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Le quartier indien de Singapour : cultures sud-asiatiques et rivalités socio spatiales

The Little India of Singapore: South Asian cultures and socio spatial rivalries
Delon Madavan
p. 505-524

Résumés

Le quartier de Serangoon road (Little India) est devenu, avec le soutien de la cité-État, la vitrine de l’identité indo-singapourienne. Ce territoire cumule aujourd’hui les fonctions de centre social, culturel, religieux et d’approvisionnement pour les populations d’origine sud-asiatique (Tamouls, Malayalis, Punjabis, Gujératis, etc.) de l’île. L’arrivée depuis les années 1990 de travailleurs peu qualifiés de l’État indien du Tamil Nadu et du Bangladesh a transformé la physionomie et l’utilisation du quartier. L’appropriation de Little India et la circulation en grand nombre d’étrangers peu qualifiés le dimanche soir est à l’origine d’un nouveau problème de cohabitation avec les autres usagers du quartier.

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Texte intégral

Introduction

  • 1 www.singstat.gov.sg
  • 2 Les étrangers vivant à Singapour avec un titre de séjour temporaire ne sont pas inclus dans la caté (...)

1Lors du recensement de 2010, la population d’origine sud-asiatique à Singapour s’élevait à 348 100 résidents sur un total de 3,77 millions1. Cette communauté, qui comprend à la fois les citoyens indo-singapouriens et les Sud-Asiatiques étrangers possédant le titre de résident permanent, représente 8,4 % de la population résidente2 totale. Par ailleurs, 90 000 à 100 000 travailleurs étrangers du sous-continent indien (Rai, 2006), employés comme ingénieurs informatiques, ouvriers de construction ou encore domestiques, vivent aussi dans le pays avec un titre de séjour temporaire. Si la communauté sud-asiatique constitue incontestablement une petite minorité par rapport à la population totale, elle a joué, depuis l’établissement du comptoir commercial, un rôle significatif dans l’histoire, la vie politique, culturelle et socio-économique de l’île.

  • 3 Pour exploiter les richesses des territoires qu’ils ont assujettis en Asie du Sud-Est, les Britanni (...)

2Dès son arrivée, Stamford Raffles, fondateur de Singapour en 1819, débarque sur l’île avec 120 soldats originaires du Bengale. Par la suite, pour contrebalancer la présence de plus en plus conséquente des immigrants chinois, dont la loyauté ne semble pas acquise, les Britanniques favorisent l’emploi d’une main-d’œuvre sud-asiatique (Arasaratnam, 1979 ; Rai, 2006 ; Walker, 1994). La puissance coloniale recrute ainsi des Malayalis ou des Ceylanais dans leur administration, des Sikhs dans la police impériale ou comme agents de sécurité, et surtout des Tamouls d’Inde pour travailler comme coolies3 dans les plantations, ou comme ouvriers pour construire les infrastructures en Asie du Sud-Est. À côté de ces migrations organisées, une immigration spontanée de marchands sud-asiatiques (Chettiars, Sindhis, Gujaratis, Musulmans, etc.) est arrivée dans l’île pour y faire fortune. La population sud-asiatique est déjà à l’époque coloniale très hétéroclite par la langue maternelle, la religion et la région d’origine. Toutefois, le recrutement privilégié de Tamouls d’Inde pour les secteurs d’activités nécessitant une main-d’œuvre importante explique la prépondérance démographique de cette communauté sur les autres populations sud-asiatiques.

  • 4 Le People’s Action Party est au pouvoir depuis 1959. Il est étroitement associé au développement éc (...)

3Avec l’expulsion de Singapour de la fédération malaise, en 1965, les dirigeants de l’île décident de promouvoir une société multiculturelle harmonieuse, afin d’éviter les tensions intercommunautaires. Les responsables des communautés sud-asiatiques participent pleinement au processus de construction d’un État et d’une nation nouvellement indépendants. Pour cela, le People’s Action Party4 au pouvoir reconnaît officiellement quatre ‘communautés’ (les Chinois, les Malais, les Indiens et les Autres), quatre cultures et quatre langues (mandarin, malais, tamoul et anglais). L’Etat impose l’enseignement bilingue (en anglais et dans la langue maternelle assignée à chaque communauté) et un système méritocratique pour l’entrée à l’université et dans la fonction publique, afin de garantir l’égalité entre les citoyens et l’harmonie sociale (Madavan, 2007 ; Ong, 2000 ; Puru Shotam, 1998 et 2000 ; Quah, 1990).

