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DOSSIER

Quelles voies de développement de l’agriculture dans les territoires montagneux haïtiens ?

L’exemple de la région de La Borne dans la Chaîne des Matheux
Adeline Bouvard et Sophie Devienne
p. 95-114

Résumés

Dans les territoires montagneux haïtiens, les préoccupations environnementales liées à la déforestation et l’érosion des sols sont mises au premier plan depuis des décennies par les médias, les acteurs politiques et les organisations internationales. À partir du discours dominant qui tend à mettre en relation déforestation et pauvreté de la paysannerie, ont été élaborés de nombreux projets de développement qui visent à reboiser les montagnes. La mise en défens pour le reboisement en échange du versement de paiements pour services environnementaux apparaît comme une piste privilégiée par certains projets récemment mis en œuvre. La recherche conduite avait comme objectif de mettre en lumière les ressorts du processus de déforestation, en le mettant en lien avec l’évolution des pratiques des agriculteurs et des conditions socio-économiques dans lesquelles ceux-ci travaillent. Elle visait, de plus, à évaluer l’impact prévisible de ces projets de mise en défens tout en réfléchissant à d’autres voies permettant de résoudre tout à la fois crise environnementale et crise économique et sociale.

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Texte intégral

1Depuis les années 1980, la déforestation des montagnes haïtiennes constitue une problématique récurrente, largement relayée par les médias grand public, les politiques et les organisations internationales pour ses conséquences désastreuses. Le recul du couvert forestier sur les pentes entraîne en effet une forte érosion des sols, qui provoque en aval des dégâts sur les terres agricoles et des coulées boueuses potentiellement meurtrières. De nombreux projets de développement qui s’efforcent de reboiser les espaces les plus exposés au risque érosif ont été élaborés à partir du discours dominant, tendant à établir une relation de causalité entre déforestation et pauvreté de la paysannerie (Maertens et Stork, 2018). Les activités paysannes, en particulier la fabrication de charbon de bois et la mise en culture des fortes pentes et, a fortiori, les paysans sont pointés du doigt (Bellande, 2009). Depuis quelques années, plusieurs programmes pilotes expérimentent, comme dans d’autres régions du monde (Farley et Costanza, 2010 ; Landell-Mills et Porras, 2002), la mise en défens de terres agricoles situées sur les pentes pour leur reboisement, les paysans bénéficiant, en compensation du renoncement à cultiver ces espaces, du versement récurrent d’un paiement pour services environnementaux (PSE).

2La persistance du discours reliant dégradation environnementale et paupérisation de la paysannerie ainsi que le déploiement de cette forme d’intervention, à nouveau centrée sur la reforestation des espaces les plus dégradés, posent question. Ces interventions constituent-elles des solutions qui pourraient permettre de résoudre à la fois le problème de la dégradation des écosystèmes de montagne et la crise de la paysannerie ? L’article présente les résultats d’un travail de recherche conduit dans le cadre d’un doctorat qui visait à étudier cette question et à élargir la réflexion à d’autres formes d’intervention, qui s’attacheraient à la fois à préserver les espaces sensibles à l’érosion et à améliorer la situation économique et alimentaire de la paysannerie.

Matériel et méthode

3L’échelle de la petite région agricole a été retenue afin d’évaluer concrètement l’impact de ce type d’intervention sur l’écosystème cultivé et sur les différentes catégories d’agriculteurs. C’est également à cette échelle qu’il nous a semblé le plus pertinent de réfléchir à des formes d’interventions alternatives, en s’appuyant sur l’étude de pratiques adaptées mises au point par les agriculteurs eux-mêmes. Le cas de la région de La Borne dans la chaîne des Matheux, qui constitue l’une des premières régions d’expérimentation d’un programme de mise en défens pour le reboisement de terres agricoles en Haïti, nous a semblé particulièrement intéressant à étudier. Cette région pauvre, très déboisée, retient depuis quelques années l’attention des programmes de lutte contre l’érosion en raison de sa situation géographique en amont de la plaine irriguée de l’Artibonite, qui est le plus grand grenier à riz du pays.

