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Recherche-action pour une maintenance du quotidien dans les résidences universitaires

Action research for daily maintenance in student housing
Marion Serre, Agathe Chiron et Chloé Perreau

Résumés

Dans le contexte actuel de crise environnementale, la maintenance est de plus en plus présentée comme une alternative à l’innovation et au progrès, généralement associés à la croissance et à la consommation. De nombreuses enquêtes témoignent de ce potentiel, jusqu’à en démontrer la portée politique. En plus de constituer un matériau empirique inédit, elles contribuent à remettre sur le devant de la scène un ensemble d’objets et de pratiques peu visibles. Cet article vient s’ajouter à cette collection d’études de cas en investiguant le terrain des résidences universitaires des Crous (Centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires). Outre le fait d’enrichir les connaissances sur les systèmes techniques et le travail réalisé par les agents, cette recherche-action interroge les formes de médiation technique qui pourraient replacer les activités d’entretien, de maintenance et de réparation du logement entre les mains de celles et ceux qui habitent.

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Texte intégral

  • 1 Différents ouvrages l’ont mis en évidence parmi lesquels nous pouvons citer : Steven J. Jackson, «  (...)
  • 2 Jérôme Denis et David Pontille, Les Soins des choses. Politique de la maintenance, Paris, La Découv (...)
  • 3 Bruno Latour, « La Fin des moyens », Réseaux, vol. 18, n° 100, p. 39-58.

1Dans le contexte actuel de crise environnementale, la maintenance est de plus en plus présentée comme une alternative à l’innovation et au progrès, généralement associés à la croissance et à la consommation. De nombreuses études sont menées dans des secteurs extrêmement variés (industrie automobile, électroménager, gestion des déchets, bâtiment, horlogerie…), témoignant de l’intérêt des activités de réparation et de maintenance1, jusqu’à en démontrer la portée politique2. En plus de constituer un matériau empirique inédit, producteur de connaissance sur chacun des sujets investigués, ces enquêtes contribuent à remettre sur le devant de la scène un ensemble d’objets et de pratiques peu visibles mais à travers lesquels nous faisons société3.

  • 4 En France, les Crous sont des organismes d’État qui s’occupent de différents services pour les étud (...)
  • 5 Jérôme Denis et David Pontille, op. cit., p. 10.
  • 6 L’analyse fine de ces interventions montre que leur nombre varie en fonction du contexte et de la s (...)

2Cet article vient enrichir ce champ de réflexion, dans l’objectif de rendre visible des activités de maintenance encore trop souvent perçues comme peu productives et, de fait, déconsidérées. Le terrain investigué ici est celui des résidences universitaires des centres régionaux des œuvres universitaires et scolaires4, les Crous. Comptant plus de 175 000 logements pour 2,8 millions d’étudiants, avec des moyens humains et matériels limités, les Crous sont particulièrement confrontés à l’impératif de « faire durer les choses5 ». Les cités universitaires de plus de 2 500 logements recensent en moyenne 250 à 300 interventions de maintenance par mois (électricité, plomberie, électroménager, mobilier, nuisibles, chauffage, serrurerie…)6. La durée de chaque intervention étant généralement comprise entre 15 et 60 minutes, cela signifie qu’au moins deux à trois agents techniques sont mobilisés pour ces actions de maintenance du quotidien à temps plein.

3Outre le fait d’enrichir les connaissances sur les systèmes techniques et le travail réalisé par les agents, ce cas d’étude constitue l’occasion d’interroger les formes de médiation technique qui pourraient replacer les activités d’entretien, de maintenance et de réparation du logement entre les mains de celles et ceux qui habitent. En ce sens, la maintenance sera ici explorée comme un prisme d’analyse de savoirs, de pratiques, de négociations et de rapports de pouvoir entre les usagers.

  • 7 Christian Henke, « The Mechanics of Workplace Order: Toward A Sociology of Repair », Berkeley Journ (...)
  • 8 Cette chaire de recherche et de formation s’inscrit dans une démarche de recherche-action par le de (...)

4Pour comprendre ce qui se joue dans les activités de maintenance, il est essentiel d’en connaître l’ordre social, c’est-à-dire qui décide, qui maintient, qui utilise, selon quels modes d’organisation et quels cadres réglementaires7. La première partie de l’article s’attache donc à décrire l’organisation du travail de la maintenance dans une institution publique telle que le Crous en soulignant ses limites tant du point de vue technique que social. En réponse, la partie suivante analyse une expérimentation conduite dans le cadre d’une recherche-action portée par la chaire Mutation des vies étudiantes8 : la mise en place de designers régisseurs au sein des Crous. Ce nouveau métier interroge la place de la maintenance dans l’expérience de celles et ceux qui habitent les espaces. Comment permettre aux résidents de bénéficier du savoir des agents techniques pour participer à une maintenance du quotidien ? Comment associer étroitement le soin porté aux choses et le soin porté aux usagers, dans le cadre de travail des agents et les lieux de vie des résidents ? Plus généralement, dans tout projet porté par une institution publique, comment associer les logiques d’investissement à celles de fonctionnement pour que les usages participent à l’amélioration et au maintien du bâti plutôt qu’à son usure ?

5En apportant des réponses à ces questions, cet article a un double objectif. D’une part, encourager et stimuler une maintenance du quotidien dans ce type d’établissement, en y associant l’ensemble des acteurs qui y travaillent ou qui y vivent. Et, d’autre part, alimenter les réflexions sur le fonctionnement de nombreuses institutions accueillant du public (logements sociaux, écoles, universités, établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes ou Ehpad, hôpitaux…).

La maintenance au Crous : un univers encore à l’arrière-plan

  • 9 Everett Hughes, « Good people and dirty work », Social Problems, 10, 1, 1962, p. 3–11 ; Steven Shap (...)
  • 10 Bruno Latour, op. cit. ; Christian Henke, op. cit.

6Les premières études sur le travail et les travailleurs invisibles ont bien montré l’articulation étroite entre les ordres matériels avec lesquels ils travaillent et les ordres sociaux au sein desquels ils évoluent9. Examiner la technique et les outils sans le contexte social qui l’entoure n’est pas suffisant pour en faire la critique et en comprendre les effets sur nos sociétés10. C’est pourquoi cette première partie décrit le fonctionnement des Crous, afin de comprendre le cadre dans lequel les agents exercent leur métier, qui, dans le même temps, constitue le lieu de vie des résidents.

(Dys)fonctionnements : les savoirs d’usage des agents en sourdine

7Les Crous fonctionnent encore selon une organisation hiérarchique, classiquement rencontrée dans les institutions publiques françaises : des équipes de direction (générale, puis spécifiques) aux agents de terrain.

Figure 1. Organigramme type des Crous

Figure 1. Organigramme type des Crous

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8Ce mode d’organisation amène généralement chaque direction à fonctionner « en silo » : concentrée sur son champ d’action, interagissant peu avec les autres. Si certains Crous réussissent à dépasser le cadre institutionnel en offrant à leurs équipes du temps et des outils pour travailler ensemble, la majorité d’entre eux souffrent de cette absence de porosité. Celle-ci se manifeste souvent par des écarts entre les prises de décision et la réalité du terrain, pouvant générer des dysfonctionnements impactant l’ensemble des acteurs et plus particulièrement ceux opérant sur le terrain : les agents et les étudiants.

