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2023

Le dernier des Sainctot : épilogue d’une ascension sociale

The Last Sainctot: A Social Ascent’s Epilogue
Gauthier Puech

Résumés

L’ascension des Sainctot, qui arriva à son apogée lorsque l’un des leurs entra au service des cérémonies du roi, ne semblait pas compromise lorsqu’en 1709 Nicolas II de Sainctot transmit sa charge d’introducteur des ambassadeurs à son fils Nicolas-Sixte de Sainctot. Ce dernier, qui est au cœur de notre approche, n’engendra pas néanmoins de descendance qui lui permît à son tour de transmettre l’héritage de sa lignée. Ce qui pourrait alors apparaître comme un déclin pour les Sainctot peut être relativisé car Nicolas-Sixte vendit sa charge cérémonielle à un membre proche de son réseau, et employa toutes ses ressources héritées, notamment sa fortune, pour la réussite de son neveu, dont la famille paternelle appartenait à la noblesse d’épée. C’est donc par un mode de transmission moins commun que le dernier des Sainctot parvint à s’intégrer dans le schéma ascensionnel de son lignage. Cette étude conduit ainsi à en apprendre davantage sur ce groupe de courtisans de rang intermédiaire et leurs stratégies familiales et relationnelles à la cour de Versailles.

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Notes de la rédaction

Cet article est publié dans le cadre de l’appel à publication du programme de recherche « Réseaux et sociabilité à la cour de France, xviie-xviiie siècles » du Centre de recherche du château de Versailles. Le comité de rédaction remercie Flavie Leroux pour sa relecture attentive et sa révision du texte.

Texte intégral

Introduction

  • 1 Dufort de Cheverny, 1990, p. 107, cité dans Hours, 2002, p. 88.

1« En général, si vous n’avez pas de note de Sainctot, vous pouvez vous adresser à moi1. » L’ordre de Louis XV, donné au nouvel introducteur des ambassadeurs Dufort de Cheverny, montre à quel point le nom des Sainctot est lié au cérémonial. Durant trois générations, cette lignée de maîtres des cérémonies et d’introducteurs des ambassadeurs organisa pour les rois de France la bonne tenue des grands événements de la vie monarchique, dont ils consignèrent les moindres détails dans des registres. C’est avec le dernier d’entre eux, Nicolas-Sixte chevalier de Sainctot, introducteur des ambassadeurs de 1709 à 1752, fils du célèbre Nicolas II de Sainctot, que le nom du lignage s’éteignit. En effet, il ne contracta pas de mariage alors qu’il était bien inséré à la cour et qu’il jouissait d’un héritage assez confortable. Il n’engendra pas de descendance à laquelle transmettre sa charge, contrairement à ses ancêtres qui ont toujours contribué à poursuivre l’ascension sociale des Sainctot. Il ne s’inscrivit donc pas dans le schéma familial qu’avaient instauré son grand-père et son père au cours de leur parcours aulique. Pour autant, la carrière du chevalier de Sainctot à Versailles, en rupture relative avec celles de ses parents, marque-t-elle le déclin de la lignée ?

  • 2 Pour Da Vinha, 2012, p. 276, la définition de la cour par Levron comme étant l’ensemble de la famil (...)
  • 3 Dans cette étude, nous tentons de prendre en compte le travail des sociologues qui offrent des pist (...)
  • 4 Newton, 2006, p. 363.

2Cette étude de cas sur le dernier des Sainctot permet d’analyser les stratégies de transmission de ces officiers de rang secondaire qui firent fonctionner la mécanique curiale2. Le chevalier de Sainctot exerça sa fonction durant une longue période de quarante-deux ans : il connut la fin du règne de Louis XIV, la Régence et une grande partie du règne de Louis XV. La sociabilité et les réseaux qu’il entretint tout au long de sa vie, et qui ont pu influencer ses choix3, doivent être pris en compte pour appréhender sa trajectoire quelque peu atypique. Comprendre le cheminement personnel de cet individu, en l’incluant dans la longue histoire de sa lignée, nous éclaire sur la place qu’il a occupée au sein de la cour et de sa famille, et nous conduit in fine à mieux saisir ce groupe d’officiers de rang intermédiaire de la Maison du roi4.

  • 5 Il n’a pas en effet laissé de Mémoires offrant la vision d’un individu sur son époque, comme l’a fa (...)
  • 6 Cet article s’inscrit dans le cadre de mes recherches de doctorat sur les officiers des cérémonies (...)

3La tâche peut s’avérer complexe car nous disposons de peu de sources et de documents sur la vie de Nicolas-Sixte de Sainctot et il existe peu de traces pour bien saisir son regard sur la cour, le cérémonial et sa famille5. Les quelques manuscrits de la bibliothèque du château de Chantilly et les Mémoires des courtisans ayant côtoyé l’introducteur des ambassadeurs offrent néanmoins des éléments intéressants. Recoupés avec les archives du Minutier central des notaires de Paris, ils permettent de reconstituer sa trajectoire et sa postérité6.

  • 7 Voir Haddad, 2009 ; Chatelain, 2008 ; Jugie, 1990.

4Afin de s’interroger sur la notion de déclin7, il faut d’abord analyser les débuts du chevalier de Sainctot à la cour lorsqu’il devint introducteur des ambassadeurs. Étudier sa sociabilité et ses réseaux nous éclaire ensuite sur la manière dont il y mena sa carrière. Les dernières années de sa vie sont enfin importantes pour percevoir la façon dont il réinvestit son patrimoine social et économique au profit de sa parenté.

L’héritier d’un lignage au sein du service des cérémonies ludoviciennes

La longue ascension de la famille Sainctot

  • 8 Pour plus de précisions sur la famille Sainctot, voir Puech, 2017.
  • 9 Paris, Archives nationales (désormais AN), MC/ET/LIV/60, contrat de service entre Claude Joly, comp (...)
  • 10 AN, MC/ET/LXXXVI/318, inventaire après décès de Pierre de Sainctot (3 juin 1639).
  • 11 Lainé, 1818-1819, vol. 2, p. 391 ; Paris, Bibliothèque nationale de France (désormais BNF), Ms. Fr. (...)
  • 12 AN, MC/ET/XXIII/115, obligation de Marguerite de Valois envers Pierre Sainctot (18 septembre 1607).

5L’identité familiale dont hérita le chevalier de Sainctot se construisit sur environ un siècle8. Tout débute lorsque Étienne Sainctot, originaire de Troyes, arriva à Paris dans la seconde moitié du xvie siècle et fit fortune dans le textile en devenant « marchand teinturier de soie9 », ce qui lui permit d’acquérir la seigneurie de Vémars, au nord de la capitale, et de prêter de l’argent à Henri IV dans les années 1590. Bourgeois de Paris, il était en outre bien installé au sein de la notabilité parisienne. Son fils, Pierre Sainctot, reprit les affaires familiales et profita du développement économique du début du xviie siècle pour accroître sa fortune. Devenu banquier10, il continua de développer l’industrie de la soie pour le compte du roi dans tout le royaume, et fut anobli en 1604, ce qui lui permit de faire précéder son nom d’une particule11. En parallèle, il conserva des fonctions au sein des institutions parisiennes et noua des liens avec des membres de la cour, comme Marie de Médicis ou Marguerite de Valois, avec laquelle il conclut diverses affaires12. Grâce à leur héritage paternel, les descendants du banquier eurent ainsi les moyens d’entreprendre une carrière plus honorable : le service à la cour.

  • 13 Voir Nguyen, 1999.
  • 14 AN, O1 12, fol. 35v.
  • 15 AN, O1 7, fol. 136r.

6Jean-Baptiste de Sainctot, fils de Pierre de Sainctot, concrétisa son ambition en achetant la charge de maître des cérémonies en 1635. Cet office consistait à organiser les cérémonies d’État et dynastiques comme les sacres, les baptêmes, les mariages ou les funérailles royaux13. Jean-Baptiste fit également en sorte d’étendre son réseau à la cour en accumulant d’autres charges, comme celle de premier maréchal des logis de la maison du duc d’Anjou, frère du roi, qu’il obtint en 1649 en récompense de ses services comme maître des cérémonies14. En parallèle de sa vie versaillaise, il entretint ses ententes et amitiés parisiennes en fréquentant le salon de Mme de Rambouillet. Lorsqu’il mourut sans enfants le 3 août 1652, la charge fut transmise sans difficulté à son frère Nicolas, qui s’était formé à ses côtés comme aide des cérémonies15.

  • 16 Date de sa mort (Jal, 1872, p. 1100).

7Nicolas Ier de Sainctot eut la charge de maître des cérémonies jusqu’au 18 janvier 165516. Même s’il n’exerça qu’à peine trois années, au cours desquelles il s’acquitta de l’organisation du sacre de Louis XIV en 1654, il forma son fils Nicolas II de Sainctot afin de lui léguer son office, outre l’héritage de la famille (comprenant notamment les terres de Vémars et un hôtel particulier sur l’île Saint-Louis) et les relations nouées avec la robe et l’aristocratie parisiennes.

  • 17 Formel-Levavasseur, 2011, p. 15.
  • 18 Son but était de publier un recueil cérémoniel de référence comme celui des Godefroy.
  • 19 Saint-Simon, 1879-1930, t. XXIV, p. 11 ; Cosandey, 2016, p. 415.
  • 20 Newton, 2006, p. 474.
  • 21 Horowski, 2019, p. 113, note 118.

8C’est avec Nicolas II de Sainctot que le nom de la lignée fut « amalgamé au cérémonial17 ». Comme en atteste la profusion de documents conservés dans les archives, à l’image de sa longue carrière pendant laquelle il fut aide des cérémonies de 1652 à 1655, puis maître des cérémonies de 1655 à 1691 et enfin introducteur des ambassadeurs de 1691 à 1709, le courtisan était un fin connaisseur du cérémonial18. Ses compétences étaient reconnues par une grande partie de la cour. Malgré quelques erreurs qui firent grand bruit – comme le souligna à de nombreuses reprises Saint-Simon, qui lui reprochait de mal tenir ses registres et d’arranger les rangs à sa guise19 – et suscitèrent parfois la colère du roi, Nicolas II parvint à poursuivre l’ascension sociale de sa famille car il pouvait avoir directement l’oreille du monarque. Sa longue carrière fut couronnée en 1704 par l’octroi d’un logement au Grand Commun20 : habiter chez le souverain était considéré comme un symbole de réussite pour les membres de la cour. Bien intégré au système aulique, le père du chevalier de Sainctot jouissait ainsi d’un rang intermédiaire entre l’élite nobiliaire et les charges inférieures de la Maison du roi21.