4Cette recherche s’est appuyée sur l’analyse-diagnostic de l’agriculture de la région (Cochet, 2011 ; Cochet et Devienne, 2006 ; Dufumier, 1996 ; Mazoyer et Roudart, 1997) réalisée grâce à un travail de terrain conduit entre 2015 et 2018, en mobilisant les concepts et méthodes de l’agriculture comparée. Cette approche globale et pluridisciplinaire aborde de manière systémique et dynamique le secteur agraire des sociétés, grâce à la combinaison de différentes échelles d’analyse et la mobilisation des concepts correspondants (Figure 1). Elle accorde une large place à l’étude des pratiques concrètes des agriculteurs en lien avec l’évaluation de leurs performances économiques, tout en mettant en lumière les relations entre les transformations des écosystèmes, les modifications apportées aux techniques mises en œuvre par les agriculteurs et l’évolution des conditions socio-économiques dans lesquelles ces changements se produisent (Dufumier, 1996 ; Mazoyer et Roudart, 1997).

Figure 1 – Combinaison d’échelles d’analyse

Figure 1 – Combinaison d’échelles d’analyse

Source : auteurs.

5La reconstitution de l’évolution de l’agriculture de la région depuis les années 1960 a permis de comprendre, au sein de ces transformations, la fonction des différents étages agro-écologiques, en particulier ceux ciblés par le projet de reboisement. Ce travail s’est appuyé sur une lecture détaillée du paysage et sur une trentaine d’entretiens auprès d’agriculteurs ayant été acteurs de ces transformations. Il a également permis d’appréhender le processus de différenciation des systèmes de production, largement dépendant des conditions socio-économiques dans lesquelles sont placées les différentes catégories d’agriculteurs, conduisant ainsi à élaborer une typologie des systèmes de production actuels. Le fonctionnement technico-économique de chacun de ces systèmes a ensuite été caractérisé grâce à la réalisation de 110 enquêtes approfondies auprès d’exploitations choisies sur la base d’un échantillonnage raisonné.

6La compréhension de la dynamique de développement en cours et de ses implications a permis, grâce à une seconde lecture détaillée du paysage, d’identifier des pratiques alternatives développées par certains agriculteurs, qui leur permettent à la fois de préserver les sols de l’érosion et d’accroître leur capacité de production. Quatorze entretiens approfondis ont été conduits auprès de ces paysans pour analyser les modalités d’élaboration et de mise en œuvre de ces pratiques ainsi que leurs conséquences.

Contraintes et spécificités de la région de La Borne

7La chaîne des Matheux, située à une cinquantaine de kilomètres au nord de Port-au-Prince, constitue l’un des principaux massifs montagneux d’Haïti. La partie sommitale de cet anticlinal forme un plateau sur lequel se situe la région de La Borne, à une altitude de 900 à 1 300 mètres (Figure 2). En l’absence de route carrossable, son accès est très difficile. À pied, il faut plus de cinq heures pour rejoindre le marché de la plaine le plus proche, situé à Verrettes (Figure 3). Cet enclavement explique que la région est longtemps restée vierge de toute intervention de développement.

8Sur ce plateau calcaire, l’accès à l’eau est difficile. Les précipitations abondantes (1 200 à 1 600 mm par an) sont concentrées entre avril et octobre. Durant les mois secs, l’absence de cours d’eau en surface contraint les familles à s’approvisionner à des sources éloignées, situées à une altitude inférieure à 800 mètres. La faiblesse des précipitations interdit alors les cultures annuelles et est à l’origine d’un étiage fourrager qui contraint fortement la conduite des animaux. Sur les sols nus des pentes, les précipitations de forte intensité au démarrage de la saison des pluies favorisent l’érosion.

Figure 2 – Localisation de la région de La Borne, en partie sommitale de la chaîne des Matheux

Figure 2 – Localisation de la région de La Borne, en partie sommitale de la chaîne des Matheux

Source : auteurs.

Figure 3 – Coupe transversale schématique de la chaîne des Matheux

Figure 3 – Coupe transversale schématique de la chaîne des Matheux

Source : auteurs.

9Située dans la partie centrale du plateau, la région s’étend sur une quinzaine de km2 et regroupe près de 800 unités de production. Elle présente un paysage hétérogène marqué par un relief karstique au sein duquel les reliefs en creux, combes, dolines et poljés, s’opposent aux versants plus ou moins abrupts qui les entourent, où dominent les lapiez (Figure 4). Ces dépressions constituent les lieux privilégiés d’accumulation des argiles de décalcarification et de dépôt d’alluvions et/ou de colluvions, à l’origine de la formation de sols profonds à haut potentiel de fertilité (« tè fon »), occupés par une végétation arborée dense. Sur les versants, les espaces cultivables se limitent aux cavités karstiques. Les versants les plus escarpés constituent les espaces prioritairement ciblés pour leur mise en défens et leur reboisement.

