.), associées à une histoire locale, servent de support à une rhétorique ethnicisante et à un groupe particulier, elles sont également perçues comme inauthentiques pour d’autres, même issus de la même catégorie ethnique. Cependant, pour les officiels locaux, cette « préservation de la mémoire historique » et cette « renaissance de la culture islamique » des lignages locaux sont des apports bénéfiques, éloignés d’un « nationalisme étriqué » ou d’une « pensée religieuse fanatique » (Ding, 2005, p. 41). Au contraire, ce lignage est un exemple archétypal et exemplaire d’une version idéalisée de l’islam, perçu comme plus intégré à leur environnement, « plus tolérant et plus respectueux des différentes cultures » (Ding, 2005, p. 41). Ces différentes interprétations permettent de souligner la labilité des classifications ethniques et la nécessaire prise en compte des interactions interethniques.

Haut de page

Bibliographie

Abt O., 2012. Muslim Ancestry and Chinese Identity in Southeast China. Thèse de doctorat, School of Historical Studies, Tel Aviv University.

Abt O., 2020. Genealogy Compilation and Identity Formation: Southeast China Communities of Muslim Descent. In Ma J., Abt O, Yao J. (ed.), Islam and Chinese Society. Genealogies, Lineage and Local Communities. Londres et New-York, Routledge, p. 124-146.

Allès E., 2013. L’islam de Chine. Un islam en situation minoritaire. Paris, Karthala, 192 p.

Ahern E.M., 1973. The Cult of the Dead in a Chinese Village. Stanford, CA, Stanford University Press, 280 p.

Benite Z. B.-D., 2005. The Dao of Muhammad. A Cultural History of Muslims in Late Imperial China. Cambridge, Harvard University Press, 269 p.

Boyer V., 2015. Enoncer une “identité” pour sortir de l’invisibilité. La circulation des populations entre les catégories légales (Brésil). L’Homme [En ligne], vol. 2, n° 214, p. 7-36. URL: http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/lhomme/23792 - DOI: https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/lhomme.23792

Caffrey K., 2014. The Case of the Disappearing Altar: Mysteries and Consequences of Revitalizing Chinese Muslims in Yunnan. Cross-Currents: East Asian History and Culture Review, n° 12, p. 14-34.

Chang C.-F., 2015. Self-identity versus State Identification of “Tibetan-speaking Muslims” in the Kaligang Area of Qinghai – An Ethnographic Analysis. In Hille M.-P., Horlemann B., Nietupski P.K. (ed.), Muslims in Amdo Tibetan Society. Multidisciplinary Approaches. Lanham, Maryland, Rowman & Littlefield, p. 67-86.

Chen G., Chen Q. (ed.), 1993. Baiqi huizu yanjiu [Recherches sur les Hui de Baiqi]. Xiamen, Xiamen daxue chubanshe, 355 p.

Chen K., 2013. Quanzhou zongjiao wenhua yichan de baohu yu liyong [Protection et utilisation du patrimoine culturel religieux à Quanzhou]. Guanli xuejia [Scientifique en management], n° 24, p 363-364.

Ding L., 2010. Qingjingsi yu Quanzhou shiqu Huizu xisu de chuancheng [La mosquée Qingjing et l’héritage des coutumes de la nationalité Hui à Quanzhou]. Chongqing keji xueyuan xuebao [Journal des Sciences et de la Technologie de l’Université de Chongqing], n° 1, p. 144-146.

Ding L., Lin Y., 2014. Duoyuan bingcun hexie xiangrong – Quanzhou Dingshi Huizu zongjiao xinyang xianzhuang diaocha yanjiu [Coexistence multiculturelle et compatibilité harmonieuse – Recherches sur la situation religieuse des Hui du lignage Ding à Quanzhou]. Fujian shida Fuqing fenxiao xuebao [Journal de l’Université normale du Fujian, annexe de Fuqing], vol. 3, n° 124, p. 93-98.

Ding Y., 2005. Quanzhou musilin houyi de lishi jiyi he lixing xuanze [La mémoire historique et le choix rationnel des descendants de musulmans à Quanzhou]. Haixiao shi yanjiu [Etudes historiques des échanges maritimes], n° 2, p. 30-41.

