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Constitution : naissance et évolutions du mythe

La fabrique dialectique du Songe de Versailles dans la littérature de voyage européenne du xviie siècle

The Dialectical Creation of the Versailles Dream in the European Travelogues of the Seventeenth Century
Sylvie Requemora

Résumés

La quasi-totalité des textes du xviie siècle compilés dans la base « Visiteurs de Versailles » du Centre de recherche du château de Versailles est dithyrambique. À de très rares exceptions, les récits de voyages à Versailles des visiteurs étrangers relèvent d’un genre viatique encomiastique convenu qu’il s’agit d’interroger, afin de comprendre comment se façonnent la mythographie et le « Songe de Versailles ». La « fabrique des fables » passe par des éloges viatiques paradoxaux et leur analyse littéraire aide à saisir le laboratoire scriptural de la fabula versaillaise. L’étude se déroule en trois points : d’abord la fabrique du Songe dithyrambique, puis l’envers du décor, Versailles comme singularité à blâmer, et enfin la fabula versaillaise, conçue comme une mythographie dialectique. La fabrique de la mythographie versaillaise entrelace les points de vue et les discours à la fois exotiques laudatifs et endotiques satiriques, mais aussi, vice versa, exotiques satiriques et endotiques émerveillés, ainsi que les discours encomiastiques, anti-encomiastiques et pseudo-encomiastiques ironiques. Le récit de voyage européen à Versailles est un genre viatique complexe : l’interroger génériquement permet d’affiner la fabrique d’une machine enchantée, l’étudier stylistiquement permet de découvrir un subtil système de duplicité ironique, chercher à le comprendre politiquement permet de débusquer un jeu diplomatique, entre flagorneries dithyrambiques, contemptions idéologiques et parallèles exotiques à effet de miroirs dissonants.

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Texte intégral

  • 1 Dandrey 2009.
  • 2 Ibid., quatrième de couverture.
  • 3 Boutier, Klesmann, Moureau et zum Kolk 2014.
  • 4 Lemarchand 2014.
  • 5 Kisluk-Grosheide et Rondot 2017.
  • 6 Ibid., p. 14.
  • 7 Ibid., p. 35.

1Le sujet de la mythographie de Versailles a déjà été brillamment traité : d’un point de vue endotique, par Patrick Dandrey, dans sa promenade littéraire intitulée Quand Versailles était conté : la cour de Louis XIV par les écrivains de son temps1, dans laquelle il a montré « comment en parlaient, s’en étonnaient, s’en moquaient, l’admiraient ou la fouaillaient les écrivains qui eurent le loisir de la fréquenter et de l’observer : les grands, Molière, La Fontaine ou La Bruyère, Bossuet et Saint-Simon, Mmes de La Fayette ou de Sévigné ; (et puis quelques secondes plumes aussi), mémorialistes attentifs ou princes bien informés, et jusqu’au Roi-Soleil lui-même2 » ; mais aussi d’un point de vue exotique, lors du colloque « Voyageurs étrangers à la cour de France3 », avec notamment la belle contribution de Laurent Lemarchand, intitulée « Entre gloire et beauté : la cour de France sous le regard des visiteurs étrangers au temps de la Régence (1715-1723)4 », qui pourrait être la suite chronologique de l’étude proposée ici, ou encore la splendide exposition « Visiteurs de Versailles : voyageurs, prince, ambassadeurs (1682-1789)5 ». Le volumineux catalogue de celle-ci commence par ces mots : « “Palais sans pareil”, ainsi était fréquemment décrit Versailles dans les journaux, mémoires et lettres de visiteurs français et étrangers venus pendant le règne de Louis XIV et au xviiie siècle6 » et son préambule s’achève par ceux-ci : « plus que tout autre lieu, Versailles aura suscité chez ses visiteurs le dithyrambe ou l’anathème et toute la palette des sentiments qui les séparent7 ». Il s’agit ainsi d’analyser la fabrication de ce dithyrambe et sa relation dialectique avec son antonyme.

  • 8 LBruyère 1985, chapitre « De la Cour », et en particulier § 74, p. 207.
  • 9 Ibid., p. 207.
  • 10 Moureau 1979.