Figure 4 – Bloc diagramme schématique de la région de La Borne

Figure 4 – Bloc diagramme schématique de la région de La Borne

Source : auteurs.

Des années 1960 à nos jours : des décennies de transformation du mode d’exploitation de l’écosystème cultivé

Dans les années 1960, un système agraire basé sur la défriche-brûlis d’un recrû arbustif

10À cette époque, l’écosystème cultivé présente un paysage déjà relativement ouvert. Résultant de plusieurs décennies de culture du café (Moral, 1961 ; D’Ans, 1987), le couvert végétal est de petite taille sur les versants, ce dont témoignent les écrits du début du siècle (Woodring et al., 1924).

11Les habitations sont situées au sein des étages agro-écologiques les plus productifs (doline, poljé, fond de vallon et bas de pente) et entourées de leur jardin-verger (Figure 5). Ces espaces sont cultivés en priorité par les agriculteurs, majoritairement en faire-valoir direct. Le jardin-verger constitue le lieu le plus fumé de l’exploitation grâce à l’accumulation des déchets domestiques, des déjections du petit élevage (cochons à l’engrais, volailles) et de la matière organique provenant des nombreux arbres. Une association multi-strates de tubercules, légumineuses, céréales, arbres fruitiers et bois d’œuvre, y est cultivée, enrichie de pieds de café. Autour de ces jardins-vergers, les champs complantés d’arbres fruitiers occupent le restant de ces étages les plus fertiles. Ils sont cultivés avec une rotation de courte durée qui fait alterner un recrû herbeux d’une à deux années avec deux années de culture basée sur une association de céréales (maïs, sorgho), tubercules (ignames, manioc) et légumineuses (haricot), aux rendements relativement élevés (> 10 q/ha pour les céréales).

12Équipés d’un outillage manuel peu différencié (machette, houe, pioche) qui limite l’efficacité de leur travail, les agriculteurs cherchent à accroître la superficie qu’ils cultivent grâce à la mise en culture d’autres étages agro-écologiques aux calendriers culturaux complémentaires. Ils mettent ainsi en culture de petites parcelles sur les versants dont les sols moins profonds, à la moindre capacité de rétention en eau, sont emblavés plus tardivement après les premières pluies. Seuls les versants les moins escarpés et les plus proches des habitations sont cultivés, et de manière moins fréquente. Un recrû arbustif d’une durée de 3 à 8 ans permet d’accumuler de la biomasse qui est réduite en cendres grâce au brûlis avant l’installation des cultures. Des arbres fruitiers sont conservés dans les parcelles. Leurs branchages sont élagués et également brûlés. Sur les parcelles ainsi dégagées sont mises en place des associations à base de tubercules (manioc, igname, malanga, patate douce) ou de céréales (maïs, sorgho associés au haricot). Plus la durée du recrû a été longue, plus les rendements obtenus sont élevés. Ces terres sont majoritairement détenues en indivision familiale avec un usage individuel et sont cultivées en faire-valoir direct ou indirect.

13Les versants les plus escarpés ne sont pas cultivés. Ils sont occupés par une végétation de fourré buissonneux, difficilement pénétrable, appelée « rak ». Sur ces espaces détenus en indivision familiale, un droit de vaine pâture est concédé par les familles propriétaires à l’ensemble des agriculteurs. Ceux-ci y conduisent une partie de leurs cheptels porcin et caprin en divagation.

