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Parcours : des impressions aux réalisations

Entre fascination et désillusion : attitudes des nobles hongrois devant la cour de Versailles à l’époque des Lumières

Between Fascination and Disillusion: Attitudes of Hungarian Nobles before the Court of Versailles during the Age of Enlightenment
Ferenc Tóth

Résumés

Au début du xviiie siècle, quelques membres de la haute noblesse hongroise se réfugièrent en France après l’échec des luttes d’indépendance et certains furent bien accueillis à la cour de Versailles. Le prince François II Rákóczi fut certainement le plus éminent d’entre eux. Ses témoignages (surtout dans sa Confession d’un pêcheur) ou ceux de son entourage (comme le Journal d’Ádám Szathmári Király) nous montrent un émerveillement devant un centre de pouvoir dont ils espéraient un concours pour leurs projets. Le château de Versailles attirait de nombreux voyageurs de la haute noblesse hongroise qui le visitèrent avec curiosité. Le cas de Joseph Teleki illustre bien la découverte d’un monde différent à travers les yeux d’un noble protestant hongrois. Il nous a laissé un récit de voyage très captivant qui traduit à la fois l’émerveillement et la désillusion. De retour dans leur pays natal, ces aristocrates s’inspirèrent des modèles français lors de l’édification de leurs résidences. L’exemple le plus connu fut le château d’Eszterháza, surnommé par les historiens le « Versailles hongrois », qui fut célèbre pour ses constructions prestigieuses et ses fêtes splendides.

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Texte intégral

  • 1 Sur l’histoire de ces alliances de revers formelles ou informelles contre la maison de Habsbourg, v (...)
  • 2 Voir sur ce sujet : Bély 1992, p. 398-399 ; Köpeczi 1991 ; Tóth 2000.

1Les premières relations entre la cour de Versailles et les élites hongroises remontent à l’époque des guerres turques du xviie siècle, dans lesquelles de nombreux Français de la noblesse s’engagèrent de leur plein gré, parfois même contre la volonté de Louis XIV, soit à titre individuel, soit dans le cadre d’une armée de secours, comme pendant la campagne de 1664. Les liens franco-hongrois s’intensifièrent avec les guerres de la Ligue d’Augsbourg et de Succession d’Espagne, durant lesquelles le Roi-Soleil entretenait une coopération diplomatique et militaire avec les mouvements d’indépendance hongrois du comte Émeric (Imre) Thököly et du prince François II Rákóczi1. Il en résulta qu’une partie des membres de la haute noblesse se réfugia en France après l’échec des luttes pour l’indépendance hongroise ; certains d’entre eux furent présentés et accueillis à la cour de Versailles2. L’émigration politique hongroise espérait des secours du royaume de France jusqu’au renversement des alliances (1756) ; ensuite, ses descendants entretinrent des liens amicaux avec les familles aristocratiques françaises.

  • 3 Cité par Babeau 1928, p. 183.
  • 4 Voir sur l’historiographie du rayonnement de Versailles : Leroux 2020.

2Un autre point de contact résidait dans les voyages d’études, les pérégrinations, les Grands Tours des jeunes aristocrates hongrois qui parcouraient les pays occidentaux pour compléter leur formation intellectuelle ou aulique. Outre l’Italie, l’Allemagne et les Pays-Bas, ils prirent l’habitude de visiter les villes françaises, en particulier Versailles pour se familiariser avec la société de la cour. L’objectif principal de ces jeunes nobles d’Europe centrale restait néanmoins la ville de Paris, métropole incontournable à propos de laquelle le comte de Hartig, aristocrate autrichien, écrivait que ses compatriotes « regardent cette grande ville avec admiration et respect, qu’ils adoptent ses mœurs comme des lois, ses vices comme des leçons de bienséance et sa langue comme la science la plus essentielle pour distinguer l’homme de la brute3 ». Je souhaiterais présenter, à travers quelques cas d’étude, le rayonnement de la cour de Versailles en Hongrie et son influence sur les aristocrates hongrois qui cherchèrent des modèles en France dans cette période de grands changements dans l’histoire de leur pays4.

Le journal d’Ádám Szathmári Király à la fin du règne de Louis XIV

  • 5 Miskolc, Archives nationales hongroises, archives départementales de Borsod-Abaúj-Zemplén, famille (...)

3Ádám Szathmári Király (1692-1752), descendant d’une vieille famille noble protestante du comitat de Borsod, accompagna en tant que gentilhomme servant le prince François II Rákóczi en Pologne puis en France après l’échec de la guerre d’indépendance hongroise. Sa principale tâche consistait en un travail de chroniqueur et rédacteur du journal relatant les principaux événements du séjour des réfugiés hongrois en France. Pour le jeune noble hongrois, ce fut une excellente opportunité de voyage d’études à l’occasion duquel il découvrit la capitale française et le château de Versailles où il se rendit ensuite régulièrement. Il resta au service du prince jusqu’au mois de janvier 1717, alors que Rákóczi s’était déjà retiré au monastère des Camaldules à Grosbois. À cette époque, son père, Nicolas Szathmári, l’un des signataires du traité de paix de Szatmár (1711), lui avait obtenu la grâce de rentrer chez lui. Il quitta alors le prince Rákóczi, partit pour Vienne et finalement retourna en Hongrie. Entre 1724 et 1732, il fut administrateur dans le comitat de Borsod en Haute-Hongrie5. Son périple commença donc comme un exil et se transforma peu à peu en un voyage d’études en France.

  • 6 Budapest, Bibliothèque nationale Széchényi, série MS Oct. Hung. 494 / I-III et copie du xixe siècle (...)
  • 7 Voir à ce sujet : Kis 2012.
  • 8 La princesse Charlotte Amélie Hesse-Rheinfels zu Wanfried (1679-1722), dont le beau-frère était nev (...)
  • 9 Je suis très reconnaissant à mon collègue, Domokos Dániel Kis, bibliothécaire de la Bibliothèque na (...)

