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« La technique est un moyen et pas une fin en soi. » Entretien avec Jacques Anglade

Roberta Morelli

Texte intégral

Introduction

1Ingénieur et charpentier, Jacques Anglade construit depuis plus de trente ans des structures en bois qui témoignent d’une pensée singulière de la technique en architecture. Critique à l’égard de l’industrialisation de la filière bois développée au xxe siècle, sa pratique professionnelle promeut un art de la construction qui valorise l’usage du bois massif, en conciliant savoirs ancestraux et défis contemporains. En prenant appui sur quelques-unes des périodes marquantes de sa carrière, les réflexions développées dans cet entretien contribuent à faire émerger les controverses liées à l’évolution du contexte d’exercice de la production du cadre bâti et à souligner l’importance du rapport à la matière, aux outils et aux savoir-faire dans la conception des lieux de vie. Il développe ainsi une critique de l’industrialisation, qui s’étend au-delà de la charpente en bois et touche aux pratiques architecturales et constructives qui dénaturent les matériaux et éloignent les professionnels de leurs compétences et expertises. Cette remise en question plaide en faveur d’une revalorisation des techniques traditionnelles qui, selon Jacques Anglade, s’avèrent particulièrement adaptées aux exigences contemporaines, car elles réconcilient l’utilisation des ressources locales et le savoir-faire artisanal, afin de promouvoir des modes de construction véritablement durables et respectueux de l’environnement. Ce faisant, il appelle plus largement à une redéfinition du rôle de la technique dans l’architecture, non comme une fin en soi, mais comme un moyen au service de valeurs humaines et écologiques.

Entretien

Roberta Morelli (RM) : Depuis la fin des années 1980, vous avez consacré votre vie professionnelle à la construction de charpentes en bois, après avoir suivi l’enseignement de Roland Schweitzer à Paris-Tolbiac et celui de Julius Natterer et Wolfgang Winter au laboratoire Ibois de l’EPFL. Largement reconnue comme une critique de l’industrialisation de la filière bois, votre pratique témoigne d’une pensée singulière de la technique en architecture. Pourriez-vous nous en dire plus sur ce qui a influencé votre pensée et votre pratique ?

  • 1 La Gueule ouverte, était un journal écologiste et politique français fondé en novembre 1972 par Pie (...)

Jacques Anglade (JA) : Mon rapport à la technique est très ancien. J’ai commencé à m’interroger à partir des classes préparatoires il y a maintenant cinquante ans ou plus : à ce moment-là, je lisais un certain nombre de livres et de revues – comme La Convivialité et Énergie et équité d’Ivan Illich, ou La Gueule ouverte1 – qui interrogeaient le rapport que les sociétés industrielles ont établi avec la technique. En 1973, quand je suis arrivé en école d’ingénieur, je me suis posé beaucoup de questions, car c’était la crise du pétrole, avec la guerre du Kippour. On était face à un scénario assez semblable à celui qu’on observe aujourd’hui, même si les thèmes étaient différents : à l’époque, il s’agissait de continuer la grandiose épopée des Trente Glorieuses ; maintenant, on se demande comment est-ce qu’on peut survivre, mais avec les mêmes réponses technologiques qu’à l’époque, à savoir l’énergie nucléaire. Sur la population et sur son avenir incombait une sorte de chantage similaire à celui de nos jours.

Je me suis donc trouvé en tant que futur ingénieur devant une croisée des chemins et je me suis demandé si je voulais rentrer dans les cadres voulus par cette société. J’étais formé pour devenir ingénieur en mécanique des fluides, c’est-à-dire concevoir des tuyaux, des turbines, des générateurs de vapeur, tout ce dont on a besoin pour faire une centrale nucléaire. Les enjeux associés étaient grandissants et l'énoncé de mon diplôme, qui au début s’appelait « Hydraulique et mécanique des fluides », à la fin s’appelait « Hydraulique et mécanique des fluides et énergétique » : je suis donc rentré dans une école et sorti d’une autre. Tout ça me posait question et par mes lectures, j’ai commencé à nier l’utilité de ces centrales, d’en dénoncer les dangers et les conséquences qu’on observe encore aujourd’hui et à imaginer suivre un autre chemin. Je me souviens que pendant les stages liés à cette formation il s’agissait d’étudier le cadre du bassin de la Garonne et de trouver les moyens pour en relever les étiages en prélevant l’eau d’un affluent et en créant ainsi un lac collinaire (qui fait penser aujourd’hui aux débats sur les bassines) : on tuait ainsi la vie halieutique de cet affluent et on niait les conséquences évidentes de ces projets, parce qu’il fallait assurer un niveau d’étiage suffisant pour la Garonne au service de la centrale nucléaire de Golfech. Voilà les choix devant lesquels j’étais placé. Le dernier sujet sur lequel j’ai travaillé dans le cadre de cette formation concernait toujours l’agence de l’eau de la Garonne. Là, il s’agissait de regarder la capacité d’autoépuration d’un fleuve, l’Adour, et de ses affluents : ils mettaient du temps à traverser une ville, mais grâce à leurs profils et aux fonds caillouteux, ils arrivaient à s’oxygéner et plus ou moins à « se nettoyer » ; mais quand ils arrivaient à la centrale de l’usine de production de papier de Tartas, en bas du parcours, ils étaient carrément assassinés.

Si cette formation m’avait ouvert les yeux sur les enjeux et les dérives de nos sociétés industrielles, mes lectures – qui comprenaient à la fois des penseurs, mais aussi des poètes et des écrivains, comme Jean Giono – me poussaient à chercher un autre métier et aller à la campagne. Et c’est comme ça que je suis devenu charpentier. Mon rapport à la technique s’est construit tout d’abord par ce choix. Pour moi, la question était de savoir comment réaliser sans crouler sous le poids de l’outil. Pour les premières opérations que j’ai réalisées comme charpentier, j’arrivais sur le chantier avec un marteau, un ciseau à bois, une scie à main, sans l’outillage électrique que tous les bricoleurs ont à peu près aujourd’hui, et j’étais stupéfait de voir que, avec ce qui tient dans une caisse à outils de quelques kilos, on peut faire des choses qui vont à la conquête du ciel, si l’on peut dire. C’est intéressant, et je trouve que cela reboucle sur les initiatives qui interrogent aujourd’hui la manière dont les savoirs réintègrent les pratiques et les modes de vie. Il suffit de voir ce qui se passe dans les ZAD, dont la dernière en date est celle contre la construction de l’autoroute Toulouse-Castres. De même, et à un niveau plus institutionnel, la reconstruction de la charpente de Notre-Dame-de-Paris a nécessité l’usage des haches pour tailler et équarrir le bois et a donc actualisé l’apprentissage de ce type d’équarrissage et de la forge. Je m’en réjouis, car on est allé retrouver les outils, puisque le problème de la technique, en un grand mot, c’est le problème de l’outil. Bien que technique et outil définissent deux univers distincts, l’étymologie du terme « technique » – issu du grec tékhnē (« métier, art, habileté manuelle ou intellectuelle ») – relie les deux termes, comme dans la fabrication des bateaux par exemple.