14Cette hétérogénéité du milieu cultivé participe des inégalités entre les différentes catégories socio-économiques d’agriculteurs, toutes n’ayant pas accès aux espaces les plus propices aux cultures. Les plus grands propriétaires fonciers détiennent plus de 15 ha, qui se répartissent dans l’ensemble des étages agro-écologiques. Ils cultivent 5 à 7 hectares, friches comprises, ce qui leur permet de nourrir leur famille nombreuse. Ils dégagent des surplus (céréales, café, cochons gras) dont la vente sur les marchés locaux et à la capitale régionale Saint Marc, leur permet d’acheter les biens de consommation indispensables. Lors des pointes de travail, ces exploitants patronaux recourent à l’emploi d’une main-d’œuvre extra-familiale nombreuse, qu’ils recrutent parmi les agriculteurs qui possèdent une surface plus petite (< 3 ha) uniquement située sur les versants. Ces paysans pauvres fournissent leur force de travail au sein de groupes de travailleurs (kombit), en échange d’un repas abondant et de l’accès à quelques parcelles de versants en location à part de fruit (demwatye). Ce mode de faire-valoir prévoit que l’exploitant cède une part de sa récolte en nature au propriétaire en l’échange de l’accès à la terre. Au total, ces paysans ne disposent que d’une superficie limitée sur laquelle ils ne peuvent maintenir qu’un recrû de courte durée (3 ans), qui se traduit par des rendements peu élevés. Après avoir versé la part (1/3) de produit brut sur les terres cultivées en faire-valoir indirect, il ne leur reste pas suffisamment de produits agricoles pour alimenter leur famille tout au long de l’année. Ils cherchent donc à obtenir un revenu monétaire complémentaire en migrant dans la plaine de l’Artibonite en saison sèche, période de creux de travail sur le plateau. Ils sont employés dans les rizières à des tâches agricoles très difficiles et mal rémunérées.

1970-1990 : dégradation du contexte économique et crise du système agraire

15L’écosystème cultivé se transforme progressivement, sous l’effet de facteurs endogènes mais également exogènes. L’accroissement démographique entraîne une augmentation du nombre de familles et une extension des surfaces cultivées. Les parcelles, dans l’ensemble des étages agro-écologiques, sont plus fréquemment mises en culture au détriment de la durée du recrû. Les espaces les plus productifs sont, dès lors, cultivés chaque année, tandis que sur les versants le recrû arbustif laisse place à un recrû herbacé, réduisant la quantité de biomasse accumulée, dont l’enfouissement et le brûlis ne suffisent plus à renouveler la fertilité du sol.

16Dès la fin des années 1970, la dégradation des conditions socio-économiques contribue à accélérer ces transformations. L’entrée massive de produits importés sur le marché national, d’abord par voie de contrebande puis suite à la libéralisation des échanges consécutive aux plans d’ajustements structurels mis en œuvre dès 1986, entraîne une baisse importante des prix intérieurs des céréales. La production nationale est désormais concurrencée par des denrées à bas prix provenant de pays où l’agriculture enregistre une productivité nettement supérieure et bénéficie même dans certains cas de subventions (Dufumier, 1988 ; Kermel-Torres et Roca, 1991 ; Freguin et Devienne, 2006). À la même période, les États-Unis imposent l’abattage systématique des porcs créoles pour prévenir la diffusion de la peste porcine. Le cheptel est décimé en moins de deux ans (SACAD et FAMV, 1993), privant les paysans d’un élevage qui représentait une importante source d’épargne et de revenu monétaire et permettait de valoriser des produits du jardin-verger tout en y entretenant la fertilité. Sur ces sols moins fumés, le rendement des caféiers baisse et leur sensibilité aux maladies est accrue. Dans un contexte de baisse du cours mondial du café les agriculteurs abandonnent donc cette production.

Figure 5 – Mode d’exploitation de l’écosystème cultivé de la région de La Borne dans les années 1960

Figure 5 – Mode d’exploitation de l’écosystème cultivé de la région de La Borne dans les années 1960

Source : auteurs.

17Le revenu monétaire des paysans, basé sur la vente des surplus céréaliers, des cochons gras et du café, diminue en conséquence. Ceux-ci se tournent alors vers la fabrication de charbon de bois. Les arbres de couverture du café dans les jardins-vergers et les arbres fruitiers dans les champs cultivés sont progressivement abattus. Cette évolution contribue à réduire les cendres obtenues après brûlis ainsi que la litière et donc la teneur des sols en humus (Mazoyer et Roudart, 1997). Sur les versants, les rendements diminuent (< 5q céréales/ha) et les paysans sont contraints d’abandonner les cultures les plus exigeantes en matière organique (tubercules).

18Cette crise de fertilité provoque d’importantes modifications des rapports sociaux au sein du territoire. La baisse des rendements conduit les propriétaires à passer d’une rente foncière variable, dépendant du rendement, à une rente foncière fixe, en instaurant le fermage. Les rapports d’échange du travail évoluent eux aussi. Les agriculteurs n’ayant accès qu’aux espaces de versants sont fortement affectés par la réduction, en volume et en diversité, de leurs productions. Ils sont contraints d’accroître le recours à l’achat d’aliments nécessitant de se procurer un revenu monétaire plus important. Les koumbit cèdent ainsi la place à des groupes de travailleurs, les « kolonn », au sein desquels les paysans vendent leur force de travail, et la fréquence des migrations dans l’Artibonite augmente.