4Szathmári Király avait tenu entre 1711 et 1717 un journal officiel régulier, relatant avec une grande précision sa vie quotidienne. Le manuscrit est intégralement conservé au département des Manuscrits de la Bibliothèque nationale Széchényi6. D’après les recherches récentes de Domokos Dániel Kis, une partie de ce journal a pu être dictée par le prince Rákóczi, qui donnait des éléments très précis sur les titres et les fonctions des personnages de la cour dans son propre journal intime, la Confession d’un pécheur. Le manuscrit et le style d’écriture d’Ádám Szathmári Király sont à bien des égards comparables à ceux du marquis de Dangeau, qui relata les détails de la vie quotidienne du roi de France entre 1684 et 17207. Cette ressemblance peut aussi être due aux bonnes relations entretenues entre le marquis de Dangeau et la femme du prince Rákóczi8. Contrairement aux écrits personnels émanant d’autres visiteurs de la cour de Versailles, le journal de Szathmári Király rapporte surtout des événements journaliers et des activités sans trop de commentaires. Toutefois, grâce à cette source, nous pouvons suivre le programme du prince et de son entourage à Versailles, connaître les différents bâtiments et curiosités qu’ils virent, et savoir à quels moments ils chassaient ou dînaient avec le roi9.

5Dans ce texte laconique, la cour de Versailles apparaît à la fois comme un espoir et une opportunité pour les jeunes Hongrois qui suivaient leur maître en France. Y transparaît d’abord le désir de s’installer à proximité de la cour, comme Szathmári Király le souligne dans sa note du 9 mars 1713. Le journal raconte ensuite toutes les visites versaillaises qui se déroulèrent dans les semaines suivantes et qui impressionnèrent les visiteurs hongrois. Ils apprécièrent en particulier le système hydraulique des fontaines et jets d’eau du parc, la Grande Écurie ainsi que la chapelle royale. Rien n’échappait à la plume du chroniqueur, visiblement fasciné par le château et ses dépendances aussi bien que par les jardins et curiosités des environs ; sans pour autant exprimer son opinion personnelle, il ne manquait pas d’en faire l’énumération. Ces jeunes nobles pouvaient ainsi admirer les différentes collections artistiques et scientifiques ou accéder aux parties souterraines des canalisations pour comprendre le fonctionnement des fontaines. Ils assistaient aux repas, aux réceptions et aux revues militaires.

  • 10 Köpeczi 1991, p. 209.
  • 11 Szathmári Király 1866, p. 284-285.

6Szathmári Király raconte aussi tous leurs déplacements entre Paris, Versailles ou Marly, lesquels variaient en fonction des activités royales. Les descriptions des fêtes et des bals sont courtes, mais impressionnantes. Par exemple, l’auteur note que son maître participe à tous les bals masqués de la cour en janvier 1714. Il évoque le coût exagéré et le faste de ces divertissements qui contrastent avec la pauvreté des émigrés hongrois appartenant à l’entourage du prince. Le 31 janvier en décrivant le déguisement de Rákóczi, Szathmári Király souligne qu’il portait un costume ottoman richement décoré tandis que lui-même était simplement vêtu en pasteur champêtre10. Le chroniqueur faisait preuve d’une fascination empreinte de réserve et représentait la réalité versaillaise du point de vue d’un jeune noble protestant. Sa religion jouait en effet un rôle considérable dans ses appréciations, reflétant sa pudeur, voire sa réprobation, lorsqu’il évoquait la vie luxurieuse de la cour de France. Sa critique se manifeste dans un style paradoxal qui met en opposition l’énumération des fêtes, les festins, les maîtresses royales, les chasses de la cour avec la vie difficile des réfugiés. Malgré son style lapidaire il ne s’empêche pas de faire des sorties ironiques contre les « papistes ». Par exemple, en septembre 1713, il décrit longuement dans son journal l’histoire d’un abbé qui avait une liaison avec la femme d’un peintre qui se vengea en le peignant en vert11.

7Szathmári Király énumérait également les personnages remarquables de la cour, qu’il surnommait volontiers en hongrois, par une transcription phonétique de leurs noms, et qu’il distinguait toujours par leurs rangs auliques. Les noms employés dans son récit ne reflètent pas précisément l’ordre hiérarchique de la cour de France puisque l’auteur emploie des titres équivalents hongrois ou transylvains. Comme au début de son séjour il ne maîtrisait pas les titres français, ses descriptions comportent quelques confusions, notamment dans l’emploi des qualifications de « prince » et « duc », identiques en hongrois. Il relève en particulier l’importance des principaux médiateurs du prince Rákóczi, comme le marquis de Dangeau, son lointain parent, ou encore le marquis de Torcy, secrétaire d’État des Affaires étrangères, avec lequel il a entretenu une longue correspondance diplomatique durant la guerre d’indépendance (1703-1711).

  • 12 Dangeau, 1854-1860. Cf. Kis 2012.

8Après ce bref survol du journal d’Ádám Szathmári Király, nous pouvons constater un double phénomène. Malgré l’admiration et la fascination devant les merveilles de Versailles, pointent dans ses descriptions des signes évidents du désenchantement, et peut-être de la déception, dû à la politique française menée après le traité d’Utrecht qui conduisit ce jeune noble à quitter la France et le prince Rákóczi. Son journal apparaît comme une source d’une importance exceptionnelle pour renseigner son séjour en France, et en particulier ses passages à Versailles. Il est en même temps d’une aide précieuse pour compléter les informations données par d’autres sources, notamment le Journal du marquis de Dangeau12.

Voyageurs hongrois à Versailles à la fin de l’Ancien Régime

  • 13 Tolnai 1987.
  • 14 Sur la coopération entre les nobles hongrois et polonais émigrés en France, voir : Tóth 2006 et Tót (...)
  • 15 Il fit encore deux autres voyages, d’abord dans le nord de l’Italie en 1769, puis en 1792 à Francfo (...)