9Prenons l’exemple des serrures des chambres. Dans les projets récents de rénovation ou de construction, les serrures classiques sont fréquemment remplacées par des serrures à carte ou à badge. Ce marché a été réorienté pour réduire les coûts liés au renouvellement des clés en cas de perte, faciliter l’accès aux chambres par les équipes en cas de besoin et en piloter l’accès à distance. Cependant, la réalité du terrain s’est révélée toute autre. Ce dispositif empêche l’intervention des agents : en cas de panne, seule une entreprise spécialisée peut intervenir. Dès lors, l’équipe de direction de la résidence doit se charger de faire appel à l’entreprise, prévoir le créneau d’intervention et y consacrer un budget. La chaîne d’actions paraît simple, mais le temps qu’elle prend a un effet direct sur le résident qui ne peut plus entrer chez lui. D’un côté, l’absence de maîtrise du dispositif technique génère de la frustration du côté des agents, qui ne peuvent pas intervenir rapidement et, de l’autre, le résident ne comprend pas pourquoi l’intervention n’est pas réalisée tout de suite. Certaines résidences sont particulièrement impactées par ces dispositifs qui génèrent de l’angoisse chez les résidents ayant peur de rester bloqués à l’extérieur comme à l’intérieur de leur chambre. Comme le souligne Hervé, agent d’accueil :

  • 11 Entretien du 5 mai 2023, à Paris.

Au départ, ce n’était pas une mauvaise idée. Le problème c’est qu’ils restent tout le temps coincés et nous, on ne peut pas les aider. Il faut attendre que l’entreprise intervienne. Du coup, on est en première ligne, ils n’ont que nous comme interlocuteurs et on ne peut rien faire11.

  • 12 De la même manière que Pontille et Denis (Le Soin des choses, op. cit.), nous considérons que le mé (...)

10Autre exemple : une équipe de direction du patrimoine nous a confié avoir mis du temps à comprendre pourquoi certains couloirs de résidence restaient sales et se dégradaient progressivement malgré le passage régulier des agents d’entretien12. En se déplaçant sur le terrain et en suivant de près le travail réalisé, ils se sont aperçus que la plupart de ces couloirs n’étaient pas équipés de vidoirs et que, lorsque certains l’étaient, l’arrivée d’eau chaude n’avait pas été prévue. L’absence de ces équipements constitue un frein majeur pour les équipes d’entretien qui, au lieu de vider régulièrement le seau et le remplir, nettoient l’ensemble des étages avec la même eau. Depuis, la direction du Patrimoine intègre ces dispositifs dans ses programmes, mais continue à s’interroger sur leur manière de travailler :

  • 13 Entretien du 13 mars 2022, à Lille.

Ce qui me pose vraiment question, c’est qu’on se voit assez prescripteur d’usage, mais tout en étant très loin du quotidien des usagers, quand même. On va prescrire un usage du logement qui est peut-être complètement à côté de l’usage réel. Là les programmes qui sont sortis pour les trente prochaines années, c’est Franck et moi qui les avons pensés tous seuls13.

11Les deux exemples choisis montrent deux sources différentes de dysfonctionnement : le premier est lié à un choix technique dont les usages attendus ne correspondent pas aux usages effectifs, alors que le second est dû à une méconnaissance des usages des agents par les équipes de direction. Ces exemples de décalage entre la technique et l’usage sont nombreux. Notre équipe les a rassemblés sous la forme de bandes dessinées (35 au total) qui décrivent, par le prisme de l’usage, la chaîne d’action liée au dysfonctionnement observé.

Figure 2. Exemples de dysfonctionnements réalisés par Pauline Aubry (designeuse régisseuse)

Figure 2. Exemples de dysfonctionnements réalisés par Pauline Aubry (designeuse régisseuse)

Chaire Mutation des vies étudiantes

  • 14 Jodelle Zetlaoui-Léger, « Invention et réinvention de la “programmation générative” des projets : u (...)
  • 15 Avec les marchés à définition simultanée et le dialogue compétitif notamment. Voir à ce sujet, ibid

12Ce travail d’enquête montre bien qu’un modèle de relations hiérarchiques entre les acteurs concernés par le projet conduit souvent à une logique séquentielle ne permettant pas d’anticiper les conséquences des dispositifs techniques sur les usages. Il met aussi en évidence la difficulté d’impulser des méthodes considérant simultanément les dimensions techniques, d’usage et de gestion des espaces conçus. Ces résultats s’inscrivent dans la continuité des recherches développées à partir des années 1980, qui ont commencé à interroger les décalages entre les dispositifs spatiaux et les usages comme le résultat de problèmes de conception. Michel Bonetti et Michel Conan comptent parmi les premiers à avoir émis l’hypothèse que les démarches de programmation-conception pourraient favoriser l’appropriation des espaces et en améliorer la gestion14. Dans cet objectif, ils ont expérimenté la programmation générative qui, comme l’a montré Jodelle Zetlaoui-Léger, n’a pas connu un succès immédiat mais a eu un impact du point de vue des principes repris progressivement dans l’ingénierie publique15. Cependant, malgré ces nouvelles méthodes de management de projet allant de pair avec une injonction croissante à la participation, les logiques de coopération et l’élargissement des parties prenantes au sein même des équipes de maîtrise d’ouvrage sont difficiles à mettre en place. La voix des acteurs hiérarchiques de niveau inférieur, en l’occurrence celle des agents de maintenance, reste encore et toujours à l’arrière-plan. Alors même qu’ils apparaissent essentiels pour anticiper la gestion et la maintenance des équipements, leurs savoirs d’usage, pourtant appuyés par leurs compétences techniques, continuent d’être invisibilisés. Comme l’a récemment souligné Julien Defait dans le cadre d’une enquête au sein d’une institution publique :

  • 16 Julien Defait, « Au pied de mon arbre. Quand jardin et technocratie ne font pas bon ménage », Strab (...)

Ce sont les nettoyeurs, les parents pauvres de l’affaire : ils ne sont jamais associés aux réflexions en amont, alors qu’ils sont le plus souvent sur le terrain et qu’ils réceptionnent le plus de plaintes. […] Et comme souvent dans les administrations en France, on observe une logique en silo, c’est-à-dire qu’il y a très peu de synchronisation entre ces services16.

Le vécu des résidents : une autre énonciation des problèmes

13Tout comme les agents de maintenance, les résidents sont rarement élevés au statut de partie prenante dans les processus de projet alors qu’ils subissent également au quotidien les conséquences des décalages entre technique et usage, non anticipés en phase de programmation.

14Prenons pour exemple la dégradation fréquente des charnières des portes d’armoire. Celle-ci s’explique par l’usage que les résidents en font : ils y accrochent des crochets ou patères suspendues qui, avec la charge des vêtements, fragilisent et augmentent le jeu des charnières, jusqu’à ce que la porte ne se ferme plus.