2Versailles, dans la littérature française classique, est un archétype de représentations, un lieu galant dont les jardins sont à la fois une toile de fond esthétique et un espace symbolique, un mythe à la fois théâtral et politique. Décrit par des auteurs et auteures français, dont le regard endotique se traduit paradoxalement par une transcription exotique, où la cour et ses extérieurs sont métamorphosés en géographie imaginaire, enchantée, animale, artistique, voire huronne, et in fine toujours relatés comme une machine à penser politique, Versailles « à la française » est curieusement bien plus exotique que ce que montrent les relations de la plupart des voyageurs étrangers. Ce paradoxe du passage du regard endotique à une écriture viatique exotique pourtant bien française est particulièrement notable dans La Relation de la fête de Versailles d’André Félibien (1668), Le Labyrinthe de Versailles de Charles Perrault (1677), La Promenade de Versailles de Madeleine de Scudéry (1669), Les Amours de Psyché et Cupidon de Jean de La Fontaine (1669), la Manière de montrer les Jardins de Versailles de Louis XIV (1689), Les Caractères de La Bruyère. Ce dernier souligne à plusieurs reprises la singularité des usages de la cour de France, qu’il donne à voir à travers le prisme du regard d’un étranger8. Le voyage dans cette mystérieuse région, que « les gens du pays […] nomment *** », « à quelques quarante-huit degrés d’élévation du pôle, et à plus d’onze cents lieues de mer des Iroquois et des Hurons9 », dans le célèbre paragraphe 74 de « De la Cour » est une sorte de fragment ethnographique ironique qui utilise le principe de la découverte des récits de voyages authentiques au long cours (Cartier, Champlain…) pour parvenir à analyser l’homme de cour. Les mystérieux trois astérisques évitent de nommer Versailles, qui n’est décryptable qu’à l’envers et à la fin du texte, à travers le détour des longitudes et latitudes calculées à partir de la Nouvelle France. L’usage ici des critères de mesures cartographiques et maritimes provoque un effet d’étrangeté étonnant. Le modèle réel du voyage fournit à La Bruyère la distanciation nécessaire à l’élaboration d’une critique aulique. Celle-ci procède en deux temps : d’abord la cour et les courtisans, caractérisés par les thèmes de la dévoration et de l’artifice, puis le pouvoir, avec un regard étranger porté sur la monarchie de droit divin. Les Amusements sérieux et comiques de Dufresny (1699), puis la Lettre écrite par un Sicilien à un de ses amis contenant une critique agréable de Paris de Cotolendi (1700), le traducteur de Marana, les Réflexions morales, satiriques et comiques sur les mœurs de notre siècle de Jean-Frédéric Bernard et The Spectator d’Addison en 1711, la Lettre écrite à Musala de Jean Bonnet en 1716, et enfin Les Lettres persanes de Montesquieu en 1721 poussent jusqu’au bout le procédé inauguré par Montaigne dans son chapitre « Des Coches » des Essais puis développé par Marana, dans L’Espion dans les cours des princes chrétiens, et par La Bruyère. Ces œuvres s’inspirent des récits de voyage permettant aux étrangers, au regard candide et à l’esprit dénué de tous préjugés, de formuler sur la société française une réflexion étonnée et sans complaisance, et instaurent une mode littéraire, étudiée par François Moureau dans sa thèse consacrée à Dufresny10.

3A contrario, il est également possible de décentrer le regard en s’attachant à celui des visiteurs étrangers, en travaillant à partir de la base « Visiteurs de Versailles » du Centre de recherche du château de Versailles11, et de ses précieuses notices qui constituent ici le corpus d’étude, afin de montrer la fabrique de la mythographie versaillaise par l’écriture encomiastique des visiteurs européens.

  • 12 Requemora 2014.
  • 13 Le titre et le principe de l’ekphrasis virtuelle du poème de Jean de La Fontaine dédié à Vaux-le-Vi (...)
  • 14 Dandrey 1991.

4Sur les 134 textes recensés au moment du colloque, pour la période 1643-1715 attachée dans la base au « règne de Louis XIV », la quasi-totalité est dithyrambique : « merveilles qui surpassent toute imagination », dont les seules écuries « sont plus magnifiques que les palais de plusieurs princes de l’Europe », « chef-d’œuvre de l’art », « ce palais dépasse tout ce que l’on peut imaginer de plus somptueux ou d’excellent » ; les appartements « dépassent tout ce qu’on peut rêver en richesse et en beauté » ; les jardins « sont comme un enchantement, tant a fait de prodiges la magie de l’or », « maison la plus somptueuse qu’ait jamais eue un roi » et la machine de Marly, « la plus grande merveille du monde actuel », etc. À de très rares exceptions près (Primi Visconti, Spanheim, Sophie de Hanovre, connue pour son regard particulièrement satirique sur la cour de France qu’elle nommait une « arche de Noé »12), les récits de voyages à Versailles des visiteurs étrangers de cette première période semblent relever d’un genre viatique encomiastique convenu qu’il s’agit d’interroger aussi bien génériquement et stylistiquement que politiquement, afin de comprendre comment se façonne la mythographie de ce que j’appellerais le « Songe de Versailles13 ». La « fabrique des fables » (P. Dandrey14) passe par des éloges viatiques paradoxaux et leur analyse littéraire peut aider à mieux comprendre le laboratoire scriptural de la fabula versaillaise. C’est ce balancement, cette ambivalence, que le corpus de la base « Visiteurs » nous révèle, à travers 14 auteurs écrivant en français, 16 en allemand, 17 en anglais, 8 en italien, 3 en polonais et 1 en espagnol pour cette période du xviie siècle (1643-1715). Dans cet ensemble européen, trois cas de figure se dégagent : les dithyrambes, leur envers, les anathèmes, et entre les deux pôles de l’argumentation épidictique que sont les éloges et les blâmes, les éloges paradoxaux sibyllinement ironiques.

La fabrique du Songe dithyrambique : les récits de voyages encomiastiques

Presque ravis

  • 15 Anonyme 1699, p. 18.
  • 16 Veryard 1701, p. 67-68.

5Dans le guide anonyme Le gentilhomme étranger voyageant en France… signé « le baron G. D. N. » est soulignée l’isotopie de la lumière et de la cristallisation. À propos des « merveilles, magnificences et richesses » : « on est ébloui, & on ne sçauroit les contempler sans estre presque ravi en extase »15. Le ravissement extatique, hyperbolique, est atténué par la modalisation « presque » qui permet dans le genre du récit de voyage de ne pas basculer dans la féerie ou la fabulation. Le dithyrambe doit être un savant dosage entre l’émerveillement et l’effet de réel afin de rester crédible, selon la logique du genre viatique dont la lutte contre le soupçon d’affabulation est une constante, depuis les inventions de l’Histoire véritable de Lucien de Samosate et les proverbes comme « voyageur égale menteur » ou « a beau mentir qui vient de loin ». La nuance « presque », ici, n’invalide pas le commentaire laudatif mais l’ajuste au sérieux d’un voyageur qui n’a pas perdu sa logique malgré son enthousiasme, avant d’enchaîner sur un historique de la construction de Versailles, dans un decrescendo qui lui permet de rebondir ensuite vers la louange des écuries, « plus magnifiques que les palais de plusieurs princes de l’Europe ». Les écuries sont un topos dans la relation viatique des étrangers à Versailles. On retrouve par exemple leur éloge chez Ellis Veryard (16..-17..) dans sa visite admirative du château, des jardins et des écuries du roi, narrée dans son récit de voyage en anglais à la fin du xviie siècle16.