Mes rapports avec la technique se sont donc construits à partir de ces premiers rejets et de ces contacts avec la matière. La décision d’abandonner le parcours professionnel d’ingénieur hydraulicien fait écho aux plus récentes désertions des étudiants d’AgroParisTech, mais à l’époque, on était quelques centaines issues de ces parcours à se poser la question des alternatives possibles. C’est comme ça que j’ai décidé de suivre un CAP en charpente avec la Fédération compagnonnique des métiers du bâtiment, et je me suis installé à la campagne. Quinze ans après, j’avais besoin de voir aussi autre chose et j’ai cherché d’autres parcours de formation qui pouvaient valoriser ces savoirs acquis avec le CAP de charpentier. Les rencontres avec Roland Schweitzer puis avec Wolfgang Winter et Julius Natterer m’ont donné envie d’en savoir plus sur l’architecture. En 1986, je suis allé à l’école de Paris-Tolbiac. Roland Schweitzer m’a beaucoup aidé, parce qu’il a compris ce que je voulais faire et, même si je n’avais pas les diplômes requis, il m’a fait entrer dans cette école et a trouvé les moyens pour me financer une bourse sans que je le lui demande.

Schweitzer avait une forte empathie et je lui en suis très reconnaissant. J’étais déjà très curieux de la culture de la charpente japonaise, et même si on n’avait pas la même approche, on s’est retrouvés sur cet intérêt commun. Puis, comme moi, il cultivait un intérêt particulier pour les constructions vernaculaires, que ce soit en Autriche, au Japon ou en Scandinavie. Je me souviens d’un épisode qui m’a beaucoup frappé : Roland avait à cœur de faire intervenir des gens extérieurs. Un jour, il a invité un architecte qui était parti travailler comme charpentier au Japon. Cet architecte a tenu une conférence sur l’outil dans la culture de la charpente japonaise. Une fille s’était alors levée au fond de la classe en disant qu’elle n’était pas venue pour entendre parler de rabot et de scie, mais son intervention prouvait la nécessité de le faire. Cela a changé et, de nos jours, une fraction croissante des étudiants en école d’architecture a compris qu’une bonne part de leur métier sera acquise au contact avec la matière – que ce soit la terre, la pierre ou le bois.

R.M. : Fort de ces influences, vous avez ensuite tracé un parcours professionnel original, largement reconnu dans le milieu de l’architecture. Sur la base de votre expérience, pourriez-vous nous dire comment a évolué le contexte de l’exercice de la production du cadre bâti depuis que vous avez commencé à exercer ?

  • 2 Les centres de taille et d'usinage de charpente sont des ateliers équipés de machines à commande nu (...)

J.A. : Quand je suis arrivé à l’EPFL, en 1990, mon voisin de table – un Allemand très sympathique – me disait qu’il était obligé de s’acheter un centre de taille2 – comme faisaient beaucoup de charpentiers autour de lui – s’il voulait continuer à exercer son métier. Donc, il y a maintenant plus de trente ans, en Allemagne, ces centres de taille existaient déjà. Sur une logique d’industrialisation, ils développaient un outil extrêmement puissant, équivalent au travail de dix à quinze charpentiers. On pouvait redouter que ça tue le métier, mais si on se fie aux statistiques, même si ça paraît surprenant, le secteur de la construction en bois aurait embauché, depuis vingt ans, plus que l’industrie automobile et l’aéronautique réunis. Ce qui veut dire que ce modèle économique et technique – qui aurait pu être pointée par les luddistes, qui critiquaient les machines pour garder leur emploi – a pu permettre au bois de continuer à être utilisé, de manière croissante, et d’être même plus concurrentiel par rapport à d’autres matériaux. En disant tout ça, je suis conscient que mon rapport à la machine est peut-être ambigu et je sais que j’en ai bien profité. Mais aujourd’hui, je suis à la retraite et je ne sais pas dire si j’ai bien fait ou pas.

  • 3 Le Dictionnaire de la langue française, communément appelé le Littré d'après le nom de son auteur É (...)

En effet, je suis conscient que plusieurs métiers ont disparu. J’ai la chance d’avoir chez moi un dictionnaire Littré3, l’un des premiers dictionnaires de la langue française, qui regroupe, entre autres, plusieurs mots de métiers de l’époque. Or, tous ces mots ne font plus partie du Larousse aujourd’hui, car ils ont disparu avec les métiers et le vocabulaire ne porte plus la trace des savoirs correspondants. Récemment, je me suis beaucoup intéressé au travail de la pierre et j’ai lu dans une revue le témoignage d’un tailleur de pierre qui, en critiquant la robotique, dénonçait les intérêts des gens qui veulent faire de l’argent avec ces innovations technologiques et revendiquait la passion pour un métier qui peut se passer de la coupe en 3D. Je tire un parallèle avec l’évolution plus globale des techniques et du travail des matières, qui a connu un bouleversement majeur avec la révolution industrielle. Or, après l’encyclopédie de Diderot – où l’ensemble de ces savoirs avaient été retranscrits dans un ouvrage passionnant et magnifique – tout s’est arrêté parce que les sociétés industrielles ont évolué vers d’autres manières de produire et de consommer. Si on considère que c’est à partir de ce moment-là que les bouleversements environnementaux de la planète ont commencé à émerger, on peut requestionner les outils et leurs modes d’emploi.

R.M. : En quoi a consisté en particulier l’évolution de l’industrie du bois et de quoi cette évolution témoigne de nos jours ?

  • 4 Cross laminated timber, CLT en anglais.

J.A. : Dans un premier temps, je suivais le discours de Natterer. C’est-à-dire qu’il fallait qu’on sauve la planète. Enfin, j’exagère un peu, mais on était persuadés qu’il fallait construire avec le bois, disons indépendamment des moyens utilisés. Quand les panneaux en bois lamellé croisé4 sont apparus, autour des années 2000, j’étais content qu’ils existent, mais je me suis dit que ce n’était pas forcément l’outil qui me convenait. Je me suis surtout rendu compte que ces produits témoignent de la mainmise du capital sur un matériau. Quand j’ai choisi la charpente pour ne pas rentrer dans une société capitaliste, le bois était pour moi, et pour mes copains charpentiers, un moyen pour sortir de cette logique. On était considérés comme des francs-tireurs. Puis, ce matériau s’est fait acheter, on peut dire, il s’est fait prostituer. Le capital a mis la main dessus parce que le capital met la main sur tout. Comme le dit l’anthropologue Anna Lowenhaupt Tsing – qui a beaucoup travaillé dans les forêts en Amérique du Nord, mais aussi en Indonésie – pour le capital, il faut que la matière soit transformée en quelque chose de fluide, qui s’écoule dans les tuyaux, qui perde sa propre matérialité pour devenir un flux. Et ça c’est ce qu’on observe à travers le CLT : on ne se demande pas d’où vient le bois.

  • 5 Gaspard D’Allens, Main basse sur nos forêts, Seuil, collection « Reporterre », 2019.
  • 6 Jean-Baptiste Vidalou, Être forêts. Habiter des territoires en lutte, La Découverte, collection « Z (...)

Aujourd’hui, les architectes et les maîtres d’ouvrage qui ont recours au CLT peuvent revendiquer des qualités environnementales dans les projets qu’ils portent, mais ils ne savent peut-être pas que les bois qu’ils utilisent sont prélevés par des grosses sociétés autrichiennes ou allemandes qui savent obtenir les labels de bonne conduite écologique et que, derrière ces bonnes conduites, des gardes forestiers en Roumanie se font assassiner. Derrière ces brevets de bonne conduite, il y a en réalité des mauvaises conduites, comme le décrit, entre autres, Gaspard d’Allens5 : il s’agit d’un pillage où des collines et des montagnes entières sont rasées régulièrement. Jean-Baptiste Vidalou6 raconte notamment que dans les Cévennes, où il habite, des sociétés allemandes certifiées « écologiques » achètent des pans entiers de forêt de châtaigniers pour produire des pellets, c’est-à-dire les croquettes de bois qui servent à alimenter les chaudières. Cela soulève un paradoxe, si on pense à ce que sont devenues ces forêts sous prétexte d’écologie et si on pense à ce qu’on aurait pu faire avec des châtaigniers. Moi, j’ai fait des ponts, des belvédères ; on peut faire des meubles, des paniers et beaucoup d’autres choses avec des châtaigniers, mais si on se contente de les transformer en pellets, c’est vraiment dramatique. Mais le plus dramatique, c’est que ces grosses machines qui passent pour raser et broyer ces arbres dégradent aussi les sols, les exposent à des pluies brutales qui les érodent et massacrent ainsi un paysage millénaire en quelques secondes. Et tout ça, pour produire un matériau dont on dit qu’il est écologique.