Figure 3. L’exemple des patères suspendues

Figure 3. L’exemple des patères suspendues

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15Du côté des résidentes et des résidents, soit ils laissent la porte s’ouvrir sur l’espace de vie, soit ils s’adaptent : certains se débrouillent en bricolant, d’autres bloquent la porte avec un petit objet comme une poubelle par exemple. Du côté du Crous, certaines équipes de direction ont décidé de retirer les portes des armoires et de ne plus en prévoir dans leurs programmes, afin de réduire les coûts liés au changement des charnières. Cette réponse témoigne d’une difficulté à analyser la situation et à identifier la source réelle du dysfonctionnement. Ces équipes identifient le problème de la manière suivante : les résidents utilisent un dispositif inadapté, qui détériore le mobilier du Crous. Par conséquent, en enlevant le support, le problème est réglé. Or, si le problème technique est résolu, le problème d’usage ne l’est pas. En effet, les résidents ont toujours besoin d’accrocher leurs vêtements et, lorsque les portes sont supprimées, deux autres dysfonctionnements d’usage apparaissent : un encombrement matériel des autres meubles de la chambre (les chaises de travail, le lit, le haut de la porte de la salle de bains), mais aussi un encombrement visuel, puisque tout ce qui se trouve dans les armoires est visible (produits d’entretien, sous-vêtements, ustensiles de cuisine, etc.). Ce type de réponse instaure un climat de défiance entre les gestionnaires et les usagers. Les résidents ne se sentent pas chez eux, confiant ne plus savoir s’ils sont « contents » d’avoir un toit ou s’ils « s’en contentent17 ».

Figure 4. L’absence de porte et les encombrements générés

Figure 4. L’absence de porte et les encombrements générés

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16Une analyse du dysfonctionnement technique, croisée avec celle des usages, permet de poser le problème différemment. Cet usage détourné des portes d’armoires rend compte d’un nombre insuffisant de patères pour accrocher les vêtements (écharpes, manteaux, sacs, linge qui sèche…). Si les usages avaient été intégrés dans le programme architectural, le nombre de patères aurait été triplé, évitant ainsi l’accumulation de vêtements sur les autres supports. En résolvant le problème d’usage, le problème technique serait réglé.

17Cet exemple reflète particulièrement bien les travaux menés sur l’énonciation des problèmes, qui conditionne les réponses. Comme le soulignait Michel Bonetti,

  • 18 Michel Bonetti, « Évaluation dynamique et programmation générative du développement social », Les A (...)

la formulation du problème constitue une anticipation des solutions envisagées. […] Ce travail sur l’énonciation des problèmes révèle l’écart qui peut exister entre les problèmes tels qu’ils se posent socialement et la façon dont les acteurs les appréhendent et envisagent de les résoudre18.

18En fonction du point de vue de l’acteur qui énonce le problème, la réponse sera différente, voire opposée.

  • 19 Jodelle Zetlaoui-Léger, « Redécouvrir les travaux du Design Methods Mouvement », Les Cahiers de la (...)
  • 20 Tels que le Memento des maisons de l’étudiant et le Mémento pour l'aménagement des universités et d (...)

19Cet exemple met aussi en évidence l’absence de description précise des usages que les dispositifs spatiaux doivent recevoir. Les documents administratifs (programmes architecturaux, cahiers des clauses techniques et particulières) sont généralement conçus sous le prisme de la réglementation et de la performance. C’est ce qu’avait notamment pointé Jay Farbstein en s’interrogeant sur une manière de documenter les usages une fois le projet réalisé19. Dans le cadre de la réalisation d’un centre d’éducation fermé pour adolescents, il avait expérimenté la mise en place d’un manuel d’utilisation avec un double objectif : aider les équipes à comprendre comment faire fonctionner le bâtiment et évaluer les dispositifs techniques sous le prisme de l’usage et de la gestion. D’autres travaux, comme ceux de Michel Conan, Craig Zimring et Éric Daniel-Lacombe, ont conduit à l’élaboration de « mémentos » rassemblant un ensemble de préconisations à la fois décrites et dessinées pour aider à la conception des espaces universitaires notamment20. D’une part, ces recherches mettent en évidence l’interdépendance entre l’espace, le temps et les usages et, d’autre part, elles révèlent le besoin d’outils et d’en penser les modalités d’appropriation pour mieux saisir les réalités vécues et ainsi apporter des réponses spatiales plus adaptées à l’ensemble des usagers.

Une maintenance du quotidien à bas bruit

20Malgré les difficultés pointées précédemment, certains agents de maintenance améliorent discrètement les ordres matériels et sociaux dans lesquels ils évoluent, en mettant à l’épreuve les cadres administratifs et institutionnels qui les contraignent.

21La facturation de leurs activités de maintenance en est un exemple significatif. De nombreux résidents ne savent pas quelles sont les activités facturées et, par crainte de devoir les régler, ne signalent pas les problèmes. Un étudiant nous a confié être resté des mois sans frigo et savoir que son voisin avait vécu sans lumière plusieurs semaines, tous deux craignant de devoir régler l’intervention alors qu’ils avaient déjà du mal à finir leurs fins de mois. D’autres collectionnent les carreaux de mosaïque qui se décollent de la douche d’année en année, qu’ils finissent par cacher sous leur armoire. Certains n’ouvrent plus leurs tiroirs sous le lit, dont les poignées ont cédé, préférant se passer d’un précieux rangement plutôt que de risquer une facturation qui impacterait leur budget mensuel.

22Gérard, agent technique, connaît bien les situations de précarité vécues par les étudiantes et les étudiants. Pour lui, il est essentiel de faire de son mieux pour les aider. Cela passe par leur apprendre à entretenir eux-mêmes leur logement, pour qu’ils n’aient plus à faire appel à lui :

  • 21 Entretien le 9 décembre 2022, à Créteil.

L’autre jour, j’ai changé les ampoules d’une étudiante. Ça, je dois le mettre sur la feuille de facturation, parce que le Crous paye les ampoules. Mais elle avait un deuxième problème : son évier était bouché. Et bien, je lui ai montré comment enlever la bonde et la nettoyer pour qu’elle puisse le faire toute seule la prochaine fois. Même si c’est une intervention payante normalement, je ne lui ai pas facturé. On les aide comme on peut21.

  • 22 Ibid.

23Alors que sur la fiche de poste des agents techniques la mission décrite consiste uniquement à « assurer l’installation, la maintenance et le dépannage des éléments techniques », sur le terrain, la perception et la réalité des missions par les agents est bien différente. Pour Gérard, ses missions sont celles de « se mettre à disposition des étudiants, de les aider au maximum pour qu’ils n’aient pas de souci, d’être à l’écoute, d’assurer la maintenance dans les espaces communs et leurs chambres (surtout l’électricité et la plomberie), de repérer si les étudiants vont mal et le faire remonter à la direction22 ». Par rapport à sa fiche de poste, il place la maintenance en avant-dernière position et y ajoute quatre missions d’accompagnement.

  • 23 Entretien le 10 décembre 2022, à Paris.

24Son expérience est loin d’être isolée. Les retours des différents agents, croisés avec nos observations sur le terrain, rendent compte d’une adaptation du métier « par le bas ». Bien que soit systématiquement souligné le manque de visibilité et de reconnaissance, de nombreux agents réinventent leurs pratiques au contact des étudiants. Hélène, agente d’accueil qui bénéficie d’un logement sur site, nous avait expliqué qu’être sur place compte beaucoup pour son métier. C’est comme ça qu’elle considère accompagner au mieux les étudiants, dans le quotidien : « Comme j’habite là, les étudiants viennent me voir quand ils ont besoin de quelque chose. Je leur prête mon aspirateur par exemple. Je suis là un peu comme une maman. J’aurais aimé qu’on fasse ça pour mes enfants23. »

  • 24 Entretien le 9 décembre 2023, à Caen.

