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Formative Channel Crossings and World Circumnavigation

Regards et expériences de voyageurs français sur l’Écosse à travers l’exemple des récits de Pierre-Étienne Denis Saint-Germain-Leduc et de Michel Bouquet dans les années 1830-1850

French Travellers’ Views and Experiences of Scotland Through the Example of Pierre-Étienne Denis Saint-Germain-Leduc and Michel Bouquet’s Accounts in the 1830s and 1850s.
Marion Amblard et Sabrina Juillet-Garzón

Résumés

L’Écosse fascine et attire les Français depuis des siècles. Située à la périphérie de l’Europe, sa situation géographique la rendit longtemps difficilement accessible. Toutefois, avec le développement des voies carrossables dans les Hautes-Terres et la réduction des frais de voyage qui accompagna l’amélioration des moyens de transports, un nombre croissant de Français entreprit de visiter l’Écosse à partir de la fin du dix-huitième siècle. Cette nation fut même une des destinations les plus prisées par les voyageurs français de la première moitié du dix-neuvième siècle. En effet, hommes de lettres et peintres furent nombreux à s’aventurer au pays de Walter Scott et d’Ossian. Quel regard les voyageurs français des années 1830 à 1850 portaient-ils sur l’Écosse et ses habitants ? Quels furent les facteurs qui influencèrent leur perception de cette nation ? La manière dont ils percevaient l’Écosse était-elle propre aux Français ? Quel rôle ces voyageurs français ont-ils pu jouer dans la prise de conscience et la diffusion d’une identité culturelle écossaise à plusieurs facettes en Grande-Bretagne ? Autant de questions auxquelles cet article tentera de répondre à travers l’étude du récit de voyage de Pierre-Étienne Denis Saint-Germain-Leduc (L’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande : relation d’un voyage récent dans les trois royaumes) et des publications — recueils de lithographies et lettres — de Michel Bouquet, qui visitèrent l’Écosse entre la fin des années 1830 et les années 1840. Cette étude montrera, d’une part, que le regard de ces deux voyageurs sur l’Écosse était propre aux Français ; d’autre part, que les publications de Saint-Germain-Leduc et de Bouquet aidèrent à la diffusion de la nouvelle identité écossaise qui fut élaborée à l’issue des guerres napoléoniennes par Walter Scott, les historiens et les peintres écossais.

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Texte intégral

1L’Écosse fascine et attire les Français depuis des siècles. Située à la périphérie de l’Europe, sa situation géographique la rendit longtemps difficilement accessible. Toutefois, avec le développement des voies carrossables dans les Hautes-Terres et la réduction des frais de voyage qui accompagnèrent l’amélioration des moyens de transport, un nombre croissant de Français entreprit de visiter l’Écosse à partir de la fin du dix-huitième siècle. Ce territoire fut même une des destinations les plus prisées des voyageurs français de la première moitié du dix-neuvième siècle. En effet, hommes de lettres et peintres furent nombreux à s’aventurer au pays d’Ossian et de Walter Scott, comme en témoigne la grande quantité de récits publiés tout au long de cette période.

2Quel regard les voyageurs français des années 1830 à 1850 portaient-ils sur l’Écosse et ses habitants ? Quels furent les facteurs qui influencèrent leur perception de cette nation ? La manière dont ils percevaient l’Écosse était-elle propre aux Français ? Quel rôle ces voyageurs ont-ils pu jouer dans la prise de conscience et la diffusion d’une identité culturelle écossaise à plusieurs facettes en France et en Grande-Bretagne ?

  • 1 Sur la thématique du voyage en Europe et de l’évolution des pratiques de voyage à l’époque moderne (...)
  • 2 Le développement du tourisme de masse en Écosse au dix-neuvième siècle a notamment été retracé en d (...)
  • 3 Sur ce premier voyage organisé en Écosse, voir R. W. Butler, « Evolution of Tourism in the Scottish (...)

3Autant de questions auxquelles cette étude tentera de répondre à travers l’analyse du récit de voyage de Pierre-Étienne Denis Saint-Germain-Leduc, paru en 1838, et des différentes publications de Michel Bouquet entre la fin des années 1840 et le début des années 1850. La présente étude s’appuie sur un corpus de publications pour la plupart disponibles sur Gallica, bibliothèque numérique de la Bibliothèque Nationale de France (BnF) et de ses partenaires. Les bornes chronologiques retenues correspondent à une période de profondes mutations du concept et des pratiques du voyage1 : les raisons de ces déplacements, tout comme la forme de ces périples évoluèrent considérablement au fil du temps. Le dix-septième siècle donna lieu aux voyages de diplomates et de scientifiques, principalement ; le dix-huitième siècle marqua l’apogée du Grand Tour, voyage d’éducation entrepris par les jeunes hommes issus de l’aristocratie européenne ayant pour destination principale la péninsule italienne. Les voyages continuèrent à évoluer rapidement au dix-neuvième siècle avec le développement des moyens de transport, rendant les déplacements plus rapides, plus simples et plus économiques que jamais. Cette époque marqua aussi l’apparition du tourisme de masse avec les premiers voyages organisés dès 18412. Ce fut en 1846 qu’un premier groupe de touristes fut accompagné en Écosse par l’Anglais Thomas Cook et, entre 1846 et 1861, ce ne serait pas moins de 60 000 touristes qui auraient visité l’Écosse grâce à Cook3.

4Cette étude montrera tout d’abord que les voyages de Saint-Germain-Leduc et de Bouquet au cours des années 1830 et 1840 s’inscrivent dans la lignée de ceux entrepris par leurs compatriotes depuis la fin du dix-huitième siècle. Même si leur manière de percevoir l’Écosse et ses habitants a évolué en l’espace d’un demi-siècle, les voyageurs portent un regard bienveillant caractéristique aux Français. Les transcriptions de ce qu’ils ont vu et vécu ont évolué en des descriptions moins pragmatiques et scientifiques pour devenir plus romantiques. Cet article aura ensuite pour objectif de souligner que les publications de ces deux voyageurs aidèrent à la diffusion de la nouvelle identité écossaise, élaborée à l’issue des guerres napoléoniennes par Walter Scott, les historiens et les peintres écossais.