Dans l’introduction de cet appel à articles vous parlez des critiques au solutionnisme technologique : je pense que le technicisme et le scientisme qui soutiennent cette approche sont dramatiques, car ils supportent le recours constant à des technologies, surtout de la part de ceux qui nous gouvernent, au lieu d’affronter les problèmes réels avec lesquels nous avons à faire. Qu’est-ce qu’on veut pour nos sociétés ? Sommes-nous capables de définir des buts communs et de nous réunir pour atteindre un intérêt collectif ? Qu’est-ce qu’on souhaite pour cette planète et pour nos sociétés ? Veut-on sauver la Terre ensemble ou juste continuer à la dépouiller au profit des plus riches ? Pour le dire de manière un peu caricaturale, je pense que la question de la technique devrait être subsidiaire et pas une fin en soi.

  • 7 Conçus dans les années 1990 par le Comité européen de normalisation (CEN), les « Eurocodes » sont d (...)
  • 8 Val Plomwood, La crise écologique de la raison, Presses universitaires de France, 2024.

Pour répondre à votre question, intéressons-nous aussi à la réglementation. Quand j’ai commencé à exercer, je me référais aux « règles de calcul et de conception des charpentes en bois CB71 » et aucun bâtiment construit avec ces règles n’a croulé. Par contre, dès 1990, quand j’étais à Lausanne, on parlait de l’établissement des Eurocodes7 qui, je pense, ont été impulsés par les industriels pour pouvoir conquérir des parts de marché à l’international. Le résultat de l’établissement de ces Eurocodes a été pour moi assez catastrophique, car cela n’a fait qu’éloigner le charpentier de la maîtrise de son métier. Un simple exemple pour m’expliquer : lorsque j’intervenais dans les écoles d’architecture, avec les six formules du CB71 qui permettent de calculer une poutre en flexion et un poteau en compression, je pouvais faire, en à peu près une demi-heure, 99,9 % de mon travail de soi-disant ingénieur et, comme moi, tout le monde pouvait le faire. Maintenant, avec les Eurocodes, on a à faire à une espèce de « boîte noire » qui comprend des formules très compliquées et qui implique l’achat de plusieurs logiciels : dans ce cadre, plus personne ne peut faire ces calculs sur un coin de table, avec une calculette, quand n’importe quel charpentier pouvait le faire avec les CB71. L’éloignement du métier que les Eurocodes ont provoqué est dramatique, parce que ces réglementations ne permettent pas d’optimiser le bois ou de moins gaspiller – ce qui pourrait être intéressant d’ailleurs – et arrivent à établir les mêmes dimensionnements qu’on obtiendrait avec les anciennes règles de calcul. Cela me fait penser à un autre livre que je suis en train de lire, La Crise écologique de la raison8. L’auteur, Val Plomwood, dénonce la dérive rationaliste de la culture occidentale et la manière dont la raison a été transformée en véhicule de domination et qui renvoie enfin à cette notion d’éloignement, sur laquelle je reviendrai. Un autre aspect qui me frappe est que ces Eurocodes – contrairement à ce qui se disait au moment de leur définition – n’ont même pas permis de franchir les frontières, parce que chaque pays européen a établi des règles d’application nationales qui ont rendu quasiment impossible à un ingénieur français de travailler en Italie et vice-versa. Donc, contrairement à ce que dit leur nom, ces règles n’ont même pas construit l’Europe, mais elles ont compliqué énormément les conditions d’exercice professionnel.

R.M. : Donc à quoi ou à qui sert cette complexification ?

J.A. : Je n’ai pas envie de passer pour complotiste et je dois reconnaître que l’établissement de ces règles est parti d’une bonne intention, adossée au processus d’unification de l’Europe. Mais – comme le disait Illich en pensant à la santé, à l’école, aux transports ou à l’Église – les meilleures intentions du monde prennent souvent la forme d’institutions qui deviennent non seulement improductives, mais aussi contreproductives.

  • 9 Il s’agit notamment de l’École Saint Exupéry conçue par l’équipe de maîtrise d’œuvre Méandre etc. a (...)
  • 10 Le label BEPOS (Bâtiment a énergie positive) identifie les caractéristiques d’un bâtiment dont le b (...)

On peut dire un peu la même chose aussi pour l’évolution de la réglementation thermique, qui, faisant arriver des tas de centrales de traitement d’air et de ventilation dans les bâtiments, soulève des questions relatives à la complexité des problèmes de défaillance et d’entretien de ces équipements techniques. Je pense notamment à un projet d’école auquel j’ai participé en tant qu’ingénieur bois et qui a été livré à Pantin en 20119 : pour atteindre le label Bepos10 plusieurs dispositifs de géothermie et d’énergie solaire ont été mis en place, mais les niveaux de consommation énergétiques estimés n’ont jamais été atteints dans la réalité, car les protocoles de fonctionnement à respecter ne le permettent pas. En visitant un bâtiment qui avait des problèmes thermiques avec un thermicien, un ami architecte me disait que, deux ans après la livraison, il s’était rendu compte que la centrale double flux intégrée au projet n’avait jamais été mise en service et que les occupants s’en étaient très bien accommodés. Cette deuxième anecdote soulève à nouveau la question du manque de définition et d’adhésion collective aux buts qu’une société peut se fixer. Or, il est vrai que les réglementations ont aussi apporté des évolutions positives, si on pense notamment à l’introduction de nouveaux matériaux – enfin, très anciens devrait-on dire – comme la paille et les matériaux biosourcés. Mais je crois que l’évolution des réglementations thermiques a surtout permis d’augmenter énormément les honoraires des thermiciens qui ont contribué à écrire ces règles.

  • 11 La labellisation Passivhaus s’appuie sur la certification allemande créée par Wolfang Feist à la fi (...)
  • 12 Le parc solaire de la BA 136 est une centrale solaire photovoltaïque française mise en service en 2 (...)

D’autres absurdités invraisemblables émergent encore dans ce cadre, comme la problématique de l’étanchéité du bâtiment générée par ces réglementations. Il y a quelques années, j’ai participé à la conception du Conseil général de l’Isère, dans le Vercors. Pour atteindre la labellisation Passivhaus11 fixé par la maîtrise d’ouvrage, on a dû traiter de manière sophistiquée les problèmes d’infiltration d’air pour éviter que le moindre filet d’air ne rentre dans le bâtiment. Mais si on observe son usage, consacré à l’aide sociale, on s’aperçoit que lorsqu’il est ouvert – et donc chauffé – l’afflux des personnes est continu donc, malgré la présence d’un espace tampon, la porte est toujours ouverte et le calcul estimé sur l’idée que le bâtiment soit absolument étanche est totalement contredit par la réalité du fonctionnement. Cette situation se produit également dans la centrale solaire de Toul-Rosières12, dont j’ai conçu la structure bois autour des années 2010.