  • 22 Nous reprenons Descimon, 2007, p. 414-415, qui renvoie aussi aux travaux du juriste et historien Ya (...)
  • 23 Armengol-de Laverny, 1997, p. 580, met en avant qu’une charge commensale est un puissant accélérate (...)
  • 24 Armengol-de Laverny, 1997, p. 190.

9Ces parcours individuels forgèrent une identité lignagère reposant sur deux piliers : la fortune et le service royal, qui déterminèrent plusieurs types de transmission mis en évidence par Robert Descimon22. C’est d’abord une transmission sociale et culturelle qui s’opéra. Les Sainctot appartenaient aux familles aisées de la capitale, ce qui leur a permis de vivre noblement avant même d’être anoblis en 1604. Le patrimoine et le savoir-être, acquis notamment par la fréquentation des salons des Précieuses, s’agrégèrent à la fortune, qui fut le principal moteur de l’ascension sociale puisqu’elle permettait d’acheter des charges commensales pour entrer progressivement au service du roi et de sa famille23, jusqu’à obtenir l’office de maître des cérémonies, qui n’était certes pas le plus prestigieux mais offrait une proximité rare avec le monarque. Il en allait de même avec l’office d’introducteur des ambassadeurs, qui était une source de prestige pour son détenteur, impliqué dans les affaires diplomatiques. Ce second pilier, le service royal, renvoie à un autre type de transmission familiale identifié par Robert Descimon : la transmission juridique, qui comprend des fonctions, des normes et un statut. Dès leur entrée à la cour, les Sainctot se hissèrent à un rang plus respectable car ils servaient directement le roi : s’entretenir régulièrement avec le souverain procurait en effet aux courtisans une plus grande estime dans la société d’Ancien Régime. Cette position se matérialisait grâce aux privilèges de la charge curiale comme l’exemption de la taille et le droit de committimus24. Ces transmissions familiales – à la fois sociales, culturelles et juridiques – façonnèrent l’identité des Sainctot, que le dernier d’entre eux, Nicolas-Sixte, incarna à son entrée en charge.

La formation auprès de Nicolas II de Sainctot

  • 25 Nicolas II de Sainctot n’a pu en effet obtenir une survivance de la part du roi. D’après Horowski, (...)
  • 26 Saint-Simon, 1879-1930, t. XXIV, p. 12.
  • 27 Chantilly, bibliothèque du château de Chantilly (désormais BCC), Ms. 1202, p. 36.
  • 28 BCC, Ms. 1202, p. 14.
  • 29 Ibid., p. 17-18.
  • 30 Voir Bély et Poumarède, 2010.
  • 31 BCC, Ms. 1202, p. 35-101.
  • 32 Ibid., p. 100-101. Il faut noter que Nicolas-Sixte de Sainctot reconnut son erreur et se justifia e (...)
  • 33 Ibid., p. 103-104.
  • 34 Ibid., p. 104 et 110.

10En 1709, faute de brevet de survivance25, Nicolas II de Sainctot dut démissionner au profit de son fils cadet, le chevalier de Sainctot. Selon Saint-Simon, son fils aîné, Étienne de Sainctot, sieur de Pingré, aurait « tourné au plus mal26 », c’est pourquoi il n’eut pas la faveur du père. Nicolas II céda certes sa charge d’introducteur des ambassadeurs à son fils cadet, mais il resta à ses côtés jusqu’à sa mort en 1713 pour parfaire sa formation d’officier du roi, répétant ainsi un schéma déjà mis en place par ses aïeuls. Le nouvel introducteur des ambassadeurs devait en effet s’habituer à déjouer les revendications des courtisans et ministres étrangers car la plupart d’entre eux profitaient de l’arrivée d’un officier débutant pour usurper des honneurs27. Au commencement de sa carrière, le chevalier de Sainctot pouvait compter sur son père. Cela est tout à fait patent dans le registre de 1711, contenant les nombreuses réclamations du nonce Cusani, lors de son séjour à la cour, qui se rendit auprès du père pour dénoncer les erreurs du fils. Après avoir exprimé son mécontentement au sujet de son logement à Fontainebleau28, le nonce avait réussi à obtenir une maison d’ordinaire attribuée aux ambassadeurs de Venise. Les maréchaux des logis s’opposèrent à cette concession, mais le chevalier de Sainctot finit, face à l’insistance du prélat et sur les conseils de son père, par accommoder l’affaire en faveur de Cusani29. Nicolas II de Sainctot savait qu’il ne fallait pas laisser en suspens ce type de doléance afin d’éviter un incident30. Il fut à nouveau sollicité le 24 novembre 1711 par des représentants du nonce, insatisfait du déroulement de son audience de congé31. Nicolas II de Sainctot reconnut quelques bévues de son fils, qui avait par exemple oublié de reconduire le nonce à son appartement à la sortie du carrosse32. Il fit cependant remarquer que tout ne pouvait être imputé à son successeur, comme l’absence des gardes en armes dans la cour du château, qui étaient commandés par le marquis de Sourches, grand prévôt de l’hôtel33. Le chevalier de Sainctot partit chez le nonce l’après-midi pour lui exprimer ses regrets, mais le prélat continua de protester. Nicolas II s’y rendit à son tour sans y être attendu. Nicolas-Sixte rappela toutes les maladresses commises par le nonce lors de l’audience, or ce dernier ne se remit pas en cause, et les Sainctot ne tentèrent pas davantage de le raisonner. Ils ne furent d’ailleurs pas inquiétés par la suite, car la tentative du nonce pour déstabiliser l’introducteur des ambassadeurs et s’approprier abusivement des honneurs ne reposait sur aucun fondement. Cette solidarité paternelle rendit l’entrée en charge moins âpre pour le chevalier de Sainctot, qui consolida ainsi ses capacités pour assurer l’exercice de son office : en définitive, l’audience de congé du nonce avait été conforme aux précédentes, et l’introducteur présenta ses excuses au prélat pour les deux seules plaintes recevables – ce que fit également plus tard le marquis de Sourches, qui avait oublié de prévenir ses gardes34.

  • 35 Ibid., p. 185-190.

11Un autre épisode marquant de l’année 1711 montre là encore l’aide apportée par Nicolas II de Sainctot à son fils dans les situations délicates35. L’envoyé de la république de Gênes refusa de descendre la moitié des escaliers pour aller à la rencontre de l’introducteur des ambassadeurs à l’occasion de son audience de congé. Pressentant les intentions du diplomate, Nicolas-Sixte fit à nouveau appel à son père. Ce dernier alla chercher l’envoyé qui avait pris un appartement au rez-de-chaussée de son hôtel particulier. Une fois sur place, Nicolas II de Sainctot lui dit qu’il ne descendrait pas de son carrosse pour venir le chercher. L’envoyé dut finalement monter et non plus descendre d’une marche pour rejoindre l’introducteur, ce qui sémiologiquement constituait une perte en honneurs. Sainctot père lui fit voir les conséquences de sa fatuité : désormais, les introducteurs pourraient exiger d’être accueillis par les envoyés dans la cour et à trois pas de la portière du carrosse. L’envoyé, tourné en ridicule, se garda bien d’en informer la république, ce dont il avait menacé l’introducteur des ambassadeurs le jour de l’audience.

  • 36 Cosandey, 2005, p. 32.
  • 37 Les ministres étrangers usaient souvent de leur statut de diplomate pour accéder à des honneurs qu’ (...)
  • 38 De même, les diplomates détenaient un savoir-faire pour élever leur dignité toujours plus haut face (...)
  • 39 Félicité, 2020, p. 22.

12Ces conflits de rang entre ministres étrangers et officiers étaient fréquents. Si Nicolas II de Sainctot se mettait en scène dans les registres comme quelqu’un d’avisé et de mesuré au sujet du cérémonial, les diplomates italiens remettaient souvent en cause la dignité des introducteurs des ambassadeurs. Comme l’expose Fanny Cosandey, les courtisans jouaient de différents statuts sociaux pour obtenir la place la plus honorable, autrement dit chaque individu de la cour, sujet du roi ou étranger, composait la « mathématique sociale » la plus avantageuse36. Dans cet exemple, l’envoyé de Gênes avait préféré prendre en compte le rang personnel de Sainctot, simple seigneur de Vémars, et non celui de l’office cérémoniel, pour se positionner au-dessus de lui. Mais l’introducteur avait procédé de manière inverse puisqu’un officier du roi était supérieur à un envoyé de Gênes. Cet épisode illustre le quotidien des officiers des cérémonies : il leur fallait sans cesse contrer ce type de manœuvres de la part des ministres étrangers – essayant souvent d’imposer des exigences immodérées – sans pour autant créer d’incidents au sein du « théâtre illustre qu’[est] la cour37 ». Nicolas II de Sainctot avait ainsi acquis un savoir-faire en la matière38, et son fils, à la lecture des registres, semblait apprécier son assistance. Fort de sa formation et de son héritage paternel, Nicolas-Sixte ne se soumit jamais par la suite, et recommanda souvent à ses successeurs, à travers les registres, d’user de patience pour faire face aux ambitions des étrangers. Discerner le rang des ambassadeurs se révélait effectivement complexe car, comme le souligne Indravati Félicité, « le diplomate se situe entre différents groupes et espaces, ainsi qu’à la lisière de différentes identités sociales. […] C’est dès lors la diversité des appartenances qui est la règle, si bien qu’il s’avère difficile de déterminer avec certitude la position et le rang des diplomates dans la société39 ». Malgré les difficultés énoncées ci-dessus, la succession était assurée au sein de la lignée, et Nicolas-Sixte de Sainctot avait été bien préparé pour en maintenir les ambitions.

Le service auprès du roi

  • 40 BCC, Ms. 1203, p. 120. On retrouve cette préoccupation dans l’ensemble de ses registres. Le chevali (...)

13Presque un an après la mort de son père, Nicolas-Sixte se confie dans ses registres, qui ont vocation à donner des repères sur le cérémonial, « pour la vérité et pour le soulagement de quiquonque sera son successeur40 », en tenant les propos suivants :

  • 41 Ibid., p. 120-122.

N’ayant d’ailleurs aucun goust pour l’escriture ce n’est point le mestier que je faits qui me plairoit sy il estoit a mon choix je regrette toujours mon ancien mestier qui est celuy des armes ou j’ay servy treize années et que mes parents m’ont fait quitter malgré moy ainsy qu’on excuse mon style il est d’un homme qui ne sy est jamais attaché mais seulement attaché a la vérité et qui regarde comme une chose où est l’honneur que dans un récit de faits il ne doit pas y avoir une seule parole chargée n’y déguisée par la suite la vouloir tourner à son avantage41.

  • 42 Il a été capitaine de cavalerie dans le régiment du prince de Rohan et fut fait chevalier de l’ordr (...)