  • 4 Ces informations proviennent de la notice biographique de la BnF. Selon cette notice, Saint-Germain (...)

5On ne connaît pas la date précise à laquelle Saint-Germain-Leduc et Bouquet s’aventurèrent en Écosse, mais d’après l’année de publication de leurs récits de voyage, on peut estimer que le premier effectua son séjour peu avant 1838 et que le second fit de même environ dix ans plus tard. On ne dispose que de très peu d’informations sur Saint-Germain-Leduc si ce n’est qu’il était publiciste et littérateur4. Il publia en 1838 L’Angleterre, l’Écosse et l’Irlande : relation d’un voyage récent dans les trois royaumes, ouvrage composé de quatre volumes, dont le dernier est consacré à sa visite de l’Écosse. Bouquet, pour sa part, ne dédia pas une, mais trois publications à son voyage et, auparavant, jamais un voyageur français n’avait été autant inspiré. À la fois peintre, lithographe et céramiste, Bouquet réalisa des lithographies représentant des paysages écossais qui lui servirent à illustrer deux ouvrages consacrés à son périple et destinés à un lectorat à la fois français et britannique. Il ne s’agissait pas du premier ouvrage illustré inspiré d’un voyage en Écosse, puisque, déjà en 1826, Amédée Pichot avait publié Vues pittoresques de l’Écosse. Toutefois, ce ne fut pas Pichot qui réalisa les illustrations, puisque cette tâche avait été confiée à François Alexandre Pernot ; de même, l’ouvrage de Pichot n’était pas destiné à un lectorat aussi large que celui ciblé par Bouquet.

  • 5 À la fin de la quatrième lettre, Bouquet fit la promotion de ses ouvrages inspirés par son séjour e (...)
  • 6 Le catalogue du Salon des artistes français de 1886 indique que Michel Bouquet exposa un tableau in (...)

6En 1849, ce dernier publia à Londres, chez Ackermann, An Artist’s Ramble in the North of Scotland comprenant vingt-et-une lithographies par Bouquet et trois autres par Paul Gavarni, dessinateur et lithographe, qui avait effectué le voyage en sa compagnie. Deux ans plus tard, parut chez Goupil à Paris et chez Colnaghi à Londres, Scotland. The Tourist’s Ramble in the Highlands, contenant trente-six lithographies de paysages des Hautes-Terres qui, cette fois, avaient été exclusivement réalisées par Bouquet. Pour accompagner ses publications et en faire la promotion, celui-ci rédigea quatre articles sous la forme de lettres dans lesquelles il raconta son quotidien en Écosse et partagea ses impressions avec un correspondant fictif5. Ce récit épistolaire, illustré de plusieurs œuvres réalisées par l’artiste, fut publié sous la forme d’un feuilleton dans le journal L’Illustration, Journal Universel entre le 2 mars 1850 et le 11 mai de la même année. Il s’agissait là d’une première en matière de technique de promotion d’ouvrages inspirée par un voyage en Écosse et ceci a certainement contribué au succès de Bouquet puisque L’Illustration était alors un journal à grand tirage, estimé à 16 000 exemplaires, qui était lu en France, mais aussi à l’étranger par un lectorat francophone. L’œuvre peinte de Michel Bouquet indique qu’il fut profondément marqué par son voyage en Écosse ; ce fut l’un de ses thèmes de prédilection auquel il consacra encore un tableau en 1886, soit presque quarante ans après y avoir séjourné6.

  • 7 A Journey to the Western Islands of Scotland (1775) de Samuel Johnson ainsi que A Tour in Scotland (...)

7Les ouvrages de Saint-Germain-Leduc et de Bouquet s’inscrivent dans le prolongement des publications des Français qui avaient entrepris le voyage avant eux. Dans ses écrits, Saint-Germain-Leduc fait référence à plusieurs reprises aux récits de ses compatriotes. Il cite notamment Voyage en Angleterre, en Écosse et aux îles Hébrides de Barthélemy Faujas de Saint-Fond (Saint-Germain-Leduc 144) et surtout Le touriste écossais, ou itinéraire général de l’Écosse et Promenade de Dieppe aux montagnes d’Écosse, publiés respectivement par Léon de Buzonnière (Saint-Germain-Leduc 48, 59, 100, 103-104, 170) et Charles Nodier (Saint-Germain-Leduc 50, 52, 61-62, 65, 77, 167, 177, 184). Bouquet, pour sa part, ne cite pas de voyageur français, mais comme il était un ami de Nodier, il n’est pas impossible qu’ils aient évoqué ensemble leur séjour au pays de Scott. Dans la publication de Saint-Germain-Leduc comme dans celles de Bouquet, on ne trouve qu’une seule référence à un voyageur britannique : il s’agit de Sir Joseph Banks qui s’était rendu dans les Hébrides en 1772 (Bouquet 1850d, 298 ; Saint-Germain-Leduc 143-144). Ceci distingue les écrits de Saint-Germain-Leduc et de Bouquet de ceux de leurs prédécesseurs. Jusque-là, les publications des voyageurs français avaient souvent fait référence aux récits des Britanniques7 ; cette évolution est probablement liée au fait qu’il y avait désormais suffisamment d’ouvrages par des auteurs français pour ne plus avoir à se référer aux publications d’Outre-Manche.

  • 8 Saint-Germain-Leduc est allé jusqu’au château de Blair Atholl. Ses propos sur les Hautes-Terres et (...)