25Certaines équipes de direction perçoivent ce rôle clé joué par les agents sur le terrain : « il y a une tendance à externaliser ces métiers, en faisant appel à des prestataires extérieurs. Mais chez nous, on se bat pour maintenir nos postes d’agents. Ce sont eux qui sont au contact direct des étudiants. C’est cette proximité qui fait qu’on assure nos missions de service public24. » Les équipes de direction particulièrement engagées sur la question rendent visibles et soutiennent ce rôle d’accompagnement. Cela passe à travers l’ouverture d’un accueil « 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 », la mise en place de services de proximité comme la réception des colis des étudiants et l’impression, l’embauche de résidents travaillant avec les agents de service… Dans ces équipes, les actions conduites par les agents sont considérées comme autant d’occasions pour entrer en contact avec les résidents, afin de s’assurer de leur bien-être et de leur santé mentale. Comme le confie une directrice de site :

  • 25 Entretien le 4 mai 2022, à Paris

Ici, à chaque fois que les agents techniques ou de service entrent dans les chambres, que ce soit pour une réparation ou quand ils font la tournée pour la désinsectisation par exemple, ils regardent l’état pour voir si les étudiants vont bien. Quand vous voyez des chaussures trouées, le dentifrice pressé au bout du bout, le gel douche mélangé avec de l’eau, des monticules de poubelles… ce n’est pas que l’étudiant est sale ou autre, c’est qu’il va mal et il faut mettre en place un suivi25.

26Ce regard d’expertise reconnu aux agent.es ne se retrouve pas dans toutes les résidences. Dans d’autres contextes, les arrangements observés sur le terrain peuvent rester en dehors des canaux hiérarchiques et parfois même être considérés comme des erreurs puisqu’ils se situent souvent à la marge ou en dehors du cadre réglementaire. De fait, tous les agents ne les valorisent pas dans leurs discours et une grande partie d’entre eux ne défend pas d’évolution dans leurs missions, ni de responsabilité, au contraire.

  • 26 Steven Shapin, op. cit.
  • 27 François-Xavier Devetter et Sandrine Rousseau, Du balai. Essai sur le ménage à domicile et le retou (...)

27Ces observations viennent encore une fois confirmer le rôle essentiel que les techniciens peuvent jouer dans l’expérimentation de pratiques. Malgré le fait que ce résultat ait déjà été mis en évidence dans des études telles que celles de Shapin dès les années 199026, ces pratiques restent souvent invisibles, voire invisibilisées par les acteurs hiérarchiques ou les agents eux-mêmes27.

  • 28 Jeanne Guien, Le Consumérisme à travers ses objets, Paris, Divergences, 2021.
  • 29 Jérôme Denis et David Pontille cités dans : Fabien Trécourt, « Prendre soin des choses un nouvel ho (...)

28Par ailleurs, comme l’a récemment soulignée la philosophe Jeanne Guien, si l’expertise matérielle et les savoir-faire de celles et ceux qui prennent soin des choses peinent à être reconnus, cela s’explique aussi par le développement d’une « culture de la surconsommation et du jetable, née dans les années 1920, qui a été nourrie par un modèle politique et économique organisé autour de l’innovation permanente et donc du remplacement rapide des biens de consommation28 ». Jérôme Denis et David Pontille rappellent que cette culture touche plus particulièrement les pays et les milieux riches, où les usagers sont vus comme des « consommateurs passifs et libérés des charges de l’entretien des choses29 ».

  • 30 En 2022, les bourses concernaient 750 000 étudiants.
  • 31 À titre d’exemple, certains Crous distribuent encore des kits d’accueil jetables (coussins, draps) (...)

29Bien que les résidences universitaires des Crous soient habitées par un public dont une grande partie est en situation de précarité30, leurs modes de fonctionnement restent profondément marqués par cette culture du jetable, couplée à l’invisibilisation de la maintenance31. La distance des équipes de direction avec le terrain fait que c’est bien souvent « par le bas » — tant du côté des agents que des résidents - qu’une autre culture se dessine. Du côté des résidents, elle est moins visible que pour les agents qui ont les capacités d’expertise et les savoir-faire pour agir, mais elle se manifeste quand même à travers des pratiques telles que le troc et la vente de mobilier, des interpellations entre pairs pour l’entretien des communs, des prêts d’outils, la mise en partage d’égouttoirs, d’éponges et de liquide vaisselle dans les cuisines partagées. Ces observations montrent bien que les activités de maintenance, bien que reléguées à l’arrière-plan, sont l’affaire de tous :

  • 32 Jérôme Denis et David Pontille, op. cit., 2023.

Au-delà des métiers dédiés, la maintenance concerne tout le monde. Dans nos foyers, dans les lieux où nous avons nos habitudes, chacun est amené à prendre soin des choses au quotidien. C’est le petit coup d’éponge qu’on passe pour éviter l’encrassement, les appareils que l’on éteint pour éviter la surchauffe32

30Forte de ces constats, notre équipe de recherche s’est interrogée sur les manières de rendre visible les activités de maintenance pour les replacer au cœur de l’habiter. Dans cette perspective, nous avons cherché à expérimenter le développement de compétences et de pratiques en introduisant un nouvel acteur : le designer régisseur. Cette expérimentation n’a pas vocation à introduire un nouveau métier dans les Crous, mais a été mise en œuvre pour souligner le rôle de « ressource » des agents des Crous à travers la mise en lumière d’un ensemble de pratiques, contribuant ainsi à les légitimer et les renforcer.

L’expérience d’un nouveau métier : designer régisseur

  • 33 Théophile Aureau, étudiant en architecture ; Pauline Aubry, étudiante en design ; Chloé Perreau, de (...)

31Pour tester ce nouveau métier, trois étudiants et jeunes professionnels en architecture et en design33 ont été recrutés dans le cadre de la chaire par l’École des arts décoratifs. L’expérimentation s’est déroulée sur deux sites différents : de septembre 2022 à juin 2023 sur le campus de Cachan du Crous de Créteil, puis de septembre 2023 à juin 2024 dans la résidence Saint-Jacques du Crous de Paris. Ces deux années d’expérimentation, conduites dans des contextes urbains et sociaux différents, nous ont permis d’identifier les résultats spécifiques aux terrains investigués et ceux valables pour l’ensemble des résidences universitaires, voire à répliquer dans d’autres institutions.

Une méthode basée sur l’immersion et l’expérimentation

  • 34 Sophie Ricard, « Construire à Boulogne-sur-Mer », dans Patrick Bouchain (dir.), Pas de toit sans to (...)

32Cette expérimentation est une forme de réinterprétation de la permanence architecturale34, consistant à s’installer dans un lieu et à y vivre suffisamment longtemps pour comprendre le quotidien de ses habitants par le vécu de situations qui passeraient inaperçues dans un processus d’enquête plus classique.

  • 35 Cette hypothèse s’inscrit dans la continuité des réflexions menées par l’école du terrain : voir [e (...)

33À travers cette méthode immersive, il s’agissait d’observer si nous pouvions travailler sur l’énonciation des problèmes du point de vue de celles et ceux qui les vivent, pour ensuite voir de quelles manières les résultats pouvaient remonter aux équipes de direction et, potentiellement, être intégrés à leurs programmes. Dans ce sens, nous souhaitions voir si cette forme de permanence pouvait avoir un effet levier en matière d’accompagnement à la transformation de l’institution35.