1990-2010 : développement d’un système agro-pastoral à recrû herbeux pâturé

19Les transformations de l’écosystème cultivé conduisent les agriculteurs à modifier profondément le mode de reproduction de la fertilité sur les versants cultivés. Auparavant basée sur l’accumulation de biomasse au cours de la période de recrû arbustif, elle est dès lors assurée par l’association avec l’élevage (Figure 6). Le cheptel bovin pâture en saison des pluies le recrû herbeux. En saison sèche, il est conduit au piquet sur les parcelles de versant avant leur mise en culture à la saison suivante et affouragé avec de la végétation prélevée au sein des fourrés riches en biomasse et des étages agro-écologiques les plus fertiles. Les déjections des animaux sont ensuite enfouies lors de la préparation du sol : les paysans, au prix d’un travail important, réalisent ainsi un transfert de fertilité depuis des espaces réservoirs de biomasse ou qui bénéficient d’une accumulation naturelle de matière organique et d’éléments minéraux, vers les versants cultivés. Le cheptel caprin pâture, quant à lui, les fourrés durant la journée et est ramené chaque nuit dans le jardin-verger qui bénéficie ainsi, lui aussi, de transferts latéraux de fertilité.

20Cette association avec l’élevage nécessite cependant d’accroître le cheptel et donc de réaliser un investissement en capital dans un contexte économique qui demeure défavorable, ce qui n’est pas accessible à tous les agriculteurs, encore moins au même rythme.

21Les agriculteurs qui parviennent à dégager un revenu monétaire de leur activité agricole développent le commerce des denrées alimentaires importées. Les exploitations patronales (> 3 ha), qui disposent d’animaux de bât et d’une trésorerie suffisante, peuvent développer largement cette activité tout au long de l’année. Ces agriculteurs ont donc les moyens d’acquérir un cheptel important, dont une partie est donnée en gardiennage. Ils conservent un troupeau de 2 à 4 vaches qui leur permet d’assurer la reproduction de la fertilité sur les versants cultivés et de maintenir leurs rendements. Les exploitations familiales les plus importantes (1 à 3 ha) développent une activité de commerce plus limitée, saisonnière, qui leur permet d’acquérir un cheptel moins nombreux (1-2 vaches).

22Dans les exploitations familiales de plus petite taille (0,8-1,5 ha), l’accès au cheptel n’est possible qu’au travers du gardiennage : ces paysans élèvent une vache qui leur est confiée par son propriétaire et conservent en guise de rémunération le fruit d’une portée sur deux. Ne possédant que peu voire pas de surfaces dans les riches dépressions, ils ne disposent que de peu de ressources fourragères pour l’alimentation des animaux en saison sèche : la mortalité des animaux est élevée et les transferts de matière organique demeurent limités. La reproduction de la fertilité sur leurs parcelles de versant n’est donc pas assurée : le taux d’humus des sols diminue, affectant leur stabilité structurale et leur sensibilité à l’érosion, et les rendements demeurent faibles (< 4 q/ha de céréales). Ces agriculteurs tentent de limiter autant que possible l’érosion en aménageant des cordons pierreux sur leurs parcelles en fin de saison sèche. En l’absence d’outillage adapté, ces infrastructures sont peu résistantes et doivent être reconstruites chaque année.

Figure 6 – Mode d’exploitation de l’écosystème cultivé de la région de La Borne dans les années 1990

Figure 6 – Mode d’exploitation de l’écosystème cultivé de la région de La Borne dans les années 1990

Source : auteurs.

23Les migrations saisonnières effectuées par les paysans les plus pauvres (< 0,8 ha) entrent en concurrence avec leur activité agricole et leur interdisent l’accès au cheptel bovin par la voie du gardiennage. Ces agriculteurs, qui ne possèdent qu’un petit lopin sur les pentes calcaires, ne peuvent louer que des terres situées dans les espaces où la rente foncière est la plus faible, à savoir les raks situés sur les pentes les plus escarpées, qui constituent aussi les espaces les plus difficiles à cultiver, sans disposer du cheptel nécessaire à la reproduction de la fertilité. Au rythme de l’accroissement démographique et des partages successoraux, cette catégorie d’agriculteurs ne cesse de s’agrandir.