8Une comparaison des circuits entrepris par Saint-Germain-Leduc et par Bouquet à ceux réalisés par leurs compatriotes avant eux ne révèle pas de différence majeure. Ils ont tout d’abord visité l’Angleterre avant d’arriver en Écosse, où ils ont traversé la région des Borders. Ils se sont ensuite rendus dans les principales villes des Basses-Terres, séjournant plus longuement à Édimbourg. Saint-Germain-Leduc n’a effectué qu’un « petit tour » de l’Écosse, pour reprendre l’expression de Mathieu Mazé qui, pour la période allant de 1750 à 1850, distingue trois grandes catégories d’itinéraires de voyage en Écosse : le « petit tour », le « grand tour » et un circuit intermédiaire (Mazé 134-135). En effet, Saint-Germain-Leduc ne fit qu’une très brève incursion dans les Hautes-Terres8 avant de se diriger vers le Loch Katrine, Glasgow et l’Ayrshire, d’où il s’embarqua pour l’Irlande. L’itinéraire de Bouquet fut beaucoup plus long puisqu’il séjourna dans l’Aberdeenshire, se rendit à Inverness, parcourut la côte ouest du pays et s’aventura sur les îles d’Iona, de Mull et de Staffa. Il ne lui manquait qu’une visite sur l’île de Skye pour réaliser ce que Mazé a nommé le « grand tour » de l’Écosse.

Figure 1. Itinéraires des voyages en Écosse de Pierre-Étienne Denis Saint-Germain-Leduc (en jaune) et Michel Bouquet (en mauve).

Figure 1. Itinéraires des voyages en Écosse de Pierre-Étienne Denis Saint-Germain-Leduc (en jaune) et Michel Bouquet (en mauve).

9Ce qui distingue les expériences de Bouquet et de Saint-Germain-Leduc de celles de leurs prédécesseurs, ce sont surtout les conditions matérielles de leur voyage qui se sont très nettement améliorées au fil des décennies, notamment avec le développement de l’hôtellerie et d’un service de diligence reliant des zones qui avaient été difficilement accessibles jusque-là. Les temps de trajet s’étaient aussi considérablement réduits depuis le début du dix-neuvième siècle, puisque, en 1836, le voyage en diligence entre Édimbourg et Inverness, soit environ 170 miles, s’effectuait en une journée alors qu’en 1825, pour se rendre de Perth à Inverness (environ 110 miles), il fallait deux jours (Mazé 142-152 ; Macfarlane 273). L’arrivée de bateaux à vapeur avait aussi beaucoup facilité l’accès aux îles et avait rendu les voyages en mer plus rapides et plus sûrs. C’est ainsi que lorsque Bouquet se rendit à Staffa, il ne rencontra pas les difficultés auxquelles avait dû faire face Faujas de Saint-Fond. En raison de conditions météorologiques défavorables, celui-ci avait été contraint d’attendre plusieurs jours avant de pouvoir effectuer, non sans risque, la traversée sur une embarcation de pêcheurs. Environ soixante ans plus tard, Bouquet expliqua aux lecteurs de l’Illustration que l’accès aux îles était simple et qu’il avait eu le choix entre plusieurs options :

Il y a deux manières de visiter Iona et Staffa : l’une, tout aisée et commode, mais trop rapide, et partant peu intéressante : c’est celle que prennent ordinairement les touristes qui tiennent seulement, pour l’acquit de leur conscience de voyageur, à inscrire sur leurs tablettes ces deux noms célèbres : on s’embarque un matin, après le thé, sur un bateau à vapeur, qui vous transporte comme un fiacre à la course, vous montre en passant ces deux merveilles, et vous ramène à l’hôtel pour l’heure sacramentelle du dîner. (Bouquet 1850d, 295)

  • 9 Voir Marion Amblard, « Les tableaux de Horatio McCulloch et des paysagistes écossais du xixe siècle (...)
  • 10 Les historiens écossais utilisent le terme de tartanry pour désigner la culture artificielle créée (...)
  • 11 Sur le rôle des peintres de l’école écossaise dans la construction et la diffusion de l’identité éc (...)
  • 12 Sir Edwin Landseer, The Monarch of the Glen, v. 1851, National Galleries of Scotland, Édimbourg.

10Bouquet et Saint-Germain-Leduc perçurent et représentèrent l’Écosse d’une manière bien distincte de celle de leurs contemporains anglais. Lorsqu’ils visitèrent l’Écosse, les Hautes-Terres étaient une destination particulièrement à la mode parmi les classes aisées britanniques, et la présence de la reine Victoria qui y séjournait régulièrement à partir de 1842 ne fit que renforcer cette popularité. Dès la fin du dix-huitième siècle, les Hautes-Terres d’Écosse étaient une source de fascination pour les Britanniques, au point que cette région est devenue emblématique et son image généralisée à l’ensemble de l’Écosse. En effet, à l’issue des guerres napoléoniennes, les Écossais éprouvèrent le besoin de se doter d’une nouvelle identité binationale — à la fois écossaise et britannique — reflétant leurs spécificités culturelles tout en présentant l’Écosse comme un partenaire égal à l’Angleterre au sein de la Grande-Bretagne. L’identité culturelle, qui fut alors essentiellement réinventée par Walter Scott, devint une source d’inspiration pour les peintres écossais9. Ceux-ci œuvrèrent à représenter la culture dite des Hautes-Terres (le kilt, la cornemuse, les danses folkloriques, entre autres) et participèrent ainsi à l’acceptation de stéréotypes et à l’assimilation de l’ensemble de l’Écosse à cette culture. Là repose finalement la source de mythes permettant aux Écossais d’affirmer à la fois leurs différences et leur allégeance à la Grande-Bretagne10. Les peintres de l’école écossaise ont largement contribué à diffuser la nouvelle identité et à ancrer dans les esprits la synecdoque Hautes-Terres/Écosse en réalisant des portraits d’Écossais vêtus d’un kilt, ainsi que des paysages sauvages de lochs et de châteaux en ruines, à la manière de Horatio McCulloch, Peter Graham et Arthur Perigal11. Les peintres anglais de l’époque victorienne qui séjournèrent en Écosse réalisèrent eux aussi des tableaux ayant pour sujet les Hautes-Terres, ses paysages et ses habitants, à l’instar de Sir Edwin Landseer qui peignit le célèbre Monarch of the Glen12 incarnant la nouvelle identité écossaise selon Lauren Brancaz-McCartan (Brancaz-McCartan). Si certaines lithographies de Bouquet évoquent les œuvres de Landseer, l’artiste français a aussi représenté de nombreux paysages des Basses-Terres, avec notamment des vues d’Édimbourg et des comtés environnants. Ensemble, les lithographies de Bouquet et le récit de Saint-Germain-Leduc, qui décrivit longuement les Borders et les Basses-Terres, montrent que les voyageurs français furent sensibles aux caractéristiques régionales dont ils livrèrent des témoignages écrits et dessinés. Leurs perceptions et leurs représentations de l’Écosse sont celles de Français, livrées sous forme de témoignages destinés principalement à des Français pour valoriser les beautés et les cultures de l’Écosse, spécifiquement. C’est donc une Écosse relativement bien connue des Français que Saint-Germain-Leduc et Bouquet présentent à leurs lecteurs et qu’ils comparent à ce qu’ils connaissent du reste du Royaume-Uni ainsi que de la France.