14Nicolas-Sixte suivit donc une voie imposée par sa famille, alors que son père l’avait poussé dans un premier temps vers une carrière militaire42. Il abandonna ainsi l’armée afin que le précieux office, qui forgeait en grande partie l’identité de la lignée, ne soit pas perdu.

  • 43 BCC, Ms. 1205, p. 607-608.
  • 44 Nous n’écartons pas l’hypothèse qu’il existe d’autres registres, mais les inventaires de France n’e (...)

15Loin des premières fonctions de Nicolas-Sixte de Sainctot, la charge d’introducteur des ambassadeurs permettait de voir régulièrement le roi et d’obtenir plus aisément des faveurs. Pour autant, le chevalier de Sainctot ne paraissait pas y voir les mêmes avantages que ses parents. Ses registres évoquent en effet des moments de lassitude et d’ennui face aux plaintes et aux exigences des ambassadeurs, avides d’honneurs à la cour43. Cela peut en partie expliquer pourquoi l’homme de guerre qu’aurait voulu être le courtisan ne tint pas ses registres à jour44. Il n’en demeure pas moins que, pendant une quarantaine d’années, le nom des Sainctot resta ancré à la cour et associé aux cérémonies.

Sociabilité d’un introducteur des ambassadeurs

Un courtisan discret et apprécié à la cour ?

  • 45 Saint-Simon, 1879-1930, t. XXIV, p. 12.
  • 46 Sourches, 1882-1893, t. XII, p. 120.
  • 47 Luynes, 1860-1865, t. I, p. 95-96 ; t. II p. 375-380 ; t. III, p. 24 et 442-443 ; t. IV, p. 245 ; t (...)

16Le chevalier de Sainctot faisait partie de ces courtisans qu’il était commun de croiser à Versailles, notamment lorsqu’il était en exercice pendant le second semestre de l’année. Les portraits qu’en dressèrent les contemporains diffèrent fortement de ceux concernant son père. Saint-Simon souligna ainsi que Nicolas-Sixte de Sainctot « s’y est conduit bien plus sagement45 ». De même, le marquis de Sourches qualifia l’ancien capitaine de cavalerie de « très honnête garçon46 ». Le duc de Luynes décrivit le chevalier dans les mêmes termes lorsque celui-ci conduisait les ambassadeurs auprès de la reine, dont la duchesse de Luynes était dame d’honneur. L’introducteur aurait exécuté sa charge avec honneur et régularité malgré quelques difficultés47. Le fils voulait peut-être éviter d’entretenir une réputation semblable à celle de son père, souvent décrié à cause de ses erreurs et des prérogatives qu’il avait tendance à accaparer aux dépens du grand maître des cérémonies.

  • 48 Dufort de Cheverny, 1990, p. 86.
  • 49 Ibid., p. 87. Son père eut honte d’apprendre que le duc d’Orléans avait surtout retenu de son fils (...)
  • 50 Ibid.
  • 51 Ibid., p. 91. Dufort de Cheverny affirmait même que les ambassadeurs manifestaient du respect enver (...)
  • 52 Dufort de Cheverny, 1990, p. 91.

17Nicolas-Sixte de Sainctot fut aussi décrit favorablement par Dufort de Cheverny, qui lui succéda en 1752. Pour ce dernier, le chevalier de Sainctot, « ayant la croix de Saint-Louis, était un vieillard vénérable de soixante-dix ans […] ; il jouissait de beaucoup de considération et de poids. […] Riche, il ne demandait qu’à se retirer et à vivre tranquille48 ». Au contraire de son père, Nicolas-Sixte de Sainctot n’avait pas la réputation d’être dévot, mais d’avoir eu un grand succès auprès des femmes49. Malgré ce passé dissolu, Dufort de Cheverny rapporte que le « chevalier de Sainctot, sur la fin, jouissait de toute la considération qu’il méritait50 ». Lorsque le jeune introducteur fut accueilli à la cour par l’ancien officier, ce portrait du chevalier « puissant, massif et vieux51 » se confirma. Le mémorialiste avait certainement de l’admiration pour son prédécesseur, d’autant plus que le chevalier de Sainctot lui réserva une passation de charge assez exceptionnelle dans l’histoire des agents du cérémonial. L’officier inexpérimenté raconte en effet que Sainctot « l’avait déjà pris en amitié, le regardait comme son enfant, et voulait le faire accepter [auprès des diplomates] sous les meilleurs auspices52 ». Une cession de fonction sans inimitié, d’autant plus notable que le chevalier n’avait pas eu d’enfants. Malgré l’absence de liens familiaux, le dernier des Sainctot prit soin d’introduire son successeur à la cour et auprès des diplomates présents.

  • 53 Dangeau, 1854-1860, t. XVIII, p. 60-61.

18De tous ces témoignages se dégage le portrait d’un honnête homme qui remplit ses devoirs avec diligence. Ces qualités semblent avoir conquis la cour ainsi que les ministres étrangers dès que Nicolas-Sixte fut bien installé dans ses fonctions, même s’il n’y a plus aucun registre après 1716 pour le confirmer. Le chevalier de Sainctot était par ailleurs attentif à défendre les honneurs de sa charge, bien qu’il eût préféré rester dans l’armée. En 1719, il avait notamment voulu réunir les deux semestres (autrement dit exercer sa charge une année entière au lieu d’un seul semestre) en achetant celui de janvier53. Il n’y parvint pas, car l’autre candidat, Nicolas-François Raymond, réussit à rassembler les fonds nécessaires et à avoir l’appui de l’abbé Dubois, secrétaire d’État aux Affaires étrangères. Cela aurait pourtant permis au chevalier de Sainctot d’être l’unique chef du protocole diplomatique et d’avoir pour lui seul un sous-introducteur à son service, ce qui aurait accru l’honneur attribué à sa fonction. Cet échec lui aurait-il fait renoncer à acheter d’autres offices plus honorables de la Maison royale ?

  • 54 BCC, Ms. 1202, p. 253.
  • 55 BCC, Ms. 1205, p. 495.
  • 56 BCC, Ms. 1207, p. 345-346.
  • 57 BCC, Ms. 1204, p. 138-139 et BNF, Ms. fr. NAF 3130, p. 424, où l’on voit clairement le chevalier de (...)

19La longue carrière du chevalier de Sainctot est assez documentée pour analyser plus en profondeur les modes de sociabilité de l’agent des cérémonies. Les personnes qu’il côtoyait au quotidien étaient tout d’abord les autres officiers de son service. François-Raymond Merlin Du Chélas, secrétaire du roi à la conduite des ambassadeurs ou sous-introducteur, qui assistait l’introducteur et tenait aussi des registres, accompagna Nicolas-Sixte de Sainctot jusqu’en 1732. Les relations entre les deux hommes paraissaient cordiales54. Mais l’introducteur n’hésitait pas pour autant à rappeler à l’ordre son sous-introducteur lorsque celui-ci tentait d’usurper des prérogatives. Nicolas-Sixte de Sainctot note en effet dans ses registres que Merlin Du Chélas essayait souvent « d’anticiper », c’est-à-dire d’empiéter sur les honneurs de son maître. L’introducteur ne faisait néanmoins aucune remarque en pleine cérémonie, les reproches venaient plus tard, dans les coulisses, afin de ne lui causer aucun tort55. En 1712, le sous-introducteur essaya une ultime manœuvre pour gagner en honorabilité. Il avait réussi à faire changer la dénomination de son office de « secrétaire ordinaire du roi à la conduite des ambassadeurs pour servir près les introducteurs », en remplaçant près les introducteurs par avec les introducteurs : « terme fort différent pour nous et qui au lieu de spécifier la subordination marquerait de l’égalité », souligna Nicolas-Sixte de Sainctot56, qui en alerta aussitôt son confrère le baron de Breteuil, introducteur au premier semestre. Tous les deux intervinrent auprès du roi pour rétablir la qualification d’origine marquant la subordination du sous-introducteur. Ce dernier ne s’y opposa pas car il reconnut sa faute, et les introducteurs furent désormais attentifs aux actes de cet officier avide d’honneurs. Ils firent en sorte que Merlin Du Chélas restât exactement dans son rang et que les ministres étrangers le respectassent parfaitement57.

  • 58 Breteuil 1992, p. 14 et 29. Il fut lecteur du roi de 1677 à 1698.
  • 59 Paris, bibliothèque de l’Arsenal (désormais BA), Ms. 3863, p. 523-524.
  • 60 BA, Ms. 3864, p. 219 et BCC, Ms. 1205, p. 334.
  • 61 BCC, Ms. 1203, p. 264 et suiv.
  • 62 BCC, Ms. 1204, p. 56-59.
  • 63 L’organisation préalable des cérémonies est encore mal connue et fait l’objet de recherches dans le (...)
  • 64 BCC, Ms. 1204, p. 58-59. Pourtant, le baron de Breteuil s’en défendit dans ses registres et affirma (...)
  • 65 BCC, Ms. 1204, p. 252-260.

20Le baron de Breteuil et le chevalier de Sainctot, qui se connaissaient depuis plusieurs années58, conservèrent également des relations courtoises. Le premier reconnaissait au second un certain soin et un bon raisonnement en matière de cérémonial59. Lorsque l’un ne pouvait exercer sa charge, l’autre le remplaçait sans difficulté60. Le chevalier de Sainctot prit ainsi le service du baron de Breteuil à partir du 5 février 1715, car ce dernier était mobilisé par l’ambassadeur de Perse, Mehmet Riza Beğ61. Nicolas-Sixte de Sainctot reprochait en revanche à son confrère son manque d’exactitude. Il se plaignit en particulier lors de l’entrée de l’ambassadeur anglais Shrewsbury en 171362. Le baron de Breteuil lui avait demandé de le remplacer et avait assuré que tout le cérémonial avait été arrêté63. Or le chevalier de Sainctot ne cessa de relever des manquements aux usages. En réalité, rien n’avait été fixé. Un cérémonial non réglé en amont laissait en effet aux ministres étrangers une marge de manœuvre importante pour s’arroger des honneurs. Le chevalier de Sainctot s’agaça alors de ce manque d’application, au point de dire que « le milord et le baron lorsqu’ils concertèrent ensemble leur cérémonial firent comme les médecins de Molière dans leur consultation, cest a dire qu’ils s’entretinrent de toutte autre chose64 ». Cette affaire se prolongea lorsque les deux introducteurs durent faire intervenir le ministre Torcy pour décider lequel des deux pourrait recevoir le cadeau de l’ambassadeur anglais lors de son départ. Nicolas-Sixte de Sainctot, voulant être favorable au baron de Breteuil, alors que le cadeau lui revenait, découvrit la mauvaise foi de son confrère65. Mais le chevalier de Sainctot ne sembla pas lui en tenir rigueur. Comme dans la plupart des affaires d’honneur et de préséance qu’il voulait régler, il semblait soucieux de ne pas s’enfermer dans des inimitiés durables.