La réglementation produit donc des absurdités mais aussi un effet d’infantilisation, car sous prétexte de respect des réglementations, tout le monde devient innocent et incapable d’agir. Le problème du rapport à la technique est alors, entre autres, celui que Matthew Crawford a soulevé dans L’éloge du carburateur (2009) et dans Contact (2016), en dénonçant la manière dont l’économie du savoir se révèle de plus en plus pauvre et déresponsabilisant. Si aujourd’hui je voulais réparer une voiture – comme je le faisais quand je vivais à la campagne il y a trente ans –, je ne pourrais plus le faire, car la sophistication électronique de ces objets est devenue telle qu’on ne peut plus voir ce qui se passe à l’intérieur. Je veux dire par là, au-delà de l’exemple, qu’on a perdu le contact avec les objets et les outils qui nous entourent et la technique qui les soutient nous échappe. Ce discours est également valable pour la robotique et l’intelligence artificielle qui nous échappent et nous dominent de plus en plus.

R.M. : Dans votre pratique professionnelle vous vous adaptez à ces changements ? Si oui, de quelle manière ?

  • 13 La « restauration des terrains en montagne » (RTM) est une opération de stabilisation et de restaur (...)
  • 14 L’Office national des forêts (ONF) est un établissement public à caractère industriel et commercial (...)

J.A. : Personnellement, je suis resté assez fidèle à la démarche que Julius Natterer avait lancée lorsqu’il avait été recruté par l’État fédéral suisse pour enseigner et créer la chaire Ibois à Lausanne, dans les années 1980. La Suisse à l’époque avait planté énormément d’arbres, non pas pour produire du bois d’œuvre, mais avant tout pour fixer les terrains, c’est-à-dire pour la « restauration des terrains en montagne13 ». C’est un enjeu qui était aussi défendu en France par une partie de l’ONF14, mais qui l’est beaucoup moins aujourd’hui, car l’État est en train de démanteler l’ONF, malheureusement. Natterer prônait l’utilisation des bois locaux et encourageait à éviter une transformation excessive de la matière première pour faire en sorte que le bois ne perde pas en résilience : ce choix consistait à considérer que, en général, plus un bois est transformé – par la perte de matière et le capital d’investissements nécessaire à cette transformation – moins il est résistant à la rupture. Ainsi, un lamellé-collé est moins résistant qu’un bois massif, qui est moins résistant qu’un bois rond. Fidèle à cette démarche, dans ma pratique professionnelle, j’ai cherché à privilégier des bois qui soient peu ou pas transformés, même si parfois j’ai dû utiliser du lamellé-collé.

  • 15 Les BLC (bois lamellés-collés) sont constitués de lamelles peu épaisses (33-45 mm) collées entre el (...)

R.M. : Dans les pratiques courantes, on observe un usage massif des éléments en bois reconstitués, tels que le bois lamellé-collé et le CLT15. Que dit cette évolution de notre rapport aux techniques constructives et à l’industrialisation ?

J.A. : Le CLT est l’un des produits en bois les plus transformés et, contrairement à ce qu’on croit, l’un des moins performants, parce que dans un panneau à couches croisées, il n’y a que la moitié des couches qui travaillent pour résister à la flexion dans un sens. Le CLT accomplit ainsi un double fantasme. D’une part, c’est le fantasme de l’architecte qui, en dessinant avec son ordinateur un panneau CLT avec la même facilité avec laquelle il pourrait dessiner un voile de béton, et il a l’impression de tout connaître au bois, mais plutôt qu’avoir un voile de béton de 20 cm, il aura un panneau de CLT de 24 cm et rien n’aura changé dans le processus de conception. D’autre part, le CLT est le fantasme des industriels, parce qu’il s’agit d’une matière infiniment inconnue : on ne sait ni d’où les bois viennent, ni comment ils sont transformés et si pour le faire on a rasé des forêts à 3 000 km, notre conscience n’est pas vraiment touchée parce que ça ne nous concerne pas directement.

  • 16 En utilisant ce terme, Jacques Anglade précise que son étymologie – issu du latin respectare – renv (...)

Les industriels nous disent d’ailleurs que le croisement des couches qui composent un panneau de CLT permet de réduire l’anisotropie du bois et d’augmenter sa résistance. C’était déjà le même discours pour le lamellé-collé, grâce auquel on pouvait annihiler les défauts du bois. Pointer des défauts – alors que l’anisotropie est une caractéristique dont on peut se servir – sert simplement à justifier la volonté de faire une matière industrielle, c’est-à-dire une matière avec laquelle on peut faire ce qu’on veut, sans considérer les moyens et les effets du processus de transformation (contraintes d’abattage, provenance, énergie, transports…). Personnellement, ce qui m’intéresse tout particulièrement aujourd’hui, c’est de rapprocher les usages de la production, c’est-à-dire répondre aux besoins de nos lieux de vie en fonction des ressources à disposition, mais cela implique de modes de produire et de consommer et un rapport avec la matière beaucoup plus respectueux – au sens premier du terme16 – par rapport à tout ce qui se fait aujourd’hui.

R.M. : Quel type de respect présuppose notamment le bois ?

J.A. : Il n’y a pas une seule réponse à cette question. Je préfère parler de cultures constructives différentes – comme la culture traditionnelle japonaise – ou alors citer le travail de certaines figures singulières, comme celle de José Zanine Caldas, qui s’est toujours battu pour une juste rationalisation de l’usage des bois et une meilleure gestion des forêts au Brésil, en valorisant la récupération et la protection des bois sous toutes leurs formes. Bien entendu, on se heurte aux contraintes liées en particulier aux réglementations, qui régissent la consultation des entreprises mais, même si on est extrêmement minoritaires à le faire, on peut produire des notes techniques pour faire valoir une forme de respect du travail de la matière, à travers des précisions concernant, par exemple, le rapport avec les scieries.

R.M. : Or, le bois est aujourd’hui perçu par les discours institutionnels et professionnels, comme un matériau qui est par principe écologique. Que pensez-vous de cette représentation ? De quoi témoigne cette évolution dans le monde professionnel, et plus globalement dans la société ?

  • 17 Fondée en 1946, la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA) est le premie (...)

J.A. : C’est difficile d’avoir un discours commun pour répondre à cette question, parce qu’aujourd’hui, on est face à des pratiques disparates dans une société qui est de plus en plus scindée entre deux univers complètement distincts, comme le montre la crise agricole qui est train de traverser notre pays. Entre le gros céréalier de la FNSEA17 et le petit éleveur de brebis dans les Pyrénées, il y a un gouffre en matière de revenus, de culture, de rapport au paysage et de rapport au travail. De la même manière, dans le secteur du bois, on peut observer d’une part la tendance accrue vers la concentration du capital portée par des sociétés immenses qui mettent en œuvre du bois pour des projets – par exemple, des gratte-ciels dont l’utilité est douteuse –, et d’autre part, des artisans qui passent leur temps à peaufiner des outils pour mieux travailler le bois. C’est comme si on vivait en même temps dans un xxie siècle fantasmé et de l’autre avec les pieds dans le Moyen Âge.