11On peut diviser les écrits des voyageurs français en deux grandes périodes : avec d’une part, ceux ayant une approche scientifique propre au siècle des Lumières, tels que Barthélemy Faujas de Saint-Fond et Pierre-Nicolas Chantreau ; d’autre part, les voyageurs de l’époque romantique, partis sur les traces de Walter Scott et de son Écosse réinventée (Coltman 178-262). Bouquet et Saint-Germain-Leduc sont de ceux qui recherchent l’Écosse de Scott et d’Ossian. Ce qui ressort avant tout chez Saint-Germain-Leduc est sa description d’une Écosse comme terre romantique ossianique et scottienne, une terre de légendes, d’Histoire et d’histoires donc, que l’on retrouve dix ans plus tard dans les représentations de Bouquet. On note toutefois une évolution notable par rapport aux récits scientifiques des voyageurs du dix-huitième siècle avec un intérêt particulier des Français pour l’Écosse agrémenté d’une bienveillance liée aux liens traditionnels entre la France et l’Écosse. On repère aussi un découpage régional différent de celui habituellement proposé par les voyageurs britanniques qui replace l’Écosse comme une entité à part entière dans le contexte britannique et britannisant. Déjà au dix-huitième siècle, cette bienveillance distinguait les récits de voyage en Écosse produits par des Français de ceux rédigés par des Anglais. Ainsi le récit de Samuel Johnson qui se rendit en Écosse en 1773 comprend de nombreuses remarques désobligeantes à l’encontre des Écossais. Il écrit notamment au sujet des habitants des Hautes-Terres : « Mountaineers are thievish, because they are poor, and having neither manufactures nor commerce, can grow richer only by robbery » (A Journey to the Western Islands of Scotland, Londres, 1775, 98). Adolphe Blanqui écrira tout le contraire, prouvant combien le peuple des Hautes-Terres n’est pas resté dans sa condition archaïque et en mettant en avant qu’il a positivement évolué depuis :

Les Highlanders se sont crus redoutables, et ils avaient raison. On ne les a vraiment incorporés dans la grande famille qu’en leur portant les lumières de la civilisation ; et désormais, toujours simples, toujours sobres, mais laborieux et éclairés, ils ont pris leur place à la tête des nations européennes. (Blanqui 276)

  • 13 Dans sa première lettre parue dans L’Illustration, Bouquet évoque lui aussi l’exil de Charles X lor (...)

12Le récit de Saint-Germain-Leduc est prévu pour être publié. Il doit donc plaire tout en apportant quelque chose de nouveau au lectorat. Cela expliquerait le caractère scientifique/académique qu’il donne à son récit en se transformant en historien. Il se plaît à faire systématiquement des rappels historiques des lieux qu’il visite. En fait, il s’agirait même presque d’un cours d’histoire destiné à éclairer son lecteur en faisant systématiquement des liens avec des repères historiques connus des Français ou en lien direct avec l’histoire de France. Ainsi, par exemple, il fait référence au palais de Holyrood en rappelant les séjours du comte d’Artois, futur Charles X, dans ce palais alors qu’il fuyait la Révolution française en 1791, puis de nouveau en 1830 (Saint-Germain-Leduc 56)13. Dès que l’occasion s’en présente, tout comme Michel Bouquet (Bouquet 1850a, 138 ; Bouquet 1850b, 183), il évoque Marie Stuart, anciennement reine de France (Saint-Germain-Leduc 61-65), ou encore Waterloo et les guerres napoléoniennes. Il revient deux fois sur la bataille de Waterloo, défaite française — et donc victoire britannique — d’une manière étonnante : il ne parle pas de défaite ou de victoire mais des Écossais ayant perdu la vie lors de cette bataille, sans plus de commentaire. Cette absence de jugement suggère qu’il cherche à démontrer que l’Écosse a payé un lourd tribut à cette bataille et ne semble pas célébrer la victoire mais plutôt pleurer ses morts comme en témoigne le monument à Calton Hill. Saint-Germain-Leduc ne prend donc pas position mais constate : « un régiment de cette nation succomba presque entier […] dans les premières heures de la bataille (Saint-Germain-Leduc 86) » ; puis il mentionne le monument aux morts de Playfair (Saint-Germain-Leduc 91). L’idée sous-jacente est claire : comment des militaires écossais pourraient-ils se réjouir d’une victoire contre la France ? Honorer ceux qui sont tombés sur le champ de bataille plutôt que célébrer cette victoire revient à suggérer qu’ils ont été forcés à participer à cette guerre et s’en lamentent. Quelle conclusion en tirer ? Simplement la bienveillance française traditionnelle et une expression de la politesse conventionnelle entretenue par les Français vis-à-vis des Écossais. La lecture de l’histoire de l’Écosse est donc orientée, à l’instar de Walter Scott mettant en avant des événements spécifiques de cette même histoire pour valoriser la bravoure écossaise et légitimer son existence dans le Royaume-Uni.