  • 66 Cosandey, 2016, p. 226 et 233.
  • 67 BCC, Ms. 1207, p. 22-29.
  • 68 Cosandey, 2019, § 17 ; § 6, elle rappelle que, « dès le début du xviie siècle, la monarchie se préo (...)
  • 69 Querelle rapportée par Desgranges, bibliothèque Mazarine, Ms. 2747, fol. 242r-245v.

21Les relations furent plus tendues avec le maître des cérémonies Michel Ancel Desgranges, à cause d’une affaire antérieure sur laquelle il faut revenir brièvement car elle impacta la sociabilité des Sainctot. En 1691, le marquis de Blainville, fils de Jean-Baptiste Colbert, clarifia les prérogatives de la charge de grand maître des cérémonies, car Nicolas II de Sainctot, maître des cérémonies, avait eu tendance à se les attribuer abusivement. Le roi avait tranché en faveur du marquis et poussé Sainctot à concéder sa fonction à Desgranges. Sainctot eut néanmoins l’accord royal pour acheter celle d’introducteur des ambassadeurs, ce qui ne fut finalement pas une mauvaise affaire puisque cet office était tout aussi honorable, voire plus, que celui de maître des cérémonies. Le marquis de Blainville avait aussi obligé le nouvel introducteur à lui faire voir ses registres pour les copier, c’est-à-dire à céder ce qui faisait la force des Sainctot : leur savoir cérémoniel. Cette opération, à laquelle participa aussi Desgranges, qui fut vécue comme un véritable « dépouillement66 » par les Sainctot, marqua la mémoire familiale et continua à structurer les liens tissés par Nicolas-Sixte. Du fait de ce conflit, on comprend mieux l’aversion de l’introducteur pour Desgranges, laquelle se manifesta par exemple lors de la remise du bonnet au cardinal de Rohan le 25 juillet 171267. Desgranges décida d’envoyer la relation de la cérémonie à La Gazette de France, alors que c’était le rôle du sous-introducteur. Or le texte comportait de nombreuses erreurs, et les enjeux étaient d’autant plus importants que les publications de La Gazette pouvaient faire jurisprudence au profit des ministres étrangers et engendrer des plaintes et querelles cérémonielles. C’est pourquoi l’introducteur des ambassadeurs tenait à maîtriser ce qui allait être imprimé afin que « les relations publiées […] s’appliquent à rendre compte d’un tableau cohérent où signes, symboles et ordres devaient être conjugués pour livrer au public toute la profondeur d’un message très élaboré68 ». Pour le chevalier de Sainctot, Desgranges ouvrait la porte à de nouveaux conflits qu’il aurait volontiers évités pour les cérémonies à venir. Il ne manqua pas de relever par la suite les erreurs du maître des cérémonies, et les registres de Chantilly conservent les traces de cette amertume. De même, il défendit le marquis de Magny, son nouveau confrère introducteur des ambassadeurs en 1715, contre Desgranges, lors de la visite de Pierre le Grand en France en 1717. Sainctot savait que le marquis accaparait des honneurs indûment69, mais voulait probablement mettre en difficulté Desgranges dans l’exercice de sa charge et dans la préservation de son rang. Il s’agissait de fragiliser la position de celui qui avait pris la place de son père et qui avait dérobé les manuscrits en 1691.

  • 70 BNF, Ms. Clairambault 805, fol. 391r-393v.
  • 71 Nguyen, 1999 et Cosandey, 2019, § 10.
  • 72 Cosandey, 2016, p. 226. Ce sentiment était partagé chez la plupart des officiers.
  • 73 Cosandey, 2016, p. 226, qui cite Saint-Simon.
  • 74 Les autres courtisans étaient aussi très instruits sur le cérémonial de par leur propre expérience (...)
  • 75 Cosandey, 2016, p. 226, relève que Sainctot veut une compensation de Blainville pour lui communique (...)
  • 76 Cette exhortation datait déjà du règlement du roi Henri III en 1585 sur l’organisation de la cour. (...)

22Il est intéressant de s’arrêter sur ce qui fut vécu comme un véritable « vol » par Nicolas II de Sainctot à propos de l’opération de copie de 169170. Les registres du maître des cérémonies constituaient un ensemble hérité de son oncle et de son père et furent produits dans un cadre particulier71 ; Nicolas II les considérait comme une partie de son patrimoine72. Fanny Cosandey souligne de plus que « l’autorité que lui conféraient ses livres l’autorisait, au dire de Saint-Simon, à se croire “en droit de favoriser qui il luy plaisait”, et à exercer ainsi un pouvoir que l’office seul ne suffisait pas à conférer73 ». Parce qu’il ne détenait plus le quasi-monopole du savoir cérémonial74 élaboré au cours de sa carrière de maître des cérémonies75, Nicolas II de Sainctot considéra donc qu’on lui avait dérobé ses registres en les copiant. Leur utilisation n’était pourtant pertinente que dans le cadre public du cérémonial, et la monarchie incitait ses officiers à déposer leurs archives dans les fonds royaux pour l’usage de l’État76.

  • 77 Il s’inscrit dans un contexte étudié par Lemaigre-Gaffier et Schapira, 2019, § 19, 20 et 21.
  • 78 BNF, Ms. Clairambault 805, fol. 391r-393v. Il doit notamment sa place au marquis de Seignelay.
  • 79 Cosandey, 2005, p. 171-173, étudie le cas du duc de Nevers et montre comment les érudits du cérémon (...)
  • 80 Voir Deloye et Schapira, 2019 ; Deloye, 2020 ; Deloye, 2022 ; pour l’histoire des Archives diplomat (...)
  • 81 Breteuil, 1992, p. 30 ; Évelyne Lever cite Dufort de Cheverny, 1990, p. 92.

23Ainsi, en 1691, faire copier les registres de Sainctot permettait au marquis de Blainville d’avoir accès à ces documents, de reprendre le contrôle de l’organisation des cérémonies publiques et de recouvrer l’ensemble des prérogatives de sa charge. Il s’inscrivait dans une dynamique commune à l’ensemble de l’administration royale : il avait besoin d’« administrer » le cérémonial et de disposer de la documentation nécessaire à cette fin77. Il en allait de même pour Desgranges, qui remplaça Sainctot78 : sans cette documentation nécessaire pour examiner des querelles de rang, il ne pouvait exercer sa dignité79. Mais la distinction entre archives familiales et archives d’État n’était pas si claire, fin xviie-début xviiie siècle, comme l’a montré Juliette Deloye à propos du ministère des Affaires étrangères80. Jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, les officiers des cérémonies demeurèrent en effet rétifs à se défaire de leurs registres. Par exemple, dès son entrée en charge, en 1699, le baron de Breteuil se plaignit du refus de Mme de Bonneuil de lui fournir les manuscrits de son mari, Michel Chabenat de Bonneuil, et, un demi-siècle plus tard, Dufort de Cheverny déplorait encore le comportement du marquis de Verneuil qui ne voulait pas lui montrer ses registres81.

  • 82 Félicité, 2018a, étudie les « sciences du cérémonial » (Zeremonialwissenschaften) dans le contexte (...)

24Nicolas II de Sainctot fut certes obligé de céder ses notes à Blainville pour qu’il les recopiât, et fut certes volé par un valet pour le compte de Desgranges qui les retranscrivit. Mais ces deux actes ne doivent être considérés comme un dépouillement qu’au sein de la sphère particulière des Sainctot. Le chef de famille y vit certainement une manière de l’affaiblir au sein de la cour. Pour l’État, ces registres devaient être intégrés aux archives royales afin que les officiers puissent accéder aux connaissances indispensables à l’exercice de leur charge82. Il n’en demeure pas moins que l’épisode marqua la famille Sainctot, et que Nicolas-Sixte entretint des relations assez froides avec Desgranges et la famille Colbert.

L’héritage d’un conflit : la mésentente avec Torcy

  • 83 Les introducteurs des ambassadeurs travaillaient en étroite relation avec les ministres en charge d (...)
  • 84 BCC, Ms. 1205, p. 57.

25L’inimitié entre les Sainctot et d’autres courtisans, liée à l’affaire de 1691, est surtout perceptible dans la relation entre le dernier des Sainctot et Jean-Baptiste Colbert, marquis de Torcy, secrétaire d’État des Affaires étrangères de 1696 à 171583. Comme tout introducteur des ambassadeurs, Nicolas-Sixte était en relation permanente avec le ministre, qu’il ne se priva pas de critiquer dans ses registres. Selon l’officier, Torcy cédait très facilement aux exigences des étrangers en les laissant disposer des honneurs diplomatiques alors qu’ils n’avaient pas officiellement déclaré leur qualité d’ambassadeur ou d’envoyé84. Le dénigrement du ministre culmine dans un passage relatant l’action de ce dernier envers l’ambassadeur de Perse et son secrétaire :

  • 85 Ibid., p. 93-95.

Un ministre est-il fait et payé sy cherement pour soutenir sy mal les interests et l’honneur de son maistre quoyqu’un homme fils d’un pere et neveu d’un oncle que le Roy a tiré du neant pour les combler d’honneurs et de biens, ne marquera-t-il pas plus d’attachement pour la gloire de son maistre et sera-t-il assez mou pour n’oser parler avec fermeté et dignité a un marabou tel que celuy la, et ce ministre adjoutera-t-il encore à sa mollesse de s’opposer directement a ceux qui outrés de honte de voir qu’un miserable et qu’un malheureux comme estoit ce marabou vouloit faire la loy icy a tout le monde ; […] Sy ce ministre avoit eu de la vigueur et qu’il eut une fois parlé comme il faut a ce miserable marabou qui abusoit icy avec une insolence outrée de son caractere, il auroit aisement reprimé ses extravagances85.

  • 86 Il cita le long exemple de l’envoyé de Toscane qui, en 1711, passa directement par Torcy pour avoir (...)
  • 87 BCC, Ms. 1205, p. 96-112, 228-244 et 307-349, où on peut lire le mépris dans lequel le chevalier de (...)
  • 88 Ibid., p. 98.
  • 89 Ibid., Ms. 1205, p. 157 et 214-219.
  • 90 Nicolas Du Blé, marquis d’Huxelles, maréchal de France, président du Conseil des affaires étrangère (...)
  • 91 Ibid., p. 413-421.