Figure 1. Belvédère de Saint Michel de Chabrillanoux, Ardèche

Figure 1. Belvédère de Saint Michel de Chabrillanoux, Ardèche

Photographie : Jacques Anglade

Figure 2. Belvédère de Saint Michel de Chabrillanoux, Ardèche

Figure 2. Belvédère de Saint Michel de Chabrillanoux, Ardèche

Photographie : Jacques Anglade

En ce qui me concerne, je peux dire que j’ai eu énormément de chance, parce que j’ai travaillé en France avec beaucoup de charpentiers qui étaient encore de vrais artisans, même si certains se sont fait manger par des grands groupes (comme Vinci) qui parfois ne sont même plus au courant de leur existence. J’ai pu ainsi travailler avec des personnes qui disposaient des savoir-faire très précieux, qu’on ne valorise plus assez aujourd’hui. Sans parler de salaires, il suffit de considérer les effets produits par l’usage du digital et de la robotique : à quoi sert d’apprendre l’art du trait si des logiciels 3D (dont je me suis aussi servi pendant longtemps) peuvent dessiner à notre place ? À quoi sert de savoir tailler la pierre ou le bois si le robot ou la machine en général peut le faire ? Mon expérience passée avec les entreprises Pyrénées Charpentes ou Charpentier Nomade m’a appris que beaucoup de choses peuvent échapper à l’intelligence artificielle et à la robotique, et que les savoirs et savoir-faire des artisans sont indispensables pour concevoir et mettre en œuvre une structure – comme lever une charpente par exemple – et qu’il est nécessaire de continuer à les faire vivre, à les défendre et à les diffuser. Dans ce parcours, toutefois, je me rends compte que le bois est devenu l’outil numéro un du greenwashing et qu’il sert les intérêts d’une société hypocrite dans laquelle on prend l’image ou une façade en bois pour un bâtiment. Cela est pour moi dramatique et me fait très mal.

On sait qu’il y a des lois de la matière, mais ces dernières sont souvent absentes dans les réglementations, parce que ce qui régit ces règles est un processus d’abstraction et peut-être même un mode de défense, qui équivaut à dire qu’au final, on n’y comprend pas grand-chose. Je vous donne un exemple issu de ma première formation en ingénierie hydraulique : dans la mécanique des fluides, on avait des équations différentielles pour définir l’écoulement des fluides sous réserve qu’ils soient laminaires – c’est-à-dire continus et rectilignes –, ce qui supposait que le fluide n’ait pas de limites ni d’obstacles devant et derrière lui ; or, dans la réalité, l’écoulement laminaire n’existe pas, donc les seules lois qu’on a pu établir s’appuient sur des phénomènes qui n’existent pas. L’écoulement des eaux d’un torrent autour d’un caillou me fait penser à la transmission des efforts le long des veines d’un bois autour d’un nœud ; dans ce cas comme dans le précédent, on ne sait pas comment les forces circulent dans la situation réelle : si on pense à ça on peut dire – de manière peut-être un peu violente et caricaturale – qu’on a construit des réglementations très complexes à partir d’une absence de connaissance.

R.M. : Vous voulez dire que la pratique, l’expérience et l’empirisme sont des moyens essentiels pour concevoir et apprendre. Dans votre pratique, quel a été votre rapport avec la science et la technique ?

J.A. : Dans ma pratique professionnelle, en tant qu’ingénieur bois, je devais garantir qu’un ouvrage tienne vis-à-vis de la société et pour ce faire je me suis basé sur mon intuition d’abord et après sur la validation de cette intuition par des calculs faits par des logiciels de calcul structurels, qui me permettaient de présenter mon travail à un bureau de contrôle. Mais je suis convaincu, comme le disait Pier Luigi Nervi – auquel je ne veux pas me comparer, évidemment – que ce parcours de validation est superflu et pesant et que c’est la société qui a besoin de ce type de calcul et non l’ingénieur. Quand j’ai suivi une formation payante pour apprendre à utiliser des logiciels, très chers, de calcul des structures par éléments finis, je me souviens que, en fin de parcours, on nous alertait sur la nécessité de l’intuition, sans laquelle le logiciel ne suffirait pas à résoudre les questions structurelles. Ce qui pour moi revient à dire que si on n’a pas cette intuition, l’outil ne sert à rien. Or, dans ma pratique, je me suis servi de ces outils de calcul et j’en ai profité, bien sûr, car j’appartenais à cette société et j’étais conscient qu’il fallait convaincre les équipes d’architectes et les entreprises et rassurer le bureau de contrôle. Mais maintenant, je relativise leur utilité et je crois qu’il faut vraiment remettre l’outil à sa place, même si ça parait une banalité de le dire.

Plus globalement, je peux dire que je respecte la science qui, par principe, produit de la connaissance à partir du doute. La technique telle que nous la connaissons aujourd’hui et qui est adossée aux industries est plus souvent un outil de domination infaillible et qu’on ne remet pas en cause, et il me semble qu’il y a un gouffre entre le langage impérieux de la technique et la nature de la science.

R.M. : Votre pratique témoigne d’une capacité à concilier l’art du charpentier avec les sciences de l’ingénieur. Pouvez-vous nous parler de la manière dont vos choix techniques ont pris forme ?

J.A. : Pour répondre, je ferai référence à une passerelle en bois de châtaignier qu’on a réalisée en Ardèche il y a quelque temps. Quand je suis allé sur place avec le maire – que je respecte beaucoup et qui est un grand spécialiste du châtaignier –, le site a fait émerger plusieurs évidences. D’abord, pour franchir une portée de 20 m, il fallait concevoir une arche, en lien avec le paysage encaissé du Sud de la France. Deuxièmement, il fallait utiliser le bois de châtaignier, qui représente la ressource locale principale du site. Troisièmement, à cause des routes sinueuses, on ne pouvait pas imaginer d’arriver avec un camion transportant des grands éléments préfabriqués avec une grande remorque. Quatrièmement, ou peut-être première évidence : avec le châtaignier, on ne peut pas faire de grandes longueurs, ni de grandes sections. Donc il fallait concevoir une passerelle avec des bois de petite section (de 13 x 13 cm à 13 x 18 cm) et de petite longueur (pas plus de 3,5 m chacun). Le projet devait donc découler de l’ensemble de ces contraintes.

Figure 3. Passerelle d’Ajoux, Ardèche

Figure 3. Passerelle d’Ajoux, Ardèche

Photographie : Jacques Anglade

Figure 4. Passerelle d’Ajoux, Ardèche

Figure 4. Passerelle d’Ajoux, Ardèche

Photographie : Jacques Anglade

Il m’est souvent arrivé de me retrouver dans ces mêmes conditions, comme dans la réalisation du gymnase du Charlaix-Meylan, à côté de Grenoble. En accompagnant les architectes devant les maîtres d’ouvrage, j’ai fait une présentation pour expliquer les vertus du bois rond, en m’appuyant sur des photos des temples grecs, et j’ai convaincu les auditeurs de la pertinence de ce choix, aussi grâce aux diagrammes que j’avais pratiqués à Lausanne et aux considérations relatives à la réduction de l’énergie grise associée. Puis, quand je suis reparti, j’étais un peu embarrassé parce que j’ai compris que c’était à moi qu’il tenait de concevoir cette structure : alors, j’ai ressenti que c’était très stimulant et bien plus amusant et original que de s’appuyer sur la facilité du lamellé-collé, supposant de composer avec une boîte à lego prêt à l’emploi.

R.M. : Dans votre pratique, le bureau d’études a joué un rôle essentiel dans la conception des structures, à côté des équipes de maîtrise d’œuvre que vous avez accompagnées. À partir de cette expérience singulière, pouvez-vous nous donner votre regard sur les pratiques constructives contemporaines, notamment face aux contraintes de standardisation auxquelles ces pratiques semblent soumises de nos jours ?

J.A. : Pour ce qui concerne ma pratique, j’étais un peu comme le coucou qui pond ses œufs dans le nid des autres. La plupart du temps, j’ai travaillé avec des architectes qui m’ont fait confiance en me laissant une place importante dans la conception des ouvrages ou des structures, mais il y en a aussi avec qui ça n’a pas marché. Il fallait en particulier que je parle parfois le langage de l’ingénieur – lorsque je devais rappeler ce qui ne pouvait pas tenir –, mais je préférais employer le langage de l’architecte, pour partager et enrichir les choix concernant l’espace, la légèreté, la géométrie, le rapport à la lumière, et donc relatifs au vocabulaire de l’architecture et non à celui de l’ingénieur. Cela m’a permis globalement de travailler avec une certaine liberté.