9Hormis les motifs politiques, c’est aussi la soif de savoir qui attira en France de nombreux jeunes nobles soucieux de connaître Paris et le centre de la puissance royale, Versailles. Parmi ces curieux venus de Hongrie à l’époque, l’exemple du comte Joseph Teleki de Szék (1738-1796) mérite à bien des égards notre attention. Issu d’une famille noble protestante de Transylvanie, arrière-petit-fils du général Michel Teleki, il reçut une éducation soignée dans son pays natal, dispensée par des précepteurs bien choisis. Toutefois, sa véritable formation fut assurée par ses voyages d’études en Europe, dont le premier dura deux ans (1759-1761) et fit l’objet d’un journal détaillé publié au xxe siècle, en français et en hongrois, par les soins de Gabriel Tolnai13. Ce premier Grand Tour de Teleki commença en Suisse où il poursuivit ses études, à Bâle, pendant neuf mois. Ensuite, il partit pour la Hollande d’où il se rendit en France. Son séjour de cinq mois à Paris lui donna l’occasion de visiter le château de Versailles et fut probablement l’apogée de son parcours. En retournant dans sa patrie, Teleki s’arrêta encore à la cour de Stanislas Leszczyński en Lorraine où il rencontra son compatriote émigré, le comte Ladislas Berchény14. Il termina son voyage d’études à Vienne où il noua des relations avec les plus grands personnages de la cour de Marie-Thérèse d’Autriche, comme le baron Van Swieten et le comte de Zinzendorff, conseillers privés de l’impératrice15. Son journal nous permet de restituer les détails de son voyage, et en particulier de sa visite au château de Versailles.

10Le séjour en France du comte Joseph Teleki se concentra sur l’Île-de-France, en particulier sur Paris et ses environs. Il atteignit la capitale le 5 novembre 1760 et y resta cinq mois au total. Il y observa surtout la vie des élites dont il fit souvent des commentaires critiques. Il prépara ses visites d’une manière méthodique, en s’intéressant aussi bien aux lieux et aux monuments qu’à la société.

11Joseph Teleki regardait l’aristocratie aulique française en noble étranger, conservateur et protestant puritain habitué à critiquer souvent le luxe et l’avilissement de la cour de France. Ses remarques tranchantes sur la nature générale des Français s’appuient sur ses expériences vécues parmi l’élite de la société. Il était souvent accompagné du comte de Starhemberg qui l’introduisit auprès des aristocrates parisiens et de Louis XV à Versailles. Sa présentation eut lieu le mardi 18 novembre 1760, au lever du roi. Il relata ainsi la cérémonie :

  • 16 Teleki de Szék 1943, p. 57-58.

Parti de Paris à 8 heures, je suis arrivé à 10 heures à Versailles. Je me suis immédiatement rendu dans l’antichambre du duc de Choiseul, où, comme c’était mardi, tous les ambassadeurs étrangers étaient réunis. Celui qui a affaire avec le duc de Choiseul entre chez lui pour lui parler. Ceci fait, nous allâmes dans l’antichambre du Roi où nous fûmes appelés après une longue attente. Ayant traversé quelques maisons, les ambassadeurs entrèrent. Bientôt, moi et un chevalier danois, Blum (présenté aussi par son ambassadeur au Roi), nous fûmes appelés. C’est à cette heure que le Roi a coutume de s’habiller et il était encore tout ébouriffé. Je ne sais d’où vient la coutume de faire venir le monde pour admirer le lever du Roi16.

  • 17 Ibid. p. 83.

12Dans un autre extrait, le comte Teleki désacralise plus encore cette cérémonie du lever : « Avant la messe, selon la coutume, je suis allé chez le Roi avec les Ambassadeurs. Il était en train de s’habiller. Il changeait de chemise et, ne pouvant faire autrement, il nous montrait toute sa nudité17. » Teleki donne une courte description de Louis XV dans laquelle, à la manière de Saint-Simon, il égratigne l’image du souverain français en l’épinglant de ses remarques sarcastiques. Visiblement, il ne fut pas très impressionné par sa personnalité :

  • 18 Ibid. p. 58.

Le Roi a une taille normale ; il est plutôt gros que maigre, ses yeux sont châtains, peut-être bruns. […] Quant à ses qualités intellectuelles, tout le monde sait qu’il n’est pas une grande lumière. Il n’est pas fou, c’est plutôt un esprit faible. Au reste, c’est un Roi d’un naturel bon, calme, charitable et généreux, mais trop adonné aux plaisirs sensuels18.

  • 19 Voir par exemple ibid., p. 82.

13Après cette présentation, le comte de Starhemberg conduisit Teleki chez la reine, qui devait connaître sa famille, puis chez les autres membres de la dynastie royale : le dauphin, la dauphine, le duc de Bourgogne et enfin le petit duc de Berry, le futur Louis XVI. Présenté et initié aux usages de la cour de Versailles, le comte retourna à plusieurs reprises au château où il pouvait assister aux cérémonies lors de la réception des ministres et ambassadeurs19. Le mardi, ses visites se terminaient par des déjeuners chez le duc de Choiseul, personnage-clef de l’alliance austro-française, auxquels participaient aussi d’autres hommes d’État, diplomates et célébrités étrangères – autant d’occasions de perfectionner ses connaissances politiques.

  • 20 Idem. p. 83.

14Très conservateur, le comte hongrois jugeait sévèrement les coutumes de la cour de France qui choquaient ses sentiments moraux. Son aversion fut à son comble lorsqu’il rencontra Mme de Pompadour. Il s’arrête ainsi longuement sur celle qu’il qualifie comme la « maîtresse » du roi de France. Relevant sa « basse extraction » et sa beauté qu’il nuance néanmoins, il est surtout surpris par le maintien de sa position privilégiée en dépit d’une « certaine maladie qui empêche le Roi de coucher avec elle ». Il dénonce son rôle de maquerelle, qui « pourvoit à son ancienne charge auprès du Roi en lui procurant presque chaque mois une nouvelle compagne », mais aussi la haine qu’elle suscite : « autant le Roi l’aime, autant le peuple de France la déteste » – achevant sa description en écrivant que « c’est assez parlé d’une putain », sans pour autant mentionner son ingérence politique20.

15Ses observations des élites nourrirent ses idées reçues, reflet de celles qui dominaient alors dans l’imaginaire collectif des Hongrois sur la cour versaillaise. Pour en donner un exemple, dans son Éloge de Marie-Thérèse, le comte Teleki comparait la cour de Vienne à celle de Versailles :

  • 21 Joseph Teleki de Szék, Éloge de Marie Thérèse, manuscrit, archives de l’Académie hongroise des scie (...)

Un favori ou bien une maîtresse, qui n’a pour mérite que celui d’avoir des beaux yeux noirs, gouverne des pays entier[s] despotiquement à son gré. Chez elle [chez Marie-Thérèse], les courtisans se contiennent dans leurs justes bornes, et elle n’a point de favori, ou bien elle en a une quantité immense : chaque bon sujet qui s’acquitte de son devoir est son favori et le plus grossier laboureur est son mignon21.