4Pour encourager le multiculturalisme, l’État impose dans ce pays un véritable brassage de la population. La révolution de la société singapourienne a ainsi été précédée par une révolution du territoire (De Koninck, 2006). En effet, la cité du Lion a engagé depuis les années 1960 une politique de construction de logements sociaux (dit HDB du nom de l’agence gouvernementale, Housing & Development Bord, chargée de leur construction et de leur gestion) qui a nécessité au préalable de raser les anciens villages coloniaux, où les populations étaient regroupées ethniquement. Les dirigeants singapouriens mettent ainsi fin à la ségrégation géographique et exigent que le pourcentage de chaque communauté dans chaque quartier et immeuble soit semblable à celui de la part de chacune d’elles au niveau national, afin d’assurer une plus grande mixité. Dans le même temps, les dirigeants singapouriens ont pris soin de maintenir, autour de Serangoon road (Figure 1) un territoire dans lequel les cultures sud-asiatiques dominent. Ce quartier est promu comme étant le quartier indien du pays.

5Cette politique a favorisé l’intégration des communautés d’origine sud-asiatique qui se reconnaissent désormais pleinement comme Indo-singapouriens. Par ailleurs, la promotion du multiculturalisme a créé une nouvelle distinction entre les anciennes générations, qui ont connu la vie dans les anciens villages ethniques et qui restent nostalgiques de leur pays d’origine, et les plus jeunes générations. Ces dernières ont évolué dans un contexte véritablement multiculturel et sont bilingues, voire dans certains cas uniquement anglophones. Ce nouveau clivage, s’ajoutant aux facteurs précédents (langues, religions et régions d’origines), rend la population sud-asiatique à Singapour très hétérogène.

  • 5 Dans le cadre de cet article, l’usage du terme diaspora ne correspond pas à la dimension paradigmat (...)

6Depuis les années 1980, la rapide croissance économique du pays a favorisé la tertiarisation de l’économie. Le développement du secteur des services est à l’origine de l’arrivée de travailleurs étrangers. On peut distinguer parmi ces derniers les immigrés professionnels qualifiés (ingénieurs informatique, chercheurs, etc.), et ceux faiblement qualifiés, occupant des emplois considérés comme pénibles, dangereux ou dégradants (domestiques, ouvriers dans le bâtiment, éboueurs, etc.). Des accords bilatéraux facilitent le recrutement d’une main-d’œuvre à faible coût dans des pays du sous-continent indien. Ainsi, les employeurs singapouriens choisissent de préférence des Tamouls indiens et des Bangladeshis pour les travaux liés au bâtiment ou à la collecte des ordures, alors que des Sri lankaises sont recrutées pour être employées de maison. L’arrivée de ces nouvelles migrations, que l’on peut distinguer comme étant une nouvelle diaspora5 en opposition aux populations installées avant l’indépendance et qui s’identifient à la nation singapourienne, renforce également l’hétérogénéité de la communauté d’origine sud-asiatique dans l’île. Tout comme l’ancienne diaspora, ces nouveaux immigrés se distinguent aussi par la différence de leurs langues maternelles, de leurs religions et de leurs régions d’origines.

7Le quartier indien est ainsi l’espace carrefour dans lequel les différentes communautés ethniques et religieuses de l’ancienne et de la nouvelle diaspora circulent et se côtoient.

8Mais comment s’inscrit l’identité des différentes communautés sud-asiatiques dans le quartier indien de Singapour ? Comment occupent-elles l’espace et cohabitent-elles au sein de ce territoire ?

9À travers l’étude de l’occupation de l’espace par les différentes communautés sud-asiatiques, nous verrons dans un premier temps quelle est l’inscription spatiale de leurs cultures dans le quartier. Puis nous verrons comment elles prennent place au sein de ce territoire. Enfin nous analyserons les rivalités socio-spatiales qui peuvent exister entre les différentes populations fréquentant le quartier.

Inscription spatiale des cultures sud-asiatiques dans Little India et ses environs

  • 6 Les compartiments chinois (ou shophouses) sont des batiments, construits aux xixe et xxe siècles, a (...)

10Le quartier communément appelé Little India est l’une des anciennes implantations indiennes de l’époque coloniale que l’État a choisi de valoriser comme le cœur officiel de la culture et de l’identité sud-asiatique dans l’île. L’Etat veille à préserver l’indianité de ce quartier pour conforter l’image de pays multiculturel et en faire l’une des principales attractions touristiques du pays. La fréquentation de Little India par une population essentiellement d’origine sud-asiatique, et le caractère très ethnique des produits ou services proposés dans les différents établissements, renforcent l’indianité de ce quartier qui compte pourtant de nombreux compartiments chinois6. Les magasins de saris, les agences de banques indiennes (Indian Bank, Bank of India, Indian Overseas Bank), les stands des magasins proposant des revues liées aux cinémas indiens, les colliers de jasmin qui doivent servir d’offrandes aux dieux hindous, les odeurs des épices et du curry qui s’échappent des différents restaurants, ou encore des diseurs de bonne aventure qui lisent les lignes des mains, feraient presque penser que l’on se trouve dans un quartier du sous-continent indien.

11Le rayonnement de l’identité indienne dépasse les limites du Little India représenté par l’office de tourisme, et qui correspond à l’espace officiellement protégé par le plan directeur de conservation. La carte des identités indiennes à Little India et dans ses environs (Figure 1) permet de distinguer trois zones : l’une tamoule, l’autre nord indienne et enfin une dernière en périphérie de la zone commerciale.