Toutefois, c’est vrai aussi qu’on est souvent soumis à des contraintes en termes de standardisation. Si, par exemple, on doit concevoir une école, un lycée, un collège ou des bureaux, on doit définir une trame structurelle, mais les produits constructifs à disposition sur le marché ont des dimensions standardisées (120-125 cm) donc le choix d’une trame s’impose rapidement. Un exemple pour mieux m’expliquer : au début des années 2000, j’ai réalisé, avec les architectes Alain Cartignies et Marie-Josée Canonica, le collège Vincent-Van-Gogh, à Blénod-lès-Pont-à-Mousson. Les architectes étaient des fanatiques de la trame de 90 cm (à l’horizontal et en vertical) et on a ainsi conçu et dessiné tout sur la base de cette trame. Mais en chantier, tout a été construit sur la base d’une trame à 120 cm, donc on a eu à faire avec une trame pour la conception et une trame pour la construction et les charpentiers ont su s’arranger et trouver des formes de compatibilité. Je veux dire qu’en pensant pouvoir s’extirper de la trame donnée, on s’est compliqué la vie et surtout, on n’est pas sortis de la trame imposée. Lorsqu’on travaille avec des produits industriels, il faut en effet travailler avec les dimensions standards des éléments constructifs et ne pas trop gaspiller la matière, mais personnellement, je n’ai pas été trop contraint par cela dans ma pratique. Par contre, j’ai souvent vu autour de moi des confrères qui s’interrogeaient surtout sur les produits à utiliser et moins sur les choix de fond des projets : cela ne me semble pas une bonne démarche, parce que ça implique de rentrer dans la logique de l’industriel qui veut placer ses produits. Certes, il y a des composants en bois – pour réaliser des planchers, des plafonds ou des parois – qui sont intéressants et qui fonctionnent très bien, mais parfois, on s’aperçoit qu’ils ne sont pas plus économiques que d’autres composants réalisés sur place par des artisans ou des entreprises locales. Dans ma pratique, derrière n’importe quel projet public auquel j’ai travaillé, ma logique a été toujours de faire travailler des entreprises locales, parce que ce sont celles-ci qui financent, par leurs taxes et impôts, les collectivités locales. Imaginer de faire venir des composants en bois fabriqués en Allemagne, alors que nous disposons du bois et des charpentiers capables de transformer la matière et de produire une économie locale, me paraît vraiment une absurdité. Pour ça je n’ai jamais voulu me soumettre à ces logiques industrielles.

R.M. : Plus globalement quel est votre regard sur la manière dont les acteurs de la production architecturale pensent et mettent en œuvre leurs choix techniques de nos jours ?

J.A. : Depuis un certain temps, je jette toutes les revues d’architecture que je reçois et je ne m’abonne plus à aucun magazine d’architecture. J’observe toutefois ce qui se fait via les réseaux sociaux, en suivant les quelques architectes que j’estime, comme Christophe Aubertin, de l’atelier Lada, qui était stagiaire chez moi en 2004 et qui avait notamment travaillé dans le collège dont je parlais avant à propos de la standardisation des produits de construction : son travail m’intéresse, non seulement parce qu’il touche à des matériaux comme le bois et la pierre, mais aussi parce qu’il cherche à établir, de manière très sérieuse, des protocoles pour travailler avec des fournisseurs locaux. Il y a d’autres professionnels en France qui sont dans cette démarche, comme Boris Bouchet, qui défend une approche tournée vers la rénovation et la réparation de l’existant, en remettant en cause la nécessité de construire encore. Cette posture renvoie plus globalement à des questions fondamentales qui dépassent la technique et interrogent encore une fois les paradigmes sur lesquels nous souhaitons construire nos sociétés.

R.M. : À ce propos, comment intégrez-vous les enjeux liés à la maintenance et à la réparation des bâtiments et structures ?

J.A. : En ce moment, autour de moi, en Italie, j’observe l’intérêt de la restauration et de la réhabilitation de l’ancien, car ces activités impliquent des capacités d’analyse, d’écoute et d’imagination qui permettent de restituer un usage à un bâtiment, même ordinaire, qui tient encore. Je suis conscient que ces activités nécessitent des approches qui bousculent nos modes de vie. Mon grand-père était quelqu’un qui venait de l’univers de la réparation et qui réparait tout ce qu’il pouvait avec des moyens simples (fils de fer, tissus, etc.). Mon père n’a pratiquement jamais touché un outil de sa vie. Avec ça, je veux dire qu’il y a eu une espèce de césure générationnelle, entre un univers d’avant la Deuxième Guerre mondiale et un univers d’après-guerre, où on ne cherchait plus trop à réparer, car on était rentrés dans l’époque de l’hyperconsommation. Et moi, aujourd’hui, je ne suis ni mon papa, ni mon grand-père, mais je suis convaincu que si on a un avenir en tant que société, il tient dans le fait de réparer les outrages qu’on a fait aux autres et à la planète. Donc, la notion de réparation est pour moi centrale, même si je ne suis pas un modèle peut-être.

R.M. : Aujourd’hui, sous prétexte d’écologie, la production architecturale s’appuie de plus en plus sur des notions de réversibilité ou d’économie circulaire : ces dernières peuvent infléchir le rapport à la durée des ouvrages et au temps avec lequel nos sociétés se représentent, non sans conséquences. Comment le rapport au temps a influencé votre manière de concevoir et construire ?

J.A. : Si on analyse la quantité d’énergie grise nécessaire pour faire une brique, on sait qu’elle est non négligeable, à cause du processus de cuisson à haute température ; mais si on observe la quantité de bâtiments, ouvrages et remparts construits depuis 2000 ans et qui tiennent encore débout, le bilan carbone est totalement à relativiser sur une durée de vie si longue. À l’inverse, s’il faut reconstruire un bâtiment peu de temps après sa livraison, même si on utilise des matériaux à faible émission, le bilan carbone associé sera toujours problématique. Cela me fait penser à la reconstruction, en 2014, du lycée des Eaux-claires à laquelle j’ai participé avec R2K architectes, à Grenoble. Ce bâtiment s’est substitué à un établissement réalisé dans les années 1960, qui a été entièrement détruit et qui a eu, au final, moins de soixante ans de durée de vie. Pour moi, cela est vraiment dramatique. Si je repense à l’école primaire de la fin du xixe siècle que je fréquentais, à côté de Bordeaux, quand j’étais petit, je me rends compte à quel point elle n’avait pas bougé depuis un siècle : les seuls éléments cassés c’étaient les stores extérieurs en plastique, qui avaient été posés dans les années 1990 et qui trois ans plus tard étaient déjà inutiles, mais le reste de l’école était impeccable.

Depuis 2019, je vis en Italie et je suis agréablement surpris par la quantité de bâtiments désaffectés qui ont été réhabilités pour répondre à des usages contemporains, comme les couvents, par exemple, reconvertis en bibliothèques, en facultés universitaires ou autres centres culturels publics.