  • 22 Émeric Daniel de Vargyas (1743- ?), noble transylvain, membre de la garde du corps hongroise au ser (...)
  • 23 Je tiens à remercier M. Attila Molnár qui m’a prêté la copie typographiée de cette source (Journal (...)
  • 24 Ce mariage fut célébré le 14 mai 1771.
  • 25 Journal d’Émeric Daniel de Vargyas en 1771, p. 26-27. Information très aimablement fournie par M. A (...)

16D’autres membres de la haute noblesse hongroise curieux de découvrir Versailles nous en laissèrent un témoignage dans leurs journaux de voyage. Une telle source est conservée dans les archives de Székesfehérvár : elle contient les notes de voyage d’un garde du corps, Émeric Daniel de Vargyas22, qui se rendit en France en 177123. Pendant son bref séjour parisien, il fit deux visites à Versailles où il admira le roi et le dauphin. Grâce à l’intercession d’un homologue français, un garde du corps de Louis XV, il entra même dans la chapelle royale pour assister au mariage du comte de Provence avec la fille du roi de Sardaigne24. Les festivités, surtout les feux d’artifice et les jeux d’eau du jardin, émerveillèrent le jeune noble transylvain qui compara volontiers la cour de France à celle d’Autriche. Toutefois, il trouva le souper à Versailles plus bruyant que ceux de la cour de Vienne et fut très impressionné par les animaux de la ménagerie, sans équivalent à Schönbrunn. Comme le comte Teleki, il fut aussi frappé par les mœurs de la cour française. Son récit de voyage cache à peine son étonnement devant la pompe entourant la maîtresse royale, Mme Du Barry, dont il n’oublia pas de mentionner les origines modestes qui scandalisèrent d’ailleurs non seulement les étrangers, mais également toute la cour de France25.

  • 26 Szakály 2003, p. 66-67.

17Notons un dernier exemple, celui du baron Nicolas Vay qui fit son voyage d’études en France en 1785 et 1786. Après avoir vu les principaux monuments de Paris, il visita le château de Versailles en compagnie d’un architecte militaire qui lui expliqua les principes de construction des bâtiments et leur fonctionnement. Le baron Vay exprima son admiration pour le château royal et le parc de Versailles, même s’il fut surpris des similitudes de la ménagerie avec celle du château de Schönbrunn, près de Vienne. Il apprécia particulièrement le Grand Trianon dont il trouva les dimensions idéales à son goût. Si l’on en croit son journal de voyage, il participa à un bal au château, assista à un repas du roi et rencontra des personnalités de la cour, mais il ne laissa pas de témoignage sur la société elle-même26. Il était de ces nobles hongrois qui s’intéressaient surtout à l’architecture du château et qui s’en inspirèrent pour leurs propres constructions, dans leur pays natal.

L’aristocratie hongroise et les modèles français

  • 27 Benda 1971, p. 20.
  • 28 Voir sur ce sujet en général : Bély 1999 et Roche 2003.
  • 29 Oross 2019, p. 186-189.

18Dans la Hongrie de l’époque des Lumières, l’aristocratie comptait environ deux cents familles dont la promotion remontait en général aux xvie et xviie siècles. Ces effectifs furent augmentés grâce à la politique de la cour de Vienne qui favorisait la naturalisation (indigénat) de lignages étrangers liés à la maison de Habsbourg, installés en Hongrie pour au moins quelques générations27. La période qui suivit la reconquête du royaume de Hongrie sur les Ottomans fut caractérisée par un développement économique, social et culturel dont l’aristocratie profita pleinement pour, notamment, faire construire de nouvelles résidences à l’image de celle du Roi-Soleil. Le modèle versaillais trouva à s’exporter par différents biais. Certains trouvèrent refuge chez le roi de France, comme le prince Rákóczi et ses compagnons d’armes, d’autres y arrivèrent lors d’une étape de leur Grand Tour, d’autres enfin y furent envoyés comme diplomates ou conseillers. Ces chemins plus ou moins classiques favorisèrent les échanges d’idées, de modes et de modèles28. Hormis ces personnages qui représentaient la noblesse dite « nationale », nous trouvons aussi des aristocrates nouvellement naturalisés, qui s’inspiraient de la cour de France depuis leur jeunesse. Le plus connu de ces grands seigneurs européens ayant acquis l’indigénat hongrois était sans doute le prince Eugène de Savoie-Carignan, qui fut célèbre pour ses splendides résidences et ses collections artistiques. Il disposait également de belles demeures viennoises – le château du Belvédère et son palais d’hiver (Winterpalais) –, ainsi que de châteaux d’inspiration française et italienne en Hongrie, comme celui de Ráckeve sur l’île de Csepel, près de la capitale, dont le plan suit celui du château de Vaux-le-Vicomte29.

  • 30 Selon les recherches de Tamás Szemethy, environ quatre-vingt-dix nouveaux aristocrates furent admis (...)
  • 31 Zádor 1931, p. 598. Voir aussi sur les étapes de la construction du château et du jardin : Máté 200 (...)

19Les traités de paix signés au xviiie siècle, allant de pair avec une croissance économique et démographique spectaculaire, permirent à d’autres individus d’ascendance moins prestigieuse, mais au service des Habsbourg, d’intégrer l’aristocratie hongroise. Parmi ces familles nobles, certaines investirent considérablement dans leurs riches résidences qu’elles utilisèrent comme moyen de représentation et instrument d’ascension sociale30. Le château de Gödöllő appartenant aux Grassalkovich, aujourd’hui célèbre musée en Hongrie, constitue un exemple à bien des égards remarquable pour illustrer ce phénomène d’intégration dans l’aristocratie hongroise. La construction du bâtiment fut engagée dans les années 1730 d’après des plans d’André Mayerhoffer, à la demande d’Antoine Grassalkovich, un confident de Marie-Thérèse d’Autriche. Le plan en double « U », avec huit ailes différentes, prit progressivement forme au fil des campagnes de travaux commandés par les successeurs du comte, rappelant le corps central du château de Versailles avec ses deux ailes élevées en 1662. Les sources d’inspiration de la construction furent essentiellement hongroises, mais les transformations qui suivaient l’ascension sociale des Grassalkovich témoignent de l’influence grandissante des modèles français, en particulier les jardins des châteaux de Versailles, de Fontainebleau et de Vaux-le-Vicomte, et des modèles autrichiens comme le château de Schönbrunn près de Vienne. Le petit-fils du premier propriétaire, Antoine Grassalkovich, continua le développement de l’ensemble par un théâtre baroque et par une orangerie qui n’est pas sans rappeler celle de Versailles. Initialement, un jardin français qui était peut-être aussi influencé par Versailles fut aménagé à l’arrière du château, mais il fut transformé à la fin du siècle en jardin anglais31.