26Le chevalier de Sainctot méprisait la dynastie des Colbert, alors que sa propre lignée n’était pas l’égale de celle du ministre. La rivalité entre les deux familles restait aussi forte qu’en 1691. Le dernier des Sainctot appuyait ses propos en affirmant que Torcy, n’étant pas issu d’une lignée érudite en matière de cérémonial, en ignorait les coutumes. La preuve en était que, selon lui, les ministres italiens86, très au fait des codes en matière de cérémonies, savaient se plaindre auprès du ministre de Louis XIV et le persuader qu’ils étaient victimes d’abus87. Torcy s’inclinait par « faiblesse et timidité88 », deux défauts indignes d’un ministre. L’introducteur lui en voulait également de ne pas s’en remettre à lui pour régler les affaires cérémonielles. En donnant raison aux ministres étrangers et non à un officier du roi, Torcy obligeait de cette façon le chevalier à se plier à des décisions qui confortaient les diplomates dans leurs revendications de meilleurs rangs. Sainctot ajouta que, par la même occasion, Torcy trahissait le souverain, et profitait à outrance de la confiance du monarque pour nuire aux introducteurs89. On comprend alors pourquoi, lorsque le Régent remplaça le ministre par le maréchal d’Huxelles90, le chevalier de Sainctot en fut satisfait : le président du Conseil des affaires étrangères faisait preuve d’une sensibilité vis-à-vis des préséances que ne pouvait avoir un Colbert issu de la noblesse de robe et favorisé par le roi. Le maréchal d’Huxelles, appartenant à la noblesse d’épée, savait par ailleurs faire preuve de fermeté face aux ministres étrangers, et demandait l’avis du chevalier de Sainctot sur le protocole à observer91.

L’insertion au sein des réseaux de la cour

  • 92 Voir Mercklé, 2016, p. 8, qui rappelle en définissant les réseaux sociaux que leur analyse permet d (...)
  • 93 BCC, Ms. 1202, p. 110.
  • 94 Ulrich Frédéric Woldemar, comte de Lowendal (1700-1755), Dufort de Cheverny, 1990, p. 86.
  • 95 Voir ci-dessous.
  • 96 BCC, Ms. 1205, notamment p. 298 et 329.
  • 97 BCC, Ms. 1206, p. 28-38.
  • 98 Voir Dufort de Cheverny, 1990, p. 79. Le chevalier de Sainctot appelait celle-ci sa femme alors qu’ (...)
  • 99 BCC, Ms. 1207, p. 2 et 129.
  • 100 Horowski, 2019, p. 222-271.
  • 101 Mercklé, 2016, p. 42-47, qui renvoie à Bourdieu pour « avancer une définition plus précise du capit (...)

27Les fonctions, la carrière et le contexte dans lequel évolua le dernier des Sainctot le guidèrent en fin de compte pour tisser un réseau92 qui orienta en partie ses choix à la fin de sa vie. Nicolas-Sixte de Sainctot insista dans ses registres sur l’amitié qu’il entretint avec le marquis de Sourches93, à la fin du règne de Louis XIV, avec qui il travaillait dans l’organisation des cérémonies, comme nous l’avons vu pour l’affaire du nonce Cusani. Il forgea et garda aussi des liens avec des représentants de la noblesse d’épée, comme le maréchal de Lowendal94, à qui il fit certainement appel pour aider son neveu95. Le Régent lui fut la plupart du temps favorable pour les quelques questions de cérémonie qu’il eut à traiter96, ce qui renforçait sa position au sein du service du protocole et vis-à-vis des autres aristocrates, qui le contredisaient moins. Il était par ailleurs proche du marquis d’Armentières, premier gentilhomme de la Chambre du duc d’Orléans : cette alliance fut précieuse lorsqu’il dut convaincre le Régent de fixer un jour de réception hebdomadaire pour recevoir les ambassadeurs97. Au sein de la cour de Louis XV, il semble avoir eu une liaison, ou du moins un lien assez fort, avec Mme Du Parc, belle-sœur de Pierre-Charles Félix, contrôleur général de la Maison du roi98. Il faisait alors partie des amis des Félix et fréquentait leur salon au vieux Louvre. Il vendit sa charge d’introducteur au sein de ce réseau. Sainctot entretenait aussi de bonnes relations avec le cardinal de Rohan et le bailli de La Vieuville, qu’il conduisit chez la famille royale alors qu’il n’y était pas tenu99. Ces liens pouvaient toujours lui servir en cas de difficultés à la cour. Ce réseau reflétait donc le rang du chevalier : il n’appartenait pas à l’élite des officiers, mais sa proximité avec le monarque lui donnait une position particulière qui lui garantissait des liens avec des personnages puissants. À partir de ses relations avec les autres courtisans, on peut déterminer la faction avec laquelle le chevalier de Sainctot entretenait les meilleurs rapports100. L’introducteur fut ainsi dans la faveur des Orléans du temps de la Régence et il put en tirer des avantages qu’il ne retrouva plus par la suite. Durant le règne de Louis XV, il pouvait compter sur la protection des Rohan et de ce qui restait de la faction orléaniste du règne précédent. Grâce à son capital social101, Nicolas-Sixte possédait de nombreuses ressources dans toutes les sphères de la cour ainsi qu’à Paris, ce qui était indispensable pour tout courtisan voulant maintenir sa place et son influence en société.

  • 102 Chauvin, 2013, p. 132-141.
  • 103 Brouillet, 2003. Voir aussi Leferme-Falguières, 2007, qui reprend la métaphore du spectacle. Il rem (...)

28À travers l’examen de ses relations, l’exercice de sa charge et les témoignages de contemporains, on constate que le chevalier de Sainctot acquit la réputation d’un homme rigoureux. Attaché aux honneurs de son office et cherchant à être inflexible face aux ambassadeurs qui réclamaient des honneurs indûment et à un ministre qu’il jugeait incompétent et corruptible, il parvint à échapper au « transfert de réputation102 » dans le sillage de son père. Nicolas-Sixte de Sainctot ne tenta pas d’usurper des honneurs, et, en quelque sorte, il contrôla l’image qu’il voulait donner de lui, en dressant dans ses registres le portrait d’un chorégraphe103 des cérémonies animé par le souci de la vérité.

Fin de carrière, fin de vie, fin d’une ascension lignagère ?

La vente de la charge d’introducteur des ambassadeurs

  • 104 Voir Fine, 1987, p. 853‑877.
  • 105 Dufort de Cheverny, 1990, p. 78-79.
  • 106 Sur la structure des offices de la Maison du roi, voir Blanquie, 1998.
  • 107 À titre de comparaison, le baron de Breteuil acheta le premier semestre de la charge d’introducteur (...)
  • 108 Dufort de Cheverny, 1990, p. 87-88.

29Celui qui portait le nom et le prénom des officiers des cérémonies de sa lignée104 n’avait pas d’enfants. Il ne put transmettre la charge ni à sa sœur, puisqu’elle était une femme, ni à son neveu, destiné à la carrière des armes – voie dont le chevalier de Sainctot ne souhaitait pas le détourner. Les alliances de Nicolas-Sixte de Sainctot pallièrent alors l’absence de descendance. D’après son successeur105, l’introducteur cherchait à vendre sa charge et le fit savoir publiquement au roi et à la cour pendant l’été 1751106. À partir de là, les factions auliques se mobilisèrent pour acquérir un office leur permettant d’approcher le roi plusieurs fois par semaine. Le chevalier de Sainctot accordait moins d’importance au choix de son successeur qu’au profit de la vente de son office, dont le prix fut fixé à près de 300 000 livres107. Peu de courtisans pouvaient avancer une telle somme pour cette charge de rang intermédiaire. La faction des Félix, parente des Dufort de Cheverny, parvint alors à convaincre le dernier des Sainctot de vendre sa charge à leur protégé de vingt et un ans, revenu exprès de Londres. L’accord fut conclu grâce à Mme Du Parc, proche amie du chevalier, qui était en mesure de prêter l’argent nécessaire à Dufort de Cheverny. Il ne faut pas non plus négliger le rôle de M. Ménard, maître des comptes et commis de la Maison du roi, parent des Phélypeaux, et dont le fils était contrôleur de la Maison du roi avec M. Félix, qui usa de son influence pour faire accepter Dufort de Cheverny auprès du monarque108. Ce dernier entra en fonctions pour le second semestre 1752. La charge d’introducteur des ambassadeurs, patrimoine curial et symbolique qui avait fait en partie le nom des Sainctot à la cour, était cédée certes à un membre extérieur à la famille, mais elle restait au sein d’un réseau proche du chevalier de Sainctot.

La solidarité d’un frère et d’une sœur

  • 109 Il était en effet âgé de soixante-dix-huit ans en 1752 et souffrait de la goutte, qui lui paralysai (...)
  • 110 À ce jour, il n’y a aucune trace de mariage dans les archives.
  • 111 AN, MC/ET/XII/316, inventaire après décès de Nicolas II de Sainctot (31 août 1713) et Newton, 2006, (...)
  • 112 AN, MC/ET/XCVIII/506, donation entre Claude-Catherine de Sainctot et Ursule Brault, sa femme de cha (...)
  • 113 AN, MC/ET/XCVIII/508, testament de Claude-Catherine de Sainctot (19 décembre 1749).

30Nicolas-Sixte de Sainctot quitta ainsi la cour en 1752, tout en conservant ses alliances, afin de préparer sa succession, se sachant près de la mort109. À la tête d’une fortune de plusieurs centaines de milliers de livres, le chevalier paraît avoir toujours vécu en célibataire110. Ayant quitté l’hôtel particulier sur l’île Saint-Louis à Paris et son logement à Versailles111, il s’installa rue du Pot-de-Fer, paroisse Saint-Sulpice, avec sa sœur, veuve, Claude-Catherine de Sainctot112. Le frère et la sœur entretenaient une relation assez proche, comme en témoigne le testament de cette dernière113, qui explique pourquoi le chevalier de Sainctot voua la fin de sa vie à la réussite de son neveu.

  • 114 Saint-Simon, 1879-1930, t. XXIV, p. 12-18. Henri-Oswald de La Tour, cardinal d’Auvergne, était host (...)