13Pour les voyageurs français, l’Écosse est différente de l’Angleterre. Même si elles sont désormais unies au sein du Royaume-Uni, Saint-Germain-Leduc note dès son arrivée une différence « saisissante ». En effet, dès son entrée dans les terres écossaises, il se retrouve dans un autre monde. Le choc qu’il ressent est d’abord thermique : alors qu’il passe la frontière, Saint-Germain-Leduc est confronté au froid des matins, en plein mois d’août. La réaction de son cocher écossais, qui de toute évidence se moque quelque peu des voyageurs frigorifiés, est immédiatement interprétée comme de l’« orgueil national », ce qui donne tout de suite le ton : les Écossais sont différents et fiers d’être écossais ; il écrit : « “L’Écosse, messieurs !” pas une de nos voix ne se trouva en état de faire écho à son orgueil national. Il se figura sans doute que nous demeurions stupéfaits d’admiration : c’était tout simplement le froid qui avait pétrifié notre figure » (Saint-Germain-Leduc 49).

14Saint-Germain-Leduc décrit les paysages à la manière de Nodier, dont il reprend les propos. L’Écosse est romantique ! On retrouve ainsi sous sa plume les vastes étendues, les collines, les nombreux moutons et les habitants, pauvres, qu’ils croisent en chemin. Les voyageurs français avant lui avaient aussi croisé là de pauvres gens enveloppés de plaids et marchant en solitaires (Chantreau vol. 2, 319-320 ; Nodier 122). Saint-Germain-Leduc croise quant à lui, une femme entourée de ses enfants, telle une mendiante attendant que le temps passe. Quels que soient les témoignages, ces gens sont apparemment pauvres et semblent errer sur ces routes vides et loin de toute civilisation. Toutefois, Saint-Germain-Leduc comme Bouquet n’émettent aucune critique ; ils se limitent au constat alors que, chez les voyageurs britanniques, la tendance est plutôt au jugement, avec par exemple, leur pauvreté attribuée à leur oisiveté : « Many thousands of both sexes, who waste their time in idleness, and are in all respects useles [sic.] to the public » (Knox cxlvii). Le constat criant de la pauvreté de cette région frontalière donne une image négative de l’Écosse. Pourtant, très vite, Saint-Germain-Leduc ne manque pas de noter que cette région du Royaume-Uni connaît de nets progrès et se modernise comme le prouve la route qu’il est en train d’emprunter :

Cette route, qui, pour entrer en Écosse, traverse le nord-ouest du Northumberland, a reçu depuis l’année 1820 une amélioration importante par le pont suspendu qui a été jeté sur la Tweed auprès d’Haygerson. L’ouverture de ce pont fut accompagnée d’une circonstance singulière : un bal fut donné sur le pont même. Si les habitants de la contrée sont pauvres et sales, ils ont du moins de la gaîté. (Saint-Germain-Leduc 50)

15Notons qu’il n’oublie pas de mentionner la joie de vivre et l’hospitalité des Écossais que l’on retrouve aussi dans les récits antérieurs des voyageurs français (Faujas, vol. 1, 236 ; Chantreau vol. 2, 322 ; Nodier 122, 275).

16Ainsi, les campagnes des Basses-Terres et des Hautes-Terres sont clairement distinguées des villes. Celles-ci ramènent les voyageurs à la civilisation. Ceci n’est pas nouveau. Les voyageurs français, à l’image de Saint-Germain-Leduc, se réjouissent par exemple d’atteindre Jedburgh, la première ville d’Écosse, espérant retrouver ainsi la civilisation, mais sont déçus en découvrant la vétusté des lieux et, là encore, la pauvreté des habitants (Saint-Germain-Leduc 49-50).

17Ces images négatives font toutefois rapidement place à celles plus positives de villes à la modernité évidente — et rassurante — dès son arrivée à Édimbourg, puis lors de sa visite à Glasgow. Saint-Germain-Leduc place la capitale écossaise parmi les plus grandes et intéressantes capitales d’Europe. Il appuie en cela les propos antérieurs de Nodier, et par ailleurs aussi de Barthélemy Faujas de Saint-Fond et de Pierre-Nicolas Chantreau avant lui :

Indépendamment, a dit M. Nodier, des institutions politiques et littéraires, qui font d’Édimbourg une des villes les plus intéressantes de l’Europe moderne, et des monuments ou des souvenirs qui lui donnent le droit de rivaliser avec les villes les plus célèbres de l’Europe ancienne, il semble que le nom d’Athènes du Nord, qui ne lui est pas contesté, soit pour elle un privilège de localité, fondé sur des ressemblances topographiques très-sensibles. (Saint-Germain-Leduc 52)

18Notons que les voyageurs britanniques de cette époque s’attardent peu sur les villes. Saint-Germain-Leduc raconte comment la ville d’Édimbourg a évolué, s’est agrandie et s’est modernisée pour devenir une ville avec un niveau de vie et une sociabilité fort semblables à ceux qu’il connaît à Paris et à Londres. Il écrit :

Les mœurs changèrent avec la physionomie de la ville. Quelques années avant, on ignorait jusqu’au nom même des professions de parfumeur, de coiffeur, de merciers, etc. ; un parapluie était un objet de luxe et de curiosité, et les femmes d’une haute condition osaient seules prendre un maître à danser ; mais dès l’année 1783 il y eut des parfumeurs et des coiffeurs en renom ; on établit des écoles de danse pour les filles de chambre ; et, ce qu’un vieil Écossais m’apprit en haussant les épaules, les hommes eux-mêmes commencèrent à se servir de parapluies. La population s’est constamment accrue depuis cette époque. (Saint-Germain-Leduc 55)