  • 32 Aujourd’hui Eisenstadt en Autriche.
  • 33 Aujourd’hui Fertőd en Hongrie.
  • 34 Zádor 1931, p. 586.

20Les familles de noblesse récente cherchaient ainsi à s’assimiler à l’aristocratie traditionnelle, elle-même particulièrement férue de projets architecturaux. Parmi ces lignages anciens, la branche princière des Esterházy se distingua particulièrement par ses commandes de résidences inspirées de Versailles, en particulier deux châteaux transformés et aménagés à l’époque moderne : Kismarton32 et Eszterháza33. Le premier, médiéval, fut remanié dans un style baroque entre 1663 et 1672 sous la direction du palatin Paul Esterházy. Son jardin de style Renaissance fut changé en jardin français dans les années 1750 d’après les plans d’ingénieurs français. Le château lui-même fut reconstruit en style néo-classique par Jean-Charles-Alexandre Moreau au tournant des xviiie et xixe siècles34.

  • 35 Réau 1954, p. 39-40.
  • 36 Les bâtiments de l’Opéra ainsi que les annexes du château dans le jardin furent pour la plupart dét (...)
  • 37 Vadászi 2007, p. 33.

21Le château d’Eszterháza fut célèbre pour ses fêtes splendides et pour l’activité musicale de Joseph Haydn. Cet ensemble architectural fut réalisé à partir de 1720 en remplacement d’une résidence seigneuriale du xviie siècle. Le village, appelé originairement Süttör, devint alors une nouvelle localité qui prit le nom de la famille princière en mémoire de l’un de ses anciens fiefs, disparu depuis longtemps. Il s’agit donc non seulement d’un projet de construction incarnant la puissance familiale de l’époque, mais aussi d’une reconstruction du passé, en quelque sorte, et de l’annonce d’un avenir se voulant particulièrement fastueux et coûteux. La partie la plus splendide de l’ensemble fut construite entre 1762 et 1784, à la demande du prince Nicolas Esterházy, en style baroque, rococo et Louis XVI, d’après les plans d’architectes célèbres comme Melchior Hefele et l’Alsacien Nicolas Jacoby35. En 1768, l’opéra du château fut terminé, de même que le pavillon musical l’année suivante. En 1773, on inaugura le théâtre de marionnettes en présence de l’impératrice Marie-Thérèse. La construction de l’ermitage et de la grande chute d’eau marqua la fin des travaux au milieu des années 1780. D’après les plans originaux, le bâtiment du château se trouvait au centre de l’ensemble architectural, entouré d’un grand jardin français dont les avenues reliaient sous forme de patte d’oie les différentes constructions, évoquant la disposition versaillaise36. La résidence comprenait 126 pièces décorées en style rococo dont les plus somptueuses étaient la grande salle ou salle des parades et la salle de musique, au premier étage. Contrairement au château de Versailles, les appartements du prince et de la princesse se trouvaient au rez-de-chaussée et non pas au premier étage37. Il en résulte que l’appellation « Versailles hongrois » tient davantage au mythe de la richesse des Esterházy qu’à un projet réel d’imitation.

  • 38 Voir sur sur ce sujet : Csatkai 1940 ; Vadászi 2007 ; Varga 2009.
  • 39 Zádor 1931, p. 588.
  • 40 « Die Austeilung des Gartens ist nach einer von dem Fürsten selbst entworfenen Idee angelegt, strei (...)
  • 41 Voir sur ce sujet récemment : Galavics 2013.

22À l’époque de la construction du château, les Esterházy étaient au zénith de leur puissance. La branche princière de la famille, titulaire des plus hautes dignités du royaume de Hongrie, souhaitait ainsi créer un système de représentation spectaculaire dont le château d’Eszterháza était l’aboutissement : il accueillait non seulement les aristocrates les plus distingués de l’époque, mais aussi souvent la reine-impératrice Marie-Thérèse d’Autriche. Le prince Nicolas Esterházy, surnommé le « Splendide », était très attaché aux arts. Amateur de musique et de peinture, il s’investit personnellement dans ce projet grandiose. En tant qu’envoyé impérial, il séjourna deux fois à Versailles où il étudia l’histoire de la construction du château dont il s’inspira pour élaborer la conception d’ensemble d’Eszterháza38. Néanmoins, il s’appuya aussi sur d’autres modèles, comme le château de Schönbrunn, situé près de Vienne et à proximité de ses terres39. Selon une source anonyme de l’époque, le parc fut créé d’après les idées personnelles du prince Esterházy40. Réalisé suivant les plans de François Zinner et de Nicolas Jacoby, il passait pour un chef-d’œuvre des jardins à la française de Hongrie41. La proximité du lac Neusiedl renforça les effets des plans d’eau, rapprochant le parc de celui du château de Versailles. Le prince Charles-Joseph de Ligne, émerveillé par la vue du jardin au miroir du lac, le caractérisait ainsi dans son célèbre ouvrage intitulé Coup d’œil sur Belœil :

  • 42 La forme de patte d’oie nous rappelle le château de Versailles, mais ici elle part du jardin, tandi (...)
  • 43 Ligne 2004, p. 179.

Il est très heureux pour le prince Esterhazy que des fenêtres de son palais d’Esterhaz, où il y a une demi-lieue de corps de logis, il voie d’un côté, son parc percé par une patte d’oie bien proportionnée42, et de l’autre, ses vastes dominations, et puis un des plus beaux lacs du monde. Ce n’est pas un lac, comme les faiseurs de jardins appellent ceux qu’ils font. C’est un vrai lac, immense, et susceptible, avec un peu de travail, de ports, de navigation et de commerce43.

  • 44 En ancien hongrois : Magyar Versália. Zorn de Bulach n’emploie pas cette expression. Voir sur l’his (...)