Limites et contradictions du développement en cours

24Aujourd’hui, avec l’extension continue des superficies cultivées tout au long des dernières décennies, l’ensemble des étages agro-écologiques est cultivé et les surfaces en raks, réservoir de fourrages en saison sèche, ont quasiment disparu. La conduite du bétail est devenue beaucoup plus complexe, la disponibilité fourragère constituant dès lors l’un des facteurs essentiels limitant la taille du cheptel des agriculteurs.

25Les recrûs devenus plus courts sont surpâturés. Leur composition floristique évolue vers des plantes moins appétantes pour le bétail, ce qui tend à aggraver le déficit fourrager. Le tapis végétal, moins dense et moins couvrant, expose davantage le sol à l’érosion lors des fortes pluies. Avec la réduction de la superficie des raks, l’affouragement en vert des animaux repose essentiellement sur des fourrages prélevés au sein du jardin-verger (feuillages des arbres, bananiers), au détriment du renouvellement du stock de matière organique des sols dans ces espaces. La réduction de la végétation disponible dans les raks et les jardins-vergers conduit les paysans, lors de l’étiage fourrager de la saison sèche, à recourir à la divagation de leur cheptel pour limiter le temps consacré à son affouragement. Ce changement de conduite des animaux est à l’origine de nombreux conflits entre les agriculteurs-éleveurs (SP 1, 2 voir figure 7) et les paysans plus pauvres (SP 3, 4), dont les parcelles cultivées se situent sur les seuls versants. Le bétail en liberté crée en effet des dégâts dans les jardins-vergers non clôturés et détruit les cordons pierreux aménagés au prix d’un important travail.

Figure 7 – Mode d’exploitation de l’écosystème cultivé de la région de La Borne, dans les années 2010

Figure 7 – Mode d’exploitation de l’écosystème cultivé de la région de La Borne, dans les années 2010

Source : auteurs.

26Depuis dix ans, la crise du système agraire s’est encore aggravée : la hausse du cours des matières premières combinée à la forte inflation de la monnaie nationale ont contribué à éroder la capacité d’investissement des agriculteurs. Pour assurer l’alimentation de leur famille en période de soudure ou de faible demande en travail agricole, les paysans les plus pauvres sont contraints de s’endetter. Leur incapacité à rembourser les dettes contractées les conduit à une décapitalisation rapide, décapitalisation à laquelle l’émigration définitive vers les bidonvilles du pays constitue une issue fréquente.

Quelles voies de développement pour résoudre tout à la fois la crise environnementale et la crise sociale et économique du système agraire ?

La mise en défens des espaces soumis à forts risques d’érosion : vers une exacerbation des déséquilibres existants

27C’est dans ce contexte que se pose la question des enjeux d’un programme qui envisage, pour limiter l’érosion, de reboiser une soixantaine d’hectares de terres situées sur les versants escarpés, en s’appuyant sur leur mise en défens ou un accès limité pour le pâturage et la culture, en contrepartie du versement de PSE aux propriétaires des parcelles ciblées.

28À l’échelle du système agraire, ces restrictions se traduiraient par une diminution supplémentaire de la disponibilité fourragère. Le surpâturage des recrus herbeux sur les terres non ciblées par le programme s’accélérerait, provoquant la dégradation des ressources fourragères et, in fine, de l’alimentation du cheptel, conduisant à une hausse de sa mortalité. Or, l’analyse du fonctionnement du système agraire montre qu’à mesure que la taille du cheptel des agriculteurs diminue, la reproduction de la fertilité sur les espaces qu’ils cultivent, qui repose sur l’association avec l’élevage, est de moins en moins bien assurée. Cette évolution conduirait ainsi à une accélération de la baisse des rendements et du taux de matière organique des sols sur les versants, accentuant leur sensibilité à l’érosion.