  • 7 Kollywood est le nom donné au cinéma en langue tamoule produit à Chennai dans l’État du Tamil Nadu (...)

12La première correspond au Little India officiel qui forme un espace rectangulaire compris entre les axes de Bukit Timah Road/Sungei Road, Race Course Lane, Race Road/Rowel Road et Jln Basar Road. Cette première zone, qui cumule les fonctions commerciale, religieuse et culturelle, est marquée par l’importance de l’identité tamoule. La traduction des noms de rue dans cette langue en est d’ailleurs l’un des symboles (Photographie 1). Au niveau commercial, l’essentiel des magasins de cet espace appartient à cette communauté. L’utilisation de l’alphabet tamoul (associé à la traduction en anglais) pour les noms des boutiques, des menus ou des affiches contribue à renforcer l’identification de cet espace à cette communauté. De plus, les différents établissements n’hésitent pas à passer des musiques religieuses ou du cinéma kollywood7, et le tamoul est le plus utilisé dans le Little India officiel. L’importance de cette langue est aussi renforcée par le fait que les bijoutiers chinois n’hésitent pas utiliser l’écriture tamoule sur leurs enseignes et à employer quelques mots en tamoul pour attirer les clients. Les seuls établissements commerciaux non tamouls que l’on trouve dans cet espace sont les quelques petites agences de cargos à destination de Sri Lanka tenus par des Cingalais près de Madras Street, et les restaurants nord indiens sur Course Race Road. L’axe commercial principal de Serangoon Road a la particularité de concentrer à la fois des établissements tamouls, nord indiens et d’autres qui développent une identité associant ces deux cultures.

Photographie 1 – Le nom de la rue écrit en tamoul à Little India

Photographie 1 – Le nom de la rue écrit en tamoul à Little India

© Auteur, Little India (Singapour), avril 2008

Figure 1 – La place des cultures indiennes dans Little India et ses environs

Figure 1 – La place des cultures indiennes dans Little India et ses environs

13Par ailleurs, la religion est sans conteste l’un des éléments majeurs de la vie dans cette zone. La présence d’une mosquée, de trois églises chrétiennes et de trois temples hindouistes confère à cette partie de Little India une grande fonction religieuse. La mosquée d’Abdul Gafoor attire ainsi les musulmans tamouls, résidant ou travaillant dans le quartier, qui viennent y prier en compagnie de Malais. Les églises chrétiennes proposent toutes des messes hebdomadaires en tamoul alors que seule une d’entre elles offre une messe mensuelle en hindi. Pour beaucoup d’hindouistes, les temples de Little India, qui font parties des plus anciens du pays, sont perçus comme plus sacrés de l’île. Le grand nombre de magasins vendant des colliers de jasmin et l’affluence continue des fidèles hindous dans les temples sont très significatifs à ce titre.

Photographie 2 – Le temple de Sri Veeramalikaliamman à Little India (Singapour)

Photographie 2 – Le temple de Sri Veeramalikaliamman à Little India (Singapour)

© Auteur, Little India (Singapour), avril 2008.

14De nombreuses institutions culturelles ont aussi choisi de s’établir dans le centre historique de Little India. Ainsi des sièges d’associations de différentes communautés linguistiques (Singapore Kerala Association, Singapore Northern Indian Association, Singapore’s Tamil Mouvement, etc.) s’y concentrent. Ce centre historique de Little India est incontestablement imprégné de l’identité tamoule et se distingue d’un deuxième espace surtout commercial, qui s’est développé au nord du Little India officiel, et qui est plus marqué par les cultures nord indiennes.

15La zone est comprise entre Race Course Lane/Rowell Road et Kitchener Road dans son extension nord-sud, et entre Race Course Road à Jalan Basar Road pour ses limites est-ouest. À la différence de la partie tamoule, ce sont les alphabets des langues nord indiennes qui dominent. La population est d’ailleurs à majorité issue de ces communautés. Le tamoul n’est plus roi et laisse place au hindi, bengali ou urdu. Ce ne sont plus les musiques des films tamouls mais hindis qui sont diffusés dans les magasins, et les revues et journaux sont destinés à une clientèle nord indienne. Le centre commercial de Mustafa Centre, qui propose une très grande variété de produits indiens, est une petite exception du fait qu’il attire toutes les communautés indiennes. D’ailleurs les employés sont aussi bien Tamouls que Nord indiens, et le tamoul est très utilisé dans l’enceinte du centre commercial. Les magasins tenus par des Bangladeshis sont de loin prédominants dans cette nouvelle partie de Little India, bien que les établissements des communautés originaires des régions de l’Inde du Nord soient bien représentés à Syed Alwi Road. L’arrivée depuis les années 1990 d’un important flux de travailleurs peu qualifiés du Bangladesh a favorisé la création de magasins qui répondent aux besoins de cette communauté. On assiste à la naissance d’un nouveau territoire identitaire qui reflète la plus grande hétérogénéité de la population de l’île. Le fort sentiment de nationalisme qui habite ces immigrants se traduit par le fait que de nombreux membres de cette communauté appellent ce nouvel espace “Little Bangladesh”. D’ailleurs, toutes les autres communautés sud-asiatiques associent également Desker Road et la petite place adjacente comme un territoire identitaire bangladeshi. La mosquée d’Anggulia renforce l’identification de cet espace à la communauté bangladeshi qui est musulmane. L’école hindi D. A. V. favorise aussi l’association de cette partie de Little India aux communautés nord indiennes. Une étude de Little India nécessite donc que l’on prenne en compte à la fois le Little India historique (ou officiel) tamoul et son extension récente nord indienne.