Émerveillés

  • 17 Apronius 1724, p. 144 : « Das Garten werd darin allerhand Früchte von der ganzen Welt, die unvergle (...)
  • 18 Encyclopédie Universalis, s. v. « Merveilleux ».

6Le terme de « merveille » est récurrent aussi, il est à relier aux mirabilia recherchées par les voyageurs comme des singularités dignes de déclencher un discours du sublime. Aulus Apronius, de son vrai nom Adam Ebert (1653-1735), propose une description de Versailles au moment du mariage de la future reine d’Espagne, en 1679, dans laquelle il utilise le terme : « Le jardin contiendra toutes sortes de fruits du monde entier, les fontaines seront incomparables, les abris des animaux dépasseront tout émerveillement et amèneront les étrangers à un état de stupéfaction17. » La théorie du merveilleux, qui dans le genre viatique renvoie plutôt au bizarre et au bigarré de la mirabilia, conserve ici un effet de surprise qui participe de la fabrique du mythe de Versailles, pour l’orienter toutefois non pas vers les curiosités en marge de l’axiologie esthétique, mais vers le sommet du sublime. En effet, « étymologiquement, le merveilleux est un effet littéraire provoquant chez le lecteur (ou le spectateur) une impression mêlée de surprise et d’admiration18 ».

Admiratifs

  • 19 Hume 1889, p. 370 : « yet here the thing itself very much surpass’d the Idea to which I had screw’d (...)
  • 20 Anonyme 1701, p. 55-60.
  • 21 Anonyme 1715, p. 115.

7Dire la mirabilia, dans le contexte versaillais, revient à développer une parole de l’ineffable, une esthétique de la grâce, là où la poièsis impuissante à décrire se réfugie dans la monstration. La merveille fait accéder à l’impensable : c’est peut-être le point commun entre Aristote qui présente le thaumaston comme une récupération de l’irrationnel par le vraisemblable, et les visiteurs européens qui cherchent un équilibre entre la surprise du sublime et le lieu qu’ils croyaient connaître. Comme l’écrit, dans son journal en anglais, James Hume (?-?), de passage à Marly pour apercevoir le roi depuis la colline, puis en visite admirative à Versailles, les 27 et 28 avril 1714 : « la chose elle-même dépasse de loin l’idée que mon imagination s’en faisait19 ». Alors que le Songe de Vaux de La Fontaine était un poème élaboré virtuellement à partir de plans avant la construction du château de Vaux-le-Vicomte, le « Songe de Versailles » est une rêverie qui projette les images plus loin que leur genèse en tant que ce qu’un visiteur anonyme appelle « this Masterpiece of Art20 » (« ce chef-d’œuvre de l’art »). Dans le Songe de Vaux l’imagination est en amont, dans celui de Versailles elle est en aval. C’est là toute la différence entre Fouquet et Louis XIV peut-être : l’un projetait d’être très grand et fut disgracié, l’autre doit être encore plus grand que ce qui est attendu et même possible, appéter au sublime d’un roi chrétien, proposer un « paradis terrestre », une « most delightful Valley » (« la plus charmante des vallées »), ainsi que l’écrit un visiteur anonyme21.

L’envers du décor : Versailles comme singularité à blâmer

Du pro au contra

  • 22 Guerrini 2005, p. 315, lettre 134 : « Mi fanno ridere quegli che vogliono considerar la magnificenz (...)
  • 23 Ibid., p. 255, lettre 107 : « Non mi par abbi del regio, ma piuttosto di convento » et p. 295, lett (...)

8À l’inverse, les détracteurs sont aussi répertoriés dans la base, et ils reprennent exactement les mêmes motifs et termes, comme la merveille ou l’admiration, qu’ils inversent, à la manière d’une contre-argumentation transformant les pro en contra. Ainsi les éloges sur la magnificence des châteaux de Versailles et Marly font « rire » Pietro Guerrini (1651-1716) qui écrit dans une lettre en italien du 20 mars 1685 : « ils me font rire, ceux qui veulent considérer la magnificence de Versailles en disant que c’est une grande construction22 ». Le motif de l’admiration ne s’attache plus au mythe mais à ce qu’il n’est pas : « l’on dirait moins un palais royal qu’un couvent », écrit-il en italien dans sa lettre du 6 septembre 1684, avant d’ajouter le 24 janvier suivant : « rien ne suscitait mon admiration à part la liberté qui régnait à l’intérieur »23.

Déceptions

  • 24 Harrach 2021, p. 481 : « die erste veue oder einfarth ist nit so schön alß sie in kupferstich schei (...)
  • 25 Knesebeck 2021, fo 51ro : « eine ziemliche anzahl gar sensibler fehler daran ». Une traduction du t (...)
  • 26 Wren 1750, p. 261-262 : « The Palace, or if you please, the Cabinet of Versailles ».
  • 27 Magalotti 1968, p. 169 : « Dirò solo in generale che la bellezza di Versaglia non è bellezza né mae (...)