La question qui se pose alors est aussi celle des moyens qu’une société veut consacrer à l’éducation et apparemment, déjà depuis cinquante ans, on ne tient plus à l’éducation publique. Quand on regarde les lycées construits dans le xixe siècle, certes ils ressemblaient un peu à des casernes, mais ils tenaient encore debout et on pouvait encore y faire quelque chose. Cette approche me paraît très intéressante et soulève des enjeux et des paradoxes considérables. Lorsque j’intervenais dans les formations HMONP dans les écoles d’architecture en France, je parlais aux étudiants d’une expérience que j’avais menée avec des architectes près de Chambéry, dans la réhabilitation d’un collège où il s’agissait de faire ce qu’il faudra faire un peu partout maintenant en France, c’est-à-dire « cuisiner les restes ». Ce collège était très moche et il fonctionnait mal : on a ainsi créé un atrium, on a fait rentrer de la lumière, on a isolé de partout, on a habillé en bois, mais ce n’était pas si simple, ni pour les architectes, ni pour les entreprises de répondre à toutes ces contraintes. Le maître d’ouvrage, le Conseil général de Savoie, est même arrivé à la conclusion qu’il aurait mieux fait de tout raser, car finalement, une démolition-reconstruction aurait coûté moins cher. Et malheureusement, cela est un peu vrai : si on veut simplement isoler un mur en béton avec une forme un peu complexe, quel que soit l’isolant que l’on choisit, il faut compter le coût du bardage et de la structure à fixer sur le béton et à l’époque, ça pouvait coûter 150 €/m2, alors que pour construire une simple paroi en bois avec la même qualité d’isolation, ça pouvait coûter 120 €/m2. Ce sujet – qui représente un gros problème – soulève d’autres questions concernant l’opportunité des choix relatifs à la réhabilitation des passoires thermiques ou alors des immeubles haussmanniens, pour lesquels l’isolation par l’extérieur implique des enjeux patrimoniaux et l’isolation par l’intérieur suppose une perte de surface et donc une perte de rentabilité économique.

R.M. : Aujourd’hui, dans les pratiques courantes, on observe une dissociation croissante entre missions de la maîtrise d’œuvre et d’exécution. Avez-vous connu cela dans votre pratique ? Si oui, quel regard portez-vous sur cette tendance ?

  • 18 Pour signifier l’importance de l’entretien dans le travail de la terre au Japon, Jacques Anglade re (...)

J.A. : Dans ma pratique je n’ai pas connu ça. Si cette dissociation dépend beaucoup de la taille des projets, je crois qu’il est encore question de l’éloignement dont je parlais au début et qui me fait penser au mouvement agricole qui proteste en ce moment en France, mais aussi en Italie, et ce qu’on observe est très triste. En France, on a allégé toutes les réglementations concernant les produits phytosanitaires pour continuer à empoisonner la terre – c’est ce que voulait la FNSEA, le syndicat majoritaire des agriculteurs –, mais on sait qu’un nombre de plus en plus croissant de terres n’appartient plus aux paysans mais à des industriels, qui utilisent la sous-traitance pour cultiver leurs champs. Un ami dont le père était paysan me disait il y a longtemps que le rôle du paysan, ce n’est pas tellement de produire de la nourriture mais d’entretenir et d’améliorer sa terre18 ; et si le paysan n’est pas propriétaire de sa terre, son but n’est pas d’en prendre soin, mais juste de produire. La différence est fondamentale et aujourd’hui, on sait que la proportion de paysans propriétaires de terres a décru considérablement.

  • 19 On appelle de cette manière les ouvriers qui montent les plaques de plâtre en chantier.

Or, si on considère le secteur du bâtiment, on peut observer quelque chose de similaire. À mon époque, quand les plaquistes19 arrivaient sur le chantier, on savait qu’il s’agissait d’une sous-traitance et que le travail serait mal fait, parce que la sous-traitance induisait une forme de déresponsabilisation totale. C’est pour ça d’ailleurs qu’à un moment donné, dans ma pratique, je me suis retrouvé à refuser d’utiliser une seule plaque de plâtre avec les architectes avec qui j’ai travaillé, car on savait qu’il aurait été sous-traité. Après, c’est vrai qu’on ne sait plus utiliser le plâtre et que cela a fait baisser la qualité de la main-d’œuvre en général, mais il m’est arrivé pourtant, dans le projet d’une crèche, de convaincre des architectes à faire un faux plafond un peu complexe en plâtre, avec des artisans qui ont fait un travail merveilleux ; ces derniers nous ont de plus fait part de leur satisfaction d’avoir apporté leur contribution sur ce type d’élément constructif singulier, ce qui interroge plus globalement les savoir-faire des artisans, dont on ne doit pas se passer. Sur ce sujet, j’ai eu la chance de travailler avec un architecte, Yves Perret, qui s’attache beaucoup à faire en sorte que les artisans trouvent un moyen non pour exhiber leur savoir-faire, mais pour le faire vivre, et cela me semble vraiment indiquer le chemin à suivre.

R.M. : Vous avez parlé de vos interventions dans les formations HMONP dans les écoles d’architecture en France et même si cette fréquentation n’était pas régulière, vous avez peut-être un point de vue sur les enjeux liés à l’évolution des formations des acteurs de la construction de demain. Que diriez-vous à un jeune étudiant (ingénieur ou architecte) qui, comme vous, voulait s’extraire des pratiques dominantes ?

J.A. : Dans les écoles d’architecture en France, on voit encore des projets de villas modernistes en béton blanc, mais il est clair que l’avenir n’est plus là ; il faut penser que chaque goutte de pétrole, c’est une goutte de sang. Les défis que les jeunes générations peuvent relever désormais sont ceux de la réparation et de l’entretien, actions qui sont historiquement portées par les femmes, car l’univers de l’abandon est très masculin.

Bien que mon activité ne fût pas celle d’enseigner, dans ma vie, j’ai rencontré beaucoup d’étudiants : certains dans les stages ou dans les entreprises que je connaissais ; d’autres que j’ai dirigés vers la Fédération des compagnons des métiers du bâtiment pour apprendre la charpente et d’autres plus ponctuellement, dans les écoles d’architecture en France. Or, si je pense aux situations de choix professionnels et de doutes dans lesquelles plusieurs se retrouvent aujourd’hui, je dirais d’abord qu’il y a mille manières pour intervenir dans une société et qu’en architecture, il n’est probablement pas nécessaire de jouer le même rôle que moi. Quand j’ai pris ma retraite, fin 2019, je me suis dit en effet que le rôle d’ingénieur structure bois n’a peut-être plus tellement lieu d’exister. En repensant à mon expérience, je crois que je suis venu combler un certain vide qui existait dans la formation des architectes, parce que le bois n’était même pas traité dans les écoles d’architecture et parce qu’il n’y avait pas la curiosité de se pencher sur la matière, ni sur le vocabulaire des structures en bois. Ce rôle comblait aussi un vide dans les entreprises, qui manquaient d’expertise pour dessiner, concevoir et calculer des structures en bois. Aujourd’hui, ce contexte a changé : les formations sont en train d’évoluer, un regain d’intérêt pour la matière apparaît et au moment où on refait la charpente de Notre-Dame, tout d’un coup il y a 10 000 Françaises ou Français qui souhaitent faire de la charpente. Parmi ceux-ci, on compte aussi des gens qui ont fait des études de haut niveau, qui ont des capacités de langage et d’abstraction et qui peuvent rentrer dans une entreprise de charpente. Il y a cent cinquante ans, un paysan un peu futé se formait pour devenir charpentier car c’était plus intéressant que de travailler la terre et on gagnait mieux sa vie, peut-être. Après, tous les métiers d’ouvrier du bâtiment ont été dévalorisés, avec l’impact dont je parlais avant au sujet du plâtre. Aujourd’hui, on constate au contraire une forme d’engouement pour les métiers manuels, d’une part parce que des gens qui ont un capital culturel élevé cherchent à redonner du sens à leur travail, et d’autre part parce qu’un charpentier peut être mieux payé qu’un professeur.