23Un autre voyageur, Antoine-Joseph Zorn de Bulach, nous laissa également une description fascinante du « Versailles hongrois44 » qu’il visita en juillet 1772. Il est intéressant de noter qu’il n’emploie pas cette expression et ne fait pas clairement le rapprochement entre les deux châteaux :

  • 45 Zorn de Bulach 1901, p. 69.

L’entrée du château est superbe ; une vaste cour ornée avec jet d’eau. Le salon du rez-de-chaussée est voûté. Les piliers et les côtés, ainsi que le plafond, sont richement décorés par des guirlandes de fleurs peintes en or et en diverses couleurs. Deux grottes, l’une vis-à-vis de l’autre. L’eau qui les arrose fait un doux murmure et rafraîchit le salon ; on va de plain-pied dans le jardin ainsi que dans la cour. Les appartements à droite et à gauche, dont l’un est occupé par le Prince et l’autre par la Princesse, sont de toute beauté. Les deux pièces ou salons du haut sont de la dernière magnificence, dignes d’un souverain. Il fait venir toutes les raretés de Paris. Les appartements de maître sont également très bien distribués et fort bons. En avant du château le jardin forme un parterre immense, au bout duquel se trouve un bois très étendu, dont une partie est réservée aux faisans. Il est coupé vers le milieu par une clôture de palissades, une enceinte est pour les sangliers, une pour les cerfs et une pour les daims ; ce bois a des routes, et au plus fort soleil on peut toujours s’y promener à l’ombre. Du château trois allées très longues terminées par des points de vue ; au bout de celle du milieu on remarque un grand clocher et un village. A une lieue d’Esterhaz se trouve le grand lac appelé Einsiedel. Il a 7 lieues de long sur 3 de large45.

  • 46 Voir sur sa vie : Franjou 1975.
  • 47 Valentin-Ladislas Esterházy commença sa carrière pendant la guerre de Sept Ans. Il fut promu lieute (...)
  • 48 Esterházy 1905, p. 98.

24On peut signaler que, à la même époque, une branche de la famille existait en France dont un membre, le comte Valentin-Ladislas Esterházy46, joua un rôle non négligeable à la cour. Choisi pour des missions diplomatiques et auliques, il devint l’un des confidents de la reine Marie-Antoinette, ce qui lui permit de réaliser une carrière spectaculaire47. Cette évolution sociale n’était pas tout à fait étrangère aux ambitions de la branche princière des Esterházy qui protégea le comte Valentin-Ladislas et lui offrit même des perspectives similaires en Hongrie que celui-ci envisagea sérieusement. Finalement, il demanda conseil au comte du Châtelet, ambassadeur de France à Vienne, qui argumenta alors en soulignant les avantages de la cour de France : « Enivré de vos succès ici, de l’existence de votre famille, il n’est pas étonnant que vous voyez l’avenir en beau. Mais je suis de sang-froid, je vous connais ; quand vous serez à vous ennuyer dans un village, vous vous repentirez de n’avoir pas suivi mes avis48. »

  • 49 Chicago, Newberry Library, Case MS 5002, Papiers du comte Valentin Esterházy, Pt. 2, vol. 7, Voyage (...)
  • 50 Ibid.
  • 51 Ibid.

25La visite de l’ancien courtisan de Versailles au château d’Eszterháza durant son émigration est un témoignage bien vivant de la découverte d’une résidence aristocratique d’inspiration française. Il arriva à Eisenstadt le 6 avril 1804 et fut immédiatement émerveillé : « A tous les cœurs bien nés que la patrie est chere ! Je ne suis, mon cher cœur, qu’à la porte de la Hongrie, mais il me semble que je respire un air plus pur, que la campagne est plus belle, qu’aussi il y fait plus beau qu’à Vienne, je m’y porte à merveille49. » Il remarqua à Eszterháza les objets d’art achetés par le prince à Paris : « Apres le caffé il m’a montré les meubles qu’il a apporté[s] de Paris. Un[e] table, un secretaire, des bronzes, il y a des choses superbes50. » Plus tard, le comte Valentin-Ladislas releva surtout le montant colossal des dépenses dues à la construction et à l’entretien de ce château : « On regrette bien l[a] depense que le grand pere a fait à Esterhaz, […] Esterhaz coute 6 mille florins d’entretien par an et une fois Eisenstatt arrangé, on n’ira pas meme pour y donner des fetes51. »

  • 52 Il s’agit probablement d’un pseudonyme du comte Jean Pálffy (1744-1794).
  • 53 « Dieses Schloss ist Versailles in Frankreich ganz änlich, nur das es nicht so gross ist » (cité pa (...)
  • 54 Cité par Vadászi 1995, p. 133.

26Les dépenses exorbitantes pour l’édification de ce château pouvaient aussi évoquer celles de Versailles qui étaient légendaires à cette époque. Une construction d’une telle ampleur nécessitait d’importantes ressources que tous les princes n’étaient pas capables de fournir. Les contraintes financières représentaient ainsi de véritables limites aux transferts culturels, voire rendaient impossible toute imitation de dimension versaillaise. Gottfried Edler von Rotenstein52 remarqua justement dans sa lettre à Jean Bernoulli, concernant Eszterháza : « Ce château est très similaire à Versailles en France, sauf qu’il n’est pas aussi grand53. » Un autre voyageur, le Suisse Johann Kaspar Riesbeck, poussa même plus loin son opinion au sujet du rapprochement des deux châteaux : « À part Versailles, il n’y a peut-être pas d’autre lieu en France qui puisse être comparé à Esterháza en matière de somptuosité… À Esterháza j’ai retrouvé Versailles54. »

  • 55 Selon Erzsébet Vadászi, la seule différence entre les torchères des deux châteaux résidait en leurs (...)
  • 56 Schlag 2011, p. 251-254.
  • 57 Baarsen 2015, p. 117.