34Deuxièmement, la recherche-action, contrairement à la prestation, offre un cadre à l’expérimentation : les parties prenantes ont accepté en amont que des chercheurs explorent à leurs côtés d’autres manières de faire, ce qui leur permet de prendre le risque de l’expérimentation. L’un des intérêts consistait à observer si nous pouvions aller au-delà des cadres réglementaires pour mettre en valeur des pratiques et des modes de fonctionnement alternatifs, favorisant une maintenance du quotidien.

  • 36 Alain Findeli, « La Recherche projet en design et la question de la recherche : essai de clarificat (...)
  • 37 Jean Vilar, De la tradition théâtrale, Paris, Gallimard, 1963, p. 111

35Enfin, l’appellation « designer régisseur » a été choisie pour expérimenter le croisement de deux champs : le design et la régie. En choisissant la notion de design, il s’agissait de valoriser l’importance de l’analyse des relations entre les humains et leurs environnements pour envisager des formes d’objets, d’espaces ou de gouvernance plus adaptées aux usagers. En tant que concept à dimension variable, le design permet d’élargir le champ de la conception à travers la prise en compte d’un écosystème36. Les termes « régie » et « régisseur » renvoient notamment à l’univers du théâtre, où le régisseur est celui qui est chargé du fonctionnement du théâtre et de l’organisation matérielle des représentations : « La régie est le point névralgique du théâtre. C’est par cette plaque tournante que passent toutes les activités du théâtre37. » De la même manière, par cette dénomination, nous souhaitions replacer les activités de maintenance au centre des modalités de fonctionnement d’une résidence universitaire.

Vers une introduction à la médiation technique

36Les designers régisseurs ont été présents sur chaque site de trois à cinq jours par semaine, durant dix mois. Ils et elles y ont travaillé, mangé, dormi, participant ainsi à la vie des résidents en tant que voisins. Cette forme de permanence a été conduite en six phases : un état des lieux (deux mois), la définition des actions (deux mois), leur mise en œuvre (deux mois), l’observation des usages (deux mois), le réajustement des actions (un mois) et enfin l’analyse des effets escomptés et non escomptés (un mois).

Figure 5. La frise méthodologique réalisée par Chloé Perreau (designeuse régisseuse)

Figure 5. La frise méthodologique réalisée par Chloé Perreau (designeuse régisseuse)

Chaire Mutation des vies étudiantes

37Dès le démarrage de l’expérimentation, les designers régisseurs se sont appuyés sur différents outils d’analyse socio-spatiale. Premièrement, un carnet de bord a été mis en place, pensé à la fois comme un outil de mémoire qui consigne la matière brute et un outil d’intelligence collective qui donne la parole à l’ensemble de l’équipe grâce à son écriture en ligne38. Deuxièmement, des relevés habités des chambres ont été réalisés à différents moments : d’abord en phase d’état des lieux (phase 1), puis lors de l’observation des usages (phase 3) et enfin pour l’analyse des effets (phase 6). Ces relevés se sont structurés autour de trois outils d’observation : un entretien semi-directif d’une heure avec le résident ou la résidente, un reportage photographique et des croquis de l’ensemble des aménagements et objets de la chambre. Cette méthode renvoie notamment aux travaux de Daniel Pinson valorisant les intérêts de croiser le travail du regard et de l’écoute pour mettre en évidence les relations entre l’espace, les actes pratiques et symboliques de la sphère domestique39. À partir de cette collecte de mots et d’images, un dessin en plan perspective visant à analyser la nature et la place des objets a été réalisé pour comprendre le mode de vie des résidents et ainsi identifier des problématiques. Il s’agit ici de développer une « pensée visuelle », définie par Rudolf Arnheim, dès 1976, comme

  • 40 Rudolf Arnheim, La Pensée visuelle, Paris, Flammarion, 1976, p. 45.

une opération active de l’esprit. Le sens de la vue procède de manière sélective. La perception de la forme consiste à mettre en œuvre des catégories formelles que l’on peut appeler concepts visuels en raison de leur simplicité et de leur généralité. Percevoir, c’est aussi résoudre des problèmes40.

Figure 6. Exemple de dessin issu du relevé habité

Figure 6. Exemple de dessin issu du relevé habité

Charlotte Cauwer

38Cette partie de la méthode nous a permis de déceler les dysfonctionnements, en décryptant les processus qui expliquent une absence d’entretien, des détériorations et/ou des situations d’inconfort récurrentes. Nous avons cité dans le chapitre précédent l’exemple du nombre de patères insuffisant qui conduit à l’utilisation des portes d’armoire pour suspendre les vêtements à l’origine d’une détérioration des charnières. Un autre exemple concerne l’appropriation des murs. De nombreux résidents n’affichent pas leurs posters, ne posent pas d’étagères supplémentaires et n’installent pas de miroirs, par incertitude quant à leurs droits et par crainte de se voir facturer ces modifications lors de l’état des lieux de sortie. 

39Les règlements intérieurs des Crous stipulent effectivement que

le résident ne doit pas modifier l’aménagement du logement mis à sa disposition. Sauf accord écrit du responsable de la résidence, le mobilier contenu dans le logement ne pourra être ni changé, ni enlevé. Le mobilier reste propriété du Crous. En cas de non-respect de ces règles, le Crous pourra exiger du résident soit la remise en état des lieux, soit faire procéder à celle-ci aux frais du résident.

40Cette phrase laisse entendre que toute modification est interdite, pourtant elle entre en contradiction avec le fait que tout locataire peut utiliser son logement librement pendant la durée de la location. Ce paradoxe génère de l’incompréhension et un mal-être perceptible. Comme nous le confiait Canela, une résidente :

  • 41 Entretien le 5 mai 2023, à Paris

C’est vraiment quelque chose qui dépend d’une entité plus grande. Il y a des règles, des choses qu’on doit suivre et si on ne peut pas communiquer, exprimer tout ça, ça génère du stress parce que oui, c’est ma chambre, ça m’appartient, mais en en même temps, ça ne m’appartient pas. J’ai le droit de faire ce que je veux, mais je n’ai pas le droit de faire ce que je veux41.

41Certaines directions comprennent ces ressentis et regrettent que les droits ne soient pas davantage valorisés dans le règlement :

  • 42 Entretien le 7 juillet 2021, à Créteil

On ne sait que proposer une somme d’interdictions, on raisonne beaucoup de cette manière. Plutôt que de dire ce qui est autorisé, on préfère dire ce qui ne l’est pas. Comment on prend soin des étudiants, comment leur permet de se sentir bien, chez eux et leur faire comprendre qu’ils sont chez eux ? C’est ça les questions qu’il faut se poser42.

  • 43 Perla Serfaty-Garzon, « L’Appropriation », dans Marion Segaud, Jeacques Brun, Jean-Claude Driant, D (...)

42Cet exemple est révélateur d’un frein à l’appropriation, définie par Perla Serfaty-Garzon comme le fait de « rendre propre quelque chose, c’est-à-dire de l’adapter à soi et, ainsi, de transformer cette chose en un support de l’expression de soi43 ». Des gestes aussi simples que ranger, faire le ménage, décorer, agencer son intérieur peuvent être considérés comme des capacités clés de l’appropriation. Or, en interdisant toute modification de l’aménagement du logement, le règlement intérieur des résidences Crous est à l’origine d’une désappropriation : elle délégitime les résidents dans leur action de marquage du chez-soi et participe pour nombre d’entre eux à un désengagement dans l’aménagement et l’entretien du logement.