19Édimbourg fascine nos voyageurs. Saint-Germain-Leduc admire l’université mais sa visite dans ce lieu est aussi l’occasion de rappeler un préjugé sur l’avarice des Écossais pour qui il ne semble pas y avoir de petits profits :

L’esprit mercantile, avec qui j’espérai ne plus me trouver en contact depuis que j’avais dit adieu aux Phéniciens modernes pour visiter l’Athènes du nord, m’attendait sur le seuil de l’université : on n’entre point au Musée sans un billet d’admission, qui coûte deux schellings et demi.
(Saint-Germain-Leduc 89)

20Le port d’Édimbourg, Leith, attire aussi son attention car il est pour lui indigne de l’émergence — coloniale — de cette région du Royaume-Uni : « Ce n’est qu’un chaos de maisons sales et laides […] et habitées par un peuple misérable et grossier » (Saint-Germain-Leduc 92-93), mais « on y admire un bassin magnifique, couvert des navires de toutes les nations » (Saint-Germain-Leduc 93). La ville est donc bien ouverte sur le monde, ses colonies, son commerce international. Cette même idée se retrouve lors de la visite du port de Glasgow :

Quoiqu’à Glasgow la Clyde ne puisse porter que de petits navires, il règne dans le port une grande activité. Ce qui frappe surtout, c’est le grand nombre de bateaux à vapeur. Glasgow en envoie chaque jour plus d’une trentaine, soit sur les côtes d’Écosse et d’Angleterre, soit pour des voyages de plus long cours. Glasgow s’enorgueillit au surplus d’avoir été la première ville de la Grande-Bretagne qui ait appliqué la vapeur à la navigation. (Saint-Germain-Leduc 178)

21Si pour lui, Édimbourg est le berceau des sciences en Écosse (Saint-Germain-Leduc 179), Glasgow est le meilleur exemple de la prospérité permise par les innovations de son temps : « De l’époque de l’invention de la machine à vapeur date la prospérité de Glasgow : ses filatures et ses fabriques de tissus acquirent dès lors un rang distingué » (Saint-Germain-Leduc 178). Il écrit encore : « En 1780 Glasgow comptait 42 000 habitants ; elle en nourrit aujourd’hui plus de 230 000 ; elle est après Londres la cité la plus populeuse. Elle a dépassé sa rivale, Édimbourg, si longtemps fière du séjour de la cour Ecossaise ». (Saint-Germain-Leduc 179)

22Glasgow est pour lui la nouvelle capitale de l’Écosse. Saint-Germain-Leduc démontre donc le dynamisme commercial/économique de l’Écosse et son importance dans l’Empire ; ceci distingue le regard des Français qui ne présentent pas l’Écosse seulement comme un terrain de jeu de chasse pour les nobles, ainsi que le peintre anglais Edwin Landseer l’a représenté dans ses tableaux, par exemple. Pour eux, l’Écosse, ce n’est pas que les Hautes-Terres de Scott ou d’Ossian, mais bien l’un des creusets de progrès en Europe grâce à ses villes et à leurs ports. Pourtant, la force des traditions et de ces images portées par la littérature scottienne et ossianique est persistante.

23Selon le constat de Saint-Germain-Leduc, l’Écosse est bien entrée dans l’ère industrielle comme entendue alors en France. Il explique aussi à son lectorat, à grand renfort d’exemples, que malgré la modernité de l’Écosse constatée dans ses grandes villes, sa population se confronte à un archaïsme persistant dans son mode de pensée : l’Écosse est extrêmement superstitieuse ; un paradoxe, car pour lui elle fait partie des sociétés les plus avancées sur les plans scientifiques et philosophiques depuis les Lumières, en témoignent les universités à Édimbourg et Glasgow. Il insiste beaucoup sur les superstitions encore très présentes dans la culture, ou plutôt les cultures écossaises, mais n’est-ce pas là aussi quelque chose qui intéresse le lectorat de son temps ? Nous sommes au temps où le pragmatisme scientifique et philosophique se confronte aux réminiscences des pensées primitives de l’humanité. L’Écosse apparaît ici clairement comme un entre-deux temporel, malgré les progrès.

24Saint-Germain-Leduc insiste donc beaucoup sur les superstitions et en donne de très nombreux exemples au fil de son récit. Ainsi, le don de seconde vue est largement abordé (Saint-Germain-Leduc 100-115). L’attachement aux superstitions est particulièrement visible dans les campagnes et plus encore dans les Hautes-Terres. Il dépeint ainsi les mœurs primitives des habitants de ces contrées retirées du reste de la Grande-Bretagne. Du moins, il écrit sur ce dont il a entendu parler car, nous l’avons vu, il ne s’est jamais rendu dans cette région (Saint-Germain-Leduc 120). Or cela ne l’empêche pas de rapporter ce qu’il sait de ses lectures ou de ce qu’on lui en a dit. Il est d’ailleurs rempli de préjugés et de stéréotypes perpétrés par les on-dit et les lectures de ses prédécesseurs, eux-mêmes souvent inspirés des contes d’Ossian et des mythes et légendes circulant dans le pays et par-delà ses frontières. Ils ont même souvent lu le livre de Robert Kirk (1691), qui a disserté sur les superstitions dans les Hautes-Terres en tentant de les rationaliser. En parlant des superstitions des Écossais, Saint-Germain-Leduc entretient l’image déjà largement répandue du monde merveilleux de ces montagnes. Celle-ci a été retranscrite en France dans les nouvelles fantastiques fraîchement publiées par Charles Nodier, dont Trilby, le lutin d’Argyle (1822) et La Fée aux miettes (1832), qui font sensation alors en France, aux côtés des romans historiques de Walter Scott. Le lecteur de Saint-Germain-Leduc attend, voire recherche donc cette ambiance de magie, de romantisme dans un monde ossianique, là aussi, bien connu des Français d’alors. Il cherche à valider une image préconçue de l’Écosse.