16L’identité indienne se retrouve également dans les environs de Little India (dans sa définition la plus large). En effet, de nombreuses institutions culturelles, sportives et religieuses sud-asiatiques se trouvent dans ce troisième espace en dehors du Little India commercial (Figure 1). Deux temples hindous tamouls (Sri Srinivasa Perumal et Sri Vadapathira Kaliamman) se localisent ainsi en dehors de Little India sur Serangoon Road. De même, deux associations sportives indiennes, l’association de la communauté sikh (Singapore Khalsa Association), le Hindu Center, deux écoles indiennes (Ulmar Puluvar Tamil Language Centre et la Singapore Fine Indian Fine Art Society) et le Singapore Indian Development Association ont établi leurs sièges à proximité de ce qui apparaît comme le centre des communautés sud-asiatiques à Singapour.

17La proximité d’institutions servant la communauté (temples, associations culturelles, écoles, etc.) permettent de créer un attachement sentimental des populations d’origines sud-asiatiques vis-à-vis de ce quartier qui a de multiples fonctions (espace sacré, espace refuge, espace de transmission de l’identité et de la culture aux enfants, espace vitrine).

La présence des populations sud-asiatiques à Little India

La vie du quartier indien en semaine et le samedi

18Durant les six premiers jours de la semaine, Little India est un espace où se côtoient des Singapouriens indiens et non-indiens, des immigrants d’Asie du Sud et des touristes. Le caractère exotique de ce quartier et sa promotion comme un des endroits incontournables à voir à Singapour attirent de nombreux touristes. Little India Arcade devient ainsi l’un des établissements devant lequel les touristes immortalisent leur passage dans le quartier (Photographie 3). Outre cette fonction touristique, le quartier a une fonction éducative précieuse. En effet, les différents établissements scolaires du pays organisent des sorties pédagogiques dans le quartier afin de permettre aux élèves de découvrir la culture indienne et de contribuer ainsi à l’harmonie interculturelle à Singapour.

Photographie 3 – des touristiques se photographiant devant Little India Arcade

Photographie 3 – des touristiques se photographiant devant Little India Arcade

© Auteur, Little India (Singapour), avril 2007

19Little India est aussi un espace refuge pour les anciennes générations et les personnes qui parlent plus aisément dans une langue indienne. Ce territoire à la particularité d’être le seul endroit à Singapour où la pratique des langues indiennes a une importance économique, culturelle et sociale. Alors qu’en dehors de cet espace, ces personnes sont handicapées par l’absence ou la mauvaise maîtrise de l’anglais, dans leur quartier les choses s’inversent et c’est bien la pratique de l’anglais qui devient secondaire. L’existence de cette niche spatio-culturelle leur permet de dénoncer avec plus de force l’égarement des jeunes qui ne sont plus assez compétents pour parler leur langue maternelle et adoptent une langue étrangère : l’anglais. À l’inverse, les jeunes d’origines sud-asiatiques anglophones ne se rendent pas exclusivement à Little India et fréquentent aussi d’autres quartiers Singapouriens tels que Orchard ou Clark Quay. Leur cercle de sociabilité n’est pas réduit à leur seule communauté culturelle et à un quartier, mais aux différents endroits à la mode où il est possible de danser, dîner et de se retrouver avec ses connaissances, qu’elles soient indiennes ou non. Ainsi, si les bilingues réussissent à trouver leur place dans ces différents espaces, les Indiens uniquement anglophones peuvent être mal à l’aise de ne pouvoir répondre dans leur langue maternelle, alors qu’en dehors de ce quartier cela ne leur pose pas de problème.

20Enfin on peut noter que si les Singapouriens, les résidents permanents indiens et les immigrants de travail qualifiés se mélangent dans une certaine mesure, ce n’est pas le cas des immigrants peu qualifiés. En effet, s’il y a une co-présence physique entre ces communautés, cela ne se traduit pas par des échanges sociaux. Ainsi, pendant les six premiers jours de la semaine, les quelques immigrés peu qualifiés qui viennent après leur travail se réunissent près de la petite place à côté de Kerbau Road, où ils peuvent se restaurer devant un film tamoul que le propriétaire de cette petite cantine retransmet sur une télévision (Photographie 4).