43Face à ces constats, notre équipe de recherche a souhaité apporter des réponses d’ordre à la fois matériel et relationnel. L’une des expérimentations concerne la mise en place de panneaux rainurés permettant aux résidents d’organiser l’espace mural en fonction de leurs besoins et de leurs goûts, sans que les murs ne soient percés. Ce dispositif spatial donne l’occasion de contourner la règle, puisqu’il est conçu pour être transformé et, sur le terrain, présente les avantages suivants : les agents ne sont plus confrontés à l’angoisse de devoir tout repeindre dans un temps record à la suite des états des lieux de sortie et les résidents ne risquent plus de perdre leur caution en aménageant leurs chambres.

Figure 7. La chambre avant et après l’installation des panneaux rainurés

Figure 7. La chambre avant et après l’installation des panneaux rainurés

Aurélien Dupuis

44Si cette solution favorise l’appropriation, elle reste toutefois exclusivement matérielle et circonscrit le champ d’action des résidents à l’accrochage de posters ou d’étagères. D’autres actions ont alors été conduites par les designers régisseurs, en impliquant les résidents dans de petits travaux d’aménagement, tels que repeindre les murs, poser des étagères, des patères, des miroirs… Contrairement aux panneaux rainurés, qui peuvent se reconfigurer en fonction des usages et des goûts de chacun, ces transformations seront héritées par la résidente ou le résident suivant.

Figure 8. Photos avant/après d’une chambre aménagée par les designeuses régisseuses

Figure 8. Photos avant/après d’une chambre aménagée par les designeuses régisseuses

Aurélien Dupuis

45Ces interventions, lorsqu’elles sont réalisées par les résidents en dehors d’un cadre d’expérimentation tel que celui-ci, sont perçues comme des dégradations du logement, qui doit être remis en état. Pourtant, comme l’explique clairement Canela, l’idée préconçue selon laquelle le logement doit être vide et blanc à l’arrivée de nouveaux étudiants génère de l’angoisse :

  • 44 Entretien le 5 mai 2023, à Paris.

J’ai ouvert la porte à une chambre qui était vide. […] C’était tout blanc. Même si j’étais très contente d’avoir une chambre, d’avoir un endroit pour dormir, je me disais ça fait quand même bizarre, c’est ma nouvelle maison et il n’y a rien. Je ne sais pas par où commencer en fait. Je n’avais pas de draps, pas de fournitures, je n’avais rien. Et c’est assez intimidant et tu te retrouves avec ta nouvelle maison et qu’elle est vide. Elle est complètement vide. Tu ne sais pas par où commencer. Tu ne sais pas où acheter des choses. J’avais peur, je ne savais pas comment l’aménager, c’était dur44.

46À travers ces interventions, légitimées par le cadre de la recherche-action, nous souhaitions questionner la valeur d’usage de l’habitation : les actes d’appropriation liés à l’habiter peuvent-ils être perçus comme une valeur ajoutée au logement ? Cette réflexion s’inscrit dans la continuité de celles de Patrick Bouchain, qui a proposé une relecture des normes du logement social pour introduire l’idée d’une « propriété d’usage [qui] permettrait de considérer l’acte d’habiter comme gratifiant » (Bouchain, 2011). Cette conception de l’usage renouvelée permettrait de remplacer l’impératif d’une remise en état par une remise en bon état. Ce changement permettrait alors d’éviter l’écueil d’une déresponsabilisation et d’un désengagement des résidents en leur ouvrant un droit à l’appropriation qui passerait par la reconnaissance de leurs activités d’aménagement, d’entretien et de maintenance de leurs logements. Au lieu d’interdire, il s’agirait d’encourager à travers la règle, la modification et la bonification des lieux.

Ouvrir le droit à l’appropriation ?

47Après une année passée à œuvrer dans cette perspective, les retours des résidents et des agents semblent confirmer ces hypothèses. En effet, les designers régisseurs ont vu les demandes d’accompagnement augmenter au fil des mois pour la réparation (de poignées, de plinthes, de crochets de rideaux, d’armoires…), mais aussi pour l’amélioration du logement (fixer les prises en hauteur, poser une étagère, ajouter une patère, remplacer une ampoule, etc.). Quand un résident voyait un aménagement chez l’un ou l’autre, il venait à la régie pour faire part de ses problématiques et chercher des solutions :

  • 45 Canela, résidente. Entretien le 5 mai 2023, à Paris

La régie est très importante car on a un organisme. Lorsque tu as quelqu’un qui t’écoute, ça te motive pour penser à des idées, essayer d’innover, être créatif et vouloir transformer les espaces. Quand il n’y a pas ça, tu restes juste dans la plainte45.

48À titre d’exemple, une résidente rencontrait un problème avec sa poubelle en métal : un simple seau métallique dont les bords ne permettaient pas d’accrocher le sac, qui glissait à chaque utilisation. Ne sachant pas bricoler, elle a imaginé enfoncer deux clous sur le bord en métal et pour ce faire, a demandé un marteau à la designeuse régisseuse. Celle-ci lui expliqué qu’il est impossible de planter un clou dans une tôle et en a profité pour lui montrer la différence avec un écrou, une vis et une tige filetée. Ensemble, elles ont posé une tige filetée avec un écrou pour faire des petites poignées auxquelles accrocher le sac-poubelle. La jeune fille est revenue plus tard pour réparer elle-même son appareil photographique à la régie.

  • 46 Entretien le 9 septembre 2023, à Paris

49D’autres exemples montrent que ces situations de médiation technique avec les designeuses régisseuses ont ensuite été réinvesties entre les résidents. Comme nous l’explique Chloé, designeuse régisseuse : « Quand j’ai aidé Jane à réparer son armoire, je lui ai montré ce qu’il fallait faire. Après, elle a aidé d’elle-même Carolina à réparer son armoire qui avait le même problème46 ! ». Ce cas montre le potentiel de la médiation technique pour donner les moyens et l’envie aux usagers de réparer leur matériel. Cette transmission de savoir-faire est apparue d’autant plus nécessaire que de nombreux résidents, en particulier les femmes, ne se pensent pas capables d’utiliser des outils et de réparer les choses :

  • 47 Ibid.

Quand je suis allée poser les étagères chez Solène, elle ne voulait pas toucher à la perceuse. Mais j’ai bien vu qu’elle était super intéressée. Alors j’ai insisté un peu, elle a fait un trou et là, ça l’a débloquée, après elle a tout fait toute seule47 !

  • 48 Agente d’accueil. Entretien le 5 mai 2023, à Paris

50L’action des designeuses régisseuses s’est déployée à l’échelle du bâtiment, touchant l’ensemble des résidents. Leur lieu de permanence — que nous avons appelé « la régie » — est devenu un véritable espace ressource où les résidentes et les résidents se rendaient fréquemment pour chercher un outil ou du matériel, bricoler sur place, récupérer un colis, demander de l’aide pour un CV, imprimer, faire remonter un problème technique dans leur chambre… Ces activités sont aussi apparues comme des prétextes à l’échange pour les résidents qui se saisissaient de l’opportunité pour confier leurs difficultés aux designers régisseurs. Ces liens de confiance et les effets positifs de ces formes de médiation techniques ont été ressentis par les agents : « Quand j’ai fait la tournée des chambres, j’ai vraiment été étonnée. Je ne les ai jamais vues aussi propres que cette année. Toutes. Elles étaient toutes rangées, soignées. Il y en a qui avait même fait de la déco48. »

  • 49 Au sein de la résidence Saint-Jacques, la mise en place des designeuses régisseuses représente 46 0 (...)