27Une ressemblance frappante avec l’intérieur du château de Versailles est présentée par les quatre torchères de la grande salle du château d’Eszterháza ayant la même forme que celles de la galerie des Glaces. On peut présumer qu’elles avaient été fabriquées sur le modèle des torchères versaillaises issues de l’atelier d’Étienne Maurice Falconet55. Cela montre comment pouvaient circuler des objets et des modèles entre la France et la Hongrie de l’époque. Le prince Nicolas Esterházy disposait en effet d’un réseau de fournisseurs français pour les objets d’art et la décoration intérieure. Gottfried Edler von Rotenstein évoque ses porcelaines acquises directement de l’héritage de Mme de Pompadour, parmi d’autres meubles, horloges ou objets d’art achetés à Paris56. Par ailleurs, le prince Esterházy entretenait de bonnes relations avec des personnalités mondaines, comme le comte Charles Cobenzl, diplomate et collectionneur d’œuvres d’art, ou la célèbre Mme de Graffigny, écrivaine, qui lui procurèrent d’autres pièces57. Ces réseaux de sociabilité internationaux jouèrent un rôle primordial dans la circulation des personnes, des œuvres et des idées participant de l’expansion des modèles français à travers toute l’Europe.

Conclusion

  • 58 Voir sur ce sujet récemment : Gaehtgens, Castor, Bussmann et Henry 2017.

28Après avoir examiné différents témoignages de visiteurs hongrois relatifs au château de Versailles à l’époque des Lumières, se distinguent plusieurs attitudes devant ce centre de la puissance monarchique française. On relève généralement un émerveillement qui était même renforcé par des motivations politiques ou une curiosité personnelle. Pour autant, les observateurs ne se retenaient pas d’émettre des opinions critiques et s’exprimaient parfois ouvertement sur ce qu’ils percevaient comme des phénomènes insolites de la cour versaillaise, par exemple l’influence des maîtresses royales. Leurs origines géographiques, politiques, sociales et confessionnelles transparaissent alors de ces descriptions même s’ils se rangeaient souvent à l’avis général des courtisans, comme l’exemple des maîtresses royales nous le montre. Le rayonnement du mythe de Versailles en Hongrie est lié à l’émergence d’un groupe nobiliaire très étroitement attaché à la cour de Vienne, qui profitait pleinement du développement économique, démographique et culturel dans le royaume hongrois après les guerres turques. Les influences françaises empruntaient néanmoins plusieurs chemins jusqu’à la Hongrie, notamment par l’intermédiaire des résidences princières allemandes et par la cour de Vienne58. On peut toutefois observer une évolution du rapport entretenu avec la cour de Versailles. Les émigrés politiques de la première moitié du xviiie siècle la voient souvent comme un espoir de soutien à leurs mouvements successifs. Il en résulte un désenchantement après la mort de Louis XIV et surtout après la révolution diplomatique de 1756. Dans la seconde moitié du siècle, de nombreux châteaux d’inspiration française furent construits qui renforcèrent le mythe de Versailles dans les milieux aisés de l’aristocratie. Mais hormis quelques rares objets imités du château, les éléments « à la française » des résidences hongroises, comme les jardins géométriques, les orangeries et les plans d’eau, n’étaient pas spécifiques à Versailles. En somme, le château de Versailles demeurait une référence générale à la France de Louis XIV et apparaissait comme la quintessence du modèle français. Pour les aristocrates de la seconde moitié du xviiie siècle, la fascination exercée par Versailles était d’ordre plutôt culturelle et s’intégrait dans un imaginaire plus global de la France inspirant représentations et résidences.

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Bibliographie

Sources imprimées

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Notes

1 Sur l’histoire de ces alliances de revers formelles ou informelles contre la maison de Habsbourg, voir : Köpeczi 1971 ; Bérenger 1990, p. 407-412 ; Bérenger 2004, p. 273-304.

2 Voir sur ce sujet : Bély 1992, p. 398-399 ; Köpeczi 1991 ; Tóth 2000.

3 Cité par Babeau 1928, p. 183.

4 Voir sur l’historiographie du rayonnement de Versailles : Leroux 2020.

5 Miskolc, Archives nationales hongroises, archives départementales de Borsod-Abaúj-Zemplén, famille Szathmári Király, XIII-23 I./B.

6 Budapest, Bibliothèque nationale Széchényi, série MS Oct. Hung. 494 / I-III et copie du xixe siècle : Quart. Hung. 50 / I-II.

7 Voir à ce sujet : Kis 2012.

8 La princesse Charlotte Amélie Hesse-Rheinfels zu Wanfried (1679-1722), dont le beau-frère était neveu de la marquise de Dangeau, Sophia Maria Wilhelmina von Loewenstein-Wertheim-Rochefort (1664-1738).

9 Je suis très reconnaissant à mon collègue, Domokos Dániel Kis, bibliothécaire de la Bibliothèque nationale Széchényi de Budapest, de m’avoir permis la consultation du manuscrit original du journal d’Ádám Szathmári Király.

10 Köpeczi 1991, p. 209.

11 Szathmári Király 1866, p. 284-285.

12 Dangeau, 1854-1860. Cf. Kis 2012.

13 Tolnai 1987.

14 Sur la coopération entre les nobles hongrois et polonais émigrés en France, voir : Tóth 2006 et Tóth 2021.

15 Il fit encore deux autres voyages, d’abord dans le nord de l’Italie en 1769, puis en 1792 à Francfort à l’occasion du couronnement impérial de François II. Il eut une carrière considérable grâce aux réformes de Joseph II qui permirent aux protestants hongrois d’occuper des postes administratifs : il devint ainsi comte suprême du comitat d’Ugocsa en 1782. 

16 Teleki de Szék 1943, p. 57-58.

17 Ibid. p. 83.

18 Ibid. p. 58.

19 Voir par exemple ibid., p. 82.

20 Idem. p. 83.

21 Joseph Teleki de Szék, Éloge de Marie Thérèse, manuscrit, archives de l’Académie hongroise des sciences, Fond Misc., 2-r. 2. 16., p. 49-50. Cité dans Studer-Kovács 2022, p. 159.

22 Émeric Daniel de Vargyas (1743- ?), noble transylvain, membre de la garde du corps hongroise au service de l’impératrice Marie-Thérèse.

23 Je tiens à remercier M. Attila Molnár qui m’a prêté la copie typographiée de cette source (Journal d’Émeric Daniel de Vargyas en 1771) qu’il va prochainement publier.

24 Ce mariage fut célébré le 14 mai 1771.

25 Journal d’Émeric Daniel de Vargyas en 1771, p. 26-27. Information très aimablement fournie par M. Attila Molnár.

26 Szakály 2003, p. 66-67.

27 Benda 1971, p. 20.

28 Voir sur ce sujet en général : Bély 1999 et Roche 2003.

29 Oross 2019, p. 186-189.

30 Selon les recherches de Tamás Szemethy, environ quatre-vingt-dix nouveaux aristocrates furent admis parmi les barons et comtes du royaume entre 1711 et 1799. Cf. Szemethy 2020.