Erie M.S., Carlson A., 2014. Introduction to “Islam in China/ China in Islam”. Cross-Currents: East Asian History and Culture Review, n° 12, p. 1-13.

Fan K., 2001. Identity Politics in South Fujian Hui Communities. Thèse de doctorat, University of Washington.

Fan K., 2001b. Maritime Muslims and Hui Identity: A South Fujian Case. Journal of Muslim Minority Affairs, vol. 21, n° 2, p. 309-332.

Fan K., 2003. Ups and Downs: Local Muslim History in South China, Journal of Muslim Minority Affairs, vol. 23, n° 1, p. 63-87.

Fan K., 2012. Ethnic Configuration and State-Making: A Fujian Case. Modern Asian Studies, vol. 46, n° 4, p. 919–945.

Freedman M., 1970. Ritual Aspects of Chinese Kinship and Marriage. In Freedman M. (ed.) Family and Kinship in Chinese Society. Stanford, Stanford University Press, p. 163-188.

Gladney D. C., 1991. Contemporary Ethnic Identity of Muslim Descendants Along the Chinese Maritime Silk Route. International Seminar for UNESCO Integral Study of the Silk Roads: Roads of Dialogue “China and the Maritime Silk Route”, 17-20 février, Quanzhou, China, 25 p.

Gladney D.C., 1996 [1991]. Muslim Chinese. Ethnic Nationalism in the People’s Republic. Cambridge et Londres, Council on East Asian Studies Harvard University, 481 p.

Gladney D.C., 2004. Dislocating China. Muslims, minorities and others subaltern subjects. Chicago, The University of Chicago Press, 414 p.

Gros S., 2001. Du politique au pittoresque en Chine. À propos des Dulong, nationalité minoritaire du Yunnan. Ateliers d’anthropologie, n° 24, p. 28-68.

Huang S., 2009. Quanzhou zongjiao [Religion of Quanzhou]. Beijing, Zhongguo wenlian chubanshe, 191 p.

Kilani M., 1992. La construction de la mémoire. Le lignage et la sainteté dans l’oasis d’El Ksar. Genève, Labor et Fides, 337 p.

Lipman J.N., 1997. Familiar Strangers. A History of Muslims in Northwest China. Seattle et Londres, University of Washington Press, 320 p.

Lipman J.N., 2004. White hats, oil cakes, and common blood: The Hui in the contemporary Chinese state. In Morris R. (ed.), Governing China’s Multiethnic Frontiers. Seattle, University of Washington Press, p. 19-52.

Ma H., 2006. The Mythology of Prophet's Ambassadors in China:Histories of Sa’d Waqqas and Gess in Chinese Sources. Journal of Muslim Minority Affairs, vol. 26, n° 3, p. 445-452.

Thoraval J., 1991. Religion ethnique, religion lignagère : sur la tentative d’ « islamisation » d’un lignage Han de Hainan. Études chinoises, vol. 10, n° 1-2, p. 9-75.

Turnbull L., 2014. In Pursuit of Islamic “Authenticity”: Localizing Muslim Identity on China’s Peripheries. Cross-Currents: East Asian History and Culture Review, n° 12, p. 35-67.

Stroup D., 2017. Boundaries of belief : religious practices and the construction of ethnic identity in Hui Muslim communities. Ethnic and Racial Studies, vol. 40, n° 8, p. 988-1006.

Szonyi M., 2002. Practicing Kinship: Lineage and Descent in Late Imperial China. Stanford, Stanford University Press, 313 p.

Wang P., 2013. Wenhua yichan: Quanzhou Huizu lishi yu wenhua texing de jiyi yu biaoda [Patrimoine culturel : mémoire et expression des caractéristiques historiques et culturelles des Hui à Quanzhou]. Huizu yanjiu [Etudes Hui], vol. 1, n° 89 p. 102-109.

Wolf A.P., 1974. Gods, Ghosts and Ancestors. In Wolf A.P. (ed.) Religion and Ritual in Chinese Society. Stanford, Stanford University Press, p. 131-182.

Wu P., 2014. Quanzhou haishang sichou zhilu yu Zhongwai wenhua jiaoliu [Routes de la soie à Quanzhou et échanges culturels entre la Chine et l’étranger]. Sichou zhilu [Route de la soie], n° 10, p. 50-51.