51Les missions des designers régisseurs nécessitaient de rassembler quatre compétences clés : savoir concevoir des espaces, construire et fabriquer, observer et écouter, organiser une programmation culturelle. Or, recruter ce type de profils peut représenter une difficulté pour les Crous, tant du point de vue économique que de celui des ressources humaines49. Sachant que l’ensemble des agents présente des compétences variées (accueil, technique, entretien, communication, animation, veille de nuit, direction), à eux tous ils peuvent « faire régie ». C’est ce que nous avons observé après la conduite de notre expérimentation dans l’une des résidences du Crous de Normandie, où les équipes avaient déjà été structurées de manière à assurer un ensemble de services proches de ceux expérimentés par les designers régisseurs. La venue de la chaire a contribué à révéler cette dynamique où l’ensemble de l’équipe met en place une diversité de formes de médiation :

  • 50 Entretien du 22 mars 2024, à Caen

C’est vrai que chez nous, on a un peu ce mode de fonctionnement. On essaie de favoriser les échanges entre les agents et les étudiants à travers nos services. À l’accueil, on a la réception des colis et la mise à disposition gratuite des services. Le veilleur de nuit inscrit sur son rapport de nuit tous les événements qui se sont déroulés. Celui-ci est lu par les équipes (responsable technique, responsable qualité hébergement, direction du site, l’accueil, etc.) le matin pour savoir ce qu’il s’est passé pendant la nuit. Les agentes de service donnent des conseils au quotidien. On a des étudiants référents qui animent un local. Ce qu’il nous manquait c’était un programme d’animation par les étudiants référents et plus de liens entre eux et l’équipe50.

52Ainsi, la figure du designer régisseur peut être réinterprétée en fonction des contextes locaux par les équipes internes des Crous.

Replacer la maintenance au cœur de l’habiter

  • 51 Perla Serfaty-Garzon, op. cit.

53La médiation technique est une manière de replacer les activités d’entretien, de maintenance et de réparation du logement entre les mains de celles et ceux qui habitent. Elle amène à reconnaître et légitimer les capacités des résidents à habiter, tout leur offrant un cadre d’expression et la possibilité d’en acquérir de nouvelles. En ce sens, elle ouvre au droit à l’appropriation. En s’appuyant sur les travaux de Perla Serfaty-Garzon, on observe que les résidents sont accompagnés dans l’élaboration de leur « propre syntaxe spatiale à travers l’arrangement, les espacements des choses, leur entretien et leur modification, en somme à travers un bricolage […] qui donne [au logement] sa tonalité affective propre51 ».

54À travers cette recherche, le soin des choses apparaît donc indissociable du soin des personnes. Les exemples mobilisés montrent bien qu’il ne s’agit pas seulement de maintenir et de réparer le matériel, mais que ces activités prennent place dans un processus. Nous avons vu que l’absence de prise en compte de celles et ceux qui usent et maintiennent crée des décalages entre ce qui est projeté et ce qui est vécu. Il s’agit d’un premier niveau d’action, consistant à replacer l’usage et la maintenance au cœur des processus de conception, de réalisation et de gestion des projets : un sujet qui est exploré depuis plus de quarante ans mais qui a encore et toujours besoin d’être documenté et instrumenté. Un deuxième niveau d’action concerne la médiation technique, qui apparaît comme une forme de soin porté conjointement aux objets et aux personnes. Elle peut être vue comme un véritable levier d’action pour changer de paradigme : ne plus considérer l’usage comme un facteur de détérioration mais lui reconnaître une valeur d’usage.

55La chaire a été reconduite sur l’année universitaire 2023-2024 pour partager cette expérience de recherche-action à l’échelle nationale : chaque mois, l’équipe de recherche se déplace dans un Crous pour accompagner les agents et leurs équipes de direction dans la mise en place ou le renforcement de formes de médiation technique. Progressivement, les cuisines sont équipées de liquide vaisselle, de poubelles, de balais… Certaines équipes souhaitent préfigurer des régies en organisant des permanences techniques tenues par les agents. Le changement s’amorce doucement.

56Ainsi, en révélant des processus déjà à l’œuvre tout en ouvrant le champ des possibles, cette recherche s’inscrit bien dans la continuité des enquêtes faisant apparaître la maintenance et la réparation comme une alternative à la culture du progrès et de la consommation. Donner les moyens matériels et sociaux de la maintenance aux usagers, c’est œuvrer à la préservation de choses qui nous entourent et à la transmission des savoir-faire le permettant. En ce sens, les résultats avancés ici corroborent l’intuition d’un nouvel horizon possible, tant pour la production des espaces de vie que pour nos pratiques, davantage marquées par une éthique du soin transversale aux choses et aux personnes.

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Bibliographie

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Notes

1 Différents ouvrages l’ont mis en évidence parmi lesquels nous pouvons citer : Steven J. Jackson, « Rethinking Repair », dans Tarleton Gillespie, Pablo Boczkowski et Kristen Foot (dir.), Media Technologies: Essays on Communication, Materiality, and Society, Cambridge, The MIT Press, 2014, p. 221–240 ; Alessandro Mongili, Topologie Postcoloniali. Innovazione e modernizzazione in Sardegna, Cagliari, Condaghes, 2015 ; Ignaz Strebel, Alain Bovet et Philippe Sormani (eds.), Repair Work Ethnographies : Rethinking Breakdown, Relocating Materiality, Singapore, Palgrave Macmillan ; « Bienvenue dans l’âge de la maintenance : demain tous paysans ? », Usbek & Rica, n° 34, 2022.

2 Jérôme Denis et David Pontille, Les Soins des choses. Politique de la maintenance, Paris, La Découverte, 2022.

3 Bruno Latour, « La Fin des moyens », Réseaux, vol. 18, n° 100, p. 39-58.

4 En France, les Crous sont des organismes d’État qui s’occupent de différents services pour les étudiants, dont le logement.

5 Jérôme Denis et David Pontille, op. cit., p. 10.

6 L’analyse fine de ces interventions montre que leur nombre varie en fonction du contexte et de la saison. Par exemple, un bâtiment venant d’être réhabilité a vu les demandes d’intervention augmenter en flèche à sa livraison en raison d’une succession de fuites d’eau. Autre exemple, un bâtiment datant des années 1960 présente chaque année des records en matière d’interventions l’hiver liées au chauffage.

7 Christian Henke, « The Mechanics of Workplace Order: Toward A Sociology of Repair », Berkeley Journal of Sociology, n° 44, 2000, p. 55–81.

8 Cette chaire de recherche et de formation s’inscrit dans une démarche de recherche-action par le design, portée par l’École des arts décoratifs et le Crous. Depuis 2019, elle accompagne le réseau des Crous dans l’expérimentation de nouvelles formes de résidences étudiantes désirables et abordables. L’équipe de recherche est composée de trois chercheuses (Agathe Chiron, Chloé Perreau, Marion Serre).

9 Everett Hughes, « Good people and dirty work », Social Problems, 10, 1, 1962, p. 3–11 ; Steven Shapin, « The Invisible Technician », American Scientist, 77, 6, 1989, p. 554–563.

10 Bruno Latour, op. cit. ; Christian Henke, op. cit.

11 Entretien du 5 mai 2023, à Paris.

12 De la même manière que Pontille et Denis (Le Soin des choses, op. cit.), nous considérons que le ménage fait partie des activités de maintenance.