Photographie 4 – La fonction sociale d’un commerce pour les immigrants tamouls

Photographie 4 – La fonction sociale d’un commerce pour les immigrants tamouls

© Auteur, Little India (Singapour), avril 2007

21Ces hommes qui passent l’essentiel de leur temps sur les chantiers ne rencontrent que leurs camarades de labeur. Leur condition d’ouvrier sans qualification et célibataire est un autre élément qui pousse les autres sud-asiatiques à les ignorer, voire à s’en méfier. Malgré le manque d’échange avec les autres communautés, plusieurs raisons poussent ces personnes à venir à Little India. Le témoignage recueilli par Nafizath Bharzana Begam (1997, p. 81) est très intéressant :

“when I stepped into the Changi Airport, I was very amazed. It looked like the place was celebrating Deepavali…so many lights. When I stepped out I felt even more strange… work at the construction site was terribly hard…emotionally depressed…Sunday came and my friend brought me to a place [Little India], that was the first time I smiled since my arrival to Singapore”
Subramaniam, ouvrier indien dans le Bâtiment

22Cette citation met l’accent sur la nostalgie du pays natal pour les hommes qui doivent supporter le déracinement et la pénibilité d’un travail ingrat dans un pays étranger. La possibilité de retrouver un cadre plus familier dans lequel sa langue maternelle, les personnes de sa communauté et les références à sa culture d’origine dominent (cuisines, musiques et journaux) sont de précieux soutiens pour supporter l’absence de la famille et les conditions de vie difficiles. En effet, le fait de pouvoir rencontrer d’autres compatriotes en dehors du cadre du travail réinsère ces personnes dans des réseaux de sociabilité plus classiques. Ils peuvent rire et parler du pays, de leur famille et éventuellement s’entraider si besoin.

La présence des immigrants sud-asiatiques peu qualifiés le dimanche

23Le dimanche, Little India prend un tout autre visage et la place des différentes communautés dans le quartier est totalement bouleversée. Les immigrants de travaux peu qualifiés affluent en grand nombre durant leur jour de congé et la présence masculine ne cesse d’augmenter au fil des heures ce jour-là. Alors que les autres jours, la présence féminine est importante, le dimanche très peu de femmes s’aventurent dans le quartier après 18 heures. Les quelques femmes qui se rendent à Little India vont surtout aux temples et aux messes des différentes églises. Au cours de la journée, le nombre de travailleurs immigrés tamouls indiens et bangladeshis ne cesse donc d’augmenter. Les premiers commencent à s’installer par petits groupes le long des trottoirs de la zone tamoule, sur la pelouse près de Farrer Park, ou sur la place près de Kerbau Road. Les Bangladeshis se regroupent surtout sur les pelouses situées entre Birch Road et Owen Road ainsi que sur la place près de Desker Road. Les flux de personnes dans les différentes rues du quartier ne cessent de s’intensifier.

  • 8 Un hawker center est un regroupement de petites échoppes qui vendent de la nourriture et des boisso (...)
  • 9 Jeu traditionnel indien qui peut s’apparenter à un mélange entre le billard et les billes. Chaque p (...)

24C’est seulement après 19 heures que le nombre d’immigrants devient très conséquent (Figure 2). La présence des populations d’Asie du Sud se limite au Little India commercial, les immigrants de travail tamouls et bangladeshis se concentrant chacun dans leur zone respective avec quelques nuances tout de même. Les Bangaladeshis et autre Nord indiens se retrouvent surtout dans leur zone de Little India et dans un parking au sud du hawker center8 de Zhu Jiao de l’autre côté de Bukit Timah Road. La présence de cette communauté se caractérise par l’occupation d’espaces ouverts comme les larges pelouses ou le parking déjà cités. Les abords de Mustafa Centre et de Serangoon Plaza sont d’autres lieux où cette communauté s’installe. La place bangladeshi près de Desker Road est très vivante avec la vente de légumes frais et l’utilisation d’une partie de l’espace pour jouer au karrom9. Dans la partie du quartier occupée par les Bangladeshis et autres Nord indiens, seules Roberts Lane et une partie de Syed Alwi Road et de Desker Road sont totalement envahies par la foule qui gène la circulation.

Figure 2 – Les immigrés sud-asiatiques le dimanche soir à Little India

Figure 2 – Les immigrés sud-asiatiques le dimanche soir à Little India
  • 10 Ces passages servent en principe d’arrière cour au magasin.