Wu Y., 2017. Quanzhou – shijie zongjiao bowuguan [Quanzhou – Musée des religions du monde]. Haixia lüyou [Strait Tourism], n° 7.

Haut de page

Notes

1 duoyuan wenhua 多元文化

2 kua wenhua duihua 跨文化对话

3 heping xiangchu 和平相处

4 Shijie zongjiao bowuguan 世界宗教博物馆

5 Quanzhou ren de kaifang yishi he guangbo xiongjin 泉州人的开放意识和广博胸襟

6 La tradition musulmane chinoise attribue l’arrivée de l’islam en Chine aux compagnons du Prophète sous le règne de l’empereur Tang Wude (r. 618-626). Pour une analyse critique de cette légende et de ses variations narratives, voir Ma, 2006.

7 回族, « Chinois musulmans ».

8

9 Selon le recensement de 2002, la population Guo est composée d’environ 15 000 membres, essentiellement dans le village de Baiqi et ses alentours.

10 Hanhua 汉化

11 Selon les documents officiels analysés par Fan Ke et Ding Yuling, le travail gouvernemental à cette époque s’appuyait sur la volonté de trouver des minorités ethniques dans le Fujian et l’établissement de « districts ethniques autonomes » (minzu zizhi difang 民族自治地方) et des « gouvernements de coalition démocratiques de nationalités » (minzu minzhu lianhe zhengfu 民族民主联合政府) (Fan, 2001, p. 205-207 ; Ding, 2005, p. 35).

12 Baiqi huizu xiang 百崎回族乡

13 minzu tese 民族特色

14 Selon la généalogie de la famille Guo, au début du XVIIe siècle, « dès la huitième et neuvième générations [des Guo de Baiqi], ils abandonnèrent totalement la religion [musulmane], probablement au milieu de la période du règne Wan Li [1573- 1620] », “Shi Hui Bian” 适回辩 in Baiqi Guo Shi Huizu Zongpu 百奇郭氏回族宗谱. 上 . [Généalogie des Hui du lignage Guo de Baiqi], vol. 1, p. 15., cité par Abt, 2012, p. 79.

15 Pour plus de détails sur le culte des ancêtres, voir par exemple : Ahern, 1973 ; Freedman, 1970 ; Wolf, 1974 ; Szonyi, 2002.

16 Le festival eut lieu, en 2018, le 4 avril et l’entièreté du rituel au temple ancestral a fait l’objet d’un reportage par la télévision locale. URL: https://m.youku.com/video/id_XMzUzMzQwNTU2MA==.html?x=&sharefrom=android&source=&from=groupmessage&isappinstalled=0&ishttps=1

17 musilin houyi 穆斯林后裔

18 Guoshi citang 郭氏祠堂

19 Vidéo tournée par l’autrice, en 2018, où l’on aperçoit les officiants du rituel apporter l’offrande du rahlé ; URL: https://www.academia.edu/video/kGYK31

20 bendi Huizu 本地回族

21 Huizu 回族

22 jia Huizu 假回族

23 caochang 操场

24 bu zunzhong yisilan jiao jiben jiaoyi 不尊重伊斯兰教基本教义

25 Même si je sentais parfois une certaine réticence à concéder aux Hui locaux une légitimité ethnique, ils m’expliquèrent avec précaution que l’histoire de l’islam et des Hui est très « complexe » (fuza 复杂).

26 shiying 适应

27 chuantong 传统

28 yiwu 义务

29 shifen duoyu 十分多余

30 Juyou huizu tese de jizu yishi, duome ke’ai de xiao baimao, jiazhuang ziji shi musilin 具有回族特色的祭祖仪式,多么可爱的小白帽,假装自己是穆斯林

31 Voir également Stroup, 2017 pour une discussion approfondie sur les frontières de la croyance et la construction de l’identité ethnique.

32  Malheureusement non daté et je n’ai pas pu avoir une information claire à ce sujet. Cependant, les officiants représentés sur cette série de photographies sont les mêmes qui officiaient lors du rituel Qingming en 2018.