31Claude-Catherine de Sainctot avait épousé, le 18 février 1715, Jean-Maurice de La Tour d’Auvergne et d’Apchier, appartenant à la branche des barons de Murat, issue de la maison de La Tour d’Auvergne, non reconnus par les Bouillon à cause de leur rang très inférieur et de leur pauvreté114. Cette ancienne famille appartenait à la petite noblesse d’épée qui servait dans les armées royales. Bien que le mariage fût conclu après la mort de Nicolas II de Sainctot, on peut supposer que la lignée d’agents des cérémonies ait depuis longtemps voulu sceller une alliance avec une famille issue de la vieille noblesse. Le rang et la dignité des Sainctot correspondaient à une lignée anoblie de robins dont les liens avec le parlement restaient forts, tant par Étienne de Sainctot, sieur de Pingré, que par les alliances héritées. La charge d’introducteur des ambassadeurs conférait certes une proximité avec le roi, mais elle n’ouvrait pas la voie à des unions avec les grandes familles de la cour. Il fallait donc trouver une dynastie au rang convenable et offrant une alliance honorable répondant aux objectifs d’ascension sociale des Sainctot. Les comtes de La Tour d’Apchier constituaient un bon compromis, tant par leur nom qui, malgré le reniement des Bouillon, augmentait le capital symbolique de la lignée Sainctot, que par leur rang secondaire qui rendait tout à fait acceptable une telle union. De leur côté, les Sainctot apportaient au comte une alliance solide avec un officier de la cour qui avait l’oreille du roi, et une fortune. En outre, ce mariage s’inscrivait dans la stratégie des Sainctot consistant à s’agréger à la noblesse d’épée. Nicolas-Sixte avait été poussé à entrer dans les armées royales avant d’être appelé à la charge d’introducteur. Il avait eu le temps d’y nouer des relations avec l’aristocratie militaire, ce qui put aider à la conclusion de ce mariage. Le seul fils vivant issu de cette union et héritier du lignage comtal en 1752 fut Nicolas-François-Julie, colonel du régiment de Boulonnais. Héritier des charges militaires de sa famille, il souffrait néanmoins de la relative pauvreté des comtes de La Tour d’Apchier.

  • 115 AN, MC/ET/XCVIII/511 à 525 pour tous les documents notariés cités par la suite pour la période 1749 (...)
  • 116 La date de sa mort reste inconnue, le comte est certainement décédé à la fin des années 1740.
  • 117 AN, MC/ET/XCVIII/510, inventaire après décès de Claude-Catherine de Sainctot (25 juin 1750).

32C’est pourquoi, dans les trois dernières années de sa vie, Nicolas-Sixte de Sainctot mit à profit ses ressources pour aider son neveu. Il se chargea notamment d’acquitter ses dettes, comme en témoignent la plupart des actes notariés115 conclus au cours de cette période. Nicolas-Sixte de Sainctot et sa sœur s’étaient portés solidaires pour les redevances des La Tour d’Apchier afin que Nicolas-François-Julie ne portât pas seul ce fardeau héréditaire. Le 8 août 1752, deux ans après le décès de Claude-Catherine, est signée une liquidation indiquant que le dernier des Sainctot avait réglé les créances de la famille et de son neveu à hauteur de plus de 175 000 livres. Le même acte stipulait que la moitié de la terre de Vémars était revenue au jeune comte et que le chevalier de Sainctot en avait l’autre moitié. Afin de s’acquitter envers son oncle de toutes les dépenses versées pour éponger ses dettes, le jeune officier militaire lui céda l’héritage seigneurial issu de sa mère et lui constitua une rente. L’opération fut bénéfique pour Nicolas-Sixte de Sainctot, qui put alors profiter de la totalité des revenus de la terre de Vémars jusqu’à sa mort. Cela permettait surtout de continuer à rembourser les créanciers de la famille Sainctot et des La Tour d’Apchier en garantissant les rentes constituées sur la seigneurie. À travers ces documents notariés transparaissent les puissants liens qui unissaient la sœur et le frère et, après la mort de la première, l’oncle et le neveu. Il n’était pas exceptionnel de rencontrer ce type de situation au sein de la parenté nobiliaire. En 1752, Nicolas-François-Julie était âgé de trente-deux ans. Il avait perdu son père jeune116, puis son grand frère en 1745 et sa mère en 1750117. Il se retrouvait donc seul à gérer un héritage tout en tentant de se faire une place dans la Maison militaire du roi. Le chevalier de Sainctot put représenter un père de substitution pour ce jeune héritier d’un nom sans fortune. Nicolas-Sixte de Sainctot, ayant des relations dans les armées royales, profita donc de son réseau pour aider le jeune officier à se faire une place que la mésentente avec les Bouillon pouvait mettre à mal.

  • 118 Nassiet, 1995, p. 110.

33Cette étude de cas conforte les conclusions de Michel Nassiet expliquant que, « pour les carrières au sommet de la hiérarchie des valeurs de la société d’ordres, comme l’église et l’épée, l’octroi d’une place, de protection ou de conseils émanai[t] avant tout de personnages situés à un rang social supérieur, à la fois en richesse et en dignité. L’importance de la solidarité des parents maternels nous conduit alors à poser l’hypothèse d’une supériorité, en certains cas, du grand-père ou de l’oncle maternel118 » : le chevalier de Sainctot est en effet, par sa fortune et par le rang curial qu’il occupait, d’une dignité presque supérieure à celle de son neveu, issu certes de la vieille noblesse d’épée mais sans argent ni lien solide avec la cour.

Un oncle fortuné au service de son neveu

  • 119 AN, MC/ET/XCVIII/522, testament de Mr de Sainctot (7 mai 1753)
  • 120 AN, MC/ET/XCVIII/524, inventaire après décès de Nicolas-Sixte de Sainctot (21 novembre 1753).
  • 121 AN, Y/56, fol. 369v, donation par le chevalier de Sainctot au comte de La Tour d’Auvergne de la sei (...)
  • 122 AN, MC/ET/XCVIII/524, inventaire après décès de Nicolas-Sixte de Sainctot (21 novembre 1753), et AN (...)

34Nicolas-Sixte de Sainctot désigna son neveu comme légataire universel et lui transmit tout ce qu’il possédait, de la seigneurie de Vémars à sa vaisselle d’argent, en passant par tous ses biens mobiliers et immobiliers, ainsi que les droits qu’il avait acquis119. Il est assez difficile d’évaluer l’héritage du dernier Sainctot. Son inventaire après décès donne une prisée de 32 527 livres de biens120. Un acte au Châtelet estime la terre de Vémars à 200 000 livres121. Étant donné les nombreuses dettes qu’il fallut payer, l’héritage de Nicolas-Sixte de Sainctot pourrait être compris entre 200 000 et 500 000 livres. Avant sa mort, le 16 octobre 1753, celui-ci avait engagé des hommes de confiance, M. Auvray, avocat au parlement de Paris, et M. Goislard, son parent et conseiller au parlement122, afin que personne ne nuisît au comte pour recevoir l’héritage, d’autant plus qu’il était en garnison. Peut-être le chevalier voulait-il éviter de reproduire la difficile et longue succession de son grand-oncle Jean-Baptiste de Sainctot, qui avait causé du tort à son grand-père. Quoi qu’il en fût, le dernier des Sainctot pariait sur l’avenir de cette lignée comtale et donnait les moyens à son neveu de réussir dans les armes.

  • 123 Les Scépeaux de Beaupréau sont originaires du Maine et de l’Anjou, et les branches les plus ancienn (...)

35La fortune des Sainctot servit alors à un lignage allié, celui des La Tour d’Auvergne et d’Apchier, à la faveur d’un neveu par alliance et sans charge curiale. C’est donc ici par une femme, et non par un homme, que se fit la transmission et que s’accomplirent les stratégies familiales des Sainctot. Le vieux chevalier resta certes célibataire, mais cela ne doit pas être vu, en fin de compte, comme un obstacle. Le mariage demeura au cœur de la politique d’alliance, mais, au lieu d’en être l’acteur, Nicolas-Sixte de Sainctot en fut le metteur en scène. Il se mit au service des autres membres de sa famille, usant de tous les moyens en sa possession pour conclure les noces de sa sœur et bien établir son neveu – une stratégie familiale efficace car le comte de La Tour d’Apchier épousa Élisabeth-Louise-Adélaïde de Scépeaux de Beaupréau, issue d’une vieille famille nobiliaire123. L’alliance avec la noblesse d’épée était ainsi consolidée. Les deux piliers qui faisaient l’identité des Sainctot n’existaient plus, mais leur disparition permit à l’unique héritier de deux lignages de confirmer sa carrière dans les armées, c’est-à-dire de mener une vie telle que l’aristocratie la concevait encore au milieu du xviiie siècle.

Conclusion

36Cadet d’une ancienne lignée d’officiers, Nicolas-Sixte de Sainctot était d’abord promis à une carrière militaire. Il reçut finalement une formation auprès de son père afin de servir comme introducteur des ambassadeurs. En 1713, il devint le chef d’une famille en pleine ascension sociale, qui était passée de la notabilité parisienne aux charges d’agents des cérémonies, accédant ainsi à une certaine proximité avec le roi. Il assuma ce qui faisait l’identité de son lignage et la voie qui lui était tracée. Moins ambitieux que ses ancêtres, quoiqu’il ait voulu à un moment réunir les deux charges d’introducteur, il mena une carrière honorable à Versailles. Réputé pour être un courtisan serviable et un honnête homme, il réussit à préserver ses alliances. Dévoué envers sa famille, il s’occupa de sa sœur devenue veuve, puis de son neveu. Il aida ce dernier à surmonter ses difficultés, payant la plupart des créanciers, lui donnant l’ensemble de son patrimoine, et lui faisant bénéficier de son réseau au sein de l’armée et de la cour. Il engagea donc toutes les ressources héritées de sa lignée. Finalement, l’ambition des Sainctot ne s’est-elle pas transposée chez ce neveu dont le nom était méprisé par les Bouillon et qui appartenait à l’aristocratie d’épée peu fortunée ?

  • 124 Saint-Simon 1879-1930, t. XXIV, p. 16-17.

37Avec le cas de Nicolas-Sixte de Sainctot, on peut observer un processus de transmission qui atténue l’idée de déclin dans la mesure où la charge de même que le patrimoine restent au sein d’un même réseau aux intérêts communs. Le nom de Sainctot s’éteint certes avec la mort de Nicolas-Sixte, mais, du fait du mariage de sa sœur, il contribua à la trajectoire ascensionnelle de son neveu. Celui-ci poursuivit la stratégie de mobilité sociale de ses ancêtres maternels. Il semble d’ailleurs que le chevalier de Sainctot fit le bon choix en fusionnant son nom à une dynastie comtale, puisque le neveu héritier, bien ancré au sein de la noblesse d’épée, obtint en 1772 un brevet de duc et la fonction de lieutenant général en 1780124.

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Notes

1 Dufort de Cheverny, 1990, p. 107, cité dans Hours, 2002, p. 88.

2 Pour Da Vinha, 2012, p. 276, la définition de la cour par Levron comme étant l’ensemble de la famille royale et des membres de leur maison, les grands nobles, n’est pas complète, il faut y ajouter tous les individus plus ou moins bien connus qui en font un « foyer culturel dynamique », en partie par les nombreuses charges mises en place pour servir le roi.