9Conséquemment, comme dans un parallèle inversé, la vision ne va pas crescendo vers une surprise admirative mais se transforme en chute déceptive : Ferdinand Bonaventure, comte de Harrach (1636-1706), après sa visite du château de Versailles, des jardins et du Grand Trianon, écrit dans son journal en allemand le 9 novembre 1698 : « la première vue qu’on en a, arrivant en voiture, est moins belle qu’il y paraît sur les gravures24 » ; Christian Friedrich Gottlieb von dem Knesebeck (?-1720) souligne « un grand nombre de défauts assez importants25 », dans sa Brève description (Kurtze Beschreibung einer Tour durch Holland nach Frankreich, von Braunschweig), sans doute mise au propre par Sturm (1669-1719) après sa visite à caractère professionnel du château et du parc de Versailles, puis de Clagny et de Marly, entre 1699 et 1713. Déjà Christopher Wren (1632-1723), savant et architecte, membre fondateur de la Société royale des sciences (1661), qui se rend à Paris pour poursuivre sa formation et échapper à la peste qui sévit à Londres, dans une lettre en anglais, a ainsi en 1665 cette clausule lapidaire : le « palais ou, si vous permettez, le cabinet de Versailles26 ». Lorenzo Magalotti (1637-1712) est même péremptoire, dans sa description critique en italien du château de Versailles, et en particulier des cabinets du roi, entre le 8 et le 14 mai 1668 : « Je dirais, en général, que Versailles n’a ni la beauté ni la majesté d’un palais royal27 ». Il est vrai que, dans les années 1660, le château n’est alors encore que le pavillon hérité de Louis XIII, d’où peut-être des critiques plus aisées et acerbes.

Locus terribilis

  • 28 Rink 1709, p. 159.
  • 29 Lister 1699, p. 221 : « the King seems not to like Versailles so well as he did » (traduction d’Ern (...)
  • 30 Bernier 1671, lettre IX : « Lettre au même, écrite à Cachemire, le Paradis terrestre des Indes, apr (...)
  • 31 Bernier 1670.
  • 32 Bernier 1684, p. 133.

10À l’inverse même d’un palais royal, Eucharius Gottlieb Rink (1670-1745) dénonce, en allemand, Versailles comme un « endroit malsain » (« ein ungesunder Ort »), en raison des nombreux décès de soldats survenus sur le chantier en 168728. Outre ces pertes dues aux travaux, la malsanité de l’air forme une chape sur le lieu tout entier qui, selon Martin Lister (1638 ?-1712), dans son récit de voyage en anglais, pousse le roi à « ne plus aimer Versailles comme il faisait29 » : Louis XIV ne trouvant en effet l’air pas assez pur, Lister va jusqu’à émettre l’idée d’une mobilité du roi et de sa cour dans le Languedoc, qui pour lui est le vrai « paradis de France »… Comprenant que ce conseil est inconvenant, il prend alors pour exemple le grand Mogol et sa retraite au Cachemire. La découverte du Cachemire par les voyageurs européens, en effet, est souvent interprétée selon le mythe biblique de la Terre promise. Dans les Lettres de François Bernier, le grand voyageur français, les hyperboles et les comparaisons mènent toutes à faire du Cachemire « le paradis terrestre des Indes », comme le dit clairement l’intitulé de sa neuvième Lettre à Monsieur de Merveilles30. Son correspondant est François Boysson, seigneur de Merveilles, gentilhomme provençal, ancien compagnon de voyage de Bernier en Allemagne et peut-être en Pologne. Parmi ses neuf lettres, Bernier lui en a adressé deux sur l’avènement d’Aureng-Zeb publiées ensuite par Thévenot et qui deviendront L’Histoire de la dernière révolution des États du grand Mogol31. Toutes ses relations épistolaires décrivent la région comme « le Paradis terrestre des Indes » tout en s’efforçant paradoxalement de réfléchir sur la « Cause principale de la décadence des États d’Asie ». Cette réflexion semble directement relever d’une intention gassendiste et viser une démonstration épicurienne, où le jeu épistolaire a un rôle important, et dont ses destinataires ne sont pas dupes. Ce jeu semble en effet être aussi celui de Martin Lister ici. L’influence de Bernier sur les auteurs classiques est grande : il initie La Fontaine à la philosophie de Gassendi – son Abrégé influence le fabuliste dans le second recueil des Fables (Livres VII à XI, 1678, voir particulièrement le « Discours de Mme de La Sablière ») –, Louis Racine écrit que Bernier, « le fameux Voyageur32 », est l’ami commun de Jean Racine et de Boileau... Sa place dans la société montre bien que si certains comme La Bruyère le jugent corrompu, ses réflexions sur la nature humaine sont des remises en cause toutes relatives, qui suggèrent plus qu’elles n’attaquent vraiment.

  • 33 Primi Visconti 2015, p. 222-223.
  • 34 Sophie, électrice de Hanovre 1990, p. 156-157.

11Ces remises en cause sont plus subtilement ironiques que certains autres écrits directement négatifs, dénonçant frontalement une mise en scène factice, une merveille en trompe l’œil, un Versailles en carton-pâte qui ne tient que par les sommes fabuleuses qui lui sont consacrées, une richesse ostentatoirement dépensée par orgueil et pour cacher son incurie. Pour Primi Visconti (1648-1713), qui a une aversion générale pour Versailles, encore en construction, en 1680, « ce pays est ingrat », mais le roi y « dépense un million par an »33. Pour Sophie de Hanovre (1630-1714), qui découvre Versailles entre un séjour à Saint-Cloud et le départ de la reine d’Espagne en septembre 1679, « la dépense a fait plus de merveilles que la nature34 ». L’originalité du double langage et du regard caustique de Sophie de Hanovre sur la cour de France a déjà été étudiée : entre le neglentia diligens à la Cicéron et la sprezzatura à la Castiglione, le style de la princesse relève à la fois de la galanterie et de la satire. Sophie de Hanovre, si elle peut appartenir au courant des voyageurs protestants critiquant le luxe d’une cour catholique, n’utilise pourtant pas de comparaisons huguenotes explicites : sa métaphore de la cour « arche de Noé » n’est pas religieuse, elle est taxinomiste et spectaculaire. Il s’agit plus de dénoncer une cour factice, représentative d’un vain théâtre du monde aulique.