Je crois de plus en plus qu’on vit sur une planète finie, dont les ressources énergétiques et matérielles sont limitées. Si je devais conseiller un jeune, je dirais que la seule ressource infinie, c’est l’énergie humaine collective, portée par le partage d’objectifs communs par des gens qui se mettent ensemble à faire quelque chose. Devant un robot ou devant une intelligence artificielle, on ne produit pas grand-chose. Au contraire, je pense qu’un jeune qui va apprendre à se servir d’un outil, même s’il n’aura plus l’occasion de s’en servir, il pourra adapter cet apprentissage pour utiliser un autre outil ou d’une matière à une autre matière.

Plus globalement, je pense que s’approcher d’un matériau signifie établir une forme d’échange avec lui : en donnant une forme, c’est-à-dire en informant un matériau, lui-même nous informe et nous renseigne sur ce qu’on peut lui demander et sur ce qu’on ne peut pas lui demander. Ainsi, si on utilise un ciseau à bois à contresens, on comprend rapidement qu’on doit faire autrement et au moment où cet échange s’est établi, l’expérience enrichit notre conscience et éveille nos sens pour toujours. Demain, je ferai une formation pour construire des paniers avec des gens du village où j’habite actuellement, en Italie. Je ne l’ai jamais fait et mon but ce n’est pas de vendre des paniers mais, comme l’a fait Tim Ingold avec ses étudiants en Écosse, il est pour moi question d’apprendre dans le contact et l’échange que je peux établir avec une matière. Enfin, la technique doit être considérée comme un simple moyen, car dès qu’elle devient une fin en soi et/ou qu’on se laisse gouverner par elle, on perd du sens dans notre travail et dans notre rapport au monde.

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Notes

1 La Gueule ouverte, était un journal écologiste et politique français fondé en novembre 1972 par Pierre Fournier, en lien avec Charlie Hebdo.

2 Les centres de taille et d'usinage de charpente sont des ateliers équipés de machines à commande numérique à partir d'une modélisation 3D, permettant de tailler les bois de construction et de charpente et pratiquer un certain nombre d'entailles simples en optimisant la productivité.

3 Le Dictionnaire de la langue française, communément appelé le Littré d'après le nom de son auteur Émile Littré, est publié entre 1863 et 1873.

4 Cross laminated timber, CLT en anglais.

5 Gaspard D’Allens, Main basse sur nos forêts, Seuil, collection « Reporterre », 2019.

6 Jean-Baptiste Vidalou, Être forêts. Habiter des territoires en lutte, La Découverte, collection « Zones », 2017.

7 Conçus dans les années 1990 par le Comité européen de normalisation (CEN), les « Eurocodes » sont des codes européens de conception et de calcul des ouvrages (bâtiment et génie civil) afin d’harmoniser les techniques de construction en Europe.

8 Val Plomwood, La crise écologique de la raison, Presses universitaires de France, 2024.

9 Il s’agit notamment de l’École Saint Exupéry conçue par l’équipe de maîtrise d’œuvre Méandre etc. architectes.

10 Le label BEPOS (Bâtiment a énergie positive) identifie les caractéristiques d’un bâtiment dont le bilan énergétique global serait positif, c’est-à-dire qu’il produirait plus d’énergie (thermique ou électrique) qu’il n’en consomme.

11 La labellisation Passivhaus s’appuie sur la certification allemande créée par Wolfang Feist à la fin des années 1980 et correspond à un modèle de performance constructive basé sur la réduction de déperditions thermiques obtenue à travers l’étanchéité à l’air du bâtiment, l’isolation renforcée et le contrôle des systèmes de ventilation.

12 Le parc solaire de la BA 136 est une centrale solaire photovoltaïque française mise en service en 2012 par EDF Énergies Nouvelles, à Rosières-en-Haye près de Pont à Mousson. Jacques Anglade a conçu la structure en bois du projet mandaté par l’équipe de maîtrise d’œuvre Cartignies-Canonica architectes.

13 La « restauration des terrains en montagne » (RTM) est une opération de stabilisation et de restauration des sols en pentes qui fait appel à des techniques différentes, en fonction du site et des risques particuliers des divers contextes auxquels elle peut s’adapter (fortes pentes, climat froid, tempéré, chaud ou tropical).

14 L’Office national des forêts (ONF) est un établissement public à caractère industriel et commercial français, chargé de la gestion des forêts publiques, placé sous la tutelle du ministère de l’Agriculture et du ministère de la Transition écologique et solidaire.

15 Les BLC (bois lamellés-collés) sont constitués de lamelles peu épaisses (33-45 mm) collées entre elles sur la largeur pour former des éléments structurels de grandes dimensions. Le CLT (cross-laminated timber) ou bois-lamellé-croisé se présente sous la forme d'un panneau multicouche constitué de trois à onze couches de lamelles ou lames de bois collées et croisées à 90 degrés entre elles (chaque couche contient des lamelles disposées dans un seul sens) pour former des éléments structurels sur de longues portées.

16 En utilisant ce terme, Jacques Anglade précise que son étymologie – issu du latin respectare – renvoie à l’idée de « regarder deux fois », « se retourner pour regarder », « avoir en vue, se préoccuper de » et qui présuppose donc une attention particulière pour la matière.

17 Fondée en 1946, la Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles (FNSEA) est le premier syndicat agricole français (qui réunit 20 000 syndicats locaux) et il rassemble l’ensemble des productions agricoles de toutes les régions (avec 212 000 adhérents).

18 Pour signifier l’importance de l’entretien dans le travail de la terre au Japon, Jacques Anglade renvoie ici aux réflexions développées dans son projet « Traces. Recherches sur un monde vivable pour tous » (https://www.facebook.com/jacques.anglade.39), après avoir lu La révolution d’un seul brin de paille, de Masanobu Fukuoka.

19 On appelle de cette manière les ouvriers qui montent les plaques de plâtre en chantier.

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Table des illustrations

Titre Figure 1. Belvédère de Saint Michel de Chabrillanoux, Ardèche
Crédits Photographie : Jacques Anglade
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/craup/docannexe/image/14522/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 719k
Titre Figure 2. Belvédère de Saint Michel de Chabrillanoux, Ardèche
Crédits Photographie : Jacques Anglade
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/craup/docannexe/image/14522/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 841k
Titre Figure 3. Passerelle d’Ajoux, Ardèche
Crédits Photographie : Jacques Anglade
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/craup/docannexe/image/14522/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 46k
Titre Figure 4. Passerelle d’Ajoux, Ardèche
Crédits Photographie : Jacques Anglade
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/craup/docannexe/image/14522/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 51k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Roberta Morelli, « « La technique est un moyen et pas une fin en soi. » Entretien avec Jacques Anglade »Les Cahiers de la recherche architecturale urbaine et paysagère [En ligne], 20 | 2024, mis en ligne le 17 avril 2024, consulté le 22 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/craup/14522 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/11pav

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Auteur

Roberta Morelli

Ingénieur-architecte de formation et docteur en ingénierie de la construction et de la planification territoriale, Roberta Morelli est maître de conférences à l’ENSA de Paris-Belleville, chercheur auprès de l’UMR AUSser (architecture urbanisme société : savoir enseignement recherche) et coresponsable scientifique du Labex Futurs urbains (université Paris-Est). Ses activités pédagogiques, ainsi que ses recherches, menées dans le cadre de divers programmes ministériels, portent sur l’évolution des processus de conception et de fabrication des édifices et de la ville, face aux enjeux environnementaux contemporains.
roberta.morelli@paris-belleville.archi.fr

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