25Les Tamouls, quant à eux, ont une répartition totalement différente. Ces derniers se concentrent en importantes poches dans les différents parkings du Little India officiel, dans Little India Arcade, la place de Kerbau Road, le long des immeubles sociaux HDB. Ils s’installent aussi sur l’une des parcelles du marché aux puces entre Weld Road et Kelatan Road. Quelques petits groupes de Tamouls s’éparpillent aussi sur la pelouse près de Race Course Road. Cette communauté a surtout tendance à s’installer sur les trottoirs et les petits passages10 du Little India officiel. Le flux des piétons se fait alors au centre de la rue et gène fortement la circulation des automobilistes. Plusieurs transversales de Serangoon road sont ainsi paralysées par cette marée humaine. À l’inverse des Nord indiens, les Tamouls s’approprient et se répartissent sur l’ensemble de leur zone culturelle.

26Les espaces mixtes, dans lesquels ces deux communautés se mélangent, sont très rares. Le Hawker center de Zhu Jia, les différents centres commerciaux (Mustafa Center, Serangoon Plaza) et le marché aux puces, qui sont d’importants lieux de commerce, en font partie. Le parking entre Race Course Lane and Kinta Road où sont garés des véhicules de sociétés employant des membres des deux communautés en est un autre. Enfin la pelouse entre Race Course road et Northumberland road située près du lieu de stationnement des bus spéciaux Express Little India, qui relient gratuitement le dimanche ce quartier aux principales villes du pays, est encore un site où les communautés se confondent. Pour finir, le sex lane, qui n’apparaît pas sur les plans touristiques, est un passage où l’on trouve des hommes de ces deux communautés attirés par les maisons de passes et des stands de sex toys.

27Les édifices religieux sont d’autres endroits qui jouent un rôle important pour ces deux communautés. Ainsi, la mosquée Anggulia connaît une très forte fréquentation le dimanche. L’église méthodiste de Fochow organise quant à elle une messe spécialement en tamoul pour ces migrants, leur offre un repas et leur propose une assistance médicale à faible coût.

Les rivalités pour l’espace entre les différents usagers de Little India

  • 11 Entretien réalisé auprès d’un commerçant tamoul de Little India en avril 2007.
  • 12 Entretien réalisé auprès d’un retraité tamoul vivant à Little India en mars 2007.

28L’afflux de ces travailleurs immigrés dans Little India le dimanche n’est pas sans conséquence. Bien qu’un certain nombre de résidents du quartier trouve que l’on peut “accepter la concentration de travailleurs étrangers peu qualifiés une fois par semaine11” et que d’autres affirment même que c’est “plutôt bien pour Singapour, que d’avoir un peu de désordre et de spontanéité, c’est ce qui manque dans ce pays où tout est interdit12”, leur présence est surtout vécue comme un problème par beaucoup. Le conflit pour l’espace est évident. Ces populations immigrées, d’habitudes ignorées, souhaitent pouvoir se détendre dans un espace qu’elles considèrent comme le leur et qu’elles se sont appropriées. Les nombreuses nuisances causées par la sur-occupation d’un quartier, qui n’est pas conçu pour recevoir autant de personnes, sont à l’origine de réactions hostiles.

29Les habitants des résidences HDB de la partie tamoule de Little India sont les premiers à se sentir importunés. En effet, ils sont confrontés aux bruits causés par l’attroupement de centaines d’hommes et considèrent cette présence comme une source d’insécurité. Ces résidents sont d’autant plus inquiets que les immigrants vont souvent jusqu’à investir les espaces communs des immeubles HDB, qui sont en principe privés et interdits aux non-résidents. C’est pourquoi, beaucoup évitent de sortir et de se mêler à cette masse d’hommes dont certains sont dans des états d’ébriété avancés. La crainte de ces habitants est d’autant plus importante que l’agitation dominicale tranche avec le calme et le sentiment de sécurité qui règne d’ordinaire dans le quartier.

30Par ailleurs, l’important flux d’immigrants qui empêche les automobilistes de circuler normalement dans les rues de Little India est une autre source de mécontentement. Certains automobilistes ne passent tout simplement plus par ce quartier pour éviter le problème. Néanmoins, l’agacement de ceux qui sont obligés d’emprunter les rues du quartier est très perceptible. Certains vont simplement klaxonner, d’autres au contraire tentent de forcer le passage. Les tensions entre les usagers du quartier sont donc bien réelles.

31Le rôle de l’État à travers la police mérite d’être étudié. Dans un pays connu mondialement pour sa capacité à assurer l’ordre, la sécurité et à contrôler la population, on ne peut être que surpris par la présence relativement marginale des forces de l’ordre. En effet, le seul dispositif adopté le dimanche est la mise en place d’un tour de surveillance dans la rue de Serangoon Road, et de quelques voitures qui patrouillent. L’effectif étonnamment insuffisant laisse à penser que l’État a fait le choix d’adopter une approche compréhensive vis-à-vis des besoins des travailleurs peu qualifiés sud-asiatiques. Sur la place bangladeshie près de Desker, un établissement de la communauté nord indienne a reçu, en 2007, le droit de retransmettre en direct les matchs de la coupe du monde de cricket, qui est le sport préféré en Asie du Sud. Enfin, la démonstration la plus indiscutable est l’ouverture d’une des parcelles de pelouse à l’intérieur de la zone des marchés aux puces, pour diffuser gratuitement chaque dimanche soir un film tamoul sur grand écran. Cette stratégie essaie de fixer une partie des populations immigrantes et de tenter de satisfaire certains de leurs besoins. Néanmoins, cette attitude des autorités du pays ne résout pas le problème de la cohabitation entre des populations aux attentes légitimes, mais qui s’opposent. Little India est pour les immigrés un homeland indispensable, où il est naturel et vital de se retrouver. De l’autre coté, les résidents des HDB et les Singapouriens veulent pouvoir, comme dans le reste du pays et de la semaine, vivre en toute quiétude et circuler sans problème dans les rues du quartier.