3 Dans cette étude, nous tentons de prendre en compte le travail des sociologues qui offrent des pistes intéressantes et des notions qui semblent pertinentes pour éclairer l’histoire de la cour. Rivière, 2004, définit la sociabilité comme « l’ensemble des relations qu’un individu entretient avec les autres et les formes de ces relations » (repris par Mercklé, 2016, p. 37). Sociabilité et réseaux sont étroitement liés puisque l’homme « sociable » est celui qui tisse du lien. L’étude des réseaux revient à comprendre « la complexité des systèmes de réseaux et les formes de ces derniers » mis en place par un individu. C’est donc par le biais de la sociabilité et des réseaux du chevalier de Sainctot que l’on peut saisir en partie sa vie au service du roi et s’interroger sur l’idée de déclin de sa lignée. Voir aussi Bluche, 2005, p. 1450-1452, et Bély, 2010, p. 1166-1168.

4 Newton, 2006, p. 363.

5 Il n’a pas en effet laissé de Mémoires offrant la vision d’un individu sur son époque, comme l’a fait son successeur Dufort de Cheverny.

6 Cet article s’inscrit dans le cadre de mes recherches de doctorat sur les officiers des cérémonies sous Louis XIV, encadrées par Lucien Bély (Sorbonne Université) et Fanny Cosandey (EHESS).

7 Voir Haddad, 2009 ; Chatelain, 2008 ; Jugie, 1990.

8 Pour plus de précisions sur la famille Sainctot, voir Puech, 2017.

9 Paris, Archives nationales (désormais AN), MC/ET/LIV/60, contrat de service entre Claude Joly, compagnon moulinier de soie, et Étienne Sainctot, marchand teinturier de soie, bourgeois de Paris (1er septembre 1564).

10 AN, MC/ET/LXXXVI/318, inventaire après décès de Pierre de Sainctot (3 juin 1639).

11 Lainé, 1818-1819, vol. 2, p. 391 ; Paris, Bibliothèque nationale de France (désormais BNF), Ms. Fr. 4139, fol. 158v.

12 AN, MC/ET/XXIII/115, obligation de Marguerite de Valois envers Pierre Sainctot (18 septembre 1607).

13 Voir Nguyen, 1999.

14 AN, O1 12, fol. 35v.

15 AN, O1 7, fol. 136r.

16 Date de sa mort (Jal, 1872, p. 1100).

17 Formel-Levavasseur, 2011, p. 15.

18 Son but était de publier un recueil cérémoniel de référence comme celui des Godefroy.

19 Saint-Simon, 1879-1930, t. XXIV, p. 11 ; Cosandey, 2016, p. 415.

20 Newton, 2006, p. 474.

21 Horowski, 2019, p. 113, note 118.

22 Nous reprenons Descimon, 2007, p. 414-415, qui renvoie aussi aux travaux du juriste et historien Yan Thomas.

23 Armengol-de Laverny, 1997, p. 580, met en avant qu’une charge commensale est un puissant accélérateur dans l’ascension sociale d’une famille. Mais la première des conditions à celle-ci est d’avoir une fortune pour l’achat de la charge. Voir aussi Da Vinha, 2018, p. 18-20.

24 Armengol-de Laverny, 1997, p. 190.

25 Nicolas II de Sainctot n’a pu en effet obtenir une survivance de la part du roi. D’après Horowski, 2019, p. 187, il semble que, vers la fin de son règne, Louis XIV fût moins ouvert à ce type de demande. Le monarque lui accorda néanmoins une lettre de vétérance qui lui assurait tous les privilèges de son ancienne charge jusqu’à sa mort afin de le remercier des services rendus depuis 1652 et d’encourager le chevalier de Sainctot à faire aussi bien que son père. Les Sainctot obtinrent aussi un brevet de retenue qui, en cas de mort prématurée de Nicolas-Sixte, obligeait le successeur à la charge d’introducteur de leur verser 120 000 livres. AN, O1 53, fol. 167 à 171 et O1 84, fol. 423-426.

26 Saint-Simon, 1879-1930, t. XXIV, p. 12.

27 Chantilly, bibliothèque du château de Chantilly (désormais BCC), Ms. 1202, p. 36.

28 BCC, Ms. 1202, p. 14.

29 Ibid., p. 17-18.

30 Voir Bély et Poumarède, 2010.

31 BCC, Ms. 1202, p. 35-101.

32 Ibid., p. 100-101. Il faut noter que Nicolas-Sixte de Sainctot reconnut son erreur et se justifia en pointant la lassitude dans laquelle il se trouvait à la fin de cette journée où le nonce n’avait cessé d’enchaîner les plaintes.

33 Ibid., p. 103-104.

34 Ibid., p. 104 et 110.

35 Ibid., p. 185-190.

36 Cosandey, 2005, p. 32.

37 Les ministres étrangers usaient souvent de leur statut de diplomate pour accéder à des honneurs qu’ils n’auraient pas eus par leur propre condition sociale. Voir Félicité, 2020, p. 14-16, qui cite Wicquefort, 1690, vol. 2, p. 3, pour la métaphore du théâtre ; et, p. 27, Indravati Félicité conclut que « le diplomate apparaît ainsi comme un personnage bien identifié car il est nécessairement revêtu d’un caractère et agit dans le cadre d’une scénographie étudiée. Néanmoins, ses fonctions l’amènent aussi à évoluer à la croisée de plusieurs mondes, et à rendre ainsi inopérants les repères scéniques qu’il a parfois lui-même installés (caractère, audience, règles de préséance) ».

38 De même, les diplomates détenaient un savoir-faire pour élever leur dignité toujours plus haut face aux officiers des cérémonies. Voir plus en détail à ce sujet Martin, 2018, p. 21-34 et Félicité, 2018b, p. 35-47. Sur la prise en compte du rang des diplomates et de leurs maîtres, voir Windler, 2010, p. 76 et 2002, p. 405-484, qui étudie cette question dans le contexte diplomatique européen avec le monde arabo-ottoman.

39 Félicité, 2020, p. 22.

40 BCC, Ms. 1203, p. 120. On retrouve cette préoccupation dans l’ensemble de ses registres. Le chevalier de Sainctot avait donc laissé quelques documents, contrairement à ce que rapporte le comte Dufort de Cheverny.

41 Ibid., p. 120-122.

42 Il a été capitaine de cavalerie dans le régiment du prince de Rohan et fut fait chevalier de l’ordre de Saint-Louis. Sourches, 1882-1893, t. XII, p. 120.

43 BCC, Ms. 1205, p. 607-608.

44 Nous n’écartons pas l’hypothèse qu’il existe d’autres registres, mais les inventaires de France n’en font pas mention.

45 Saint-Simon, 1879-1930, t. XXIV, p. 12.

46 Sourches, 1882-1893, t. XII, p. 120.

47 Luynes, 1860-1865, t. I, p. 95-96 ; t. II p. 375-380 ; t. III, p. 24 et 442-443 ; t. IV, p. 245 ; t. VII, p. 379-380.

48 Dufort de Cheverny, 1990, p. 86.

49 Ibid., p. 87. Son père eut honte d’apprendre que le duc d’Orléans avait surtout retenu de son fils son comportement libertin à l’armée.

50 Ibid.

51 Ibid., p. 91. Dufort de Cheverny affirmait même que les ambassadeurs manifestaient du respect envers le chevalier de Sainctot.

52 Dufort de Cheverny, 1990, p. 91.

53 Dangeau, 1854-1860, t. XVIII, p. 60-61.

54 BCC, Ms. 1202, p. 253.

55 BCC, Ms. 1205, p. 495.

56 BCC, Ms. 1207, p. 345-346.

57 BCC, Ms. 1204, p. 138-139 et BNF, Ms. fr. NAF 3130, p. 424, où l’on voit clairement le chevalier de Sainctot et le baron de Breteuil aider Merlin à se défendre face à l’ambassadeur d’Angleterre (27 juin 1713).

58 Breteuil 1992, p. 14 et 29. Il fut lecteur du roi de 1677 à 1698.

59 Paris, bibliothèque de l’Arsenal (désormais BA), Ms. 3863, p. 523-524.

60 BA, Ms. 3864, p. 219 et BCC, Ms. 1205, p. 334.

61 BCC, Ms. 1203, p. 264 et suiv.

62 BCC, Ms. 1204, p. 56-59.

63 L’organisation préalable des cérémonies est encore mal connue et fait l’objet de recherches dans le cadre de ma thèse. Certains travaux éclairent néanmoins quelques aspects du sujet : voir Bély, 1999, p. 396-409 ; Camus, 2013 ; Cosandey, 2016, p. 204-239 ; Nguyen, 1999 ; Vasseur, 2012.

64 BCC, Ms. 1204, p. 58-59. Pourtant, le baron de Breteuil s’en défendit dans ses registres et affirma que, s’il avait été présent, il aurait réussi à lui faire « observer tout ce qui est de la règle et de Coutume ce jour-là », mais il ne mit aucunement en doute les compétences du chevalier de Sainctot. BA, Ms. 3864, p. 209.

65 BCC, Ms. 1204, p. 252-260.

66 Cosandey, 2016, p. 226 et 233.

67 BCC, Ms. 1207, p. 22-29.

68 Cosandey, 2019, § 17 ; § 6, elle rappelle que, « dès le début du xviie siècle, la monarchie se préoccupe de maîtriser la production imprimée. Car cette “ mise en scène” du pouvoir, discours politique s’il en est, sert ensuite les juristes, les historiographes et même les historiens de nos jours à théoriser les valeurs monarchiques en insistant sur la dimension symbolique de la légitimité ».

69 Querelle rapportée par Desgranges, bibliothèque Mazarine, Ms. 2747, fol. 242r-245v.

70 BNF, Ms. Clairambault 805, fol. 391r-393v.

71 Nguyen, 1999 et Cosandey, 2019, § 10.

72 Cosandey, 2016, p. 226. Ce sentiment était partagé chez la plupart des officiers.

73 Cosandey, 2016, p. 226, qui cite Saint-Simon.

74 Les autres courtisans étaient aussi très instruits sur le cérémonial de par leur propre expérience et également par la lecture du Cérémonial de France et du Cérémonial François des Godefroy parus respectivement en 1619 et 1649.

75 Cosandey, 2016, p. 226, relève que Sainctot veut une compensation de Blainville pour lui communiquer ses archives ; dans le cas contraire, « il aurait perdu le mérite qu’il avait pu avoir de son travail » ; il reçoit alors 10 000 livres.

76 Cette exhortation datait déjà du règlement du roi Henri III en 1585 sur l’organisation de la cour. Bibliothèque de l’Institut, Ms. Godefroy 394, fol. 298r-299v : « Fera un Registre fidele non seulement de toutes les Ceremonies qui se feront, et de ce qui s’y passera, mais aussi recherchera particulierement toutes celles qui ont esté faictes par le passé, pour les inserer aux dicts Registres, afin qu’on y puisse avoir recours ainsi que besoin sera. » Dans la seconde moitié du xviie siècle, la Bibliothèque royale, sous l’impulsion du roi, collectait de plus en plus de documents issus de fonds particuliers afin de traiter des affaires publiques. Voir les travaux de Chapron, 2019, p. 137-143, et Lecarpentier-Bertrand, 2019, § 4 et 7.