  • 35 Prior 1908, p. 192-193.
  • 36 Ziegler 2013.

12Matthew Prior (1664-1721), dans sa lettre en anglais du 18 février 1698 à Charles Montague, est sans doute, dans la base des visiteurs européens de cette période, le plus négatif, aussi bien contre les courtisans français que contre la figure royale, en dressant un portrait horribilis d’un roi despote qui ressort clairement de l’anathème, voire de la caricature : à Versailles, « something the foolishest in the world » (« [maison] des plus ridicules au monde »), les courtisans haïssent « to hell » (« jusqu’à l’enfer ») le roi, « the vainest creature alive »35 (« la créature la plus vaine du monde »), mais restent serviles. On peut bien sûr se demander dans quelle mesure ces témoignages sont fidèles et s’ils ne reprennent pas ce qui a déjà été dit et qui relève de la doxa sur Versailles, ainsi que l’analyse notamment Hendrik Ziegler dans Louis XIV et ses ennemis36.

La fabula versaillaise : une mythographie dialectique

Dénégations

  • 37 Tessin et Cronström 1964, p. 209-210.
  • 38 The Guardian, no 101, 7 juillet 1713 (rééd. A. Chalmers, Londres, 1822, vol. 2, p. 90-93) : « I do (...)
  • 39 Rink 1709, p. 104 : « Dieser Ort ist in einer solchen schlechten Situation », p. 105 : « Der Garden (...)

13Entre les deux pôles inversés que sont l’encomiastie et le dénigrement, toute une série de visiteurs européens module dialectiquement ses ekphrasis, concédant à la merveille pour ensuite présenter l’angle permettant la dénégation, une affirmation prenant la forme d’une négation, dans des avis subtilement « mitigés », selon le terme de Nicodème Tessin (1654-1728), admirant par exemple la décoration intérieure mais « mitigé » quant à la façade orientale, dans sa lettre en français du 30 novembre 1698 à Daniel Cronström37. Cet usage de l’encomion suivi non d’un pseudo-encomion mais de ce qu’on pourrait appeler un anti-encomion est une particularité et une pratique propres aux beaux esprits rompus aux arts de la conversation à la cour, tels qu’on peut les trouver par exemple dans cette lettre anonyme anglaise : « Je ne crois vraiment pas qu’aussi grand poète que vous soyez, vous puissiez élever un palais aussi magnifique que Versailles. Je suis cependant si singulier que je préfère Fontainebleau à tout le reste38. » Après avoir loué la magnificence ultime de Versailles, la seconde phrase vaut comme un concetto, une chute, une pointe qui annule le dithyrambe… Cet effet est également perceptible dans la description en allemand de Versailles en 1680 par Eucharius Gottlieb Rink, accompagnée de nombreuses eaux-fortes : si le château en travaux est dans une « mauvaise situation », le jardin, lui, est déjà « une merveille du monde »39 ; son titre Ludewigs des XIV. Königes in Franckreich wunderwürdiges Leben, oder Steigen und Fall (« La vie merveilleuse de Louis XIV, roi de France, ou l’ascension et la chute ») est un résumé de ce procédé où la merveille est prise entre deux pôles contradictoires.

Éloges paradoxaux

14Ezechiel Spanheim (1629-1710), né d’un père professeur de théologie calviniste, envoyé extraordinaire de l’électeur palatin, puis du grand électeur de Brandebourg, en France pour deux missions diplomatiques, entre 1680 et 1689, puis entre 1698 et 1701, dans sa Relation ou dépêche diplomatique en français a, comme Sophie de Hanovre et Primi Visconti, dénoncé les dépenses dites « excessives » en 1690, surtout dues aux bâtiments. Cependant il le fait après avoir loué l’industrie française, considérée comme supérieure à celle de l’Angleterre et de l’Espagne, capable, à Versailles, de rendre le royaume de France « maître et possesseur de la Nature » selon le mot de Descartes dans le Discours de la méthode (1637), en ne laissant aucun lieu en friche ni oisif. Il loue également les revenus extraordinaires du roi :

  • 40 Spanheim 1900, p. 475.

Cependant il faut aussi tomber d’accord que si les revenus du Roi ou les moyens de les augmenter dans le besoin et quand il lui plaît sont grands et extraordinaires, qu’aussi les dépenses sous ce règne ne sont pas moindres, ou plutôt ont été excessives auprès de celles des règnes passés40.

  • 41 Sturm 1719, p. 109. Une traduction du texte, par Anna Hartmann et Antoine Guémy, a été publiée dans (...)