31 Zádor 1931, p. 598. Voir aussi sur les étapes de la construction du château et du jardin : Máté 2007.

32 Aujourd’hui Eisenstadt en Autriche.

33 Aujourd’hui Fertőd en Hongrie.

34 Zádor 1931, p. 586.

35 Réau 1954, p. 39-40.

36 Les bâtiments de l’Opéra ainsi que les annexes du château dans le jardin furent pour la plupart détruits au cours du xxe siècle. Grâce à un vaste programme de reconstruction, le château retrouvera bientôt son ancienne splendeur.

37 Vadászi 2007, p. 33.

38 Voir sur sur ce sujet : Csatkai 1940 ; Vadászi 2007 ; Varga 2009.

39 Zádor 1931, p. 588.

40 « Die Austeilung des Gartens ist nach einer von dem Fürsten selbst entworfenen Idee angelegt, streitet mit den schönsten in Deutschlandum den Vorzug, und ist unstreitig der prächtigsteim ganzen Königreiche » (« La distribution du jardin fut conçue par le prince lui-même, il rivalise avec les plus beaux jardins d’Allemagne et est incontestablement le plus magnifique dans tout le royaume. »), Beschreibung des Hochfürstlichen Schloss Eszterháß [...], 1784, p. 42. La traduction de la citation est de l’auteur.

41 Voir sur ce sujet récemment : Galavics 2013.

42 La forme de patte d’oie nous rappelle le château de Versailles, mais ici elle part du jardin, tandis qu’à Versailles elle converge de la ville vers le château.

43 Ligne 2004, p. 179.

44 En ancien hongrois : Magyar Versália. Zorn de Bulach n’emploie pas cette expression. Voir sur l’histoire de ce terme : Csatkai 1940 ; Vadászi 2007.

45 Zorn de Bulach 1901, p. 69.

46 Voir sur sa vie : Franjou 1975.

47 Valentin-Ladislas Esterházy commença sa carrière pendant la guerre de Sept Ans. Il fut promu lieutenant-colonel en 1764, puis obtint l’autorisation de lever un régiment de hussards (1764). En 1780, il fut nommé général et l’année suivante gouverneur militaire de Rocroy. En 1787, il devint membre du Conseil de la Guerre nouvellement créé.

48 Esterházy 1905, p. 98.

49 Chicago, Newberry Library, Case MS 5002, Papiers du comte Valentin Esterházy, Pt. 2, vol. 7, Voyage à Vienne en l’année 1804, lettre no 35, Eisenstadt le 6 avril 1804.

50 Ibid.

51 Ibid.

52 Il s’agit probablement d’un pseudonyme du comte Jean Pálffy (1744-1794).

53 « Dieses Schloss ist Versailles in Frankreich ganz änlich, nur das es nicht so gross ist » (cité par Vadászi 1995, p. 114). La traduction de la citation est de l’auteur.

54 Cité par Vadászi 1995, p. 133.

55 Selon Erzsébet Vadászi, la seule différence entre les torchères des deux châteaux résidait en leurs matières : celles de Versailles étaient en bois doré et celles d’Eszterháza, en grès doré. Cf. Vadászi 2007, p. 119. Notons ici que les torchères qui se trouvent actuellement dans la galerie des Glaces de Versailles sont des copies des années 1960, d’après des modèles façonnés par Babel et Foliot en 1769. Information cordialement fournie par Mathieu da Vinha.

56 Schlag 2011, p. 251-254.

57 Baarsen 2015, p. 117.

58 Voir sur ce sujet récemment : Gaehtgens, Castor, Bussmann et Henry 2017.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Ferenc Tóth, « Entre fascination et désillusion : attitudes des nobles hongrois devant la cour de Versailles à l’époque des Lumières »Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles [En ligne], 23 | 2023, mis en ligne le 03 mai 2023, consulté le 21 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/crcv/27050 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/crcv.27050

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Auteur

Ferenc Tóth

Ferenc Tóth, conseiller scientifique de l’Institut d’histoire du Centre de recherches en sciences humaines (centre d’excellence de l’Académie hongroise des sciences). En 1995, il a soutenu une thèse de doctorat à l’université Paris-Sorbonne portant sur l’histoire de l’intégration sociale de l’immigration hongroise en France au xviiie siècle. Plus tard, en 2003, il a reçu son titre d’habilitation à diriger des recherches à la même université. En 2014, il a soutenu sa thèse à l’Académie hongroise des sciences. Ses domaines de recherches sont l’histoire des relations franco-hongroises aux xviie et xviiisiècles, l’histoire de la migration nobiliaire en Europe à l’époque des Lumières, l’influence des guerres turques en Europe à l’époque moderne. Il a déjà publié une trentaine de livres et plus de deux cents études, entre autres Ascension sociale et identité nationale : intégration de l’immigration hongroise dans la société française au cours du xviiie siècle, 1692-1815 (Nemzetközi Hungarológiai Központ, 2000) et Un diplomate militaire français en Europe orientale à la fin de l’Ancien Régime : la carrière de François baron de Tott, 1733-1793 (Isis Press, 2011).
Ferenc Tóth is a research fellow at the Research Centre for the Humanities (centre of excellence at the Hungarian Academy of Sciences). In 1995, he defended a doctoral thesis at the Université Paris-Sorbonne on the history of social integration of Hungarian immigrants in France in the eighteenth century. Later, in 2003, he became a director of research at the same university. In 2014, he defended his thesis at the Hungarian Academy of Sciences. His fields of research are Franco-Hungarian relations in the seventeenth and eighteenth centuries, the history of the migration of members of the nobility in Europe during the Enlightenment, and the influence of the Turkish wars in Europe in the modern period. He has published around thirty books and more than two hundred studies, including Ascension sociale et identité nationale: intégration de l’immigration hongroise dans la société française au cours du xviiie siècle, 1692–1815 (Nemzetközi Hungarológiai Központ, 2000) and Un diplomate militaire français en Europe orientale à la fin de l’Ancien Régime: la carrière de François baron de Tott, 1733–1793 (Isis Press, 2011).
toth.ferenc[at]abtk.hu

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