77 Il s’inscrit dans un contexte étudié par Lemaigre-Gaffier et Schapira, 2019, § 19, 20 et 21.

78 BNF, Ms. Clairambault 805, fol. 391r-393v. Il doit notamment sa place au marquis de Seignelay.

79 Cosandey, 2005, p. 171-173, étudie le cas du duc de Nevers et montre comment les érudits du cérémonial cherchent dans les documents les moyens de résoudre un tel conflit.

80 Voir Deloye et Schapira, 2019 ; Deloye, 2020 ; Deloye, 2022 ; pour l’histoire des Archives diplomatiques, voir Nathan, 1998.

81 Breteuil, 1992, p. 30 ; Évelyne Lever cite Dufort de Cheverny, 1990, p. 92.

82 Félicité, 2018a, étudie les « sciences du cérémonial » (Zeremonialwissenschaften) dans le contexte du Saint-Empire romain germanique ; si la situation diffère beaucoup de celle de la France, des rapprochements peuvent néanmoins être faits.

83 Les introducteurs des ambassadeurs travaillaient en étroite relation avec les ministres en charge des Affaires étrangères et, à la fin du règne de Louis XIV, ils avaient même tendance à échanger davantage avec eux qu’avec le souverain.

84 BCC, Ms. 1205, p. 57.

85 Ibid., p. 93-95.

86 Il cita le long exemple de l’envoyé de Toscane qui, en 1711, passa directement par Torcy pour avoir son audience de congé, ce qui constituait un affront grave contre la charge du chevalier de Sainctot. Il n’hésita d’ailleurs pas à écrire au duc de Toscane, qui blâma ensuite son envoyé. BCC, Ms. 1205, p. 102-105.

87 BCC, Ms. 1205, p. 96-112, 228-244 et 307-349, où on peut lire le mépris dans lequel le chevalier de Sainctot tenait les Colbert.

88 Ibid., p. 98.

89 Ibid., Ms. 1205, p. 157 et 214-219.

90 Nicolas Du Blé, marquis d’Huxelles, maréchal de France, président du Conseil des affaires étrangères de 1715 à 1718.

91 Ibid., p. 413-421.

92 Voir Mercklé, 2016, p. 8, qui rappelle en définissant les réseaux sociaux que leur analyse permet de comprendre l’influence que les relations entre individus peuvent avoir sur les comportements des personnes et inversement, ce qui semble applicable à la société de cour.

93 BCC, Ms. 1202, p. 110.

94 Ulrich Frédéric Woldemar, comte de Lowendal (1700-1755), Dufort de Cheverny, 1990, p. 86.

95 Voir ci-dessous.

96 BCC, Ms. 1205, notamment p. 298 et 329.

97 BCC, Ms. 1206, p. 28-38.

98 Voir Dufort de Cheverny, 1990, p. 79. Le chevalier de Sainctot appelait celle-ci sa femme alors qu’ils ne semblent pas avoir été mariés.

99 BCC, Ms. 1207, p. 2 et 129.

100 Horowski, 2019, p. 222-271.

101 Mercklé, 2016, p. 42-47, qui renvoie à Bourdieu pour « avancer une définition plus précise du capital social, qui apparaît comme constitué du réseau des relations sociales d’un individu et des volumes des différentes sortes de capital détenus par les agents qu’il peut ainsi atteindre et mobiliser pour son propre intérêt ».

102 Chauvin, 2013, p. 132-141.

103 Brouillet, 2003. Voir aussi Leferme-Falguières, 2007, qui reprend la métaphore du spectacle. Il remplit simplement sa fonction : « L’introducteur ne crée pas, il exécute une partition à l’aide des esquisses précises de son maître, et ne peut se permettre l’affront d’y ajouter une modification » (p. 292). Les contemporains du chevalier de Sainctot vont aussi dans le même sens. Il faut certes rester prudent, mais, en comparaison avec son père, Nicolas-Sixte de Sainctot ne semble pas avoir commis d’impairs dans l’organisation des cérémonies dont il avait la charge.

104 Voir Fine, 1987, p. 853‑877.

105 Dufort de Cheverny, 1990, p. 78-79.

106 Sur la structure des offices de la Maison du roi, voir Blanquie, 1998.

107 À titre de comparaison, le baron de Breteuil acheta le premier semestre de la charge d’introducteur en 1698 à Michel Chabenat de Bonneuil pour 120 000 livres, alors que Nicolas II de Sainctot lui avait acheté la même charge pour le second semestre 1691 pour 240 000 ou 246 000 livres. En septembre 1715, le baron de Breteuil céda sa charge à Nicolas Foucault, marquis de Magny, pour 250 000 livres. Desgranges acheta la charge de maître des cérémonies à Sainctot en 1691 pour 120 000 livres et son fils obtint plusieurs brevets d’assurance fixant la charge à 130 000 livres en 1734. Breteuil, 1992, p. 29 et 38 ; Dangeau, 1854-1860, t. III, p. 423 et t. VI, p. 464 ; AN, O1 78, fol. 80.

108 Dufort de Cheverny, 1990, p. 87-88.

109 Il était en effet âgé de soixante-dix-huit ans en 1752 et souffrait de la goutte, qui lui paralysait la main droite et l’empêchait de signer les actes notariés (AN, MC/ET/XCVIII).

110 À ce jour, il n’y a aucune trace de mariage dans les archives.

111 AN, MC/ET/XII/316, inventaire après décès de Nicolas II de Sainctot (31 août 1713) et Newton, 2006, p. 474-475.

112 AN, MC/ET/XCVIII/506, donation entre Claude-Catherine de Sainctot et Ursule Brault, sa femme de chambre (3 mai 1749) ; constitution d’une rente entre Claude-Catherine de Sainctot et Ursule Brault, femme de chambre (3 mai 1749) ; et AN, MC/ET/XCVIII/509, donation de Claude-Catherine de Sainctot à Ursule Brault (9 septembre 1749).

113 AN, MC/ET/XCVIII/508, testament de Claude-Catherine de Sainctot (19 décembre 1749).

114 Saint-Simon, 1879-1930, t. XXIV, p. 12-18. Henri-Oswald de La Tour, cardinal d’Auvergne, était hostile à ces La Tour d’Auvergne, de la branche de Murat, qui voulaient voir leurs droits nobiliaires reconnus, ce qui créa des tensions avec Charles-Godefroy de La Tour d’Auvergne, duc de Bouillon, plus enclin à la reconnaissance de cette branche cousine, selon Luynes, 1860-1865, t. IV, p. 450-451.

115 AN, MC/ET/XCVIII/511 à 525 pour tous les documents notariés cités par la suite pour la période 1749-1753 (cautionnements, obligations, quittances, dépôts, décharges, procurations, baux), dont AN, MC/ET/XCVIII/519, liquidation entre M. de Sainctot et M. le comte de La Tour d’Auvergne (8 août 1752).

116 La date de sa mort reste inconnue, le comte est certainement décédé à la fin des années 1740.

117 AN, MC/ET/XCVIII/510, inventaire après décès de Claude-Catherine de Sainctot (25 juin 1750).

118 Nassiet, 1995, p. 110.

119 AN, MC/ET/XCVIII/522, testament de Mr de Sainctot (7 mai 1753)

120 AN, MC/ET/XCVIII/524, inventaire après décès de Nicolas-Sixte de Sainctot (21 novembre 1753).

121 AN, Y/56, fol. 369v, donation par le chevalier de Sainctot au comte de La Tour d’Auvergne de la seigneurie de Vémars.

122 AN, MC/ET/XCVIII/524, inventaire après décès de Nicolas-Sixte de Sainctot (21 novembre 1753), et AN, Y//56, fol. 369v, donation par le chevalier de Sainctot au comte de La Tour d’Auvergne de la seigneurie de Vémars.

123 Les Scépeaux de Beaupréau sont originaires du Maine et de l’Anjou, et les branches les plus anciennes remonteraient au xiiie siècle. Cette famille aux nombreuses ramifications compte notamment des serviteurs du roi comme François de Scépeaux, chambellan de Charles VIII, et un autre François de Scépeaux, dit le maréchal de la Vieilleville, diplomate et militaire sous Henri II. Le petit-neveu de Nicolas-Sixte de Sainctot, Godefroy-Maurice, était nommé prince de La Tour d’Auvergne. Balteau, Lobies et Prévost, 2001, t. XIX, p. 1244, et Angot et Gaugain, 1977, vol. 3, p. 699-700.

124 Saint-Simon 1879-1930, t. XXIV, p. 16-17.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Gauthier Puech, « Le dernier des Sainctot : épilogue d’une ascension sociale »Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles [En ligne], Articles et études, mis en ligne le 23 juin 2023, consulté le 15 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/crcv/27641 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/crcv.27641

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Auteur

Gauthier Puech

Doctorant à Sorbonne Université (Centre Roland-Mousnier)/EHESS (CRH). Après une classe préparatoire à l’École des chartes et un master à Sorbonne Université, Gauthier Puech a passé les concours de l’enseignement du second degré et est à présent en contrat doctoral. Ses recherches portent sur les officiers des cérémonies, principalement sous le règne de Louis XIV, et s’inscrivent dans une perspective d’histoire sociale, d’histoire de la parenté et de la famille et aussi d’histoire de la cour et du cérémonial qu’il envisage également dans une approche sémiologique. Un premier article sur les Sainctot, « Une vie pour le cérémonial : Nicolas II de Sainctot, maître des cérémonies et introducteur des ambassadeurs de Louis XIV » (Revue d’histoire diplomatique, 2017, vol. 131, no 3), avait déjà permis d’aborder des points importants sur ces officiers.
Doctoral student at Sorbonne Université (Centre Roland-Mousnier)/EHESS (CRH). After doing a preparatory class at the École des Chartes and a master’s at Sorbonne Université, Gauthier Puech took the competitive exam for secondary school teaching and has a doctoral contract. His research is focused on ceremonial officers, principally during the reign of Louis XIV, examined in the context of social history, the history of kinship and family, and also the history of the court and ceremony, which he also looks at from a semiological perspective. A first article on the Sainctots, “Une vie pour le cérémonial : Nicolas II de Sainctot, maître des cérémonies et introducteur des ambassadeurs de Louis XIV” (Revue d’histoire diplomatique, 2017, vol. 131, no 3), provided an opportunity to tackle important points about these officers.
gauthier.puech[at]sorbonne-universite.fr

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