32La présence d’immigrés peu qualifiés est à l’origine d’un nouveau problème de cohabitation avec les autres usagers. La difficulté des autorités à résoudre ces problèmes entraîne une remise en cause des traits de la société singapourienne qui étaient jusque-là considérés comme acquis. En effet, Little India qui doit représenter les racines de la communauté sud-asiatique ne semble plus l’être le dimanche. La non-intégration des étrangers sans qualification favorise au contraire la formation d’un ghetto hebdomadaire. Chaque dimanche soir, Little India remonte à l’époque coloniale lorsque les rues des quartiers ethniques, occupées par des sociétés d’hommes célibataires, étaient surencombrées et insalubres. Alors qu’en temps normal Singapour est connue pour être la ville de tous les interdits, ces immigrés peu qualifiés du sous-continent indien semblent avoir presque le droit de tout enfreindre ce jour-là. Ainsi, jeter des papiers par terre, traverser sans respecter aucune règle (Photographie 5) ou se soulager dans les arrières cours, sont choses possibles sans risquer de sanctions. Le conflit entre les différentes communautés pour l’utilisation de l’espace est à l’origine d’une mauvaise image des étrangers qui sont caricaturés comme ivrognes et non-civilisés. Certaines personnes finissent par développer l’idée que ces étrangers sont des sauvages et les déprécient de fait.

Photographique 5 – Travailleurs étrangers sud-asiatiques traversant hors des clous le dimanche à Little India

Photographique 5 – Travailleurs étrangers sud-asiatiques traversant hors des clous le dimanche à Little India

© Auteur, Little India (Singapour), avril 2007.

Conclusion

33Le quartier indien de Singapour est un cas atypique dans l’étude des territoires sud-asiatiques en diaspora. En effet, dans un pays où l’empreinte chinoise est omniprésente, l’État a promu un quartier indien. Ainsi, malgré la prédominance de shophouses chinois, la superposition d’éléments culturels indiens et son appropriation par une population d’origine sud-asiatique, le distingue du reste de l’île. Ce territoire, qui cumule les fonctions de centre social, culturel, religieux et d’approvisionnement, est le carrefour qui attire toutes les communautés sud-asiatiques du pays.

34Pour autant, les pratiques effectives et affectives de ce quartier diffèrent selon les communautés. Ainsi les populations originaires d’Asie du Sud méridionale (Tamouls, Keralais, Telugus et Cingalais) fréquentent essentiellement la partie du quartier indien historique dans lequel les commerces et édifices religieux tamouls sont prépondérants. À l’inverse, les populations originaires d’Asie du Sud septentrionale (Sikhs, Punjabis, Bangladeshis, Pakistanais, etc.) se concentrent dans la partie où les magasins de leur communauté sont majoritaires.

35Par ailleurs, l’appropriation de Little India et la circulation en grand nombre d’étrangers peu qualifiés le dimanche soir est à l’origine d’une distanciation, voire d’un rejet par les autres communautés sud-asiatiques ayant le statut de citoyens ou de résidents de Singapour. Cela soulève la question de la place octroyée plus généralement aux travailleurs étrangers peu qualifiés à Singapour. En effet, tout comme les ouvriers étrangers sud-asiatiques, les domestiques philippines cherchent également à se retrouver entre elles lors de leur jour de congé dans le quartier d’Orchard (Madavan, 2010), afin de s’évader de leur quotidien. Les dirigeants du pays sont ainsi confrontés à un nouveau défi : répondre au mieux aux besoins des différentes populations vivant dans le pays, afin d’assurer une meilleure cohabitation entre elles dans une ville qui se veut de plus en plus globale.

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Bibliographie

Arasaratnam S., 1979 – Indians in Malaysia and Singapore, Kuala Lumpur, Oxford University Press, p. 239

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Notes

1 www.singstat.gov.sg

2 Les étrangers vivant à Singapour avec un titre de séjour temporaire ne sont pas inclus dans la catégorie « population résidente ».