25Pour lui, ces traditions sont surtout valorisées et bienvenues pour démontrer une différence concrète de l’Écosse avec sa voisine, l’Angleterre. Ainsi, en bon Français, traditionnellement à la fois peu enclin à louer l’Angleterre et toujours prêt à célébrer l’Écosse, sa vieille alliée, Saint-Germain-Leduc ne peut s’empêcher de comparer les Écossais et leurs mœurs aux Anglais et aux leurs. Par exemple, il met en avant une différence bienvenue avec l’Angleterre : « Un thé complet — Mœurs de la bourgeoisie écossaise. 25 août. Dans une petite ville d’Écosse il m’arriva d’être invité à un thé complet, c’est-à-dire un thé servi avec tous ses accessoires de tartines beurrées, de rhum, etc » (Saint-Germain-Leduc 191). Il regrette que cette manière de prendre le thé à 5 ou 6 heures n’existe plus que là, précisant qu’elle a disparu en Angleterre.

26Les témoignages de Michel Bouquet et de Saint-Germain-Leduc sont deux expériences individuelles qui reflètent chacune à leur manière un regard pourtant commun et propre aux Français, teinté d’une bienveillance traditionnelle. Ce regard présente aussi des affinités avec les représentations de l’Écosse par les Écossais et se distingue des témoignages des Anglais, qui, bien souvent, réduisent l’Écosse aux Hautes-Terres, le reste de l’Écosse étant considéré comme civilisé et totalement intégré au reste de la Grande-Bretagne. Les témoignages de ces deux voyageurs reflètent surtout l’intérêt que portent les Français à l’Écosse, tout entière. Ils s’efforcent de démontrer sa modernité tout autant que son caractère romanique. Leur expérience de l’Écosse prouve que celle-ci est à la fois ancrée dans son temps et capable de maintenir ses traditions. Ils véhiculent donc une image globalement positive de leur vieille alliée à leur public et lectorat. Dans la lignée des voyageurs français avant eux, ils participent à l’ancrage et à la diffusion d’une identité écossaise nouvelle spécifique en France mais aussi en Grande-Bretagne, celle qu’ils ont principalement découverte sous la plume de Walter Scott ou à travers les adaptations et représentations de l’Écosse ossianique, car n’oublions pas qu’Ossian fascinait les Français et qu’on en retrouve les mentions et représentations jusque sur les plafonds de la bibliothèque de la Malmaison, le petit palais de Napoléon et Joséphine aux portes de Paris. Ces deux témoignages français sont une preuve que la confrontation des cultures et des expériences participe à former et à affirmer les identités. Dans ce cas précis, en un temps de construction de l’Union britannique, ils adhèrent à la manière dont Scott a construit l’identité écossaise. Ils diffusent cette identité mais notent que l’Écosse peut aussi affirmer ses spécificités et revendiquer son importance au sein de l’Union pour l’enrichir sans pour autant avoir à assimiler l’Écosse aux seules Hautes-Terres.

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Bibliographie

Sources primaires

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Bouquet, Michel. « Lettres sur l’Écosse (suite) III ». L’Illustration, Journal Universel 15.373 (20 avril 1850) : 247-250.

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Chantreau, Pierre-Nicolas. Voyage dans les trois royaumes d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande fait en 1788 et 1789. 3 vols. Paris : Briand, 1792.

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Kirk, Robert. The Secret Commonwealth of Elves, Fauns and Fairies [1691]. Whithorn : Anodos Books, 2018.

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Nodier, Charles. Promenade de Dieppe aux montagnes d’Écosse. Paris : Didot – Barba Libraire, 1821.

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Sources secondaires

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Haldane Grenier, Katherine. « “Scottishness,” “Britishness,” and Scottish Tourism, 1770–1914 », History Compass 4.6 (2006) : 1000–1023. https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.1111/j.1478-0542.2006.00357.x (dernière consultation le 25/02/2023).

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Leask, Nigel. Stepping Westward : Writing the Highland Tour, c. 1720-1830. Oxford : OUP, 2020.

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Thevenot-Totems, Marie-Hélène. La découverte de l’Écosse du xviiie siècle à travers les récits des voyageurs britanniques. Paris : Didier, 1990.

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Notes

1 Sur la thématique du voyage en Europe et de l’évolution des pratiques de voyage à l’époque moderne voir notamment Daniel Roche, Humeurs vagabondes. De la circulation des hommes et de l’utilité des voyages, Paris : Fayard, 2003. Voir aussi les ouvrages de l’historien Gilles Bertrand, La culture du voyage. Pratiques et discours de la Renaissance à l’aube du xixe siècle, Paris : L’Harmattan, 2004 et Le Grand Tour revisité. Pour une archéologie du tourisme : le voyage des Français en Italie, milieu xviiie-début xixe siècle, Rome : Publications de l’École française de Rome, 2008.

2 Le développement du tourisme de masse en Écosse au dix-neuvième siècle a notamment été retracé en détail par Katherine Haldane Grenier (Grenier 2005, 49-92).

3 Sur ce premier voyage organisé en Écosse, voir R. W. Butler, « Evolution of Tourism in the Scottish Highlands », Annals of Tourism Research, 12. 3, 1985, 371-391.

4 Ces informations proviennent de la notice biographique de la BnF. Selon cette notice, Saint-Germain-Leduc serait né en 1799, la date de son décès n’est pas connue. https://data.bnf.fr/fr/12120539/saint-germain-leduc/ (dernière consultation le 25/02/2023).

5 À la fin de la quatrième lettre, Bouquet fit la promotion de ses ouvrages inspirés par son séjour en Écosse en ces termes : « il a paru, l’année dernière […] un bel ouvrage […] lithographiées à deux teintes […]. – Un second ouvrage de 38 planches, par les mêmes artistes [Bouquet et Gavarni], doit compléter bientôt cette œuvre si intéressante et qui a eu un si grand succès en France et en Angleterre. S’adresser, pour le premier ouvrage et pour la souscription du second, à MM. Vibers et Goupil, boulevard Montmartre, à Paris, et à M. Delizy, 13, Regent’s street, à Londres » (Bouquet 1850d, 298).