13 Entretien du 13 mars 2022, à Lille.

14 Jodelle Zetlaoui-Léger, « Invention et réinvention de la “programmation générative” des projets : une opportunité de collaboration entre architecture et sciences sociales pour des modes d’habiter “durables” », Clara, n° 3, 2015, p. 101-113.

15 Avec les marchés à définition simultanée et le dialogue compétitif notamment. Voir à ce sujet, ibid.

16 Julien Defait, « Au pied de mon arbre. Quand jardin et technocratie ne font pas bon ménage », Strabic, 2018, [en ligne] [https://strabic.fr/gestion-des-pieds-d-arbres-parisiens], consulté le 15/10/2023.

17 Extraits d’entretiens, voir [en ligne] [https://chaire-mutation.ensad.fr/wp-content/uploads/2023/07/SE-SENTIR-CHEZ-SOI.mp3], consulté le 19/10/23.

18 Michel Bonetti, « Évaluation dynamique et programmation générative du développement social », Les Annales de la recherche urbaine, 47, 1990, p. 5-10.

19 Jodelle Zetlaoui-Léger, « Redécouvrir les travaux du Design Methods Mouvement », Les Cahiers de la recherche architecturale et urbaine, 28, 2013, p. 57-70.

20 Tels que le Memento des maisons de l’étudiant et le Mémento pour l'aménagement des universités et des bibliothèques universitaires, réalisés en 1995.

21 Entretien le 9 décembre 2022, à Créteil.

22 Ibid.

23 Entretien le 10 décembre 2022, à Paris.

24 Entretien le 9 décembre 2023, à Caen.

25 Entretien le 4 mai 2022, à Paris

26 Steven Shapin, op. cit.

27 François-Xavier Devetter et Sandrine Rousseau, Du balai. Essai sur le ménage à domicile et le retour de la domesticité, Paris, Raisons d’agir, 2011.

28 Jeanne Guien, Le Consumérisme à travers ses objets, Paris, Divergences, 2021.

29 Jérôme Denis et David Pontille cités dans : Fabien Trécourt, « Prendre soin des choses un nouvel horizon pour la société », CNRS Le Journal, 2023, [en ligne] [https://lejournal.cnrs.fr/articles/prendre-soin-des-choses-un-nouvel-horizon-pour-la-societe], consulté le 17/10/23.

30 En 2022, les bourses concernaient 750 000 étudiants.

31 À titre d’exemple, certains Crous distribuent encore des kits d’accueil jetables (coussins, draps) et, pour la majorité, les activités de maintenance s’effectuent lorsque les résident.es sont absents de leurs logements.

32 Jérôme Denis et David Pontille, op. cit., 2023.

33 Théophile Aureau, étudiant en architecture ; Pauline Aubry, étudiante en design ; Chloé Perreau, designer.

34 Sophie Ricard, « Construire à Boulogne-sur-Mer », dans Patrick Bouchain (dir.), Pas de toit sans toi, Arles, Actes Sud, 2016, p. 34-69

35 Cette hypothèse s’inscrit dans la continuité des réflexions menées par l’école du terrain : voir [en ligne] [https://lecoleduterrain.fr/], consulté le 15/10/23.

36 Alain Findeli, « La Recherche projet en design et la question de la recherche : essai de clarification conceptuelle », Sciences du design, 1, 2015.

37 Jean Vilar, De la tradition théâtrale, Paris, Gallimard, 1963, p. 111

38 Extrait disponible sur le site de la chaire : voir [en ligne] [https://chaire-mutation.ensad.fr/wp-content/uploads/2023/10/carnet_de_bord.pdf].

39 Daniel Pinson, « L’Habitat, relevé et révélé par le dessin : observer l’espace construit et son appropriation », Espaces et Sociétés, 2016, n° 164-165, p. 49-66.

40 Rudolf Arnheim, La Pensée visuelle, Paris, Flammarion, 1976, p. 45.

41 Entretien le 5 mai 2023, à Paris

42 Entretien le 7 juillet 2021, à Créteil

43 Perla Serfaty-Garzon, « L’Appropriation », dans Marion Segaud, Jeacques Brun, Jean-Claude Driant, Dictionnaire critique de l’habitat et du logement, Paris, Armand Colin, 2003, p. 27–30.

44 Entretien le 5 mai 2023, à Paris.

45 Canela, résidente. Entretien le 5 mai 2023, à Paris

46 Entretien le 9 septembre 2023, à Paris

47 Ibid.

48 Agente d’accueil. Entretien le 5 mai 2023, à Paris

49 Au sein de la résidence Saint-Jacques, la mise en place des designeuses régisseuses représente 46 000 euros. Par ailleurs, nous avons mis plusieurs mois avant de trouver deux personnes aux profils complémentaires capables d’assurer l’ensemble des missions.

50 Entretien du 22 mars 2024, à Caen

51 Perla Serfaty-Garzon, op. cit.

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Titre Figure 1. Organigramme type des Crous
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Titre Figure 2. Exemples de dysfonctionnements réalisés par Pauline Aubry (designeuse régisseuse)
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Titre Figure 3. L’exemple des patères suspendues
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Titre Figure 4. L’absence de porte et les encombrements générés
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Titre Figure 5. La frise méthodologique réalisée par Chloé Perreau (designeuse régisseuse)
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Titre Figure 6. Exemple de dessin issu du relevé habité
Crédits Charlotte Cauwer
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/craup/docannexe/image/14347/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 241k
Titre Figure 7. La chambre avant et après l’installation des panneaux rainurés
Crédits Aurélien Dupuis
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/craup/docannexe/image/14347/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 658k
Titre Figure 8. Photos avant/après d’une chambre aménagée par les designeuses régisseuses
Crédits Aurélien Dupuis
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/craup/docannexe/image/14347/img-8.jpg
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Pour citer cet article

Référence électronique

Marion Serre, Agathe Chiron et Chloé Perreau, « Recherche-action pour une maintenance du quotidien dans les résidences universitaires »Les Cahiers de la recherche architecturale urbaine et paysagère [En ligne], 20 | 2024, mis en ligne le 17 mai 2024, consulté le 21 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/craup/14347 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/11pap

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Auteurs

Marion Serre

Marion Serre est architecte, docteure en architecture, urbanisme et aménagement de l’espace, cofondatrice de l’atelier d’architecture Tiers Lab. Spécialiste de la recherche-action et de la construction de compétences collectives, elle met ses compétences de chercheuse au service de la chaire Mutation des vies étudiantes, portée par l’Ensadlab de l’École des arts décoratifs de Paris.

Articles du même auteur

Agathe Chiron

Agathe Chiron est designeuse, titulaire de la chaire Mutation des vies étudiantes, portée par l’Ensadlab de l’École des arts décoratifs de Paris. Spécialiste des enjeux de collaboration avec les usagers. Convaincue de l’irremplaçable qualité du temps long, elle a pour outil créatif l’immersion, la permanence architecturale, notamment pratiquée aux côtés de Patrick Bouchain.

Chloé Perreau

Chloé Perreau est designeuse, assistante de recherche pour la chaire Mutation des vies étudiantes, portée par l’Ensadlab de l’École des arts décoratifs de Paris. Ses multiples compétences, croisant médiation, conception et construction, lui permettent de traduire les problématiques des usagers en forme d'objet, d'espace et d'organisation, pour apporter des réponses adaptées à chaque contexte.

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Droits d’auteur

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