15Cet éloge de la richesse royale est rendu sibyllin, et sans doute ironique, par l’insertion de cette incise « ou les moyens de les augmenter dans le besoin » qui laisse sous-entendre des exactions peu vertueuses. L’idée semble ici, dans un même mouvement, de louer la richesse tout en soulignant que les dépenses excessives empêchent une richesse qui pourrait être encore plus extraordinaire. Leonhard Christoph Sturm procède de même dans une lettre fictive en allemand du 21 décembre 1716 : selon lui la machine de Marly est « formidable » (« ungeheure ») mais au « coût monstrueux » (« unerhörte Kosten »)41, dans une protase méliorative suivie immédiatement d’une apodose péjorative. Le visiteur était en fait (à propos de la façade orientale du château de Versailles, probablement en 1699) déjà navré par tant de « dégoût » (« diesem Disgusto »). Théoricien de l’architecture civile et militaire, nommé en 1717 maître d’œuvre en chef du duc Frédéric-Guillaume de Mecklembourg-Schwerin, il réalise trois voyages à l’étranger en 1697, 1699 et 1712. Son examen ne cesse d’osciller entre enchantement et critique :

  • 42 Ibid., p. 110 : « Es lieget dieses Königliche Lust- und Residenz-Schloss in einem unangenehmen sand (...)

Ce château royal, à la fois maison de plaisance et résidence, se trouve dans une vallée sablonneuse dépourvue de charme et a été construit en haut d’une petite éminence que palais et jardin occupent entièrement, ce qui amène nécessairement à la conclusion que le roi a cherché au premier chef à défier la nature et à faire du lieu le plus ingrat qui soit une place d’une beauté vraiment enchanteresse. Ce n’est pas sans raison que je dis « enchanteresse » car il y a bien des points qui devraient, à vrai dire, choquer l’esprit et les yeux. Cependant, on est ébloui par tant de beautés et de munificences que l’on en oublie facilement tous les défauts42.

16Ces oscillations relèvent d’un art du paradoxe propre au genre du pseudo-encomion, l’éloge paradoxal. Ailleurs encore, l’effet théâtral éblouissant est ensuite renversé en imperfection :

  • 43 Ibid., p. 110-111 : « Der erste Prospect bey diesem Eingang gegen das Schloß ist recht charmant, we (...)

L’entrée principale du château offre au visiteur une première perspective fort charmante puisque la cour marque une pente assez considérable avec de nombreux garde-corps de pierre, ainsi que deux grilles en fer forgé doré qui se présentent successivement ; les bâtiments se rapprochent de plus en plus entre eux et diminuent en hauteur de façon à donner l’impression que l’on pourrait presque atteindre le toit du dernier bâtiment au fond en tenant une pique. Les toits, richement ornés de plomb doré, contribuent à ce curieux effet. Il semble également que les architectes aient bien eu l’intention d’en faire une perspective théâtrale, ce en quoi ils ont peut-être manqué de discernement. Car un décor de théâtre n’étant rien d’autre qu’une copie imparfaite d’un véritable édifice, il doit inévitablement en sortir quelque chose de laid lorsque l’on construit un édifice comme un décor de théâtre. Il paraît même que le Bernin aurait dit d’un air moqueur à propos de cette entrée : « Bello per uno theatro. » Mais en effet, on se lasse rapidement de cette perspective car l’éblouissement qui nous saisit de prime abord diminue au fur et à mesure que l’on observe l’aspect coloré et le manque de gravité de ces bâtiments43.

17Ou encore :

La cour tout au fond a beau être horizontale, recouverte de dalles de marbre et grandie par plusieurs marches d’accès, elle paraît cependant petite et bordée de bâtiments bas, mal décorés, ce qui dégoûte d’autant plus que l’on s’était imaginé auparavant le contraire.

  • 44 Ibid., p. 111 : « Der hinterste Hof ist zwar mit Marmor Fliesen horizontal beleget und zu vorderst (...)

Cependant, lorsque, navré par tant de mauvais goût, on pénètre dans le château par la porte d’entrée des plus disgracieuses, on se retrouve dans un tout autre monde – l’émerveillement est d’autant plus profond que le changement d’humeur est brutal – car on entre alors dans une loggia entièrement décorée de colonnes de marbre, magnifiquement veinées de rouge et de blanc, qui offre une perspective vers le splendide jardin d’où parvient le fracas des eaux qui jaillissent en abondance44.

18De grandeur en petitesse, puis de disgrâce en émerveillement, l’imagination suit le rythme des surprises, comme dans un effet de thaumaston aristotélicien. L’éloge paradoxal est bien une esthétique de la surprise, qui provoque le ravissement, au sens fort, l’enlèvement violent, entraînant la perte des repères spatiaux et de la logique intrinsèque initiale :

  • 45 Ibid. : « Kaum konte ich durch diese Entzückung mich mehr meiner vorgenommenen Ordnung erinnern, un (...)

Ravi par cet enchantement, je faillis ne plus me souvenir de l’ordre que j’avais établi pour ma visite et j’avoue avoir eu du mal à commencer par l’intérieur des bâtiments avant d’aller dans les jardins. Mais à peine m’étais-je contraint à m’en tenir à ma résolution que je fus derechef contrarié, ne trouvant devant moi ni portes ni escaliers45.

19La contrariété, voire le sentiment d’abandon et de déréliction, de perte de maîtrise, résultent de cette dialectique de la représentation que se font les visiteurs européens de Versailles, transformant les lieux en fabula onirique, à la fois enchantée et cauchemardesque, prenant pour source, comme dans les rêves, des imputs actuels et réels, pour les métamorphoser par leur transfert scriptural.

20La fabrique de la mythographie versaillaise semble donc bien dialectique, en ce sens qu’elle entrelace les points de vue et les discours à la fois exotiques laudatifs et endotiques satiriques, mais aussi, vice versa, exotiques satiriques et endotiques émerveillés, tour à tour encomiastiques, anti-encomiastiques et pseudo-encomiastiques ironiques. Le récit de voyage européen à Versailles, tel que le donne à voir l’échantillon proposé par la base « Visiteurs de Versailles » pour la période du xviie siècle, est ainsi un genre viatique encomiastique finalement peu convenu et complexe : le laboratoire scriptural de la fabula versaillaise est ambivalent, comme toute fable et tout mythe. L’interroger génériquement permet d’affiner la fabrique d’une machine enchantée, l’étudier stylistiquement permet de découvrir un subtil système de duplicité ironique, chercher à le comprendre politiquement permet de débusquer un jeu diplomatique, entre flagorneries dithyrambiques, contemptions idéologiques et parallèles exotiques à effet d’éthos dissonants.