3 Pour exploiter les richesses des territoires qu’ils ont assujettis en Asie du Sud-Est, les Britanniques ont fait appel à des travailleurs asiatiques peu qualifiés qui sont indispensables. Le pouvoir impérial a laissé aux Chinois le soin de développer l’activité minière alors que le développement des cultures de plantation pour l’exportation et les travaux de construction de routes, de chemin de fer et d’infrastructures publiques ont été rendus possible grâce au recrutement massif de coolies (ou ouvrier) originaires des régions méridionales de l’Inde. À Singapour, les coolies ont surtout été recrutés pour construire les routes et travailler dans les docks. D’autres, qui travaillaient comme ouvriers dans les plantations de la péninsule malaise (ou leur descendants), ont migré par la suite à Singapour.

4 Le People’s Action Party est au pouvoir depuis 1959. Il est étroitement associé au développement économique, politique et social ayant permis, en un demi-siècle, de faire de Singapour un État moderne.

5 Dans le cadre de cet article, l’usage du terme diaspora ne correspond pas à la dimension paradigmatique anciennement associée à l’expérience des juifs dispersés après la destruction du temple de Jérusalem (Dufoix 2003, Goreau 2008). La diaspora est alors associée à une dispersion forcée à la suite d’évènements politiques vécus comme un traumatisme. Nous préférons une définition plus ouverte de la diaspora applicable à toute communauté post migratoire caractérisée par une dispersion dans plusieurs pays à partir d’un foyer d’origine. En outre, nous reprenons la distinction des auteurs de l’Encyclopedia of Indian Diaspora (Brij et al, 2006 ; Mishra, 2006) qui qualifient d’ancienne diaspora les populations d’origine sud-asiatique qui se sont fixées dans leur pays d’installation sous l’ère coloniale et qui sont citoyens de leur pays de résidence, alors que ceux qui sont arrivés du sous-continent indien depuis les années 1990 constituent à leurs yeux une nouvelle diaspora.

6 Les compartiments chinois (ou shophouses) sont des batiments, construits aux xixe et xxe siècles, abritant un commerce au rez-de-chaussée et des espaces de vie à l’étage.

7 Kollywood est le nom donné au cinéma en langue tamoule produit à Chennai dans l’État du Tamil Nadu en Inde.

8 Un hawker center est un regroupement de petites échoppes qui vendent de la nourriture et des boissons, mais où les tables, les couverts, et le service en général sont mutualisés entre les différentes échoppes.

9 Jeu traditionnel indien qui peut s’apparenter à un mélange entre le billard et les billes. Chaque participant doit faire tomber les jetons dans les trous grâce à un disque qu’il doit lancer avec le doigt.

10 Ces passages servent en principe d’arrière cour au magasin.

11 Entretien réalisé auprès d’un commerçant tamoul de Little India en avril 2007.

12 Entretien réalisé auprès d’un retraité tamoul vivant à Little India en mars 2007.

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Table des illustrations

Titre Photographie 1 – Le nom de la rue écrit en tamoul à Little India
Crédits © Auteur, Little India (Singapour), avril 2008
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Fichier image/jpeg, 1,7M
Titre Figure 1 – La place des cultures indiennes dans Little India et ses environs
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/9560/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 3,2M
Titre Photographie 2 – Le temple de Sri Veeramalikaliamman à Little India (Singapour)
Crédits © Auteur, Little India (Singapour), avril 2008.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/9560/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 1,7M
Titre Photographie 3 – des touristiques se photographiant devant Little India Arcade
Crédits © Auteur, Little India (Singapour), avril 2007
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/9560/img-4.jpg
Fichier image/jpeg, 1,3M
Titre Photographie 4 – La fonction sociale d’un commerce pour les immigrants tamouls
Crédits © Auteur, Little India (Singapour), avril 2007
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/9560/img-5.jpg
Fichier image/jpeg, 848k
Titre Figure 2 – Les immigrés sud-asiatiques le dimanche soir à Little India
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/9560/img-6.jpg
Fichier image/jpeg, 3,2M
Titre Photographique 5 – Travailleurs étrangers sud-asiatiques traversant hors des clous le dimanche à Little India
Crédits © Auteur, Little India (Singapour), avril 2007.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/docannexe/image/9560/img-7.jpg
Fichier image/jpeg, 747k
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Pour citer cet article

Référence papier

Delon Madavan, « Le quartier indien de Singapour : cultures sud-asiatiques et rivalités socio spatiales »Les Cahiers d’Outre-Mer, 278 | 2018, 505-524.

Référence électronique

Delon Madavan, « Le quartier indien de Singapour : cultures sud-asiatiques et rivalités socio spatiales »Les Cahiers d’Outre-Mer [En ligne], 278 | Juillet-Décembre, mis en ligne le 01 janvier 2022, consulté le 18 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/com/9560 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/com.9560

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Auteur

Delon Madavan

Géographe, chercheur associé au Centre d’Études de l’Inde et l’Asie du Sud (CEIAS-EHESS/CNRS) et au Centre d’études et de recherche sur l’Inde, l’Asie du Sud et sa diaspora (CERIAS-Université de Québec à Montréal). Courriel : delonmadavan(at)gmail.com

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Droits d’auteur

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Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-NC-ND 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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