29Les agriculteurs à la tête des plus petites exploitations (SP 4), dont une part importante de la production est réalisée sur les versants ciblés, seraient les premiers affectés, et ce d’autant plus que, n’étant pas propriétaires de la terre, ils ne bénéficieraient pas des PSE. Afin de maintenir à court terme leur production agricole, ils pourraient être contraints de mettre en culture encore plus régulièrement les autres parcelles de versants auxquelles ils ont accès, accélérant ainsi leur dégradation et la baisse des rendements des cultures. À moyen terme, la diminution de la capacité de production de leur système pourrait les contraindre à émigrer définitivement hors de la région, venant grossir le flux d’un exode rural déjà massif. Les agriculteurs des petites exploitations familiales (SP 3), pour lesquels l’affouragement du bétail constitue déjà une contrainte majeure du fonctionnement de leur système de production, seraient particulièrement affectés par la diminution de la disponibilité fourragère et ne bénéficieraient pas non plus de la compensation offerte par les PSE. Sans aucun moyen mis en œuvre pour permettre au préalable de réelles transformations du mode d’exploitation de l’écosystème cultivé, cette mise en défens ne ferait que reporter le problème sur d’autres espaces sensibles à l’érosion.

À contre-courant, des agriculteurs engagés dans une autre voie de développement : l’esquisse d’un nouveau système agraire ?

30À rebours de la dynamique agraire en cours, certains agriculteurs installés sur les pentes développent depuis quelques années des pratiques agricoles nouvelles au prix d’une forte intensification en travail. Ils combinent des techniques acquises dans le cadre de programmes de développement, qu’ils adaptent et utilisent de façon systémique pour recréer les conditions propices au développement d’une biomasse importante et à l’augmentation du taux d’humus des sols sur les versants, seuls espaces auxquels ils ont accès. La première étape consiste à enclore la première auréole de culture autour de leur habitat, qui constitue l’espace le plus sécurisé de l’exploitation sur le plan foncier, afin de la protéger des dégâts occasionnés par le bétail en divagation durant la saison sèche. Ils épierrent ensuite cet espace pour construire des murets épais derrière lesquels viennent s’accumuler des dépôts colluviaux. Au bout de quelques années, ils parviennent ainsi à constituer de véritables terrasses, qu’ils préservent de l’action destructrice des eaux de ruissellement grâce à l’aménagement de fossés de dérivation, construits en biais par rapport à la ligne de pente. À mesure que la profondeur du sol augmente, ils enrichissent l’association qu’ils cultivent sur ces terrasses avec des espèces arbustives et arborées, qui participent à accroître le taux d’humus du sol. Ces agriculteurs parviennent ainsi à progressivement réintroduire des espèces exigeantes en matière organique (ignames, bananiers) qui sont très rémunératrices. Grâce aux clôtures, ils peuvent, à l’abri de la dent des animaux, développer des cultures fourragères (herbe Guatemala, canne à sucre) qui permettent d’accroître l’affouragement en vert du troupeau bovin en saison sèche et en début de saison pluvieuse et d’augmenter ainsi le cheptel. Enfin, ces paysans développent la stabulation nocturne des caprins dans un enclos couvert et sur une litière végétale, ce qui permet la fabrication de fumier utilisé pour fertiliser les cultures à plus forte valeur ajoutée.

31Ces transformations permettent à ces agriculteurs d’accroître leur revenu agricole et d’investir dans l’acquisition de matériaux, d’outils et de capital biologique pour poursuivre les améliorations de leur système de production. Ils renforcent alors les clôtures à l’aide de barbelé et d’espèces fourragères, ils couvrent l’enclos de parcage des caprins afin de limiter les pertes d’éléments fertilisants par évaporation et lessivage et de fabriquer un fumier plus riche qui leur permet d’accroître leurs rendements (10 q/ha pour les céréales). La réflexion démarre sur des infrastructures de stockage de l’eau qui permettent une petite irrigation des cultures en pépinière. Grâce à celles-ci, certains agriculteurs parviennent de plus à réduire le temps qu’ils consacrent aux corvées d’eau.

Figure 8 – Vue légendée de la première auréole de culture d’un agriculteur de La Borne

Figure 8 – Vue légendée de la première auréole de culture d’un agriculteur de La Borne

32Le développement de ces pratiques, encore très minoritaires, nécessite de rassembler un certain nombre de conditions. Il suppose une sécurité foncière minimale pour pouvoir rentabiliser des investissements à rendement différé dans le temps. Les aménagements réalisés reposent sur l’accès à un équipement adapté et coûteux : barre à mine, masse, tôle, plants, cheptel. Il s’agit également d’une intensification en travail, difficile à réaliser pour les agriculteurs les plus pauvres qui ne peuvent renoncer au revenu monétaire immédiat issu de la vente de leur force de travail pour réaliser des aménagements dont ils ne tireront les bénéfices qu’à moyen terme.