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Bibliographie

Sources imprimées

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Notes

1 Dandrey 2009.

2 Ibid., quatrième de couverture.

3 Boutier, Klesmann, Moureau et zum Kolk 2014.

4 Lemarchand 2014.

5 Kisluk-Grosheide et Rondot 2017.

6 Ibid., p. 14.

7 Ibid., p. 35.

8 LBruyère 1985, chapitre « De la Cour », et en particulier § 74, p. 207.

9 Ibid., p. 207.

10 Moureau 1979.

11 https://chateauversailles-recherche.fr/francais/ressources-documentaires/bases-de-donnees-en-ligne/base-visiteurs-de-versailles.

12 Requemora 2014.

13 Le titre et le principe de l’ekphrasis virtuelle du poème de Jean de La Fontaine dédié à Vaux-le-Vicomte, Le Songe de Vaux, sont ici repris.

14 Dandrey 1991.

15 Anonyme 1699, p. 18.

16 Veryard 1701, p. 67-68.

17 Apronius 1724, p. 144 : « Das Garten werd darin allerhand Früchte von der ganzen Welt, die unvergleichlichen Wasserkünste, die Tierhaüser, übergehen alle Verwunderung und bringen die Fremden zur ewigen Erstarrung. » La traduction est de l’auteure. À quelques exceptions, les récits de voyage cités dans cet article proviennent de la base « Visiteurs de Versailles » dont les notices ont été rédigées par Flavie Leroux.

18 Encyclopédie Universalis, s. v. « Merveilleux ».

19 Hume 1889, p. 370 : « yet here the thing itself very much surpass’d the Idea to which I had screw’d up my Imagination before I saw it ». Sauf mention contraire, les traductions des citations sont de Flavie Leroux.

20 Anonyme 1701, p. 55-60.

21 Anonyme 1715, p. 115.

22 Guerrini 2005, p. 315, lettre 134 : « Mi fanno ridere quegli che vogliono considerar la magnificenza di Varsaglia dicendo che l’è grand fabbrica ».

23 Ibid., p. 255, lettre 107 : « Non mi par abbi del regio, ma piuttosto di convento » et p. 295, lettre 127 : « non mi rese d’ammirazione altro che qualla libertà che entro vi si pratica ».

24 Harrach 2021, p. 481 : « die erste veue oder einfarth ist nit so schön alß sie in kupferstich scheinet ». Une traduction du texte par Nicole Taubes a été publiée dans le cadre du projet ANR-DFG « Architrave », URL : https://architrave.eu/view.html?edition=34zmq&page=27&translation=3czfj&lang=de.

25 Knesebeck 2021, fo 51ro : « eine ziemliche anzahl gar sensibler fehler daran ». Une traduction du texte par Isabelle Kalinowski a été publiée dans le cadre du projet ANR-DFG « Architrave », URL : https://architrave.eu/view.html?edition=3c0m2&page=105&translation=3czn9&lang=de.

26 Wren 1750, p. 261-262 : « The Palace, or if you please, the Cabinet of Versailles ».

27 Magalotti 1968, p. 169 : « Dirò solo in generale che la bellezza di Versaglia non è bellezza né maestà di palazzo reale ».

28 Rink 1709, p. 159.

29 Lister 1699, p. 221 : « the King seems not to like Versailles so well as he did » (traduction d’Ernest de Sermizelles, éditeur de Lister 1873, citation p. 197).

30 Bernier 1671, lettre IX : « Lettre au même, écrite à Cachemire, le Paradis terrestre des Indes, après y avoir séjourné trois mois ».

31 Bernier 1670.

32 Bernier 1684, p. 133.

33 Primi Visconti 2015, p. 222-223.

34 Sophie, électrice de Hanovre 1990, p. 156-157.

35 Prior 1908, p. 192-193.

36 Ziegler 2013.

37 Tessin et Cronström 1964, p. 209-210.

38 The Guardian, no 101, 7 juillet 1713 (rééd. A. Chalmers, Londres, 1822, vol. 2, p. 90-93) : « I do not believe, as good a poet as you are, that you can […] raise a more magnificent palace than Versailles. I am, however, so singular as to prefer Fontainebleau to all the rest » (traduction de l’auteure).

39 Rink 1709, p. 104 : « Dieser Ort ist in einer solchen schlechten Situation », p. 105 : « Der Garden ist ein Wundermerck der Welt ».

40 Spanheim 1900, p. 475.

41 Sturm 1719, p. 109. Une traduction du texte, par Anna Hartmann et Antoine Guémy, a été publiée dans le cadre du projet ANR-DFG « Architrave », URL : https://architrave.eu/view.html?edition=34zs7&page=67&translation=3q4rq&lang=fr.