6 Le catalogue du Salon des artistes français de 1886 indique que Michel Bouquet exposa un tableau intitulé Grotte de Fingal – Écosse (œuvre non localisée). Explication des ouvrages de peinture, sculpture architecture gravure et lithographie des artistes vivants exposés au Palais des Champs-Élysées le 1er mai 1886, Paris : Dupont, 27.

7 A Journey to the Western Islands of Scotland (1775) de Samuel Johnson ainsi que A Tour in Scotland 1769 (1771) et A Tour in Scotland, and Voyage to the Hebrides 1772 (1774) de Thomas Pennant sont les récits de voyage les plus souvent cités par les voyageurs français du dernier quart du dix-huitième siècle.

8 Saint-Germain-Leduc est allé jusqu’au château de Blair Atholl. Ses propos sur les Hautes-Terres et les îles Hébrides sont en fait rapportés du voyageur qui l’accompagnait et qui avait eu l’occasion de visiter ces régions de l’Écosse : « nous sommes restés au pied de la chaîne des monts Grampians ; avant de tourner le dos aux contrées septentrionales de l’Écosse, mon compagnon voulut bien me donner quelques détails sur la contrée que je renonçais à visiter » (Saint-Germain-Leduc 121).

9 Voir Marion Amblard, « Les tableaux de Horatio McCulloch et des paysagistes écossais du xixe siècle, ou l’envers de l’identité écossaise pro-unioniste », Études Écossaises, 12, 2009, 145-159. https://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/etudesecossaises/200 (dernière consultation le 02/11/2023).

10 Les historiens écossais utilisent le terme de tartanry pour désigner la culture artificielle créée à partir de la fusion des traditions, en partie inventées, des Hautes-Terres et des Basses-Terres. Sur la construction de l’identité binationale de l’Écosse au dix-neuvième et le phénomène de tartanry voir : Tom Nairn, The Break-up of Britain, Édimbourg : 2003 ; Murray Pittock, The Invention of Scotland, Londres : Routledge, 1991 ; David McCrone, Understanding Scotland: The Sociology of a Stateless Nation, 2e éd., Londres : Routledge, 2005.

11 Sur le rôle des peintres de l’école écossaise dans la construction et la diffusion de l’identité écossaise au dix-neuvième siècle, voir John Morrison, Painting the Nation: Identity and Nationalism in Scottish Painting, 1800-1920, Édimbourg : Edinburgh UP, 2003. Toutefois, l’identité élaborée à l’issue des guerres napoléoniennes ne fit pas l’unanimité auprès des peintres écossais. À partir des années 1860, un nombre croissant d’entre eux ont contesté cette identité en représentant des paysages des Basses-Terres, suggérant que les Hautes-Terres n’étaient pas représentatives de l’ensemble de l’Écosse qui se compose aussi des Basses-Terres et des Borders, régions ayant leurs propres cultures et traditions. Voir Marion Amblard, « Le thème du travail agricole dans les tableaux des Glasgow Boys, ou l’Écosse selon des peintres victoriens », Études Écossaises 18 (2016). https://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/etudesecossaises/1114 (dernière consultation le 25/02/2023).

12 Sir Edwin Landseer, The Monarch of the Glen, v. 1851, National Galleries of Scotland, Édimbourg.

13 Dans sa première lettre parue dans L’Illustration, Bouquet évoque lui aussi l’exil de Charles X lorsqu’il décrit le palais de Holyrood (Bouquet 1850a, 138).

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Itinéraires des voyages en Écosse de Pierre-Étienne Denis Saint-Germain-Leduc (en jaune) et Michel Bouquet (en mauve).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/cve/docannexe/image/14205/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 383k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Marion Amblard et Sabrina Juillet-Garzón, « Regards et expériences de voyageurs français sur l’Écosse à travers l’exemple des récits de Pierre-Étienne Denis Saint-Germain-Leduc et de Michel Bouquet dans les années 1830-1850 »Cahiers victoriens et édouardiens [En ligne], 99 Printemps | 2024, mis en ligne le 01 mars 2024, consulté le 15 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/cve/14205

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Auteurs

Marion Amblard

Marion Amblard est maître de conférences en civilisation britannique à l’Université Grenoble Alpes. Fellow de la Society of Antiquaries of Scotland, elle est spécialiste de l’art pictural écossais des xviiie et xixe siècles. Ses travaux de recherche portent essentiellement sur l’évolution de la représentation de l’identité écossaise dans l’art pictural, les représentations de l’Écosse à travers les récits des voyageurs européens aux xviiie et xixe siècles et la présence écossaise à Rome au xviiie siècle.
Marion Amblard is a senior lecturer in British studies at Grenoble Alpes University. A Fellow of the Society of Antiquaries of Scotland, she is a specialist of eighteenth and nineteenth-century Scottish painting. Her research work mainly focuses on the evolution of the representation of Scottish identity in pictorial art, the representations of Scotland in the travel accounts of eighteenth and nineteenth-century European travellers, the Scottish community in eighteenth-century Rome.

Sabrina Juillet-Garzón

Sabrina Juillet Garzón est maître de conférences — Hdr à l’Université Sorbonne Paris Nord. Spécialiste de l’Écosse de l’époque moderne, elle étudie les manières dont l’Écosse s’est redéfinie face à l’Angleterre dans le cadre de l’Union des couronnes puis de l’Union institutionnelle de 1707. Une de ses perspectives d’étude interroge les perceptions et les expressions des identités écossaises à travers le regard des sociétés britanniques et européennes continentales.
Sabrina Juillet-Garzón is a senior lecturer—Hdr at Sorbonne Paris Nord University. A specialist of Scotland in the modern period, she investigates the ways Scotland redefined itself in relation to England in the context of the Union of the Crowns and then of the Act of Union in 1707. Part of her research work focuses on the perceptions and expressions of Scottish identities through the eyes of British and continental European societies.

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