Conclusion

33L’analyse de l’évolution de l’agriculture dans la région de La Borne depuis les années 1960 a mis en évidence l’approfondissement, tout au long des dernières décennies, d’une crise du système agraire, qui se traduit par la dégradation de l’écosystème cultivé et la paupérisation croissante des agriculteurs de la région. Cette crise résulte d’une situation de déséquilibre dans laquelle le mode d’exploitation et de reproduction de l’écosystème cultivé n’est plus adapté au regard des ressources disponibles.

34Face à cette crise de nature complexe, la voie de développement privilégiée qui consiste à mettre en défens les espaces les plus érodés pour leur reboisement, y compris à l’aide de PSE, ne peut pas apporter une solution durable car elle n’ouvre pas la voie à une sortie de la crise du système agraire, qui passe nécessairement par la mise en place d’un nouveau mode d’exploitation et de reproduction de l’écosystème cultivé. La seule mise en défens des terrains fragiles ne viendrait qu’exacerber les déséquilibres déjà existants tant sur le plan de l’environnement que des inégalités économiques et sociales.

35Certains agriculteurs se sont engagés dans une autre voie de développement en recréant, grâce à des aménagements permanents, les conditions propices à la constitution de sols profonds et à l’accumulation de biomasse sur les parcelles de versant. Les nouveaux systèmes de production qu’ils mettent au point présentent l’avantage d’apporter une réponse adaptée non seulement au problème de l’érosion des sols, mais aussi, plus largement, à la crise du système agraire en conjuguant performances économique et environnementale. L’analyse des conditions de développement de ces systèmes montre que la disponibilité en temps de travail, la sécurité foncière et l’accès à un équipement adapté constituent des conditions essentielles. Un certain nombre de pistes d’intervention pourraient être envisagées : appui à la sécurisation des tenures foncières, construction d’infrastructures hydrauliques pour faciliter l’accès à l’eau et libérer du temps de travail paysan, développement du microcrédit, facilitation de l’accès à un équipement adapté…

36Ce travail de recherche, en s’efforçant de comprendre la dynamique d’évolution de l’agriculture de la région, a permis de montrer que l’érosion des sols sur les versants constituait l’une des manifestations d’une crise profonde du système agraire. Il a permis d’identifier des pistes de développement adaptées qui permettent de sortir de cette crise et d’ouvrir la réflexion sur des interventions alternatives destinées à soutenir un développement agricole durable sur le plan environnemental, mais aussi économique et social, pour la région concernée et plus largement pour les régions montagneuses d’Haïti.

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Table des illustrations

Titre Figure 1 – Combinaison d’échelles d’analyse
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Titre Figure 2 – Localisation de la région de La Borne, en partie sommitale de la chaîne des Matheux
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Titre Figure 3 – Coupe transversale schématique de la chaîne des Matheux
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Titre Figure 4 – Bloc diagramme schématique de la région de La Borne
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Titre Figure 5 – Mode d’exploitation de l’écosystème cultivé de la région de La Borne dans les années 1960
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Titre Figure 6 – Mode d’exploitation de l’écosystème cultivé de la région de La Borne dans les années 1990
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Titre Figure 7 – Mode d’exploitation de l’écosystème cultivé de la région de La Borne, dans les années 2010
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Titre Figure 8 – Vue légendée de la première auréole de culture d’un agriculteur de La Borne
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Pour citer cet article

Référence papier

Adeline Bouvard et Sophie Devienne, « Quelles voies de développement de l’agriculture dans les territoires montagneux haïtiens ? »Les Cahiers d’Outre-Mer, 279 | 2019, 95-114.

Référence électronique

Adeline Bouvard et Sophie Devienne, « Quelles voies de développement de l’agriculture dans les territoires montagneux haïtiens ? »Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 279 | Janvier-Juin, mis en ligne le 01 janvier 2022, consulté le 19 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/9937 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/com.9937

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Auteurs

Adeline Bouvard

Docteur en géographie. UFR Agriculture Comparée et Développement Agricole, UMR PRODIG, AgroParisTech. Courriel : adeline.bouvard(at)gmail.com

Sophie Devienne

Professeur des Universités. UFR Agriculture Comparée et Développement Agricole, UMR PRODIG, AgroParisTech. Courriel : sophie.devienne(at)agroparistech.fr

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