42 Ibid., p. 110 : « Es lieget dieses Königliche Lust- und Residenz-Schloss in einem unangenehmen sandigen Thal, auf einem darinnen erhabenen kleinen Hügel welchen es samt seinem Garten ganz einnimmt, daß man nicht anderst schliessen kan, als es habe der König vornemlich die Ehre gesuchet, daß er die Natur getrotzet [getröst], und aus dem unangenehmsten Orth, der weit und breit zu finden, einen Platz von recht bezauberender Schönheit gemachet. Ich spreche mit Recht bezauberend, weil viel daran zu sehen, daß das Gemüth und die Augen choquiren könte. Aber durch die Menge der Schönheiten und Kostbarkeiten wird man so geblendet, daß man leichtlich alle Fehler übersiehet ». Pour la traduction, voir l’édition numérique dans le cadre du projet ANR-DFG « Architrave », URL : https://architrave.eu/view.html?edition=34zs7&page=68&translation=3q4rq&lang=fr. C’est l’auteure qui souligne.

43 Ibid., p. 110-111 : « Der erste Prospect bey diesem Eingang gegen das Schloß ist recht charmant, weil der Hof ziemlich starck Berg an gehet und sich etliche steinerne Geländer und zwey eiserne und starck verguldete Gatter hinter einander præsentiren, auch die Gebaüde sich immer näher zusammen ziehen und immer niedriger werden, daß man auch zu hinterst mit einer Picke fast biß an das Dach reichen kan, wozu die mit verguldeten Bley sehr reich gezierete Dächer ein merchtliches beytragen. Es scheinen auch die Baumeister recht das Absehen gehabt zu haben, daß sie einen theatralischen Prospect damit machen wolten, woran sie doch nicht zum klügesten gehandelt haben. Denn wie ein Theatrum nichts anders als eine unvollkommene Copie von einem rechten Gebaüde ist, so muss notwendig etwas schlechtes heraus kommen, wenn man wiederum ein Gebaüde von einem Theatro copiret. Es soll auch Bernini bei diesem Eingang ganz höhnisch gesaget haben : Bello per un theatro. Aberin der That wird man dieses Prospects bald überdrüßig, weil nach und nach die Verblendung wegfällt, womit einen die erste Ansicht überraschet, und man allmählich das bunte Wesen und den Mangel der Gravität an diesen Gebäuden observiret. » Pour la traduction, ibid. : https://architrave.eu/view.html?edition=34zs7&page=68&translation=3q4rq&lang=fr.

44 Ibid., p. 111 : « Der hinterste Hof ist zwar mit Marmor Fliesen horizontal beleget und zu vorderst durch etliche Stuffen erhaben, aber gar klein und mit niedrigen und schlecht gezierten Gebäuden umgeben, welches alles so vielmehr degoutiret, weil man sich das Contrarium zuvor in der Hoffnung vorgestellet hatte. Aber als man diesem Disgusto ganz niedergeschlagen durch die gar sehr unansehnliche Hauß⸗Thüre hineintritt, kommt man wieder in eine neue Welt, und wird durch solches abwechseln der Affecten so viel tieffer in Verwunderung gesetzet, indeme man in eine Loggia eintritt, welche ganz mit rothen und weiß herrlich geäderten Marmo Säulen ausgesetzet ist, dadurch man einen Prospect in den herrlichen Garten bekommt, und ein ungemeines Geräusch der in grosser Menge springenden Wasser höret. » Pour la traduction, voir l’édition numérique dans le cadre du projet ANR-DFG « Architrave », URL : https://architrave.eu/view.html?edition=34zs7&page=69&translation=3q4rq&lang=fr.

45 Ibid. : « Kaum konte ich durch diese Entzückung mich mehr meiner vorgenommenen Ordnung erinnern, und schwerlich dabey erhalten, daß ich erst das inwendige der Gebaüde besehen wolte, ehe ich in den Garten gienge. Aber so bald ich mich genöthiget hatte bey dem Vorsatz zu bleiben, so gieng mein Verdruß wiederum an, denn ich fand weder Thür noch Treppen um mich ». Pour la traduction, ibid. https://architrave.eu/view.html?edition=34zs7&page=69&translation=3q4rq&lang=fr.

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Pour citer cet article

Référence électronique

Sylvie Requemora, « La fabrique dialectique du Songe de Versailles dans la littérature de voyage européenne du xviie siècle »Bulletin du Centre de recherche du château de Versailles [En ligne], 23 | 2023, mis en ligne le 03 mai 2023, consulté le 21 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/crcv/26737 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/crcv.26737

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Auteur

Sylvie Requemora

Aix-Marseille Univ, CIELAM, Aix-en-Provence, France
Directrice du Centre de recherche sur la littérature des voyages (http://www.crlv.org), professeure de littérature française du xviie siècle à Aix-Marseille Université, responsable du groupe 16-18 du Centre interdisciplinaire d’étude des littératures d’Aix-Marseille, Sylvie Requemora étudie les genres « viatiques », dans une perspective à la fois rhétorique, théorique, imagologique et interculturelle. Elle est l’auteure de Voguer vers la modernité : le voyage à travers les genres au xviie siècle (PUPS, 2012) et d’éditions critiques (Théâtre français et Voyages de Regnard, Garnier, 2020). Elle est coresponsable de la série « Voyages réels et imaginaires » aux Éditions Classiques Garnier.
Director of the Centre de Recherche sur la Littérature des Voyages (http://www.crlv.org), professor of seventeenth century French literature at Aix-Marseille University, and head of the group 16–18 at the Centre Interdisciplinaire d’Étude des Littératures d’Aix-Marseille, Sylvie Requemora studies travelogues from a rhetorical, theoretical, imagological and intercultural perspective. She is the author of Voguer vers la modernité: le voyage à travers les genres au xviie siècle (PUPS, 2012) and critical editions (Théâtre français and Voyages de Regnard, Garnier, 2020). She is also co-editor of the series ‘Voyages réels et imaginaires’ published by Éditions Classiques Garnier.
sylvie.requemora[at]univ-amu.fr

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