33 Tianxia Huihui shi yi jia 天下回回是一家

34 Les textes généalogiques ont été révisées suites aux découvertes archéologiques des années 1920 et surtout après 1980, lorsque l’ethnicité est devenue un point central dans l’auto-identification du lignage Guo : voir notamment Fan, 2003 ; Abt, 2014.

Haut de page

Table des illustrations

Titre Illustration 1 - Carte de Baiqi
Crédits Source : https://en.wikipedia.org/​wiki/​Quanzhou#/​map/​0, modifié par P. Bugnon.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/docannexe/image/25944/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 459k
Titre Illustration 2 - Bâtiment administratif de la municipalité de Baiqi
Crédits Source : P. Bugnon, 2018.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/docannexe/image/25944/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 1,0M
Titre Illustration 3 - Bâtiment administratif de la police
Crédits Source : P. Bugnon, 2018.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/docannexe/image/25944/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 1,4M
Titre Illustration 4 - Siège du comité de Baiqi
Crédits Source : P. Bugnon, 2018.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/docannexe/image/25944/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 1,3M
Titre Illustration 5 - Autel ancestral à Baiqi décoré avec une représentation de La Mecque
Crédits Source : P. Bugnon, 2018.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/docannexe/image/25944/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 1,2M
Titre Illustration 6 - Kowtow en face de l’autel ancestral à Baiqi
Crédits Source : P. Bugnon, 2018.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/docannexe/image/25944/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 908k
Titre Illustration 7 - Scène lors du festival Qingming dans le temple ancestral à Baiqi : les officiants du culte devant l’autel aux ancêtres sans la représentation de La Mecque
Crédits Source : P. Bugnon, 2018. Photographie du festival Qingming exposée au Musée de l’histoire du transport maritime de Quanzhou
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/docannexe/image/25944/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 1,2M
Titre Illustration 8 - Scène lors du festival Qingming dans le temple ancestral à Baiqi : des musiciens accompagnent le déroulé de la cérémonie sans porter le maozi, couvre-chef devenu symbole de la « musulmanité » du lignage
Crédits Source : P. Bugnon, 2018. Photographie du festival Qingming exposée au Musée de l’histoire du transport maritime de Quanzhou
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/docannexe/image/25944/img-8.jpg
Fichier image/jpeg, 977k
Titre Illustration 9 - Offrandes de papier et pétards lors du festival Qingming dans le temple ancestral à Baiqi (pratique communément attribuée aux Han et non aux Hui)
Crédits Source : P. Bugnon, 2018. Photographie du festival Qingming exposée au Musée de l’histoire du transport maritime de Quanzhou
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/docannexe/image/25944/img-9.jpg
Fichier image/jpeg, 1012k
Haut de page

Pour citer cet article

Référence électronique

Pascale Bugnon, « (Re)devenir Hui : l’ethnicisation d’une municipalité autonome à Baiqi (Fujian) »EchoGéo [En ligne], 66 | 2023, mis en ligne le 31 décembre 2023, consulté le 17 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/echogeo/25944 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/echogeo.25944

Haut de page

Auteur

Pascale Bugnon

Pascale Bugnon, Pascale.Bugnon@unige.ch, est chercheuse associée à l’Université de Genève et post-doctorante à la HES-SO (Haute école spécialisée de Suisse occidentale). Elle a récemment publié :
- Bugnon P., 2023. Heritage diplomacy along the maritime silk roads: The case of Muslim sites in Southern China. In Heritage conservation and China’s Belt and Road Initiative. London, Routledge, p. 176-190.
- Bugnon P. The legend of the “Tomb of the Forty Sages” in Guangzhou. In A Red Golden Legend [Carnet Hypotheèses]. URL: https://redgold.hypotheses.org/2155
- Bugnon P., 2022. L’émergence du « patrimoine musulman » en Chine. Quelques réflexions sur les enjeux d’une catégorie non formulée. Suivi de « Listes du patrimoine musulman en Chine au niveau national » (1961-2013). In Blog scientifique de l’Institut Confucius de l’Université de Genève. URL: https://ic.unige.ch/?p=1420&lang=en

Haut de page

Droits d’auteur

CC-BY-NC-ND-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

Haut de page
Rechercher dans OpenEdition Search

Vous allez être redirigé vers OpenEdition Search